Pâques : une Bonne Nouvelle pour aujourd’hui !

 

En général, les mauvaises nouvelles se propagent plus rapidement que les bonnes… surtout aujourd’hui avec les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu. On en a encore eu un exemple étonnant cette semaine avec l’incendie de Notre Dame de Paris. C’était impressionnant de voir la vitesse avec laquelle l’information a circulé, et puis les réactions ont rapidement afflué du monde entier… et presque aussitôt sont arrivées les fake news et autres théories complotistes !

Si vous voulez propager une nouvelle, il vaut mieux qu’elle soit mauvaise, si possible anxiogène, et si elle peut avoir un petit parfum de complot, c’est encore mieux. Ça marchera à coup sûr !

Les bonnes nouvelles, par contre, ce n’est pas très vendeur ! Elles ne font presque jamais la une des journaux. Sauf quand la France est championne du monde de foot… mais ça arrive une fois tous les vingt ans ! Les bonnes nouvelles ne tournent pas en boucle sur les chaînes d’info continue, elles sont très peu partagées sur les réseaux sociaux…

Pourtant, aujourd’hui, c’est Pâques. Et nous avons une bonne nouvelle à annoncer : Jésus-Christ est ressuscité ! Et ce n’est pas une fake news !!!

Cette bonne nouvelle, elle est répétée par les chrétiens depuis près de 2000 ans. Jésus-Christ était mort et il est ressuscité. Quelle bonne nouvelle !

Ne l’oublions jamais, lorsque nous parlons de l’Evangile, nous parlons d’une bonne nouvelle. Le mot « évangile » n’est que la transcription en français d’un terme grec qui signifie « bonne nouvelle ». Plusieurs versions récentes de la Bible n’utilisent plus le mot « évangile » et préfèrent parler simplement de « bonne nouvelle ». Et je trouve qu’elles ont raison !

Je vous invite donc ce matin à nous demander : Pourquoi le message de Pâques est-il une bonne nouvelle ? Et pourquoi est-ce que ça l’est aujourd’hui encore ?

Un des textes du jour, dans la liste de lectures bibliques pour ce dimanche, se trouve dans le livre des Actes des apôtres. On y trouve l’annonce de cette bonne nouvelle. Et en plus, c’est un extrait de « notre » texte, celui que nous avons choisi pour notre Eglise dans le cadre du parcours Vitalité. Je ne pouvais donc pas passer à côté…

Actes 10.34-43
34 Pierre prend la parole et dit : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. 35 Si quelqu’un le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu. C’est vrai dans tous les pays.
36 Dieu a envoyé sa parole au peuple d’Israël : il lui a annoncé la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous. 37 Tout a commencé après que Jean a lancé cet appel : “Faites-vous baptiser ! ” Vous savez ce qui est arrivé, d’abord en Galilée, puis dans toute la Judée. 38 Vous savez comment Dieu a répandu la puissance de l’Esprit Saint sur Jésus de Nazareth. Jésus est passé partout en faisant le bien. Il guérissait tous ceux qui étaient prisonniers de l’esprit du mal, parce que Dieu était avec lui. 39 Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. On l’a supprimé en le clouant sur une croix. 40 Mais, le troisième jour, Dieu l’a réveillé de la mort et il lui a donné de se montrer 41 non pas à tout le peuple, mais à nous. En effet, Dieu nous a choisis d’avance comme témoins. Quand Jésus s’est relevé de la mort, nous avons mangé et bu avec lui.
42 Il nous a commandé d’annoncer la Bonne Nouvelle au peuple et de rendre ce témoignage : Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. 43 Tous les prophètes ont parlé de lui en disant : “Toute personne qui croit en Jésus reçoit par son nom le pardon des péchés.” »

On oublierait presque que le terme « évangile » signifie simplement « bonne nouvelle », et il en est de même du verbe « évangéliser » qui signifie simplement « annoncer ou apporter une bonne nouvelle ». C’est ce verbe qui est utilisé ici par Pierre, au verset 36 : « il a annoncé la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ ».

