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Objectif: suivre Jésus

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Lecture biblique: Luc 5.27-32

Qu’est-ce qu’être chrétien ? Une définition serait : suivre Jésus. Croire en lui et marcher dans ses pas, suivre ses valeurs et ses orientations. En ce tout début d’année, j’aimerais me joindre aux magazines qui nous conseillent de prendre de bonnes résolutions, non pas pour vous encourager à faire plus de sport, manger sainement ou lire davantage, mais, comme c’est un temps de bilan et de réorientation, pour vous encourager, nous encourager, à nous recentrer sur cet objectif : suivre le Christ. Et pour cela, j’aimerais revenir au début de l’évangile de Luc, qui raconte l’appel de Jésus à un de ses premiers disciples, Levi. Jésus vient de faire deux miracles, deux guérisons.

Lecture

Comme d’habitude, les initiatives de Jésus ne passent pas inaperçues. Jésus, qui commence à être connu, croise au péage un collecteur de taxes et l’appelle à le suivre. Les collecteurs de taxes étaient peu appréciés à son époque : souvent malhonnêtes, ils étaient au service du pouvoir romain, un pouvoir étranger et païen – ce qui leur attirait les foudres du peuple juif, qui les traitait de collabos. Pourtant, ce marginal, Jésus l’appelle à le suivre, tout comme il a guéri des marginaux, un lépreux, un paralytique, un peu plus tôt dans le texte. Levi répond avec enthousiasme, et ni une ni deux, il se lève, abandonne tout et le suit. L’autre nom de Levi, c’est Matthieu, l’un des 12 apôtres, celui qui a écrit un des 4 évangiles, un marginal devenu central.

Tout à sa joie, Levi organise une immense fête, un banquet, chez lui, et il invite ses amis, ses collègues, ses connaissances, des gens qui lui ressemblent. Jésus aussi est invité, avec ses disciples, et on imagine Levi raconter à ses invités son expérience, cette conviction qu’il a eue qu’il devait suivre Jésus, qu’il devait faire ce grand saut dans le vide pour aller avec lui – c’était le premier parcours alpha !

Voici qu’arrivent les chefs religieux, les pharisiens, scandalisés de voir Jésus – quand même un bon Juif – traîner avec ces gens-là. Courageux mais pas téméraires, ils demandent aux disciples (pas à Jésus lui-même) pourquoi ils se mettent à table avec ces pfff… ces gens peu fréquentables, ces pécheurs à la moralité discutable, sans foi ni loi. Vraiment, ça ne fait pas honneur à Dieu !

Qu’il ait entendu ou qu’on l’ait averti, Jésus vient leur répondre : « Ah vous vous croyez justes ! ah vous ne voulez pas vous salir avec des gens impurs ! Eh bien, pour moi, la guérison, c’est pour les malades, le pardon, c’est pour les coupables, et je leur apporte moi-même. Je suis venu appeler ceux qui se reconnaissent pécheurs, pour qu’ils changent de vie. »

Quelle intensité dans les actes et les paroles de Jésus ! On a là un concentré d’évangile, et je vous propose d’en extraire quelques principes actifs pour nous en ce début d’année, pour nous encourager à mieux suivre le Christ, à aller plus loin dans notre vie avec lui.

1)   Accueillir la bonne nouvelle du salut              

Premier principe actif : entendre (ou réentendre) la bonne nouvelle du salut. Levi est un exemple pour nous, l’exemple de celui qui a entendu l’appel et y a répondu avec tout son cœur. Dans sa réaction, il est entier : il se lève, abandonne tout, suit Jésus, invite tous ses amis pour leur présenter le Maître. On devine derrière ces actes radicaux la confiance, la joie, la reconnaissance.

Car Levi, depuis qu’il travaille aux impôts pour l’administration romaine, a bien vu les visages se durcir, les portes se fermer, les gens se détourner. Dans ce contexte, devant les regards chargés de jugement, est-ce qu’il a eu le courage d’aller encore au culte à la synagogue ? Peut-être qu’il s’est laissé influencer par ses collègues malhonnêtes. On ne sait pas comment il vivait avant de rencontrer Jésus, mais ce qui est sûr, c’est qu’il avait été repoussé dans les marges de la société. Et là, un maître spirituel, un guérisseur reconnu, l’appelle, lui ?! Il l’invite à le suivre ?!

Cette main tendue, Levi la saisit sans y réfléchir à deux fois ! S’ajoutent sûrement l’autorité et le charisme de l’envoyé de Dieu, qui donnent à Levi la conviction que là, avec Jésus, se trouve sa paix, sa joie, le sens de sa vie. Levi n’en sait pas plus – il ne sait pas que Jésus est le Fils de Dieu, qu’il va mourir à sa place, ressusciter, etc. – mais il entend, dans la voix du Christ, l’invitation de Dieu.

En contrepoint, nous avons les Pharisiens, campés sur leurs certitudes, sûrs de leur justesse théologique, de leur légitimité, de leur pureté. Les Pharisiens à la base ne sont pas des mauvais bougres : ils veulent simplement faire honneur à Dieu dans tous les domaines de leur vie, et pour cela ils ont réfléchi, et sont arrivés à beaucoup de principes et de règles, pour ne pas se compromettre, pour être le plus purs possibles, par déférence envers le grand Dieu saint, le Dieu juste qui déteste le mal. Seulement, les Pharisiens, obnubilés par leur plan de sainteté en 40 points, ont oublié qu’ils étaient pécheurs. Ils n’ont pas vu l’orgueil s’enraciner dans leur cœur, les rendre hautains et fermés, secs et durs. Se croyant debout et bien portants, beaucoup refusent la main que Dieu leur tend en Jésus.

