Combien j’aime ta loi !

C’est l’histoire d’un homme… Un homme en grande difficulté. Peu à peu, il a tout perdu : son travail, sa position sociale, même ses amis les plus proches l’ont trahi. Sa vie a basculé et il se retrouve sans rien. La tentation est grande de tout envoyer balader, de tout lâcher, de faire comme les autres. Mais cet homme est un croyant juif d’il y a presque 3000 ans, et au milieu de l’épreuve, il se tourne vers Dieu. On dit que la difficulté révèle le vrai caractère des gens – qui nous sommes quand nous n’avons plus rien à perdre. Mais dans la difficulté, notre foi aussi se retrouve à nu. Dans la détresse, n’allons-nous pas à l’essentiel ?

Dans le livre des psaumes nous trouvons la prière de cet homme en détresse. Une prière qui se recentre sur l’essentiel au milieu des tensions et des tentations. Cette prière c’est le Ps 119, et j’en lirai un extrait.

Psaume 119.97-104

97 Ah, combien j’aime ta loi ! Elle occupe mes pensées tous les jours.

98 Ton commandement est mon bien pour toujours, il me rend plus sage que mes ennemis.

99 Plus que mes maîtres, j’ai de l’instruction, car je réfléchis longuement à tes ordres

100 Plus que les vieillards, j’ai du discernement car je prends au sérieux tes exigences.

101 J’ai refusé de suivre le chemin du mal, afin d’appliquer ce que tu as dit.

102 J’ai suivi fidèlement tes décisions, puisque c’est toi qui me les as enseignées.

103 Quand je savoure tes instructions, je leur trouve un goût plus doux que le miel.

104 Mon discernement vient de tes exigences, c’est pourquoi je déteste toutes les pratiques mensongères.

S’il y a une prière que je ne m’attendrais pas à entendre dans la bouche de quelqu’un qui souffre, c’est bien celle-là ! Combien j’aime ta loi ! Ta fidélité, ta puissance, ta patience, ta bonté, ta justice – oui ! Mais ta loi ? Tes commandements ? Quand vous cherchez le réconfort de Dieu, vous vous tournez vers sa loi ? Sans parler de détresse, dans les tensions du quotidien, à quoi regardez-vous ? Et même dans les temps de bonheur et de louange, je doute que votre adoration soit centrée sur les règles édictées par Dieu !

La loi de Dieu, avouons-le, ce n’est pas ce que nous préférons chez lui… Ce serait plutôt ce que nous tolérons dans notre lecture de la Bible : nous aimons l’Evangile, habité par un Jésus généreux et compatissant, accueillant, révolutionnaire, droit, puissant, humble et triomphant. Oui, lui nous l’aimons ! Le Dieu des Ecritures juives déjà nous paraît moins accessible. Et sa loi, quand nous arrivons à la lire, peu d’entre nous la goûtent ! La loi nous fait penser à un Dieu juge et sévère, voire accusateur. La loi… Nous préférons la grâce ! La loi évoque l’obéissance et la peur, la grâce évoque la liberté et l’amour !

Alors quoi, je déchire le psaume ? Je déclare que Jésus a annulé le psaume 119 ? Non, si cette prière est parvenue jusqu’à nous, nous chrétiens ancrés dans l’amour de Dieu, c’est qu’elle enrichit encore aujourd’hui notre relation avec Dieu.

1/ Quelle loi pour le chrétien ?

Combien j’aime ta loi ! dit cette prière. Mais est-ce que ça ne concerne pas seulement les croyants avant Jésus ? Nous, nous vivons par la grâce ! Sauf que Jésus a dit : je ne suis pas venu pour abolir la loi mais pour l’accomplir (Mt 5.17). Qu’est-ce que ça veut dire ? Déjà, quand on parle de loi, de quoi parle-t-on ? Dans la loi juive, dans l’AT, il y avait toutes sortes de règles, par exemple des règles pour s’approcher de Dieu, des protocoles sur le culte qui montraient qu’un homme coupable ne peut pas se présenter devant Dieu avec légèreté. Des règles sur les sacrifices, les aliments, les vêtements… Mais lorsque Jésus se donne, victime innocente et parfaite, pour porter le jugement de Dieu en réponse au mal que nous commettons, il remplit parfaitement ces protocoles, et les anciennes règles cultuelles ne sont plus d’actualité.

