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La fatigue de Dieu

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/la-fatigue-de-dieu

Avant de lire le texte, précisons quelques éléments de contexte. Nous sommes au Ve siècle avant Jésus-Christ. Plusieurs décennies après le retour de l’Exil, les promesses de Dieu ne semblent pas vouloir s’accomplir. Zorobabel, en qui reposait tout l’espoir, est mort. La dynastie royale issue de David n’a pas été rétablie. Le temple a bien été reconstruit mais la routine s’y est déjà installée… Bref, on est loin de la gloire annoncée par les prophètes de l’Exil ! Le peuple de Juda est désabusé… et Dieu est tenu pour responsable.

Le texte que nous allons lire est révélateur de ce contexte. Et Dieu y répond aux accusations qui sont faites à son égard en annonçant qu’il va envoyer un messager pour préparer son chemin et qu’il viendra pour exercer un jugement. Un discours que nous entendrons dans les évangiles, à travers le personnage de Jean-Baptiste, identifié dans le Nouveau Testament au messager de Malachie. Ce texte est donc bien un texte de l’Avent ! Et le jugement qu’il annonce pourrait bien être éclairé d’une lumière nouvelle avec Jésus-Christ.

Lecture biblique : Malachie 2.17-3-5

La Bible utilise souvent des anthropomorphismes pour parler de Dieu : on projette sur Dieu des attitudes humaines. Il faut bien parler de ce qu’on connaît… tout en étant conscient que c’est toujours une façon imparfaite d’évoquer Dieu, bien que parlante.

Il y a deux semaines, nous avons médité le Psaume 2 dans lequel Dieu riait de l’agitation des peuples contre lui, des attaques vaines qui ne l’atteignent pas. Ici, Dieu est fatigué par les discours de son peuple. L’image du Dieu moqueur parlait d’un Dieu qui ne peut pas être atteint par les moqueries des hommes. L’image, ici, du Dieu exaspéré montre qu’il est touché par les paroles et le attitudes de son peuple.

1. Fatigué…

« Vous fatiguez le Seigneur avec vos discours ! » Quelle force dans cette affirmation ! Elle dit que la patience de Dieu est à bout.

Vous savez, comme quand des parents n’en peuvent plus que leur enfant fasse toujours les mêmes bêtises : « tu me fatigues ! ». Ou quand quelqu’un vient toujours se plaindre à vous de la même chose : « tu me fatigues ! ».

Ou même quand Jésus en a assez de l’incrédulité de ses disciples qui ne comprennent jamais rien à rien : « Gens de peu de foi. Jusqu’à quand vous supporterais-je ? » (Matthieu 17.17 par exemple). Une autre façon de le dire n’aurait-elle pas été : « Vous me fatiguez ! » ?

Franchement, vous ne croyez pas que le Seigneur pourrait nous dire la même chose parfois ? « Tu me fatigues ! » Face à l’écart entre nos paroles et nos actes, face à nos plaintes et nos récriminations… « Tu me fatigues ! »

Si on revient à notre texte, Malachie évoque ce qui fatigue le Seigneur. Son peuple se plaint de la non-intervention de Dieu, qu’il n’accomplit pas ses promesses, pire, qu’il approuve ceux qui font le mal puisqu’il ne les juge pas ! Ça le fatigue, d’abord parce que ce n’est pas vrai et ensuite parce que ceux qui tiennent ces propos ne sont sans doute pas meilleurs que ceux qu’ils désignent comme des méchants que Dieu ne punit pas. Vous savez, c’est l’histoire de la paille et la poutre…

Voyez le verset 5 où Dieu dit aux Israélites : « Je viendrai au milieu de vous pour vous juger. » ! Vous voulez que je juge le méchant ? Mais alors vous aussi vous serez jugés… et vous avez bien des choses à vous reprocher. La liste qui suit le montre bien. Notez bien d’ailleurs qu’à part le premier reproche qui est de nature religieuse, la sorcellerie, les autres sont plutôt de nature sociale : adultères, faux serments, oppression des ouvriers, des veuves et des orphelins, des étrangers. On n’est pas au temple, là, mais dans la vie quotidienne.

Cette liste montre bien d’ailleurs qu’il y a une incohérence du peuple à accepter ces pratiques en son sein tout en reprochant à Dieu de ne pas accomplir ses promesses ! « C’est un scandale, Dieu n’accomplit pas ses promesses… » mais dans notre quotidien, on tolère ce que Dieu dénonce ouvertement. « Je ne comprends pas, Dieu ne répond pas à ma prière… » mais je fais un peu n’importe quoi de ma vie. Ca ne vous paraît pas incohérent ? Voilà pourquoi Dieu est fatigué par de tels discours…

En fait, en un mot, je crois que Dieu est fatigué par notre incohérence. Et je crois d’ailleurs aussi que cette incohérence est source de fatigue pour nous. Un des enjeux majeures de la vie chrétienne, c’est la cohérence : entre nos paroles et nos actes, entre ce que nous croyons et ce que nous faisons, entre le dimanche et le reste de la semaine, entre l’Église, la famille et le travail… L’incohérence crée un malaise devant Dieu, devant les autres, en nous-mêmes. La cohérence crée l’harmonie et la paix intérieure, le repos plutôt que la fatigue.

2. Retrouver le repos

Mais revenons à la « fatigue » de Dieu. Si le Seigneur est fatigué, c’est bien parce qu’il est touché par ce que nous disons et faisons. Il ne serait pas fatigué s’il s’en fichait, s’il ne se souciait pas de nous. C’est bien dans cette optique qu’il faut comprendre la perspective de jugement présente dans ce texte.