C’est sûr que quand on fait ou qu’on a fait n’importe quoi, qu’on a vécu une vie lamentable, on se rend facilement compte qu’on a besoin d’aide. Ceux qui sont couverts de boutons ou qui ne peuvent plus marcher se rendent bien compte qu’ils ont besoin d’un médecin. C’est peut-être plus difficile pour ceux qui ont suivi un long fleuve tranquille : nés dans une famille équilibrée, héritiers de valeurs saines et constructives, ayant toujours connu Dieu et suivi plus ou moins son chemin, ils vont bien. Pourtant, que l’on soit un grand pécheur devant l’Eternel ou quelqu’un de bien, la vérité de l’Evangile c’est que nous sommes tous coupables devant Dieu, et que nous avons tous autant besoin de saisir la main du Christ. La vérité de l’Evangile, c’est que tous autant que nous sommes, nous étions détestables aux yeux de Dieu, par notre péché, par notre orgueil, mais que Dieu nous a aimés en Jésus-Christ, et qu’il a payé le prix fort pour faire de nous, chacun de nous, ses enfants.

Entendre ou réentendre la bonne nouvelle du salut, c’est donc saisir le pardon immérité de Dieu, la grâce immense de son amour, dont nous nous savons indignes au plus profond de nous. Dieu nous invite à être ses enfants ! Adolescents rebelles, addicts, entrepreneurs à succès, salariés sans histoire, anonymes inutiles à la société : peu importe, Dieu nous invite à être ses enfants !

2)   Devenir témoins de la grâce                           

Si on saisit vraiment, profondément, cette réalité de l’amour immérité de Dieu pour nous en Jésus-Christ, alors on ne peut que suivre le chemin de la grâce, devenir témoins de la grâce que nous reçue (diapo). Les Pharisiens, sûrs d’eux, sont prompts à mépriser ceux qui galèrent et ne suivent pas le code de sainteté à la lettre. A l’inverse, ceux qui se savent pécheurs pardonnés comprennent les autres pécheurs : « J’étais là ! Je m’en suis sortie, mais je sais combien la pente est glissante, combien le chemin paraît long. Garde espoir, mon frère, ma sœur, car si Dieu a pu me sortir de là, il peut le faire pour toi aussi. » Peu importe qu’on ait vécu le même problème ou pas ! Nous étions loin de Dieu, et Dieu nous a tendu la main.

Baigner dans l’amour de Dieu nous conduit à porter sur les autres un regard compréhensif et encourageant. C’est ce que fait Jésus ! Alors que lui, c’est le seul à n’avoir jamais été indigne de Dieu ! Mais parce qu’il est plongé dans l’amour de Dieu, sa perfection morale n’est pas l’occasion de juger ou de repousser, mais au contraire de partager le remède, d’encourager à saisir la main de Dieu pour une vie nouvelle, saine, sainte, juste, belle et bonne. Même lui, il refuse de juger – en tout cas, ceux qui sont conscients de leur péché, parce que les orgueilleux qui s’illusionnent, Jésus les secoue à plusieurs reprises.

Est-ce à dire qu’il faut tout tolérer, tout accepter ? Cautionner le mal ? Bien sûr que non ! Jésus nous montre qu’on peut être avec quelqu’un sans cautionner ses erreurs ou ses fautes. Il nous montre comment être témoins de l’amour de Dieu. Plus tard, dans un sermon qu’il donne sur une montagne, Jésus appelle ses disciples à faire une différence dans le monde, en étant comme du sel dans un monde dénaturé. C’est comme s’il nous appelait à être bleus dans un monde jaune. Si nous restons dans une petite bulle bleue, notre couleur ne fera aucune différence. Si nous allons chez les jaunes, mais que nous laissons leur couleur déteindre sur nous et nous rendre vert pâle, nous ne ferons pas de différence. Jésus nous appelle à rejoindre ceux qui ont besoin de son amour et sa justice, et à le faire en lui restant fidèles, en restant bien bleus dans un monde jaune.

Cela nous oblige à considérer la question de ce qui nous influence. Jésus fréquentait des pécheurs sans pécher lui-même : pourquoi ? Parce qu’il soignait sa relation avec Dieu, il cherchait l’influence de Dieu pour s’enraciner dans la justice, la vérité, la paix, l’amour. Il méditait les révélations de Dieu, il priait. Même avec des injustes ou des menteurs, même avec de mauvaises fréquentations, Jésus veillait à garder comme seule influence Dieu – et du coup c’est lui qui déteignait sur les autres et non pas le contraire. Rempli de l’Esprit de Dieu – qu’il nous a donné à nous aussi – ce qu’il vivait avec Dieu était contagieux – comme la joie contagieuse de Levi !

Je crois que ce texte nous invite à l’audace, l’audace d’aller rencontrer et fréquenter des gens différents, qui nous mettront peut-être mal à l’aise, pour partager avec eux le salut que nous, nous avons déjà reçu.

Mais si on veut aller plus loin, il faut dire que cette audace doit s’accompagner de patience et de bienveillance, parce que les pécheurs – les autres, mais nous aussi, vous connaissez la parabole de la paille et de la poutre – les pécheurs ne deviennent pas saints d’un claquement de doigt. Il y a ceux qui ont tout à apprendre, le b.a.ba de Dieu, et trois prédications ne suffiront pas. A l’autre bout, il y a ceux qui ont presque tout entendu, mais qui doivent persévérer pour laisser Dieu guérir en eux le mal qui ne se voit pas. Il y aura ceux qui cèdent à la tentation, ceux qui se retrouvent coincés peut-être par erreur, par immaturité, ceux qui mettront du temps à comprendre : avec tous, jeunes ou vieux chrétiens, nous sommes appelés à la patience et à l’encouragement, nous sommes appelés à être témoins de la grâce du Christ.

L’église est un lieu d’apprentissage, l’école de la vie avec Dieu, où nous nous mettons ensemble à l’écoute du Christ, où nous nous soutenons pour sortir des impasses de notre péché. Je crois qu’on ne devrait pas avoir de tabous dans l’église : le mal, commis ou subi, est terrible, mais aucun de nous n’en est indemne. Dieu nous a rassemblés pour que nous nous soutenions les uns les autres, que nous parlions de ce qui est difficile, de nos échecs, de nos défis, que nous célébrions nos progrès. Ecouter, conseiller, prier, chercher ensemble comment progresser, accueillir ensemble les réponses de Dieu : voilà la vocation de l’église ! Un lieu de dialogue, de conseils, de vérité, sans masques, un lieu d’apprentissage, un lieu de prière et d’humilité, un lieu saturé de grâce reçue et partagée.