La Bonne Nouvelle, c’est qu’elle est pour tout le monde

Le message de la mort et de la résurrection de Jésus est d’abord une bonne nouvelle parce qu’elle est pour tout le monde. Pierre le comprend enfin dans notre texte. Et il s’en émerveille !

« Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. Si quelqu’un le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu. C’est vrai dans tous les pays. »

Cette Bonne Nouvelle n’est pas liée à une culture ou à un peuple, elle n’est pas réservée à une catégorie de la population. Elle est pour tout le monde. Pour tous ceux qui veulent bien la recevoir.

C’est pour cela qu’elle doit être proclamée, partagée. Un bonne nouvelle qui serait réservée à quelques-uns serait-elle encore une bonne nouvelle ? Ce serait un bonne nouvelle pour les uns et une mauvaise pour les autres !

Or, cela n’a pas été évident aux premiers temps de l’Eglise. Les chrétiens, qui étaient tous Juifs, pensaient que les païens n’étaient pas concernés par cette Bonne Nouvelle. Ça ne leur était même pas venu à l’esprit d’aller leur annoncer le salut en Jésus-Christ. Ce n’est que dans notre épisode du livre des Actes des apôtres que Pierre le découvre : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. »

Et nous, y a-t-il des gens que nous excluons de la Bonne Nouvelle ? La question peut nous déranger voire nous choquer… mais il est légitime de nous la poser. Est-ce que vraiment nous considérons que la Bonne Nouvelle est pour tout le monde ? En théorie, j’imagine que tout le monde dira oui… mais est-ce vrai aussi en pratique, dans notre attitude, dans nos relations ?

Est-ce que tout le monde est vraiment le bienvenu parmi nous ?

Une église doit être le lieu de la Bonne Nouvelle. Pas du jugement sur les apparences, la façon de parler ou de prier, sur les choix de vie… Même par souci de pureté ou de fidélité à Dieu. C’est avec ce souci-là que les premiers chrétiens ont reproché à Pierre d’être allé manger chez Corneille… et que les Pharisiens reprochaient à Jésus de fréquenter des « gens de mauvaise vie ».

La Bonne Nouvelle, c’est l’histoire de Jésus

Mais quelle est donc cette Bonne Nouvelle ? Dans notre texte, lorsque Pierre l’évoque, il raconte l’histoire de Jésus, de son baptême à sa résurrection. D’ailleurs, les quatre Evangiles ne font pas autre chose : ils racontent l’histoire de Jésus !

Prêcher l’Evangile, c’est d’abord raconter l’histoire de Jésus. Surtout pas défendre une religion. Même pas présenter un énoncé doctrinal. Pour annoncer la Bonne Nouvelle, il ne s’agit pas tellement de présenter « les 4 points de l’Evangile » ou « les 4 lois spirituelles »… Je ne dis pas que ce n’est pas bien, je dis juste que ce n’est pas cela la Bonne Nouvelle. Annoncer la Bonne Nouvelle, prêcher l’Evangile, c’est d’abord raconter l’histoire de Jésus.

Et raconter cette histoire, c’est aussi affirmer que la mort et la résurrection de Jésus s’inscrivent dans l’histoire de l’humanité. Elles ont bel et bien eu lieu. Ce ne sont pas des métaphores.

S’il y a un point sur lequel le Nouveau Testament insiste, c’est bien celui-là. Les quatre évangiles l’affirment : il y a non seulement le tombeau vide mais aussi les apparitions répétées du Christ ressuscité, avec force détails. Jésus parle avec ses disciples, il mange devant eux, il invite même Thomas à le toucher. Dans notre texte, Pierre le dit : « Quand Jésus s’est relevé de la mort, nous avons mangé et bu avec lui. »

Il est essentiel, quand on raconte la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, de dire que ce n’est pas juste une histoire mais que c’est l’histoire ! La venue de Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, tout cela s’est réellement passé. Sans la résurrection du Christ, tout s’écroule.

En fait, si Jésus-Christ n’est pas vraiment ressuscité, il n’y a plus de Bonne Nouvelle !

