Archives de catégorie : Prédication dimanche matin

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Ruth, la moabite (2)

https://soundcloud.com/eel-toulouse/ruth-la-moabite-2

Résumé de l’épisode précédent

A la mort d’Elimelek, son mari, et de ses deux fils, Noémi se retrouve seule avec ses belles-filles, Orpa et Ruth. Elle avait quitté Israël qui traversait une période de famine et s’était réfugiée en Moab où ses fils avaient trouvé des filles du pays pour se marier.

Veuve, sans enfant, en terre étrangère, Noémi se retrouve en situation de grande précarité. Quand elle entend que les récoltes ont repris en Israël, elle décide d’y retourner, proposant à ses belles-filles de rester et refaire leur vie. Mais Ruth s’y refuse et choisi de rester fidèle à sa belle-mère et à son Dieu : « Là où tu iras, j’irai. Là où tu habiteras, j’habiterai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. »

Noémi retourne donc dans son pays mais le cœur n’y est pas : elle ne comprend pas pourquoi Dieu l’a ainsi frappé par cette épreuve : « Ne m’appelez pas Noémi, la femme heureuse. Appelez-moi Mara, la femme amère, car le Tout-Puissant a rendu ma vie très amère. »

Noémi et Ruth arrivent en Israël au moment de la récolte de l’orge…

Lecture biblique : Ruth 2

Commentaire

« Je le vois, le SEIGNEUR continue à nous montrer sa bonté. Il est bon pour nous les vivants, comme il est bon pour les morts. Qu’il bénisse cet homme ! Booz est un homme de notre famille proche. Il est l’un de ceux qui ont la responsabilité de prendre soin de nous. » (v.20)

La fin de ce chapitre contraste avec la fin du précédent. Noémi était alors au fond du trou, se lamentant de l’épreuve que le Seigneur lui avait envoyé. Ici, elle se réjouit au contraire de la bonté de Dieu envers elle. L’histoire est en train de basculer.

Ruth ne savait pas que le champ dans lequel elle allait glaner des épis était celui de Booz, un parent d’Elimélek. C’est Noémi qui le lui apprend. Que Ruth ait trouvé un propriétaire aussi généreux lui laissant glaner autant d’épis est une chance. Mais qu’en plus il s’agisse de Booz, un proche parent d’Elimélek qui pourrait exercer son droit de rachat pour leur venir en aide, ça ne pouvait être un hasard…

Il faut noter que cet épisode illustre une loi sociale intéressante ayant cours alors en Israël. Il s’agit de la loi sur le glanage. Les propriétaires devaient laisser des épis à glaner dans leurs champs et des grappes à cueillir dans leurs vignes, pour que ceux qui n’avaient pas de terre, les démunis, les immigrés, puissent trouver à manger (cf. Lévitique 19.9-10). Une sorte de « Restos du coeur » de l’époque !

A la fin du chapitre, Noémi évoque aussi une autre loi, liée à la responsabilité familiale en cas de veuvage. La façon dont Booz exercera ce droit sera développé aux chapitres 3 et 4. Nous le verrons donc dans les prochains épisodes…

Application

Avec le premier chapitre, nous avons parlé de la fidélité de Ruth. Ici, c’est de la fidélité de Dieu qu’il faut parler. Nous pouvons le faire à la suite de Noémi, dont le désespoir s’est changé en espoir et en reconnaissance :

« Je le vois, le SEIGNEUR continue à nous montrer sa bonté. Il est bon pour nous les vivants, comme il est bon pour les morts. Qu’il bénisse cet homme ! Booz est un homme de notre famille proche. Il est l’un de ceux qui ont la responsabilité de prendre soin de nous. » (v.20)

1° Au cœur de l’épreuve, il est difficile de discerner la fidélité de Dieu

La tête dans le sac, on est incapable de prendre du recul. Dieu semble absent de l’épreuve. Pour Noémi, c’est grâce à Ruth et sa détermination qu’elle finit par reconnaître la fidélité de Dieu. Elle a eu besoin de la fidélité de sa belle-fille pour discerner la fidélité de Dieu.

Si nous voulons aider ceux qui traversent des épreuves, il ne faut certainement pas leur « faire la leçon », les inviter coûte que coûte à croire en la bonté de Dieu à coup de versets bibliques. Sans doute est-ce mieux de se montrer solidaire, concrètement, d’être présent à leur côté, prenant parfois les choses en main pour les aider et les accompagner. Se montrer soi-même fidèle et confiant.

2° Dieu exerce sa fidélité par sa providence

Parler de providence, c’est parler d’une action discrète de Dieu, dans la banalité du quotidien. Ce ne sont pas des actions éclatantes et spectaculaires mais une présence au cœur de l’Histoire… et de nos histoires.

Cette présence discrète explique pourquoi il faut souvent du recul pour la discerner. Et de la foi aussi. Parce qu’on pourra toujours parler de coïncidence et de hasard. Si Ruth a glané des épis dans le champs de Booz, c’est soit un coup de bol, soit un indice de la providence divine. Et nous pourrions sans doute multiplier les exemples dans nos vies. A nous de choisir !

3° Être confiant dans la fidélité de Dieu, c’est aussi prendre des initiatives.

Noémi a pris l’initiative de rentrer en Israël. Ruth a pris les choses en main en accompagnant sa belle-mère et en allant glaner des épis. Elle n’a pas attendu que tout tombe du ciel…

La foi et la confiance ne doivent pas être des oreillers de paresse ! Dieu honore nos initiatives en s’y inscrivant dans sa providence. Bien-sûr, toutes nos initiatives ne sont pas forcément bonnes. On fait parfois de mauvais choix… Mais Dieu est suffisamment puissant et fidèle pour les corriger au besoin, dans sa providence.

