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La fatigue de Dieu

 

https://soundcloud.com/eel-toulouse/la-fatigue-de-dieu

Avant de lire le texte, précisons quelques éléments de contexte. Nous sommes au Ve siècle avant Jésus-Christ. Plusieurs décennies après le retour de l’Exil, les promesses de Dieu ne semblent pas vouloir s’accomplir. Zorobabel, en qui reposait tout l’espoir, est mort. La dynastie royale issue de David n’a pas été rétablie. Le temple a bien été reconstruit mais la routine s’y est déjà installée… Bref, on est loin de la gloire annoncée par les prophètes de l’Exil ! Le peuple de Juda est désabusé… et Dieu est tenu pour responsable.

Le texte que nous allons lire est révélateur de ce contexte. Et Dieu y répond aux accusations qui sont faites à son égard en annonçant qu’il va envoyer un messager pour préparer son chemin et qu’il viendra pour exercer un jugement. Un discours que nous entendrons dans les évangiles, à travers le personnage de Jean-Baptiste, identifié dans le Nouveau Testament au messager de Malachie. Ce texte est donc bien un texte de l’Avent ! Et le jugement qu’il annonce pourrait bien être éclairé d’une lumière nouvelle avec Jésus-Christ.

Lecture biblique : Malachie 2.17-3-5

La Bible utilise souvent des anthropomorphismes pour parler de Dieu : on projette sur Dieu des attitudes humaines. Il faut bien parler de ce qu’on connaît… tout en étant conscient que c’est toujours une façon imparfaite d’évoquer Dieu, bien que parlante.

Il y a deux semaines, nous avons médité le Psaume 2 dans lequel Dieu riait de l’agitation des peuples contre lui, des attaques vaines qui ne l’atteignent pas. Ici, Dieu est fatigué par les discours de son peuple. L’image du Dieu moqueur parlait d’un Dieu qui ne peut pas être atteint par les moqueries des hommes. L’image, ici, du Dieu exaspéré montre qu’il est touché par les paroles et le attitudes de son peuple.

1. Fatigué…

« Vous fatiguez le Seigneur avec vos discours ! » Quelle force dans cette affirmation ! Elle dit que la patience de Dieu est à bout.

Vous savez, comme quand des parents n’en peuvent plus que leur enfant fasse toujours les mêmes bêtises : « tu me fatigues ! ». Ou quand quelqu’un vient toujours se plaindre à vous de la même chose : « tu me fatigues ! ».

Ou même quand Jésus en a assez de l’incrédulité de ses disciples qui ne comprennent jamais rien à rien : « Gens de peu de foi. Jusqu’à quand vous supporterais-je ? » (Matthieu 17.17 par exemple). Une autre façon de le dire n’aurait-elle pas été : « Vous me fatiguez ! » ?

Franchement, vous ne croyez pas que le Seigneur pourrait nous dire la même chose parfois ? « Tu me fatigues ! » Face à l’écart entre nos paroles et nos actes, face à nos plaintes et nos récriminations… « Tu me fatigues ! »

Si on revient à notre texte, Malachie évoque ce qui fatigue le Seigneur. Son peuple se plaint de la non-intervention de Dieu, qu’il n’accomplit pas ses promesses, pire, qu’il approuve ceux qui font le mal puisqu’il ne les juge pas ! Ça le fatigue, d’abord parce que ce n’est pas vrai et ensuite parce que ceux qui tiennent ces propos ne sont sans doute pas meilleurs que ceux qu’ils désignent comme des méchants que Dieu ne punit pas. Vous savez, c’est l’histoire de la paille et la poutre…

Voyez le verset 5 où Dieu dit aux Israélites : « Je viendrai au milieu de vous pour vous juger. » ! Vous voulez que je juge le méchant ? Mais alors vous aussi vous serez jugés… et vous avez bien des choses à vous reprocher. La liste qui suit le montre bien. Notez bien d’ailleurs qu’à part le premier reproche qui est de nature religieuse, la sorcellerie, les autres sont plutôt de nature sociale : adultères, faux serments, oppression des ouvriers, des veuves et des orphelins, des étrangers. On n’est pas au temple, là, mais dans la vie quotidienne.