En réponse à sa « fatigue », Dieu annonce donc un jugement purificateur : comme le feu du fondeur et la lessive du blanchisseur. L’objectif, c’est de retrouver une pratique cultuelle agréable à Dieu : « Ainsi, les offrandes des gens de Jérusalem et des autres habitants de Juda plairont au SEIGNEUR, comme autrefois, dans le passé. » (v.4). On pourrait dire qu’alors, le Seigneur ne sera plus fatigué par son peuple !

Dans une perspective messianique, il y a bien-sûr un écho à ce jugement dans le ministère de Jésus. On pourrait même parler d’un double écho, l’un conforme à ce que Jean-Baptiste attendait et annonçait, l’autre plus surprenant.

En ce qui concerne l’écho conforme au jugement imminent que Jean annonçait, on peut penser à la colère de Jésus dans le temple, quand il renverse les tables des marchands et dénonce le commerce qui a transformé la maison de prière que devait être le temple en repaire de voleurs. Il y a dans ce coup de force de Jésus un accent prophétique dans la lignée de Malachie ou des autres prophètes de l’Ancien Testament, ou dans la lignée de Jean-Baptiste.

Mais après cette colère, Jésus ne va pas plus loin dans son coup de force. Il n’invite pas à la révolution ou la révolte. Il annonce certes la destruction du temple mais aussi sa reconstruction, en trois jours. Et c’est là que cela devient surprenant. Car il ne parle pas d’un temple fait de pierres mais du temple de son corps (Jean 2.19-21). Le culte pleinement rétabli le sera sans temple, ou plutôt à travers un autre temple, spirituel. Comme Jésus le disait à la femme Samaritaine qui lui demandait où il convenait d’adorer Dieu :
« L’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité. »
(Jean 4.23-24)

Alors, il n’y a plus de jugement ? Si, mais il est tombé sur Jésus, à notre place ! Une perspective que ni Jean-Baptiste ni Malachie n’avaient sans doute imaginée. Une perspective qui est devenue possible le jour de Noël, où le Fils de Dieu s’est fait homme. Jésus-Christ est notre paix, il est notre repos.

L’objectif de Dieu est toujours la restauration de la relation brisée. C’est vrai depuis la Genèse et c’est constamment rappelé par les prophètes. Le cœur de notre foi, en Jésus-Christ, c’est cette relation retrouvée avec Dieu. La mort et la résurrection de Jésus-Christ l’a rendue possible. Mais est-ce que nous en profitons vraiment ? Nous qui, si souvent, trouvons peu de temps pour prier et lire la Bible, nous qui ne mettons pas toujours les préoccupation spirituelles en priorité dans notre vie… Il ne s’agit pas de se culpabiliser mais de prendre à nouveau conscience du privilège que nous avons en Jésus-Christ. Et cela va bien au-delà d’un temple de pierre où l’on offre des sacrifices agréés par Dieu. Nous sommes aujourd’hui en communion directe avec Dieu, en Jésus-Christ et grâce à l’action en nous du Saint-Esprit !

Conclusion

En réalité, si Dieu se dit fatigué, c’est pour nous réveiller ! Il faut dire que nous sommes doués pour mettre à l’épreuve sa patience…

Les messagers qui préparent la voie du Seigneur, comme Malachie ou Jean-Baptiste, sont là pour mettre le doigt sur nos incohérences, pour que nous puissions vivre pleinement une relation restaurée avec Dieu.

Et le temps de l’Avent, où nous nous préparons à accueillir le Christ, est particulièrement propice à cette démarche. C’est le moment où nous nous souvenons que Dieu lui-même a pris l’initiative de la réconciliation, en devenant l’un des nôtres. Son œuvre en Jésus-Christ, sa mort et sa résurrection, nous offre le vrai repos, celui de la paix avec Dieu.

Plus de fatigue, ni pour nous, ni pour Dieu ! Mais le repos d’une communion retrouvée, d’une relation toujours à approfondir. Voilà la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ !

Attendre le Bon Berger

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Lecture biblique: Ezechiel 34 (extraits: v.1-7, 11-16, 23-31)

Nous continuons ce matin avec notre série de prédications de l’Avent, avec des textes de l’AT qui annoncent sous différents angles la venue du Messie. Parmi ces textes d’espérance, nous lirons aujourd’hui un oracle du prophète Ézéchiel, qui a vécu dans une des périodes les plus sombres de l’histoire d’Israël : l’exil. Après des siècles d’impiété, d’injustice et de divisions, le peuple récole ce qu’il a semé et est déporté en exil, d’abord le Nord d’Israël en Assyrie, au 8e s. av. J-C, puis le Sud en Babylonie, au 6e s. av. J-C. le peuple se retrouve dispersé, esclave et fragile, comme en Égypte quelques siècles plus tôt – c’est là qu’intervient l’oracle de Dieu : même si les compteurs sont remis à zéro, Dieu n’abandonne pas son peuple. Il renouvelle ses promesses, il rappelle son alliance et annonce la venue d’un vrai libérateur. Pour cela, il utilise une image, celle du berger. A une époque où il y avait beaucoup d’éleveurs, l’image du berger qui dirige, soigne, protège son troupeau, était vite appliquée aux gouvernants, aux leaders. Par Ézéchiel, Dieu s’adresse ainsi aux chefs d’Israël pour faire le bilan de la situation et renouveler ses promesses.              Lecture

Parlons un peu politique… Pas des primaires ni des élections présidentielles qui occupent les média français ! Non, du texte politique que nous venons de lire – dès qu’on parle de l’organisation d’un peuple, d’un groupe humain, social, on est dans la politique… Devant la catastrophe nationale que vit Israël, Dieu se lance dans un manifeste politique. Il commence par condamner les dirigeants passés – rois, gouverneurs – qui n’ont pas été à la hauteur de leur charge. Jugez un peu : égoïstes et corrompus, ils ont profité des ressources du peuple sans rien donner en retour, ils ont abandonné les pauvres et les marginaux à leur précarité, ils ont laissé toutes sortes d’influences ballotter le peuple, au point d’entraîner le pays dans les guerres, les famines, l’idolâtrie, une décadence sur tous les plans. Alors Dieu décide de reprendre les choses en main : moi, Berger, voilà ce que je ferai ! Je rassemblerai, je protègerai, j’établirai la paix et la sécurité, la justice et la liberté. Je suis le berger, dit le Dieu !