La foi ce n’est pas : « Seigneur, j’attends que tu agisses, que tu me parles, que tu me montres… et après j’irai ». C’est plutôt : « Seigneur, accompagne-moi dans mes choix, conduis-moi dans mes initiatives, guide-moi sur ton chemin. »

Le Seigneur ne répond pas à tous les caprices de ceux qui restent assis et attendent que tout leur tombe du ciel. Il accompagne ceux qui marchent.

Conclusion

Si comme Ruth et Noémi nous voulons voir la fidélité de Dieu dans notre vie :
Soutenons-nous les uns les autres. On discerne mieux la fidélité de Dieu ensemble que chacun pour soi.
Ouvrons les yeux de la foi, choisissons la confiance dans la providence divine.
Mettons-nous en marche, prenons le risque de faire des choix et croyons que Dieu s’y inscrira dans sa providence, au besoin en les corrigeant.

Ruth, la moabite (1)

https://soundcloud.com/eel-toulouse/ruth-la-moabite-1

Pour ce mois d’août, je vous propose un petit feuilleton de l’été. Une saga familiale en quatre épisodes, une belle histoire d’amour et de fidélité dont l’héroïne se prénomme Ruth.

Nous sommes au XIIe ou XIe siècle avant Jésus-Christ, au temps des Juges en Israël. Une période troublée, marquée par les conflits, le désordre et la violence. Mais notre histoire ne commence pas en Israël mais à Moab, un peuple voisin souvent en conflit avec Israël, y compris au temps des Juges.

La belle histoire de Ruth, la moabite, offre un saisissant contraste avec ce contexte sombre.

Lecture biblique : Ruth 1

« Là où tu iras, j’irai. Là où tu habiteras, j’habiterai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » (v.16)
Commentaire

Noémi est âgée au moment où elle se retrouve seule, sans mari ni enfant, tous décédés. Il est trop tard pour elle d’avoir d’autres enfants et donc de trouver un nouveau mari. Exilée à Moab, elle décide de rentrer en Israël où elle trouvera peut-être du secours. Le veuvage est difficile à vivre dans le contexte culturel de cette époque, surtout dans un pays étranger, loin des siens.

Mais ses belles-filles, elles, sont encore jeunes. Il est encore temps pour elle de trouver un mari et de refaire leur vie. Noémi les y encourage et c’est bien la décision prise par Orpa. Il faut se garder de porter un jugement hâtif sur elle. Elle aimait aussi sa belle-mère. On voit que cela lui coûte de la quitter. Mais sa décision est légitime et parfaitement compréhensible.

En réalité, c’est la décision de Ruth qui est étonnante. Choisir de rester malgré tout avec sa belle-mère, envers qui elle n’avait aucune obligation, est une marque remarquable de fidélité. Elle avait sans doute compris la situation précaire dans laquelle se trouvait Noémi et qu’elle pouvait lui venir en aide en l’accompagnant. La suite lui donnera raison…

La fidélité de Ruth est d’ailleurs sans doute bien plus qu’un simple attachement à sa belle-mère : « Ton Dieu sera mon Dieu », dit-elle. Il y a aussi dans sa démarche une dimension de foi. Elle choisit Noémi mais elle choisit aussi le Dieu de Noémi. A son attachement à sa belle-mère s’ajoute une adhésion de cœur à son Dieu.

Dans la tradition juive, Ruth est considérée comme un modèle des femmes prosélytes, les non-juives qui épousent la foi juive. Dans l’histoire de Ruth, le choix de la foi n’entre pas en conflit avec le choix du cœur. La fidélité à Dieu va de paire avec la fidélité à ceux qu’on aime.
Application

Dès le premier épisode de cette histoire, Ruth nous offre un remarquable exemple de fidélité et de foi.

On l’a dit, la fidélité de Ruth n’allait pas de soi. Elle lui a coûté : elle a dû quitter son pays… Une décision qui rappelle celle d’Abraham en réponse à l’appel de Dieu, lui demandant de quitter son pays pour aller là où il le conduirait. Pour Ruth, pas d’appel, pas de voix intérieure, mais une volonté ferme de se montrer fidèle à sa belle-mère et de s’attacher à Dieu. Comme pour Abraham, c’est une démarche de foi !

Une démarche de foi qui coûte. On peut d’ailleurs se demander si toute fidélité n’implique pas un renoncement… C’est facile d’être fidèle quand tout va bien ! Quand tout roule comme sur des roulettes, on est tous fidèles ! Ça l’est beaucoup moins dans l’épreuve, quand nos projets tombent à l’eau ou quand les événements semblent se liguer contre nous. Là, c’est difficile d’être fidèle. Ça coûte. Être fidèle peut impliquer de renoncer à certains conforts, à certaines ambitions personnelles.

L’exemple suprême est ici encore Jésus-Christ. Renonçant à la gloire céleste, il est devenu l’un des nôtres en venant sur terre, humblement. Par fidélité à l’appel de son Père. Par fidélité à son amour pour l’humanité. Une fidélité qui l’a conduit jusqu’à la mort sur la croix !

Et si notre foi se mesurait à la qualité de notre fidélité ? Notre fidélité à Dieu, bien-sûr ! Mais pas seulement… Ne se mesure-t-elle pas aussi à notre fidélité dans nos relations, dans nos projets et nos engagements ? C’est finalement une variante du double commandement majeur d’aimer Dieu ET d’aimer son prochain. La fidélité, elle est à Dieu et à notre prochain envers lequel nous nous sommes engagés, ou elle n’est pas ! Comment pourrais-je prétendre être fidèle à Dieu si je ne suis pas fidèle à mon conjoint, à mes amis, à mes paroles ou mes engagements ?
Conclusion

Ruth, la moabite, nous montre la voie d’une foi concrète, qui s’exprime dans le quotidien par sa fidélité remarquable à sa belle-mère. Comment, concrètement, notre fidélité s’exprime-t-elle ? Comment notre foi, notre fidélité à Dieu, se manifeste-t-elle dans notre fidélité de tous les jours ? Sommes-nous fidèles envers nos frères, nos amis nos prochains ?