Cette liste montre bien d’ailleurs qu’il y a une incohérence du peuple à accepter ces pratiques en son sein tout en reprochant à Dieu de ne pas accomplir ses promesses ! « C’est un scandale, Dieu n’accomplit pas ses promesses… » mais dans notre quotidien, on tolère ce que Dieu dénonce ouvertement. « Je ne comprends pas, Dieu ne répond pas à ma prière… » mais je fais un peu n’importe quoi de ma vie. Ca ne vous paraît pas incohérent ? Voilà pourquoi Dieu est fatigué par de tels discours…

En fait, en un mot, je crois que Dieu est fatigué par notre incohérence. Et je crois d’ailleurs aussi que cette incohérence est source de fatigue pour nous. Un des enjeux majeures de la vie chrétienne, c’est la cohérence : entre nos paroles et nos actes, entre ce que nous croyons et ce que nous faisons, entre le dimanche et le reste de la semaine, entre l’Église, la famille et le travail… L’incohérence crée un malaise devant Dieu, devant les autres, en nous-mêmes. La cohérence crée l’harmonie et la paix intérieure, le repos plutôt que la fatigue.

2. Retrouver le repos

Mais revenons à la « fatigue » de Dieu. Si le Seigneur est fatigué, c’est bien parce qu’il est touché par ce que nous disons et faisons. Il ne serait pas fatigué s’il s’en fichait, s’il ne se souciait pas de nous. C’est bien dans cette optique qu’il faut comprendre la perspective de jugement présente dans ce texte.

En réponse à sa « fatigue », Dieu annonce donc un jugement purificateur : comme le feu du fondeur et la lessive du blanchisseur. L’objectif, c’est de retrouver une pratique cultuelle agréable à Dieu : « Ainsi, les offrandes des gens de Jérusalem et des autres habitants de Juda plairont au SEIGNEUR, comme autrefois, dans le passé. » (v.4). On pourrait dire qu’alors, le Seigneur ne sera plus fatigué par son peuple !

Dans une perspective messianique, il y a bien-sûr un écho à ce jugement dans le ministère de Jésus. On pourrait même parler d’un double écho, l’un conforme à ce que Jean-Baptiste attendait et annonçait, l’autre plus surprenant.

En ce qui concerne l’écho conforme au jugement imminent que Jean annonçait, on peut penser à la colère de Jésus dans le temple, quand il renverse les tables des marchands et dénonce le commerce qui a transformé la maison de prière que devait être le temple en repaire de voleurs. Il y a dans ce coup de force de Jésus un accent prophétique dans la lignée de Malachie ou des autres prophètes de l’Ancien Testament, ou dans la lignée de Jean-Baptiste.

Mais après cette colère, Jésus ne va pas plus loin dans son coup de force. Il n’invite pas à la révolution ou la révolte. Il annonce certes la destruction du temple mais aussi sa reconstruction, en trois jours. Et c’est là que cela devient surprenant. Car il ne parle pas d’un temple fait de pierres mais du temple de son corps (Jean 2.19-21). Le culte pleinement rétabli le sera sans temple, ou plutôt à travers un autre temple, spirituel. Comme Jésus le disait à la femme Samaritaine qui lui demandait où il convenait d’adorer Dieu :
« L’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité. »
(Jean 4.23-24)

Alors, il n’y a plus de jugement ? Si, mais il est tombé sur Jésus, à notre place ! Une perspective que ni Jean-Baptiste ni Malachie n’avaient sans doute imaginée. Une perspective qui est devenue possible le jour de Noël, où le Fils de Dieu s’est fait homme. Jésus-Christ est notre paix, il est notre repos.

L’objectif de Dieu est toujours la restauration de la relation brisée. C’est vrai depuis la Genèse et c’est constamment rappelé par les prophètes. Le cœur de notre foi, en Jésus-Christ, c’est cette relation retrouvée avec Dieu. La mort et la résurrection de Jésus-Christ l’a rendue possible. Mais est-ce que nous en profitons vraiment ? Nous qui, si souvent, trouvons peu de temps pour prier et lire la Bible, nous qui ne mettons pas toujours les préoccupation spirituelles en priorité dans notre vie… Il ne s’agit pas de se culpabiliser mais de prendre à nouveau conscience du privilège que nous avons en Jésus-Christ. Et cela va bien au-delà d’un temple de pierre où l’on offre des sacrifices agréés par Dieu. Nous sommes aujourd’hui en communion directe avec Dieu, en Jésus-Christ et grâce à l’action en nous du Saint-Esprit !

Conclusion

En réalité, si Dieu se dit fatigué, c’est pour nous réveiller ! Il faut dire que nous sommes doués pour mettre à l’épreuve sa patience…

Les messagers qui préparent la voie du Seigneur, comme Malachie ou Jean-Baptiste, sont là pour mettre le doigt sur nos incohérences, pour que nous puissions vivre pleinement une relation restaurée avec Dieu.

