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Vivre le changement (6) Bousculer nos repères

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Pour moi, cette image illustre la croissance spirituelle à laquelle nous sommes appelés. Ce poisson saute dans un autre bocal. C’est juste un bocal un peu plus grand mais pour élargir son espace vital, il doit accepter de quitter son petit bocal, confortable et sécurisant. Et plus tard il devra à nouveau en sortir pour un bocal un peu plus grand. Le bocal symbolise notre zone de confort. Si nous voulons grandir, progresser, il faut parfois élargir notre zone de confort et accepter de « changer de bocal ».

Nous avons tous une zone de confort. Des repères, des habitudes, des pratiques dans lesquelles nous nous sentons bien, en sécurité, et qui nous permettent de vivre avec un minimum de stress. C’est vrai dans tous les aspects de notre vie : personnel, professionnel, familial et bien-sûr aussi spirituel. Et quant à l’aspect spirituel, c’est vrai pour les chrétiens comme pour les Eglises ! Les Eglises aussi ont leur zone de confort spirituel.

Mais quand notre zone de confort est complètement hermétique, qu’elle se transforme en bunker infranchissable, elle devient notre prison. Elle nous empêche d’évoluer, de progresser, de grandir spirituellement. Elle nous enferme dans un statu quo.

Quand donc notre zone de confort devient-elle un danger pour nous ? A quel moment nos habitudes et nos repères mettent-ils en péril notre croissance spirituelle ?

Je vous propose de lire un texte de l’épître de Paul aux Ephésiens pour nous aider dans notre réflexion :

Ephésiens 4.11-16
11 Voici les « dons » que le Christ a faits : les uns ont reçu le don d’être apôtres, ou bien d’être prophètes, ou bien d’annoncer la Bonne Nouvelle. D’autres ont reçu le don de conduire le peuple de Dieu, ou encore d’enseigner. 12 Par ces dons, le Christ a voulu former ceux qui appartiennent à Dieu. Ainsi, ils peuvent accomplir leur service de chrétiens pour construire le corps du Christ. 13 Alors tous ensemble, nous aurons peu à peu une même foi et une même connaissance du Fils de Dieu. Finalement, nous serons des chrétiens adultes et nous atteindrons la taille parfaite du Christ. 14 Nous ne serons plus des bébés. Nous ne ressemblerons plus à un petit bateau poussé dans tous les sens par les vagues de la mer. Nous ne serons plus emportés de tous les côtés par le vent des idées fausses. Les gens ne nous tromperont plus avec leurs mensonges habiles. 15 Mais en disant la vérité avec amour, nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ. 16 C’est par lui que toutes les parties du corps tiennent ensemble et sont unies. Beaucoup d’articulations servent à unir le corps, et quand chaque partie du corps fait son travail, le corps grandit et se construit lui-même dans l’amour.

1. Nous avons besoin de repères pour une foi stable

On a besoin de repères. Certains rituels, certaines habitudes, sont positifs ! Lire votre Bible le matin, prier le soir avant de vous coucher ou aller au culte le dimanche, ce sont de bonnes habitudes. Elles nous aident à avoir une certaine discipline dans notre vie spirituelle et c’est très bien !

On a besoin de repères stables dans notre vie chrétienne, pour avoir une foi et une piété stables, équilibrées. On s’en rend compte dans ce que dit l’apôtre Paul. L’objectif, c’est d’être des chrétiens adultes et non des enfants spirituels, ballottés à tout vent de doctrine, poussés dans un sens puis tiré dans un autre en fonction des prédicateurs en vogue sur youtube ou des Eglises à la mode.

Il y a une référence unique, le Christ, et un cadre approprié pour nous accompagner dans cette croissance, l’Eglise (le corps, avec tous ses membres et ses articulations). Il ne s’agit donc pas de toujours tout remettre en cause dans notre foi et notre vie chrétienne, de changer d’Eglise chaque année, de changer de convictions théologiques comme on change de chemise !

C’est important d’avoir réfléchi sa foi et forgé ses convictions. C’est important d’avoir une certaine discipline dans notre vie de piété. C’est important de s’attacher à une Eglise locale et d’y trouver sa place, un engagement qui nous corresponde. Et quand tous ces éléments se mettent en place, une certaine zone de confort s’installe dans notre vie chrétienne. Et c’est très bien.

C’est très bien… si on ne s’endort pas ! Si cette zone de confort ne se transforme pas en un petit nid douillet ou en bastion imprenable. Le danger d’une zone de confort, c’est quand elle devient hermétique, qu’on refuse d’envisager qu’elle puisse évoluer. Avoir une foi stable, c’est bien. C’est même essentiel. Mais il faut veiller à ce que cette stabilité ne soit pas une immobilité, une routine qui a perdu sa sève, son élan, son enthousiasme. Car alors on risque le dessèchement spirituel, celui d’une vie chrétienne « en pilote automatique ».

