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Vous êtes le corps du Christ (8/8) – Un témoignage évident

https://soundcloud.com/eel-toulouse/un-temoignage-evident

Nous terminons aujourd’hui notre série tirée des questions posées à l’apôtre Paul lors de notre WE de rentrée, avec la question du rayonnement. Il est vrai que Paul parle peu des questions de mission, d’évangélisation, ou de service « social » aux non-chrétiens. On trouve beaucoup plus d’exemples pour réfléchir au rayonnement en contemplant l’exemple du Christ, qui allait sans cesse vers de nouvelles foules, répondant aux besoins de ceux qu’il rencontrait, des besoins tant spirituels, que relationnels, émotionnels ou physiques. Jésus prenait l’initiative d’aller vers les autres, pour leur offrir un salut global. Malgré tout, même si Paul ne met pas l’accent sur cette problématique, il l’évoque indirectement, par exemple dans le début de la 1e lettre aux Thessaloniciens.

Lecture biblique: 1 Thessaloniciens 1.1-10

1 Moi, Paul, avec Silas et Timothée, j’écris à l’Église de Thessalonique qui appartient à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ. Que Dieu vous bénisse et vous donne la paix !

2 Sans cesse, nous remercions Dieu pour vous tous et nous disons vos noms dans nos prières. 3 Devant Dieu notre Père, nous nous souvenons toujours de vous. Oui, votre foi est active, votre amour vous fait agir, et votre espérance en notre Seigneur Jésus-Christ est solide. 4 Frères et sœurs chrétiens, nous le savons, Dieu vous aime et il vous a choisis pour être à lui.5 En effet, la Bonne Nouvelle que nous vous avons annoncée n’est pas arrivée chez vous seulement en paroles, mais aussi avec la puissance et l’aide de l’Esprit Saint. De plus, nous étions sûrs de ce que nous disions. En effet, vous savez comment nous avons vécu parmi vous pour votre bien.6 Et vous, vous avez suivi notre exemple et celui du Seigneur : vous avez reçu la Parole dans de grandes souffrances, avec la joie donnée par l’Esprit Saint. 7 Ainsi, vous êtes devenus un modèle pour tous ceux qui croient, en Macédoine et en Akaïe. 8 En effet, c’est de chez vous que la parole du Seigneur est partie pour se faire entendre en Macédoine et en Akaïe. De plus, on sait partout que vous croyez en Dieu, nous n’avons donc pas besoin d’en parler.9 Les gens racontent en parlant de nous comment vous nous avez reçus chez vous et comment vous vous êtes tournés vers Dieu. Vous avez laissé les faux dieux, pour servir le Dieu vivant et vrai 10 et pour attendre que son Fils vienne des cieux. Ce Fils, c’est Jésus que Dieu a réveillé de la mort et qui nous délivre du jugement de Dieu, qui est proche.

Paul commence sa lettre par les formules d’usage : lui et ses collaborateurs saluent l’église de Thessalonique, qu’ils ont fondée lors du 2e voyage missionnaire de Paul dans le bassin méditerranéen, et Paul rappelle ce qui l’unit à cette église : p. ex. l’accueil qu’il a reçu chez les Thessaloniciens quand il leur a annoncé l’Évangile, leur joie, malgré les difficultés et l’opposition de certains groupes religieux. Il se rappelle que l’Esprit de Dieu était présent dans ces moments-là, appuyant les prédications, faisant son chemin dans les cœurs, suscitant une conviction chez les Thessaloniciens : Jésus sauve ! Et dans la façon que Paul a de parler de cette église, nous pouvons trouver quelques pistes quant au rayonnement de notre communauté.

  • Un témoignage… évident

Ce qui frappe, dans ce texte, c’est l’évidence. « Nous n’avons pas besoin de parler de votre foi, tout le monde en est au courant » (v.8) La foi des Thessaloniciens est une évidence, pour tout le monde. Des communautés se sont formées en Macédoine, en Achaïe, et même au-delà, sous l’influence des chrétiens de Thessalonique. La Grèce s’est couverte d’église, notamment parce que la foi, l’amour, l’espérance, étaient aussi visibles dans cette église que le nez au milieu de la figure, ou des fruits sur un arbre. Cette église rayonne : il n’y a pas besoin de se poser la question ou de faire une enquête – elle rayonne de foi, d’espérance et d’amour. C’est évident qu’elle est pleine de vitalité, qu’elle est saine, centrée sur le Christ, et missionnaire, tournée vers les autres.

Quel est le secret de ce rayonnement ? Il est peu probable que les Thessaloniciens aient organisé des événements d’évangélisation (quoique), mais il semblerait qu’ils soient entrés dans deux dynamiques. Premièrement, le soutien aux missionnaires, l’accueil de gens comme Paul, qui ont un ministère d’évangéliste – tous ne sont pas forcément appelés à aller parler sur la place du Capitole (de Toulouse), comme Paul aimait à le faire (à Athènes, etc.), mais tous peuvent agir en coulisses, l’accueillir, pourvoir à ses besoins, s’associer à ses démarches… Deuxièmement, Paul met l’accent sur leur conversion complète, leur abandon total d’une vie sans Dieu pour se centrer sur le Christ, qui devient le cœur de leur vie, la référence, la norme, le but de toutes leurs actions. Et il est clair qu’une vie focalisée sur le Christ, et sur rien d’autre interpelle les gens autour : si vous montrez que l’argent, la réussite, la popularité ou même votre propre personne n’est pas au centre de votre vie, mais que c’est Dieu, les gens seront interpelés. Sûrement que les Thessaloniciens, différents, expliquaient pourquoi ils avaient changé, sur leur lieu de travail, en famille, lors de voyages, dans les auberges, les rencontres inopinées.

Cela dit, Paul ne donne pas de détails. L’église rayonne : on ne sait pas comment, mais on voit cette lumière qui vient du Christ. Comme Paul ne donne pas de détails, on a l’impression qu’il n’y a pas de recettes pour partager ce que nous avons reçu. L’Evangile peut être vécu et annoncé de mille façons différentes, en fonction des opportunités, de la culture, des dons des uns et des autres… Ce qui compte, c’est que ce qui nous fait vivre soit évident aux yeux de tous. Notez qu’il ne s’agit pas de convertir les gens ! Mais que notre foi soit évidente : certains seront touchés, d’autres non, mais tous sauront que c’est Jésus-Christ, le centre de notre vie.

  • Un témoignage concret

Alors c’est bien d’avoir la foi, mais le risque, reconnaissons-le, est bien souvent de nous en tenir aux  (belles) paroles. Ce n’est d’ailleurs pas forcément par hypocrisie, mais peut-être parce que nous ne savons pas comment faire pour mettre en œuvre concrètement, notre foi, notre amour, notre espérance ?