Il faut le rappeler : c’est bien à la fidélité, y compris dans les « peu de choses » du quotidien, que Dieu nous invite, comme le dit le maître de la parabole des talents à son serviteur : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.» (Mt 25.21)

Le repos de la foi, jour après jour

tenir main

Lecture biblique: Philippiens 4.4-9

Début juillet, nous avons entamé une petite série sur le repos. Nous avons vu que le repos est un moment nécessaire, à la fois pour souffler, pour prendre du recul et pour se tourner vers l’essentiel, Dieu. Nous avons vu qu’une des caractéristiques du repos est la louange qui permet de découvrir et redécouvrir l’intervention de Dieu dans notre vie, et d’y répondre en conséquence, en lui faisant confiance et en le suivant. La semaine dernière nous a conduits au repos de la grâce, cet amour de Dieu si généreux qui le pousse à nous accueillir tels que nous sommes et à tout faire pour nous sauver, pour peu que nous le laissions agir dans notre vie. Ce matin, j’aimerais terminer cette série avec une méditation sur le repos que procure la foi, jour après jour. Un des contraires du repos, c’est l’in-quiétude – absence de repos étymologiquement – et je pense que nul d’entre nous n’en est indemne. La Bible parle, elle aussi, de l’inquiétude, j’ai même eu l’embarras du choix pour prendre un texte à méditer, et je vous propose de nous arrêter sur la fin de la lettre de Paul aux Philippiens, qui peut nous apporter un éclairage intéressant.

La  lettre de Paul aux chrétiens de la ville de Philippes est une lettre assez étonnante : Paul ne cesse d’y parler de joie, alors même qu’il est en prison à cause de sa foi, et que les Philippiens eux-mêmes rencontrent le rejet voire la persécution à cause de leur foi. Le grand sujet d’inquiétude, pour eux, c’est l’opposition de leur entourage, avec tout ce que ça comporte de tristesse, et de danger. Dans ce contexte, Paul les encourage : 1/ Soyez dans la joie, et 2/ Ne vous inquiétez pas !

Même sans être dans la situation de l’église persécutée, il me semble que l’inquiétude nous touche nous aussi et que nous pouvons nous approprier les encouragements de Paul dans notre contexte, où les uns et les autres sont soumis au stress de la vie quotidienne, du travail, des tâches à accomplir, des missions à remplir, mais aussi reçoivent les discours effrayants relayés par les médias (épidémies, terrorisme, crise etc.) et il y aurait encore d’autres facteurs à citer. Comment ce texte de Paul peut-il nous encourager ce matin à nous reposer dans notre relation avec Dieu, la foi, la confiance, jour après jour ?

1) L’appel à la joie en toutes circonstances

Paul commence avec un massif : « Soyez dans la joie ! Je le répète, soyez dans la joie ! » §§ Quelle que soit la situation, nous sommes appelés à nous réjouir – c’est d’ailleurs pour lui un des traits de caractère du chrétien, une des facettes du fruit de l’Esprit dans la lettre aux Galates. Ce qui saute aux yeux avec Paul, c’est que la joie n’est pas liée aux événements extérieurs, aux aléas de la vie. C’est plutôt un état intérieur, positif, marqué le contentement, que nous sommes appelés à cultiver, quelles que soient les circonstances. Ce n’est pas la conséquence de ce que nous vivons, mais plutôt l’attitude de base avec laquelle nous allons vivre, à cause de notre foi.

Comment être joyeux au milieu de la persécution, mais même ici, dans un monde dévasté, dans une vie à risques, avec nos problèmes et nos soucis, les maladies, les deuils, le chômage, la solitude, la peur… ? Même quand on n’est pas dans une situation inquiétante, la joie a rarement toute la place, et on tend à relativiser ce qu’il y a de bon en comparant avec ce qui ne va pas ou avec ce risque de ne pas aller : « Là, ça va, mais ça ne va pas durer, il ne faut pas trop profiter ou se réjouir avec trop d’insouciance, parce qu’on ne sait jamais ! Une tornade, un accident de voiture, un cancer, peuvent venir tout chambouler. »

Pour l’inquiétude, Paul invite à remettre nos besoins à Dieu, à lui confier nos soucis, nos préoccupations, nos peurs, peut-être même nos superstitions, nos peurs cachées. Remettre ses besoins à Dieu en lui confiant dans la prière, c’est un signe d’humilité et de confiance. Humilité parce qu’on reconnaît que la situation nous échappe et qu’on ne peut rien garantir, qu’on ne sait même pas où commence la solution, et confiance, parce qu’on reconnaît que la situation n’échappe pas à Dieu, qui lui est puissant, souverain, présent, et qu’il peut faire face – et nous aider à faire face – à toutes les situations.

La prière demande de faire connaître nos besoins à Dieu, tous nos besoins. Combien de fois est-on préoccupé par un sujet à 400%, sans oser ou imaginer le dire Dieu à Dieu ? Parfois on oublie, parfois aussi on a peur – peur qu’il trouve notre inquiétude illégitime ou stupide, peur qu’il fasse justement ce que l’on craint, peur qu’il ne nous écoute pas. Avouer nos inquiétudes et les lui confier, avec humilité et confiance, c’est déjà énorme, parce que dans ces prières nous invitons Dieu dans la situation. Il est déjà au courant, mais Dieu, au travers de toutes nos situations, veut approfondir la relation qu’il a avec nous, et nous inviter à lui faire toujours davantage confiance. Prier pour nos besoins approfondit le partenariat que Dieu a créé avec nous.