 

La Bonne Nouvelle, c’est notre histoire avec Jésus

Mais si on en reste là, et qu’on se limite à souligner l’historicité de la résurrection de Jésus, on passe à côté de toute une partie de la Bonne Nouvelle. L’histoire de Jésus appartient à l’histoire de l’humanité, mais elle rejoint aussi notre histoire personelle. Si la Bonne Nouvelle est bien l’histoire de Jésus, elle est aussi notre histoire avec Jésus. C’est aussi l’histoire de Jésus dans notre vie.

Jésus est ressuscité. Mais comme le dit l’apôtre Paul, nous sommes ressuscités avec le Christ. Ou encore : « Si quelqu’un est uni au Christ, il est créé à nouveau. Ce qui est ancien est fini, ce qui est nouveau est là. » (2 Corinthiens 5.17)

C’est la même idée que souligne Pierre en disant : “Toute personne qui croit en Jésus reçoit par son nom le pardon des péchés.” Ici, le pardon des péchés, c’est le signe d’une vie nouvelle, d’un nouveau départ. Être ressuscité avec le Christ, c’est recommencer sa vie, effacer notre ardoise, repartir à zéro… recevoir le pardon des péchés.

C’est la puissance de la résurrection du Christ qui agit en nous lorsqu’elle nous fait naître à une vie nouvelle. Mais pas seulement. Elle agit tout au long de notre vie chrétienne.

Quand avez-vous vu pour la dernière fois la puissance de résurrection du Christ agir dans votre vie ? Ne cherchez pas seulement des événements spectaculaires ou miraculeux. Elle n’agit pas seulement dans l’immédiat, elle agit aussi dans la durée, en profondeur.

  • La puissance de résurrection du Christ agit en nous toutes les fois où elle nous relève ou elle nous réveille.
  • Elle agit toutes les fois où nous remportons une victoire sur les puissances de mort ou de destruction qu’on peut trouver en nous.
  • Elle agit lorsqu’elle nous libère d’une addiction ou d’une habitude néfaste.
  • Elle agit lorsqu’elle nous relève après une chute ou lorsqu’elle nous tient debout au milieu de l’épreuve.
  • Elle agit lorsqu’elle nous réveille d’une torpeur, qu’elle nous révèle une vérité oubliée ou cachée.
  • Elle agit lorsqu’elle nous restaure, nous transforme, nous fait grandir spirituellement.

Cherchez bien… et vous trouverez où la puissance de résurrection du Christ a agit dans votre vie. Et vous trouverez peut-être aussi où vous devez encore la laisser agir en vous. Ça aussi, c’est une Bonne Nouvelle !

 

Conclusion

Jésus-Christ est ressuscité ! C’est la Bonne Nouvelle que nous apporte Pâques !

C’est une bonne nouvelle parce qu’elle proclame la victoire du Christ sur la mort, et elle nous ouvre sur une espérance éternelle. C’est une bonne nouvelle parce qu’elle est pour tous, et qu’elle nous concerne chacun personnellement. Car annoncer la résurrection du Christ, c’est dire aussi qu’il est vivant aujourd’hui encore. La même puissance qui l’a ressuscité d’entre les morts est à l’oeuvre en nous. Elle nous fait naître à une vie nouvelle, elle nous façonne, elle nous transforme… même si ça prend du temps. C’est une bonne nouvelle parce qu’elle est le gage qu’un jour, à notre tour, nous serons ressuscités, comme Jésus-Christ l’a été.

C’est quand même un sacrée bonne nouvelle, non ?

Accueillir Jésus

Jésus arrive à Jérusalem, la capitale. Il est déjà venu, mais là, c’est la dernière fois. Il le sait : ça fait des mois que la tension monte avec les autorités religieuses. Plusieurs fois il a échappé de justesse à ceux qui voulaient l’éliminer. Il va mourir – dans quelques semaines ? quelques jours ? Jusque là, sa sagesse, sa puissance, sa bonté ont bouleversé les foules. Mais en avançant vers sa mort, il devient plus clair sur son identité et sa mission.