Et on l’a dit, tout cela est vrai aussi pour une Eglise ! D’autant qu’on perçoit souvent l’Eglise, avec raison d’ailleurs, comme un lieu de ressourcement. On y recherche donc un certain confort, et c’est légitime jusqu’à un certain point. Mais y a-t-il vraiment un ressourcement bienfaisant dans la routine ? Il y a des Eglises qui fonctionnent aussi « en pilote automatique » : ça roule, ça tourne, on a des activités, un bâtiment, un pasteur… mais on ne se remet pas en question, on garde telle ou telle réunion ou telle ou telle façon de faire parce que ça s’est toujours fait comme ça…

Et puis on craint le changement. On veut bien accueillir tout le monde… mais en espérant qu’ils ne soient pas trop différents de nous quand même. On veut bien rencontrer ses frères et sœurs… mais sans faire trop d’effort pour aller à la rencontre de celui ou celle qu’on ne connaît pas vraiment, on préfère rester dans le cercle de ses habitués. On veut bien innover dans la forme, dans les réunions proposées… mais pas trop quand même, pour respecter ce qui s’est toujours fait

2. Nous avons besoin de bousculer nos repères pour grandir

Revenons à ce que dit l’apôtre Paul : pour lui, la perspective, c’est la croissance. Il s’agit de ne pas rester des bébés mais de devenir adultes, de croître vers le Christ. Et cet impératif concerne à la fois l’Eglise dans son ensemble et chaque croyant qui en fait partie.

Or, on le sait, quand on grandit, on change ses repères. Notre vie, nos habitudes, nos convictions évoluent. Et la croissance n’est pas confortable. Le passage de l’enfance à l’adolescence, puis de l’adolescence à l’âge adulte, ne sont pas des périodes confortables. Les différentes étapes de la vie sont autant de périodes inconfortables, avec leur lot de remises en question, parfois déstabilisantes.

Nécessairement, si nous voulons grandir spirituellement, il nous faut accepter de sortir de notre zone de confort, d’être parfois déstabilisé dans nos repères. Regardez les béatitudes : c’est tout sauf confortable ! « Heureux les pauvres en esprit, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont soif et faim de justice, heureux les persécutés pour la justice… »

Du coup, c’est parfois le Seigneur qui utilise la manière forte pour nous faire sortir de notre zone de confort. C’est ce qui est arrivé à Pierre, dans « notre » récit de sa rencontre avec Corneille (Actes 10-11).

Pierre a été bousculé dans son « confort », celui des traditions auxquelles il était attaché. On pourrait même se dire que ces traditions étaient légitimes puisqu’elles remontaient à la loi de Moïse ! Elles étaient rassurantes, elles le mettaient à l’écart des païens pour préserver la pureté. Or, la vision que Dieu lui a envoyée l’a déstabilisé : une grande toile descendue du ciel dans laquelle se trouve mélangés tous les animaux, purs et impurs selon la loi de Moïse, avec cet appel qui retentit : « Pierre, lève-toi ! Tue et mange ! ». Mais non, répondait Pierre, Seigneur, je ne peux pas. Jamais je n’ai mangé de viande impure. Jamais je n’en mangerai ! Et Dieu insiste : “Ce que Dieu a rendu pur, ne dis pas que c’est interdit !”

Ce n’était pas confortable pour Pierre. Et il a dû se faire violence pour répondre à l’appel de Dieu et aller chez Corneille, manger avec lui, un païen. Et c’est en sortant de sa zone de confort qu’il a vu l’action de Dieu, il a vu l’Esprit saint descendre sur Corneille et sa famille. Ce n’était pas confortable ensuite non plus pour Pierre parce qu’il a dû justifier son attitude devant les autres chrétiens, d’origine juive, qui l’accusaient : « Tu es entré chez des gens qui ne sont pas circoncis et tu as mangé avec eux ! » C’était tellement peu confortable que plus tard, Pierre fera marche arrière dans une certaine circonstance. C’est Paul qui en parle dans son épître aux Galates et il s’est fermement opposé à lui :
« En effet, avant l’arrivée de certaines personnes proches de Jacques, Céphas mangeait avec les frères qui ne sont pas d’origine juive. Mais quand les autres sont arrivés, il s’est éloigné, il n’est plus allé avec les non-Juifs, il avait peur des chrétiens qui défendaient les coutumes juives. » (Galates 2.12)

Mais on n’est pas obligé d’attendre que le Seigneur nous secoue pour bousculer nos repères. On peut aussi cultiver un esprit d’ouverture et de curiosité. Se laisser surprendre par l’autre, et par le Seigneur. Demander à Dieu de nous donner l’humilité, la lucidité et le courage d’avoir un regard en vérité sur nous-mêmes.

Conclusion

Il est légitime d’avoir, dans notre vie et dans notre Eglise, une zone de confort. Nous avons besoin de repères stables pour avoir une foi stable. Mais nous devons veiller à ne pas nous y laisser enfermer.

Parce que le confort, le bien-être, aussi agréables soient-ils, ne sont pas les objectifs à poursuivre en tant que croyant. Notre objectif, Paul le souligne, c’est la croissance ! Pour que nous devenions des chrétiens adultes, et pour que l’Eglise grandisse harmonieusement en tant que corps du Christ.

Et toute croissance implique nécessairement des changements, des évolutions, et c’est parfois déstabilisant, en tout cas pas toujours confortable… Mais c’est bien ce à quoi nous sommes appelés ! Alors sommes-nous prêt à « changer de bocal » pour élargir notre zone de confort ?

