La dimension prophétique de l’accueil

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Lecture biblique : Jacques 2.1-13

Comment avez-vous été accueillis ce matin ? Peut-être particulièrement si vous êtes nouveaux… Et comment avez-vous accueilli les autres ? Avec quel regard, quelle parole, quel geste ?

Jacques, dans ce texte, part d’un cas concret d’accueil auquel il a peut-être assisté… et qui semble en tout cas entrer en échos avec la situation de l’Église à laquelle il écrit. Et ce n’est pas simplement une question de politesse ou de savoir-vivre. L’enjeu est bien spirituel et théologique. La gloire du Christ est en jeu !

Accueillir comme le Christ nous accueille

Le premier verset annonce le thème de cette section mais avec une formule qui n’est pas très facile à comprendre au premier abord :

« Mes frères et mes sœurs, vous croyez en Jésus-Christ, notre Seigneur plein de gloire. Alors ne faites pas de différence entre les gens. »

Quel est le rapport entre la gloire de Jésus et le fait de ne pas faire de différence entre les gens ? Dans le texte biblique original, en grec, les deux idées sont encore plus entremêlées, dans une seule phrase à la structure assez complexe. Mais la suite de l’argumentation nous aide à comprendre quel est l’enjeu. L’idée centrale semble bien être de souligner une inconséquence grave dans l’Église à laquelle Jacques écrit. Il y a une contradiction entre la gloire du Christ d’une part et l’honneur, ou la gloire, qui était donnée aux riches qu’on accueillait.

Or, le problème c’est que donner les places d’honneur aux riches et mépriser les pauvres, c’est agir à l’exact opposé de Dieu lui-même. Jacques le souligne dans son argumentation :

« Est-ce que Dieu ne choisit pas justement ceux qui sont pauvres aux yeux du monde ? Il veut les rendre riches en leur donnant la foi, il veut qu’ils reçoivent le Royaume promis à ceux qui ont de l’amour pour lui. » (v.5).

Cette idée était d’ailleurs déjà présente au premier chapitre : « Le chrétien qui est pauvre et petit peut être fier, parce que Dieu lui donne une place importante. Le chrétien qui est riche doit être fier, parce que Dieu le rend petit. » (Jacques 1.9-10a)

Or, l’attitude des chrétiens à qui Jacques écrit est exactement l’inverse. Ils honorent les riches et méprisent les pauvres. Il y a donc d’abord un problème théologique sérieux.

Il n’est pas impossible que les chrétiens destinataires de l’épître étaient marqués par une sorte de théologie de la prospérité avant l’heure, où la richesse en elle-même pouvait être perçue comme un signe de la bénédiction de Dieu. Du coup, les riches méritaient les places d’honneur. Mais là, on se retrouve aux antipodes de l’esprit du Royaume de Dieu pour lequel le modèle n’est pas le riche mais le pauvre, l’humble, le petit. C’est lui qu’il faudrait honorer !

Il y a donc un problème théologique mais aussi un problème simplement logique. Jacques le souligne non sans ironie : « Pourtant, qui vous écrase ? Qui vous traîne devant les tribunaux ? Ce sont les riches, n’est-ce pas ? » (v.6) Et en retour, on veut les honorer… Ca n’a pas de sens. Notez bien qu’ils voulaient peut-être ainsi essayer de s’attirer les bonnes grâces de ces riches. Mais alors à quel prix ! Surtout si, par la même occasion, ça les conduisait à mépriser ceux qui méritaient toute leur attention : les pauvres et les petits…

Bref, les destinataires de l’épître de Jacques ont vraiment tout faux ! Et ils méritent d’être sévèrement repris.

Accueillir de façon à aimer notre prochain

A partir du verset 8, Jacques donne un autre argument, qui permet d’élargir le propos : le favoritisme transgresse la loi royale « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cette loi est « royale » sans doute parce qu’elle concerne le Royaume de Dieu.