C’est vrai qu’il est courant de considérer la foi en Jésus comme une croyance qui se rajoute à nos pensées, pour nous rassurer, nous apaiser, et c’est souvent perçu comme ça par notre entourage. Mais la foi n’est pas une opinion, c’est une rencontre. Une rencontre personnelle avec le Christ, une rencontre qui a changé notre vie, qui donne un nouveau sens, un nouveau but, de nouvelles valeurs. Cette rencontre n’est pas l’ajout d’un dossier dans notre disque dur : elle change le disque dur ! Elle change le système d’exploitation ! Et cela a nécessairement un impact sur la manière dont nous pensons, dont nous ressentons les choses, et, du coup, sur notre façon d’agir.

Alors comment ? Je l’ai dit, Paul ne donne pas de recette. Cela étant, il insiste sur les fruits, sur ce que produit notre rencontre avec le Christ. Il y a une part qui nous échappe dans la croissance de ces fruits : c’est l’œuvre de l’Esprit de Dieu en nous, qui heureusement prépare le chemin de l’intérieur, nous éclaire, nous réoriente. Mais il y a aussi une part qui nous appartient. Si vous avez un arbre fruitier chez vous, vous ne tirez pas sur les bourgeons pour faire pousser les fleurs (ça ne vous appartient pas) mais vous ne restez pas sans rien fait : vous coupez les branches trop nombreuses, vous veillez à la nature du sol, éventuellement vous mettez un peu d’engrais, et de quoi protéger l’arbre de ses prédateurs.

De la même façon, pour notre vie, pour nos fruits, même si la sève de l’Esprit de Dieu agit en nous, nous avons la responsabilité de nous impliquer dans le processus. D’abord par la prière – Seigneur, fais pousser les fruits ! Ensuite en sautant le pas : vous voulez mettre en œuvre votre amour, votre foi ? Engagez-vous ! Impliquez-vous, c’est le seul moyen ! Car on apprend en faisant, on aime en aimant, on croit en faisant confiance… Engagez-vous ! Pas forcément dans l’église, pas forcément dans une activité spectaculaire, mais faites un pas vers les autres, même si c’est un petit pas, faites-le – p. ex., un petit défi pour vivre plus d’amour : chaque dimanche à l’église, saluez une personne que vous ne connaissez pas, ou invitez une personne seule pour le café. Ou demandez des nouvelles de ce voisin que vous n’aimez pas trop, de ce collègue, priez pour lui, intéressez-vous à lui. Ou pour le témoignage, le lundi à 9h, quand on vous demande comment vous avez passé le WE, une simple petite phrase : « eh bien, je suis allé au culte, et ça m’a apporté ça ». Il ne s’agit pas de saouler les gens, mais de concrétiser dans notre quotidien ce qui nous fait vibrer : la vie avec Dieu.

  • Un témoignage orienté

Pourquoi chercher à grandir ? Pourquoi chercher à mettre en pratique ce que nous vivons dans notre âme ? Pour être crédibles, oui. Cohérents. Témoins des merveilles qui découlent de notre rencontre avec le Christ, oui. Pour progresser, oui. Mais aussi parce que nous avons un but, une espérance. Nous attendons le retour du Christ ressuscité.

Bien souvent on imagine que l’espérance chrétienne, cette espérance d’un monde juste, pacifique, rempli d’amour et de joie, nous détourne des réalités présentes. C’est ce que disait Marx : la religion est l’opium du peuple. La religion détourne les gens du présent en leur faisant miroiter un avenir idyllique, pour leur faire supporter une vie douloureuse sans qu’ils ne se rebellent. Et nous lui avons souvent donné raison, malheureusement.

Cependant, ce n’est absolument pas la perspective biblique ! Pour Jésus, Paul et tous les apôtres, si nous savons où nous allons, même si c’est très loin, plus loin que l’horizon, si nous savons où nous allons, notre chemin change dès le prochain pas que nous faisons. C’est logique : si vous voulez aller à Pau en voiture, vous n’allez pas rester à tourner autour de la rocade, ni prendre la direction d’Albi ! Vous prenez l’autoroute vers Tarbes, ou vous passez par Auch, mais dans tous les cas, vous prenez une décision dès la sortie de Toulouse.

L’espérance que nous donne le Christ donne un but, un sens à notre vie (littéralement), qui oriente dès aujourd’hui notre quotidien. Il ne s’agit pas de gagner quelque chose – nous avons tout en Christ ! Mais de laisser la vie de Dieu inspirer notre existence. Laisser les projets de Dieu orienter nos projets.

Et si vous avez bien suivi, c’est forcément concret ! Si nous attendons un monde juste, eh bien nous recherchons la justice dès aujourd’hui, parce que c’est dans cette direction que nous allons. Si nous attendons la paix, nous saisissons aujourd’hui l’occasion de pardonner. Si nous attendons l’amour, nous prenons soin aujourd’hui de nos prochains – ceux qui nous entourent, ou des « lointains » que nous faisons entrer dans nos vies, comme les enfants que l’on parraine ou les étrangers que l’on rencontre.

Nous vivons aujourd’hui à la lumière de demain, par la foi. Nous visons tout à la lumière de la demain : la politique, le travail/ ou le chômage, les amitiés, la famille, le couple : tout peut prendre sens avec l’espérance que Jésus nous donne.

Conclusion

Alors n’hésitons pas à contempler ce que Dieu nous promet : que ces promesses nous renouvellent dans notre foi, inspirent nos décisions, nos projets et nos choix, et qu’à chaque pas, nous apprenions à vivre  un peu plus comme le Christ, grâce à l’Esprit, dans l’amour et la vérité. Que l’espérance de demain se concrétise dans notre aujourd’hui, avec de plus en plus d’évidence, pas pour être des extra-terrestres, mais pour être porteurs de vie, de sens, et d’espérance.

Nous sommes le corps du Christ. Chacun, ensemble, l’image de ce que Dieu a accompli – il nous a libérés, de ce que Dieu fait – il nous transforme, de ce que Dieu va faire – et c’est indescriptible.

Vous êtes le corps du Christ (7) Pour une croissance équilibrée

 

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Nous poursuivons notre série de prédications en réponse aux « questions à l’apôtre Paul » posées lors de notre week-end d’Eglise. Nous avons rassemblé en une seule deux questions qui se complètent :
Comment l’Eglise se prépare-t-elle à la seconde venue de Jésus ?
Est-il possible d’atteindre la perfection du Christ ?

Dans ces deux questions, on s’interroge sur la dynamique spirituelle de l’Église dans la perspective du retour de Jésus. Comment l’Église et les membres qui la composent peuvent-ils progresser vers la perfection, le modèle parfait du Christ ?

En réalité, on aurait pu y adjoindre une troisième question issue de notre week-end, une question qui a sans doute été posée par une femme : « L’Église évangélique libre de Toulouse, est-ce Frankenstein ou George Clooney ? » Si on considère Georges Clooney comme la perfection (messieurs, vous pouvez changer le nom par qui vous voulez… de plus féminin !) et Frankenstein comme le monstre, on peut imaginer que la question demande où nous nous situons entre les deux ! Et comment nous pouvons devenir de moins en moins Frankenstein et de plus en plus Georges Clooney !