Vivre le changement (5) L’oeuvre transformatrice du Saint-Esprit

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Pentecôte, ce n’est pas seulement un événement du passé, une étape dans l’histoire du salut. C’est une promesse qui nous concerne encore : Dieu vient habiter en nous par son Esprit.

Pour les premiers chrétiens, quel changement ! On le voit au début du livre des Actes des apôtres : c’est spectaculaire. Les apôtres et les disciples, jusqu’ici discrets voire craintifs, annoncent l’Evangile aux foules avec assurance. Les gens sont touchés et changent de vie. L’Eglise grandit, pleine d’enthousiasme. Mais rapidement, les ennuis commencent, les tensions naissent, les choses ne sont pas aussi simples dans l’Eglise… et ça se confirmera dans les épîtres du Nouveau Testament.

N’est-ce pas un peu la même chose pour nous ? Au début de la vie chrétienne, les changements sont souvent évidents. Tout est nouveau, il y a l’enthousiasme de la découverte… Et puis, avec le temps, le rythme du changement a tendance à ralentir. L’évolution devient plus lente, moins évidente. Il y a encore parfois des progrès, par à coup… Mais aussi parfois l’impression qu’on n’avance plus vraiment, qu’on est bloqué à un palier. L’oeuvre transformatrice du Saint-Esprit devient moins évidente en nous.

Bref, la transformation de notre vie par le Saint-Esprit, ça fonctionne bien au début… mais ça se complique ensuite. Et c’est frustrant parce qu’on sent bien que ce n’est pas vraiment normal que ça se passe comme ça. Alors comment faire pour que le Saint-Esprit nous transforme, et qu’il continue à le faire tout au long de notre vie de foi ?

1. Laisser Jésus-Christ grandir en nous

Le premier texte biblique qui peut nous aider à répondre à cette question se trouve dans l’évangile selon Jean, au chapitre 16. C’est un extrait du discours de Jésus à ses disciples, peu de temps avant d’être arrêté.

Jean 16.5-7,13-15
5 Maintenant, je m’en vais auprès de celui qui m’a envoyé. Et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ? ” 6 Mais votre cœur est plein de tristesse parce que je vous ai dit cela. 7 Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je parte. En effet, si je ne pars pas, celui qui doit vous aider ne viendra pas à vous, mais si je pars, je vous l’enverrai.
(…) 13 Quand l’Esprit de vérité viendra, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, il ne dira pas des choses qui viennent de lui. Mais il dira tout ce qu’il entendra et il vous annoncera ce qui doit arriver. 14 L’Esprit de vérité montrera ma gloire, parce qu’il recevra ce qui est à moi et il vous l’annoncera. 15 Tout ce qui est à mon Père est aussi à moi. C’est pourquoi je vous ai dit : “L’Esprit de vérité recevra ce qui est à moi et il vous l’annoncera.”

Ici, Jésus répond à l’inquiétude des disciples. Ils sentent que Jésus va les quitter. Pourtant Jésus leur dit : « il vaut mieux pour vous que je parte. » Comment est-ce possible ? Pour les disciples, perdre leur maître est la pire chose qui puisse leur arriver ! Or Jésus leur dit qu’il est avantageux pour eux qu’il s’en aille.

Oui mais si Jésus part, alors il pourra leur envoyer « celui qui doit les aider ». Cette périphrase traduit le terme grec paraclêtos qui signifie littéralement « celui qui se tient à côté », donc l’intercesseur, le défenseur, le consolateur… Et Jésus précise : « L’Esprit de vérité montrera ma gloire, parce qu’il recevra ce qui est à moi et il vous l’annoncera. » (v.14)

Autrement dit, le Saint-Esprit « remplace » Jésus-Christ auprès des disciples, et il le remplace avantageusement. C’est parce qu’il y a là un pas de plus franchi par Dieu pour s’approcher de nous. Déjà en Jésus, le Fils de Dieu est devenu l’un des nôtres, humain comme nous. Désormais, Dieu se fait encore plus proche puisqu’il vient par son Esprit faire sa demeure en nous. L’apôtre Paul l’exprime de façon très concrète lorsqu’il dit aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu ? » (1 Corinthiens 6.19). Et comme il est Esprit, il n’est pas limité dans l’espace et peut être présent, pleinement, en chaque croyant, où qu’il soit. Voilà pourquoi c’est avantageux pour les disciples que Jésus parte et qu’il envoie son Esprit !

La mission du Saint-Esprit est indissociable de la personne de Jésus-Christ. Il nous est donné pour nous montrer la gloire du Christ. Par le Saint-Esprit, c’est Jésus-Christ qui est avec nous et nous pouvons le rencontrer.

Autrement dit, c’est Jésus-Christ que nous recevons quand l’Esprit vient faire sa demeure en nous, c’est lui que nous entendons lorsque l’Esprit nous parle. L’oeuvre du Saint-Esprit, c’est de faire grandir le Christ en nous. Et c’est cela qui nous transforme. Quand le Christ grandit en nous, c’est alors que le Saint-Esprit nous transforme !

Quelle leçon en tirer, concrètement ? Notre première priorité, toujours, c’est d’approfondir notre relation avec le Christ. Il nous faut voir tous les aspects de notre piété, et de notre vie chrétienne, comme une occasion d’approfondir cette relation avec le Christ.