Il y a aussi les lois sociales de l’Ancien Testament. Israël était un peuple politique autant que spirituel, avec son organisation judiciaire, économique, sociale… Comment traiter l’étranger, le pauvre, le criminel, comment subvenir aux besoins communs, quels sont les devoirs d’un patron ou d’un époux ? Cette organisation est un exemple de ce qu’on peut vivre politiquement, dans un contexte donné, quand on veut appliquer les valeurs de Dieu. Lorsque Jésus envoie ses disciples dans le monde entier, lorsque l’Eglise se répand dans de nombreuses nations, les règles politiques d’Israël ne sont plus applicables telles quelles, mais les valeurs restent !

Jésus a lui-même toujours vécu selon les valeurs de Dieu, et il nous demande de rechercher la justice de Dieu, c’est-à-dire ce que Dieu trouve juste, ce qui est conforme à ses valeurs – tu aimeras Dieu, tu aimeras ton prochain, tu refuseras le mensonge et la violence, tu seras fidèle, tu ne te vengeras pas, tu choisiras la bienveillance, tu résisteras à la tentation quitte à renoncer à quelque chose qui t’est cher. Jésus reprend à son compte les principes de vie que l’on trouve déjà dans l’Ancien Testament.

Il n’y a pas de loi dans le sens où le chrétien ne compte pas sur ses bonnes actions pour obtenir l’amour de Dieu – de toute façon, nous sommes trop défaillants pour mériter  son approbation. Il n’y a pas de loi, car si nous sommes aimés de Dieu, c’est à travers le Christ, qui a mis sa vie juste et sa mort injuste à notre compte, afin que son innocence soit comptée comme la nôtre, et que nos défaillances soient comptées comme les siennes. Si Dieu nous offre son amour et la chance de vivre avec lui, c’est parce que le Christ permet cette relation libre avec lui. En cela, nous sommes sauvés par grâce, par la foi dans le don généreux de Jésus, et non par une loi que nous aurions respectée.

Mais la loi ne disparaît pas pour autant ! Être justes devant Dieu n’est plus le critère pour être aimé de lui, mais ça reste notre vocation ! Nous sommes sauvés pour vivre avec Dieu et comme Dieu, pour vivre selon ses valeurs. C’est la loi de Dieu qui s’inscrit dans notre cœur, qui devient notre vocation : être justes et bons comme Dieu.

2/ J’aime Dieu qui donne sa loi. (v.98-100)

Combien j’aime ta loi ! dit le psalmiste. Elle est plus douce que le miel, plus réconfortante que le meilleur gâteau au chocolat, plus savoureuse qu’un vieux comté, plus goûteuse qu’un steak bien grillé… Combien j’aime ta loi !

Est-ce que nous partageons cet enthousiasme pour la justice que Dieu nous appelle à vivre ? Cette justice, on peut la nommer loi, sainteté, droiture, vérité… Quel regard portons-nous sur cette justice que Dieu nous appelle à vivre ? Est-ce un regard de crainte (si je n’obéis pas, je perds mon salut) ? Est-ce un regard résigné (il faut bien le faire, il n’y a pas le choix, c’est notre devoir, notre croix) ? Est-ce un regard circonspect (on verra, on verra si ce que Dieu me demande est bien raisonnable) ?

Combien j’aime ta loi ! dit le psalmiste. J’aime ! Je ne crois pas que ce croyant était un juriste passionné de codes civils et de jurisprudence – non, je crois qu’il avait compris le sens de la loi. La loi que donne Dieu n’est pas faite pour trancher, pour casser, pour exclure, mais c’est une série de repères qui balise le chemin pour ressembler à Dieu. J’aime ta loi, dit le psalmiste, car elle me rend sage, elle m’instruit, elle me donne une orientation. J’aime ta loi, car ta loi, Seigneur, me montre comment être meilleur ! C’est un défi pour grandir selon tes valeurs !

Nous pouvons dire « J’aime ta loi » car elle nous montre les projets que Dieu a pour nous, elle nous fait entrevoir les personnes que nous pouvons devenir.

Dans la confusion, ô Dieu, j’aime ta loi qui montre tes priorités.

Quand je suis tenté par le mensonge, j’aime ta loi qui m’invite à des relations vraies.

Dans les difficultés du mariage, j’aime ta loi qui m’invite à être fidèle et persévérant.

Dans les conflits, j’aime ta loi qui m’invite à être de ceux qui répondent au mal par le bien.

Quand on m’insulte, j’aime ta loi qui m’invite au respect et au pardon.

