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Propriété, équité, sainteté (Lv 19.1-2, 9-10)

INTRODUCTION

Nous aspirons tous à vivre dans un pays parfait. Un pays, un monde où règnent l’équité, le partage, l’harmonie sociale.

On espère évidemment que notre prochain gouvernement saura satisfaire cette aspiration… Mais comment nous pouvons nous, déjà à notre échelle, travailler à ces si belles valeurs ?

Aujourd’hui, nous poursuivons notre série « Vivre une vie juste et généreuse », en étudiant un peu les concepts de propriété, équité et sainteté. Comment la Bible en parle ?

LECTURE LV 19.1-2, 9-10

1Le Seigneur dit à Moïse : 2« Communique ceci à toute la communauté d’Israël :

Soyez saints, car je suis saint, moi, le Seigneur votre Dieu !

9Quand tu moissonnes, ne coupe pas les épis qui ont poussé en bordure de tes champs, et ne retourne pas ramasser les épis oubliés ;

10 ne repasse pas non plus dans tes vignes pour ramasser les grappes oubliées ou les grains tombés à terre. Laisse-les pour les pauvres et pour les immigrés. Je suis le Seigneur votre Dieu !

Le livre du Lévitique est un peu le mal-aimé de la Bible. Pourtant, il est très riche, rempli de lois civiles très bonnes. Ce livre est un recueil de paroles de Dieu adressées à Moïse pour les Lévites, les prêtres ainsi qu’à l’ensemble du peuple. Les lois transmises visent justement à faire vivre l’harmonie sociale, l’équité et surtout adopter la sainte culture de Dieu.

Le chapitre 19 reprend chacun des 10 commandements, les détaille, et ponctue régulièrement d’une phrase « Je suis le Seigneur votre Dieu ». Le Seigneur Dieu est saint, alors il veut inspirer chacun à être saint comme lui. La culture de Dieu est sainte, c’est-à-dire extraordinairement pure, unique, sans mal, sans péché. Dieu veut transmettre sa culture.

  1. Propriété

Pour ce faire, il donne cette parole à chacun: « Quand tu moissonnes tes champs, limite-toi. Ne repasse pas derrière ta première récolte pour ramasser ce qui est tombé ».

Il n’est pas même question de laisser, ici, un cinquième du champ ou de la récolte pour le donner aux pauvres. Donc ce n’est pas vraiment de la charité. Dieu demande simplement de limiter le profit jusqu’auboutiste. Il demande au propriétaire de se limiter lui-même. De ne pas grappiller jusqu’à l’épis tombé par terre, la grappe isolée que l’on n’a pas vu la première fois.

A ce moment-là, Dieu n’est apparemment pas contre le concept de propriété. La propriété n’est pas le vol ici (cf. Pierre-Joseph Proudhon, 1840). Toutefois, Dieu inspire le partage rudimentaire. Le minimum, les épis des bords de champs, mélangés peut-être avec des herbes hautes, les grains tombés par terre, le pommes de terre trop petites pour être vendues, les fruits et légumes trop mûrs, invendables. Peut-être que le propriétaire aurait même jeté ou laissé dans la terre ces denrées alimentaires. En plus, cette pratique n’impose aucune charge supplémentaire au propriétaire. Il n’a rien à payer pour la collecte de ces glanages.

Cependant lorsque l’on voit que nos biens, même dont on n’a pas l’utilité, être pris gratuitement, c’est une autre histoire. Soit on peut se réjouir, soit on est titillé. Peut-être qu’on aurait pu rentabiliser notre propriété jusqu’au bout. Mais, Dieu prescrit aux propriétaires un préventif à la cupidité. Il leur inspire la reconnaissance pour la récolte. Il leur inspire le moyen d’exprimer leur reconnaissance envers lui qui les a bénis richement, et ce, en partageant l’infime partie de la récolte avec les pauvres et les immigrés.