  • On ne lit pas la Bible pour accroître sa connaissance mais pour y trouver le Christ et l’accueillir tout à nouveau.
  • On ne prie pas pour faire sa « liste de courses » spirituelles ou pour se faire du bien et s’épanouir spirituellement. On prie pour dialoguer avec le Christ.
  • On n’aime pas son prochain juste parce que c’est un commandement, et encore moins pour faire une bonne œuvre et accumuler des « miles spirituels » et obtenir un place premium au paradis ! On aime son prochain parce qu’on y trouve le visage du Christ : « tout ce que vous faites à l’un de ces petits, c’est à moi que vous le faites. » (Matthieu 25.40)

Cherchez Jésus-Christ, toujours, partout. Il grandira en vous, et son Esprit vous transformera !

2. Identifier nos blocages

Mais cet élan positif, toujours tourné vers le Christ, ne suffit pas toujours. On garde parfois l’impression que ça bloque, qu’il y a quelque chose qui coince et empêche la transformation.

Ici, c’est un autre texte du Nouveau Testament qui peut nous aider. L’apôtre Paul y parle d’un blocage, en faisant référence à Moïse qui, lorsqu’il redescendait de la montagne où il rencontrait Dieu devait couvrir son visage d’un voile. Il se base sur cet épisode de l’Ancien Testament, d’une part pour expliquer l’aveuglement de beaucoup de ses frères Israélites, et d’autre part pour parler de l’oeuvre de l’Esprit chez le chrétien. Et là ça nous intéresse !

2 Corinthiens 3.12-17
12 Avec cette espérance, nous sommes pleins de confiance. 13 Nous ne faisons pas comme Moïse qui mettait un voile sur son visage. De cette façon, les Israélites ne pouvaient pas voir la fin d’une gloire qui ne durait pas. 14 Mais leur intelligence s’est fermée, et jusqu’à aujourd’hui, quand ils lisent les livres de l’ancienne alliance, le même voile est encore là. Non, il n’est pas enlevé, sauf pour celui qui est uni au Christ. 15 En effet, jusqu’à aujourd’hui, chaque fois que les Israélites lisent les livres de Moïse, un voile couvre leur cœur. 16 Mais chaque fois que les gens se tournent vers le Seigneur, le voile tombe. 17 Le Seigneur ici, c’est l’Esprit Saint. Et quand l’Esprit du Seigneur est présent, la liberté est là. 18 Notre visage à nous tous est sans voile, et la gloire du Seigneur se reflète sur nous, comme dans un miroir. Alors le Seigneur, qui est l’Esprit, nous transforme. Il nous rend semblables à lui, avec une gloire toujours plus grande.

Ce que je retiens de ce texte, en lien avec notre question, c’est cette image du voile qui tombe et qui permet à l’Esprit de Dieu de faire en nous son œuvre de transformation. Je retiens aussi l’affirmation de la liberté associée à la présence de l’Esprit.

Pour grandir spirituellement, pour voir agir en nous l’oeuvre transformatrice du Saint-Esprit, il faut que nous arrivions à nous libérer des obstacles qui bloquent notre développement spirituel.

Pour utiliser une autre image, on pourrait dire que le Saint-Esprit est le moteur de notre transformation. C’est lui qui nous fait avancer. Si on n’avance plus, on pourrait se dire que c’est la faute du moteur… Mais si dans votre voiture vous laissez le frein à main serré, vous aurez beau appuyer sur l’accélérateur, vous n’avancerez pas. Et ce n’est pas la faute du moteur mais du frein à main que vous n’avez pas desserré !

J’ai l’impression que dans notre vie spirituelle, nous gardons parfois notre frein à main serré… Il s’agit donc pour nous d’identifier nos blocages, nos freins… ce qui obstrue l’action du Saint-Esprit dans notre vie.

  • Ca peut être l’orgueil. Celui de se croire déjà arrivé, de se penser suffisamment expérimenté, suffisamment spirituel, suffisamment sage, pour ne plus avoir vraiment à progresser.
  • Ca peut être la peur. La peur de devoir bouleverser ses repères, remettre en cause ses convictions, renoncer à un statu quo finalement assez confortable…
  • Ca peut aussi être une culpabilité qu’on entretient et qui nous rabaisse, un sentiment d’indignité, d’incapacité, de honte. A cause de notre passé, ou de l’image qu’on a de soi.

D’autres freins sont évidemment possibles. Ils peuvent être liés à notre personnalité mais aussi à notre histoire, parfois à des expériences douloureuses, ou à une parole dite contre nous, ou à des convictions erronées dans lesquelles nous nous enfermons…

Si nous avons l’impression de stagner spirituellement, peut-être que notre prière prioritaire devrait être de demander à Dieu de nous aider à identifier ces blocages et ces freins dans notre vie spirituelle. Et une fois les blocages identifiés, alors relâchons le frein à main ! Lâchons prise, faisons-lui confiance ! Laissons le Saint-Esprit nous transformer.