La prière n’est pas pour autant un soulagement automatique ou la garantie d’une solution immédiate. Paul parle, dans le texte original, de prières et de supplications : on a le droit de répéter nos prières, tant que nos besoins nous dévorent, on a le droit de supplier, de crier, d’être émotif, d’interpeler (c’est le « Jusqu’à quand ?! » des psaumes !). Ce n’est pas un formulaire anonyme que l’on remplit, mais un dialogue avec Dieu qui se vit dans le temps et qui approfondit notre proximité avec lui. Et Dieu, dans sa patience infinie, nous permet d’arriver peu à peu à une confiance plus grande, sans exiger la rapidité. Il faut parfois bien des prières et des supplications.

Paul mentionne aussi la reconnaissance. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’être reconnaissant pour la souffrance ou la perte – Dieu ne traite pas à légère le mal, commis ou subi. S’attacher à être reconnaissant, même dans l’inquiétude, c’est faire le choix de ne pas se laisser noyer et aveugler par la situation mais d’ouvrir les yeux sur l’action de Dieu en notre faveur, ce que Dieu a fait par le passé, ce qu’il fait aujourd’hui, sa manière d’être avec nous. Non seulement ça nous encourage car ça nous rappelle que Dieu est à la hauteur et qu’il nous aime, mais ça nous pousse aussi à lui faire confiance à nouveau.

2) Le fondement de notre paix et de notre joie: Dieu

Si la joie est le choix de ne pas se laisser submerger par les circonstances et de se focaliser sur Dieu, en confiant à Dieu ce qui nous inquiète, ce n’est pas un sentiment artificiel, une apparence à cultiver, un grand sourire à garder scotché quoi qu’il arrive. Certains ont pu comprendre que si on n’est pas tout le temps joyeux, on n’est pas vraiment chrétien. Je ne suis pas d’accord. Jésus lui-même a pleuré, il s’est lamenté et mis en colère, sans parler même des psaumes.

La joie fait partie de cette manière de vivre que Dieu nous offre dans sa présence, comme l’amour, le pardon, l’honnêteté, etc. Elle fait partie de ce nouveau vêtement, de cette nouvelle identité, que nous nous approprions un peu plus chaque jour : c’est notre but, l’orientation que nous voulons adopter.

Qu’est-ce qui nous motive à refuser l’inquiétude pour choisir la joie et la confiance ? Dieu. Dieu seul. Paul, dans ce court texte, donne des raisons. D’abord « le Seigneur vient bientôt », une expression qu’il ne faut pas forcément comprendre comme une indication de temps puisque ça fait quand même 2000 ans et que nous attendons toujours le retour du Christ, mais plutôt comme le rappel que Dieu est prêt à intervenir, il est à la porte, il n’a pas changé de planète, mais il est là, tout près. C’est le Dieu de Jésus-Christ, en qui nous sommes sauvés, relevés, restaurés : comment un Dieu qui a donné son propre fils pour nous sauver pourrait-il nous abandonner ? Regarder au Christ, c’est voir un Dieu tout-puissant et bon, qui a tout fait par amour pour nous.

En plus de nous rappeler qui est ce Dieu en qui nous nous confions, Paul nous adresse une promesse de la part de Dieu (v.7). Vous remarquerez qu’il n’est pas question de résolution immédiate : ça arrive, bien sûr, mais ça peut aussi ne pas arriver. Dieu ne promet pas d’être notre porte-bonheur, il promet de nous écouter, de se tenir avec nous, d’être présent, et de nous aider à avancer malgré tout. Vous savez, le terme « heureux » en hébreu, ça veut dire « en marche », et Dieu nous promet d’être avec nous pour nous aider à avancer sur un chemin parfois sombre, parfois fermé, parfois dangereux, mais il est avec nous et il nous tient par la main – voire il nous porte parfois. Lui qui a fait jaillir au milieu de la mort, nous promet de nous soutenir dans notre marche quelques soient les difficultés.

3) Confiance et action

J’aimerais, avant de terminer, m’arrêter sur les versets 8-9 que j’ai laissés jusqu’ici de côté (relire). Cette exhortation, assez classique, nous rappelle que la vie avec Dieu est un ensemble : nous sommes sauvés, délivrés, relevés, dans le but de mener une vie belle et bonne, reflétant les valeurs et le caractère de Dieu, faisant briller sa lumière, dans nos pensées, nos paroles, nos actes. Cela est vrai tant dans les moments faciles que difficiles : la bonté du Christ, sa bienveillance, sa douceur, sa patience, doivent devenir notre emblème, notre marque de fabrique, en toutes circonstances (là aussi, ça prend du temps !).

Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que ces exhortations suivent directement l’appel à ne pas s’inquiéter, il y a même un rappel entre la paix promise au croyant v.7 et la promesse que le Dieu de la paix sera avec ceux qui choisissent un mode de vie « divin » v.9.

Souvent, l’inquiétude nous pousse à des comportements désordonnés. On s’agite dans l’espoir de résoudre un problème qui nous dépasse, on panique et on fait n’importe quoi, on se décourage et on abandonne le bien, ou encore on reste paralysé par le sentiment d’impuissance devant la situation. Paul nous dit : au lieu de vous agiter, confiez la situation à Dieu, et ensuite, résistez à la tentation de vous disperser ou de vous bloquer, mais concentrez-vous sur ce que vous vivre de bon. Je trouve que c’est très juste de rappeler aux chrétiens inquiets le champ d’action possible, c’est comme si Paul disait : « voilà tout ce que vous pouvez faire, et soutenir, et encourager ». Vous n’êtes ni tout-puissants ni impuissants. Ce dont vous avez besoin, demandez-le ! Mais n’oubliez pas votre vocation, vos possibilités. Ne vous laissez pas décourager ou aveugler, mais après avoir confié la situation à Dieu, appliquez-vous à ce que vous savez faire, à ce que vous pouvez faire, même sans lien avec vos problèmes. Remettez-vous en route, sachant que Dieu marche avec vous.

