Vivre la fraternité (2) Le défi de la diversité

La semaine dernière, nous avons commencé une série de prédications sur la fraternité. Florence vous a rappelé pourquoi nous sommes frères et soeurs dans l’Eglise, et pourquoi nous sommes appelés à nous aimer. C’est un des fondamentaux de la vie chrétienne. La fraternité est toujours un défi. Et une des raisons de ce défi, c’est la diversité que nous représentons. Regardez autour de vous ! Ne voyez-vous pas cette diversité ?

Dans l’Eglise, on est confronté à une diversité, parfois grande, et à plusieurs niveaux. Il y a celle qui se voit tout de suite, hommes et femmes, de couleurs de peau différentes, d’âges différents… En allant plus loin, la diversité de fait que s’accentuer : elle est culturelle, socio-économique, d’arrière-plan spirituel, elle concerne les caractères, les histoires personnelles, les cheminements de foi, etc. Et ce n’est pas toujours facile. On a beau être ensemble dans un même lieu le dimanche, des barrières d’incompréhension, voire de méfiance subsistent. Le mélange n’est pas une évidence.

On pourrait même se demander si la diversité est vraiment souhaitable dans l’Eglise ? Est-ce qu’il ne serait pas plus facile, plus efficace, de constituer une église avec des gens qui se ressemblent, de former un groupe homogène ? N’y aurait-il pas moins de conflits, moins de malentendus ?

Le récit biblique que nous avons choisi pour notre Eglise l’année dernière, la rencontre entre Pierre et Corneille (Actes 10-11), nous donne déjà une indication. La différence culturelle pouvait sembler être un obstacle insurmontable. Un Juif ne pouvait pas accepter l’hospitalité d’un non-Juif, ne serait-ce que pour les règles alimentaires : ce que les uns considéraient comme impur, les autres le considéraient différemment. Alors Dieu a donné une vision à Pierre, celle d’une grande toile dans laquelle se trouvaient tous les animaux possibles, purs et impurs selon la loi de Moïse, et une voix qui retentit, invitant Pierre à manger de tout ! La réponse de Pierre est sans appel : « En aucun cas, Seigneur ! Je n’ai jamais rien mangé de souillé ni d’impur ! »

Même si le sens de cette vision est moins dans la remise en cause des interdits alimentaires que dans l’invitation à aller au-delà des blocages et des barrières culturelles, le défi était grand. On mesure sans doute mal l’effort et le courage que cela a représenté pour Pierre de briser ces barrières.

Pour aller plus loin, je vous propose de lire le récit de l’événement qu’on peut considérer comme le moment fondateur de l’histoire de l’Eglise, en de nous demander ce qu’il nous dit sur cette question de la diversité.

Actes 2.1-11
1 Quand le jour de la Pentecôte arrive, les croyants sont réunis tous ensemble au même endroit. 2 Tout à coup un bruit vient du ciel. C’est comme le souffle d’un violent coup de vent. Le bruit remplit toute la maison où ils sont assis. 3 Alors ils voient apparaître des langues, comme des langues de feu. Elles se séparent et se posent sur chacun d’eux. 4 Tous sont remplis de l’Esprit Saint et ils se mettent à parler d’autres langues. C’est l’Esprit qui leur donne de faire cela.
5 À Jérusalem, il y a des Juifs venus de tous les pays du monde. Ce sont des gens fidèles à Dieu. 6 Quand ils entendent ce bruit, ils se rassemblent en foule. Ils sont profondément surpris, parce que chacun entend les croyants parler dans sa langue. 7 Ils sont très étonnés et pleins d’admiration et ils disent : « Tous ces gens qui parlent sont bien des Galiléens. 8 Alors, comment chacun de nous peut-il les entendre parler dans la langue de ses parents ? 9 Nous venons du pays des Parthes, de Médie, d’Élam, de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et de la province d’Asie, 10 de Phrygie, de Pamphylie. Nous venons aussi d’Égypte, de la partie de la Libye qui est près de Cyrène, de Rome, 11 de Crète et d’Arabie. Parmi nous, certains sont juifs, et d’autres aussi obéissent à la loi de Moïse. Et pourtant, chacun de nous les entend annoncer dans sa langue les grandes choses que Dieu a faites. »

