Archives mensuelles : mars 2016

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Dieu accueille tout le monde !

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/dieu-accueille-tout-le-monde

Le message de Pâques annonce un monde nouveau. Radicalement nouveau. La résurrection du Christ est l’événement fondateur de ce monde nouveau. Avec lui, il y a l’émergence d’un nouveau peuple de Dieu, un peuple issu de tous les peuples et uni par la foi au Christ ressuscité.

Sauf que, dans la pratique, ça n’est pas aussi simple que ça…

Au début de l’histoire de l’Église, tous les chrétiens étaient Juifs ou prosélytes (des non-Juifs convertis au Judaïsme). Et beaucoup pensaient que c’était très bien comme ça. Et que ceux qui voulaient devenir chrétiens devaient aussi se faire circoncire (la marque de l’appartenance à la religion juive). C’était la première grande dispute théologique dans l’histoire de l’Église.

Mais le livre des Actes des apôtres relate un événement qui a tout changé : la conversion d’un païen, un officier romain du nom de Corneille. Ce n’était pas un prosélyte, même s’il était un sympathisant du judaïsme. Oh, ça n’a pas été facile ! Dieu a dû utiliser les grands moyens pour convaincre l’apôtre Pierre d’aller le visiter :
Il envoie un ange à Corneille pour lui dire de faire venir Pierre
Il envoie à Pierre une vision spectaculaire et l’avertit de la visite d’hommes qui le cherchent
Et en discutant avec Corneille, Pierre se rend compte que tout était préparé par Dieu et qu’il devait élargir sa vision de l’oeuvre de Dieu.

C’est ce qu’il dit dans le texte biblique que nous allons lire :

Actes 10.34-43
34Alors Pierre prend la parole et dit : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. 35Si quelqu’un le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu. C’est vrai dans tous les pays. 36Dieu a envoyé sa parole au peuple d’Israël : il lui a annoncé la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous. 37Tout a commencé après que Jean a lancé cet appel : “Faites-vous baptiser !” Vous savez ce qui est arrivé, d’abord en Galilée, puis dans toute la Judée. 38Vous savez comment Dieu a répandu la puissance de l’Esprit Saint sur Jésus de Nazareth. Jésus est passé partout en faisant le bien. Il guérissait tous ceux qui étaient prisonniers de l’esprit du mal, parce que Dieu était avec lui. 39Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. On l’a supprimé en le clouant sur une croix. 40Mais, le troisième jour, Dieu l’a réveillé de la mort et il lui a donné de se montrer 41non pas à tout le peuple, mais à nous. En effet, Dieu nous a choisis d’avance comme témoins. Quand Jésus s’est relevé de la mort, nous avons mangé et bu avec lui. 42Il nous a commandé d’annoncer la Bonne Nouvelle au peuple et de rendre ce témoignage : Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. 43Tous les prophètes ont parlé de lui en disant : “Toute personne qui croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.” »

Dieu accueille tout le monde !

« Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. » On pourrait traduire « Je comprends que Dieu n’est pas partial, qu’il ne fait pas de favoritisme ». Etymologiquement, le terme grec évoque le fait de recevoir quelqu’un en fonction du visage, des apparences.

Alors, évidemment, Dieu n’est pas comme ça ! On se demande presque comment Pierre ne l’avait pas compris avant !!! Comment un Dieu juste et bon pourrait-il être partial ? Dieu accueille tout le monde. Il n’est pas le videur qui se tient à l’entrée de la boîte de nuit de son Royaume et qui décide de laisser entrer ou pas, en fonction de leur apparence, ceux qui se présentent à la porte !

Dieu accueille tout le monde… Et pourtant, ce n’était pas évident pour Pierre d’aller chez Corneille. Il y avait des règles très strictes qui interdisaient aux Juifs d’entrer chez des païens et de sympathiser avec eux. Alors dire cela dans ces circonstances était vraiment porteur de sens…

Dieu accueille tout le monde. Il ne nous accueille pas en fonction de notre façon de nous habiller ou de notre photo de profil sur Facebook ! Il ne nous accueille même pas en fonction de notre appartenance religieuse, de notre façon de prier ou de lire la Bible.