Conclusion

En toutes circonstances, cultivons la joie. Apprenons à remettre à Dieu tout ce qui obscurcit notre vie, apprenons à nous concentrer sur sa présence, sur son amour pour nous, sur sa puissance et ses projets. Cultivons le repos de la confiance et de la reconnaissance, sachant que Dieu marche avec nous, qu’il nous guide et nous conduit, tel un bon Père, tel un bon berger.

Le repos du salut

grace de dieu

Lecture biblique: Ephésiens 2.1-10

« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, en Christ, par le moyen de la foi ». Voilà un résumé de l’Evangile, la clef de notre repos, le fondement inébranlable de notre paix. J’ai puisé dans la richesse de ce que nous avons lu quelques éléments pour nous aider à mieux nous approprier le repos du salut en Christ.

1) Sauvés par grâce

Comme toute la lettre aux Ephésiens, ce texte nous donne le vertige. Paul commence par souligner la gravité de notre situation avant d’être sauvés : nous étions morts, esclaves de nos pulsions, esclaves d’un système de pensée, esclaves d’un tentateur manipulateur et destructeur. Tous, sans exception, partent de cette situation : les païens comme les Juifs, ceux qui n’avaient aucune notion de Dieu, qui vivaient dans la débauche et dont la vision du monde était fausse, autant que ceux qui avaient grandi dans la connaissance de Dieu et de ses Ecritures. Tous, sans exception, sont esclaves. Esclaves, mais responsables aussi des injustices qui suscitent la colère de Dieu.

Dans ce tableau sombre, la lumière apparaît : « mais Dieu, riche en bonté, nous a aimés d’un grand amour ». Malgré tout, malgré notre noirceur, Dieu dans sa bonté, nous a aimés. Ca vient de lui, de sa générosité, de son cœur, et non de nos mérites. Dans son amour, il s’est tourné vers nous et nous a tendu la main pour nous relever.

Paul met l’accent sur la générosité de Dieu, sur la richesse de son action envers nous : non seulement il prend l’initiative, mais il fournit tous les ingrédients du salut. Dieu a tout fait : il nous a fait revivre, comme une nouvelle création, il nous a relevés, il nous a fait asseoir avec le Christ, il nous a préparé un chemin d’œuvres bonnes. Le salut qu’il nous offre est un repas complet, de l’entrée au café, auquel il ne manque absolument rien. Nous n’avons rien à compléter, à prouver, à confirmer : c’est parfait !

Cela ne veut pas dire pour autant que nous soyons passifs : le salut est un don parfait, mais ce cadeau il faut le recevoir, ce repas complet il faut le manger. C’est la foi : saisir la main que Dieu nous tend, de toutes nos forces. Même si la foi nous engage totalement, dans une démarche active, ce n’est pas une œuvre que nous faisons, ce n’est pas un plat ou un complément alimentaire que nous ajoutons sur notre plateau, c’est simplement le fait de recevoir.

Revenons rapidement sur le salut que Dieu nous offre. Dieu nous offre la possibilité d’être solidaires du Christ, de recevoir notre part de ce qu’il a vécu : il est mort, subissant à notre place la colère de Dieu contre le mal des hommes, il s’est relevé de la mort, il a reçu une vie nouvelle, et il est monté auprès de Dieu, à côté de qui il est assis. Tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a reçu, il nous l’offre, il nous invite à en être bénéficiaires : sa mort, c’est notre acquittement, sa résurrection, c’est notre vie, son éternité, c’est la nôtre, sa proximité avec Dieu, la nôtre. En Christ, tout nous est offert.

La Bonne Nouvelle que nous proclamons, c’est que Dieu nous a aimés alors que nous ne méritions pas son amour, qu’il nous a fait revivre alors que nous étions morts, et que ce salut est un cadeau de A à Z. C’est la définition de la grâce de Dieu : il prend toutes les initiatives, il prépare tout, il fait tout, par amour pour nous, pour qu’aucun obstacle ne nous sépare de la vie qu’il nous offre.

2) Disciples par grâce

Dans la vie de celui qui est sauvé, il y a deux grandes phases. La première consiste à recevoir le salut en Jésus-Christ – le contact s’établit avec Dieu, c’est le début d’une vie nouvelle (cette phase peut prendre 3 secondes comme s’étaler sur 20 ans). Ensuite, c’est tout le reste, le fait de marcher sur cette route nouvelle où Dieu nous a conduits, et c’est la vie de l’enfant de Dieu qui est né à nouveau lorsqu’il a reçu le salut en Jésus-Christ et qui grandit, autrement dit, la vie de disciple.

Il y a beaucoup à dire sur ce cheminement de toute une vie, mais j’aimerais simplement en souligner un aspect : tout comme nous sommes nés de nouveau du fait de l’amour généreux de Dieu, nous grandissons par grâce. Tout comme la vie que nous avons reçue et qui nous a fait passer des ténèbres à la lumière est un don de Dieu, notre vie dans la lumière est un don de Dieu.

Il me semble que parfois, on tend à commencer par l’amour de Dieu et à continuer avec nos œuvres, comme s’il fallait mériter a posteriori le salut qu’on a reçu gratuitement, justifier l’amour de Dieu pour nous, comme si le salut nous avait été accordé sous réserve d’un potentiel que nous devons maintenant exploiter sous peine de perdre ce salut. En réalité on tend un peu, parfois, certes pas moi ni vous, à mettre des conditions à un salut inconditionnel, gratuit, offert. La vie que Dieu nous offre avec lui est un cadeau que nous ne méritons ni avant de le recevoir, ni pendant, ni après : c’est une grâce.