Conclusion

Un des grands défis de la vie chrétienne, c’est la persévérance : arriver à renouveler sa marche avec le Christ, une fois l’enthousiasme du début atténué voire effacé. Poursuivre tout au long de notre vie un processus de croissance spirituelle, de transformation en profondeur. Seule l’action du Saint-Esprit peut rendre cela possible. Mais cela passera par deux impératifs :
Chercher le Christ, toujours : le Saint-Esprit est indissociable de la personne de Jésus-Christ.
Porter un regard lucide sur soi-même, pour pouvoir identifier les freins et les blocages qui demeurent en nous.

Nous continuerons d’avancer si nous appuyons sur l’accélérateur de notre relation à Jésus-Christ et si nous desserrons le frein à main de nos blocages. Si vous faites l’un sans l’autre, vous n’avancerez pas. Mais si faites les deux, alors la route vous est ouverte !

Vivre le changement (4) la dynamique de l’Esprit

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Par le baptême, le croyant signifie son entrée officielle dans le peuple de Dieu, dans le royaume de Dieu. Ces mots évoquent pour nous des réalités diverses, voire nous plongent dans la confusion. C’est normal ! Même les proches de Jésus avaient du mal à comprendre, alors qu’ils avaient passé près de 3 ans avec lui. Mais les clarifications de Jésus ne vont pas aller dans le sens qu’ils imaginaient.

Lecture biblique: Actes 1.3-9

3 Après sa mort, Jésus se présente à ses apôtres, et il leur prouve de plusieurs façons qu’il est bien vivant. Pendant 40 jours, il se montre à eux et il leur parle du Royaume de Dieu. 
4 Un jour, pendant qu’il mange avec eux, il leur donne cet ordre : « Ne quittez pas Jérusalem, mais attendez ce que le Père a promis. Moi-même, je vous l’ai déjà annoncé : 5 Jean a baptisé avec de l’eau, mais vous, dans quelques jours, vous serez baptisés dans l’Esprit Saint. »
6 Les apôtres sont donc réunis avec Jésus et ils lui demandent : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir le royaume d’Israël ? » 
7 Jésus leur répond : « Vous n’avez pas besoin de connaître le temps et le moment où ces choses doivent arriver. C’est mon Père qui décide cela, lui seul a le pouvoir de le faire.  8 Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout du monde. » 
9 Après que Jésus a dit cela, il monte au ciel sous les yeux de ses apôtres. Ensuite, un nuage le cache, et ils ne le voient plus.

Dans ses derniers moments sur terre, Jésus se focalise sur le Royaume de Dieu – c’est-à-dire, là où Dieu est roi, là où il règne en souverain maître. Manifestement c’est un peu nébuleux, et les disciples ne savent pas trop quoi faire de ce que Jésus leur annonce. Il parle de la venue de l’Esprit de Dieu sur les croyants, ce qui est arrivé peu après cette discussion, un jour de fête juive, la Pentecôte, ce que nous fêterons dimanche prochain. Ce don accomplit une promesse ancienne : dans les jours où Dieu se manifesterait, il enverrait son Esprit sur les croyants, comme une connexion intime et personnelle avec lui. Il habiterait non plus dans un temple de pierre, mais dans le cœur de ceux qui lui feraient confiance. Cette promesse s’accompagnait d’une autre : Dieu restaurerait son royaume. Pour le peuple d’Israël, qui a perdu son pays, son temple, son roi, la restauration du royaume c’est le rêve ultime. Imaginez un homme accidenté qui a perdu l’usage de ses jambes, la possibilité de se déplacer seul et de travailler : qu’imaginer de mieux que la guérison de ses jambes ?

Mais Jésus montre que Dieu a autre chose en tête, des projets plus grands que ce rêve-là.

1)     Un règne d’abondance

Jésus parle d’un royaume dans lequel on n’entre pas par un rite extérieur, comme un baptême d’eau, mais par une connexion intérieure avec Dieu – ce qu’il appelle le baptême de l’Esprit. Ca ne disqualifie pas le baptême d’eau ! Mais ce n’est plus le critère principal pour dire qui appartient à la famille de Dieu. Le baptême d’eau va servir de signe visible pour dire aux autres que nous avons déjà plongé dans une relation vivante avec Dieu, une relation spirituelle, profonde, intérieure – invisible mais rendue visible par la plongée dans l’eau. Derrière le signe extérieur, il y a une adhésion intérieure.

Le don de l’Esprit, c’est l’inauguration d’un règne d’abondance. Oui, jusque là, on cherchait Dieu, on l’appelait à l’aide, on l’attendait. Mais maintenant, Dieu se rend présent en nous. Non seulement il nous donne le pardon et une nouvelle chance en Jésus, mais en plus il vient habiter notre vie. Ce que Jésus promet aux croyants, c’est que nous n’aurons plus à chercher Dieu dans l’incertitude de le trouver – parce que Dieu qui est venu à nous en Jésus, vient en nous par l’Esprit. Ca ne veut pas dire qu’il réponde à toutes nos questions comme on le voudrait, mais sa présence nous imbibe jusqu’au plus profond de notre être. On passe du partiel/ de l’extérieur/ de la quête, à l’abondance et à la paix.

