Une place pour elles

 

Savez-vous qu’il existe au moins 500 journées mondiales dans l’année, pour des causes plus ou moins sérieuses ou importantes ? Certaines sont plutôt légères, voire farfelues. Par exemple :

  • 21 janvier : journée internationale des câlins (Hug Day)
  • 1er vendredi d’octobre : journée mondiale du sourire (à l’origine du fameux smiley !)
  • 1er samedi de septembre : Journée mondiale de la barbe
  • 4 mai : Journée mondiale Star Wars (May the Fourth… be with you)

D’autres journées sont soutenues par l’ONU, pour de grandes causes : en mémoire des victimes de l’Holocauste (27 janvier) ou de l’esclavage (25 mars), contre le travail des enfants (12 juin), journée internationale des femmes (8 mars), journée mondiale des réfugiés (20 juin), journée internationale de la paix (21 septembre)…

Mais savez-vous quelle est la journée qui est commémorée aujourd’hui, le 25 novembre ? La journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

J’ai une amie qui est à l’origine d’une initiative, en France, qui s’appelle « Une place pour elles ». Il s’agit de choisir une chaise dans un lieu public, éventuellement de la recouvrir d’un tissu de couleur, et d’y adosser une pancarte « Une place pour elles ». Une chaise vide pour signifier l’absence des femmes victimes de violences conjugales. Savez-vous que tous les trois jours, en France, une femme meurt sous les coups de son partenaire ? Chaque année, plus de 200 000 femmes se déclarent victimes de violences conjugales en France. Plus de 80 000 femmes adultes se déclarent victimes de viols ou tentatives de viols. Les chiffres explosent si on parle de toutes les violences dont sont victimes les femmes : physiques, psychologiques, verbales, sexuelles, économiques, spirituelles… que ce soit dans le couple, dans la famille, au travail ou ailleurs.

On en entend peut-être un peu plus parler aujourd’hui, après une certaine libération de la parole via les hashtags #MeToo ou #balancetonporc sur les réseaux sociaux, et suite à tous les scandales qui ont éclaté. Mais faut-il en parler dans l’Eglise ?

Il y a quelques jours, j’ai été contacté par une journaliste de l’hebdomadaire Réforme, pour un article qui est paru cette semaine à propos des violences faites aux femmes. Elle me demandait ce qu’on faisait et ce qu’on disait de ce sujet dans les Eglises évangéliques. Et j’ai bien dû répondre… qu’on n’en disait pas grand chose ! Vous en avez souvent entendu parler, vous, de ce sujet, dans une Eglise ?

Et pourquoi n’en parle-t-on pas, m’a-t-elle demandé ? Eh oui, au fait, pourquoi ? Penses-t-on que les cas ne se rencontrent pas dans les églises évangéliques ? Vraiment ? Se voile-t-on la face, pour préserver l’image de couples et de familles unis parce qu’on est chrétiens ? N’impose-t-on pas un silence qui fait peser un poids supplémentaire sur les femmes qui subissent ces violences, et qui n’osent pas briser le tabou ?

Aux USA, la parole s’est plus libérée qu’en France. Un hashtag #ChurchToo est apparu, dénonçant les violences subies, dans l’Eglise. Et des Eglises évangéliques, et même des responsables évangéliques, étaient aussi concernés !

La journaliste m’a aussi posé la question : pensez-vous qu’il soit légitime d’aborder ces questions dans les églises ? Oui, bien-sûr, ai-je répondu ! Pourquoi ? Parce qu’il y a un impératif biblique constant, qui traverse autant l’Ancein Testament que le Nouveau Testament : nous devons protéger et prendre soin des plus faibles, des rejetés, des victimes de toutes les violences.

Alors je me suis dit que j’allais en parler ce matin… D’autant que la Bible a bel et bien des choses à nous dire à ce propos. Je propose de l’évoquer dans un premier temps par une évocation globale de ce que la Bible nous dit des rapports entre les hommes et les femmes, puis dans un deuxième temps à partir d’un texte du Nouveau Testament qui évoque à quel type de relation nous sommes tous appelés en Christ.