  • La venue progressive du dirigeant idéal

Dieu reprend la main, mais son règne n’est pas désincarné : il promet un berger humain, un berger, issu de la dynastie du roi David, avec qui Dieu a fait alliance autrefois, un berger qui établira le règne de Dieu et qui servira seulement les projets de Dieu. Qui fera quoi ? Ce texte ne le dit pas, il joue sur l’ambiguïté, sur ce berger divin qui œuvre par un berger humain, un berger unique qui réussira à suivre Dieu là où tous les autres rois ont échoué. C’est le dirigeant idéal, celui auquel nous osons à peine rêver ! Un berger qui établira fermement la justice, la paix, un état de proximité et d’harmonie avec Dieu, et avec les autres.

Comme beaucoup de prophéties, cet oracle s’est réalisé par paliers. 1er palier : une cinquantaine d’années plus tard, le peuple d’Israël revient sur sa terre sous la houlette du gouverneur Zorobabel, descendant de David, comme Dieu l’avait promis. Jérusalem est restaurée, le Temple aussi, et le pays revit – mais un peu seulement et pas longtemps, car bientôt le peuple sera à nouveau soumis : soit les prophéties étaient clairement exagérées, soit leur accomplissement total n’a pas encore eu lieu.

Alors le peuple juif se remet à attendre, un berger à la fois spirituel et politique – et c’est bien l’état d’esprit des Juifs lorsque Jésus entre en scène. Soumis de nouveau à une domination étrangère, romaine cette fois, ils attendent un libérateur ! un justicier ! un sauveur plus que spirituel : politique ! Et ils ont raison ! leur erreur a été de limiter l’œuvre du Berger à l’image qu’ils s’étaient créée, alors que Dieu avait un projet bien plus grand.

2e palier : Jésus survient, et reprend l’expression pour lui : je suis le bon berger (lequel ? Dieu ou le fils de David ? ou les deux ?). Il le démontre par le soin constant qu’il apporte aux foules : il guérit les blessés, il ramène les marginaux, il va chercher les pécheurs les plus endurcis. Il le démontre par son enseignement et son style : il cherche la paix, la justice, la vérité. Comme Dieu, il dénonce les chefs qui abusent de leur pouvoir – et donne, lui, un modèle de douceur : venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos…

Le royaume de Dieu se rapproche – mais il ne s’impose pas de l’extérieur : il conquiert d’abord les cœurs ! Il ne s’arrête pas aux Juifs, mais il ouvre ses portes à tous les peuples. C’est ce que les Juifs de l’époque de Jésus ont souvent raté, alors que les prophètes l’avaient aussi annoncé. D’abord Jésus ramène au Père chaque brebis en souffrance, esclave, exilée – pour lui offrir le pardon et la paix, la réconciliation et l’amour avec Dieu. Ainsi, ceux qui croient constituent le peuple de Dieu, conduit par le berger Jésus-Christ.

Jésus, fils de David et fils de Dieu, mort pour ramener les brebis à Dieu, ressuscité, monté au ciel à la droite du Père, Jésus est le Roi, le Seigneur – politique ! il est le Roi !

Sauf que règnent encore la corruption, l’égoïsme et l’indifférence, l’exploitation et la violence, les guerres et les famines… Là encore, déçu par les mêmes travers chez nos dirigeants, le peuple de Dieu se remet à attendre : que ton règne vienne, toi qui es déjà roi ! Que ton règne advienne sur la terre comme dans le monde spirituel ! Lorsque nous prions cela, nous avons une prière politique : nous attendons le règne de Dieu ! Même si nous n’en connaissons pas tous les détails, nous savons quel programme Dieu appliquera : justice, paix, vérité, solidarité, liberté.

  • L’Eglise, ambassade du ciel

Dans l’attente que Dieu manifeste son royaume sur la terre entière comme il l’a fait dans notre cœur, l’église est comme l’ambassade du ciel : elle s’efforce de vivre selon la politique de Dieu. Bien souvent, nous lisons la Bible sous un angle spirituel et individuel – mais un texte comme celui-ci change notre perspective : la foi a une dimension politique. Par la foi, nous sommes membres de la nation de Dieu, citoyens du Royaume céleste. Cela ne veut pas dire qu’il faille arrêter de s’impliquer dans la société, au contraire ! Mais le faire en citoyens du monde à venir, en gardant comme but le règne juste et pacifique de Dieu.