Sur quelle base, alors ? Pierre le dit : « Si quelqu’un le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu. » Deux conditions : craindre Dieu et pratiquer la justice. En d’autres termes, avoir une vraie démarche de foi et une volonté de conformer sa vie en conséquence. C’est suffisamment large pour ne pas tomber dans le légalisme et le discours de morale. C’est suffisamment précis pour inviter à une démarche sincère et sérieuse. Et c’est vrai partout et tout le temps.

Il ne s’agit donc pas de dire que Dieu accueille n’importe qui et qu’il est toujours content, quoi qu’on fasse… Dieu accueille tout ceux qui vont à lui dans cet état d’esprit, dans cette démarche de foi. Qui que ce soit, quel qu’ait été son chemin de vie, quelle que soit sa situation personnelle. Voilà l’accueil que Dieu réserve à tous.

En réalité, c’est une autre façon de parler de la grâce de Dieu ! Dieu accueille favorablement tous ceux qui viennent à lui. Il ne met pas d’autre préalable à son accueil que la foi. Pas de rite ni de mérite.

Si Dieu accueille tout le monde, ce n’est pas parce que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! Il accueille tout le monde parce qu’il a fait le nécessaire pour permettre cet accueil sans condition. C’est l’oeuvre accomplie par Jésus-Christ. Lorsque Pierre évoque les grandes étapes de la vie de Jésus, jusqu’à sa mort et sa résurrection, il conclut en affirmant que « Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. ». Et là, ça fait peur ! Sauf qu’immédiatement après il dit : « Toute personne qui croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés. »

Voilà de quel genre de jugement il s’agit ! Un jugement selon la grâce, pour le pardon des péchés. Ca veut dire que qui que nous soyons et quoi que nous ayons fait, Dieu nous accueille gratuitement, il nous donne la possibilité d’un nouveau départ, parce que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous.

Et nous ?

Dieu accueille tout le monde. Et nous ? Qu’en est-il de son Église ? Accueille-t-elle vraiment tout le monde ? Et quand je dis accueillir, ce n’est pas seulement dire bonjour poliment, c’est chercher à connaître, aimer, aider. C’est vouloir intégrer dans la communauté.

Est-ce que nous accueillons tout le monde ? En théorie, oui, sans doute. Mais en pratique ? J’ai l’impression que ça n’est pas si évident que cela…

Ne se laisse-t-on pas parfois abuser par les apparences ? La première impression… La façon de s’habiller, de parler, de se comporter. On voit arriver un matin au culte quelqu’un qu’on n’a jamais vu et on se fait tout de suite une idée sur lui, sur une première impression. On lui met virtuellement une étiquette sur le front qu’il est ensuite très difficile d’enlever.

Et, au-delà du premier accueil, quand il s’agit d’approfondir la relation, d’envisager l’intégration dans la communauté, n’est-on pas parfois piégé par le modèle, plus ou moins conscient, de ce que devrait être le « bon chrétien » ou le bon « futur chrétien » ?

Dans nos Églises, on a beaucoup de mal à intégrer les profils atypiques, les cheminements qui sortent des sentiers battus. Et pourtant, il me semble qu’il y en a de plus en plus… On aimerait quand même toujours un peu qu’ils entrent dans le moule confortable du bon chrétien évangélique de base.

Vous savez – je caricature un peu – ce bon chrétien qui va au culte (presque) tous les dimanches, qui cite l’apôtre Paul dans ses prières, qui écoute de la louange dans sa voiture, sur laquelle il a collé un poisson autocollant, pour qui le film Jésus est le sommet du 7e art, qui aime le pécheur mais qui déteste le péché (enfin, des fois il mélange un peu les deux…).

Dieu accueille tout le monde… Et nous ?