Alors il reprend ce code du roi pacifique, monté sur un ânon, plein d’une autorité bienveillante. Certains l’acclament, d’autres sont indifférents, d’autres encore s’offusquent : pour qui se prend-il ? pour le roi ? Plus Jésus est clair sur ce qu’il est, plus il est difficile d’être vaguement indifférent. Il faut prendre parti. Plus son identité est claire, plus la façon de l’accueillir doit être adaptée : on n’accueille pas chez soi de la même façon un vendeur qui fait du porte-à-porte ou son propriétaire, ou bien un artisan venu faire des réparations ou son frère. En tant que chrétien, notre foi est centrée sur Jésus, mais qu’est-ce que ça implique ?

Je vous propose de méditer la suite de l’entrée de Jésus à Jérusalem : il continue son parcours, jusqu’au cœur de la capitale, le temple.

Lecture biblique: Luc 19.41-48 (Traduction Œcuménique de la Bible) 

41 Quand il [Jésus] approcha de la ville et qu’il l’aperçut, il pleura sur elle. 

42 Il disait : « Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix… ! Mais hélas ! cela a été caché à tes yeux ! 

43 Oui, pour toi des jours vont venir où tes ennemis établiront contre toi des ouvrages de siège ; ils t’encercleront et te serreront de toutes parts ; 44 ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi ; et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée. »

45 Puis Jésus entra dans le temple et se mit à chasser ceux qui vendaient. 46 Il leur disait : « Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière ; mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » 

47 Il était chaque jour à enseigner dans le temple. Les grands prêtres et les scribes cherchaient à le faire périr, et aussi les chefs du peuple ; 48 mais ils ne trouvaient pas ce qu’ils pourraient faire, car tout le peuple, suspendu à ses lèvres, l’écoutait.

Jésus le prophète

Jésus finit sa procession royale, comme tout bon roi, au temple. Normalement, le roi y offre un sacrifice à Dieu, un sacrifice de reconnaissance, mais on voit que Jésus est dans une autre démarche. Mais avant d’entrer vraiment à Jérusalem, il fait une pause, pour regarder cette ville, qui représente tout un peuple, tout un projet de la part de Dieu. L’historien Luc est le seul à mentionner cette pause, et elle nous en dit long sur la façon d’accueillir Jésus.

Il faut savoir que depuis des siècles, le peuple juif attend une visite de Dieu – pas une visite de courtoisie ! Une intervention, une rencontre qui leur apportera la paix véritable, la libération politique mais aussi intérieure, spirituelle, la libération du mal. Et quand Dieu, en Jésus, donc en tant qu’homme, vient les visiter, ils ne le voient pas ! Ils le rejettent ! Alors Jésus en tire les conséquences, à la manière d’un prophète – d’ailleurs il va citer des prophètes juifs pour parler de l’aveuglement du peuple et de ses terribles conséquences : la ruine de Jérusalem, la destruction du pays.

Jésus décrit en fait la prise de Jérusalem, assiégée et dévastée, qui aura lieu en 70 après JC, quand l’empereur romain Titus détruira la ville et le temple. Ca a déjà eu lieu par le passé (avec une première destruction de Jérusalem par les Babyloniens presque 600 ans plus tôt, en 586 avant JC), parce que le peuple avait abandonné Dieu : ça va se reproduire. Ce n’est pas juste un événement historique, ici, c’est vraiment la conséquence d’un éloignement de Dieu.

On peut se sentir décontenancé devant des paroles si dures. Le Dieu juge, on l’imagine cantonné aux jours guerriers de l’Ancien Testament, pas en Jésus ! Normalement, lui, il est doux et humble de cœur !… Jésus nous révèle Dieu : à ce titre, il est juge lui aussi. Mais il nous révèle aussi comment Dieu est juge (ça marche dans les deux sens) – peut-être en remettant en question notre façon de nous représenter le juge.

