Vous êtes le corps du Christ (3) L’importance de l’accueil

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L’accueil est souvent une question qui préoccupe beaucoup les églises évangéliques. C’est une question qui est souvent source d’insatisfaction ou de frustration. On a presque toujours l’impression de ne pas bien le faire ou qu’on peut toujours mieux faire dans ce domaine…

Et c’est d’autant plus difficile qu’on entend souvent, pour une même Église, des gens dire qu’ils ont été très bien accueillis et d’autres qu’ils ont été très mal accueillis. Sans doute parce que les attentes, en matière d’accueil, peuvent être très différentes. Certains s’attendront à ce qu’on s’intéresse à eux et qu’on leur pose des questions sur qui ils sont, d’où ils viennent, etc. Et d’autres fuiront à la première question tellement ils auront peur qu’on veuille leur mettre le grappin dessus. Certains apprécieront avoir le temps de rester d’abord un peu incognito, d’apprivoiser la communauté, avant d’envisager d’y chercher une place. D’autres auront l’impression d’être ignorés et pas pris en considération si on ne les sollicite pas rapidement pour rejoindre un groupe ou s’intégrer dans une activité.

Et puis on ne peut pas vivre de la même façon l’accueil dans une petite église familiale avec 25 personnes au culte que dans une église qui rassemble plusieurs centaines de personnes le dimanche.

On ne va pas trouver des réponses toutes faites à ces questions dans la Bible… Mais l’apôtre Paul, dans ses exhortations finales de l’épître aux Romains, utilise une formule forte et pertinente qui me paraît utile pour souligner quelques principes de base quant à l’accueil. Elle se trouve en Romains 15.7, et nous lirons jusqu’au verset 13.

Lecture : Romains 15.7-13

7 Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. 8 Je vous le dis, Dieu est fidèle. C’est pourquoi le Christ est devenu le serviteur des Juifs, pour accomplir les promesses faites par Dieu aux ancêtres. 9 Et les non-Juifs rendent gloire à Dieu à cause de sa bonté. En effet, les Livres Saints disent : « Pour cela, je te fêterai parmi tous les peuples et je chanterai en l’honneur de ton nom. »
10 Les Livres Saints disent encore : « Peuples, réjouissez-vous avec le peuple que Dieu a choisi. »
11 « Pays du monde entier, chantez la louange du Seigneur ! Tous les peuples, chantez la grandeur de Dieu ! »
12 Ésaïe dit aussi : « Un homme de la famille de Jessé va venir. Il se lèvera pour gouverner les autres peuples, et ces peuples mettront leur espoir en lui. »
13 Que Dieu, qui donne l’espérance, vous remplisse de paix et de joie à cause de votre foi ! Alors vous serez pleins d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint.

Accueillez-vous les uns les autres

Les épîtres du Nouveau Testament contiennent de nombreuses exhortations avec cette formule « les uns les autres ». Elles traduisent l’impératif communautaire de l’Église, avec toutes ses facettes, dont l’accueil fait pleinement partie

S’accueillir les uns les autres, c’est d’abord considérer que l’accueil est l’affaire de tous. Ce n’est pas réservé aux spécialistes… Pas besoin d’avoir le badge officiel pour se soucier de l’accueil, aller saluer les nouveaux, aller à la rencontre de ceux qui sont isolés ou perdus, offrir une poignée de main ou un sourire.

Mais dans le contexte de l’épître aux Romains, l’enjeu derrière cette exhortation est plus profond. Il tient à l’accueil mutuel entre chrétiens d’origine juive et chrétiens d’origine païenne (cf. v.7-8). Il faut comprendre que c’était LE grand défi des premières décennies de l’histoire de l’Église. Or l’Évangile appelle autant les païens et les Juifs, et il les appelle à partager la même maison de Dieu qu’est l’Église de Jésus-Christ. Et cela a créé des tensions très rapidement, tant le fossé culturel était important. La première crise majeure de l’histoire de l’Église était liée aux différences culturelles…

Or, l’Evangile n’est pas lié à une culture. Il s’incarne dans toutes les cultures. L’horizon biblique du peuple de Dieu, c’est celui d’Apocalypse 7 : un peuple issu de tous les peuples, de toutes le langues, de toutes les cultures. Le brassage culturel est intrinsèque à l’Évangile. Il me semble qu’il est important de le rappeler aujourd’hui où les replis identitaires ont le vent en poupe…

La diversité culturelle, nous la connaissons au sein de notre Église. Mais nos cultures s’accueillent-elles vraiment mutuellement ? Se mélange-t-on vraiment ou ne faisons-nous que cohabiter ?