Pentecôte était une fête de pèlerinage pour les Juifs, qui se déplaçaient à cette occasion à Jérusalem, pour se rendre au temple. Il y avait donc dans la ville des Juifs de tout l’empire Romain, issus de la diaspora. Si la langue liturgique était l’hébreu, les Juifs de la diaspora avaient pour langue maternelle celle du pays où ils se trouvaient. On devait donc entendre toutes les langues du monde connu dans les rues de Jérusalem dans ces jours là ! D’autant qu’il n’y avait pas que des Juifs qui faisaient le déplacement mais aussi des prosélytes, des non-Juifs qui avaient embrassé la foi juive et « obéissaient à la loi de Moïse ».

C’est dans ce contexte qu’arrive l’événement étonnant qui nous est relaté dans ce chapitre du livre des Actes des apôtres. Le miracle de la Pentecôte, c’est l’Esprit de Dieu qui donne aux disciples la capacité de parler des merveilles de Dieu dans la langue maternelle de tous ceux qui étaient réunis dans la foule. C’est un signe de l’universalité de l’Evangile : une bonne nouvelle pour tous les peuples, à proclamer dans toutes les langues.

Cet épisode de la Pentecôte est l’événement fondateur de l’Eglise. Plus loin dans le texte, on parle de nombreuses conversions et du coup, de la naissance de la première Eglise, dans laquelle les prières et la proclamation de l’Evangile pouvait, dès l’origine, résonner dans toutes les langues !

La diversité est dans l’ADN de l’Eglise : elle en est une caractéristique dès l’origine. Et ce n’est pas qu’une question de langues. Ces Juifs dispersés étaient aussi imprégnés de la culture où ils vivaient. Et puis très tôt dans l’Eglise l’accueil de la diversité est devenu un vrai défi pour l’unité de l’Eglise, avec la coexistence de chrétiens d’origines juive et de chrétiens d’origine païenne.

Cette diversité n’est pas un accident. Elle est conforme au projet de Dieu pour l’Eglise. Il suffit de voir, par exemple, l’image biblique souvent utilisée du corps : il y a un seul corps mais une diversité de membres. Un projet qui atteint son apogée dans une vision de l’Apocalypse, celle d’une foule innombrable issus de « tous les pays, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les langues. » (Apocalypse 7.9).

Si elle est conforme au projet de Dieu, la diversité dans l’Eglise doit donc être valorisée, Dieu lui-même étant le garant de l’unité. On le voit dans le récit de la Pentecôte, à travers deux éléments : l’action de son Esprit et l’évocation du récit des merveilles de Dieu :
Sous la forme de langues de feu, le Saint-Esprit est répandu sur tous les disciples réunis. C’est l’Esprit de Dieu qui unit l’Eglise dans sa diversité, c’est lui qui fait de nous des enfants de Dieu, des frères et des soeurs en Christ.
Bien que parlant dans diverses langues, tous les disciples annonçaient le même message, celui du récit des merveilles de Dieu. Or quel est ce récit sinon celui qui nous est relaté dans la Bible ? C’est le socle commun que nous partageons et que nous proclamons.

Dans l’Eglise, la diversité n’est pas une valeur en soi… mais elle est le signe de l’universalité de l’Evangile.

Si quelqu’un arrive dans une église et qu’il voit des gens tous d’une même culture et/ou d’une même couleur de peau et/ou tous habillés de la même façon et/ou tous d’une même origine sociale… il se dira, à moins d’être comme eux, que ce n’est pas pour lui !

L’Evangile est pour tous et il faut que ça se voie ! La diversité n’est donc pas une option facultative pour l’Eglise. Si elle est vécue dans l’unité, elle est un signe de l’universalité de l’Evangile.

Travailler sur notre seuil de tolérance

Vivre la diversité est un défi qu’il est légitime et bon de relever. Il s’agit même d’une vocation de l’Eglise. Je pense à ce qui touche à la culture, à l’éducation, au niveau social, aux histoires et aux cheminements individuels, aux personnalités… Cette diversité là est essentielle dans l’Eglise parce qu’elle témoigne de l’universalité de l’Evangile. Dieu aime en Jésus-Christ tout homme et toute femme, c’est un message pour tous, sans discrimination. Et il faut que ça se voie dans l’Eglise !