De quel Dieu somme-nous les enfants ? Le Dieu de grâce révélé en Jésus-Christ ? Ou d’un autre Dieu, un Dieu sévère, exigeant, qui juge avant d’accueillir ?

Car l’enjeu pourrait bien être là. Le jugement. Car il me semble que le contraire de l’accueil, en particulier dans une Église, c’est le jugement. Comment accueillir vraiment celui qu’on juge ?

On a tous des problèmes à régler dans notre vie ! Les plus anciens membres de cette Église comme les nouveaux arrivés, les pasteurs autant que les autres. Alors on est tous mal placés pour juger les autres !!!

Nous sommes tous au bénéfice de la grâce de Dieu, de ce Dieu qui accueille tout le monde.

Conclusion

Si Dieu est parfait, les Églises ne le sont pas. C’est logique, elles sont humaines. Mais nous ne pouvons pas nous en satisfaire. L’apôtre Pierre a accepté de se faire bousculer dans le confort de ses certitudes par sa rencontre avec Corneille. Sa vision de Dieu et de son Royaume en a été bouleversée.

Si nous restons dans le confort de nos certitudes et de nos schémas préconçus, notre vision de Dieu et de son Royaume restera étriquée. Et l’explosion de vie de la résurrection de Jésus-Christ restera pour nous un pétard mouillé. Quel dommage !

Jésus-Christ est ressuscité ! Et par lui, le Dieu de grâce accueille tout le monde. La promesse est pour tous : « Toute personne qui croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés »

Paul : The Revenant

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/paul-the-revenant

Lecture biblique : Philippiens 3.8-14

Avez-vous vu The Revenant ? Inspiré d’un fait réel, le film raconte l’histoire d’un homme, laissé pour mort par ses compagnons suite à une grave blessure dans un combat contre un ours, qui se relève et affronte tous les dangers pour retrouver celui qui l’a trahi. Dans le film, c’est le souvenir de sa femme et son fils décédés, sa soif de vengeance, mais aussi et surtout l’amour pour eux, qui lui permettent de lutter. Il semblerait que dans la réalité, c’était surtout son fusil préféré qu’il voulait reprendre à celui qui le lui avait volé en l’abandonnant…

Dans le traitement cinématographique, l’itinéraire de Hugh Glass / Leonardo DiCaprio est celui d’une résurrection. Laissé pour mort et enterré, trahi par ses frères, il sort vivant de sa tombe !

L’apôtre Paul est un peu comme Hugh Glass. Certes, avec des motivations différentes, sans esprit de vengeance. Il a un seul but : connaître le Christ. Rien ne le détournera de ce but. Un seul mouvement le caractérise : « j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. »

Il n’a pas croisé sur sa route des trappeurs et des indiens mais de nombreux opposants à son ministère. Il est d’ailleurs en prison au moment où il écrit cette épître ! Et s’il compare ici la vie chrétienne à une course, il la comparera ailleurs à un combat.

Paul est un homme déterminé. Il a un objectif clair et précis. Il ne s’en laisse jamais détourner et il est prêt à avancer jusqu’au bout. Sa détermination nous interpelle…

Déterminé pour quoi ? Connaître le Christ !

Son objectif est très clair et le dit explicitement deux fois dans ce texte :
« Connaître le Christ Jésus mon Seigneur, voilà le plus important » (v.8)
« La seule chose que je veux, c’est connaître le Christ » (v.10).

Connaître le Christ… Ah bon ? Il ne le connaît pas déjà ? On connaît sa conversion sur le chemin de Damas, avec la vision du Christ qu’il a reçue. On connaît son ministère et ses écrits, déjà nombreux avant cette lettre aux Philippiens, et dans lesquelles le Christ a la place centrale, au cœur de sa théologie. Paul connaît le Christ… mais il veut en connaître plus !

