Appelés à l’intégrité, coûte que coûte

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Comment testez-vous les compétences de quelqu’un, un étudiant, un cuisinier, une musicienne, une scientifique, un mécanicien ? Il me semble qu’il faut au moins deux éléments : mettre au défi et observer. Mettre au défi en donnant des exercices, une étude de cas, un projet, une période d’essai. Si c’est trop facile, vous ne pourrez pas mesurer l’étendue des compétences. Et bien sûr, il faut en être témoin, l’observer, pour pouvoir l’évaluer. Si l’étudiant fait son devoir maison, mais que le prof ne corrige pas, c’est utile mais incomplet !

Pierre a commencé sa lettre aux chrétiens dispersés d’Asie mineure en rappelant tout ce qu’ils ont reçu en Christ – c’est si énorme qu’on peut carrément dire que c’est une nouvelle vie. Et cette vie nouvelle s’exerce, se prouve, dans les défis de la vie quotidienne, et aux yeux de tous. L’analogie avec les examens s’arrête là ! La vie chrétienne n’est pas seulement un cheminement intérieur, spirituel, fait de convictions : elle se met en pratique publiquement dans notre vie de tous les jours. Pour parler de cette mise en pratique, Pierre évoque trois situations difficiles : la vie dans une société dont le gouvernement n’est pas toujours irréprochable, la souffrance au travail, et la solitude dans le couple.

Vincent a prêché la semaine dernière sur l’appel à être des citoyens exemplaires, et je vous invite à lire la suite.

Lecture biblique : 1 Pierre 2.18-25

17 Honorez tous les hommes, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi.

18 Serviteurs, soyez soumis avec une profonde crainte à vos maîtres, non seulement aux bons et aux doux, mais aussi aux acariâtres. 19 Car c’est une grâce de supporter, par respect pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement. 20 Quelle gloire y a-t-il, en effet, à supporter les coups si vous avez commis une faute ? Mais si, après avoir fait le bien, vous souffrez avec patience, c’est là une grâce aux yeux de Dieu.           

21 Or c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces :

22 Lui qui n’a pas commis de péché et dans la bouche duquel il ne s’est pas trouvé de tromperie ; 23 lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, dans sa souffrance, ne menaçait pas, mais s’en remettait au juste Juge ; 24 lui qui, dans son propre corps, a porté nos péchés sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice ; lui dont les meurtrissures vous ont guéris. 25 Car vous étiez égarés comme des brebis, mais maintenant vous vous êtes tournés vers le berger et le gardien de vos âmes.

1/ le contexte de l’esclavage

Esclaves, soyez soumis! Même lorsque votre maître est injuste et cruel.

C’est difficile à entendre, les mots sont forts, choquants, et paraissent loin de notre vision de l’Evangile. Le texte était déjà choquant à l’époque de Pierre, mais pas pour les mêmes raisons…

Pierre n’emploie directement le mot “esclave”, mais serviteur. Mais les serviteurs étaient en général des esclaves. Quelques mots sur l’esclavage qui évoque pour nous différentes réalités, marquées par l’injustice, l’hypocrisie, et la violence, à différentes périodes de l’Histoire.

Dans l’Antiquité, le modèle “patron-salarié” existe assez peu : la plupart des “employés” sont des esclaves. Sont esclaves les ouvriers dans les mines, les gens de maison, les fonctionnaires, les employés de PME… On compte, selon les époques, et selon les chercheurs, entre 25 et 90% d’esclaves dans la société. C’est le modèle du travail, avec des conditions de vie et de travail très variables : entre un premier ministre sous l’ordre du roi ou de l’empereur qui vit confortablement au palais, et un ouvrier du bâtiment qui travaille sans sécurité, logé dans un baraquement de fortune, soumis aux coups d’un contremaître indifférent, il y a tout un monde, qui reflète la diversité des conditions de travail qu’on pourrait retrouver aujourd’hui.

Il y a cependant une spécificité à l’esclavage: l’esclave ne s’appartient pas, il appartient à son maître. Il fait partie de ses propriétés, voire de ses outils, et il est entièrement soumis à son autorité : le maître a quasiment tout pouvoir sur lui.

On peut comparer l’esclavage à la caste des Intouchables en Inde, cette caste en-dessous de tout, qui n’a aucun statut dans la société. En Inde, beaucoup de chrétiens viennent de la caste des intouchables : ces “moins-que-rien” découvrent avec émerveillement que Jésus les aime et les élève au rang d’enfants de Dieu. De la même façon, dans l’Antiquité, beaucoup d’esclaves se tournent vers le Christ et composent une grosse partie des églises.