Dans la tentation des relations faciles, j’aime ta loi qui m’invite à m’engager entièrement, pour la vie, et pas seulement pour une nuit.

Dans ma gestion de l’argent, j’aime ta loi qui m’invite à la générosité.

Au cœur de mon égoïsme, j’aime ta loi qui me pousse à servir l’autre.

Au-delà de la loi, nous aimons le Dieu qui nous presse de remplir notre vocation ! Et nous la remplirons – en comptant sur son Esprit qui nous façonne de l’intérieur à l’image de Dieu. En comptant sur sa patience lorsque nous nous trompons ou que nous échouons.

Combien je t’aime, Seigneur, car tu m’appelles au meilleur, à devenir cet être de vérité, de justice, de générosité, d’intégrité, d’amour, d’humilité, de patience… Sans cesse, à tout âge et en toutes circonstances, Dieu nous tire vers le meilleur.

3/ Et quand je n’aime pas, je choisis de croire ! (v.101-102)

J’aime Dieu qui me donne sa loi. J’aime la personne qu’il veut que je sois. Donc, j’aime le chemin qui y conduit… ou pas ! Car dans le détail, nous n’aimons pas toujours ce que Dieu nous demande de faire ou d’être. Ca varie d’ailleurs selon les gens : le jeune homme riche n’a pas aimé l’appel radical à la générosité (va et vends tout ce que tu as), l’apôtre Pierre n’a pas aimé l’appel à la paix quand les soldats ont arrêté Jésus (et il a tranché l’oreille d’un soldat), les disciples n’ont pas aimé le douloureux chemin que Jésus a emprunté (et ils ont fui devant sa mort).

Le chemin sur lequel Dieu nous appelle est un chemin qui nous élève et qui nous heurte. Un chemin de vérité qui à un moment confrontera ce qui est trouble ou faux en nous – et que nous aimerions bien garder, en le justifiant à notre façon. Pour certains, c’est le rapport à l’argent qui va coincer. Pour d’autres, la sexualité. Pour d’autres, le pouvoir. Pour d’autres, l’orgueil. Pour d’autres, la superficialité. Tous, confrontés à la personne que Dieu veut que nous devenions, tous nous nous heurtons à ce qui coince, à ces demandes divines qui appuient là où ça fait mal, ces demandes que nous ne comprenons pas ou que nous ne voulons pas.

90% du temps, nous comprenons. Nous admirons même les demandes de Dieu, les défis qu’il nous pose. Mais les 10% restants, on en fait quoi ? On déchire les pages ? On raye les demi-versets qui ne nous conviennent pas ? qui n’entrent pas dans notre éducation, notre culture, nos valeurs ?

La prière du psaume 119 dit : J’ai refusé de suivre le chemin du mal pour mettre en pratique ce que tu as dit. Je suis fidèlement tes décisions – pourquoi ? parce que c’est toi, ô Dieu qui me les a enseignées. Sur ce chemin que Dieu trace pour nous, à un moment, nous ne saurons plus où nous sommes, ou nous trouverons que son indication est peu réaliste, ou que la route est un peu cabossée – et c’est là que notre amour s’éprouve réellement, non pas pour la loi, mais pour le Dieu qui nous sauve et qui nous conduit. C’est en suivant Dieu aussi sur les chemins que nous n’aurions pas choisis, en obéissant à des demandes que nous n’aurions pas voulues, c’est là que nous marchons par la foi. C’est-à-dire, par la confiance envers celui qui nous sauve et qui nous guide, celui qui élabore des projets parfaits, celui qui dépasse nos idées nos concepts nos règles car il est Dieu.

Conclusion

Dieu trace un chemin pour chacun d’entre nous. Jésus nous le rend accessible et il nous y accompagne. Un chemin sur lequel nous ne pouvons marcher sans être transformés – transformés pour devenir meilleurs, aimants, justes et bons, des personnes bienfaisantes, des personnes qui ressemblent à Jésus et qui portent sa lumière au quotidien. Le processus peut être agréable – ou douloureux – mais osons suivre Jésus sur ce chemin – car c’est lorsque nous nous tenons auprès de Dieu, attentifs à ce qu’il nous dit, zélés pour agir comme lui, c’est là que nous vivons vraiment notre vocation, là que nous recevons vraiment sa vie abondante – et vivre avec Dieu est plus doux que tout ce que nous connaissons.