Pour répondre à cette question, je vous propose de lire Ephésiens 4.11-16 :

11Voici les « dons » que le Christ a faits : les uns ont reçu le don d’être apôtres, ou bien d’être prophètes, ou bien d’annoncer la Bonne Nouvelle. D’autres ont reçu le don de conduire le peuple de Dieu, ou encore d’enseigner. 12Par ces dons, le Christ a voulu former ceux qui appartiennent à Dieu. Ainsi, ils peuvent accomplir leur service de chrétiens pour construire le corps du Christ. 13Alors tous ensemble, nous aurons peu à peu une même foi et une même connaissance du Fils de Dieu. Finalement, nous serons des chrétiens adultes et nous atteindrons la taille parfaite du Christ. 14Nous ne serons plus des bébés. Nous ne ressemblerons plus à un petit bateau poussé dans tous les sens par les vagues de la mer. Nous ne serons plus emportés de tous les côtés par le vent des idées fausses. Les gens ne nous tromperont plus avec leurs mensonges habiles. 15Mais en disant la vérité avec amour, nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ. 16C’est par lui que toutes les parties du corps tiennent ensemble et sont unies. Beaucoup d’articulations servent à unir le corps, et quand chaque partie du corps fait son travail, le corps grandit et se construit lui-même dans l’amour.

Au cœur de ce texte, il y a l’image de l’Église comme un corps, qui était bien le fil rouge de notre week-end d’Eglise. Mais avec une particularité dans l’usage de la métaphore, par rapport à 1 Corinthiens 12 par exemple : ici, le corps est en croissance. Il s’agit de ne plus être des bébés mais de grandir pour atteindre l’âge adulte : « Nous ne seront plus des bébés (v.14)… mais nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ (v.15). »

Bien-sûr, nous n’atteindrons jamais la perfection du Christ. C’est une évidence ! Mais nous sommes bien appelés aujourd’hui à la croissance. Voilà ce que nous devons faire dans l’attente du retour de Jésus : grandir !

1. Aucune croissance n’est possible sans le Christ

La première évidence à souligner, c’est qu’aucune croissance n’est possible sans le Christ. Il suffit de voir l’omniprésence de Jésus dans l’argumentation de Paul : c’est le Christ qui accorde ses dons à son Église (v.11), c’est par ses dons que se construit l’Église (v.12), c’est par lui que se fait l’unité de la foi (v.13a), c’est lui qui est le modèle (la stature parfaite du Christ, v.13b), c’est lui qui est la tête vers qui tendre (v.15), c’est par lui que le corps garde sa cohésion (v.16)…

Le Christ est, bien-sûr, le modèle à suivre, la tête vers laquelle tendre. Mais pas seulement. Il est aussi la source de toute croissance. C’est lui qui pourvoit aux besoins de son Église et qui assure la cohésion de l’ensemble. Il y a là la double dynamique de toute croissance spirituelle : avoir Jésus-Christ comme modèle ET comme source.

Jésus est notre modèle. Il est le maître, nous sommes ses disciples. Notre désir, c’est de lui ressembler. Avoir son amour envers tous, sa compassion envers ceux qui souffrent, sa fidélité à Dieu son Père, son courage et à propos dans ses controverses avec les Pharisiens, sa grâce même envers ses ennemis… Et si nous voulons l’avoir comme modèle, nous ne devons pas cesser d’approfondir notre connaissance de sa vie, son œuvre, son enseignement.

Mais Jésus n’est pas seulement un modèle auquel nous nous efforçons de ressembler. Il est, aujourd’hui, la source de notre croissance. Notre croissance, c’est son oeuvre en nous !

Trop souvent, on croit, ou on vit sa vie chrétienne comme si notre croissance spirituelle dépendait de nos efforts ! On s’astreint à une discipline, on s’enferme dans des interdits et des obligations… et plus on souffre, plus on se heurte à des frustrations, plus on pense qu’on est en train de grandir spirituellement ! Alors que la clé de notre croissance spirituelle se trouve dans la communion avec le Christ vivant.

C’est bien ce que Jésus a dit quand il s’est comparé à une vigne :

« Restez attachés à moi, comme moi je reste attaché à vous. Un sarment ne peut pas donner de fruits tout seule, il doit rester sur la vigne. De la même façon, vous ne pouvez pas donner de fruits, si vous ne restez pas attachés à moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Si quelqu’un reste attaché à moi comme je suis attaché à lui, il donne beaucoup de fruit. En effet, sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean 15.5)

Tout est dit ! C’est en restant attaché au Christ, comme les sarments au cep, que nous porterons du fruit. C’est dans la communion au Christ que nous trouverons la source de notre croissance spirituelle. C’est du cep que provient la sève qui nous fait grandir en tant que sarment. Sans lui, nous ne pouvons rien faire.

Je ne dis pas, bien-sûr, que la vie de disciple du Christ est une promenade de santé. Jésus nous a averti en disant que le disciple n’est pas plus grand que son maître et que comme il a été persécuté, ses disciples le seront aussi. Il invite ceux qui le suivent à se charger de leur croix.

Je dis simplement que nous avons tout intérêt à privilégier une compréhension positive de la croissance, comme découlant de la communion avec le Christ, plutôt que de nous enfermer dans une spiritualité de contraintes et de frustrations.

2. Une croissance équilibrée

La croissance dont parle Paul ici implique principalement deux choses : ne pas rester des bébés (v.14) et grandir en tout (v.15). Autrement dit, devenir des adultes dans la foi grâce à une croissance équilibrée.

Il s’agit d’abord de ne plus être des bébés (v.14) ! Le terme grec qu’on trouve ici désigne les petits enfants et est parfois utilisé de façon imagée pour parler de personnes ignorantes. Ce qui caractérise les bébés de ce verset, c’est l’instabilité, la vulnérabilité. Paul les compare à un petit bateau ballotté par la mer, incapable de tracer sa route mais allant de droite et de gauche au gré des vagues.

Si on manque de maturité spirituelle, il est facile de se laisser emporter par les vagues des théologies dominantes, ou d’être portés par les vents des Églises, ou des prédicateurs à la mode. Mais sans réflexion, sans discernement… ça peut donc être pour le meilleur comme pour le pire !

Être adulte spirituellement, c’est arriver à suivre sa route malgré les vents contraires et les tempêtes. C’est arriver à garder l’équilibre : parfois se laisser porter par le vent, parfois y résister, parfois surfer sur la vague, parfois fendre les vagues.

Car c’est bien l’équilibre qui est à rechercher, avec une croissance harmonieuse :

« En disant la vérité avec amour, nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ » (v.15)

Grandir en tout c’est chercher à développer sa vie chrétienne dans tous les domaines. Dans la connaissance de Dieu et sa Parole. Dans un comportement à l’image du Christ. Dans une piété personnelle et communautaire profonde. Dans le témoignage de l’Évangile. Dans l’amour du prochain…

Et la clé pour tout cela, c’est de « dire la vérité avec amour ». En grec, « dire la vérité » c’est un seul verbe (alêtheuô), qui n’apparaît que deux fois dans le Nouveau testament. On pourrait le traduire par « dire, professer ou maintenir la vérité » voire même par « agir, vivre en vérité ».