D’abord, la sanction découle directement de l’attitude du peuple : c’est la terrible conséquence de notre liberté humaine. On veut le choix ? Il faut assumer… D’ailleurs, ces paroles veulent aussi faire prendre conscience des conséquences qu’il y a à rejeter Dieu, comme un électrochoc pour inviter à revenir à lui. Cette prophétie est logique : si Dieu est source de vie, si c’est sérieux cette histoire, qu’est-ce qu’on peut attendre hors de lui ? Si c’est lui qui donne l’amour, le pardon, la paix, que peut-on attendre en s’écartant de lui ? Si vous conduisez de nuit et que vous éteignez vos phares, que va-t-il se passer ? Vous ne verrez plus rien, vous risquez de vous prendre un mur, de tomber dans un ravin, de rentrer dans une voiture, peut-être de mourir. Hors du Dieu vivant, de sa lumière, que peut-on attendre ?

Mais Jésus le dit en pleurant… Dans les Evangiles, on ne voit Jésus pleurer que deux fois. Quelques jours plus tôt, lorsque son ami Lazare est enterré, et que Jésus contemple l’abîme de la mort dans lequel il va lui-même entrer bientôt. Et devant Jérusalem : Dieu, en Jésus, a tout mis en place pour accorder la paix. Il prend tout à sa charge – il n’y a qu’à accueillir ! Vincent évoquait la semaine dernière cette promesse de Jésus : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et lui avec moi » (Apocalypse 3.20). Dieu fait tout le chemin jusqu’à notre porte. Il se fait homme, du début à la fin, il offre sa justice et porte notre violence, nos fautes, le mal, dans sa mort. Avec un seul but : nous faire entrer dans sa vie, dans sa paix, dans sa joie ! Comme s’il venait avec des valises entières de billets pour payer toutes nos dettes, pour rénover notre maison, pour organiser un festin – quelle tristesse quand la porte reste fermée ! Ce n’est pas étonnant que Jésus pleure.

Jésus le prêtre

Puis il arrive au temple, et c’est le même constat : l’aveuglement et la surdité à Dieu. Le Temple, ce lieu de la rencontre avec Dieu, ce lieu sacré qui symbolise la présence de Dieu sur terre, ce Temple qui est le titre de gloire du peuple d’Israël… Quand on y entre, on est assailli par les stands, les étalages, les comptoirs pour changer la monnaie, le bruit des bêtes qu’on peut acheter pour les sacrifices… C’est la cohue – et Jésus ne le supporte pas : il renverse les tables et vire les marchands. Son geste est violent, mais il est plus symbolique qu’autre chose : le temple ne remplit plus son rôle. On ne peut plus se recentrer sur Dieu – au-delà du temple, c’est toute l’institution de l’époque qui a dévié. Vu l’enchaînement des textes, on peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle le peuple, la ville, les autorités, sont incapables de saisir la paix que Jésus vient offrir, incapables d’entendre ce Dieu qui se tient à leur porte et qui frappe. C’est la cohue, et ils n’entendent plus rien.

Que penser de ce temple parasité ? Les stands et les étalages s’étaient installés là pour le côté pratique : pour des gens qui viennent de loin, trouver les « fournitures » du culte sur place, c’est l’idéal ! Mais de là à s’installer dans le temple… Ils auraient pu rester devant l’entrée ! Ce qui nous parasite, ce n’est pas forcément des mauvaises choses – c’est parfois de bonnes choses mais qui ne sont pas au bon endroit. C’est pratique d’avoir une voiture, mais vous ne la garez dans votre cuisine ou votre chambre ! C’est bon de faire du sport, mais pas au point de négliger votre couple ou de vous ruiner ! C’est pratique un téléphone, mais si ça devient la balise incontournable de chaque instant, on peut se poser des questions… C’est vrai aussi pour l’église : on aime tel chant, tel style de culte (ok) mais au point de ne pas pouvoir chanter Dieu si ce n’est pas notre répertoire (récent ou ancien d’ailleurs)… qu’est-ce qui prime ? Dans notre façon de vivre sous le regard de Dieu, seul ou en église,  posons-nous la question : est-ce qu’il y a des priorités qui se sont embrouillées ? des choses qui ont pris trop d’importance, au détriment de l’essentiel ? des points sur lesquels on devrait laisser couler mais qui nous divisent ? Des chevaux de bataille, des grands chevaux sur lesquels nous montons : quel contraste avec l’âne de la paix où s’assoit Jésus…

En faisant le ménage dans le temple, Jésus agit, non pas comme un croyant ordinaire, mais comme un prêtre, comme celui qui est responsable du temple ! D’où la rage des autorités religieuses : pour qui se prend-il ? Il n’est même pas de la bonne tribu ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est décidé, il faut s’en débarrasser.