Paul veut plus qu’une connaissance théologique, intellectuelle. Il veut une connaissance personnelle, intime : « Le Christ, mon Seigneur ». Il ne dit parle pas de connaître le Christ « le Seigneur », ou « le Fils de Dieu », même si tout cela serait parfaitement exact. Il veut connaître le Christ « son » Seigneur. Et on n’en a jamais fini avec une telle connaissance…

Est-ce qu’on a aussi toujours envie de connaître plus le Christ ? Ou est-ce qu’on se contente de ce qu’on a acquis, par le catéchisme, notre lecture passée de la Bible ou l’écoute des prédications le dimanche ?

Paul va plus loin encore : « La seule chose que je veux, c’est connaître le Christ, et connaître la puissance qui l’a fait se lever de la mort. » (v.10a)

On comprend qu’on est bien au-delà d’une connaissance dogmatique du Christ. Il veut connaître le Christ dans sa vie, il veut expérimenter sa vie, la puissance de sa résurrection. Il sait bien que cela implique aussi des souffrances et des épreuves. C’est ce qu’il faut comprendre quand il dit : « Ce que je veux, c’est souffrir avec lui et lui ressembler dans sa mort. » (v.10b)

Alors demandons-nous à la suite de l’apôtre : Comment connaissons-nous le Christ ? Comment expérimentons-nous la puissance de sa résurrection ? Sommes-nous déterminés, comme Paul, à progresser sans cesse dans cette connaissance intime et personnelle du Christ ? Sommes-nous déterminés à ne pas nous contenter d’une vie chrétienne médiocre, d’une vie église monotone ?

Sommes-nous déterminés à voir la puissance de résurrection du Christ agir dans nos vies et celles de ceux qui nous entourent ? Une puissance qui libère, qui transforme, qui restaure ?

Le Christ est vivant ou il ne l’est pas. Et s’il est vivant, alors comment cela se manifeste dans votre vie ?

Déterminé comment ? En allant toujours de l’avant !

L’apôtre Paul évoque sa détermination en des termes très forts : « Pour lui, j’ai tout abandonné. Pour gagner le Christ et pour être uni à lui, je considère toutes ces choses-là comme des ordures. » (v.9)

Le langage, imagé, est dur, radical. Et encore, nos traductions arrondissent un peu les angles. Le terme grec traduit par ordures n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament. Mais on le trouve dans d’autres textes de l’Antiquité pour désigner les excréments, avec souvent une connotation de révulsion. L’affirmation de Paul a un caractère choquant, il veut secouer ses lecteurs. Et il serait presque légitime de le traduire ainsi : « je considère toutes ces choses-là comme de la merde ! »

Les choses dont il parle ici, ce sont sans doute d’abord les connaissances qu’il a acquise avant de connaître le Christ, en tant que enseignant de la Loi, disciple du célèbre Gamaliel. Bien-sûr, toute cette connaissance acquise ne lui a pas été inutile. Il s’en est même servi dans son argumentation théologique. Mais pour Paul, sans la connaissance du Christ, toutes ces connaissances ne servent à rien.

Ici se manifeste sa détermination. Une seule chose compte : connaître le Christ. Tout le reste, tout ce qui pourrait le détourner de cet unique objectif, tout ce qui pourrait l’égarer, le distraire, il le rejette. Il en a presque du dégoût. Bien-sûr, il force le trait. Il provoque. Et nous interpelle… Quelle place la recherche du Christ, sa connaissance personnelle et intime, occupe-t-elle dans notre vie, nos préoccupations, nos projets ?

Du coup, on pourrait dire à Paul : « OK, tu as tout compris ! » Et penser qu’il est limite suffisant, voire orgueilleux et qu’il nous nargue un peu.

En fait, pas du tout. Et il rectifie lui-même cette impression possible : « Je ne veux pas dire que j’ai déjà atteint le but, ou que je suis déjà parfait ! Mais je continue à courir pour saisir le prix, parce que le Christ Jésus m’a déjà saisi. » (v.12)

Et là, on a deux éléments intéressant dans cette phrase. On pourrait les reformuler ainsi :

1° Je sais très bien que j’ai encore du chemin à faire… et c’est pour ça d’ailleurs que je continue !