Les hommes et les femmes dans la Bible

Au début, tout se passait bien, dans l’harmonie. Dans le récit de Genèse 1, l’homme et la femme sont créés en même temps, en parfaite égalité : « Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu ; homme et femme il les créa. » (Gn 1.27) La Bible laisse même entendre que c’est en tant qu’hommes et femmes que les humains sont à l’image de Dieu !

Dans Genèse 2, tout est aussi paisible et harmonieux. Certes, dans ce récit, la femme est créée après l’homme… mais le texte souligne que tant que la femme n’avait pas été créée, l’homme n’était pas heureux. Dieu le constate : « il n’est pas bon que l’homme soit seul… » (Gn 2.18) Et l’explosion de joie (et d’amour !) de l’homme lorsqu’il voit la femme pour la première fois le confirme : « Cette fois, voici quelqu’un comme moi ! Elle tient vraiment de moi par tout son corps ! » (Gn 2.23 – PdV)

Mais c’est en Genèse 3 que ça se complique ! Le Serpent met en doute la parole de Dieu, fait naître la suspicion dans le coeur de la femme et l’homme qui désobéissent à Dieu… et l’harmonie est brisée, avec Dieu, entre l’homme et la femme. « Ton désir se portera vers ton mari, et lui, il te dominera. » (Gn 3.16) D’un point de vue biblique, la domination de l’homme sur la femme est bien un conséquence du péché, pas l’expression d’un ordre créationnel ! On ne peut donc pas la justifier !

Mais le mal est fait. Et même si dans l’AT, quelques fois, Dieu parvient à faire émerger une femme, une prophétesse comme Miriam, la soeur de Moïse, ou même une Déborah pour délivrer son peuple, la domination masculine est écrasante…

Dans les évangiles, les choses semblent changer, un peu. Certes, les 12 apôtres sont des hommes… Mais bon nombre de femmes font partie des proches de Jésus, elles jouent un rôle important, plusieurs sont données en exemple de foi, les premiers témoins de la résurrection sont des femmes ! L’élan se poursuit dans le reste du Nouveau Testament. Dans les Actes des apôtres, Priscille a instruit Apollos, Lydie a été la première chrétienne en Europe. Dans les salutations de ses épîtres, l’apôtre Paul nomme plusieurs femmes et les appelle ses collaboratrices, Phoebé est désignée comme ministre de l’Église de Cenchrées, Junia même comme apôtre…

Pourtant tout n’est pas si simple et l’apôtre doit plusieurs fois répondre à des questions ou des problèmes quant à la place des femmes dans l’Eglise. Il faut faire avec les traditions et les cultures de l’époque, il faut alors fixer quand même certaines règles, veiller à ce que ce ne soit pas un contre-témoignage envers l’extérieur. C’est, à mon avis, les raisons des quelques restrictions qu’on voit figurer dans certaines épîtres.

Mais Paul ne parle pas des femmes dans l’Eglise seulement en terme de restrictions et de limites. Ainsi, quand il évoque le changement radical que l’Evangile apporte aux chrétiens, jusque dans leurs relations, il affirme avec force : « Il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, ni esclaves ni hommes libres, ni hommes ni femmes ; car tous vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » (Galates 3.28)

Il évoque trois fractures qui existaient dans l’Eglise et qui étaient appelées à disparaître sous l’influence de l’Evangile : entre Juifs et non-Juifs, entre esclaves et hommes libres, entre hommes et femmes. Et il faut reconnaître, avec tristesse, que la troisième perdure aujourd’hui… peut-être parce qu’elle est aussi la plus ancienne. On l’a vu, elle remonte à la Genèse !

De nouvelles relations en Christ

Ailleurs dans le NT, plusieurs textes soulignent la nécessité de relations transformées par le Christ. D’ailleurs, à la suite de l’exemple laissé par Jésus-Christ, l’idéal évangélique quant aux relations, pour tous, hommes ou femmes, c’est la soumission mutuelle. « Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte du Christ. » (Ephésiens 5.21) Ou comme le disait Jésus : « Si l’un de vous veut être le premier, il doit être l’esclave de tous. » (Marc 10.44)

Lisons ce que Paul écrit dans sa lettre aux chrétiens de Philippe. Ce sont les versets qui précèdent immédiatement ce grand hymne à la gloire du Christ qui a quitté la gloire du ciel pour se faire serviteur, jusqu’à la mort sur la croix :

Philippiens 2.1-4 (Bible en Français Courant)
1 Votre union avec le Christ vous donne-t-elle du courage ? Son amour vous apporte-t-il du réconfort ? Êtes-vous en communion avec le Saint-Esprit ? Avez-vous de l’affection et de la bonté les uns pour les autres ? 2 Alors, rendez-moi parfaitement heureux en vous mettant d’accord, en ayant un même amour, en étant unis de cœur et d’intention. 3 Ne faites rien par esprit de rivalité ou par désir inutile de briller, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. 4 Que personne ne recherche son propre intérêt, mais que chacun de vous pense à celui des autres.