Celui qui a fait pleuvoir sur ces champs, c’est le Seigneur. Celui qui a créé l’univers, créé la terre, le cycle de l’eau, les semences et leur germination, c’est le Seigneur. Dieu a créé, l’humain a replanté, Dieu a fait croître, l’humain a récolté.

En même temps, Dieu protège les propriétaires du vol ou du glanage excessif. Dans Deutéronome 23 (v.24-25), Dieu permet que les Israélites puissent manger chez le voisin, autant que nécessaire, mais sans faire de réserves. Il le permet à tous, alors c’est équitable.

Et en même temps, si un propriétaire Israélite refusait tout glanage dans son champ, ne respectait pas un commandement de Dieu, donc ne respectait pas Dieu, alors des malheurs pouvaient arriver… La stérilité de la terre, la sécheresse, la colonisation (Lv 26.14ss). Ces malheurs « pour briser votre orgueilleuse assurance » dit Dieu en Lv 26.19.

La Bible n’est pas un recueil classique, où le riche est toujours le méchant, et le pauvre toujours la victime. Au v.15 de notre chapitre, Dieu commande : « Ne commets pas d’injustice dans tes jugements : n’avantage pas un faible, ne favorise pas un puissant, mais rends la justice de façon équitable envers les autres Israélites. » Dieu est équitable et ne fait jamais de favoritisme.

  1. Equité

Lorsque j’ai effectué quelques recherches sur le glanage aujourd’hui, une expression m’a faite doucement rire… « En Belgique, le glanage est encore encadré par une loi veille de plus de 130 ans ! ». Les amis, notre Dieu avait légiféré cette pratique il y a bien plus que 130 ans ! Quelle fierté !

En 1857, Jean-François MILLET expose pour la première fois son œuvre « Les Glaneuses ». Dans le tableau, les femmes se courbent, et scrutent nerveusement le sol à la recherche de blé. Chaque femme est courbée différemment, représentant les 3 phases nécessaires du glanage : se pencher, ramasser les épis, puis, se redresser avant de se courber encore. Elles apparaissent dignes, actrices d’une tâche nécessaire pour pouvoir se nourrir ainsi que leur famille.

Ceux qui glanent ne reçoivent pas la charité. Ils travaillent pour se nourrir. Ils sont respectables par ce fait d’avoir effectué des efforts pour obtenir leur nourriture. Dieu valorise le travail ! Peut-être pensez-vous à Ruth, immigrée, qui alla glaner tous les jours ardemment, pour nourrir sa belle-mère et elle-même.

Comme Ruth, les glaneurs sont les pauvres, les orphelins, les veuves, comme les immigrés : tous ceux qui n’ont pas accès à une propriété pour subvenir à leurs besoins.

Cela me fait penser aux deux équatoriens venus chez mes parents cet hiver. En plus d’un travail précaire la semaine, les week-ends, ils sont allés couper les arbres tombés sur la route ou gênants chez les uns les autres, et ils les vendaient ensuite en bois de chauffage. Leur voisin leur a prêté un entrepôt et des outils, et ils ont pu sortir, un peu, de leur situation de précarité. Le partage de leur propriétaire, des arbres des uns des autres, qui ne leur a rien coûté personnellement, les a réhabilité socialement et matériellement.

Dieu se soucie du propriétaire, comme du pauvre et de l’immigré. Il leur assure une une protection sociale, et une dignité sociale. Il transmet à son peuple la culture du partage, de l’équité, de l’harmonie sociale. Les immigrés comme les pauvres ont droit à cette loi généreuse. D’autres lois permettaient une redistribution des richesses tous les trois ans par exemple. La préoccupation de Dieu pour les pauvres est si forte que cette multitude de lois établies en leur faveur, si elles étaient appliquées, auraient pratiquement éliminé toute sous-classe permanente. Notre Dieu est ambitieux… Mais surtout Saint.

  1. Sainteté

Dans le Lévitique, livre très législatif, on ressent une grande distance entre Dieu et les humains. Pourquoi à votre avis ?