Il y a toutefois certaines limites à la diversité. On ne peut pas non plus accepter ou justifier n’importe quoi dans l’Eglise, au nom de l’amour et de la tolérance. Il y a certaines doctrines et certaines pratiques qui sont en opposition avec le message de la Bible. Il y a des paroles ou des façons de se comporter qui contredisent l’Evangile. Accueillir la diversité, ce n’est pas accepter tout et n’importe quoi !

Mais entre ces deux repères, il y a de la place pour une diversité féconde, qui sera une source d’enrichissement mutuel. Tout le monde n’aura pas forcément le même seuil de tolérance à la diversité, et pas forcément dans les mêmes domaines. Pour certains, ce sera plus difficile d’accepter la diversité dans les convictions théologiques, pour d’autres ce sera dans des questions éthiques, pour d’autres encore dans les formes de piété… Mais j’ai la conviction que nous avons tous, au moins dans l’un ou l’autre de ces domaines, à travailler sur notre seuil de tolérance.

Ca demande un effort de discernement, pour accepter de distinguer entre ce qui est essentiel et ce qui est secondaire. Ca demande une démarche d’humilité, pour ne pas penser avoir toujours raison.

Passer de la cohabitation à la communion

Depuis toujours dans les Eglises, le beau discours sur l’accueil de la diversité se traduit trop souvent par une cohabitation seulement, alors que nous sommes appelés à la communion. Ce n’est pas nouveau : on le voyait déjà apparaître dans les Eglises du Nouveau Terstament ! On voit transparaître clairement dans les épîtres les difficultés de cohabitation entre les chrétiens d’origine juive et ceux d’origines païenne, ou entre les riches et les pauvres par exemple.

Dans une perspective de cohabitation, on accepte la différence, on veut bien partager le culte, voire un groupe de prière ou d’étude biblique, mais on se méfie surtout des risques de la diversité, des dangers potentiels, on a tendance à penser que ce sont les autres qui refusent de s’intégrer dans la communauté… et on se rassure avec ceux qui, dans l’Eglise, nous ressemblent.

Dans une perspective de communion, on se réjouit de rencontrer les autres, différents de nous. On voit la diversité comme une chance, une occasion de découverte et d’enrichissement. On ne la craint pas mais on cherche à la mettre en valeur. Plutôt que d’attendre que l’autre s’intègre, on va à sa rencontre.

Accueillir la diversité, vraiment, ce n’est pas seulement accepter dans son entourage des gens différents de nous, c’est chercher à valoriser l’autre différent de moi. Nous avons sans doute chacun à nous interroger personnellement sur la façon dont nous vivons la diversité dans nos relations. Nous avons aussi à nous interroger en tant qu’Eglise sur la façon dont nous valorisons, ou pas, la diversité dans notre communauté !

Conclusion

Vivre la fraternité dans l’Eglise, c’est aussi vivre la diversité ! Parce que l’Eglise est, dès son origine, marquée par la diversité, à tous les niveaux. Comment pourrait-il en être autrement si nous croyons à l’universalité de l’Evangile, cette bonne nouvelles pour tous les humains, quels qu’ils soient ?

Pour y arriver, essayons chacun, et tous ensemble, de relever ce double défi : travailler à notre seuil de tolérance et ne pas nous contenter d’une cohabitation pour chercher plutôt la communion.

Vivre la fraternité (1) Aimer nos frères, pourquoi?

église papier

Liberté, égalité, … fraternité ! La fraternité. Ce n’est pas juste un mot, c’est une des valeurs de notre République, et c’est aussi une valeur essentielle dans l’Eglise. La fraternité… Nous voulons la vivre ! Et dans l’église, nous avons cette ambition d’être comme une famille. Nous en avons envie, mais pas toujours le temps ! Parfois même, comme dans nos familles d’origine, des brouilles nous divisent, et la fraternité devient plus compliquée. Ou alors on ne se comprend pas. Ou certains prennent toute la place et d’autres doivent rester dans leur coin.

Et puis nous ne venons pas forcément dans cette église à cause des gens la composent ! Pourquoi venez-vous dans cette église ? Parce que vous connaissez quelqu’un ? Que vous aimez bien le culte ? Ou simplement parce que c’est à côté de chez vous ?… Peu importe les raisons, nous sommes rassemblés dans le même lieu. Mais cela veut-il dire que l’on se doit quelque chose  les uns aux autres ?