Conclusion

L’église, notre église, est composée de gens infréquentables que le Christ a décidé de fréquenter. Nous sommes tous des coupables graciés, des pécheurs pardonnés – c’est cette vérité de la grâce qui, il y a 500 ans, a bouleversé un certain moine, Martin Luther, au point de se rebeller contre les responsables religieux de son époque. Comme lui, comme Levi, laissons-nous bouleverser par l’immense amour de Dieu, par l’offre gratuite du salut, laissons-le changer, chambouler notre vie, pour la 1e ou la 100e fois. Les racines bien plongées dans l’amour de Dieu, soyons témoins de sa grâce autour de nous, en dehors de l’église mais aussi dans l’église. Soyons témoins de la grâce de Dieu les uns envers les autres, encourageant chacun à aller plus loin dans la vie nouvelle où Jésus nous appelle, avec l’humilité des pécheurs pardonnés que nous sommes, conscients que notre maître, le Christ, peut faire germer la vie en toute situation, même la plus sombre, pour peu qu’on saisisse sa main.

Un épisode banal et prophétique à la fois

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/un-pisode-banal-et-proph-tique

Lecture biblique : Luc 2.40-52
Les évangiles canoniques sont peu bavards sur l’enfance de Jésus. Pourtant, on pourrait légitimement se poser des questions : Comment était Jésus enfant ? Quelle conscience avait-il de sa personne et sa mission ? Accomplissait-il des miracles ?

En réalité, si on excepte la visite des mages qu’on peut difficilement dater et les premiers jours de sa vie, cet épisode est le seul qui évoque un moment de la vie de Jésus entre sa naissance et le début de son ministère public. Il est le seul qui lève le voile sur 30 ans de présence incognito du Fils de Dieu sur la terre !

Un épisode banal

Si les évangiles canoniques sont presque muets sur l’enfance de Jésus, les évangiles apocryphes, par contre, contiennent de nombreux récits parfois extravagants. On voit Jésus accomplir des miracles en enfant capricieux : par exemple il pétrit des moineaux à partir de terre glaise un jour de sabbat et leur donne vie d’un claquement de mains, ou alors, irrité par un enfant qui le bouscule, il le terrasse d’une seule parole. Ailleurs il apparaît comme un surdoué qui remet en place son maître d’école.

Tout cela contraste avec l’extrême sobriété des évangiles bibliques. Car au premier abord, même s’il y a bien quelques aspects étonnants, le seul récit de l’enfance dans les évangiles canoniques est banal. Il apparaît même dans le texte comme une parenthèse : les versets 40 et 52, qui encadrent notre récit, disent à peu près la même chose. C’est donc l’histoire d’un enfant perdu dans une foule et finalement retrouvé par ses parents. On pourrait presque entendre : « Le petit Jésus a perdu ses parents et les attend à la réception ».

Les pèlerinages à Jérusalem pour les différentes fêtes suscitaient de grands mouvements de foules. On s’y rendait en famille, au sens large, et on se déplaçait en grands groupes. Ce qui explique que Marie et Joseph n’aient pas réalisé tout de suite que Jésus n’était plus avec eux. Ils pensaient sans doute qu’il était avec les autres enfants. Quand ils réalisent qu’il n’est plus dans le groupe, l’angoisse les saisit. Ils font demi-tour et vont le chercher à Jérusalem. Et ils finissent par le retrouver au temple.

Puis tout redevient comme avant : « Jésus grandit, sa sagesse se développe et il se rend agréable à Dieu et aux hommes. »

Nous voyons ici un incident banal au milieu d’une enfance tout ce qu’il y a de plus normale, comme pour n’importe quel enfant. Mais cette banalité est importante car elle témoigne de la réalité de l’incarnation. Pour que le Fils de Dieu devienne homme, il fallait qu’il nous rejoigne aussi dans notre banalité, notre quotidien. Ça n’aurait pas été le cas s’il s’était incarné en surhomme, comme nous le présente un peu les évangiles apocryphes. Jésus n’est pas un super-héros, il est notre frère en humanité.

Un récit prophétique

Ceci dit, derrière la banalité se cache autre chose, notamment dans la façon dont Luc raconte cet épisode. Une phrase en fin de récit nous met la puce à l’oreille : « Sa mère garde toutes ces choses dans son cœur. » Et si on mène l’enquête, on se rend compte qu’il y a quelques indices cachés indiquant que ce texte va au-delà de l’épisode banal.

Tout d’abord, les événements se passent alors que Jésus a 12 ans. Était-ce la première fois qu’il accompagnait ses parents à Jérusalem pour la Pâque ou le faisait-il chaque année, on ne sait pas. Mais il se trouve que ce nombre 12 a une portée symbolique dans la Bible, désignant le peuple de Dieu (les 12 tribus, les 12 apôtres…).

Autre élément intéressant lorsqu’on connaît la suite de l’histoire : Jésus est retrouvé par ses parents le troisième jour. Autrement dit, pendant 3 jours Jésus était perdu, comme mort pour ses parents. Et le troisième jours ils le découvrent vivant ! Et en plus ça se passe pendant la fête de la Pâque ! Est-ce vraiment une coïncidence ?

Ensuite, il y a le fait que Jésus discute avec les maîtres de la Loi. Il les écoute et pose des questions. Et il fait preuve d’une sagesse qui étonne ceux qui l’entendent. Plus tard, ce seront eux, les chefs religieux, qui poseront des questions à Jésus, la plupart du temps pour le piéger. Et les foules seront toujours étonnées par sa sagesse… C’est comme si l’affrontement futur de Jésus avec les chefs religieux se préparait déjà, ici, dans le temple, lorsque Jésus a 12 ans.