Nous aspirons tous à vivre dans un pays où règnent le partage, l’équité, l’harmonie sociale… Mais un problème récurrent demeure. Il y a comme une force qui nous pousse à l’égoïsme, l’injustice, la cupidité, la honte ou le mépris. Cette force, nous l’appelons le mal. Le mal endommage notre relation à Dieu, et notre relation aux autres. Il nous éloigne à des années lumière de la culture de Dieu, de sa sainteté.

Au lieu d’instaurer la paix, la justice sociale, l’équité, nous instaurons le mépris, la honte, le vol, l’injustice, etc.… Nous avons pour cela une dette envers Dieu.

Par ses lois, Il voulait réhabiliter nos relations et notre relation à Lui. Ces lois servent d’itinéraire vers sa sainteté.

Bien sûr, le mal est ancré en nous, de génération en génération, et nous rend incapables d’être saints comme Lui. C’est pourquoi déjà, dans ce troisième livre de la Bible, le Seigneur prévoyait un jour d’expiations pour les péchés. Le Yom Kippour. Le Jour où notre dette envers Lui était payée, régulièrement. Le Jour du Grand Pardon, le grand prêtre tirait au sort deux boucs : l’un pour être sacrifié, l’autre, bouc émissaire, chassé dans le désert, chargé symboliquement de tous les péchés d’Israël.

Cet animal sacrifié, ce bouc émissaire chassé, n’ont pas été suffisants. La symbolique est insuffisante. Nos péchés sont récurrents… C’est le cœur de l’humain qu’il faut changer. Alors, Dieu s’est chargé lui-même de nos péchés. En Christ, Dieu s’est fait homme, et a donné sa vie en rançon pour payer notre dette envers Lui. Il s’est fait lui-même sacrifice et bouc émissaire, pour nous. Égoïsme, cupidité, paresse, honte, Christ s’en est chargé. Par sa vie, nous sommes rachetés. En Christ, nous sommes saints. En Christ, nous sommes réhabilités dans notre dignité première.

En Christ, Dieu réhabilite parfaitement sa sainteté en nous.

CONCLUSION

En Christ, Dieu réhabilite parfaitement l’harmonie sociale, l’équité et notre sainteté. Dans un pays encore à venir, son Royaume éternel, ceux qui auront accepté Christ comme Sauveur et Seigneur Dieu, vivront cette réhabilitation parfaite. En attendant, suivons l’itinéraire du Christ, Dieu Saint fait homme. Soyons inspirés par la sainteté de Jésus-Christ, notre Seigneur.

PRIERE

Dieu Saint, pour ta sagesse, bonté et pureté infinies, merci. Merci d’être si parfaitement juste, si parfaitement équitable, impartial, et ô combien généreux. Sans mérite devant ta grâce, sans plus aucune crainte devant ta face, nous sommes. Sans effort, non sans quelque résignation, nous t’acceptons Jésus, tout à nouveau, comme Sauveur et Seigneur. Par ton Esprit Saint, sanctifie-nous. Par ton Esprit, que je sois semblable à toi.

Une brebis perdue et un berger éperdu

Cela vous est déjà arrivé, non ? De ne plus trouver vos clefs, vos lunettes, votre portefeuille, un papier important (ou, pire que tout, votre téléphone… !), et de chercher partout pendant loooongtemps, quitte à devoir appeler vos proches en panique (« dis, j’ai pas oublié mes lunettes chez toi ? »). Les scénarios tournent dans la tête alors qu’on essaie de retracer ses gestes ou ses pas. En même temps, un circuit parallèle s’enclenche pour trouver un plan B : et si je ne le retrouve pas… Untel a un double de mes clefs, je déplace mon rdv à demain, il faut que je retourne chez l’opticien, etc. Evidemment, si c’est votre téléphone que vous avez perdu, il n’y a pas de plan B : c’est la fin !