A un moment, nous avons fait pleinement confiance à Dieu pour croire que tout ce que Jésus-Christ a fait et vécu suffit pour nous rendre dignes de vivre en présence du Dieu saint, juste et pur, nous sommes entrés dans une vie nouvelle caractérisée par la grâce de Dieu – et il n’est pas question d’en ressortir ! Sur toutes les étapes de notre chemin, c’est le même Dieu qui nous a sauvés qui nous accompagne : celui qui déborde de générosité reste généreux, celui qui relève les cadavres nous relève quand nous tombons, celui qui éclaire la nuit illumine aussi nos jours gris.

De même que pour entrer dans cette vie nouvelle, il nous fallait croire et recevoir, de même, à chaque étape, il nous faut croire et recevoir la vitalité que Dieu nous offre. Paul parle des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance : ces œuvres font partie du salut, elles en sont la conséquence et le but. Nous avons été pardonnés, délivrés, re-créés pour vivre la vraie vie, celle qui correspond aux projets du Créateur. Nous avons été sauvés pour être justes, aimants, vrais, pacifiques, créatifs…

Une image qui éclaire la manière dont ces œuvres se réalisent dans notre marche chrétienne, c’est celle des fruits. Jésus nous invite, en Jn 15, à nous attacher à lui pour pouvoir porter du fruit. Paul, dans la lettre aux Galates, dit que Dieu insuffle sa vie en nous par son Esprit, et que des fruits en découlent : l’amour, la joie, la paix, la maîtrise de soi… Tout comme Dieu nous a fait revivre, il renouvelle en nous sa vie jour après jour, il nous transforme et nous sommes appelés à lui laisser le champ libre, pas à faire le travail à sa place !

3) Une grâce exigeante

On pourrait détailler à l’infini l’impact d’une relation empreinte de grâce avec Dieu sur notre identité, notre caractère, notre travail, nos relations avec les autres, nos attentes dans la vie, mais j’aimerais continuer un peu avec la notion de grâce. Contrairement à l’idée qu’on s’en fait, ce n’est pas parce que c’est donné que c’est facile à recevoir. La grâce nous coûte, et accepter jour après jour la vie nouvelle de Dieu nous demande des efforts.

En effet, nous devons nous battre. En Christ nous avons été délivrés des liens qui nous rendaient esclaves – oui mais, nos anciens maîtres n’ont pas encore disparu. Ils essaient de nous entraîner, de nous séduire, de nous ramener chez eux. Paul identifiait 3 maîtres : le diable, notre penchant au mal, et le « système » opposé à la vie de Dieu. Ils n’ont plus le pouvoir de nous maintenir dans l’esclavage et la mort mais ils sont extrêmement convaincants… Vivre par la grâce, c’est lutter contre leurs discours et les habitudes apprises chez eux. Par exemple, ce peut être désapprendre le culte de la performance, de l’utilité, de la réussite écrasante, de l’apparence, pour apprendre le service, l’humilité, la gratuité, la profondeur. Vivre par la grâce, c’est se rendre sourd aux mensonges et aveugle aux illusions de notre monde, de notre cœur, de notre tentateur, pour se concentrer uniquement sur la main de Dieu qui nous tient fermement et qui nous conduit sur le chemin de la vie.

Pour nous aider, nous avons Dieu qui travaille en nous par son Esprit ; nous avons sa Parole qui nous montre ce qu’implique la vie avec Dieu ; nous avons dans l’Eglise des frères et des sœurs avec qui partager nos retards, nos détours, nos avancées, nos sprints et nos chutes, des frères et des sœurs qui nous soutiennent et nous encouragent ; nous avons aussi la prière, ce dialogue intime avec Dieu où nous lui remettons nos craintes, nos attentes, nos espoirs, ce dialogue où nous pouvons lui dire : « transforme-moi ! fais briller ta lumière dans les coins sombres de ma vie ! fais le ménage ! détruis, par ta vérité, les mensonges que j’ai toujours crus ! Fais-moi grandir ! » et Dieu le fait ! Rassurez-vous, quand on invite Dieu à agir, il agit ! je l’ai testé, il agit ! à 400% !

Conclusion

Le salut en Jésus-Christ est notre vrai repos. C’est le repos de la personne qui n’a plus rien à prouver, plus rien à mériter, aimée et redressée par le Dieu vivant. C’est le repos de celui qui boit à la source, apaisé et comblé dans la présence de Dieu. Tout est prêt, tout est là, nous n’avons qu’à ouvrir les portes et les fenêtres de notre vie pour laisser Dieu nous restaurer.

Toutefois, ce repos nous demande de l’énergie, pour rechoisir jour après jour de vivre avec Dieu, de laisser son amour et sa justice remplir notre vie, de laisser son Esprit nous transformer. Certains disent qu’il faut se convertir chaque jour : je crois que c’est un peu vrai. Chaque jour, il faut nous ouvrir à nouveau à la vie de Dieu, chaque jour nous détourner de ce qui nous détruit pour nous tourner vers Dieu et saisir sa main. Jour après jour, semaine après semaine, année après année, revenir au Christ, en qui nous recevons notre salut, notre valeur, notre sens, notre vie.