Pour nous qui vivons avec les Droits de l’Homme, dans une société d’émancipation qui recherche la liberté et qui affirme l’égalité de tous, le message de Pierre paraît d’un conformisme décevant. Il faut bien se dire que ce n’est pas le même monde : là où nous avons certains recours quand la situation dégénère, en particulier au travail, à l’époque il n’y a ni police, ni syndicat, ni prud’hommes… Un esclave qui se rebelle ou qui est rattrapé après s’être enfui a de fortes chances d’être frappé, mutilé, voire tué en réponse.

Pierre ne s’exprimerait pas tout à fait de la même façon aujourd’hui. Quoique ! Même si les conditions de travail se sont nettement améliorées, et qu’un employé en théorie peut toujours démissionner, il y a bien des situations d’injustice dans lesquelles on peut se sentir coincé: quand l’adversaire est trop important, quand le système dysfonctionne, quand il y a de la corruption, etc.

En s’adressant aux esclaves, Pierre ne se prononce pas sur ce que devrait être la situation : il ne cautionne pas l’esclavage en tant que tel ! Son exhortation ne nous empêche de lutter pour plus de justice en milieu professionnel. Mais en attendant l’évolution de la société, que fait-on demain matin ? A quoi est appelé le chrétien dans une situation injuste, difficile, qui ne se résoudra peut-être jamais ou en tout cas pas tout de suite?

2/ un appel à la soumission?

L’appel de Pierre est a priori simple à comprendre : esclaves, soyez soumis à votre maître, pas seulement quand c’est facile, mais aussi quand c’est difficile.

Qu’implique cette soumission ? Là aussi c’est connoté ! Il faut regarder ce que dit le texte: ici, se soumettre à son maître, quoi qu’il arrive, c’est supporter des punitions injustes, contrairement au fait d’être puni parce qu’on a mal agi. Être puni parce qu’on a volé ou menti, c’est normal, ce n’est pas de la persécution! Mais il arrive qu’on soit puni alors qu’on a bien agi: soit parce que le chef montre de la méchanceté gratuite, soit parce qu’on a refusé de se compromettre et de mal agir malgré les ordres. La sanction tombe, alors qu’on n’a rien à se reprocher.

Pierre n’exhorte pas à rechercher la souffrance! Mais à rester intègre, quoi qu’il arrive, quel que soit l’interlocuteur ou l’adversaire.

Pierre passe du temps sur cette situation de l’esclave maltraité: déjà parce que c’est le lot de beaucoup de chrétiens à son époque, mais aussi parce qu’il y voit un parallèle particulier avec la figure du Christ. Pierre s’inspire de cette vieille prophétie d’Esaïe 53, qui compare le Messie à un serviteur souffrant, à un homme injustement maltraité, à une brebis muette sur le chemin de l’abattoir… Christ, bien qu’innocent et juste, nous a obtenu en subissant sur la croix les sanctions que nous méritions. Il s’est humilié, soumis, mis en-dessous de tout, pour nous relever. Mais la croix, ce n’est pas seulement la porte qui s’ouvre sur notre salut, un point de passage qu’on peut laisser derrière soi : c’est un style de vie. Pierre insiste: Jésus a souffert pour vous, pour vous obtenir le pardon ET pour vous donner un modèle.

Alors, on n’est pas Jésus, le Sauveur de l’humanité, et on n’est pas appelés à mourir sur la croix pour sauver les autres: un seul pouvait le faire, et sa mort a suffi. Par contre, le fait que Jésus soit toujours resté innocent, intègre, irréprochable, exemplaire, dans tout ce qu’il a fait, quel que soit son adversaire, ça nous sommes appelés à l’imiter, quitte à en souffrir. A la croix, nous sommes acquittés de nos injustices, pour vivre dans la justice de Dieu.

Cette intégrité mise à l’épreuve, dit Pierre, est une grâce, un honneur, et même une vocation, parce qu’elle nous permet de prouver qu’on ressemble au Christ, comme les défis, les exercices, dont je parlais au début. Une épreuve, dans les deux sens du terme, qui révèle la nature de notre vie nouvelle. Prenez l’exemple du mouvement non-violent conduit par MLK: c’est facile d’être non-violent avec un mari qui vous aime, un enseignant respectueux, un supérieur plein d’humilité. Mais là où la non-violence a une chance de se révéler, et de marquer les esprits, c’est lorsqu’elle s’oppose à la violence et à l’injustice. Aimer ceux qui nous aiment et qui nous font du bien, c’est facile, disait Jésus, mais aimer ceux qui nous font mal, c’est là que réside l’originalité de la vie nouvelle marquée par l’amour de Dieu. Un amour d’un autre monde, qui s’est démontré pour nous alors que nous étions ses ennemis, un amour qui s’éprouve avec ceux qui nous font du mal.

