L’attente d’un Roi

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Lecture biblique : Psaume 2

Pourquoi lire ce psaume dans ce temps de l’Avent ? Parce qu’il est messianique ! Autrement dit, il oriente nos regards vers le Messie, Celui que Dieu aura choisi pour accomplir son dessein.

D’ailleurs, le mot « messie » est utilisé au verset 2. « Celui qui a reçut l’onction », c’est le mot hébreu que l’on transcrit en français par « messie ». L’onction d’huile était le signe du choix et de la consécration de Dieu. Elle était notamment appliquée au roi au moment de son sacre.

Au premier abord, le Psaume peut donc être compris dans le contexte du peuple d’Israël. Son point culminant, le verset 7, « Tu es mon fils ! C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui », est alors compris comme l’affirmation du choix de Dieu, de son « adoption » du roi comme son propre fils, lui conférant son autorité. Mais on perçoit une portée plus large, une dimension universelle, qui déborde le cadre du peuple d’Israël et pointe vers un accomplissement futur.

Et, comme par hasard (!), le verset 7 est justement l’un des versets de l’Ancien Testament les plus cités dans le Nouveau Testament, en lien avec des épisodes clés de la vie de Jésus.

On en trouve un écho claire au moment du baptême de Jésus, lorsque la voix de Dieu retentit du ciel : « Tu es mon fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir ». Il y a bien dans ces paroles un écho au psaume 2. Et même, dans la version de Luc (Luc 3.22), plusieurs manuscrits ont en lieu et place de ces paroles le verset du psaume 2 : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » C’est d’ailleurs la variante que retient la version de la TOB.

Dans son discours à Antioche de Pisidie, l’apôtre Paul cite explicitement notre psaume, en l’appliquant à la résurrection de Jésus :

« Nous aussi, nous vous annonçons cette bonne nouvelle : la promesse faite aux pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus, comme il est écrit au psaume second : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Actes 13.32-33)

Enfin, dans l’épître aux Hébreux, le verset est cité deux fois, en lien avec l’Ascension du Christ :

« Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire et l’expression de sa réalité même, soutient tout par sa parole puissante ; après avoir fait la purification des péchés, il s’est assis à la droite de la majesté dans les hauteurs, devenu d’autant supérieur aux anges qu’il a hérité un nom plus remarquable que le leur. Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui.. » (Hb 1.3-5a)

De même, lorsqu’il est question du Christ comme du Grand Prêtre de la nouvelle alliance :

« De même, le Christ ne s’est pas octroyé à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui. » (Hb 5.5)

Les auteurs du Nouveau Testament ont donc vu dans ce psaume, et en particulier ce verset 7, une dimension messianique évidente, l’appliquant à trois événements clés de la vie de Jésus : son baptême, sa résurrection et son ascension.

Le psaume 2 exprime quelque chose de l’attente messianique, qui s’accomplira en Jésus-Christ. L’attente d’un roi dont le royaume aura une domination universelle. Un roi qui finit par se confondre avec le Seigneur lui-même. Et ce psaume l’exprime de façon très dynamique, mettant en scène Dieu et son Messie d’un côté, et les nations de l’autre, le psalmiste jouant le rôle d’arbitre. Il y a d’un côté l’hostilité des peuples, de l’autre, la réaction surprenante de Dieu.

Hostiles à Dieu

Le Psaume s’ouvre avec les nations qui s’agitent et qui affirment leur hostilité face au Seigneur et son messie : « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes ! »

Bien-sûr, dans le contexte du Psaume, il y avait des conflits militaires entre les peuples. Le Seigneur était perçu comme le Dieu d’Israël. Les peuples voisins, s’ils étaient ennemis d’Israël, étaient aussi ennemis du Dieu d’Israël. Mais si on place ce psaume dans sa perspective messianique, l’hostilité des peuples prend une autre dimension.

Il est alors intéressant de noter combien l’hostilité au Messie est un thème central des évangiles. Jean, dans son prologue, parle du Christ comme de la lumière venue dans nos ténèbres mais qui n’a pas été accueillie, Marie et Joseph ne trouvent pas de place pour les accueillir et Jésus naîtra dans une étable, Hérode ordonne de tuer les petits enfants Juifs après la visite des mages d’Orient, les chefs religieux s’opposent à Jésus au cours de son ministère et manipulent les foules pour le faire crucifier. Cette hostilité s’est transférée, dans le livre des Actes des apôtres, aux disciples du Christ, la première Église persécutée par les responsables religieux Juifs, puis par les autorités romaines. On en a aussi les échos dans les épîtres du Nouveau Testament. Elle est enfin au cœur de l’Apocalypse, cette révélation de Dieu sur les enjeux spirituels de l’histoire, jusqu’à son achèvement.

Le Messie, qui pourtant apporte le salut et la libération, est source d’hostilité. « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes. » Dit-on autre chose aujourd’hui quand on veut évacuer Dieu de la place publique ? Quand toute référence à Dieu, la foi, la religion, est perçue comme rétrograde, suspecte, voire dangereuse ?