A l’avant-garde du Royaume, dans la mesure de nos moyens, nous annonçons qu’un autre règne est possible, en le proclamant, en le vivant. Comment l’Eglise est-elle avant-gardiste ? Reprenons l’exemple des responsables, mini-bergers délégués par le Bon Berger : qu’ils exercent leur responsabilité en imitant le Christ, avec la même générosité, la même patience, la même sollicitude. Je prêche pour nous pasteurs, bien sûr, pour le conseil, mais c’est vrai pour la plupart d’entre nous : avec nos responsabilités dans l’église (au culte, avec les enfants, les jeunes, dans un groupe…), mais aussi en famille (parents, grands-parents, frères et sœurs aînés, au sein du couple), au travail, dans une association… Plus largement, membres dans le troupeau, nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres : à veiller les uns sur les autres, à nous servir, à nous soigner, sous la houlette de Dieu.

Conclusion

Ce texte nous alerte sur la dimension politique de la foi, de l’Eglise, de la vie chrétienne : avant d’être de telle ou telle nation, nous sommes le peuple de Dieu, manifesté en Jésus-Christ – roi déjà couronné, qui attend encore avant d’instaurer pleinement son règne, berger parfait. Comme de bons patriotes, annonçons et préparons, par nos prières, nos paroles et nos actes, le Royaume de Dieu, seul royaume où le roi fait de son peuple ses enfants, ses frères, seul royaume où le roi dirige dans l’amour et la vraie justice.

L’attente d’un Roi

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Lecture biblique : Psaume 2

Pourquoi lire ce psaume dans ce temps de l’Avent ? Parce qu’il est messianique ! Autrement dit, il oriente nos regards vers le Messie, Celui que Dieu aura choisi pour accomplir son dessein.

D’ailleurs, le mot « messie » est utilisé au verset 2. « Celui qui a reçut l’onction », c’est le mot hébreu que l’on transcrit en français par « messie ». L’onction d’huile était le signe du choix et de la consécration de Dieu. Elle était notamment appliquée au roi au moment de son sacre.

Au premier abord, le Psaume peut donc être compris dans le contexte du peuple d’Israël. Son point culminant, le verset 7, « Tu es mon fils ! C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui », est alors compris comme l’affirmation du choix de Dieu, de son « adoption » du roi comme son propre fils, lui conférant son autorité. Mais on perçoit une portée plus large, une dimension universelle, qui déborde le cadre du peuple d’Israël et pointe vers un accomplissement futur.

Et, comme par hasard (!), le verset 7 est justement l’un des versets de l’Ancien Testament les plus cités dans le Nouveau Testament, en lien avec des épisodes clés de la vie de Jésus.

On en trouve un écho claire au moment du baptême de Jésus, lorsque la voix de Dieu retentit du ciel : « Tu es mon fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir ». Il y a bien dans ces paroles un écho au psaume 2. Et même, dans la version de Luc (Luc 3.22), plusieurs manuscrits ont en lieu et place de ces paroles le verset du psaume 2 : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » C’est d’ailleurs la variante que retient la version de la TOB.

Dans son discours à Antioche de Pisidie, l’apôtre Paul cite explicitement notre psaume, en l’appliquant à la résurrection de Jésus :

« Nous aussi, nous vous annonçons cette bonne nouvelle : la promesse faite aux pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus, comme il est écrit au psaume second : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Actes 13.32-33)

Enfin, dans l’épître aux Hébreux, le verset est cité deux fois, en lien avec l’Ascension du Christ :

« Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire et l’expression de sa réalité même, soutient tout par sa parole puissante ; après avoir fait la purification des péchés, il s’est assis à la droite de la majesté dans les hauteurs, devenu d’autant supérieur aux anges qu’il a hérité un nom plus remarquable que le leur. Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui.. » (Hb 1.3-5a)

De même, lorsqu’il est question du Christ comme du Grand Prêtre de la nouvelle alliance :

« De même, le Christ ne s’est pas octroyé à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui. » (Hb 5.5)

Les auteurs du Nouveau Testament ont donc vu dans ce psaume, et en particulier ce verset 7, une dimension messianique évidente, l’appliquant à trois événements clés de la vie de Jésus : son baptême, sa résurrection et son ascension.

Le psaume 2 exprime quelque chose de l’attente messianique, qui s’accomplira en Jésus-Christ. L’attente d’un roi dont le royaume aura une domination universelle. Un roi qui finit par se confondre avec le Seigneur lui-même. Et ce psaume l’exprime de façon très dynamique, mettant en scène Dieu et son Messie d’un côté, et les nations de l’autre, le psalmiste jouant le rôle d’arbitre. Il y a d’un côté l’hostilité des peuples, de l’autre, la réaction surprenante de Dieu.

Hostiles à Dieu

Le Psaume s’ouvre avec les nations qui s’agitent et qui affirment leur hostilité face au Seigneur et son messie : « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes ! »

Bien-sûr, dans le contexte du Psaume, il y avait des conflits militaires entre les peuples. Le Seigneur était perçu comme le Dieu d’Israël. Les peuples voisins, s’ils étaient ennemis d’Israël, étaient aussi ennemis du Dieu d’Israël. Mais si on place ce psaume dans sa perspective messianique, l’hostilité des peuples prend une autre dimension.

Il est alors intéressant de noter combien l’hostilité au Messie est un thème central des évangiles. Jean, dans son prologue, parle du Christ comme de la lumière venue dans nos ténèbres mais qui n’a pas été accueillie, Marie et Joseph ne trouvent pas de place pour les accueillir et Jésus naîtra dans une étable, Hérode ordonne de tuer les petits enfants Juifs après la visite des mages d’Orient, les chefs religieux s’opposent à Jésus au cours de son ministère et manipulent les foules pour le faire crucifier. Cette hostilité s’est transférée, dans le livre des Actes des apôtres, aux disciples du Christ, la première Église persécutée par les responsables religieux Juifs, puis par les autorités romaines. On en a aussi les échos dans les épîtres du Nouveau Testament. Elle est enfin au cœur de l’Apocalypse, cette révélation de Dieu sur les enjeux spirituels de l’histoire, jusqu’à son achèvement.