Ca ne veut pas forcément dire qu’on accepte tout et qu’on ne met aucune limite, qu’on glorifie la souffrance ou qu’on aime la douleur. L’exemple du Christ nous appelle plutôt à une vie juste, quoi qu’il en coûte.

C’est refuser de répondre à la violence par la violence, à l’injustice par le sabotage ou la vengeance, c’est s’abstenir des magouilles, des calomnies, des tactiques d’intimidation, des insultes, c’est respecter les règles du jeu même quand l’autre ne le fait pas. Imiter le Christ, c’est faire de son mieux, toujours, même avec le pire.

3/ Responsables de notre chemin

Le maître apparemment y gagne. Les carcans de la société semblent se renforcer. Et soi-même, on passe pour quoi? Refuser d’utiliser les armes à notre disposition, même si elles sont injustes, c’est passer pour un faible, un lâche, “trop bon trop… bête”. Socialement, on est perdant, incompris, en plus de toutes les difficultés inhérentes à la situation.

L’exhortation de Pierre apporte un autre regard, le regard de Dieu. Déjà, il s’adresse directement aux esclaves: en dehors du NT, aucun écrit ne fait ça. On ne parle pas à des outils, sauf pour leur donner des ordres! Mais Pierre, au nom de Jésus, interpelle ces esclaves, et plus largement ceux qui se sentent écrasés, impuissants, humiliés, incompris, coincés, en leur disant qu’ils ont le choix. Oui, ils ont le choix, dans cette impasse. Pas forcément le pouvoir de changer les choses, mais le choix de supporter l’injustice d’une manière intègre et droite. Le choix de courber le dos, non parce qu’ils sont faibles, mais parce qu’ils suivent l’exemple du Christ, le Juste, et prennent leur croix. Oui, ils ont le choix de résister au mal et de ne pas se laisser embarquer à leur tour dans l’injustice. La crainte dont parle Pierre, c’est la crainte de Dieu, la foi, le désir de servir le Maître, le juste Maître qui s’est donné pour les racheter et les appeler à la liberté.

Ce ne sont pas des moins-que-rien, ce sont des imitateurs du Christ, le Fils de Dieu lui-même, qui a enduré l’injustice par amour pour nous, pour nous rendre justes aux yeux de Dieu. Le suivre, prendre sa croix, imiter Jésus, c’est faire de son mieux, toujours faire de son mieux et choisir la justice.

Alors c’est extrêmement difficile, quasiment infaisable à vue humaine, et c’est seulement en se rapprochant du Christ, en s’imprégnant de son style, en lui demandant l’aide de son Esprit, que nous avons une chance de grandir dans cette intégrité. Et Pierre ajoute une remarque, qui fait écho au début de notre culte: le Christ s’est confié au juste Juge. Même dans le pire des cas, face à la pire des incompréhensions, Dieu voit, et il mesure, et il prend en compte ce que nous faisons. Lui, il rendra justice, en son temps. C’est en gardant les yeux fixés sur cet horizon de justice, cet héritage impérissable dont Pierre parlait au début, que nous pouvons traverser les vallées sombres: la lumière de la justice de Dieu ne tardera pas à se manifester – conduisons-nous donc, comme dit Paul, quoi qu’il arrive, en enfants de lumière, en personnes lumineuses et justes, pour la gloire de Dieu.

Immigrés sur terre et citoyens exemplaires

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1 Pierre 2.11-17
11 Je vous y encourage, très chers amis, vous qui êtes des immigrés, des gens de passage sur cette terre : tenez-vous à l’écart des penchants mauvais qui font la guerre à votre être. 12 Ayez une bonne conduite parmi les païens ; ainsi, même s’ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, ils seront obligés de reconnaître le bien que vous faites et de remercier Dieu le jour où il viendra.
13 Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité humaine : à l’empereur, qui a le pouvoir suprême, 14 et aux gouverneurs, envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour louer ceux qui font le bien. 15 En effet, ce que Dieu veut, c’est qu’en pratiquant le bien, vous réduisiez au silence les gens ignorants et stupides. 16 Conduisez-vous comme des personnes libres ; cependant, n’utilisez pas votre liberté comme un voile pour couvrir la malveillance, agissez plutôt comme des personnes qui sont au service de Dieu. 17 Respectez tous les êtres humains, aimez vos frères et vos sœurs en la foi, reconnaissez l’autorité de Dieu, respectez donc aussi l’empereur.