Jésus est entré à Jérusalem comme un roi, un prophète, un prêtre. Dans la société juive, les trois fonctions étaient bien distinctes, et ceux qui ont essayé le mélange des genres en ont subi les conséquences. Seul Jésus peut prétendre à toutes ces fonctions en même temps, comme Envoyé de Dieu qui vient établir un royaume nouveau (sur d’autres bases), qui vient révéler pleinement le projet de Dieu, qui vient offrir une nouvelle façon de s’approcher de Dieu, non plus par les sacrifices d’animaux mais en s’appuyant sur son sacrifice à lui. Jésus est un homme, comme nous, et tellement plus qu’un homme : il est Dieu.

            Faire de la place pour accueillir Jésus

Si c’est vrai, on ne peut pas l’accueillir n’importe comment ! Si c’est vrai, on ne peut pas l’accueillir n’importe comment… Dans une semaine, c’est Pâques. Nous célébrerons le Roi qui triomphe du pire ennemi qui soit (la mort), le Prophète dont les paroles se sont réalisées, le Prêtre qui s’est donné lui-même. Mais il ne suffit pas de le célébrer, il faut l’accueillir.

Peut-être pour la première fois, si vous n’avez jamais fait ce pas : ouvrir la porte à Jésus [geste qui frappe] ce n’est pas forcément très compliqué. On peut juste lui dire (comme il est Dieu, comme il est vivant, il nous entend) : « viens dans ma vie. Viens dans ma vie. Je veux recevoir ce cadeau de ton pardon, de ta paix, de ta joie. » Par contre, je vous préviens : quand Jésus arrive, ça déménage ! Il y a des choses dont il va se débarrasser parce que c’est toxique, d’autres qu’il va ranger parce que ce n’est pas à la bonne place – mais qu’est-ce que c’est bon d’entrer dans une vie propre, aérée, qui sent bon !

Mais ce n’est pas parce qu’on a reçu Jésus dans sa vie, par la foi, qu’il n’y a plus jamais de ménage à faire… Il y a le grand ménage de l’installation, mais ensuite le ménage courant, le ménage de printemps… Ce n’est pas parce qu’on est chrétien qu’on ne peut pas devenir sourd à Dieu, qu’on ne peut pas s’éloigner ou se laisser parasiter… Qu’est-ce qui s’est incrusté dans notre église, notre vie, notre cœur ?  des petits mensonges ? des graines d’amertume ? de la colère ? une certaine tiédeur ? Cette semaine de Pâques c’est l’occasion de faire le point, et demander à Dieu d’enlever de notre vie ce qui nous encombre, ce qui nous parasite, ce qui nous rend sourds à lui.

            Conclusion

Ce que Jésus veut nous donner, c’est exceptionnel. Unique. Inouï. Parce qu’il est lui-même inouï : il est dieu, venu parmi les hommes. Devenu un homme. Pour nous offrir la possibilité d’être enfants de Dieu, connectés au Créateur, remplis de sa vie et de sa paix. Mais pour l’accueillir vraiment, il faut faire du ménage. Et la bonne nouvelle, c’est que nous ne faisons pas le ménage tout seuls : Jésus le fait en nous, par son Esprit. Tout ce que nous avons à faire, c’est l’inviter à aller plus loin. Le laisser prendre les devants et le suivre. Faisons place à Jésus dans notre vie, lui le Roi, le prophète de la Vérité, Celui qui nous garantit l’amour de Dieu… Alors, alors, la paix de Dieu débordera dans nos mains…