Le Messie, qui pourtant apporte le salut et la libération, est source d’hostilité. « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes. » Dit-on autre chose aujourd’hui quand on veut évacuer Dieu de la place publique ? Quand toute référence à Dieu, la foi, la religion, est perçue comme rétrograde, suspecte, voire dangereuse ?

Mais pourquoi le message libérateur de l’Évangile est-il si souvent perçu comme une entrave ?

Peut-être, en partie, parce que trop souvent l’image de la vie de disciple du Christ que renvoient les chrétiens donne l’impression d’une vie faite de contraintes et d’interdits. Comme si on avait oublié que le message de l’Évangile du Christ est avant tout un message de libération !

Mais sans doute aussi parce qu’il y a profondément ancré en tout homme cette prétention à l’autonomie devant Dieu. Le mensonge du Serpent de la Genèse résonne encore : « Vous ne mourrez pas ! Vous deviendrez comme Dieu ». Toute foi, toute confiance placée en Dieu est perçue comme une aliénation. « Je suis mon propre Dieu et je gère ma vie comme je l’entends ! »

C’est d’ailleurs à cette prétention que Dieu répond dans ce psaume. D’une façon plutôt étonnante…

Dieu réagit

En effet, quelle est la réaction de Dieu? Il rit et se met en colère ! Bien-sûr, c’est un langage anthropomorphique : on projette sur Dieu nos comportements humains. Il n’empêche… Dire de Dieu qu’il rit et se met en colère, c’est vraiment surprenant ! Surtout que le rire ici n’est pas un rire de joie mais un rire moqueur !

Le rire de Dieu

Toute cette agitation contre lui, ces attaques, ces moqueries… Rien de tout cela n’atteint Dieu ! Comme si ça pouvait être une menace pour lui… Il en rit ! On n’a pas l’habitude de se représenter Dieu en train de rire. Et pourtant…

Et allez savoir s’il n’y a pas aussi, dans ce rire de Dieu, l’expression de son humour ? Car n’y a-t-il pas de l’humour dans ce Dieu qui prend les hommes à rebrousse-poil ? Y compris dans la façon dont il accomplira son plan de salut… Voyez à Noël : les mages et les sages cherchent le Messie dans un palais ; il est dans une étable. Voyez le modèle de foi que Jésus prend pour son Royaume : les petits enfants… Et que dit-il des chefs religieux ? Ils seront devancés dans le Royaume de Dieu par les péagers et les prostituées. Un humour grinçant… que l’on retrouve dans ce refrain des évangiles : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers ».

Oui, il y a de quoi rire devant la prétention et l’orgueil des peuples, la suffisance des sages et des grands de ce monde qui pensent pouvoir s’opposer à Dieu, se passer de lui ! Il y a de quoi sourire quand on considère que le chemin choisi par Dieu pour nous sauver de notre orgueil et nos suffisances, c’est l’humble venue du Fils de Dieu en tant que serviteur, homme parmi les hommes, souffrant jusqu’à la mort. L’exact opposé de l’orgueil des hommes voulant prendre la place de Dieu… c’est Dieu qui a pris notre place !

La colère de Dieu

L’autre réaction de Dieu, immédiatement associée au rire du verset 4, c’est la colère du verset 5. Si les attaques des humains ne l’atteignent pas, ne le mettent pas en danger, ça ne signifie pas autant que leur rébellion ne le touche pas. L’aveuglement des hommes, leur orgueil, les emmène sur un chemin de perdition. L’enjeu est vital. Et il faut taper du poing sur la table pour qu’ils le réalisent. C’est ce que faisaient constamment les prophètes dans l’Ancien Testament… Ce psaume 2 a aussi cette dimension prophétique.

Mais la colère de Dieu a un but : ramener chacun à une juste attitude devant Dieu. A la fin du psaume, l’appel adressé aux rois les invite à servir le Seigneur avec crainte, et à être dans l’allégresse… en tremblant ! La crainte dont il est question ici n’empêche donc pas d’être dans la joie. Et le psaume se termine par une béatitude : « Heureux tous ceux qui trouvent en lui un abri ! »

En réalité, le rire et la colère de Dieu poursuivent le même objectif : nous faire descendre de notre piédestal, rabaisser notre orgueil et nos prétentions. Bref, nous remettre à notre juste place. Et trouver en Dieu un abri.

Conclusion

L’accomplissement ultime de la perspective messianique de ce psaume, on la trouvera en Jésus-Christ, à travers un plan surprenant que l’orgueil des hommes ne pouvait même pas imaginer.

Pour nous faire descendre de notre piédestal, le Fils de Dieu a quitté la gloire du Ciel pour nous rejoindre dans notre humanité. Pour nous ramener à notre juste place, Dieu a pris notre place. Il s’est fait homme, il est mort pour nous.

Le Roi annoncé par ce psaume s’est fait serviteur, il a partagé notre humanité. Son Royaume est ouvert à ceux qui savent devenir comme des petits enfants. Alors si Dieu rit de notre orgueil et de nos prétentions, il se réjouit de notre humilité. Il l’a même partagée, en Jésus-Christ.