La louange, un ressourcement nécessaire

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Lecture biblique: Psaume 92

La semaine dernière, j’ai commencé une série de prédications sur le thème du repos. Nous avons médité sur le commandement de Dieu à prendre du repos régulièrement, et vu que ce repos est tout à la fois un temps pour reprendre son souffle, un temps pour prendre du recul et revenir à l’essentiel en se tournant vers Dieu. Dans le livre des psaumes, un psaume s’est retrouvé dédié au culte du sabbat, dédié à ces cultes du repos, et ce psaume, le 92, nous conduit à méditer sous un autre angle la question du repos avec Dieu.

Ce psaume ne parle pas du repos. Le psaume n’en est pas pour autant hors-sujet, car il prolonge ce que nous disions la semaine dernière : ce temps passé avec Dieu est l’occasion de voir notre vie autrement, c’est l’occasion d’être profondément renouvelé, et de s’enraciner dans l’essentiel. Et tout cela se vit dans la louange, qui domine le texte, ce qui je pense peut nous aider à méditer à la fois sur les bienfaits du temps passé avec Dieu et sur les bienfaits de la louange. Je voudrais prendre comme définition de la louange le fait de célébrer la bonté de Dieu, comme le dit le psaume, sans forcément réduire cette démarche à un type de chants ou de paroles, mais plutôt y voir l’attitude du croyant devant Dieu, mêlée de joie, de reconnaissance, d’admiration, et de confiance. Comment le fait de célébrer la bonté de Dieu nous aide-t-il à vivre le vrai repos ? Autrement dit, comment la louange nous permet-elle de nous ressourcer auprès de Dieu ?

1)   Pour dévoiler la place de Dieu dans notre vie

Tout d’abord, louer Dieu nous permet de nous extraire du flux quotidien de notre vie pour l’envisager sous une autre perspective. En fait, la louange nous encourage à voir Dieu à l’œuvre dans notre vie, et le psaume 92 nous le montre de trois manières différentes.

Premièrement, le psalmiste célèbre Dieu pour ce qu’il est, pour ce qu’il fait en général : il est bon de célébrer Dieu, car ses œuvres sont grandes et ses pensées sont profondes, Dieu est puissant, sage et bon. Parmi les sujets de prédilection des Juifs, il y avait la création et le souvenir d’avoir été sauvés de l’esclavage en Egypte. On peut ajouter la célébration de Jésus-Christ, incarné, mort et ressuscité pour le salut des hommes, ce moment historique dont l’impact n’est pas inférieur à celui de la création, puisqu’il nous offre une vie nouvelle. Quand on manque d’idées pour prier Dieu, ou même quand on en a d’ailleurs, c’est toujours bon de commencer en se rappelant qui est Dieu et ce qu’il a fait dans le passé pour son peuple, ça nous rappelle l’amour, la sagesse et la puissance de Dieu.

Deuxièmement, le psalmiste remercie Dieu pour des actions spécifiques dans sa vie (v.11-12) : tu as relevé mon front, mon œil repère ceux qui m’espionnent etc. Dieu a délivré le croyant des conflits et des dangers qui le menaçaient, il lui a permis de relever la tête, et il l’a rendu fort comme la corne du buffle. Pour cette délivrance particulière, ponctuelle, le croyant exprime sa reconnaissance. De même, nous sommes appelés, régulièrement, à chercher, à discerner dans le tissu de notre vie, les fils que Dieu a entremêlé aux nôtres, les motifs qu’il a dessinés, les raccords qu’il a cousus.

Troisième motif de louange : le destin funeste des méchants. Je vous avoue que j’ai mis un peu de temps à saisir pourquoi ce passage sur les méchants qui sont comme l’herbe et qui vont disparaître. Ca fait un peu mesquin, se réjouir du malheur des autres… En fait, j’ai l’impression que le psalmiste mentionne les méchants, les malfaisants qui prospèrent, qui ont du succès, qui poussent, comme l’herbe des champs, pour tous les cas où Dieu n’a pas délivré. Il y a des situations où le croyant ne sort pas vainqueur de la difficulté, il y en a même beaucoup, et devant ces difficultés, ces souffrances, ces injustices, on serait facilement tenté de renoncer à la louange, de désespérer, de douter de la bonté de Dieu. Le psalmiste nous invite franchement, dans ce genre de situations, à changer de perspective et à prendre du recul. C’est vrai, les injustices grouillent dans notre monde, mais Dieu reste Dieu, Dieu est juste, et sa justice sera un jour manifestée. Un jour, il n’y aura plus ces mensonges, ces abus, ces pièges, ces vices, ces actes cruels, il n’y aura plus la loi du plus fort, la tromperie, la cupidité, l’égoïsme, car Dieu est Dieu, il règne pour toujours, et même s’il tolère pour un peu de temps ces situations affreuses, un jour il y mettra un terme, et c’est dans cette perspective qu’on peut louer même dans l’épreuve. Dieu déteste le mal, et un jour le mal sera éradiqué complètement.

La louange est bonne pour tous, elle nous dévoile les bontés de Dieu : ses qualités, ses œuvres passées, actuelles, et futures. Elle nous permet de voir notre vie autrement, en y décelant l’amour et l’intervention de Dieu. Elle nourrit aussi notre attente : un Dieu bon, juste et tout-puissant ne peut pas se satisfaire du monde tel qu’il est aujourd’hui, et nous non plus. Se concentrer sur Dieu, c’est aussi attendre avec foi et espérance le jour où Dieu établira complètement la justice et la paix.

2)   Pour renouveler et rafraîchir

En conséquence, louer Dieu nous renouvelle, nous rafraîchit, nous ressource. C’est ce qu’expriment les images de la fin du psaume : je baigne dans une huile fraîche, dit le psalmiste. L’huile permettait de soigner les blessures, donc elle exprime parfois le soulagement, mais elle était aussi utilisée pour les célébrations, surtout quand elle était parfumée. C’est le signe de la joie, de l’abondance. De même, les croyants, les justes, ceux qui aiment Dieu, sont comparés à des arbres luxuriants, verts et feuillus, à des palmiers chargés de grappes de dattes, à des cèdres bien hauts et bien solides. Célébrer les bontés de Dieu est même un secret de jouvence : les vieux restent jeunes, ils portent encore du fruit, ils ne se flétrissent pas avec l’âge, mais ils s’épanouissent et continuent de rayonner, proclamant avec toutes les générations que Dieu est bon.

