Débusquer la bête

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Lecture biblique : Apocalypse 13

On a beau dire que l’Apocalypse n’est pas un livre écrit pour nous faire peur, cette vision n’est quand même pas très rassurante…

On y rencontre deux bêtes. La première, très impressionnante, sort de la mer. Son apparence rappelle les bêtes de la prophétie de Daniel, au chapitre 7, qui symbolisaient la succession de plusieurs royaumes humains. Elle sort de la mer, élément naturel inquiétant (beaucoup de marins périssaient dans les tempêtes). Mais du coup, elle vient aussi de l’occident, là où se trouve Rome. C’est bien l’empire romain qui est dans le viseur : l’empire qui en ce temps-là s’élevait contre Dieu en persécutant les chrétiens.

L’autre bête est moins inquiétante : elle n’a que deux cornes comme celles d’un agneau. De plus, elle vient de la terre, beaucoup moins inquiétante que la mer. Mais son pouvoir est dans sa parole : elle parle comme un dragon. C’est le prophète de la première bête, séduisant et menaçant les hommes pour les conduire à adorer la bête.

Il est frappant de constater combien cette double image est parlante, non seulement dans le contexte de l’empire romain au Ier siècle mais tout au long des siècles, jusqu’à aujourd’hui ! Dans toute l’histoire, des empires, des puissances humaines se sont élevés et sont devenus monstrueux. La bête a pris de nombreux visages, ceux de la puissance de pouvoirs politiques totalitaires et de la propagande de leur idéologie. Avec plus ou moins de collusion avec telle ou telle religion, y compris chrétienne, d’ailleurs !

Les bêtes ont changé de visage dans l’histoire, maniant tour à tour la terreur et la séduction. Avec une même motivation : prendre la place de Dieu. C’est le sens du fameux 666 dont l’interprétation la plus plausible est celle d’une trinité humaine singeant Dieu : 3 x 6, le chiffre de l’homme. Comme le Dragon et les deux bêtes singent la Trinité divine. Le Dragon prend la place du Père, la bête qui sort de la mer prend celle du Fils (envoyée par le Dragon, l’une de ses têtes est blessée à mort mais ressuscite) et la bête qui sort de la terre prend celle du Saint-Esprit, qui convainc la terre d’adorer la première bête.

Que faire d’une telle vision aujourd’hui ? Je vous propose trois pistes, résumées en trois verbes.

Décrypter

Cette vision nous invite à décrypter notre monde. Sans pour autant vouloir jouer au « Nostradamus évangélique », cherchant à deviner l’avenir ! C’est là une mauvaise compréhension de l’Apocalypse qui veut d’abord nous donner des clés pour comprendre l’histoire mais pas des énigmes pour nous faire deviner l’avenir !

Des « Nostradamus évangéliques », il y en a eu et il y en aura encore… D’ailleurs récemment, j’ai lu un article parlant d’un « prophète » évangélique qui a écrit un livre et qui donne des conférences, annonçant que l’enlèvement de l’Église aura lieu en septembre prochain et que l’Antichrist était le prince William !

Le décryptage auquel notre texte nous invite est tout autre. Il nous invite à la lucidité sur tout pouvoir humain. Bref, à ne pas être dupe, ne pas s’illusionner. Nous sommes heureux de vivre en démocratie mais comme disait Winston Churchill, « la démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé. » Le cœur de l’homme étant ce qu’il est, ce n’est pas un type de régime politique en lui-même qui préserve de toute dérive. Hitler est arrivé démocratiquement au pouvoir en Allemagne… N’oublions pas que c’est la seconde bête, d’apparence inoffensive, qui conduit à la première bête terrifiante.

Décrypter, c’est être vigilant sur notre monde, notre société, ses dirigeants et ses puissants. C’est chercher à comprendre les enjeux spirituels, parfois évidents et parfois cachés.

Résister

La deuxième piste découle de la première. Après avoir décrypté, il s’agit de résister. Veiller à ne jamais plier le genou devant la bête, quelle que soit la forme qu’elle prend.

Il y a eu dans l’histoire des manifestations évidentes de cette bête, d’autres plus insidieuses. Aujourd’hui, il y a une bête évidente à identifier. C’est la bête islamiste. Pas de doute possible. Daesh a la marque des bêtes de l’Apocalypse, avec sa logique de terreur, sa volonté d’expansion et d’extermination, en particulier envers les chrétiens. Avec sa puissance totalitaire et sa force de propagande. Il faut la combattre, prier pour que la communauté internationale mette tout en œuvre pour la vaincre.

Mais est-elle la seule contre laquelle se prémunir aujourd’hui ? L’apparence inoffensive de la seconde bête doit nous mettre en garde. Sa voix de dragon n’est-elle pas aussi dans les discours haineux et xénophobes, antisémites ou islamophobe, qui ont tendance à se banaliser ? La poussée des partis politiques extrêmes en Europe, et en particulier en France, est inquiétante. Surtout quand elle se confirme dans les urnes…

Saviez-vous que l’ONU, à travers son comité pour l’élimination de la discrimination raciale (Cerd) a dénoncé cette semaine la banalisation du discours haineux en France à l’égard des minorités ?

Il nous faut résister aux deux bêtes : la première, terrifiante et inquiétante, autant que la seconde, insidieuse et séductrice.

Prier

La troisième piste découle des deux premières. Prier. L’exhortation n’est pas présente explicitement dans notre texte mais elle en est la conséquence inévitable pour le croyant.

Prier pour avoir la sagesse de comprendre le « chiffre de la bête », débusquer la bête et ne pas nous laisser séduire ou terroriser. Prier pour décrypter notre monde avec discernement et ne pas s’engager dans des théories fumeuses ou farfelues.

Prier pour avoir la force et le courage de résister quand cela est nécessaire. Le courage de s’élever contre le pouvoir quand il se transforme en bête, le courage de dénoncer les idéologies haineuses et moribondes.

Prier aussi pour les autorités, comme l’apôtre Paul nous y invite. C’est une façon de leur être soumis, de les respecter. Car si tout pouvoir humain a le risque de basculer dans le côté obscur, Dieu peut aussi utiliser des hommes et des femmes pour le bien de tous. Résister au mal, c’est aussi promouvoir le bien.

Prier enfin pour garder l’espérance, en toute circonstance. Car l’Apocalypse nous apprend que ce ne sont ni le Dragon ni les bêtes qui auront le dernier mot mais le Christ ressuscité. Au chapitre 19 de l’Apocalypse, la bête et le faux prophète sont vaincus par le cavalier montant un cheval blanc, une image du Christ. Ils sont jetés dans l’étang de feu, là où le diable les rejoindra.

Conclusion

Faut-il avoir peur de l’Apocalypse ? Non ! Certes, la vision assez terrifiante de ce chapitre ne nous encourage guère à l’optimisme. Mais elle est là avant tout pour nous mettre en garde et nous appeler à la vigilance, pour que nous sachions être attentifs aux véritables enjeux spirituels.

Les pouvoirs politiques ne sont pas toujours bienveillants à l’égard des chrétiens, ils ne sont pas toujours en accord avec les valeurs de l’Évangile. Loin de là… C’est pourquoi nous sommes appelés à la vigilance, pour décrypter, résister et prier. Tout en sachant que le dernier mot ne sera pas à un quelconque pouvoir humain, aussi terrifiant et monstrueux soit-il, mais à Celui qui est mort et ressuscité et qui viendra un jour établir son règne d’amour, de justice et de paix.

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