Pensez-vous que ce que dit l’apôtre Paul ici ne concerne pas les relations entre les hommes et les femmes ? Evidemment non ! L’exhortation est générale, fondamentale et vraie pour tout chrétien, homme ou femme. Elle est motivée par l’union avec le Christ, son amour pour nous, notre communion avec le Saint-Esprit, le lien qui nous unit entre croyants… Bref, tout ce qui fait le coeur de l’Evangile. Et l’enjeu n’est rien d’autre que l’unité de l’Eglise.

L’exhortation de l’apôtre se résume par cette formule choc, absolue : « Considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. »

Il ne suffit pas de considérer les autres comme nos égaux, il faut les considérer comme supérieurs à nous-mêmes. L’idée n’est pas de se rabaisser soi-même mais d’élever l’autre. Il s’agit de refuser toute relation basée sur la domination en faveur d’une relation basée sur le service.

Encore une fois, l’exemple de Jésus s’impose. Lui qui a, littéralement, pris la posture du serviteur, de l’esclave, en lavant les pieds de ses disciples. N’a-t-il pas dit ensuite : « Je vous ai donné un exemple : ce que je vous ai fait, faites-le vous aussi. » (Jean 13.15)

En réalité, quand nous adoptons la posture du serviteur, toute tentation de domination tombe. Et il ne peut plus être question de violence puisqu’on recherche les intérêts de celui ou celle au service duquel ou de laquelle on se met !

L’exhortation est pertinente pour toute relation où la tentation de la domination existe. Elle est encore bien présente aujourd’hui entre les hommes et les femmes. Mais on la trouve aussi en lien avec la fonction (le ministère), avec l’expérience ou la connaissance, la culture, l’âge, etc.

Toute autorité dans l’Eglise est une autorité de service. C’est pourquoi il est anti-biblique, contraire à l’Evangile, qu’une autorité s’exerce par la domination, peu importe ici qu’on parle d’un homme ou d’une femme !

Conclusion

Dans l’article de Réforme, une psychologue témoigne du cas d’une femme qui lui avait confié qu’elle subissait des violences conjugales et qu’elle craignait pour sa vie. Elle lui avait conseillé de trouver de toute urgence un lieu pour être en sécurité mais elle apprend 4 mois plus tard que cette femme a été tuée par son mari. Et plusieurs années plus tard, elle apprend que cette femme était pourtant bien partie se mettre à l’abri chez sa mère… mais que c’est son Église qui avait fait pression pour qu’elle rentre chez elle !

Si aujourd’hui vous êtes dans un telle situation, pensez à vous, pensez à vos enfants si vous en avez. Mettez-vous à l’abri. Brisez le silence ! Et en tant qu’Eglise soyons prêts à l’entendre, à ne pas nous voiler la face.

Autour de vous, en dehors de l’Eglise, vous avez peut-être des femmes qui sont dans cette situation et qui vous tendent des perches, vous lancent des appels au secours dissimulés. N’y soyez pas sourds !

Et puis examinons toujours nos paroles, nos attitudes, nos relations, dans l’Eglise et en dehors. Demandons à Dieu de nos purifier de toute forme de violence, physique, verbale, psychologique, de toute tentation de domination. Et choisissons d’emprunter humblement la voie ouverte par Jésus-Christ, celle du service !

Combien j’aime ta loi !

C’est l’histoire d’un homme… Un homme en grande difficulté. Peu à peu, il a tout perdu : son travail, sa position sociale, même ses amis les plus proches l’ont trahi. Sa vie a basculé et il se retrouve sans rien. La tentation est grande de tout envoyer balader, de tout lâcher, de faire comme les autres. Mais cet homme est un croyant juif d’il y a presque 3000 ans, et au milieu de l’épreuve, il se tourne vers Dieu. On dit que la difficulté révèle le vrai caractère des gens – qui nous sommes quand nous n’avons plus rien à perdre. Mais dans la difficulté, notre foi aussi se retrouve à nu. Dans la détresse, n’allons-nous pas à l’essentiel ?