Ceux qui aiment Dieu sont comme plantés dans son temple – c’est-à-dire, sa présence, dont le temple était le lieu symbolique. En s’enracinant profondément dans notre relation avec Dieu, on se ressource, on reçoit de quoi pousser bien haut, de quoi être forts, de quoi porter du fruit à notre tour. Jésus a approfondi cette image en se comparant au cep de la vigne, en qui, nous petits sarments, nous sommes appelés à demeurer, à qui nous devons nous attacher, pour recevoir la vie de Dieu. C’est par Jésus, qui révèle Dieu aux hommes, que nous pouvons recevoir les bienfaits de la « terre », la vie de Dieu, pour grandir et porter du fruit, encore et encore.

Une des impressions qui ressort du psaume, c’est la joie qu’a le croyant à célébrer Dieu. La joie se manifeste entre autres par le plaisir qu’on a à louer Dieu, à proclamer sa bonté. En début de culte, le psaume 34 nous exhortait à goûter combien le Seigneur est bon. Il me semble que souvent on est peu réducteur de ce côté-là, en envisagent seulement les chants du culte. En réalité, la louange c’est une attitude de cœur qui s’exprime de multiples manières, en fonction des moments, des caractères. Nous sommes différents : certains n’aiment pas chanter ou rester en prière pendant des heures ! Pour eux, ce n’est pas la musique qui conduira à célébrer Dieu, mais une balade en pleine nature, ou la contemplation intérieure, en silence, ou pour d’autres, la réflexion intellectuelle sur ce que Dieu fait, est, veut, projette etc. Pour d’autres encore, ce sera des gestes – allumer une bougie, se mettre à genoux… Pour d’autres, s’engager dans une association et œuvrer à la justice au nom de la justice de Dieu. Il y a mille manières de louer Dieu, car il nous a créés divers et variés. Au-delà du culte où nous choisissons une forme parmi d’autres, chacun est appelé à trouver les situations, les formes, les contextes, où il pourra au mieux saisir la bonté de Dieu, la célébrer et s’en nourrir.

3)   Pour faire grandir le croyant

J’aimerais envisager un troisième bienfait de la louange, il en reste d’autres, bien sûr, c’est celui de faire grandir le croyant. Le psaume nous laisse cette image du « juste », le croyant en réalité, qui est tourné vers Dieu et qui s’efforce de le suivre : c’est un arbre, haut, solide, verdoyant et fertile. Il porte du fruit. Le juste, ce n’est pas celui qui est parfait, mais celui qui s’enracine en Dieu et qui puise en lui ses valeurs, ses orientations, ses motivations. C’est celui qui se nourrit profondément de la relation avec Dieu – et ça se voit ! Le juste croit en Dieu, il le reconnaît comme Dieu, à la différence du malfaiteur qui méprise Dieu, il l’aime et il lui obéit. La louange renouvelle notre relation avec Dieu en nous rappelant qui il est, ce qu’il fait, ce qu’il veut, et comment il nous voit. Cette louange, cette célébration, n’a pas seulement pour but d’être une balise régulière dans notre vie, mais elle nous fait grandir, comme l’arbre qui pousse de plus en plus haut.

Un des bienfaits de la louange, c’est de nous faire progresser, parce qu’on a pris le temps de voir comment Dieu se comporte, ses habitudes et ses valeurs. Elle nous permet d’adopter son point de vue, elle nous dépeint ses qualités, sa bonté et sa justice, sa sagesse et sa fidélité. Contempler Dieu et le célébrer nous rappelle quel est notre modèle, qui est celui dont nous sommes l’image, quelle est notre vocation d’êtres humains créés à la ressemblance de Dieu.

La louange doit avoir un impact sur notre avenir : ce que nous vivons avec Dieu dans ces temps de proximité doit nous recentrer sur l’essentiel, nous éduquer, nous fortifier, nous motiver, pour la vie de tous les jours. Elle doit nous permettre de persévérer dans la foi, l’espérance, l’amour, elle doit nous renouveler profondément pour notre marche avec Dieu. Cela se traduit par des fruits, par une vie peu à peu transformée, par un caractère influencé par celui de Dieu, par un état d’esprit semblable, par des œuvres concrètes qui traduisent notre attachement à Dieu : l’honnêteté, la patience, la bienveillance, la justice, l’amour, etc. Le premier critère de distinction entre le juste et le malfaiteur – qui loin d’être un cèdre pousse l’herbe stérile et éphémère – c’est le comportement ! Les actes, les gestes, les paroles de la vie quotidienne, qui vont rendre visibles ce que nous vivons avec Dieu.

Conclusion

La louange est une caractéristique essentielle de notre temps avec Dieu, et donc du repos. Elle nous permet de nous baigner dans sa présence, de nous ressourcer en nous rappelant combien il est juste et bon. Elle ravive notre amour, notre confiance en Dieu et notre espérance, elle nous permet de dire « oui, Dieu est mon rocher, il est mon salut ». Pourtant, la louange n’est pas juste un bon moment passé avec le Seigneur, qui nous fait du bien et nous permet de continuer la route, c’est aussi un temps qui nous forme et nous nourrit, au plus profond de nous-mêmes, pour nous transformer et nous rendre à notre tour débordants d’amour et de sagesse, de justice et de fidélité, témoins de Dieu dans ce monde.