Et le temps de l’Avent, où nous nous préparons à accueillir le Christ, est particulièrement propice à cette démarche. C’est le moment où nous nous souvenons que Dieu lui-même a pris l’initiative de la réconciliation, en devenant l’un des nôtres. Son œuvre en Jésus-Christ, sa mort et sa résurrection, nous offre le vrai repos, celui de la paix avec Dieu.

Plus de fatigue, ni pour nous, ni pour Dieu ! Mais le repos d’une communion retrouvée, d’une relation toujours à approfondir. Voilà la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ !

L’attente d’un Roi

 

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Lecture biblique : Psaume 2

Pourquoi lire ce psaume dans ce temps de l’Avent ? Parce qu’il est messianique ! Autrement dit, il oriente nos regards vers le Messie, Celui que Dieu aura choisi pour accomplir son dessein.

D’ailleurs, le mot « messie » est utilisé au verset 2. « Celui qui a reçut l’onction », c’est le mot hébreu que l’on transcrit en français par « messie ». L’onction d’huile était le signe du choix et de la consécration de Dieu. Elle était notamment appliquée au roi au moment de son sacre.

Au premier abord, le Psaume peut donc être compris dans le contexte du peuple d’Israël. Son point culminant, le verset 7, « Tu es mon fils ! C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui », est alors compris comme l’affirmation du choix de Dieu, de son « adoption » du roi comme son propre fils, lui conférant son autorité. Mais on perçoit une portée plus large, une dimension universelle, qui déborde le cadre du peuple d’Israël et pointe vers un accomplissement futur.

Et, comme par hasard (!), le verset 7 est justement l’un des versets de l’Ancien Testament les plus cités dans le Nouveau Testament, en lien avec des épisodes clés de la vie de Jésus.

On en trouve un écho claire au moment du baptême de Jésus, lorsque la voix de Dieu retentit du ciel : « Tu es mon fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir ». Il y a bien dans ces paroles un écho au psaume 2. Et même, dans la version de Luc (Luc 3.22), plusieurs manuscrits ont en lieu et place de ces paroles le verset du psaume 2 : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » C’est d’ailleurs la variante que retient la version de la TOB.

Dans son discours à Antioche de Pisidie, l’apôtre Paul cite explicitement notre psaume, en l’appliquant à la résurrection de Jésus :

« Nous aussi, nous vous annonçons cette bonne nouvelle : la promesse faite aux pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus, comme il est écrit au psaume second : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Actes 13.32-33)

Enfin, dans l’épître aux Hébreux, le verset est cité deux fois, en lien avec l’Ascension du Christ :

« Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire et l’expression de sa réalité même, soutient tout par sa parole puissante ; après avoir fait la purification des péchés, il s’est assis à la droite de la majesté dans les hauteurs, devenu d’autant supérieur aux anges qu’il a hérité un nom plus remarquable que le leur. Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui.. » (Hb 1.3-5a)

De même, lorsqu’il est question du Christ comme du Grand Prêtre de la nouvelle alliance :

« De même, le Christ ne s’est pas octroyé à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui. » (Hb 5.5)

Les auteurs du Nouveau Testament ont donc vu dans ce psaume, et en particulier ce verset 7, une dimension messianique évidente, l’appliquant à trois événements clés de la vie de Jésus : son baptême, sa résurrection et son ascension.

Le psaume 2 exprime quelque chose de l’attente messianique, qui s’accomplira en Jésus-Christ. L’attente d’un roi dont le royaume aura une domination universelle. Un roi qui finit par se confondre avec le Seigneur lui-même. Et ce psaume l’exprime de façon très dynamique, mettant en scène Dieu et son Messie d’un côté, et les nations de l’autre, le psalmiste jouant le rôle d’arbitre. Il y a d’un côté l’hostilité des peuples, de l’autre, la réaction surprenante de Dieu.

Hostiles à Dieu

Le Psaume s’ouvre avec les nations qui s’agitent et qui affirment leur hostilité face au Seigneur et son messie : « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes ! »

Bien-sûr, dans le contexte du Psaume, il y avait des conflits militaires entre les peuples. Le Seigneur était perçu comme le Dieu d’Israël. Les peuples voisins, s’ils étaient ennemis d’Israël, étaient aussi ennemis du Dieu d’Israël. Mais si on place ce psaume dans sa perspective messianique, l’hostilité des peuples prend une autre dimension.