Quel soulagement quand on finit par retrouver ce qui était perdu : ce qui nous oppressait disparaît. On est reparti ! La vie tourne rond à nouveau. C’est vrai dans les petits moments du quotidien, pour nos clefs, nos lunettes, et a fortiori, bien sûr, avec des personnes : un ami perdu de vue qu’on recherche sur internet, une sœur avec qui on se réconcilie, un enfant qui a fugué et qu’on retrouve après des heures de recherche et d’angoisse…

Cette expérience, Jésus y fait référence dans une série de paraboles pour parler de Dieu.

Lecture biblique : Luc 15.1-7

1 Les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient tous de Jésus pour l’écouter. 

2 Et les Pharisiens et les scribes murmuraient ; ils disaient : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! »

3 Alors il leur dit cette parabole : 

4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perde une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? 

5 Et quand il l’a retrouvée, il la charge tout joyeux sur ses épaules, 6 et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins, et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue !” 

7 Je vous le déclare, c’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Jésus enchaîne en fait trois paraboles : celle-ci, une autre sur une femme qui perd l’équivalent de sa carte bleue, et l’histoire d’un homme dont l’un des deux fils part en claquant la porte (communément appelée la parabole du fils prodigue). Elles vont toutes dans la même direction, avec des nuances bien sûr, mais je vous propose de nous concentrer sur cette première parabole, la parabole de la brebis perdue.

          Un berger éperdu

Dans cette histoire, comme dans les Ecritures juives, le berger représente Dieu, et les brebis, son peuple, l’humanité. Ce berger possède une centaine de moutons. En comptant ses bêtes, il se rend compte qu’il en manque une : elle a dû se perdre en route.

Vu le contexte, Jésus associe clairement la brebis perdue aux collecteurs d’impôts, aux pécheurs qui sont venus l’écouter, ces gens qui se retrouvent en marge de la société juive, du peuple de Dieu, à cause d’un mode de vie contraire aux règles religieuses. Certains collecteurs d’impôts fricotaient avec le pouvoir romain, quitte à accepter la corruption financière, d’autres étaient mêlés à des pratiques licencieuses et immorales, d’autres encore n’en faisaient qu’à leur tête et ne respectaient rien.

Face à eux, comment Dieu peut-il réagir ? Instinctivement, on situerait Dieu sur un trône, raide, les bras croisés, attendant que le rebelle revienne en baissant les yeux. Or Jésus donne un portrait radicalement opposé : le berger laisse tout en plan et part chercher la brebis égarée. Pour Jésus, c’est une évidence : qui d’entre vous ne ferait pas ça ?

Est-ce si évident ? Clairement, il n’a pas entendu parler des 15% de pertes auxquelles on a droit ! Si vous avez oublié un article payé à la caisse, est-ce que vous laisseriez sur le parking votre caddie rempli de marchandises payées pour aller le chercher ! C’est trop risqué ! Alors, pour les 99 brebis, il n’y a peut-être personne qui va venir les voler, mais une bête sauvage pourrait attaquer, d’autres brebis pourraient se perdre… Ca ne paraît pas sage ! Ce serait plus rassurant si le berger laissait son troupeau sous surveillance, comme un père qui doit aller chercher son dernier à l’école et qui laisse les grands chez la voisine.

Evidemment, c’est une courte parabole, et il ne faut pas trop pousser les détails ! Cela dit, ce qui ressort, c’est l’impact sur le berger, le choc quand il comprend qu’une brebis s’est égarée : il laisse tout en plan et va la chercher.

Si le berger est Dieu, est-ce qu’on l’imagine s’interrompre, tout laisser en plan, pour partir à la recherche de celui qui s’est perdu ? faire tous les efforts, grimper, descendre, se faufiler, parfois courir, appeler à tous vents celui ou celle qui s’est éloignée ? face à la brebis perdue, Jésus nous montre un Dieu éperdu, un Dieu qui ne recule devant rien pour retrouver ceux qu’il aime.

Et quand il retrouve la brebis égarée, désorientée, sûrement paniquée, il la prend dans ses bras avec force et tendresse pour la ramener au bercail.