Après avoir parlé du miracle de l’Eglise, et après avoir encouragé les croyants à s’émerveiller de faire partie de ce miracle de Dieu, Pierre évoque maintenant la condition des croyants dans le monde, leur attitude à avoir dans la société. Et il ne cache que ce n’est pas évident…

Selon Pierre, nous sommes appelés à être à la fois des gens de passage, des immigrés sur cette terre, et des citoyens exemplaires.Et on peut comprendre qu’il n’est pas facile de concilier les deux. Pourtant, c’est bien dans la tension entre les deux que se trouve l’équilibre à rechercher. Regardons donc ce que les deux termes de la tension impliquent…

 

Des immigrés sur terre

“Vous qui êtes des immigrés” ! Les deux termes grecs utilisés au verset 11 désignaient les résidents étrangers dans un pays. Il est donc tout à fait légitime de traduire ici par ’immigré. On parle beaucoup d’immigrés et d’immigration aujourd’hui, certains voulant y voir la cause de tous les maux de notre société, désignant les immigrés comme les boucs émissaires d’aujourd’hui. Et malheureusement, ça ne risque pas de s’arranger avec l’approche de l’élection présidentielle l’année prochaine…

Eh bien c’est ce que nous sommes, nous croyants ! Nous sommes des immigrés sur cette terre.

L’idée derrière cette expression, ici comme dans d’autres passages du Nouveau Testament, c’est de dire que, en tant que croyants, notre patrie spirituelle, c’est le Royaume de Dieu. Et ça fait de nous, d’une certaine façon, des étrangers sur cette terre. Nous sommes citoyen des cieux et immigrés sur terre. C’est aussi ce que Jésus disait à ses disciples lorsqu’il affirmait qu’ils étaient dans le monde sans être du monde…

Or la situation d’un immigré n’est pas confortable. Quand vous êtes immigré dans un pays, quand vous venez d’une autre culture, que vous avez une autre couleur de peau, que vous parlez une autre langue… c’est beaucoup plus difficile de se faire sa place dans la société. Vous devez non seulement apprendre une nouvelle culture, une nouvelle langue, etc. mais vous devez aussi faire face à la méfiance, la suspicion, la discrimination, voire le racisme. Et vous devez alors en faire plus que les autres pour y arriver… C’est une réalité !

Quand on se place d’un point de vue spirituel, tous les croyants sont des immigrés sur cette terre. Nous ressentons bien un décalage culturel et spirituel, et nous avons parfois le sentiment d’être comme des étrangers. Nous nous exposons à l’incompréhension, la suspicion voire le rejet de ceux qui se méfient de nous ou ne nous comprennent pas. Et ce n’est pas nouveau… voyez ce que Pierre dit à ses lecteurs, en parlant de calomnies qui cherchent à nuire.

Soit dit en passant, ça veut sans doute dire aussi que lorsque vous êtes “immigrés deux fois”, en tant qu’étranger et en tant que croyant, c’est encore plus difficile… C’est pourquoi je me dis que nous avons beaucoup à apprendre de nos frères et soeurs chrétiens issus d’autres cultures et qui sont immigrés ici, en France…

En tout cas, si nous voulons, en tant que croyant, trouver notre place dans la société, il faut peut-être aussi faire plus d’effort que les autres. C’est un peu ce que Pierre dit au verset 12 : “Ayez une bonne conduite parmi les païens ; ainsi, même s’ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, ils seront obligés de reconnaître le bien que vous faites et de remercier Dieu le jour où il viendra.” En d’autres termes, si on vous calomnie, si on vous dénigre et vous accuse injustement… continuez d’avoir une conduite irréprochable.

Et il faut peut-être en faire plus que les autres… C’est pourquoi certains refusent de le faire ou se découragent. Et on tombe dans le communautarisme et le séparatisme spirituel. On reste entre croyants, on se coupe du monde, on ne s’implique plus dans la société.

Et c’est un problème parce que, certes, nous sommes immigrés sur cette terre, mais nous sommes aussi appelés à être des citoyens exemplaires.