On pourrait d’ailleurs dire qu’il y a deux lois royales, l’une qui régit notre relation à Dieu et l’autre qui régit notre relation aux autres. C’est bien ce que Jésus voulait dire quand on l’a questionné pour savoir quel était le plus grand commandement et qu’il en a cité deux :
– « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ». C’est la loi royale qui oriente notre relation à Dieu.
– « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est la loi royale qui oriente notre relation au autres.

C’est cette deuxième loi royale qui est directement concernée par le propos de Jacques. Faire preuve de favoritisme, d’accueil partial, qui plus est basé sur des signes extérieurs de richesse, c’est contraire à l’amour du prochain. Soit parce qu’on se montre partial en faveur de quelqu’un parce qu’on peut en retirer un bénéfice. Ce n’est pas alors de l’amour, c’est du calcul… Soit parce qu’en favorisant l’un, pour quelque raison que ce soit, on défavorise l’autre !

On ne choisit pas son prochain ! On ne peut pas faire des catégories, avec d’un côté les bons prochains, aimables et honorables, et de l’autre les mauvais prochains, qu’on peut ignorer ou négliger. La preuve, Jésus est allé jusqu’à dire que nous devions aimer nos ennemis !

On déborde largement, ici, le cadre de l’accueil des riches et des pauvres. L’amour du prochain, qui régit nos relations selon le Royaume de Dieu, exclut toute forme de partialité ou de favoritisme. En parlant longuement de la loi, Jacques souligne qu’il ne s’agit pas là d’une simple opinion ou d’un choix optionnel mais bel et bien d’un chemin obligé pour le croyant. Certes, c’est une loi de liberté. Nous sommes libérés par le Christ, délivré du poids d’une loi qu’il faudrait accomplir pour mériter notre salut. C’est une loi de liberté… mais ça n’est est pas moins une loi ! C’est bien ce que Dieu attend de nous et nous aurons des comptes à lui rendre à ce sujet !

Et notre accueil ?

Si on réfléchit à la pertinence de ce texte pour nous aujourd’hui, il convient de nous interroger sur notre accueil, en particulier en tant qu’Eglise. Et je ne parle pas seulement de l’équipe d’accueil mais de chacun de nous, de notre regard, notre attitude, nos paroles. Il y a sans doute des formes actuelles de favoritismes, voire de discriminations, des mauvais réflexes qu’il convient de corriger.

Je ne suis pas sûr que ça se joue aujourd’hui, chez nous, entre ceux qui ont les signes apparents de richesse et ceux qui semblent pauvres ! Encore que… Mais réservons-nous vraiment un même accueil à un SDF qui entre avec son baluchon et ses habits sales, et à un jeune couple dynamique avec des enfants ? Et qu’en est-il pour un maghrébin, surtout s’il est barbu ? Et pour un couple d’homosexuels ?

Le Christ n’accueillait-il pas toutes et tous ? On le lui a reproché… Il accueillait la femme adultère, les collecteurs d’impôts, la femme atteinte d’une perte de sang depuis 12 ans et mise au banc de la société, les lépreux que tout le monde fuyait… Il n’accueillait pas seulement les « bons » prochains respectables, il accueillait le pécheurs et les gens de mauvaise vie. Et il n’hésitait pas à les honorer et pouvait même donner leur foi en exemple. N’a-t-il pas dit aux chefs religieux que les collecteurs d’impôts et les prostituées les devanceraient dans le Royaume de Dieu (Mt 21.31) ?

Conclusion

L’accueil dans l’Église n’est pas qu’une question de savoir-vivre. Il doit être comme un véritable geste prophétique : nous sommes appelés à accueillir comme le Christ nous a accueilli, d’un accueil qui témoigne de notre amour pour le prochain. Et ça doit rester vrai aujourd’hui, même avec la peur des attentats et la suspicion qu’elle entraîne.

L’accueil est notre responsabilité à tous et il commence dans le regard que nous portons les uns sur les autres. Et même si nous ne pouvons pas, comme Dieu seul le peut, regarder au cœur, ne tombons pas dans le piège des apparences. Cherchons à accueillir vraiment, sans a priori, avec les yeux de la foi, de l’espérance et de l’amour.

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