On peut donc dire que la double énergie qui permet une croissance spirituelle harmonieuse, c’est la vérité et l’amour. L’équilibre entre les deux est essentiel. Il y a des chrétiens, et des Églises, qui au nom de la vérité, haïssent, rejettent ou méprisent. Et d’autres qui, au nom de l’amour, relativisent et acceptent tout et n’importe quoi. Mais la vérité sans amour est-elle encore la vérité ? Et de même pour l’amour sans vérité…

D’ailleurs, amour et vérité convergent dans la personne de Jésus. N’est-il pas, lui-même, la vérité ? N’a-t-il pas défendu la vérité de Dieu face aux chefs religieux de son temps ? En même temps, n’a-t-il pas accueilli tous ceux qui venaient à lui, n’a-t-il pas témoigné de la compassion envers tous, y compris ceux que tous rejetaient ou méprisaient ?

La vérité et l’amour sont-elles bien les deux énergies qui nous animent, qui président à nos relations dans l’Église, qui motivent nos choix dans nos vies ?

Conclusion

Alors, sommes-nous Frankenstein ou Georges Clooney ? Sans doute un peu entre les deux… Que faire donc pour tendre plus vers Georges Clooney ? Ou plutôt, à vrai dire, pour tendre vers le modèle parfait du Christ ?

Grandir. Tout simplement. Chacun personnellement et ensemble en tant qu’Eglise. Grandir avec le Christ comme modèle ET comme source, animés par la vérité ET l’amour. Et ainsi nous serons des chrétiens adultes, qui tendent vers la stature parfaite du Christ. Alors, comme le dira Paul au chapitre suivant de cette épître, il nous accueillera au dernier jour tel qu’il aura rendu son Église, comme une épouse « pleine de gloire, sans tache, sans ride, sans aucun défaut. » (Ephésiens 5.27).

Vous êtes le corps du Christ ! (6) Paul et les femmes

https://soundcloud.com/eel-toulouse/paul-et-les-femmes

11 Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission.

12 Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme; mais elle doit demeurer dans le silence. (1 Timothée 2.11-12 Version Segond)

Cette phrase de l’apôtre Paul, tirée de sa première lettre à Timothée, appuyée par quelques autres versets qui vont dans le même sens, a eu un impact énorme sur la place des femmes dans l’église. Au weekend d’Eglise, quelqu’un a demandé à l’apôtre Paul quelle était sa position sur les femmes, question qui revient souvent. Sans faire une longue conférence, j’essaierai ce matin d’apporter un élément de réponse non pas avec un des textes « féministes » de Paul, car il y en a aussi, mais avec un texte qui paraît bien défavorable aux femmes. Je le lirai dans la version Semeur, qui me paraît traduire au mieux les nuances du texte. Dans les versets qui précèdent, Paul parle de la nécessité de prier pour tous afin de favoriser l’annonce de l’Évangile, et continue d’en parler avant d’élargir à l’enseignement.

Lecture 1 Timothée 2.8-15 (Bible du Semeur)

C’est pourquoi je veux qu’en tout lieu les hommes prient en élevant vers le ciel des mains pures, sans colère ni esprit de dispute.Je veux que les femmes agissent de même, en s’habillant décemment, avec discrétion et simplicité. Qu’elles ne se parent pas d’une coiffure recherchée, d’or, de perles ou de toilettes somptueuses, 10 mais plutôt d’œuvres bonnes, comme il convient à des femmes qui déclarent vivre pour Dieu.
11 Que la femme reçoive l’instruction dans un esprit de paix et de parfaite soumission.12 Je ne permets pas à une femme d’enseigner en prenant autorité sur l’homme. Qu’elle garde plutôt une attitude paisible.
13 En effet, Adam fut créé le premier, Eve ensuite.14 Ce n’est pas Adam qui a été détourné de la vérité, c’est la femme, et elle a désobéi au commandement de Dieu,15 mais elle sera sauvée grâce à sa descendance. Quant aux femmes, elles seront sauvées si elles persévèrent dans la foi, dans l’amour, et dans une vie sainte en gardant en tout le sens de la mesure.

Il est essentiel, comme toujours, de remettre le texte dans son contexte : Paul s’adresse à son disciple, Timothée, alors responsable à l’église Éphèse, une église bousculée entre autres par des enseignants qui déforment l’Évangile. Il est probable qu’à Éphèse, certaines femmes, riches et influentes, aient relayé ces messages hérétiques, peut-être avec un féminisme exalté et excessif. Cela étant, Paul ne s’adresse pas seulement aux femmes qui exagèrent, mais à toutes les femmes, de manière générale, ce qui nous oblige à voir ce que le texte voulait dire des femmes à l’époque et ce qu’il nous transmet aujourd’hui.

Parmi vous, certains n’ont sûrement jamais entendu ce texte, et remarquent peut-être le décalage entre le texte, la pratique d’église et le discours de notre culture. D’autres connaissent ce texte, l’ont peut-être étudié voire ont forgé des convictions fortes sur la place de la femme. D’autres encore peuvent avoir souffert, ici ou dans d’autres assemblées, de la manière dont ce texte était appliqué dans l’église. Et peut-être que pour une majorité, ce texte suscite surtout des questions : comment le comprendre ? Paul était-il misogyne ? et Dieu ? Alors c’est vrai que ce n’est pas une question de vie ou de mort, mais elle est importance car elle révèle notre attitude face au texte biblique : comment lire les textes qui sont décalés de la culture actuelle ? Est-ce qu’on les applique purement et simplement, toujours et partout de la même manière ? Est-ce qu’on les disqualifie, au nom du progrès ? Est-ce qu’on les évite, comme les textes de guerre, de violence, de jugement, etc., se faisant ainsi une Bible à la carte, bien adaptée à notre XXIe siècle ? Ou est-ce qu’on essaie de voir comment toute la Bible, dans ses passages faciles et difficiles, nous révèle le caractère et les projets de Dieu ?

1)   Pour tous, l’appel à la sainteté

On oublie parfois que Paul traite d’abord ici de la prière, qu’il décrit selon la façon habituelle de l’Antiquité : debout, les mains levées, à voix haute. Il demande à ce que la prière soit cohérente avec le reste de notre personne et de notre vie : en gros, il appelle à la sainteté.