Je prends une image : imaginez que vous sortiez avec une jeune femme qui habite dans un autre pays. Vous vous aimez, mais s’appeler n’est pas toujours facile avec les horaires décalés, et pour vous voir c’est pire. Mais un jour, vous vous mariez et vous commencez à habiter ensemble : quelle différence ! Elle est là ! Tous les matins ! Vous prenez votre café ensemble, vous échangez sur les détails de la vie, vous partagez le quotidien. Tout n’est pas simple : il faut quand même s’apprivoiser, faire des efforts, veiller à la communication… Mais c’est le jour et la nuit par rapport à avant.

Quand Dieu vient habiter notre vie par l’Esprit, c’est un peu comme ça : il y a des temps de dialogue, et de silence, mais il est là, à portée de main, vous en avez l’assurance. Dieu est là pour vous, il partage votre quotidien, il vous montre son amour dans des petites et des grandes attentions, à chaque instant.

2)     Une vocation de témoins

Jésus promet aux disciples la présence de l’Esprit de Dieu, la présence de Dieu lui-même au cœur de leur vie. Mais Dieu ne vient pas seulement nous rejoindre, il donne un sens, un but, une orientation à notre existence : être témoins de Jésus là où nous allons.

Témoins. Les disciples ont demandé quand le royaume d’Israël sera restauré. Mais Jésus, lui, écarte la question : connaître les détails de l’avenir n’est pas notre responsabilité. Mais, même si nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait, nous avons un présent à vivre, dans lequel résonne une vocation : soyez mes témoins.

Les disciples vont être des témoins uniques, puisqu’ils sont témoins oculaires de Jésus ressuscité. Mais nous, qui n’avons pas connu Jésus physiquement, nous sommes aussi témoins de ce que Dieu nous montre par son Esprit, à travers Jésus.

Etre témoin, qu’est-ce que c’est ? Il y a de l’authenticité : je montre ce que je vis, je laisse ma relation intérieure avec Dieu renouveler mon quotidien, mes actes, mes paroles, mes pensées, mes désirs, mes valeurs. C’est exprimer la vérité de notre expérience avec Dieu. Mais Jésus va plus loin : il nous invite à proclamer, à partager, à inviter ceux qui nous entourent à découvrir le Dieu qui nous fait vivre.

Jésus parle d’un peuple qui grandit sans cesse : quelques dizaines à son époque, 1 bon milliard aujourd’hui. Pourquoi ? Par peur du prosélytisme, on pourrait tiquer… Peut-être même qu’il y a ici des personnes qui viennent pour la première fois, et qui se disent : « non, on va me faire signer quelque chose à la fin ?… »

Pas du tout ! Jésus ne nous demande pas d’imposer aux autres ce que nous croyons ! Qu’aurions-nous à y gagner ? Nous sommes heureux de partager ce culte avec vous, mais nous n’avons rien à vendre, il n’y a pas de piège, pas de condition cachée. Si nous partageons notre foi, ce n’est pas par intérêt, mais par joie, parce que Jésus nous fait vivre une expérience incroyable avec Dieu.

Quasiment tous, nous avons une passion : la pêche, la cuisine, les voitures, l’astronomie, le foot, la musique, la lecture, le scrapbooking, les animaux… Et vous le savez, quand on branche quelqu’un sur sa passion, on ne peut plus l’arrêter. Même le moins bavard… Tout simplement parce que sa passion le rend heureux.

Etre témoins, c’est être passionnés par Jésus : comme l’a dit Anna tout à l’heure, Jésus s’est donné pour nous par amour. Pour nous donner une vie vraiment libre, libre du regard des autres, libre de la culpabilité, libre de la peur, libre de nos défauts mêmes – une vie où tout est possible parce que Dieu y habite. Alors si on parle de Jésus, c’est tout simplement pour partager ce qui nous fait vibrer avec d’autres, la paix, la joie, l’espérance. Du cercle fondamental de notre intérieur, la vie avec Dieu va rayonner.

3)     Ouvrir les frontières

Vous l’avez compris, le Royaume dont parle Jésus n’est pas un royaume politique, avec des frontières, et un chef humain ! C’est d’abord un royaume intérieur, dans le sens où Dieu vient régner, habiter, en nous. Ce n’est pas un cadre tout fait dans lequel je dois entrer, mais une relation vivante avec Dieu, qui m’implique de la tête aux pieds. Et toutes les personnes qui reconnaissent Dieu comme leur Dieu, qui reconnaissent Jésus comme leur Sauveur, ces personnes forment ensemble le royaume visible de Dieu. Nous sommes ce matin un petit morceau de ce royaume !

Ce royaume n’a pas de frontière : Jésus dit bien aux disciples (qui n’ont pas compris tout de suite) que le royaume de Dieu va déborder les frontières d’Israël. La lumière que Dieu donne, on ne peut pas l’empêcher de rayonner.

Pour un Juif qui se définit comme membre du peuple élu, par la distance avec les autres, c’est presque impensable. Mais dans l’Eglise, Jésus nous demande de changer de mode de fonctionnement. Nous avons cette histoire où l’apôtre Pierre témoigne de Jésus à un étranger, Corneille, et découvre que dans la famille de Dieu il n’y a pas de frontières. NI extérieures, ni intérieures. L’apôtre Paul aura la même prise de conscience : tous, Juifs et non-Juifs, maîtres et esclaves, hommes et femmes, tous ont le même statut aux yeux de Dieu en Christ. Tous sont habités par l’Esprit. Donc ! tous ont la même valeur dans l’Eglise. Que ce soit des membres historiques de la communauté ou des petits nouveaux, des personnes bien vues socialement ou atypiques : le seul critère, c’est Jésus.