Avec Vincent, nous avons décidé de commencer une série de prédications sur la fraternité, dans l’église d’abord mais aussi au-delà. N’ayez pas peur, on ne s’est pas dit : il y a un vrai problème dans cette église, on doit absolument en parler. Rassurez-vous ! Cela signifie-t-il que vous n’avez pas besoin d’écouter ?… Non !! La fraternité, l’amour pour l’autre, reste toujours un défi. Dans le récit biblique que nous avons choisi pour notre église l’an dernier, la rencontre entre Pierre et Corneille (Actes 10-11), nous avons reconnu comme nôtre le défi de la fraternité, comme quelque chose qu’on vit mais qu’on veut encore mieux vivre, toujours mieux toujours plus, parce qu’on ne peut pas trop aimer.

C’est un défi qui se pose à toute église, quand on se connaît trop peu ou trop bien… mais c’est un défi qui s’est posé dès le début. Et dès les débuts de l’église, l’apôtre Jean, un disciple de Jésus, écrit aux églises qu’il a fondées pour rappeler l’essentiel de la foi chrétienne. Et il consacre un temps non négligeable au type de relations que nous devons entretenir dans l’église.

Lecture biblique : 1 Jean 3.1, 16-24

1 Voyez : (Dieu) le Père nous aime tellement qu’il nous appelle ses enfants, et c’est vrai, nous sommes ses enfants ! Mais le monde (extérieur) ne nous connaît pas, parce qu’il n’a pas connu Dieu.

16 Aimer, qu’est-ce que c’est ? Maintenant, nous le savons : Jésus a donné sa vie pour nous. Donc, nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères et nos sœurs. 17 Voici un exemple : quelqu’un est riche. Il voit un frère ou une sœur qui est dans le besoin et il ferme son cœur. Est-ce qu’on peut dire qu’il aime Dieu ?

18 Mes enfants, n’aimons pas avec des paroles et avec de beaux discours, mais avec des actes. Ces actes montrent que notre amour est vrai. 19 Par là, nous saurons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu, nous rendrons la paix à notre cœur. 20 En effet, si notre cœur nous accuse, nous le savons, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout.

21 Amis très chers, si notre cœur ne nous accuse pas, nous sommes pleins de confiance devant Dieu 22 et nous recevons de lui tout ce que nous demandons. Pourquoi ? Parce que nous obéissons à ses commandements et nous faisons ce qui lui plaît.

23 Voici ce que Dieu commande : nous devons croire au nom de son Fils, Jésus-Christ, et nous aimer les uns les autres, comme le Christ l’a commandé.

24 Celui qui obéit aux commandements de Dieu, il vit en Dieu et Dieu vit en lui. Oui, Dieu vit en nous, à cause de l’Esprit Saint qu’il nous a donné.

  1. Vraiment frères ?

C’est quoi l’amour ? C’est Jésus qui donne sa vie pour nous. Voilà la définition de l’amour véritable. Dooonc, si nous aimons, nous devons aimer comme Jésus, c’est-à-dire donner notre vie, nous aussi, pour nos frères.

L’enjeu est de taille ! Mais vérifions, du coup : sommes-nous vraiment frères et sœurs, nous chrétiens ? C’est un grand mot, quand même ! Ne sommes-nous pas juste des compagnons de route, engagés sur un bout de chemin ensemble ? Des gens qui partagent les mêmes convictions, comme dans n’importe quelle association après tout.

Non. Dieu a tout fait pour que nous soyons réconciliés avec lui, et que nous puissions l’appeler « Père ». Et, sur la base de l’œuvre de Jésus, nous pouvons dire, fièrement et avec assurance : je suis la fille, le fils, de Dieu ! Mais nous ne sommes pas fils uniques : Dieu nous appelle à vivre avec ses autres enfants, comme quand vous êtes nés dans votre fratrie. Comme n’importe quel parent, Dieu rêve de voir ses enfants développer une relation horizontale riche et profonde.