Pour les hommes, il insiste sur le calme intérieur : prier sans colère, sans amertume ou rancune, sans intention mauvaise, dans un contexte apaisé, au nom de l’Évangile qui apporte paix et réconciliation. Pour les femmes, Paul avertit contre une vanité superficielle (certaines femmes mettaient des heures à élaborer des coiffures sophistiquées), une apparence souvent excessive et choquante, notamment dans l’étalage de richesse, parce que Dieu accorde plus d’importance au cœur qu’à l’apparence : aux femmes donc d’être agréables, mais dans la sobriété et la modestie, en privilégiant les vraies richesses – la foi, qui se manifeste concrètement par des actions de justice, de bonté, de fraternité…

Faut-il déduire de cette distinction le cliché que les hommes sont tous des sanguins violents, et les femmes, des coquettes futiles ? Pas forcément ! A l’époque de Paul, pour parler de morale, on s’adressait spécifiquement aux hommes, aux femmes, aux parents, aux enfants, aux maîtres, aux esclaves : Paul reprend les codes de son époque. Mais, bien sûr, de tous temps, hommes et femmes sont concernés à la fois par le problème des disputes et de la colère, et par des fausses priorités superficielles. Quand certaines montrent leurs bijoux, certains arborent leur voiture ou leur montre… La relation avec Dieu nous amène tous à chercher un cœur pur, apaisé, et tourné vers l’essentiel.

De même, quand Paul invite les femmes à se coiffer d’œuvres bonnes, à persévérer dans la foi, l’amour et la sainteté, à vivre dans la sobriété, nul doute que les hommes sont aussi visés ! Même si Paul insiste sur des traits plus courants chez les femmes ou les hommes, au fond, tous sont appelés à la même sainteté.

2)   La liberté et le respect de l’ordre

Venons-en à la place des femmes dans le culte. J’aimerais d’abord rappeler ce que Paul ne prend pas la peine d’évoquer parce que c’est évident pour lui : dans le peuple de Dieu, tous ont la même valeur, tous reçoivent le même salut en Jésus-Christ, au moyen de la foi – hommes et femmes, Juifs et non-Juifs, maîtres et esclaves… tous ! (Galates 3.28) Tous ont leur place dans le corps du Christ qu’est l’Église, et tous reçoivent des dons pour servir Dieu et les autres. D’autres textes montrent que la femme pouvait assister à toutes les manifestations religieuses, pouvait prier à haute voix, prophétiser (c’est-à-dire : exhorter, témoigner, transmettre une parole de Dieu pour aujourd’hui) et même se former (c’est d’ailleurs tout le sujet des versets 11-12 : l’attitude des femmes quand elles reçoivent un enseignement). Tout cela, pour l’époque, est révolutionnaire.

Cependant, il reste deux questions.

La première : quel est ce fameux silence que les femmes doivent respecter pendant l’enseignement ? La Bible du Semeur traduit gentiment: en paix, avec tranquillité. Il s’agit sûrement, non pas d’un silence total, mais du silence que vous-mêmes respectez en ce moment : une attitude calme, studieuse, respectueuse – ce qui est tout à fait logique. Paul n’invite pas, à l’inverse, les hommes à chahuter ! D’ailleurs il reprend vertement les Corinthiens qui vivent le culte dans la cacophonie. Non, recevoir un enseignement sur Dieu demande à ce que chacun soit calme et respectueux, disponible pour mieux comprendre Dieu.

Mais alors pourquoi Paul mentionne-t-il particulièrement les femmes ? C’est lié à la seconde question : que la femme n’enseigne pas et ne prenne pas autorité sur les hommes. Je vais y revenir mais j’aimerais qu’on se concentre sur l’argumentation de Paul : il fait référence aux premiers chapitres du livre de la Genèse, qui raconte la création du monde et la faute des premiers humains qui ont entraîné toute l’humanité dans le mal.

Premier argument (v.13) : l’homme a été créé avant la femme. Cet ordre temporel attribue à l’homme une autorité spécifique. Cela étant, dans la Genèse, le récit n’insiste pas sur cet ordre, il tire même plutôt du côté de l’égalité en affirmant que l’homme ET la femme sont images de Dieu – ce qui était aussi révolutionnaire. Paul ailleurs a déjà utilisé cet argument de l’ordre dans la création, et l’a relativisé : certes, l’homme a été créé avant la femme, mais tout homme naît d’une femme, donc il y a une sorte de compensation (1 Co 11.7-12). L’ordre dans la création est un élément à prendre en compte pour définir le rapport homme-femme, mais pas le seul : il y a aussi l’égalité.

Deuxième argument (v.14) : la femme a été la première à transgresser le commandement de Dieu – et c’est par elle que tous les problèmes ont commencé. Mais Paul souligne aussitôt le salut est venu sous la forme d’un enfant, le Christ, né d’une femme – et d’ailleurs seulement d’une femme, Marie. Cet ordre aussi est relativisé : là où la faute de la première femme entachait toutes les femmes, Dieu a choisi de faire advenir le salut par le biais d’une femme, comme pour effacer cette honte attachée aux femmes, si bien qu’on ne peut plus en tenir compte. C’est un encouragement extraordinaire : si la première et la pire de toutes les fautes du monde a été effacée par la grâce de Dieu, alors quelle faute résistera à son pardon ? Quelle honte entravera la liberté de celui ou celle que Dieu aime ? Dieu dans sa grâce oublie le passé et fait toute chose nouvelle.

Dans le salut, comme dans la création, homme et femme reçoivent la même considération de la part de Dieu. Cela dit, la liberté et l’égalité n’excluent pas un certain ordre. Si cet ordre est et a été bien souvent caricaturé dans une violente oppression des femmes, l’égalité peut aussi être caricaturée, lorsque nous nions toute distinction entre homme et femme, comme si nos différences n’avaient pas d’importance. Dieu nous appelle à trouver dans l’église une façon de vivre ensemble qui fasse honneur à la liberté commune que nous offre l’amour du Christ, et à nos différences intrinsèques, en dehors de ces caricatures.

3)   Enseignement et autorité

Quel impact cela a-t-il alors sur l’enseignement, l’autorité et la femme?

A l’époque de Paul, aucune femme n’enseigne en public – même s’il y a certaines femmes qui forment des hommes en privé, comme Priscille p. ex., elles n’ont pas de poste à haute responsabilité : par rapport à la culture ambiante, il serait donc choquant, inconvenant, que les femmes enseignent dans l’église. De plus, le Nouveau Testament n’existe pas encore, il est en cours de rédaction. Du coup, celui qui enseigne fixe la doctrine avec une autorité incontestable. Dans ce contexte-là, l’ordre entre l’homme et la femme se traduit par le fait que la femme n’enseigne pas et n’occupe pas seule une position d’autorité. Dans notre contexte occidental, où chacun a accès au texte biblique et où la société accorde plus de place aux femmes, ce principe du respect de l’ordre homme-femme peut se concrétiser autrement, par exemple avec un exercice collégial de l’autorité dans l’église, portée par le conseil et le/la pasteur.