Alors c’est très beau, mais ce n’est pas très confortable… avec la différence arrivent les malentendus, les cultures qui s’entrechoquent, la nécessité de s’adapter, de tester de nouvelles choses, de trouver de nouvelles manières de vivre, mais c’est là, dans l’échange et l’exploration de nouveaux horizons, c’est là que Dieu se manifeste.  Imaginez si les disciples étaient restés à Jérusalem : nous n’aurions pas connu Jésus. Nous aurions raté ce qui nous fait vivre. Heureusement que les disciples ont pris des risques, heureusement qu’ils se sont pris la tête avec les petits nouveaux, les étrangers, les païens…

Conclusion

Juste avant de partir au ciel, Jésus laisse à ses disciples des paroles qu’ils ne décoderont que plus tard : la promesse d’une vie abondante avec Dieu, et la responsabilité de partager cette abondance avec ceux que nous rencontrons. Jésus ne dit pas que ça se fera dans le confort et la tranquillité – si vous lisez la suite, vous comprendrez mieux : il y a des persécutions, des procès… Mais c’est là notre identité de chrétiens, une identité donnée par Dieu lui-même : l’Esprit qui nous relie à Dieu, qui nous connecte à Jésus, cet Esprit nous donne une vie nouvelle, à expérimenter et à partager sans restrictions.

Vivre le changement (3) Dieu ne change pas…

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Nous sommes tous conscients que nous avons besoin de changer, de progresser, de grandir spirituellement. Or Dieu, lui, ne change pas… c’est même une des raisons pour lesquelles il est Dieu ! Mais comment un Dieu qui ne change pas peut-il nous aider à changer ?

Dieu ne change pas… mais il est vivant !

En fait, on pourrait dire que, fondamentalement, Dieu ne peut pas changer ! Sinon, il n’est plus vraiment Dieu. Si Dieu changeait, ça signifierait qu’il a progressé, qu’il s’est amélioré ou qu’il aurait régressé. Ou tout simplement qu’il lui manquait quelque chose… Il ne serait donc plus, ou pas encore, infini, éternel, parfait. En un mot : il ne serait plus Dieu.

Dieu, par définition, ne peut pas changer en lui-même. Et on trouve plusieurs affirmations bibliques pour évoquer ce qu’on appelle l’immutabilité de Dieu. Je vous en propose deux :

« Autrefois, tu as fait la terre,
et tes mains ont formé le ciel.
Tout cela disparaîtra, mais toi, tu restes toujours là.
La terre et le ciel s’useront comme un habit,
tu les changeras comme un vêtement, et ils laisseront la place.
Mais toi, tu restes le même,
et ta vie ne finit pas. » (Psaume 102.26-28)

« Mes frères et mes sœurs très aimés, ne vous trompez pas. Tout ce qui nous arrive de bon, tous les plus beaux cadeaux viennent d’en haut. Ils viennent de Dieu, le créateur du soleil et des étoiles. Chez lui, il n’y a pas de changement, pas de mouvement, pas d’ombre. Dieu a voulu nous donner la vie par la parole de vérité. Alors nous sommes d’une certaine façon au premier rang de tout ce qu’il a créé. » (Jacques 1.16-18)

Le verset 17 de Jacques 1 n’est pas facile à traduire :
PdV : « Chez lui, il n’y a pas de changement, pas de mouvement, pas d’ombre. »
TOB : « chez lequel il n’y a ni balancement ni ombre due au mouvement. »
NBS : « chez qui il n’y a ni changement ni éclipse. »
BFC : « Et Dieu ne change pas, il ne produit pas d’ombre par des variations de position. »
Semeur : « en qui il n’y a ni changement, ni ombre due à des variations »

D’autres textes bibliques évoquent une immutabilité de Dieu quant à ses promesses : il est fidèle à son alliance, il ne change pas. Mais ces deux textes vont plus loin et évoquent une immutabilité de l’être même de Dieu. C’est Dieu lui-même qui ne change pas.

Dieu ne change pas dans sa perfection, mais il est vivant ! Il est en constant mouvement, toujours en relation. Il est amour.

C’est dans la nature même de Dieu d’être en relation. Ici, la doctrine de la Trinité, même si elle garde son mystère, peut nous aider. En effet, en affirmant que Dieu est unique mais en trois personnes, on dit que Dieu est par nature un être en relation : de toute éternité le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont en parfaite relation en Dieu.

Dire que Dieu ne change pas, qu’il est immuable, ne veut pas dire qu’il soit statique, qu’il ne bouge pas. L’immutabilité de Dieu est dynamique ! Ce n’est pas une statue ! C’est d’ailleurs un leitmotiv des prophètes de l’Ancien Testament : Dieu n’est pas comme les faux dieux des nations qui ne sont rien d’autre que des statues, des idoles, immobiles et mortes.