2° Je sais très bien que ma détermination seule ne suffit pas. En fait, ce qui me fait avancer, c’est le Christ qui m’a déjà saisi. C’est lui qui me fait avancer. Je n’ai aucun mérite.

Paul ne se fait aucune illusion sur lui-même, il reste humble. Sa force, son moteur, c’est la grâce du Christ. C’est lui qui l’a saisi ! Et la profonde compréhension de cela ne fait que renforcer sa détermination.

« Mais j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. »

Je trouve qu’il y a dans cette phrase un optimisme extraordinaire. C’est comme si Paul nous disait que ce qui est devant nous est plus important que ce qui est derrière nous. Parce que devant nous, il y a le Christ vivant qui nous appelle.

Et c’est tellement important dans notre vie chrétienne. Notre espérance nous pousse en avant. Nous n’avons pas à être prisonniers de notre passé, de nos erreurs, de nos blessures. C’est aussi tellement important en Église. Nous pouvons laisser nos différends, nos désaccords, pour avancer ensemble vers le but. Pour saisir le prix. « Dieu nous appelle d’en haut à le recevoir par le Christ Jésus. »

Conclusion

Paul : The Revenant ! Un homme qui avait mille raisons de tout laisser tomber et de se décourager mais qui est toujours debout, animé d’une détermination sans faille. Son moteur à lui, ce n’est pas la vengeance (alors même qu’il ne manquait pas d’ennemis…). Son moteur, c’est l’amour du Christ. Parce que finalement, c’est bien cela qu’il faut comprendre quand Paul parle de connaître le Christ. C’est l’aimer. Mieux le connaître pour mieux l’aimer et le servir. Si sa détermination est sans faille, c’est parce qu’il a été saisi par l’amour du Christ. Et qu’il vit, au quotidien de cet amour.

Qu’en est-il pour nous ? Qu’en est-il de notre détermination à connaître le Christ et à l’aimer ? Qu’en est-il de la puissance de sa résurrection dans notre vie ?

La souffrance: au coeur de la mission du Christ

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Lecture biblique : Esaïe 52.13-52.12

Un enfant naît. Une étoile paraît. Adulte, il se met à parcourir son pays. On dit qu’il fait des miracles, qu’il est plein de sagesse, on dit qu’il parle à tous – il est mis à mort, condamné par les responsables religieux, condamné par les autorités politiques. Quelques jours plus tard, ses proches disent qu’ils l’ont vu, vivant à nouveau.  Cet homme, c’est Jésus : comment le comprendre, comprendre sa vie, son œuvre ? Jésus lui-même a souvent été énigmatique pour se décrire, et ses proches ont souvent été perdus, que ce soit sa famille ou ses disciples.

Un élément nous aide en particulier : Juif, Jésus fait référence aux textes sacrés de son peuple, aux prophéties anciennes, pour donner un éclairage sur sa vie et sa mission. Parmi ces textes, il y a les poèmes sur le Serviteur, écrits par le prophète Esaïe, 700 ans av. J.C. Ils annoncent la venue d’un homme, envoyé de Dieu, choisi par Dieu, pour établir la justice et la paix dans le monde – c’est ce que nous avons vu la semaine dernière. Aujourd’hui nous en lirons un autre, quelques chapitres plus loin, qui décrit comment ce Serviteur de Dieu va agir, comment il va établir la justice et la paix.

Ce qui frappe à première lecture, c’est la place de la souffrance – au point que ce poème est souvent désigné comme celui du « Serviteur souffrant ».