Avant de conclure, j’aimerais d’ailleurs insister sur cette question de l’autorité. Il est frappant, dans la Bible, de voir que très souvent résonne l’appel à se soumettre : se soumettre à Dieu, aux autres, les uns aux autres etc. C’est l’invitation à reconnaître volontairement l’autorité de l’autre et à se mettre au service, par amour, en imitant le Christ qui est venu nous servir, par amour. Par contre, il y a rarement (jamais ?) l’appel à prendre autorité, et quand la Bible s’adresse aux responsables, c’est toujours sous l’angle du service, du respect, de l’humilité, et jamais de la domination ou du pouvoir. Le refus de Paul d’avoir une femme prenant autorité sur les hommes n’est pas un appel à ce que l’homme prenne autorité sur l’assemblée lorsqu’il prêche ! Ce n’est pas un appel à un pasteur autoritaire, ou à un conseil autoritaire, qui dominerait l’église et la conduirait malgré elle dans telle direction. Dans le Nouveau Testament, l’autorité est d’abord liée à la Parole biblique fidèlement transmise, elle est vécue dans l’humilité et le service, et exercée de manière collégiale (p. ex. chez nous, c’est la coopération entre pasteur et conseil). Toute autorité est déléguée par le Christ, qui seul est la tête de son corps, et se vit dans la soumission à Dieu et le service du prochain.

Conclusion

Ces phrases de Paul sont loin d’être évidentes, mais puisque nous croyons que Dieu a inspiré ce texte, nous devons l’étudier sérieusement. Nous ne devons pas mettre ce texte, ou un autre, à la trappe sous prétexte qu’il est difficile ou dérangeant, mais à l’inverse, nous ne devons pas non plus nous satisfaire d’explications rapides et surfaites. On voit trop souvent les gens se jeter des versets à la figure, comme si leur sens était une évidence. Non, respecter la Parole de Dieu, c’est la lire dans sa totalité mais avec profondeur : n’est pas fidèle celui qui est superficiel !

Cela dit, l’étude de ce texte nous interpelle : sur notre façon d’être ensemble, dans l’église, sur notre façon de vivre la liberté commune, l’égalité, tout en respectant les différences que Dieu a créées. Il nous interpelle aussi sur notre rapport à la société : d’où vient la norme de nos valeurs ? des coutumes antiques ? des coutumes contemporaines ? ou du discours biblique, qui nous demande courage et créativité pour trouver de meilleures façons de vivre avec Dieu ? Créativité parce que la vérité, la justice, la paix et l’égalité ne se reflètent que faiblement dans nos sociétés. Courage, parce qu’il nous faut abandonner nos habitudes, nos présupposés, pour que Dieu nous montre ce qu’est vraiment la liberté dans l’amour. Et là, nous découvrirons la grâce infinie, infiniment généreuse de Dieu, qui renverse tout obstacle, toute faute, toute honte, pour faire de chacun de nous ses enfants, en Jésus-Christ.

Vous êtes le corps du Christ (5) Quelle est ma place ?

 

Parmi les « questions à l’apôtre Paul » laissée

https://soundcloud.com/eel-toulouse/quelle-est-la-place-dans

s dans la boîte aux lettres de notre week-end d’Eglise, certaines tournaient autour de la question des dons et ministères dans l’Église. Comme par exemple : « Comment savoir quelle partie du Christ je suis ? » ou : « Dans le corps, y a-t-il des organes vitaux et d’autres dont on peut se passer ? »

Pour répondre à ces questions qui s’inspirent de l’image de l’Église comme un corps, je vous propose de lire un texte qui n’utilise pas cette image du corps mais qui aborde bien la question des dons et des ministères.

Lecture biblique : 1 Pierre 4.7-11

Le sentiment de fin du monde, au début de notre texte, est présent dans plusieurs épîtres du Nouveau Testament. La plupart des premiers croyants pensaient que le Seigneur allait revenir rapidement… et cela donnait un certain caractère d’urgence à la vie chrétienne et à la nécessité du témoignage de l’Évangile. Dans ce contexte, c’est ici l’occasion pour Pierre de souligner l’essentiel pour l’Église : la prière, l’amour les uns pour les autres et le service des autres selon les dons de chacun.

C’est ce dernier point qui nous permet de répondre à nos questions sur les dons et les ministères dans l’Église, que nous pouvons reformuler de façon plus personnelle : « quelle est ma place dans l’Église ? »

Être de bons économes de la grâce

Dans les exhortations de Pierre, on perçoit en filigrane que la vie communautaire n’était pas forcément si évidente que ça. Deux indices dans le texte. D’abord, en appelant ses lecteurs à l’amour les uns pour les autres, Paul précise que l’amour efface beaucoup de péchés… Ensuite, il ajoute à son encouragement à exercer l’hospitalité les uns envers les autres que ça devait se faire « sans se plaindre ».

Il ne faut donc pas s’imaginer que dans les premiers temps de l’Église, tout était formidable, paisible et fraternel ! On peut imaginer que dans ces conditions, il n’était pas forcément facile de trouver sa place dans l’Église.

En tout cas, Pierre souligne l’importance de la communauté et établit le principe suivant : « Mettez-vous au service des autres, selon le don que chacun a reçu. » En agissant de la sorte, les croyants seront de bons serviteurs, administrant au mieux les dons variés de Dieu.

Le mot traduit par « serviteurs » au verset 10 est oikonomoi. Ce mot grec a donné économe en français et désignait le serviteur qui avait pour tâche d’administrer les biens de la maison. Derrière cette exhortation, il y a l’idée que l’Église est une peu comme un trésor, riche des dons et des ministères accordés par Dieu. Et il convient à tous d’administrer ensemble ce trésor, d’être de bons économes de la grâce.

Pierre privilégie la vision et la gestion globale. La perspective n’est pas individuelle mais communautaire. C’est la vision d’ensemble qui compte, plutôt que les aspirations individuelles.

Et cela nous permet de répondre à la question de savoir s’il y a dans l’Église des membres vitaux et d’autres dont on pourrait se passer… Autrement dit, est-ce qu’il y a des personnes, des ministères absolument indispensables, sans lesquels il ne peut y avoir d’Eglise ?

Dans l’image du corps développée par Paul dans plusieurs de ses épîtres, il n’y a qu’un seul membre qui est indispensable, c’est la tête. Et la tête, c’est le Christ. Tous les autres membres ont leur place, même si certains reçoivent plus d’honneur que d’autres, même si certains sont plus visibles que d’autres. Pour Paul aussi, l’importance c’est la cohésion du corps dans son ensemble.

De même, pour Pierre, c’est la communauté qui prime. D’où ses exhortations à l’amour fraternel, à l’hospitalité mutuelle et au service les uns des autres. Si nous formons ensemble un trésor commun, c’est bien Dieu qui en est le propriétaire… et nous n’en sommes que les administrateurs.

Dans les deux cas, nous sommes invités à aller au-delà d’une vision utilitariste de l’Église pour privilégier une vision de service. Dans une vision utilitariste de l’Église, on va regarder, et honorer, les gens en fonction de ce qu’ils pourront apporter : de l’argent dans les collectes, de la respectabilité par leur réputation ou leur réseau d’influence, des compétences reconnues. Plus ils seront utiles, mieux ils seront accueillis et intégrés.

Dans une perspective de service, on est moins centré sur ce que les autres peuvent nous apporter que sur ce que nous pouvons leur apporter, moins sur nos besoins que sur leurs besoins.