Dans le livre des psaumes nous trouvons la prière de cet homme en détresse. Une prière qui se recentre sur l’essentiel au milieu des tensions et des tentations. Cette prière c’est le Ps 119, et j’en lirai un extrait.

Psaume 119.97-104

97 Ah, combien j’aime ta loi ! Elle occupe mes pensées tous les jours.

98 Ton commandement est mon bien pour toujours, il me rend plus sage que mes ennemis.

99 Plus que mes maîtres, j’ai de l’instruction, car je réfléchis longuement à tes ordres

100 Plus que les vieillards, j’ai du discernement car je prends au sérieux tes exigences.

101 J’ai refusé de suivre le chemin du mal, afin d’appliquer ce que tu as dit.

102 J’ai suivi fidèlement tes décisions, puisque c’est toi qui me les as enseignées.

103 Quand je savoure tes instructions, je leur trouve un goût plus doux que le miel.

104 Mon discernement vient de tes exigences, c’est pourquoi je déteste toutes les pratiques mensongères.

S’il y a une prière que je ne m’attendrais pas à entendre dans la bouche de quelqu’un qui souffre, c’est bien celle-là ! Combien j’aime ta loi ! Ta fidélité, ta puissance, ta patience, ta bonté, ta justice – oui ! Mais ta loi ? Tes commandements ? Quand vous cherchez le réconfort de Dieu, vous vous tournez vers sa loi ? Sans parler de détresse, dans les tensions du quotidien, à quoi regardez-vous ? Et même dans les temps de bonheur et de louange, je doute que votre adoration soit centrée sur les règles édictées par Dieu !

La loi de Dieu, avouons-le, ce n’est pas ce que nous préférons chez lui… Ce serait plutôt ce que nous tolérons dans notre lecture de la Bible : nous aimons l’Evangile, habité par un Jésus généreux et compatissant, accueillant, révolutionnaire, droit, puissant, humble et triomphant. Oui, lui nous l’aimons ! Le Dieu des Ecritures juives déjà nous paraît moins accessible. Et sa loi, quand nous arrivons à la lire, peu d’entre nous la goûtent ! La loi nous fait penser à un Dieu juge et sévère, voire accusateur. La loi… Nous préférons la grâce ! La loi évoque l’obéissance et la peur, la grâce évoque la liberté et l’amour !

Alors quoi, je déchire le psaume ? Je déclare que Jésus a annulé le psaume 119 ? Non, si cette prière est parvenue jusqu’à nous, nous chrétiens ancrés dans l’amour de Dieu, c’est qu’elle enrichit encore aujourd’hui notre relation avec Dieu.

1/ Quelle loi pour le chrétien ?

Combien j’aime ta loi ! dit cette prière. Mais est-ce que ça ne concerne pas seulement les croyants avant Jésus ? Nous, nous vivons par la grâce ! Sauf que Jésus a dit : je ne suis pas venu pour abolir la loi mais pour l’accomplir (Mt 5.17). Qu’est-ce que ça veut dire ? Déjà, quand on parle de loi, de quoi parle-t-on ? Dans la loi juive, dans l’AT, il y avait toutes sortes de règles, par exemple des règles pour s’approcher de Dieu, des protocoles sur le culte qui montraient qu’un homme coupable ne peut pas se présenter devant Dieu avec légèreté. Des règles sur les sacrifices, les aliments, les vêtements… Mais lorsque Jésus se donne, victime innocente et parfaite, pour porter le jugement de Dieu en réponse au mal que nous commettons, il remplit parfaitement ces protocoles, et les anciennes règles cultuelles ne sont plus d’actualité.

Il y a aussi les lois sociales de l’Ancien Testament. Israël était un peuple politique autant que spirituel, avec son organisation judiciaire, économique, sociale… Comment traiter l’étranger, le pauvre, le criminel, comment subvenir aux besoins communs, quels sont les devoirs d’un patron ou d’un époux ? Cette organisation est un exemple de ce qu’on peut vivre politiquement, dans un contexte donné, quand on veut appliquer les valeurs de Dieu. Lorsque Jésus envoie ses disciples dans le monde entier, lorsque l’Eglise se répand dans de nombreuses nations, les règles politiques d’Israël ne sont plus applicables telles quelles, mais les valeurs restent !