Mais pourquoi le message libérateur de l’Évangile est-il si souvent perçu comme une entrave ?

Peut-être, en partie, parce que trop souvent l’image de la vie de disciple du Christ que renvoient les chrétiens donne l’impression d’une vie faite de contraintes et d’interdits. Comme si on avait oublié que le message de l’Évangile du Christ est avant tout un message de libération !

Mais sans doute aussi parce qu’il y a profondément ancré en tout homme cette prétention à l’autonomie devant Dieu. Le mensonge du Serpent de la Genèse résonne encore : « Vous ne mourrez pas ! Vous deviendrez comme Dieu ». Toute foi, toute confiance placée en Dieu est perçue comme une aliénation. « Je suis mon propre Dieu et je gère ma vie comme je l’entends ! »

C’est d’ailleurs à cette prétention que Dieu répond dans ce psaume. D’une façon plutôt étonnante…

Dieu réagit

En effet, quelle est la réaction de Dieu? Il rit et se met en colère ! Bien-sûr, c’est un langage anthropomorphique : on projette sur Dieu nos comportements humains. Il n’empêche… Dire de Dieu qu’il rit et se met en colère, c’est vraiment surprenant ! Surtout que le rire ici n’est pas un rire de joie mais un rire moqueur !

Le rire de Dieu

Toute cette agitation contre lui, ces attaques, ces moqueries… Rien de tout cela n’atteint Dieu ! Comme si ça pouvait être une menace pour lui… Il en rit ! On n’a pas l’habitude de se représenter Dieu en train de rire. Et pourtant…

Et allez savoir s’il n’y a pas aussi, dans ce rire de Dieu, l’expression de son humour ? Car n’y a-t-il pas de l’humour dans ce Dieu qui prend les hommes à rebrousse-poil ? Y compris dans la façon dont il accomplira son plan de salut… Voyez à Noël : les mages et les sages cherchent le Messie dans un palais ; il est dans une étable. Voyez le modèle de foi que Jésus prend pour son Royaume : les petits enfants… Et que dit-il des chefs religieux ? Ils seront devancés dans le Royaume de Dieu par les péagers et les prostituées. Un humour grinçant… que l’on retrouve dans ce refrain des évangiles : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers ».

Oui, il y a de quoi rire devant la prétention et l’orgueil des peuples, la suffisance des sages et des grands de ce monde qui pensent pouvoir s’opposer à Dieu, se passer de lui ! Il y a de quoi sourire quand on considère que le chemin choisi par Dieu pour nous sauver de notre orgueil et nos suffisances, c’est l’humble venue du Fils de Dieu en tant que serviteur, homme parmi les hommes, souffrant jusqu’à la mort. L’exact opposé de l’orgueil des hommes voulant prendre la place de Dieu… c’est Dieu qui a pris notre place !

La colère de Dieu

L’autre réaction de Dieu, immédiatement associée au rire du verset 4, c’est la colère du verset 5. Si les attaques des humains ne l’atteignent pas, ne le mettent pas en danger, ça ne signifie pas autant que leur rébellion ne le touche pas. L’aveuglement des hommes, leur orgueil, les emmène sur un chemin de perdition. L’enjeu est vital. Et il faut taper du poing sur la table pour qu’ils le réalisent. C’est ce que faisaient constamment les prophètes dans l’Ancien Testament… Ce psaume 2 a aussi cette dimension prophétique.

Mais la colère de Dieu a un but : ramener chacun à une juste attitude devant Dieu. A la fin du psaume, l’appel adressé aux rois les invite à servir le Seigneur avec crainte, et à être dans l’allégresse… en tremblant ! La crainte dont il est question ici n’empêche donc pas d’être dans la joie. Et le psaume se termine par une béatitude : « Heureux tous ceux qui trouvent en lui un abri ! »

En réalité, le rire et la colère de Dieu poursuivent le même objectif : nous faire descendre de notre piédestal, rabaisser notre orgueil et nos prétentions. Bref, nous remettre à notre juste place. Et trouver en Dieu un abri.

Conclusion

L’accomplissement ultime de la perspective messianique de ce psaume, on la trouvera en Jésus-Christ, à travers un plan surprenant que l’orgueil des hommes ne pouvait même pas imaginer.

Pour nous faire descendre de notre piédestal, le Fils de Dieu a quitté la gloire du Ciel pour nous rejoindre dans notre humanité. Pour nous ramener à notre juste place, Dieu a pris notre place. Il s’est fait homme, il est mort pour nous.

Le Roi annoncé par ce psaume s’est fait serviteur, il a partagé notre humanité. Son Royaume est ouvert à ceux qui savent devenir comme des petits enfants. Alors si Dieu rit de notre orgueil et de nos prétentions, il se réjouit de notre humilité. Il l’a même partagée, en Jésus-Christ.

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