Comme le Christ vous a accueilli

La formule « accueillez-vous comme le Christ vous a accueilli » rappelle d’autres exhortations de Jésus lui-même :
– Aime ton prochain comme toi-même…
– Pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés…

Des formules qui soulignent une certaine réciprocité, le fait de faire aux autres ce qu’on aimerait qu’ils fassent pour nous, ou de donner aux autres ce que Dieu nous a donné. Le Christ nous a accueilli. Tel que nous sommes. Comment pourrions-nous ne pas accueillir notre prochain alors que nous-mêmes sommes au bénéfice de l’accueil du Christ ?Comment pourrions-nous ne pas accueillir celui que le Christ lui-même accueille ?

L’autre idée derrière la formule de Paul, c’est de s’accueillir les uns les autres à la manière de Jésus, selon l’exemple d’accueil donné par le Christ. Or, les Évangiles sont pleins de récits où Jésus fait preuve d’un accueil inconditionnel. Y compris et surtout envers ceux que les autres ne voulaient pas accueillir. Les gens qu’on disait de mauvaise vie, les péagers perçus comme collaborateurs de l’occupant romain. Il a accueilli ceux que tout le monde évitait et considérait comme impur : des lépreux, une femme atteinte d’une perte de sang, une femme adultère que la foule était prête à lapider…

Mais, ajoute-t-on toute de suite, c’était parce qu’il voulait qu’ils se convertissent. Il les accueille parce que ce sont des pécheurs repentants. Mais est-ce vraiment toujours le cas ? Pensez-vous vraiment que tous ceux avec qui Jésus allait manger se sont vraiment convertis ? Il me semble que si c’était vraiment le cas, les reproches des Pharisiens n’auraient pas eu beaucoup de portée… Et d’ailleurs, on a aussi quelques exemples qui montrent que les choses ne sont pas aussi simples. Parmi les 10 Lépreux que Jésus a guéri, un seul est revenu le remercier… Le jeune homme riche venu le rencontrer est reparti triste de son entrevue avec Jésus…

A l’image de Jésus, l’accueil va de paire avec la grâce. On n’accueille pas sous conditions quand on veut accueillir comme le Christ !

Pour la gloire de Dieu

Les deux premières partie de l’exhortation de Paul suffisaient déjà à souligner l’importance de l’accueil. Sa dernière partie le souligne encore plus. Car l’enjeu est de taille : rien de moins que la gloire de Dieu !

Associer la gloire de Dieu à quelque chose d’aussi banal que l’accueil peut paraître surprenant. On penserait plutôt aux miracles, aux manifestations spectaculaires de Dieu, ou à une louange enthousiaste qui résonnerait comme un avant-goût du Ciel… Voilà où resplendit la gloire de Dieu !

Mais pour Paul, la gloire de Dieu est aussi dans l’accueil à l’image du Christ. Accueillir comme le Christ nous accueille, c’est agir à l’image de Dieu. C’est refléter quelque chose de sa gloire.

Dieu est glorifié quand son Église reflète la réconciliation entre Juif et non-Juifs au temps de l’apôtre. Il est glorifié quand elle est un lieu ouvert, accueillant, sans discrimination ni jugement. Il est glorifié quand elle est interculturelle et intergénérationnelle, une Église dans laquelle toutes barrières sociales tombent, où, selon les paroles de Paul aux Galates, « il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, ni esclaves ni hommes libres, ni hommes ni femmes. » (Galates 3.28)

Conclusion

Nous avons raison de nous interroger sur l’accueil dans l’Église. C’est important !

D’abord, c’est l’affaire de tous : Accueillez-vous les uns les autres ! Ensuite, notre accueil doit être inspiré par le Christ : inconditionnelle expression de la grâce. Enfin, c’est une façon simple et très concrète de glorifier Dieu.

Bien-sûr, ces principes, il faut les mettre en pratique, voir comment les incarner dans notre Église, discerner ce que cela implique concrètement, voir sans cesse comment améliorer ce qui existe déjà… Mais commençons, chacun, par faire nôtre cette exhortation de l’apôtre :

« Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. »

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