Il est alors intéressant de noter combien l’hostilité au Messie est un thème central des évangiles. Jean, dans son prologue, parle du Christ comme de la lumière venue dans nos ténèbres mais qui n’a pas été accueillie, Marie et Joseph ne trouvent pas de place pour les accueillir et Jésus naîtra dans une étable, Hérode ordonne de tuer les petits enfants Juifs après la visite des mages d’Orient, les chefs religieux s’opposent à Jésus au cours de son ministère et manipulent les foules pour le faire crucifier. Cette hostilité s’est transférée, dans le livre des Actes des apôtres, aux disciples du Christ, la première Église persécutée par les responsables religieux Juifs, puis par les autorités romaines. On en a aussi les échos dans les épîtres du Nouveau Testament. Elle est enfin au cœur de l’Apocalypse, cette révélation de Dieu sur les enjeux spirituels de l’histoire, jusqu’à son achèvement.

Le Messie, qui pourtant apporte le salut et la libération, est source d’hostilité. « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes. » Dit-on autre chose aujourd’hui quand on veut évacuer Dieu de la place publique ? Quand toute référence à Dieu, la foi, la religion, est perçue comme rétrograde, suspecte, voire dangereuse ?

Mais pourquoi le message libérateur de l’Évangile est-il si souvent perçu comme une entrave ?

Peut-être, en partie, parce que trop souvent l’image de la vie de disciple du Christ que renvoient les chrétiens donne l’impression d’une vie faite de contraintes et d’interdits. Comme si on avait oublié que le message de l’Évangile du Christ est avant tout un message de libération !

Mais sans doute aussi parce qu’il y a profondément ancré en tout homme cette prétention à l’autonomie devant Dieu. Le mensonge du Serpent de la Genèse résonne encore : « Vous ne mourrez pas ! Vous deviendrez comme Dieu ». Toute foi, toute confiance placée en Dieu est perçue comme une aliénation. « Je suis mon propre Dieu et je gère ma vie comme je l’entends ! »

C’est d’ailleurs à cette prétention que Dieu répond dans ce psaume. D’une façon plutôt étonnante…

Dieu réagit

En effet, quelle est la réaction de Dieu? Il rit et se met en colère ! Bien-sûr, c’est un langage anthropomorphique : on projette sur Dieu nos comportements humains. Il n’empêche… Dire de Dieu qu’il rit et se met en colère, c’est vraiment surprenant ! Surtout que le rire ici n’est pas un rire de joie mais un rire moqueur !

Le rire de Dieu

Toute cette agitation contre lui, ces attaques, ces moqueries… Rien de tout cela n’atteint Dieu ! Comme si ça pouvait être une menace pour lui… Il en rit ! On n’a pas l’habitude de se représenter Dieu en train de rire. Et pourtant…

Et allez savoir s’il n’y a pas aussi, dans ce rire de Dieu, l’expression de son humour ? Car n’y a-t-il pas de l’humour dans ce Dieu qui prend les hommes à rebrousse-poil ? Y compris dans la façon dont il accomplira son plan de salut… Voyez à Noël : les mages et les sages cherchent le Messie dans un palais ; il est dans une étable. Voyez le modèle de foi que Jésus prend pour son Royaume : les petits enfants… Et que dit-il des chefs religieux ? Ils seront devancés dans le Royaume de Dieu par les péagers et les prostituées. Un humour grinçant… que l’on retrouve dans ce refrain des évangiles : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers ».

Oui, il y a de quoi rire devant la prétention et l’orgueil des peuples, la suffisance des sages et des grands de ce monde qui pensent pouvoir s’opposer à Dieu, se passer de lui ! Il y a de quoi sourire quand on considère que le chemin choisi par Dieu pour nous sauver de notre orgueil et nos suffisances, c’est l’humble venue du Fils de Dieu en tant que serviteur, homme parmi les hommes, souffrant jusqu’à la mort. L’exact opposé de l’orgueil des hommes voulant prendre la place de Dieu… c’est Dieu qui a pris notre place !

La colère de Dieu

L’autre réaction de Dieu, immédiatement associée au rire du verset 4, c’est la colère du verset 5. Si les attaques des humains ne l’atteignent pas, ne le mettent pas en danger, ça ne signifie pas autant que leur rébellion ne le touche pas. L’aveuglement des hommes, leur orgueil, les emmène sur un chemin de perdition. L’enjeu est vital. Et il faut taper du poing sur la table pour qu’ils le réalisent. C’est ce que faisaient constamment les prophètes dans l’Ancien Testament… Ce psaume 2 a aussi cette dimension prophétique.