Dès le commencement, l’espérance…

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/des-le-commencement-lesperance

Lecture biblique: Genèse 3.8-19

Allumez la télévision, et regardez les informations. Les (mauvaises) nouvelles, majoritaires, distillent le malaise : injustices sociales, corruption, crimes et cruauté, dysfonctionnements divers, maladies, attentats, guerres… Que ce soit ici ou ailleurs, le monde ne tourne pas rond. Enfin, le monde. Si j’éteins la télé et que je regarde ma vie, je vois bien que ma vie ne tourne pas rond : j’y trouve les souffrances, les mensonges, les fautes – peut-être moins dramatiques, mais bien présentes. Notre vie ne tourne pas rond. Et le pire, c’est que nous le savons. Il y a un malaise, car ça ne devrait pas se passer comme ça ! Nous sommes choqués de l’injustice, scandalisés de la corruption, horrifiés devant le crime – et parfois dégoûtés de nous, de nos calculs mesquins, de notre langue acerbe, de nos trahisons ordinaires et de nos convoitises…

C’est ce malaise que vient expliquer la Genèse : de façon imagée, presque enfantine, à la manière des paraboles, la Genèse nous livre une histoire qui nous permet de comprendre l’Histoire, de comprendre notre histoire. Elle dit de manière pédagogique pourquoi on en est là : le monde a été créé bon, l’être humain très bon, mais voici, l’être humain n’a pas respecté le cadre que Dieu avait donné à sa création. Et les conséquences sont immédiates.

1)   La grande rupture

On imagine souvent que Dieu s’est empressé de juger l’homme et la femme qui avaient transgressé sa volonté. En fait non, il vient simplement à leur rencontre – mais eux se cachent. Ils ont peur. Dieu les interpelle, leur demande pourquoi ils se cachent – et ils avouent leur faute. Enfin, ils avouent… ou plutôt ils accusent ! « C’est pas moi, c’est l’autre – c’est la femme, tu sais celle que toi, Dieu, tu as créée (d’ailleurs je me demande si tu ne serais pas un peu responsable de ma faute !) ; (la femme) j’ai fait ce qu’il ne fallait pas, mais, c’est le serpent qui m’a trompée. » C’est pas moi c’est l’autre – les relations sont brisées. C’est la rupture entre l’homme et la femme, qui se pointent du doigt, mais aussi avec Dieu – on a peur, on se cache, on ment.

Dieu prononce alors un jugement, d’abord au serpent, puis à la femme et à l’homme. L’être humain est confronté aux conséquences de sa propre faute, mais il devra aussi subir l’autorité du serpent qu’il a choisi d’écouter à la place de Dieu.

La faute entraîne la rupture dans les relations créées harmonieuses. Dans le couple, l’intimité cède à la distance, au désir répond la domination, et celui qui s’expose risque bien de se prendre des coups. La joie d’être ensemble, même la joie de voir naître un enfant, se mêle d’angoisse et de peines. Dans la vie quotidienne, tout devient laborieux. Au travail aussi, lieu de responsabilité et de créativité, l’homme se prend les pieds dans les épines, se blesse dans les chardons, dans les difficultés, les dysfonctionnements, les galères… La joie cède la place à la frustration et à la souffrance.

Enfin résonne le glas : l’homme, jusqu’ici renouvelé chaque jour par la proximité avec le Dieu qui fait vivre, le Dieu créateur, s’est détourné de Dieu et perd donc les privilèges de sa relation avec lui : la mort devient l’horizon de l’existence, apportant un sentiment d’urgence, de crainte, de vanité… sans Dieu, sans la vie et la puissance et la présence de Dieu, tout perd son éclat, tout rouille, tout coince, tout blesse, tout porte à la mort. Voilà la vie renversée qu’Adam doit vivre maintenant, et nous avec – car Adam représente l’humanité, comme un roi représente son pays : lorsqu’il entre en guerre, tout le peuple est en guerre. Mais notre solidarité avec Adam va plus loin, car chacun s’est détourné de Dieu en commettant le mal.

2)   Un commencement d’espérance

Pourtant, Dieu offre un espoir, un commencement d’espérance. Premièrement, le serpent devra maintenant ramper, et il mangera la poussière. Ces images signifient que Dieu vient brider l’activité du diable : le serpent rampant s’oppose au serpent dressé et prêt à attaquer, nettement plus dangereux. Il vit encore mais il rampe, il garde du pouvoir mais limité, il ne pourra pas gagner en puissance. Deuxièmement, Dieu place la haine entre le serpent et l’humanité qui descendra d’Adam et Eve, dans une lutte à mort : l’homme cherche à écraser le serpent avec son pied, tandis que le serpent mord le pied qui le frappe, espérant instiller son venin fatal. Le serpent entrave l’homme mais ne peut pas prendre le dessus. Le bien et le mal s’annulent ; on le voit assez bien dans l’Histoire : les progrès par exemple entraînent toujours leurs lots de problèmes nouveaux, dont les solutions entraînent de nouveaux problèmes etc. Dans ce corps-à-corps, aucun vainqueur ne se dégage.

Mais la descendance porte une promesse que Dieu reprendra : la descendance d’Abraham sera source de bénédiction pour le monde, la descendance de Juda, quatrième fils de Jacob, portera la victoire, la descendance du roi David règnera pour toujours, dans un règne de justice et de paix. Ce fils d’Abraham, de Juda, de David, ce fils d’homme, c’est le Christ ! C’est Dieu devenu homme, Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu à nos côtés, qui vient se glisser dans notre corps-à-corps avec le serpent : Jésus, sur la croix, combat à notre place, pour nous, et laisse le serpent l’infecter de son venin mortel, pour écraser définitivement la tête du mal, et mettre un point final à sa domination. La résurrection prouve que Jésus ressort vainqueur, blessé, mais vainqueur, de ce combat qui nous libère de l’emprise du serpent, mais aussi des conséquences de notre révolte : à celui qui croit en Jésus, l’accès à Dieu est restauré, la mort perd sa force, la vie est de nouveau disponible, et pour toujours. Le Christ a remplacé la malédiction par une bénédiction.