Enfin, il y a la réponse de Jésus à l’inquiétude de ses parents : « Vous m’avez cherché, pourquoi ? Vous ne savez donc pas que je dois être dans la maison de mon Père ? ». Et là, ces paroles sont vraiment étonnantes. Elles traduisent déjà un lien particulier de Jésus avec ses parents, préfigurant ce qu’il dira plus tard et qui sera mal perçu par sa famille :

20Alors on annonce à Jésus : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, ils veulent te voir. » 21Mais Jésus dit à tout le monde : « Ma mère et mes frères, ce sont les gens qui écoutent la parole de Dieu et qui lui obéissent. » (Luc 8.20-21)

Il y a dans ce dialogue de Jésus enfant avec ses parents quelque chose du décalage et de l’incompréhension à laquelle Jésus devra faire face dans son ministère, de la part des siens.

Je ne crois pas que tous ces indices soient des coïncidences. La façon dont Luc raconte cet épisode banal de l’enfance de Jésus annonce ce que sera le ministère de Jésus un peu moins de vingt ans plus tard. Petit à petit, Dieu préparait Jésus à l’accomplissement de sa mission.

Dieu prend le temps de la préparation de son plan. Toute l’histoire biblique en témoigne, déployant sur plusieurs siècles l’action de Dieu jusqu’à l’accomplissement de la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Dieu prend le temps…

Et c’est vrai aussi dans notre vie où nous aimerions souvent que les choses avancent plus vite, que tout soit réglé d’un claquement de doigt ou d’une simple prière. Il y a des accomplissements qui demandent une attente et une préparation. Et Dieu sait prendre ce temps… pour nous c’est souvent plus difficile !

Conclusion

Au seuil d’une nouvelle année, cet épisode au premier abord banal nous invite à voir la présence de Dieu dans notre quotidien. La plupart des jours de 2016 seront sans doute banals pour chacun d’entre nous. Ça ne signifie pas que le Seigneur n’y sera pas présent et qu’il ne sera pas en train d’accomplir, ou de préparer l’accomplissement de ses promesses !

Gardons cette assurance dans notre cœur. Nous en aurons sans doute bien besoin.

Heureux ceux qui croient…

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http://soundcloud.com/eel-toulouse/heureux-ceux-qui-croient

Lecture biblique: Evangile de Luc, chapitre 1, versets 39-56

Marie chante pour Dieu dans un contexte particulier. Quelques jours auparavant, un ange lui est apparu et lui a annoncé qu’elle serait enceinte, et enceinte du Fils de Dieu. Toutefois, Marie est hésitante : certes, elle est fiancée, mais elle n’a jamais eu de relations conjugales car elle attend d’être mariée. En réponse, l’ange lui dit que sa virginité n’est pas un obstacle à l’action de Dieu – et il en veut pour preuve que la cousine de Marie, Elisabeth, plus âgée, stérile, est tombée enceinte alors qu’elle ne pouvait plus avoir d’enfant. Elisabeth a déjà expérimenté l’action miraculeuse de Dieu dans sa vie, et se prépare à donner naissance à Jean, appelé à être prophète de Dieu pour préparer le peuple à l’arrivée du Messie, du Fils de Dieu, du Sauveur, Jésus, que Marie enfantera.

Lecture

Cette scène est extrêmement touchante : elle réunit devant nos yeux la mère du futur prophète Jean, le Baptiseur, et la mère du futur Sauveur. Deux femmes qui ne devraient pas être enceintes, l’une à cause de son âge et de sa stérilité, l’autre à cause de sa virginité. Dans un cas, Dieu a exaucé les prières, dans l’autre, Dieu a pris l’initiative : deux miracles se rejoignent, faisant flamboyer la grâce et la puissance de Dieu. Mais si les deux cousines se réjouissent, si elles sont transportées d’allégresse, c’est, au-delà des miracles, à cause de cette nouvelle ère qui commence : le sauveur annoncé depuis des siècles est là, minuscule commencement d’homme, dans le ventre encore plat de Marie. Il est là, le règne de Dieu s’est approché !

Marie, portant et nourrissant le Fils de Dieu fait homme, donnant sa chair, son ADN, au sauveur du monde, Marie porte une bénédiction unique, particulière, et Elisabeth le reconnaît avec joie ! Mais cette bénédiction, unique, s’accompagne d’une autre parole, de la première béatitude de l’évangile de Luc : « Heureuse celle qui a cru, car elle verra l’accomplissement des promesses de Dieu. » Heureuse celle qui a eu confiance en Dieu ! Autant le statut de Marie comme mère du Christ est unique, autant la bénédiction de ceux qui croient s’ouvre à tous ceux qui osent faire confiance à Dieu, hier, aujourd’hui, et demain.  J’aimerais voir avec vous comment cette visite de Marie à sa cousine Elisabeth nous encourage dans notre foi en Dieu, qui ouvre au bonheur véritable.

1)   Discerner       

L’exemple de ces deux croyantes, dans ce texte, nous invite à une première démarche : discerner l’action de Dieu dans notre vie. Discerner, reconnaître, percevoir, comprendre, l’empreinte de Dieu dans notre vie, les signes de son action, les traces de son passage.

Pourquoi Marie va-t-elle voir sa cousine ? Presque dans la foulée de l’annonce de l’ange ? L’ange avait terminé son annonce à Marie en évoquant le miracle de la grossesse d’Elisabeth, qui fonctionne pour Marie comme un signe que Dieu est fiable, comme une preuve que Dieu accomplit son œuvre quels que soient les obstacles : c’est le Dieu puissant, créateur, le Dieu des miracles.

Alors Marie va voir Elisabeth, elle veut voir les signes de l’action et de la puissance de Dieu. Ainsi, elle sait que Dieu accomplira ce qu’il lui a promis : l’enfant naîtra, et sera le sauveur.