          Des brebis perdues mais précieuses

Peut-être que parmi vous, certains se sentent comme cette brebis : égarés, désorientés, en décalage avec Dieu, peut-être que vous vous êtes éloignés et que vous avez du mal à revenir, peut-être que vous avez l’impression de dériver, emportés par un courant contre lequel vous ne pouvez pas lutter, peut-être que vous vous demandez comment ce serait possible de revenir jusqu’à Dieu, et surtout, comment il pourrait bien vous accepter après cette séparation.

Le message de Jésus, c’est que Dieu ne vous attend pas : il vous cherche. Il vous appelle. Il vous court après, tellement vous êtes importants pour lui !

Finalement, je crois que c’est ça, le sens du troupeau de 99 brebis laissées de côté pour chercher 1 brebis : vous n’êtes pas un parmi d’autres, une perte que Dieu accepte dans son bilan comptable. Pour Dieu, vous avez une valeur inestimable. C’est pour cela qu’il vient dans l’humanité, à travers Jésus, pour chercher ceux qui se sont égarés (tout le monde, en fait, plus ou moins). C’est lui qui vient à notre rencontre, à votre rencontre, et s’il y a quelque chose qui vous pèse et vous empêche lui répondre, il le prend sur lui, berger devenu brebis, Dieu devenu homme en Jésus, prêt à porter tout le poids de ce qui nous accable, nos souffrances comme nos injustices, à endurer la pire condamnation, pour que nous n’ayons ‘’qu’à’’ répondre « oui ».

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : une fois la brebis retrouvée, la joie déborde. Trois fois Jésus cite la joie du berger. Il y a la joie de retrouver la brebis perdue, et aussi le contentement de retrouver son troupeau, sa famille, au complet.

En rentrant, il est dans une telle effervescence qu’il fait une fête, une grosse fête, avec tout le quartier ! Ceux qui sont perdus, Dieu part à leurs trousses pour les inviter à la fête, avec lui, dans la joie de son amour.

Petit décalage : la parabole parle des efforts du berger pour retrouver sa brebis, alors que dans sa conclusion, Jésus évoque le mouvement de conversion des pécheurs. Se convertir, c’est se tourner vers… Alors, qui fait le mouvement ? le berger ou la brebis ? Dieu ou nous ? Les deux ! Dieu fait quasiment tous les efforts : il envoie une invitation, il appelle, il se déplace en personne… mais il faut répondre ! RSVP ! Cette réponse, c’est un lâcher-prise (oui !), une prière, voire une question « t’es sûr que tu m’aimes vraiment ? »…

Et cette réponse est un choix, un mouvement : répondre oui à l’invitation de Dieu, c’est comme s’inscrire à un événement – on renonce à être ailleurs, à faire autre chose, on renonce à ce qui nous empêche d’être avec Dieu.

          Changer de regard sur l’autre  

Pour qui Jésus raconte-t-il cette histoire ? Si on se sent brebis perdue, on est touché par ce message d’un Dieu qui nous aime de façon éperdue.

Pourtant Jésus ne vise pas ici les « brebis perdues »: il parle d’abord aux pharisiens, aux religieux bien-pensants et convenables qui viennent de le critiquer, de s’insurger qu’un prophète accepte de se mélanger avec ceux qui viennent des bas-fonds. Comme de bons élèves qui seraient choqués que le prof inclue les cancres pour une sortie découverte.

Le message de Jésus, c’est que Dieu ne voit pas ces « cancres », ces « rebelles », comme des intrus, mais comme des invités d’honneur ! Et on comprend pourquoi, puisque Jésus nous a révélé ce qui se passe dans le cœur de Dieu : son plus profond désir, c’est que tous reviennent à lui. Il est prêt à tout pour les retrouver. Alors quand Jésus voit s’approcher pour l’écouter ces « pécheurs » marginalisés, même sur la pointe des pieds, même sans avoir tout compris, il est tellement heureux, car il porte en lui ce désir de Dieu de retrouver ceux qui l’ont perdu de vue.