Pour revenir à l’image du corps, il y a des parties d’un corps humain qui n’apparaissent pas forcément utiles… mais qui font bien partie de la personne, et parfois ajoutent à leur charme et peuvent être des petits détails qui font toute la différence. L’identité d’une Église est constituée de l’ensemble de ses membres. Le bien commun que nous partageons et que nous devons administrer est la somme de toutes nos individualités.

Être de bons économes de la grâce, c’est permettre à chacun d’être qui il est et d’apporter aux autres ce qu’il peut leur donner.

Se mettre au service des autres

Revenons à l’exhortation de Pierre : « Mettez-vous au service des autres, selon le don que chacun a reçu. »

Se mettre au service, c’est le verbe grec diakoneo. Le don que chacun a reçu, c’est le charisme, charisma en grec. Or diakoneo signifie bien servir mais il est utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner l’exercice d’un ministère. Le diakonos, qu’on a parfois transcris par « diacre », c’est en fait le ministre, le serviteur. Et les charismes sont les dons que Dieu accorde dans sa grâce à son Église et dont on trouve plusieurs listes, non-exhaustives, dans les épîtres de Paul.

Que dit Pierre des charismes et des ministères ? Dans une perspective de service plutôt qu’utilitariste, il nous invite à ne pas nous autocentrer mais à nous centrer sur les autres. Evidemment, c’est toujours intéressant et même légitime dans une certaine mesure, de se demander : quel sont mes dons, quel est mon appel ? Mais on peut aussi réfléchir différemment et se demander : quels sont les besoins autour de moi ? Comment je pourrais me mettre au service des autres ? Au lieu de se centrer sur soi-même et chercher à s’épanouir dans ses dons, se centrer sur les autres et chercher à se mettre à leur service.

Jésus-Christ lui-même ne s’est-il pas fait serviteur ? N’a-t-il pas renoncé à sa gloire, à ses droits et privilèges de Fils de Dieu en devenant homme, semblable à nous, et en prenant la forme d’un serviteur, jusqu’à la mort sur la croix ? Ne sommes-nous appelés à vivre à sa suite, comme serviteurs les uns des autres ? C’est là que se trouve la clé de la vie dans l’Église, la voie pour que chacun trouve sa place : l’esprit de service.

Bien-sûr, la bonne volonté ne suffit pas toujours. Il y a certains services qui nécessitent des dons ou des compétences. Vous n’allez pas rejoindre le groupe de louange si vous chantez comme une casserole ni le groupe des présidents de culte si la seule idée de monter sur l’estrade vous fait tomber dans les pommes ! Mais il y a quantité de services, notamment pratiques, qui ne nécessitent pas de compétence particulière… Et il y a beaucoup de domaines où on peut apprendre et se former.

Il s’agit donc, au minimum, d’intégrer les besoins autour de nous dans notre réflexion. Notre place dans l’Église ne dépend pas que de nos dons et de nos aspirations, elle dépend aussi des autres et des besoins de la communauté !

Conclusion

Souvent l’Église est perçue comme un prestataire de services. On s’attend à ce qu’elle nous nourrisse, qu’elle nous apporte réconfort, bien-être, épanouissement… On l’évalue sur sa capacité à répondre à nos besoins et nos attentes.

Or, nous devrions voir l’Église non comme un prestataire de services mais comme une communauté de serviteurs. Nous sommes invités à ne pas nous autocentrer mais à nous centrer sur les autres. Et tout le monde y trouvera son compte si le service est vécu dans la réciprocité !

Quelle est ma place dans l’Église ? Celle du serviteur, au même titre que tous les autres ! Nul n’est indispensable sinon le Christ. Chacun, pour sa part, contribue à l’identité et au charme du corps qu’est l’Église. Et c’est ensemble que nous pourrons être de bons économes de la grâce, en mettant en valeur toutes les pièces du trésor que nous formons par la grâce de Dieu.

Vous êtes le corps du Christ (4) La communauté d’abord !

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Lecture biblique:  Colossiens 3.12-15

Nous sommes en plein milieu d’un développement : Paul a commencé sa lettre aux chrétiens de Colosses avec un panorama de l’œuvre du Christ, qui montre l’impact de tout ce que le Christ a accompli. Non seulement Jésus nous a sauvés, mais en plus il a posé les bases d’un monde nouveau – dont nous attendons la venue. Ce renouvellement concerne le monde, mais commence déjà en nous, lorsque nous entrons dans une relation avec Dieu par la foi en Jésus ; Paul dit au v.10 : « Comme si vous aviez mis un vêtement neuf, vous êtes devenus une personne nouvelle. Cette personne se renouvelle sans cesse, et ressemble de plus en plus à son Créateur. » Tout un programme… Et Paul essaie de donner des pistes concrètes pour expliquer ce que cette transformation veut dire. D’un côté, il y a tout ce qui disparaît peu à peu de nous, et de l’autre, tout ce qui apparaît sous l’influence de l’Esprit de Dieu. Dans ce qui disparaît : l’égoïsme, la colère, l’immoralité, la méchanceté, la violence, le mensonge… Dans ce qui apparaît : la compassion, la bonté, l’humilité, la douceur, la patience, l’amour, la paix, la gratitude… Toute ressemblance avec le fruit de l’Esprit dans la lettre aux Galates ou le passage sur l’amour en 1 Co 13 n’est évidemment pas fortuite…

1)   La communauté d’abord

Ce qui ressort de toutes ces qualités en germe, en pousse, c’est que ce sont toutes des qualités liées aux relations. Paul aurait pu citer des qualités liées aux mérites personnels : la pureté, la sagesse, le zèle… d’ailleurs, à d’autres endroits, Paul l’évoque aussi. Mais là, dans cette lettre, il met l’accent d’abord sur la communauté et sur les liens qui la tissent. Reprenons l’image du corps, si appropriée pour parler de l’église que ce n’est presque plus une image : si Paul était médecin et devait établir un premier diagnostic de votre santé, il n’irait pas regarder votre tension, ou votre taux de cholestérol (je vais me faire gronder par les médecins) mais les connexions entre les différentes parties de votre corps. Il évaluerait la qualité des connexions entre vos bras et votre cerveau, entre votre foie et votre intestin, entre vos veines et vos muscles… Le premier indicateur de votre vitalité qu’il irait regarder, c’est la qualité des connexions entre les membres de votre corps.

Quand Paul parle de santé spirituelle, de vitalité, de transformation en devenir, c’est sur les relations qu’il se concentre d’abord. Bien sûr, il parle aussi du reste, d’intégrité, de justice, de pureté, mais les qualités relationnelles occupent une place primordiale dans la transformation que Dieu opère en nous. C’est-à-dire que si tous les organes fonctionnent bien mais qu’il n’y a pas de bonne relation entre eux, le corps est en mauvaise santé. L’inverse est vrai aussi, mais nous avons plus souvent tendance à oublier la qualité des connexions et à nous concentrer sur notre santé, à nous, petit organe. Or Paul met l’accent sur la qualité de nos relations.