La vraie grandeur, c’est de servir

lavement des pieds 2

Quand je serai grande, je veux être…

Qu’est-ce que ça veut dire d’être grand ? Il y a l’âge, l’expérience, la maturité… Mais au quotidien, être grand implique parfois aussi d’être parmi les grands, parmi les premiers, au-dessus des autres. Certaines écoles supérieures diront à leurs étudiants : vous êtes l’élite de ce pays ! Certaines entreprises diront : si vous voulez être parmi les grands, faites plus et mieux que les autres – et nous vous récompenserons avec toutes sortes de privilèges. Dès la cour d’école, on est tenté de se hisser vers le haut pour être apprécié : en soignant son apparence, en cultivant le bon réseau, voire en critiquant les moins populaires. Pour accéder au statut désiré, rabaisser les autres peut être une étape. On le voit aussi dans nos familles : les disputes entre frères et sœurs pour avoir la plus grosse part du gâteau, la place devant dans la voiture, ou plus tard la meilleure part de l’héritage. Que nous osions l’avouer ou pas, l’ambition d’être grand pousse bien souvent à vouloir être plus grand que les autres, à se comparer, à saisir des privilèges, pour nous sentir  à la hauteur – en tout cas en hauteur.

Cette ambition peut avoir plusieurs sources : le désir d’excellence, ou d’être honoré, ou d’être privilégié, ou d’être dans les petits papiers du chef, ou d’avoir du pouvoir/ de peser dans la balance. Plusieurs sources, plusieurs formes, mais l’ambition d’être plus grand ne vient pas que de notre société compétitive – déjà au temps de Jésus, le problème est bien présent.

Quelle grandeur?

Alors que Jésus chemine vers Jérusalem avec ses plus proches disciples, le sujet est abordé.

Lecture biblique Marc 10.35-45  

35 Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, vinrent auprès de Jésus. Ils lui dirent : « Maître, nous désirons que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons. » — 
36 « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » leur dit Jésus. 
37 Ils lui répondirent : « Quand tu seras dans ton règne glorieux, accorde-nous de siéger à côté de toi, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche. » 
38 Mais Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe de douleur que je vais boire, ou recevoir le baptême de souffrance que je vais recevoir ? » 
39 Et ils lui répondirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « Vous boirez en effet la coupe que je vais boire et vous recevrez le baptême que je vais recevoir. 40 Mais ce n’est pas à moi de décider qui siègera à ma droite ou à ma gauche ; ces places sont à ceux pour qui Dieu les a préparées. »
41 Quand les dix autres disciples entendirent cela, ils s’indignèrent contre Jacques et Jean.
42 Alors Jésus les appela tous et leur dit : « Vous le savez, ceux qu’on regarde comme les chefs des peuples les commandent en maîtres, et les grands personnages leur font sentir leur pouvoir. 43 Mais cela ne se passe pas ainsi parmi vous. Au contraire, si l’un de vous veut être grand, il doit être votre serviteur, 44 et si l’un de vous veut être le premier, il doit être l’esclave de tous. 45 Car le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour se faire servir, mais il est venu pour servir et donner sa vie comme rançon pour libérer une multitude de gens. »

Jésus en parlera plusieurs fois avec ses disciples : pour lui, l’ambition est un enjeu essentiel. Revenons sur ce dialogue pour voir ce que Jésus nous invite à vivre.

35-37 Jésus marche devant. Jacques et Jean se détachent du peloton des disciples et se rapprochent de Jésus. « Promets que tu diras oui à notre demande ! » C’est toujours louche de commencer par ça !

Ils veulent partager le triomphe de Jésus.  Vous allez me dire, c’est déjà une confession de foi : ils ont compris que Jésus est le Roi éternel. Mais du coup ils calculent comment ça peut tourner à leur avantage. Ils veulent être les ministres, les proches, du Roi éternel.

Mais pourquoi cette demande ? Jésus vient de leur parler de ce qui l’attend à Jérusalem : Marc 10. 33 Il leur dit : « Écoutez, nous montons à Jérusalem, où le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux maîtres de la loi. Ils le condamneront à mort et le livreront aux païens. 34 Ceux-ci se moqueront de lui, cracheront sur lui, le frapperont à coups de fouet et le mettront à mort. Et, après trois jours, il se relèvera de la mort. »

C’est la 3e fois que Jésus évoque sa mort et sa résurrection. Et sur quoi met-il l’accent ? sur la souffrance ! Le fils de l’homme (il parle de lui-même) sera : arrêté par les autorités juives, condamné à mort, emprisonné par les autorités romaines, insulté, humilité, torturé et mis à mort. Et après il reviendra à la vie.