Quel contraste avec l’attitude des pharisiens ! Préoccupés à juste titre par la sainteté de Dieu, ils sont scandalisés par certaines choses. Le problème, c’est que ça a dérivé, ça a pris des proportions énormes et ils ont fini par juger les gens, par distinguer entre les bons et les mauvais, ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors – hors de question de les mélanger !

Aujourd’hui, dans notre société, il y a bien des principes et des comportements qui paraissent incompatibles avec la foi. Est-ce que nous en arrivons à éviter, à fuir, à repousser ( ?) ceux qui vivent ainsi ? S’ils venaient ici, sans s’être rangés, comme ils sont, seraient-ils les bienvenus ?

Dans le jugement des pharisiens, il y a de l’orgueil, oui, un aveuglement sur leurs propres failles (personne n’est de lui-même parfaitement en phase avec le Dieu saint, intègre, juste et bon !), et un oubli de l’essentiel : Dieu désire ceux qu’il a créés, il désire vivre avec eux, les combler de son amour, les inviter dans sa joie.

Jésus rappelle la posture de Dieu pour nous appeler à nous réjouir de ce qui réjouit Dieu, à accueillir ceux que lui invite – accueillir malgré les différences, les écarts, les incompréhensions, les « valises ». A changer de regard pour voir l’autre comme un précieux, invité d’honneur à la table de Dieu.

Et si on comprend ce désir éperdu de Dieu, sa ferveur, notre regard ne change pas seulement dans l’église, au culte ou dans les groupes. Il change aussi dehors, au quotidien : on dit qu’on se fait une idée des gens dans les 10 premières secondes. Et si notre première impression c’était que l’autre est précieux aux yeux de Dieu, que Dieu le désire et l’invite ? Notre collègue agaçant, notre voisine qui ronchonne, un copain survolté, une cliente impolie, tous ceux qui nous semblent à côté de la plaque : si l’amour fervent de Dieu venait transformer notre regard, qu’est-ce que ça donnerait ? au lieu de la suspicion, du jugement ou du rejet, d’une attitude défensive ou dégoûtée, peut-être de l’intérêt, de la curiosité, une écoute, une disponibilité pour aller boire un café, pour aller plus loin dans la relation. Expérimenter à notre tour le désir profond que l’autre reçoive, là où il est, l’amour de Dieu qui le cherche, voilà qui peut changer notre perspective, nos actes, et nos paroles – et peut-être, permettre à l’autre de se savoir aimé de Dieu, de façon éperdue.

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Déconstruire pour reconstruire (Zacharie 5)

Déconstruire est un phénomène très répandu parmi les jeunes français actuellement. Des mouvements sociaux se sont appropriés ce terme, au départ philosophique, dans le but de pointer du doigt des injustices, des discriminations, des stéréotypes sociétaux (genre, religion, minorités, …) jugés néfastes.

Il y a la déconstruction d’aspects d’une société, comme l’idée de remplacer une statue de Napoléon par la grande avocate Gisèle Halimi à Rouen, et, il y a la déconstruction de soi.

Se déconstruire est devenu un processus long durant lequel on s’analyse soi-même, on décortique nos habitudes naturelles de penser et d’agir. Se déconstruire pour trier consciemment les bonnes et les mauvaises influences qui nous ont construites.

Un prophète, Zacharie, a justement été inspiré par Dieu pour inciter à une déconstruction communautaire. En 538 av. J.-C., les exilés de Babylone revenaient en Judée. Dans leur pays en friche, un temple en ruines, Dieu les incitait par Zacharie et Aggée à déconstruire de leurs habitudes pour reconstruire du neuf… En 520 av. J.-C., Zacharie disait alors ceci aux Israélites de Judée :