Dieu est un être en relation et d’ailleurs, il a créé l’homme à son image : pour être en relation avec lui. Et il s’implique activement dans l’Histoire. La Bible parle même de Dieu qui se repent ! Ainsi, par exemple, au moment du Déluge : « Dieu se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre. » (Genèse 6.6) et on retrouve la même expression plus tard, en lien avec le peuple d’Israël. Certes, il y a une part d’anthropomorphisme dans une telle formule… mais n’est-ce pas une façon de souligner le changement de Dieu dans la relation avec les humains ?

Et puis, il y a l’incarnation ! Le mystère suprême : Dieu devient homme. Si ça, ce n’est pas un changement, qu’est-ce que c’est ? Evidemment, Dieu n’est ni plus ni moins Dieu qu’avant. Mais il a bel et bien changé ! Il y a bien, pour Dieu aussi, un avant et un après l’incarnation. Désormais, et pour l’éternité, cette humanité que Dieu a créée à son image est venue s’ajouter à Dieu.

Il y a là un mystère, certes, mais un mystère qui nous révèle que l’immutabilité de Dieu n’est pas l’immobilité. Dans la Bible, la perfection n’est pas un état mais une dynamique, en mouvement. Et l’appel de Jésus dans le Sermon sur la Montagne : « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5.48) n’est pas un appel à atteindre un stade de perfection comme un s’assoit sur un trône, mais à être dans la dynamique de perfection de Dieu, vivants et en relation.

Dieu ne change pas… mais nous changeons à son contact.

S’il y a une chose qui ne change jamais pour nous, c’est que nous devons changer ! Et notre changement dépend de notre relation avec Dieu.

Quand on est engagé dans une relation authentique (en couple, en amitié…), on change, forcément ! Il en est de même avec Dieu. Mais Dieu, lui, ne change pas à notre contact… ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas pleinement impliqué dans la relation.

Dieu n’a pas créé l’homme parce qu’il lui manquait quelque chose ! Il l’a créé par grâce, librement, par amour. Dans notre relation à Dieu, nous ne pouvons rien lui apporter qu’il n’ait déjà pleinement et parfaitement ! C’est essentiel dans la compréhension de notre relation à Dieu : nous ne sommes pas d’égal à égal avec lui mais dans la dépendance absolue. Sa relation à nous est purement gratuite. C’est nous qui changeons dans notre relation avec Dieu. Pas lui ! C’est pourquoi, on ne peut jamais être dans le donnant – donnant avec Dieu : on ne peut rien lui donner qu’il n’ait déjà !

Pour être authentique, notre relation avec Dieu doit donc être basée sur la grâce, une relation libre et gratuite. Notre objectif, ce n’est pas d’atteindre la perfection, comme si c’était un état à atteindre au-delà duquel il n’y a rien de plus. Notre objectif, c’est d’approfondir notre relation avec celui qui est parfait et qui vient à nous.

Pour savoir comment changer, on a besoin d’un point de référence solide, qui ne change pas. Sinon, quelle cohérence dans le changement ? Ou alors nous sommes comme ces chrétiens décrits par l’apôtre Paul comme des petits bateaux poussés dans tous les sens par les vagues de la mer (Ephésiens 4.14).

Car si Dieu n’est pas immuable, on ne peut être sûr de rien. C’est le raisonnement de Jacques à propos de Dieu, chez qui « il n’y a pas de changement, pas de mouvement, pas d’ombre. » Dieu est lumière et ne peut en aucun cas être source de ténèbres. Et parce qu’il est immuable, ça ne changera jamais ! Sinon, on ne peut être sûr de rien…

Et si Dieu, en lui-même, est immuable, alors ses promesses sont fiables. Il demeure fidèle à ses promesses et sa parole ne changera pas non plus. Dieu est fiable, il n’est pas changeant…

Celui en qui la fiabilité de Dieu s’incarne parfaitement, c’est Jésus-Christ. C’est lui qui est notre point de référence immuable, le modèle parfait vers lequel tendre : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour l’éternité. » (Hébreux 13.8). Il est l’image du Dieu invisible (Colossiens 1.15). Nous sommes transformés de gloire en gloire à son image (2 Corinthiens 3.18). Le disciple apprend de son maître et c’est ce que nous sommes. Nous avons besoin de Jésus-Christ comme unique point de référence.

Qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ? Que Jésus-Christ est notre point de référence pour connaître Dieu et pour nous connaître nous-mêmes. Il est à la fois parfaitement Dieu et parfaitement homme. Si on veut comprendre Dieu, mieux le connaître, savoir qui il est, c’est à partir de Jésus-Christ que nous le pourrons. Si on veut mieux comprendre qui nous sommes, ce à quoi nous sommes appelés en tant qu’être humain, ce que Dieu attend de nous, c’est à partir de Jésus-Christ que nous le pourrons.

Conclusion

Non seulement, dire que Dieu ne change pas ne signifie pas qu’il soit immobile (il est vivant, toujours en mouvement, constamment en relation !) mais c’est justement parce qu’il ne change pas que nous avons besoin de lui pour changer. Car nous avons besoin d’un point de référence solide et immuable, que nous trouvons en Dieu, révélé en Jésus-Christ. C’est dans une relation authentique avec le Dieu immuable, par la foi en Jésus-Christ, que nous serons petit à petit changés, transformés, pour laisser son image en nous être réparée, reformée.