Mais les disciples ont surtout retenu la fin – la partie souffrance, elle est vite oubliée.

38 Jésus, peiné par la question, les renvoie à ce qu’il vient de dire – « Vous voulez l’honneur et la victoire ? Et le chemin de douleur qui y mène ? Vous le voulez ? »

Jacques et Jean me font penser à des supporters sportifs qui iraient voir Usain Bolt (médaille d’or JO 2016 au sprint 100m) : « dis, dis, on peut monter sur le podium avec toi ? » Et Usain Bolt de répondre : « et vous, vous pouvez faire ce que je fais pour atteindre ce niveau d’excellence ? Est-ce que vous avez passé des heures, des mois, des années à vous entraîner pour y arriver ? Est-ce vous avez supporté le stress qui précédait cette course historique au point d’en être malade ? »

Jésus fait référence à sa souffrance avec deux images : la coupe de douleur et le baptême de souffrance. La coupe de douleur vient des prophètes juifs et évoque non seulement une épreuve à traverser, mais aussi le jugement de Dieu sur le mal et ceux qui le commettent. Jésus ne va pas seulement avoir mal, il va payer de sa vie le mal que nous commettons.

Le baptême, c’est un bain, une immersion, souvent en signe de repentance et de désir d’être purifié par Dieu. Mais la souffrance fatale de Jésus, elle va au-delà : elle compense nos fautes pour que nous puissions nous repentir devant Dieu, pour que nous puissions avoir un nouveau départ.

39a Ô douce naïveté : nous le pouvons ! En fait, ils n’avaient rien compris !

39b-40 Et Jésus se reprend : oui c’est vrai, ils vont avoir le même destin. Pas dans le sens du sacrifice : un seul pouvait donner sa vie pour tous, un seul – le seul juste et innocent – pouvait se charger de toute injustice pour nous en libérer. Mais les disciples, parce qu’ils ont décidé de suivre Jésus, vont eux aussi traverser beaucoup de difficultés : ils seront rejetés, persécutés, voire mis à mort.

Jacques & Jean demandaient l’honneur, Jésus leur parle de sacrifice et d’un engagement coûteux. Pour clore le débat, il leur dit même que ce n’est pas son problème : un autre que lui (Dieu le Père) s’occupera d’attribuer les honneurs éternels.

41 – 42a Devant l’indignation des autres disciples, sûrement jaloux, Jésus en profite pour donner une leçon générale – et il commence par parler de ceux qui ont les honneurs, le pouvoir, dans la société : les grands de ce monde, prompts à écraser leurs subordonnés pour se servir eux-mêmes – dans le commerce, l’entreprise ou la politique : là non plus, pas de changement ! C’est la loi du plus fort qui règne.

43a : Mais entre vous, que cela ne se passe pas ainsi… ah non pardon : cela ne se passe pas ainsi. Pas de ça chez vous !! Jésus n’exprime pas un souhait ou un ordre, mais une constatation : quand on vit avec Jésus, une autre règle s’applique. Quand on vit avec Jésus, notre rapport au pouvoir et aux honneurs change. Comment on se différencie de ceux qui ne connaissent pas Jésus ? Pour quoi les chrétiens, ou l’Eglise, sont-ils connus ? Est-ce que c’est parce qu’ils ont un autre rapport au pouvoir ?

La grandeur, le pouvoir, le statut, c’est vraiment un enjeu de poids – sur nos lieux de travail (quels gadgets/ quels voyages/ quelle voiture j’exhibe pour montrer mon statut social ?) ; dans les familles entre frères et sœurs (moi je suis le préféré – non c’est moi !) ; dans l’église aussi, avouons-le (moi j’ai des responsabilités… je suis pasteur ! missionnaire ! président ! ou tout simplement… dans l’église depuis tant d’années, j’ai tant fait pour l’église, je donne tant… donc : j’ai un certain rang).

43b-44 Chez vous, dit Jésus, la vraie grandeur c’est de servir. D’oeuvrer pour les intérêts de l’autre – quitte à vous abaisser, quitte à renoncer aux honneurs et aux privilèges, quitte à passer derrière ou à passer votre tour. Chez vous, la vraie grandeur c’est de servir.

C’est la troisième fois que Jésus en parle : la grandeur n’est pas un rang qu’on atteint en poussant les autres, mais elle passe par le service.