1J’eus encore une vision et je vis un livre en forme de rouleau voler à travers les airs. 2« Que vois-tu ? » me demanda l’ange. Je répondis : « Je vois un rouleau qui vole à travers les airs : il a dix mètres de long et cinq mètres de large. » 3Alors il me dit : « C’est le texte de la malédiction qui atteindra le pays tout entier : sur un côté du rouleau, il est écrit que tous les voleurs seront expulsés du pays et, sur l’autre, que toutes les personnes qui prononcent de faux serments le seront également. 4Le Seigneur de l’univers affirme qu’il envoie lui-même cette malédiction : elle pénétrera dans la maison de chaque voleur et de chaque personne qui prononce de faux serments en se servant de mon nom ; elle y restera et détruira tout, même les poutres et les pierres. »

5 L’ange chargé de me parler vint me dire : « Lève les yeux et regarde ce qui apparaît là-bas. » – 6« Qu’est-ce que c’est ? » lui demandai-je. Il répondit : « C’est une corbeille qui contient les fautes de tout le pays. » 7À ce moment-là, le couvercle de plomb qui était sur la corbeille se souleva et je vis une femme assise à l’intérieur. 8L’ange me dit : « Elle représente la Méchanceté. » Puis il la repoussa à l’intérieur de la corbeille et remit le couvercle. 9Levant les yeux, je vis apparaître deux femmes qui volaient, poussées par le vent : elles avaient en effet des ailes semblables à celles d’une cigogne. Elles prirent la corbeille et l’emportèrent dans les airs. 10Je demandai à l’ange où elles l’emmenaient. 11Il me répondit : « À Babylone, où elles lui construiront un temple ; elles dresseront un socle sur lequel elles l’installeront. »

  1. Déconstruire le mal

Ces deux visions relèvent un peu d’un film de science fiction… Dieu a souvent communiqué des messages par des rêves plus ou moins symboliques dont il ne reste qu’à percer le sens.

La première vision (v1-4) est celle d’un rouleau/manuscrit qui vole dans les airs. Un manuscrit aux dimensions complètement surréalistes. Ce manuscrit est une malédiction contre les voleurs et les menteurs… DIX MÈTRES de long sur CINQ MÈTRES de large d’accusations objectives, RECTO-VERSO !

Une masse d’accusations contre les voleurs et ceux qui prononcent des faux serments, autrement dits qui jurent un mensonge sur le nom de Dieu.

Pourquoi ceux-là en particulier ? Le vol représente un abus contre autrui, tandis que le faux serment est un abus envers Dieu. Ces deux abus représentent en réalité l’étendu du péché. Le péché cause du mal à mon frère et ma sœur en Humanité, et contre Dieu lui-même  !

Ce manuscrit écrit recto-verso fait référence aux deux tablettes des 10 commandements, écrites par la main même de Dieu (cf. Ex 32.15-16). L’une contenait 5 commandements qui se récapitulent en un : Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force (cf. Ex 20.3-12 ; Dt 6. 5 ; Mc 12.30). L’autre contenait 5 commandements qui se récapitulent en un second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (cf. Ex 20.13-17 ; Lv 19.18 ; Mc 12.31).

L’amour de Dieu comme l’amour du prochain sont complètement ignorés dans le pays, alors qu’ils reviennent d’exil !… Les relations verticales comme la relation horizontale sont ravagées par le péché.

Raison pour laquelle Dieu, le Seigneur de l’univers, envoie lui-même la destruction complète de ces habitudes ravageuses. Dieu veut déconstruire la culture d’abus. Dieu veut aussi déconstruire les aspects de notre culture personnelle et sociétale qui ne correspondent pas à sa culture ! Déconstruire, pour reconstruire avec Lui.

La deuxième vision (v5-11) est celle d’une corbeille à mesure commerciale gigantesque, fermée d’un couvercle de plomb, contenant une femme « Méchanceté ». Ce n’est pas Maléfique de Disney mais presque. Maléfique est un peu le mal incarné, tandis que la femme de la corbeille « Méchanceté » symbolise TOUT le mal COMMIS dans le pays PAR ses habitants. Son prénom « Méchanceté », est un nom générique pour le mal dans ces différentes manifestations : injustice, violence, malhonnêteté dans le commerce. En gros, « Méchanceté » illustre le péché quotidien d’une société.