Alors c’est bien beau, cette victoire, mais qu’est-ce que ça change à notre vie ? à notre quotidien ? Pour rester dans l’actualité présidentielle, on pourrait dire que Jésus a remporté la victoire et qu’il est maintenant le nouveau président du monde, mais il ne s’est pas encore installé au palais présidentiel. Le passage de pouvoir doit encore se faire, mais le tyran a été vaincu, il règne mais plus pour très longtemps, le corps bouge encore, mais la tête est écrasée. En préparant Noël, nous n’attendons pas la naissance du vainqueur, du sauveur, mais son retour, la manifestation totale de sa victoire au monde entier, son intronisation officielle.

Et cela a un impact sur notre quotidien, parce que Dieu nous invite à prendre du recul et à voir que, derrière les événements ordinaires de notre vie, les malaises et les injustices, Jésus a vaincu. Dieu nous invite à prendre parti, à nous engager aux côtés du vainqueur : par la foi, par l’espérance dans un monde désespérant, par des actes de résistance. De même qu’il y a des irruptions du mal qui nous choquent et nous scandalisent, Dieu nous invite à vivre des irruptions du bien, à inscrire notre espérance dans les gestes et les paroles du quotidien, à laisser la victoire du Christ transfigurer notre quotidien ! Pour reprendre les cas concrets que Dieu évoquait dans son jugement : quand un mari honore sa femme et refuse d’abuser de sa force, il proclame que la malédiction est renversée et il annonce la victoire du Christ ; quand dans un couple on évite de se renvoyer à la figure la faute commise 20 ans plus tôt, on annonce la victoire du Christ ; quand au travail on facilite le travail de son collègue en rendant un document dans les temps, ou qu’on choisit l’honnêteté dans une situation ambiguë, ou qu’on refuse les calomnies de bureau, on annonce la victoire du Christ ; quand nous soutenons ceux qui souffrent, dans leur corps ou leur âme, nous annonçons le Christ. Le matin au petit-déjeuner, pendant nos réunions, pendant nos cultes et dans le métro, sur la rocade et dans les réunions de famille, chaque fois que nous choisissons la justice, la bonté, la paix, l’amour, nous proclamons que le Christ nous a libérés de l’emprise du serpent et de la mort, et nous annonçons sa victoire.

L’Évangile, tout simplement

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Lecture biblique : Romains 1.1-17

Cette prédication a été donnée, dans le cadre d’un échange de chaire, à l’Eglise évangélique baptiste de Toulouse. 

A l’heure de la communication par mail ou SMS, une telle entrée en matière impressionne ! Et même au temps où vous écriviez des lettres, je ne pense pas que vous les commenciez de la sorte… Il faut dire qu’elle donne le ton de toute l’épître, sans doute la plus dense du Nouveau Testament. Elle contient en germe tout le développement théologique qui va suivre.

Mais en réalité, le cœur du message de l’épître est simple, et il apparaît déjà dans cette introduction. Le cœur du message, c’est l’Évangile, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Tout simplement.

L’Évangile, c’est Jésus-Christ !

Il faut savoir que les versets 1-7, en grec, sont une seule et longue phrase. L’apôtre Paul est coutumier du fait. C’est un enchaînement de phrases relatives qu’on est obligé de traduire par plusieurs phrases séparées en français. Mais elle est structurée de telle façon qu’au centre de cet enchevêtrement de phrases se trouve une affirmation : « Jésus-Christ notre Seigneur ».

Autrement dit, si on condensait au maximum cette introduction pour faire ressortir son idée centrale, pour Paul, l’Évangile, c’est Jésus-Christ. Et rien d’autre. Comme il le dira d’ailleurs aux Corinthiens :

« Je suis venu chez vous pour vous annoncer le projet caché de Dieu. Mais je ne l’ai pas fait avec des paroles compliquées ni avec des connaissances extraordinaires. En effet, au milieu de vous, je n’ai rien voulu savoir, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ cloué sur une croix. » (1 Co 2.1-2)

L’Évangile n’est pas un code de morale ou un ensemble de valeurs. Ce n’est même pas un corpus doctrinal. L’Évangile, c’est la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Une Bonne Nouvelle qui s’est incarnée dans l’histoire : Jésus a été annoncé par les prophètes, il est né issu de la famille de David. Mais elle bouleverse aussi l’histoire : Jésus est mort et ressuscité, proclamé Fils de Dieu.

J’ai l’impression que dans nos traditions évangéliques, on a eu tendance à avoir de l’Évangile une définition assez doctrinale, presque abstraite (les 4 lois spirituelles), dans laquelle on veut tout intégrer : le péché, la prédestination, la Trinité, voire même le millénium ! On y a parfois aussi ajouté certains impératifs moraux ou des valeurs indissociables : l’Évangile, c’est Jésus-Christ et tel changement de comportement, telle valeur, etc…

Tout cela est intéressant… mais est-ce qu’on ne risque pas de perdre de vue ce qui est le cœur de l’Évangile ? N’est-il pas salutaire de revenir à cette définition la plus sobre possible : l’Évangile, c’est Jésus-Christ. Car cela a des implications pratiques…

Si l’Évangile, c’est Jésus-Christ, alors accueillir l’Évangile, ce n’est pas adopter des valeurs, se conformer à une éthique ou adhérer à une confession de foi doctrinale. Accueillir l’Évangile, c’est rencontrer le Christ. Bien-sûr que cette rencontre aura des conséquences éthiques et théologiques, qu’elle va changer notre vie, notre vision de Dieu, du monde et de nous-mêmes. Mais tout cela sera une conséquence de la rencontre première avec le Christ.