La vraie grandeur, c’est de servir. Et Jésus explique pourquoi. 45 Dieu, le très-haut, devient un fils d’homme, un homme faible et limité, il renonce à ses privilèges pour accomplir ce qu’aucun homme ne peut faire : le salut pour l’humanité. A Jérusalem, Jésus va tout donner, et tout perdre : sa réputation, ses amis, sa vie, sa justice – pas pour servir ses intérêts, mais pour servir ceux des autres.

Et cette attitude qui le mène à la croix, on la voit partout : quand il touche les lépreux pour les guérir, quand il accueille des gens de mauvaise réputation, quand lui, le Roi céleste, lave les pieds de ses disciples à la manière d’un simple serviteur, en leur disant : ce que je fais, faites-le vous aussi.

Servir, c’est la vraie grandeur parce que le plus grand que nous connaissions, Dieu lui-même, nous a servis en Jésus-Christ. Qu’est-ce qui peut être plus grand que de vivre comme Dieu lui-même ? En le suivant sur le chemin du service, nous laissons la mesquinerie des luttes de pouvoir ou d’honneur pour expérimenter la vraie noblesse, la grandeur de Dieu.

Dans notre vie

La vraie grandeur, c’est de servir. A quoi ça peut ressembler dans notre vie ?

Dans notre église, par exemple, ça peut être de participer aux tâches jugées parfois ingrates : venir faire le ménage en semaine de temps en temps, débarrasser et faire la vaisselle après un repas d’église, raccompagner quelqu’un après le culte. Mais il n’y a pas qu’à l’église qu’être disciple de Jésus nous pousse à servir : à la maison, quand on participe aux tâches quotidiennes ; au travail, quand on prend sur soi pour aider un collègue ; dans les transports ou les magasins, quand on cède sa place à quelqu’un. Au lycée, quand on va parler à celui que tous rejettent. C’est une attitude globale.

Mais certains diront : chacun sa tâche, moi je suis plutôt doué pour enseigner, parler, diriger la louange, animer un groupe d’étude… D’autres pourront le faire, j’ai des tâches plus importantes. Mais Jésus ne répartit pas les rôles : il enseigne, et il lave, et il nourrit, et il supporte. Si rien n’était trop indigne pour le fils de Dieu lui-même, qui sommes-nous pour nous penser exempts de servir ? Ou vous dites peut-être : je n’aime pas ça, je ne suis pas doué. Mais est-ce que Jésus aimait laver des pieds sales et puants ? Est-ce qu’il a aimé mourir sur la croix ?

La vraie grandeur c’est de servir. Jésus ne dit pas que la vraie grandeur c’est de s’abaisser, pour le plaisir de s’humilier ! Non, c’est de servir, servir quelqu’un. C’est ce qu’il a fait : il n’est pas mort pour montrer la puissance de sa vitalité lors de sa résurrection, mais il est mort pour nous ! Quand nous servons, au-delà de la tâche elle-même, c’est l’autre que nous servons.

Ceux qui font le ménage à l’église n’ont pas pour passion de nettoyer les WC, mais ils le font pour nous, pour qu’on vive le culte dans un cadre agréable. Comme un cadeau. D’autres s’engagent parce qu’ils voient un besoin – que ce soit dans un service d’église (comme avec les enfants) ou en dehors (renoncer à une sortie mensuelle pour pouvoir parrainer un enfant par le SEL, c’est aussi servir). C’est ça aussi, s’aimer les uns les autres !

J’ai rencontré il y a quelques années des gens très serviables mais qui utilisaient leur service pour se faire leur place dans l’église ou asseoir leur rang dans leur famille. Chez les chrétiens, le service devient parfois un lieu de compétition. Mais pour Jésus, servir c’est laisser de côté la compétition, arrêter de réfléchir à ce que nous allons y gagner ou comment les autres vont nous voir, pour nous concentrer sur ce qui fait du bien à l’autre.

Oui mais Jésus, c’est Jésus ! Il est parfait ! Certes, mais il nous remplit de son Esprit, il nous transforme de l’intérieur – pour bousculer nos priorités et nous apprendre à lui ressembler. Imaginez que tous les chrétiens soient connus pour leur humilité, pour leur attention envers les plus petits, pour leur simplicité. Imaginez l’impact dans nos réseaux professionnel ou scolaire, amical et familial, si nous exerçons nos responsabilités en donnant la même valeur à tous ceux que nous côtoyons, et en veillant à leurs intérêts ; si nous laissons de côté la question des privilèges ou de notre image de marque ; si nous sommes déterminés à ressembler au Christ de plus en plus.