Pourquoi une telle importance à la communauté ? À la fraternité ? Il y a un indice dans le texte, même si Jean ne le développe pas : Dieu – Père, Fils, Saint-Esprit. Un Dieu unique, en trois personnes. Même si on ne comprend pas tout de l’être intime de Dieu, la Trinité dit au moins que Dieu est un être de relations. Dès avant la création du monde, Dieu, en lui-même, aime. Il n’est pas juste amour, il aime. Au plus profond de son essence, il y a ce réseau d’amour qui le fait vibrer. Quand Dieu crée l’homme, il y a bien bien longtemps, le récit biblique dit que son intention est de créer un être qui lui ressemble – et il crée un être de relation, l’être humain, version homme et version femme. L’humain à la ressemblance de Dieu : il crée, il est responsable, il parle… et il aime ! Il va au-delà de l’attirance, de l’instinct, de la connivence : il entre dans une relation profonde où donner est plus beau que recevoir, où l’autre devient plus important que lui (pas pour préserver la race, non, pas parce que l’autre est plus fort, non, mais parce qu’il a du prix à nos yeux). Lorsque nous aimons, nous ressemblons à Dieu. Nous sommes à son image.

  1. Un Père avec ses fils

Dieu va plus loin : aimer notre frère fait partie intégrante de notre amour pour Dieu. Il n’y a pas la foi et l’amour, il y a l’amour dans la foi. Sans amour, la foi est amputée, bancale, à trous.

Pour Jésus, le plus important des commandements, c’est : aime ton Dieu de toutes tes forces, et aime ton prochain comme toi-même. Ce sont les deux faces d’une même pièce. La qualité de nos relations fraternelles joue sur notre relation avec Dieu – et c’est Dieu qui en a décidé ainsi. Ce n’est ni anecdotique ni optionnel. C’est un commandement. Il n’y a qu’un commandement, et il a deux faces : aimer Dieu, aimer son prochain. Nous attacher à Dieu par Jésus-Christ, et nous aimer les uns les autres.

Se détourner d’un frère, c’est un peu se détourner du Père.

Vous connaissez ces parents : si tu n’acceptes pas mes enfants, je ne viens pas. Mes enfants, c’est moi. Là où je vais, ils sont les bienvenus, sinon, je ne me sens pas bienvenu non plus. C’est avec eux ou sans moi. Est-ce qu’il y a de cette radicalité viscérale dans l’amour paternel de Dieu ? Est-ce qu’il aime ses enfants au point de dire à tous ceux qui l’approchent : c’est avec eux ou sans moi ?

Peut-on imaginer que Dieu, qui a donné ce qu’il avait de plus cher pour nous, est prêt à ne plus se définir sans nous ? que Dieu se présente ainsi : « Bonjour, je suis Dieu, créateur du monde, juge parfait, maître de l’univers, et père de 1 293 456 754 enfants. Laissez-moi vous les présenter ! » (s’il sort toutes les photos de naissance, on n’a pas fini !) Et le Fils : « Je suis Jésus, Dieu le Fils devenu homme. Je vais vous parler de mes frères et sœurs, je les aime tellement ! Ils font presque partie de moi ! »

Se détourner d’un frère, c’est un peu se détourner du Père.

Nous ne pourrons être en pleine paix devant Dieu que si nous cherchons vraiment à aimer nos frères. Etre en paix avec Dieu, c’est s’approcher de lui avec assurance, avec le cœur tranquille. Ca ne veut pas dire qu’on est parfait ou qu’on a tout compris, mais qu’on est sur la même longueur d’onde, qu’on est sur le bon chemin, le chemin de la foi et de l’amour – alors quand on prie, le cœur voulant ce que Dieu veut, on ne peut que demander ce que Dieu veut donner, et Dieu répond.

Quand nous aimons, Dieu vit en nous et nous en Dieu : nous sommes plus qu’une image, nous entrons dans le cœur de Dieu et nous déversons son amour à ceux qui nous entourent, comme des ruisseaux qui partent de la source et irriguent la terre.

  1. Comment aimer ?

Alors concrètement, qu’est-ce que ça veut dire, aimer nos frères ? Jésus a donné sa vie pour nous, nous devons donner notre vie pour nos frères.

Nos frères sont importants, mais quand même : donner sa vie ? Pour tous nos frères ? Ce n’est pas possible !