Une fois que Zacharie l’a vu, l’ange repousse violemment la Méchanceté. Puis il referme la corbeille d’une grosse masse de plomb, comme on enferme un bandit en prison.
C’est là qu’apparaissent deux mi-femmes mi-cigognes !

Pourquoi deux mi-femmes mi-cigognes ?

Les cigognes sont des oiseaux migrateurs, habitués aux très longs voyages, dont le nom hébreu signifie « la fidèle » pour cet animal considéré à l’époque « impur ». Ces deux femmes cigognes, consœurs de la Méchanceté, éloignent la coupable à l’abri du jugement… Simultanément expulsées et poussées par l’Esprit de Dieu à Babylone, le pays en révolte contre Dieu par excellence. Babylone, c’est l’antitype du pays où Dieu veut reconstruire une culture sans mal, sans mensonges, sans corruptions, sans discriminations, etc.

Mais comment veut-il s’y prendre ?

  1. Comment ? Reconstruire sur Christ.

Les visions de Zacharie de la part de Dieu encouragent les Judéens à reconstruire le pays en ruines. Mais la reconstruction d’une société, d’une culture familiale, d’habitudes personnelles passent forcément par la déconstruction de nos propres maux. Le cœur humain est l’origine de tous les maux. Notre mal profond, notre culpabilité héréditaire a besoin elle aussi d’être expulsée de nous. On mérite tous de finir comme le voleur et le calomniateur : expulsés loin de Dieu.

Mais Dieu a toujours voulu nous sauver de nous-mêmes. Il a toujours voulu détruire complètement le mal dans le monde. Par sa Parole, non plus un manuscrit volant mais Dieu fait homme, il nous propose un plan de reconstruction. Nos péchés n’ont pas été transportés ailleurs que sur Jésus-Christ sur la croix afin de les détruire complètement. Du « ciel », Jésus-Christ est venu prendre nos innombrables maux, les emmener sur la croix, et la croix est ainsi devenue le piédestal de nos péchés. Notre péché, nos maux et ceux du monde, il les a cloué avec Lui sur la croix.

Pourquoi le mal existe-t-il encore dans ce cas ?

La victoire de Jésus-Christ sur le mal est déjà entamée. Le mal du monde a déjà sa date de destruction. Lorsque Jésus-Christ reviendra établir son pays où règne sa culture, alors, le mal sera détruit à jamais.

En attendant ce jour certain, le Christ nous a envoyé son Esprit. Ce même Esprit qui expulse loin le péché du peuple… Cet Esprit demeure en nous, comme la malédiction demeure chez celui qui ne veut pas de Dieu. Et cet Esprit détruit tout le péché en nous, petit à petit, jusqu’au retour de Jésus-Christ. L’Esprit du Christ demeure jusqu’aux parties les plus intimes de nous-mêmes, les poutres et la charpente de notre être, et détruit nos maux les plus robustes.

Alors déconstruisons ce mal en nous. Déconstruisons ces habitudes néfastes, ces petits et grands abus envers Dieu et envers autrui. Mais non pas par nous-mêmes. C’est par Christ seul et son Esprit. Déconstruisons pour reconstruire la culture du Royaume de Dieu. Et même si l’on s’arrête en cours de chantier, comme les Judéens, Dieu est le Dieu des recommencements.

La jeunesse française n’a qu’une attente, c’est celle d’un pays sans mal, sans discriminations, sans mensonges, sans inégalités, sans malhonnêtetés. Nous connaissons ce pays-là ! Nous connaissons comment y entrer et même comment le vivre partiellement ici et maintenant ! Alors annonçons Christ. Annonçons la Parole de bénédiction. Et reprenons le chantier de la transformation pour nous-mêmes, par l’Esprit du Christ, avec le Dieu des recommencements.