 

Des citoyens exemplaires

Quelles exhortations Pierre adresse-t-il à ses lecteurs ?

  • Veiller sur soi-même : “tenez-vous à l’écart des penchants mauvais qui font la guerre à votre être.” (v.11)
  • Veiller à sa conduite devant les autres : “Ayez une bonne conduite parmi les païens ; ainsi, même s’ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, ils seront obligés de reconnaître le bien que vous faites” (v.12)
  • Respecter les autorités en place : “Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité humaine” (v.13)

Veiller sur soi-même

Je trouve intéressant que Pierre commence par cette exhortation. Si vous voulez avoir une conduite irréprochable, commencez par veiller sur vous-mêmes. Il y a déjà une lutte intime et personnelle à mener, celle de ces “penchants mauvais” qui nous font la guerre. Les versions traditionnelles traduisent plus littéralement par “les désirs de la chair”.

Dans le langage théologique du Nouveau Testament, la chair est ce qui, en nous, est opposé à Dieu. La Bible parle aussi de ce qui est corrompu par le péché. En fait, c’est la part d’ombre que nous avons tous au fond de nous, ce sont les aspirations mauvaises, les envies néfastes, les désirs parfois destructeurs contre lesquels nous avons à lutter. Ils sont différents pour chacun de nous, mais ils sont bien présents d’une manière ou d’une autre. Nous savons que nous avons tous nos luttes intimes. Veiller sur soi-même, c’est mener ce combat, avec l’aide du Saint-Esprit qui agit en nous, pour nous restaurer.

Veiller à sa conduite devant les autres

Mais il y a aussi une autre lutte à mener, celle de notre conduite devant les autres, sur laquelle aussi nous devons veiller. Les païens dont Pierre parle, ce sont les non-croyants. Il s’agit d’avoir un comportement irréprochable devant eux. Ceci dit, Pierre avertit ses lecteurs : ça n’empêchera pas les critiques et les calomnies… Il ne faut pas se faire d’illusion. Mais il faut persévérer.

Pour le dire de façon un peu triviale, la meilleure façon de clouer le bec à nos détracteurs, c’est d’avoir une conduite irréprochable. Pierre n’invite pas à se rebeller, à se défendre, à contredire les calomnies mais à continuer de faire le bien, à persévérer dans une bonne conduite.

En tant que croyant, notre objectif n’est pas de défendre notre réputation ou notre honneur mais de glorifier le Seigneur par notre comportement.

Respecter les autorités en place

Enfin s’il s’agissait de veiller à notre conduite dans nos relations sociales, il s’agit aussi pour le croyant d’être un citoyen irréprochable, d’être soumis, de respecter les autorités humaines. Pierre les nomme explicitement : dans le contexte de ses destinataires, il s’agissait de l’empereur et des gouverneurs. Il s’agit donc, en l’occurrence, d’un régime autoritaire et imposé par la force, avec des valeurs assez éloignées des valeurs bibliques, y compris avec un statut quasi divin accordé à l’empereur.

Ça ne veut pas dire qu’un croyant doit toujours dire oui et amen, sans réfléchir, à tout ce que décident ses responsables politiques. On voit dans le livre des Actes que les apôtres refusent d’obéir aux autorités juives qui leur demandent d’arrêter d’enseigner au nom de Jésus. Dans certains cas, il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Mais il s’agit bien de respecter les personnes en charge de l’autorité, de se soumettre aux règles politiques et sociales de la société dans laquelle on vit… en un mot : être un citoyen irréprochable. Cela implique, plus largement, de prendre notre part, de manière constructive, pour le bien commun. Ou comme le disait le prophète Jérémie aux exilés à Babylone : “Cherchez à rendre prospère la ville où le Seigneur vous a fait exiler, et priez-le pour elle, car votre prospérité dépend de la sienne.” (Jérémie 29.7)

 

Conclusion

Il s’agit donc pour nous d’assumer la condition inconfortable d’immigré tout en cherchant à être des citoyens irréprochables, d’être conscients du décalage qui existe mais de jouer pleinement le jeu de la recherche du bien commun. Voilà le défi auquel nous devons faire face en tant que croyant.

Est-ce plus difficile aujourd’hui qu’hier ? Je ne sais pas… Ça a toujours été difficile. Ça l’était déjà au temps de l’apôtre Pierre ! Mais c’est un impératif auquel on ne peut pas couper. Car si nous ne vivons pas cette tension comme nécessaire, comment allons-nous pouvoir être témoin de notre espérance auprès de nos contemporains ?