De son côté, Elisabeth cherche elle aussi à comprendre le sens de ce qu’elle vit. Quand Marie salue Elisabeth, celle-ci sent l’enfant qu’elle porte donner un coup. Celles qui ont vécu des grossesses le savent : les enfants bougent dans le ventre, et ce mouvement pourrait être une coïncidence. Pourtant, Elisabeth, remplie de l’Esprit de Dieu, interprète ce mouvement et comprend que loin d’être un hasard, c’est le futur prophète qui tressaille devant le futur Sauveur.

L’une par des moyens ordinaires, l’autre par le Saint Esprit, Marie et Elisabeth cherchent à lire entre les lignes, elles décryptent l’ordinaire et y trouvent l’amour et la puissance d’un Dieu qui agit aujourd’hui. C’est aussi le mouvement du chant de Marie : elle relie son expérience personnelle à l’histoire de son peuple, elle comprend que c’est le même Dieu qui œuvre, que c’est le même projet de salut qui se réalise, depuis Abraham jusqu’à elle.

Le croyant ouvre grand les yeux pour ne rien rater de l’action de Dieu. Il scrute les signes, les traces, les empreintes, et reconnaît dans les grands comme dans les petits événements, l’intervention de Dieu. C’est celui qui voit dans sa guérison l’action bienfaisante de Dieu, c’est celle qui trouve un travail et y voit la générosité de Dieu, c’est aussi celui qui souffre et traverse l’épreuve, mais qui, au travers des ténèbres, perçoit malgré tout la présence et les promesses de Dieu.

Marie et Elisabeth nous invitent à porter un regard autre sur la vie, en exerçant notre intelligence, pour éviter la superstition qui attribuerait à Dieu tout et n’importe quoi, et en s’ouvrant à l’inspiration de l’Esprit, pour éviter le désabusement qui cantonne l’action de Dieu ailleurs : dans le passé, le futur, ou le symbole.

Apprendre à discerner l’œuvre et la présence de Dieu dans notre vie, c’est ce que font les grands croyants de la Bible, et c’est peut-être un des premiers pas de notre vie de foi.

2)   S’émerveiller  

Pour le petit enfant non encore né, Elisabeth, et Marie, reconnaître l’action de Dieu conduit à l’allégresse, à l’étonnement, à l’émerveillement.

C’est l’émerveillement qui conduit Elisabeth à délaisser tout protocole : elle, la plus âgée, femme de prêtre, descendante du grand Aaron, s’incline devant la jeune Marie, de condition plus humble, la petite Marie, qu’elle a peut-être vu naître ou portée dans ses bras ; elle s’incline devant le Sauveur et celle qui le porte.

De même, Marie, remplie de gratitude, laisse de côté les aspects délicats de sa situation : devant une fille enceinte avant le mariage, que vont dire la famille et l’entourage ? Que va dire Joseph, quand il verra le ventre de sa fiancée s’arrondir, sachant qu’il n’y est pour rien ? Marie risque le déshonneur, le mépris, la condamnation, et pourtant rien ne l’empêche de se réjouir de ce que Dieu a fait, de cette preuve de l’amour et de la puissance de Dieu.

De quoi se nourrit cette joie ? D’abord de Dieu, de ses qualités, de son action, de ses projets. Dieu est un Dieu merveilleux : il est celui qui accomplit ses promesses, celui qui sauve, celui qui établit la justice et défend les petits, les opprimés, les humbles. Les puissants au cœur plein d’orgueil qui se parent de mille honneurs et se prennent pour des dieux, le Seigneur les remet à leur place, sans s’arrêter aux apparences, aux mensonges, ou aux faux-semblants. Dieu est fiable, puissant, et juste ; il fait grâce avec équité.

En plus de cette sagesse et de cette force dignes du Créateur, Dieu a la générosité d’inviter les humains à participer à ses projets. Dans sa bonté, il implique Marie, Elisabeth, Jean, et tant d’autres, les invitant à partager la joie de voir avancer la justice et la paix, l’amour et la vérité. Dieu pourrait tout faire seul, mais il nous associe à son œuvre, non comme des esclaves, mais comme des partenaires dans un projet enthousiasmant qui au passage nous comble de joie et de bénédictions.

Contempler la grandeur du majestueux Créateur, s’étonner d’être invité à œuvrer avec lui, s’émerveiller des dons qu’il nous offre tout du long, fait naître la joie, l’admiration, la gratitude… Un défaut de notre société occidentale, c’est peut-être la conviction étrange que tant de choses nous sont dues. Ce narcissisme orgueilleux et capricieux bien souvent nous conduit à l’ingratitude, à la frustration, à l’amertume, à nous comparer aux autres pour revendiquer nos droits à tout avoir, à tout être. La logique biblique nous rappelle que nous sommes poussière, faibles et fragiles, humbles et petits devant le Créateur, et que si droits il y a, c’est uniquement parce que dans sa générosité, Dieu a voulu nous faire l’honneur d’être à son image, il nous a invités à une relation personnelle avec lui.

La Bible nous appelle à reconnaître comme dons les battements de notre cœur, le pain sur notre table, l’amitié ou le travail, à comprendre que derrière la chose ou l’événement, c’est Dieu qui agit pour nous parce qu’il nous aime. Discerner derrière les bénédictions la main du Dieu qui aime et qui bénit, son désir de tisser avec nous une relation intime, profonde, solide, voilà ce qui fait naître la vraie joie.

3)   Se décentrer 

J’aimerais enfin revenir à l’attitude de Marie, qui nous donne un excellent exemple de foi. Elisabeth, sa parente, toute à sa joie, inonde Marie de louange et de bénédictions. Que répond Marie ? « Le Seigneur est grand ! » Elle ne s’attarde pas sur l’honneur qu’elle a reçu ou la foi qu’elle a montrée, mais elle se tourne vers Dieu pour lui rendre toute la gloire, elle se décentre d’elle-même pour se centrer sur Dieu. Elle n’y est pour rien : ce qu’elle a reçu, c’est uniquement le fruit de la grâce et de l’amour de Dieu, et c’est lui qu’elle veut célébrer, adorer, louer.