Jésus a lui-même toujours vécu selon les valeurs de Dieu, et il nous demande de rechercher la justice de Dieu, c’est-à-dire ce que Dieu trouve juste, ce qui est conforme à ses valeurs – tu aimeras Dieu, tu aimeras ton prochain, tu refuseras le mensonge et la violence, tu seras fidèle, tu ne te vengeras pas, tu choisiras la bienveillance, tu résisteras à la tentation quitte à renoncer à quelque chose qui t’est cher. Jésus reprend à son compte les principes de vie que l’on trouve déjà dans l’Ancien Testament.

Il n’y a pas de loi dans le sens où le chrétien ne compte pas sur ses bonnes actions pour obtenir l’amour de Dieu – de toute façon, nous sommes trop défaillants pour mériter  son approbation. Il n’y a pas de loi, car si nous sommes aimés de Dieu, c’est à travers le Christ, qui a mis sa vie juste et sa mort injuste à notre compte, afin que son innocence soit comptée comme la nôtre, et que nos défaillances soient comptées comme les siennes. Si Dieu nous offre son amour et la chance de vivre avec lui, c’est parce que le Christ permet cette relation libre avec lui. En cela, nous sommes sauvés par grâce, par la foi dans le don généreux de Jésus, et non par une loi que nous aurions respectée.

Mais la loi ne disparaît pas pour autant ! Être justes devant Dieu n’est plus le critère pour être aimé de lui, mais ça reste notre vocation ! Nous sommes sauvés pour vivre avec Dieu et comme Dieu, pour vivre selon ses valeurs. C’est la loi de Dieu qui s’inscrit dans notre cœur, qui devient notre vocation : être justes et bons comme Dieu.

2/ J’aime Dieu qui donne sa loi. (v.98-100)

Combien j’aime ta loi ! dit le psalmiste. Elle est plus douce que le miel, plus réconfortante que le meilleur gâteau au chocolat, plus savoureuse qu’un vieux comté, plus goûteuse qu’un steak bien grillé… Combien j’aime ta loi !

Est-ce que nous partageons cet enthousiasme pour la justice que Dieu nous appelle à vivre ? Cette justice, on peut la nommer loi, sainteté, droiture, vérité… Quel regard portons-nous sur cette justice que Dieu nous appelle à vivre ? Est-ce un regard de crainte (si je n’obéis pas, je perds mon salut) ? Est-ce un regard résigné (il faut bien le faire, il n’y a pas le choix, c’est notre devoir, notre croix) ? Est-ce un regard circonspect (on verra, on verra si ce que Dieu me demande est bien raisonnable) ?

Combien j’aime ta loi ! dit le psalmiste. J’aime ! Je ne crois pas que ce croyant était un juriste passionné de codes civils et de jurisprudence – non, je crois qu’il avait compris le sens de la loi. La loi que donne Dieu n’est pas faite pour trancher, pour casser, pour exclure, mais c’est une série de repères qui balise le chemin pour ressembler à Dieu. J’aime ta loi, dit le psalmiste, car elle me rend sage, elle m’instruit, elle me donne une orientation. J’aime ta loi, car ta loi, Seigneur, me montre comment être meilleur ! C’est un défi pour grandir selon tes valeurs !

Nous pouvons dire « J’aime ta loi » car elle nous montre les projets que Dieu a pour nous, elle nous fait entrevoir les personnes que nous pouvons devenir.

Dans la confusion, ô Dieu, j’aime ta loi qui montre tes priorités.

Quand je suis tenté par le mensonge, j’aime ta loi qui m’invite à des relations vraies.

Dans les difficultés du mariage, j’aime ta loi qui m’invite à être fidèle et persévérant.

Dans les conflits, j’aime ta loi qui m’invite à être de ceux qui répondent au mal par le bien.

Quand on m’insulte, j’aime ta loi qui m’invite au respect et au pardon.

Dans la tentation des relations faciles, j’aime ta loi qui m’invite à m’engager entièrement, pour la vie, et pas seulement pour une nuit.