D’ailleurs, la lettre a d’abord été écrite pour la communauté. Même si la plupart des enseignements peuvent être appliqués à l’individu, Paul s’adressait d’abord à l’assemblée, comme moi ce matin, il écrivait avec ce groupe-là en tête. Et la lettre était, non pas lue par des individus, dans le secret de leur chambre, mais écoutée par une assemblée réunie. L’assemblée prenait donc d’abord ces paroles pour le groupe, et pas pour les individus, même si évidemment, ça ne s’exclut pas.

Alors comment Paul décrit-il ces fameuses qualités qui entretiennent de bonnes connexions entre les membres ? Tendresse & pitié… Il ne s’agit pas de tendresse à l’eau de rose, ou de pitié condescendante, mais d’empathie. Paul utilise ici l’expression entrailles de miséricorde : laissez-vous prendre aux tripes ! ou, prenez les autres à cœur ! ne vous enfermez pas dans une bulle d’indépendance zen, mais impliquez-vous dans les relations. Et dans ces relations, soyez… humbles, doux, patients.  Lâcher du lest, faciliter les échanges, ne pas toujours chercher à avoir raison ou à faire valoir votre point de vue, mais considérer les besoins des autres, et leur donner autant d’importance qu’aux vôtres. Considérez que les besoins du foie sont aussi importants que ceux de la main, du nez ou du ventricule droit de votre cœur ! Cette liste n’est pas un ensemble de règles morales à cocher, mais l’expression d’une impulsion intérieure – l’amour. Nous n’avons pas à faire semblant, mais à laisser Dieu transformer notre cœur pour nous rendre semblables à lui, dans tout notre être. En effet, toutes ces qualités sont finalement le portrait de Dieu tel qu’il s’est révélé au travers du Christ : ému par nos faiblesses et notre détresse, il a mis nos intérêts en premier, il s’est donné lui-même pour rendre notre salut, et notre bonheur, possibles.

2)   Réalisme et souplesse

Ressembler au Christ, rien que ça ! Voilà notre objectif ! Mais nous sommes contraints de constater que peu d’entre nous sont déjà au terme du processus ! Pour la grande majorité, nous sommes quelque part sur le chemin et il n’est pas rare de s’entrechoquer les uns les autres ! Paul est très réaliste : l’église n’est pas une communauté de gens parfaits, ou qui ont tout compris !  C’est une communauté rassemblée par le même amour de Dieu, qui vise un même but : vivre et répandre cet amour.

Du coup, dans l’église, il peut y avoir – et il y a ! – des accrochages. Parfois ce n’est pas très grave : un malentendu sur une tâche à accomplir, sur un horaire, sur un planning, mais parfois ça l’est ! Une remarque irréfléchie qui blesse durablement, une fixation sur tel objectif qui nous fait perdre de vue les autres, une difficulté énorme à se comprendre à cause de personnalités ou de vécus opposés… Et d’autres choses qui nous déçoivent, nous dégoutent voire nous traumatisent et nous donneraient bien envie de claquer la porte. D’autant qu’en bons protestants, nous avons le départ facile ! Malheureusement, bien de nouvelles églises naissent de divisions…

Paul est réaliste : même si Dieu nous rassemble dans le même corps, les connexions sont loin d’être toujours fluides… Et les membres, d’être sain(t)s ! D’où l’insistance de Paul sur le fait de se supporter, et de se pardonner les uns aux autres. Supportez-vous ! à la fois soutenez-vous, et supportez-vous ! supportez, avec patience et douceur, en vous rappelant que vous n’êtes pas meilleurs, supportez l’autre ! D’ailleurs, supporter et pardonner ce n’est pas la même chose ! on pardonne à celui qui nous a blessé, mais on supporte celui qu’on ne comprend pas ! on supporte par exemple celui qui fait ses premiers pas dans tel service et rencontre des difficultés… D’où la patience ! la douceur, qui met de l’huile dans les rouages, et arrondit les angles ! Et l’humilité… Pour pardonner les fautes et supporter les échecs, en vue de la paix.

Est-ce qu’il faut tout supporter ? Non ! Mais, même si nous arrivons à la conclusion que telle situation ne peut plus durer, et que nous pensons devoir aller trouver la personne ou un groupe, c’est avec empathie, douceur, patience et humilité que Dieu nous demande de le faire, avec amour, en cherchant le bien de l’autre autant que le mien, en acceptant qu’il soit aussi long à la détente que moi, en visant sa progression plus que ma tranquillité. C’est vrai que parfois, le dialogue restera bloqué et qu’il faudra peut-être se résoudre à partir parce que c’est insoutenable. Mais, dans la grande majorité des cas, il nous faut chercher la paix et la réconciliation. De toute façon, toujours tout essayer en faveur de la paix, et la plupart du temps, chacun en ressortira grandi et la situation redeviendra vivable, voire agréable.

Car la paix que le Christ nous offre n’est pas l’émotion zen que je ressens lorsque tout le monde me laisse tranquille ! Ce n’est pas non plus une paix de façade, comme un encéphalogramme plat qu’aucun pic de colère ne vient troubler, mais la solidarité et la fraternité qui dépassent les conflits, la réconciliation qui vient rassembler ceux qui s’étaient éloignés. Voilà la paix que le Christ nous appelle à vivre, car c’est cette paix-là qu’il est venu établir. Une paix fondée sur le pardon, car alors que nous étions en conflit avec Dieu, il a choisi de nous pardonner en Christ. Et dans sa grâce, il nous comble de son amour sans que nous ne le méritions. Ou pour le dire autrement, Dieu, dans sa patience, nous supporte sur le long chemin de transformation qui est le nôtre. Dieu nous supporte et nous pardonne, lui qui est parfait ; il se laisse émouvoir et nous manifeste sa tendresse, sa douceur, nous conduisant là où nous pouvons aller, même si tout ne se règle pas d’un coup ; il se montre humble, en Jésus, lorsqu’il devient, par amour pour nous, petit enfant, maître itinérant, paria accusé à tort et cloué sur une croix.

Conclusion

Quel est le rôle de la gratitude dans tout cela ? pourquoi toujours dire merci ? C’est peut-être la clef. Parce que cela nous rappelle d’où nous venons, ce que Dieu a fait pour nous, combien il nous a pardonné, combien il nous supporte jour après jour (parce qu’il sait que notre transformation prend du temps), combien il nous aime. Et c’est d’ailleurs avec ça que le texte commence : Dieu vous a choisis, il veut que vous lui apparteniez et il vous aime ; donc, aimez… Se plonger dans l’amour de Dieu pour nous, c’est la meilleure école et la meilleure motivation pour aimer à notre tour. C’est même la meilleure habitude à développer, en particulier quand l’autre me pose problème : regarder à Dieu, à son amour illimité, à son pardon qui se renouvelle mille fois par jour… Cela remet tout en perspective !

C’est en nous baignant toujours davantage dans l’amour de Dieu que nous pourrons être transformés à son image et offrir aux autres la même grâce que celle que nous avons reçue.