Quand on entend « sacrifier sa vie », on pense héros, martyr, et on se dit « très peu pour moi ! Je ne suis pas un saint, juste un chrétien ordinaire ». Et puis, il y a trop de gens à aimer, si je me mets à aider ne serait-ce que tous les gens de cette église, je ne vais pas m’en sortir ! L’ampleur de la tâche impressionne, comme dans une randonnée où on regarde le sommet, on prend peur, et on se dit (si on a un niveau moyen), « je n’y arriverai jamais ! Je reste en bas. » Combien de fois l’ambition de Dieu nous a fait frémir, battre en retraite, quitte à utiliser les idéaux de Dieu comme excuse pour ne pas lui obéir : « Non je n’aime pas, parce que ton idée de l’amour est beaucoup trop ambitieuse, Seigneur ! Ce que tu demandes, c’est pas réaliste ! »

Mais pour avancer en randonnée, on regarde le sommet et on se fixe des étapes, comme autant de défis raisonnables qui nous font avancer vers le but. Et Jean nous donne un défi raisonnable : si quelqu’un voit un frère dans le besoin… Pas tout le monde, juste un ! On ne devient pas Jésus en un jour, on apprend. Si tous, nous décidons de traiter en frère ou en sœur 1 personne, vraiment, pour commencer, vous imaginez ce que l’église peut devenir ? Commençons chacun à faire pour un ce que nous aimerions, devrions, faire pour tous, et déjà nos relations fraternelles changeront !

Et parlons du sacrifice : c’est pareil, ça fait bondir ! Mais Jésus n’a donné sa vie qu’une fois, à la croix, et c’était l’ultime sacrifice. Mais si c’était le plus grand, et le dernier, des sacrifices, ce n’était pas le seul ! Jésus a renoncé à sa gloire divine, pour naître parmi les hommes. Il a pris du temps pour former des disciples. Il a pris la peine d’expliquer, inlassablement, ce qui pour lui était une évidence. Il s’est laissé déranger – et combien de fois ? Pour guérir, nourrir, accueillir… Jésus avait un esprit radicalement généreux, un cœur radicalement tourné vers l’autre – et ça l’a finalement conduit à la Croix. Même si nous, sur notre chemin, nous n’imaginons pas un jour mourir pour quelqu’un, nous pouvons juste avancer d’un pas, un pas de plus dans les empreintes de Jésus faire un effort qui coûte/ qui pique, mais qui nous entraîne un peu plus sur la voie de la fraternité généreuse dont Jésus est l’exemple.

Il y a toutes sortes de dons qui nous sont des sacrifices, moins forts que la Croix mais déjà trop coûteux, en argent ou en temps (je ne sais pas de quoi nous manquons le plus ?…) : une soirée pour inviter untel qui vit seul, un samedi après-midi pour aider à déménager, une heure le dimanche matin alors qu’on aurait pu dormir pour aller chercher une sœur qui ne conduit plus et l’amener au culte, un coup de fil pour prendre des nouvelles, le budget d’une prochaine sortie en famille pour aider à payer une facture ou parrainer un enfant en détresse… Il s’agit bien là d’actes concrets, au-delà des émotions, des paroles et des sourires (qui sont bien aussi !) qui traduisent la réalité de l’amour fraternel, tout comme Dieu a exprimé son amour envers nous par des actes concrets, en Jésus-Christ.

 

Il y a mille façons d’être frères, mais Dieu nous demande de commencer quelque part, ou de faire le pas qui est devant nous. Lui dont nous célébrons l’amour, il désire que nous aimions, nous-mêmes, comme lui. Alors prions, prions Dieu non pas pour être plus aimés, mais pour lui demander un cœur un peu plus large, d’aimer un peu plus comme lui, d’entrer un peu plus dans la générosité radicale du Christ – Dieu nous répondra ! Demandons, et nous recevrons ! L’amour c’est la seule chose où plus on en donne, plus on en a. Demandons, demandons à Dieu un cœur et des mains pour aimer comme lui, en actes, en vérité. Pour que son amour devienne un peu plus une réalité en nous, entre nous, autour de nous. Oui, Seigneur, que ton règne vienne ! Que ton règne d’amour et de foi vienne dans notre cœur, dans nos relations, dans notre monde !