Dans ma gestion de l’argent, j’aime ta loi qui m’invite à la générosité.

Au cœur de mon égoïsme, j’aime ta loi qui me pousse à servir l’autre.

Au-delà de la loi, nous aimons le Dieu qui nous presse de remplir notre vocation ! Et nous la remplirons – en comptant sur son Esprit qui nous façonne de l’intérieur à l’image de Dieu. En comptant sur sa patience lorsque nous nous trompons ou que nous échouons.

Combien je t’aime, Seigneur, car tu m’appelles au meilleur, à devenir cet être de vérité, de justice, de générosité, d’intégrité, d’amour, d’humilité, de patience… Sans cesse, à tout âge et en toutes circonstances, Dieu nous tire vers le meilleur.

3/ Et quand je n’aime pas, je choisis de croire ! (v.101-102)

J’aime Dieu qui me donne sa loi. J’aime la personne qu’il veut que je sois. Donc, j’aime le chemin qui y conduit… ou pas ! Car dans le détail, nous n’aimons pas toujours ce que Dieu nous demande de faire ou d’être. Ca varie d’ailleurs selon les gens : le jeune homme riche n’a pas aimé l’appel radical à la générosité (va et vends tout ce que tu as), l’apôtre Pierre n’a pas aimé l’appel à la paix quand les soldats ont arrêté Jésus (et il a tranché l’oreille d’un soldat), les disciples n’ont pas aimé le douloureux chemin que Jésus a emprunté (et ils ont fui devant sa mort).

Le chemin sur lequel Dieu nous appelle est un chemin qui nous élève et qui nous heurte. Un chemin de vérité qui à un moment confrontera ce qui est trouble ou faux en nous – et que nous aimerions bien garder, en le justifiant à notre façon. Pour certains, c’est le rapport à l’argent qui va coincer. Pour d’autres, la sexualité. Pour d’autres, le pouvoir. Pour d’autres, l’orgueil. Pour d’autres, la superficialité. Tous, confrontés à la personne que Dieu veut que nous devenions, tous nous nous heurtons à ce qui coince, à ces demandes divines qui appuient là où ça fait mal, ces demandes que nous ne comprenons pas ou que nous ne voulons pas.

90% du temps, nous comprenons. Nous admirons même les demandes de Dieu, les défis qu’il nous pose. Mais les 10% restants, on en fait quoi ? On déchire les pages ? On raye les demi-versets qui ne nous conviennent pas ? qui n’entrent pas dans notre éducation, notre culture, nos valeurs ?

La prière du psaume 119 dit : J’ai refusé de suivre le chemin du mal pour mettre en pratique ce que tu as dit. Je suis fidèlement tes décisions – pourquoi ? parce que c’est toi, ô Dieu qui me les a enseignées. Sur ce chemin que Dieu trace pour nous, à un moment, nous ne saurons plus où nous sommes, ou nous trouverons que son indication est peu réaliste, ou que la route est un peu cabossée – et c’est là que notre amour s’éprouve réellement, non pas pour la loi, mais pour le Dieu qui nous sauve et qui nous conduit. C’est en suivant Dieu aussi sur les chemins que nous n’aurions pas choisis, en obéissant à des demandes que nous n’aurions pas voulues, c’est là que nous marchons par la foi. C’est-à-dire, par la confiance envers celui qui nous sauve et qui nous guide, celui qui élabore des projets parfaits, celui qui dépasse nos idées nos concepts nos règles car il est Dieu.

Conclusion

Dieu trace un chemin pour chacun d’entre nous. Jésus nous le rend accessible et il nous y accompagne. Un chemin sur lequel nous ne pouvons marcher sans être transformés – transformés pour devenir meilleurs, aimants, justes et bons, des personnes bienfaisantes, des personnes qui ressemblent à Jésus et qui portent sa lumière au quotidien. Le processus peut être agréable – ou douloureux – mais osons suivre Jésus sur ce chemin – car c’est lorsque nous nous tenons auprès de Dieu, attentifs à ce qu’il nous dit, zélés pour agir comme lui, c’est là que nous vivons vraiment notre vocation, là que nous recevons vraiment sa vie abondante – et vivre avec Dieu est plus doux que tout ce que nous connaissons.