Ce décentrage, c’est la marque de l’humilité. Quand on entrevoit la grandeur de Dieu et de ses œuvres, comment avoir de l’orgueil ? Comment s’accaparer les honneurs ? Je sais que l’humilité est une lutte, mais c’est une composante essentielle de la foi : reconnaître que tout est grâce, que tout est don dans l’œuvre de Dieu pour nous, s’en émerveiller, s’en nourrir, et célébrer sans réserves la majesté de Dieu. C’est une lutte car depuis Adam et Eve, nous cherchons à être comme des dieux, à la place de Dieu, mais l’exemple de cette prière de Marie, croyante comme nous, nous invite à rechercher l’humilité, à nous entraîner à être humbles, en choisissant l’humilité, en multipliant les moments, en nous imprégnant toujours plus de cette vertu, pour rendre à Dieu la gloire qui lui est due et apprécier le privilège de son amour.

C’est l’humilité qui permet de répondre convenablement à l’invitation que Dieu nous fait, sachant que vivre pour Dieu est une grâce. C’est l’humilité qui nous pousse à obéir, à faire confiance, à nous réjouir lorsque Dieu nous parle. C’est l’humilité encore qui nous aide à faire place aux autres, car Dieu invite largement, multipliant la joie et les bénédictions à mesure qu’elles sont partagées.

Conclusion

Trois étapes : décrypter, s’émerveiller, se tourner vers Dieu. Le discernement, la joie, l’humilité, se nourrissent mutuellement et sans cesse. Nous sommes appelés à repasser sans cesse par ces étapes, à scruter toujours davantage l’action de Dieu, en demandant sagesse et inspiration ; à nous réjouir avec émerveillement et gratitude de ce que nous découvrons de Dieu, car il est merveilleux ; et à nous tourner sans cesse vers lui, à nous décentrer de nous pour entrer dans ses projets universels de salut et de justice.

Alors apprenons encore davantage à comprendre, à célébrer, à œuvrer avec humilité, chacun dans notre vie, mais aussi dans la communauté, ensemble, avec émulation, car c’est là le vrai bonheur de notre vie : marcher ensemble, dans la foi, avec le Dieu qui crée, qui aime et qui sauve.

Jean-Baptiste : Père Fouettard de l’Avent ?

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/jean-baptiste-p-re-fouettard

Lecture biblique : Luc 3.1-18

Jean-Baptiste est un personnage incontournable de l’Avent. Et il est fascinant par sa personnalité et son ministère. Mais c’est aussi un personnage dérangeant, un empêcheur de tourner en rond. A l’approche de Noël, il ressemble moins au Père Noël qu’au Père Fouettard !

Comment un tel personnage serait-il accueilli aujourd’hui ? Surtout dans le contexte actuel… Il serait sans doute arrêté, soupçonné de radicalisation ! Un homme dangereux au discours inacceptable, très loin du politiquement correct.

La question se pose : y a-t-il de la place pour un discours dérangeant dans le temps de l’Avent ?

La légitimité de Jean : sa place dans l’histoire

Jean-Baptiste, personnage atypique et non consensuel, a pourtant bien sa légitimité et Luc l’exprime de façon minutieuse.

L’évangéliste, en bon historien, commence par ancrer le ministère de Jean dans l’histoire. Il donne de nombreux indices qui inscrivent le prophète dans son temps, à un moment précis de l’histoire des hommes : le nom de l’empereur et le moment de son règne, le nom des différents gouverneurs de la région, ceux des grands-prêtres…

Mais en bon théologien, Luc replace aussi Jean-Baptiste dans le déroulement de l’histoire du salut, en citant un texte du prophète Esaïe. Jean est celui qui accomplit la prophétie, celui qui prépare la venue du Messie. Plus tard, Jésus lui-même confirmera cette interprétation témoignant en faveur de Jean-Baptiste :

Qu’est-ce que vous êtes allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et même plus qu’un prophète ! En effet, Jean est celui que les Livres Saints annoncent quand Dieu dit :
“Je vais envoyer mon messager devant toi.
Il préparera le chemin pour toi.”
(Luc 7.26-27)

Jésus ajoute même :

Je vous le dis : il n’y a jamais eu un homme plus important que Jean. Pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus important que lui.
(Luc 7.28)

Dans l’histoire du salut, Jean était le dernier des prophètes de l’Ancienne Alliance, celui qui précédait immédiatement la venue du Messie. C’est en cela aussi qu’il est appelé le plus important par Jésus. Mais avec l’avènement du Royaume de Dieu, avec la venue de Jésus, le plus petit dans ce Royaume est plus important que lui.

Jean lui-même en était conscient. Il était pleinement au clair sur les limites de sa mission. Alors que les gens se demandaient si c’était lui le Messie, il répondait :

Moi, je vous baptise avec de l’eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de lui enlever ses sandales. Lui, il vous baptisera avec le feu de l’Esprit Saint. (v.16)

Jean était la bonne personne à la bonne place. Conscient de sa mission et de ses limites. C’est ce qui lui donne une force de conviction sans pareil. Si la question se pose de façon aiguë pour des vocations particulières, elle a sa pertinence pour nous tous, « petits prophètes » du Christ que nous sommes, ses témoins.

La conviction de se savoir à sa place est essentielle. Est-ce votre cas ? Est-ce une question que vous vous posez, dans votre engagement dans l’Église, dans votre vie publique, professionnelle, familiale ?

La radicalité de Jean : son message sans équivoque

La force de conviction de Jean-Baptiste se traduit par un message sans équivoque, un appel à la repentance adressé à tous. Et les foules viennent à sa rencontre et veulent se faire baptiser.

C’est là que Jean les accueille de façon un peu particulière ! En guise de parole d’accueil : « espèce de vipères ! » Il les avertit ensuite que la colère de Dieu arrive et qu’ils n’y échapperont pas. A ceux qui croient pouvoir se targuer d’être descendants d’Abraham il leur répond que leur prétention est nulle et non avenue : « vous voyez ces pierres, ici. Eh bien, Dieu peut les changer pour en faire des enfants ! »

Voilà une drôle de préparation au baptême… Mais Jean-Baptiste compte bien réveiller les conscience, quitte à déranger et provoquer pour y arriver. En réalité, c’est le sens profond de la repentance qui est en jeu.

La paraphrase de la version Parole de Vie est pertinente : « Faites-vous baptiser, pour montrer que vous voulez changer votre vie, et Dieu pardonnera vos péchés. » Ce n’est pas le baptême qui importe, c’est la volonté de changer. Car c’est cela la repentance, le changement radical.

Certes, on peut être étonné par l’insistance de Jean-Baptiste sur le jugement, avec une vision assez terrifiante d’un Messie qui vient comme un juge impitoyable. Ce que Jean n’avait peut-être pas encore pleinement compris, c’est qu’il y aura bien un jugement… mais que le Messie, Jésus, allait le prendre sur lui-même, à notre place !

Quoi qu’il en soit, ce à quoi Jean appelle, c’est un vrai changement de vie. C’est ce qui ressort des conseils qu’il donne à différentes personnes qui s’adressent à lui.

Les foules lui demandent que faire. Jean leur répond : « Celui qui a deux vêtements doit en donner un à celui qui n’en a pas. Celui qui a de la nourriture doit en donner à celui qui n’en a pas. » Ce ne sont pas des recommandations religieuses mais pratiques. Ce qui témoigne de notre changement de vie, c’est notre vie, et rien d’autre ! Et ça commence dans les petites choses du quotidien. Ici, le partage et la solidarité.

Et quand des employés des impôts demandent conseil à Jean, il leur dit d’être honnête, tout simplement. Et dans le contexte de l’époque, c’était déjà pas mal. De même pour les militaires auxquels Jean dit de ne pas profiter de leur position de force pour s’enrichir.

En fait, je trouve très intéressant de constater qu’un message aussi radical, avec un appel aussi radical, est appelé à se concrétiser tout simplement, dans la vie quotidienne, dans l’amour du prochain, le respect de l’autre, l’intégrité. Preuve qu’on peut être radical sans être fanatique.

Conclusion

Y a-t-il une place pour un message dérangeant, qui nous bouscule, dans le temps de l’Avent ?

L’Avent, c’est l’attente de la venue du Christ. Le souvenir qu’il est venu il y a 2000 ans à Bethléem, qu’il vient aujourd’hui encore à notre rencontre, dans la foi, et qu’il reviendra pour établir son règne. C’est donc le temps de la préparation à un accueil renouvelé du Christ dans notre vie.

Et peut-être que ce temps d’attente ne doit pas forcément se passer paisiblement. Peut-être qu’il y a place aussi pour être dérangé, bousculé, interpellé. Sans doute doit-il y avoir une place laissée à Jean-Baptiste, qui n’interpellait pas seulement ses contemporains d’il y a 2000 ans mais qui nous interpelle aujourd’hui : « Changez votre vie ! »

Car rappelons cette évidence, qui reste toujours vrai aujourd’hui : ce qui témoigne de notre changement de vie, c’est notre vie, et rien d’autre !

Une lumière pour aujourd’hui

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Lecture biblique: Esaïe 60.1-22

Pour situer la lecture, ch. 60, il faut savoir que le prophète Esaie s’adresse au peuple juif au 8e s. avant Jésus-Christ. Dans la première partie de son livre, il a dévoilé les dysfonctionnements du peuple, que Dieu condamne donc à l’exil, la punition suprême pour une nation. Dans la 2e partie du livre, Esaie offre cependant par avance un espoir à ce peuple bientôt puni : l’exil ne sera pas la fin, mais Dieu promet de bénir à nouveau son peuple. Dans cette vision du ch.60, Esaie nous transmet les promesses de retour, de restauration, d’abondance que Dieu fait à son peuple. Evidemment il évoque des réalités pour nous exotiques, mais je vous invite à y entendre les magnifiques promesses de Dieu.

Dieu utilise cette prophétie d’abord pour consoler son peuple : certes, ils ont péché, certes, ils seront punis, mais Dieu montrera encore sa compassion, sa bonté et son amour. La vision est fabuleuse : les déportés reviennent, les petits décharnés donnent naissance à des peuplades, les remparts détruits sont reconstruits, les rues désertes grouillent de foules venues rendre gloire à Dieu, le culte à Dieu reprend avec les plus belles offrandes et les plus beaux matériaux, la cité de Jérusalem, symbole du peuple, regorge de ressources venant du nord, du sud, des îles… C’est une vraie renaissance !

La promesse va même au-delà, puisqu’à la fin, Esaie évoque un monde sans violence, un monde juste, pacifique, un monde où tous sont en accord avec Dieu, sans péché donc, un monde où Dieu montre pleinement sa lumière. « Je t’éclairerai de toute ma clarté » (v.19)

Alors le peuple juif est effectivement revenu de son exil à Babylone, au 6e s. av. Jésus-Christ, ce que nous racontent les livres d’Esdras et Néhémie. Il a vécu une certaine restauration, en retrouvant même quelque temps la souveraineté politique. Mais cette période du retour d’exil est bien loin d’accomplir toutes les merveilles que Dieu promet dans ce texte. Il faut attendre la venue de Jésus-Christ, lumière de Dieu pour le monde, pour accomplir un peu plus cette promesse : des peuples étrangers viennent s’ajouter au peuple juif pour rendre un culte à Dieu. Reste alors la promesse d’un monde nouveau, encore à venir, où la lumière qui a brillé discrètement à Noël brillera cette fois de tout son éclat – et cette promesse nous parvient encore aujourd’hui.

1)   Briller aujourd’hui de la lumière de demain

Les paroles d’Esaïe nous frappent parce qu’il décrit les promesses de Dieu comme s’il les voyait déjà se réaliser : les fils qui rentrent, les dromadaires, les portes ouvertes, les troupeaux, les bateaux. Au-delà de la guérison du peuple, Esaie entrevoit un monde juste, où les oppresseurs demandent pardon, où la paix et la réconciliation règnent, où chacun a largement, où tout fait honneur à Dieu. Ce monde-là n’est pas une rêverie  évanescente, mais une réalité encore invisible. Esaie comprend que tout est prêt, comme une maquette finalisée, que Dieu va bientôt construire à grande échelle.

Cette promesse est tellement sûre qu’elle a déjà un impact sur nous : pour le dire autrement, la lumière du monde à venir brille si fort qu’elle éclaire déjà ceux qui se tournent vers Dieu. C’est ce que dit Esaie au v.1 : « debout, Jérusalem ! Brille avec éclat, car ta lumière arrive. » Les promesses de Dieu nous donnent une espérance qui illumine notre présent, qui rayonne aujourd’hui. Les affligés sont consolés d’avance, ceux qui sont courbés relèvent la tête, les fatigués renouvellent leur force pour persévérer avec Dieu. Cette lumière divine brille aujourd’hui comme un encouragement, et ce, malgré la nuit qui couvre le monde, malgré le brouillard qui enveloppe les peuples : elle perce les détresses, les angoisses, les dysfonctionnements de la vie présente comme la lumière au bout du tunnel redonne courage pour continuer la route.

Cette promesse du monde à venir non seulement nous encourage, mais aussi nous exhorte, nous oriente, nous montre le chemin à suivre. A quoi ressemble l’éternité ? La Bible donne peu d’éléments concrets, mais elle donne des valeurs : c’est un monde sans violence, sans haine, sans destruction, un monde où l’on fait la paix, un monde régi par la justice et l’équité. C’est un monde où les portes sont ouvertes – d’autres visions, plus tard, décriront un culte à Dieu animé par une foule innombrable aux multiples couleurs, aux multiples cultures.

Cette révélation des valeurs éternelles de Dieu, qui caractérisent le monde à venir, nous pousse à vivre dès aujourd’hui d’après ces valeurs-là, d’entrer aujourd’hui dans la logique de demain, d’être des avant-gardistes du Règne de Dieu. Dès aujourd’hui, nous sommes appelés à mettre en pratique ces valeurs éternelles : agir avec justice envers autrui ; chercher la paix en toutes circonstances, mais la réconciliation, le pardon ; ouvrir nos portes à l’étranger, au petit, à l’autre. Je ne parle pas ici de politique, mais l’Eglise et les chrétiens, tout en étant conscients des réalités présentes, ont pour devoir d’annoncer le monde qui vient, parfois en défiant la logique de notre société au nom des valeurs éternelles de Dieu. La justice et la paix, ce n’est pas pour demain ! La réconciliation commence aujourd’hui, dans nos familles, dans nos communautés, comme les germes du monde qui vient.

2)   Recevoir pour donner : une lumière à partager

Cette lumière à venir nous éclaire, nous console et nous oriente, mais elle a aussi vocation à être partagée. La future Jérusalem symbolise d’abord, pour Esaie, son peuple, juif, mais, avec la venue du Christ et l’offre du salut à toutes les nations, la future Jérusalem, c’est le symbole de l’Eglise. La cité où Dieu demeure, rayonne d’un éclat irrésistible. Elle ne rayonne pas de sa propre beauté, mais c’est la splendeur du Créateur qui aime et qui sauve, c’est sa beauté à lui qui rend ce lieu aussi magnifique et irrésistible.

La lumière de Dieu se reçoit et se partage, elle nous est donnée pour que nous la donnions à notre tour. Nous sommes appelés à être ces miroirs éclairés par la lumière et à leur tour porteurs de cette clarté. Dans ce processus, étonnant, la lumière partagée ne diminue pas, bien au contraire, elle s’accroît ! Les bénédictions que Dieu promet : salut, amour, paix, justice, ces bénédictions gagnent à être partagées, plus on en donne et plus il y en a. Nous sommes loin de la logique de consommation pour soi, attachée à la quantité, à l’accumulation maladive de biens dont le partage diminue le bonheur qu’on en tire, qui pense que donner à l’autre, c’est perdre de ce qu’on a. Dieu nous appelle à recevoir non pour garder mais pour donner, à nous réjouir de ce qui augmente en étant distribué : la paix, la joie, l’amour, la justice, la vérité, le respect, l’accueil, le pardon, la sainteté…

Dans cette démarche, nous avons le privilège d’avoir un modèle : Dieu lui-même. Dieu lui-même, en la personne du Fils, pour paraphraser l’apôtre Paul dans sa lettre aux Philippiens (ch.2), le Fils de Dieu, égal de Dieu car Dieu lui-même, n’a pas cherché à garder pour lui, à tout prix, son égalité, son intimité avec Dieu. Mais tout ce qu’il avait, il l’a laissé. Il s’est fait serviteur, il est devenu comme les hommes, il est devenu un homme. Lui, Jésus, Dieu fait homme, s’est fait plus petit encore : il a obéi jusqu’à la mort sur une croix de bandit. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tous.

De même que le Christ a donné sa vie pour que d’autres, en une foule immense, aient la vie, de même que le Christ a fait briller sa lumière pour la propager sans en perdre une seule étincelle, de la même manière nous sommes appelés, dès aujourd’hui, à entrer dans cette logique de grâce inépuisable où le don suscite l’abondance.

Conclusion

Dieu nous promet un avenir radieux, qui nous éclaire dès aujourd’hui, malgré la nuit et les nuages, qui nous donne courage et espérance pour persévérer avec Dieu. Ce monde qui vient, nous pouvons en témoigner dès aujourd’hui, en transformant nos gestes, nos paroles, nos actes quotidiens en instants d’éternité, en étincelles de la lumière de Dieu, que Jésus fait briller en nos cœurs par son Esprit. Soyons des témoins à l’avant-garde du monde qui vient, un monde où tous verront la paix et la grâce inépuisables de Dieu.