Si l’Évangile, c’est Jésus-Christ, alors proclamer l’Évangile, c’est être témoin de Jésus-Christ. C’est raconter le Christ. C’est bien ce que font les quatre évangiles ! Ne sommes-nous pas appelés à faire de même dans notre témoignage personnel ? En le faisant, du coup, de manière personnalisée. Raconter le Christ qui nous est révélé dans la Bible et raconter le Christ dans ma vie.

Si l’Évangile, c’est Jésus-Christ, alors être fidèle à l’Évangile, c’est être fidèle au Christ. Il ne s’agit pas d’être les promoteurs de valeurs chrétiennes ou de comportements moraux évangéliques. Notre tâche première n’est pas d’être les défenseurs de la saine doctrine. Notre responsabilité première est d’être attaché au Christ et à son exemple. C’est là que se révèle la puissance de l’Évangile.

Car comment un code de morale ou un corpus doctrinal pourrait-il être une puissance de Dieu ? C’est Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui est puissance de Dieu. La puissance qui a ressuscité le Christ d’entre les morts, c’est aussi celle qui est à l’œuvre dans notre vie.

L’Évangile, c’est Jésus-Christ. Tout simplement.

L’Évangile, c’est pour tous !

Une autre affirmation fondamentale sur l’Évangile, au cœur de cette introduction, c’est son caractère universel. L’Evangile, c’est pour tous !

C’est particulièrement pertinent dans le contexte de l’épître aux Romains où Paul travaille à l’unité de l’Église face aux difficulté de la cohabitation entre chrétiens d’origine juive et chrétiens d’origine païenne. C’est au cœur de toute sa démonstration tout au long de l’épître et dès cette introduction.

Paul parle ici de l’Évangile comme d’une puissance pour sauver « tous ceux qui croient ». Et il décrit son ministère d’apôtre comme universel : « Je dois m’occuper de tous, des gens civilisés et de ceux qui ne le sont pas, des gens instruits et des ignorants. » Parce que l’Évangile n’est pas réservé à une élite, à quelques privilégiés ou une poignée d’élus.

En fait, si l’Évangile n’est pas pour tous, alors ce n’est pas l’Évangile du tout !

Cette puissance de Dieu, « pour les Juifs d’abord, les autres ensuite », c’est celle de la mort et la résurrection du Christ. Et l’accès à cette puissance est la même pour tous, Juifs ou non-Juifs : la foi. «  Dieu reconnaît les êtres humains comme justes quand ils croient en lui, et cette foi suffit ». Dieu nous déclare juste en vertu du Christ. Nous recevons sa justice, et nous sommes pardonnés. Et c’est la même chose pour tous ceux qui croient, qu’ils soient Juifs et païens, instruits ou ignorants, riches ou pauvres…

Cette universalité de l’Évangile nous interroge toujours sur le regard que nous portons sur notre prochain. Chaque être humain sur cette terre, quel qu’il soit, quoi qu’il ait fait, est un être que Dieu veut sauver, un pécheur perdu pour lequel Jésus-Christ a donné sa vie. Je ne suis pas sûr que nous ayons vraiment le même regard sur tous nos contemporains…

A cet égard, j’aime beaucoup le livre de Jonas et son humour piquant, véritable pépite de l’Ancien Testament. C’est l’histoire d’un prophète qui refuse d’aller en Assyrie, chez l’ennemi, pour annoncer la destruction de Ninive de peur que ses habitants se repentent et que Dieu les épargne… et qui se met à bouder lorsque, justement, ça arrive ! Non sans humour, ce texte pointe du doigt notre difficulté, parfois, à accepter la grâce pour les autres. Pour ceux qui, nous le pensons, ne la mérite pas… oubliant que nous ne la méritons pas plus qu’eux !

Du coup, dire que l’Évangile est pour tous, c’est aussi dire qu’il est encore pour nous aussi. Il est pour tous, et toujours. Pour moi aujourd’hui encore. Sinon, c’est comme si on disait : l’Évangile, c’est pour la conversion. Après, on passe à autre chose, on va plus loin. Ca n’a pas de sens. C’est en Christ que se révèle toute la plénitude de Dieu, c’est par lui que s’accomplit tout le projet de Dieu. Que rechercher d’autre ?

Il est d’ailleurs intéressant de noter comment Paul expose ses projets de voyage à Rome. On le sent motivé, enthousiaste à l’idée d’aller les rencontrer. Dans quel but ? Pour leur annoncer l’Évangile. Pourtant, il écrit à des chrétiens… Ils ont déjà reçu l’Évangile. Mais celui qui a déjà reçu l’Évangile doit le recevoir encore. La rencontre avec le Christ est toujours à renouveler, notre relation à entretenir. L’histoire du Christ doit sans cesse nous rejoindre dans notre histoire.

L’Évangile, c’est pour tous, et pour tous les jours de ma vie !

Conclusion

L’Evangile, c’est Jésus-Christ. Tout simplement. Il est notre Seigneur, notre sauveur. Il est notre justice. Il est notre espérance. Il est le chemin, la vérité et la vie.

Pourquoi voudrions-nous y ajouter quoi que ce soit ?

Alors proclamons Jésus-Christ : racontons son histoire, son enseignement, son œuvre. Témoignons de son histoire dans notre vie. Attachons-nous à lui : rencontrons-le par la foi, et approfondissons notre relation à lui chaque jour.

C’est lui qui est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient !