Ruth, la moabite (1)

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Pour ce mois d’août, je vous propose un petit feuilleton de l’été. Une saga familiale en quatre épisodes, une belle histoire d’amour et de fidélité dont l’héroïne se prénomme Ruth.

Nous sommes au XIIe ou XIe siècle avant Jésus-Christ, au temps des Juges en Israël. Une période troublée, marquée par les conflits, le désordre et la violence. Mais notre histoire ne commence pas en Israël mais à Moab, un peuple voisin souvent en conflit avec Israël, y compris au temps des Juges.

La belle histoire de Ruth, la moabite, offre un saisissant contraste avec ce contexte sombre.

Lecture biblique : Ruth 1

« Là où tu iras, j’irai. Là où tu habiteras, j’habiterai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » (v.16)
Commentaire

Noémi est âgée au moment où elle se retrouve seule, sans mari ni enfant, tous décédés. Il est trop tard pour elle d’avoir d’autres enfants et donc de trouver un nouveau mari. Exilée à Moab, elle décide de rentrer en Israël où elle trouvera peut-être du secours. Le veuvage est difficile à vivre dans le contexte culturel de cette époque, surtout dans un pays étranger, loin des siens.

Mais ses belles-filles, elles, sont encore jeunes. Il est encore temps pour elle de trouver un mari et de refaire leur vie. Noémi les y encourage et c’est bien la décision prise par Orpa. Il faut se garder de porter un jugement hâtif sur elle. Elle aimait aussi sa belle-mère. On voit que cela lui coûte de la quitter. Mais sa décision est légitime et parfaitement compréhensible.

En réalité, c’est la décision de Ruth qui est étonnante. Choisir de rester malgré tout avec sa belle-mère, envers qui elle n’avait aucune obligation, est une marque remarquable de fidélité. Elle avait sans doute compris la situation précaire dans laquelle se trouvait Noémi et qu’elle pouvait lui venir en aide en l’accompagnant. La suite lui donnera raison…

La fidélité de Ruth est d’ailleurs sans doute bien plus qu’un simple attachement à sa belle-mère : « Ton Dieu sera mon Dieu », dit-elle. Il y a aussi dans sa démarche une dimension de foi. Elle choisit Noémi mais elle choisit aussi le Dieu de Noémi. A son attachement à sa belle-mère s’ajoute une adhésion de cœur à son Dieu.

Dans la tradition juive, Ruth est considérée comme un modèle des femmes prosélytes, les non-juives qui épousent la foi juive. Dans l’histoire de Ruth, le choix de la foi n’entre pas en conflit avec le choix du cœur. La fidélité à Dieu va de paire avec la fidélité à ceux qu’on aime.
Application

Dès le premier épisode de cette histoire, Ruth nous offre un remarquable exemple de fidélité et de foi.

On l’a dit, la fidélité de Ruth n’allait pas de soi. Elle lui a coûté : elle a dû quitter son pays… Une décision qui rappelle celle d’Abraham en réponse à l’appel de Dieu, lui demandant de quitter son pays pour aller là où il le conduirait. Pour Ruth, pas d’appel, pas de voix intérieure, mais une volonté ferme de se montrer fidèle à sa belle-mère et de s’attacher à Dieu. Comme pour Abraham, c’est une démarche de foi !

Une démarche de foi qui coûte. On peut d’ailleurs se demander si toute fidélité n’implique pas un renoncement… C’est facile d’être fidèle quand tout va bien ! Quand tout roule comme sur des roulettes, on est tous fidèles ! Ça l’est beaucoup moins dans l’épreuve, quand nos projets tombent à l’eau ou quand les événements semblent se liguer contre nous. Là, c’est difficile d’être fidèle. Ça coûte. Être fidèle peut impliquer de renoncer à certains conforts, à certaines ambitions personnelles.

L’exemple suprême est ici encore Jésus-Christ. Renonçant à la gloire céleste, il est devenu l’un des nôtres en venant sur terre, humblement. Par fidélité à l’appel de son Père. Par fidélité à son amour pour l’humanité. Une fidélité qui l’a conduit jusqu’à la mort sur la croix !

Et si notre foi se mesurait à la qualité de notre fidélité ? Notre fidélité à Dieu, bien-sûr ! Mais pas seulement… Ne se mesure-t-elle pas aussi à notre fidélité dans nos relations, dans nos projets et nos engagements ? C’est finalement une variante du double commandement majeur d’aimer Dieu ET d’aimer son prochain. La fidélité, elle est à Dieu et à notre prochain envers lequel nous nous sommes engagés, ou elle n’est pas ! Comment pourrais-je prétendre être fidèle à Dieu si je ne suis pas fidèle à mon conjoint, à mes amis, à mes paroles ou mes engagements ?
Conclusion

Ruth, la moabite, nous montre la voie d’une foi concrète, qui s’exprime dans le quotidien par sa fidélité remarquable à sa belle-mère. Comment, concrètement, notre fidélité s’exprime-t-elle ? Comment notre foi, notre fidélité à Dieu, se manifeste-t-elle dans notre fidélité de tous les jours ? Sommes-nous fidèles envers nos frères, nos amis nos prochains ?

Il faut le rappeler : c’est bien à la fidélité, y compris dans les « peu de choses » du quotidien, que Dieu nous invite, comme le dit le maître de la parabole des talents à son serviteur : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.» (Mt 25.21)

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