1)   Une souffrance totale

Quelle souffrance dans ce texte ! Esaïe la décrit en utilisant différentes images : le Serviteur est frappé, écrasé, blessé ; il est jugé, accusé, condamné ; il est malade, défiguré, agonisant ; il est seul, abandonné, méprisé ; il est même puni par Dieu. Que lui restera-t-il ? Il est privé de relations, privé de santé, privé de respect et de sécurité. Personne ne prend sa défense, personne n’a même compassion de lui – au contraire, il souffre dans le mépris et l’indifférence.

Au bout du compte, c’est vers la mort qu’il avance, une mort où là encore l’infamie est au rendez-vous : il est enterré avec les gens mauvais, avec les riches. Ici comme souvent dans la prophétie biblique, le « riche » ce n’est pas celui que Dieu a béni dans ses récoltes ou ses affaires, mais celui qui s’enrichit injustement, le corrompu, le requin prêt à tout pour l’argent et le pouvoir, qui écrase les autres et transgresse les lois.

La situation est d’autant plus terrible qu’elle est parfaitement injuste. Cet homme est rejeté, sans être coupable de quoi que ce soit : il n’a jamais rien fait de mal ni trompé personne (qui de nous pourrait l’affirmer ?). Il est pur comme un agneau, blanc comme neige – il ne proteste même pas devant ce qui lui arrive. A la violence, il répond par la paix.

Quand on lit le récit de la vie de Jésus, cette dimension de la souffrance à la fois physique, morale, relationnelle, spirituelle est très forte. Jésus, dès le début de ses enseignements, est rejeté par les autorités, incompris – même par les foules qui accourent à lui, même par ses plus proches. Ce qu’on appelle la Passion du Christ, c’est-à-dire sa souffrance des derniers jours conduisant à sa mort, montre bien la solitude grandissante, la cruauté des soldats, la haine des foules versatiles – et l’injustice : les juges se refilent le cas, sans avoir de preuve formelle pour le condamner à mort (mais ils finissent par en trouver une). Jésus lui, refuse de se débattre (il guérit même l’oreille du soldat qui l’arrête), il ne se défend pas, il garde le silence devant le gouverneur romain Pilate – comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, comme une brebis silencieuse.

2)    Sacrifié pour nous

S’il est innocent, pourquoi souffre-t-il autant ? Il n’y a pas de fumée sans feu : pourquoi s’acharner sur cet homme sans raison ? Parce qu’il paye – certes, pas pour ses fautes, mais il paye. Il subit la punition que mérite son peuple – il se substitue à eux pour prendre leur châtiment : le texte est on ne peut plus clair ! « Ce sont nos maladies qu’il portait » (v.4), « il a été blessé à cause de nos fautes, il était écrasé à cause de nos péchés, la punition qui nous donne la paix est tombée sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris » (v.5). Le Serviteur n’est pas seulement solidaire de la souffrance de son peuple – il prend sur lui la punition douloureuse que mérite le peuple !

Deux images s’opposent ici : le troupeau de moutons perdus qu’est devenu Israël, et l’agneau allant à l’abattoir. Les moutons sont perdus, non parce que Dieu leur berger les aurait abandonnés dans un endroit inconnu au milieu de la nuit, non, ils sont perdus parce qu’ils se sont perdus, ils ont refusé d’écouter la voix du berger, choisi d’autres chemins, des routes de perdition sur lesquelles ils se sont entêtés. Rebelle, orgueilleux, sourd et aveugle, fermé au bien et prompts à l’injustice – voilà ce qu’était devenu le peuple que Dieu avait appelé, sorti de l’esclavage, installé dans un joli pays, aimé et béni. Ce peuple est une parfaite image de la noirceur de notre cœur à tous, de l’indécrottable corruption de l’humanité, car même dans les meilleures conditions, avec privilèges et avantages extraordinaires, même là, l’homme est rebelle à Dieu, obstiné dans ce chemin de perdition emprunté à l’aube de l’humanité.

Oui, le Serviteur paye les fautes de son peuple. Et même des autres – les nations, les nombreux, les rois étrangers sont rendus justes parce que leur culpabilité est assumée par le Messie. Comment un homme pourrait-il expier les fautes de tous ? Parce qu’il nous représente : comme le premier homme a péché et entraîné l’humanité entière dans le mal, de même cet homme innocent et juste peut entraîner dans la justice ceux qui s’attachent à lui par la foi.

Petite remarque : injuste, accablante, totale, la souffrance du Serviteur n’en est pas moins choisie. Il accepte librement de mourir, il n’essaie pas de s’échapper ou de se défendre : c’est son rôle, le cœur de sa mission, c’est le moyen par lequel il apporte la délivrance que Dieu promet à l’homme esclave du mal.

Il prend sur lui volontairement ce que nous méritons – le jugement de Dieu sur nos fautes, qui sont loin d’être aussi mignonnes qu’on se plaît à le penser, mais qui nous pourrissent – pour nous offrir ce que nous ne méritons pas, comme l’a dit Didier la semaine dernière : la guérison de notre cœur, la chance d’une vie nouvelle, la paix avec Dieu. Il se charge de ce qui empêche le Dieu juste et aimant de nous aimer : notre noirceur. Une fois justice faite, Dieu peut donner libre cours à son amour pour nous. En choisissant de mourir à notre place la mort que nous méritons, il permet à Dieu d’exercer la justice tout en justifiant, en pardonnant les coupables que nous sommes – le mal est si terrible qu’il ne peut pas rester en suspens, mais il doit être expié, couvert, effacé.

Sans la souffrance du Christ, pas de salut… Ce n’est pas son message ou ses miracles, sa sagesse ou son exemple qui nous sauvent en nous inspirant : c’est le don qu’il fait de lui-même pour subir la colère de Dieu et nous permettre une vie nouvelle. C’est par sa mort que nous recevons la vie.

3)    Le chemin étroit du salut        

Ce texte ne brille pas par sa légèreté ou son triomphalisme ! Et pourtant. On y trouve des indices de victoire : le serviteur réussira, il verra la lumière, il sera rempli de bonheur, haut placé, exalté, il partagera ses richesses avec ceux qui l’ont rejoint. Le mal n’a pas le dernier mot. Au bout du chemin de la vallée de l’ombre de la mort, au bout du tunnel, il sort victorieux. La prophétie n’en dit pas plus, mais ce qu’elle évoque de loin, c’est la résurrection du Christ. Mort sur la Croix, Jésus le serviteur a été accepté par Dieu comme un sacrifice valable et suffisant, assez juste pour compenser toutes nos fautes, toutes ! passées, présentes, futures ! toutes ! Son retour à la vie, son élévation au ciel, son retour auprès de Dieu, le partage de ses richesses avec ceux qui croient, aujourd’hui par l’Esprit demain physiquement, marquent le triomphe de l’amour, de la justice et de la puissance de Dieu.

Avant de conclure, juste un mot : celui qu’on considérait comme un loser, un nul, est en fait le puissant qui sauve de la mort. Toutefois, Dieu n’a pas choisi, pour effacer le mal, le chemin du triomphalisme – il aurait pu faire un 2e Big Bang ! Loin de là, choisissant lui-même, en la personne divine du Fils, de devenir homme, de passer par nos tunnels et nos chemins, il a donné la paix sans commettre de violence – il l’a même subie à notre place. Parfois, dans nos milieux, on voit la résurrection, la victoire, la gloire, et on oublie l’étroitesse du chemin que le Christ a suivi : sa souffrance, son humiliation, sa patience. Lui qui aurait pu nous mettre au pas s’est fait serviteur, il s’est abaissé pour nous pousser vers le haut. Nous ne sommes pas appelés à nous sacrifier pour sauver les autres – c’est fait ! En Christ ! Cela dit, en donnant le salut dans l’humilité et l’amour, le Christ donne un exemple de ce qu’est la mentalité de Dieu, de la manière dont il fonctionne et vit – si nous voulons vivre avec lui, c’est dans l’humilité et l’amour, comme le Christ.