Mais la colère de Dieu a un but : ramener chacun à une juste attitude devant Dieu. A la fin du psaume, l’appel adressé aux rois les invite à servir le Seigneur avec crainte, et à être dans l’allégresse… en tremblant ! La crainte dont il est question ici n’empêche donc pas d’être dans la joie. Et le psaume se termine par une béatitude : « Heureux tous ceux qui trouvent en lui un abri ! »

En réalité, le rire et la colère de Dieu poursuivent le même objectif : nous faire descendre de notre piédestal, rabaisser notre orgueil et nos prétentions. Bref, nous remettre à notre juste place. Et trouver en Dieu un abri.

Conclusion

L’accomplissement ultime de la perspective messianique de ce psaume, on la trouvera en Jésus-Christ, à travers un plan surprenant que l’orgueil des hommes ne pouvait même pas imaginer.

Pour nous faire descendre de notre piédestal, le Fils de Dieu a quitté la gloire du Ciel pour nous rejoindre dans notre humanité. Pour nous ramener à notre juste place, Dieu a pris notre place. Il s’est fait homme, il est mort pour nous.

Le Roi annoncé par ce psaume s’est fait serviteur, il a partagé notre humanité. Son Royaume est ouvert à ceux qui savent devenir comme des petits enfants. Alors si Dieu rit de notre orgueil et de nos prétentions, il se réjouit de notre humilité. Il l’a même partagée, en Jésus-Christ.

L’Évangile, tout simplement

Lecture biblique : Romains 1.1-17

Cette prédication a été donnée, dans le cadre d’un échange de chaire, à l’Eglise évangélique baptiste de Toulouse. 

A l’heure de la communication par mail ou SMS, une telle entrée en matière impressionne ! Et même au temps où vous écriviez des lettres, je ne pense pas que vous les commenciez de la sorte… Il faut dire qu’elle donne le ton de toute l’épître, sans doute la plus dense du Nouveau Testament. Elle contient en germe tout le développement théologique qui va suivre.

Mais en réalité, le cœur du message de l’épître est simple, et il apparaît déjà dans cette introduction. Le cœur du message, c’est l’Évangile, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Tout simplement.

L’Évangile, c’est Jésus-Christ !

Il faut savoir que les versets 1-7, en grec, sont une seule et longue phrase. L’apôtre Paul est coutumier du fait. C’est un enchaînement de phrases relatives qu’on est obligé de traduire par plusieurs phrases séparées en français. Mais elle est structurée de telle façon qu’au centre de cet enchevêtrement de phrases se trouve une affirmation : « Jésus-Christ notre Seigneur ».

Autrement dit, si on condensait au maximum cette introduction pour faire ressortir son idée centrale, pour Paul, l’Évangile, c’est Jésus-Christ. Et rien d’autre. Comme il le dira d’ailleurs aux Corinthiens :

« Je suis venu chez vous pour vous annoncer le projet caché de Dieu. Mais je ne l’ai pas fait avec des paroles compliquées ni avec des connaissances extraordinaires. En effet, au milieu de vous, je n’ai rien voulu savoir, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ cloué sur une croix. » (1 Co 2.1-2)

L’Évangile n’est pas un code de morale ou un ensemble de valeurs. Ce n’est même pas un corpus doctrinal. L’Évangile, c’est la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Une Bonne Nouvelle qui s’est incarnée dans l’histoire : Jésus a été annoncé par les prophètes, il est né issu de la famille de David. Mais elle bouleverse aussi l’histoire : Jésus est mort et ressuscité, proclamé Fils de Dieu.

J’ai l’impression que dans nos traditions évangéliques, on a eu tendance à avoir de l’Évangile une définition assez doctrinale, presque abstraite (les 4 lois spirituelles), dans laquelle on veut tout intégrer : le péché, la prédestination, la Trinité, voire même le millénium ! On y a parfois aussi ajouté certains impératifs moraux ou des valeurs indissociables : l’Évangile, c’est Jésus-Christ et tel changement de comportement, telle valeur, etc…

Tout cela est intéressant… mais est-ce qu’on ne risque pas de perdre de vue ce qui est le cœur de l’Évangile ? N’est-il pas salutaire de revenir à cette définition la plus sobre possible : l’Évangile, c’est Jésus-Christ. Car cela a des implications pratiques…

Si l’Évangile, c’est Jésus-Christ, alors accueillir l’Évangile, ce n’est pas adopter des valeurs, se conformer à une éthique ou adhérer à une confession de foi doctrinale. Accueillir l’Évangile, c’est rencontrer le Christ. Bien-sûr que cette rencontre aura des conséquences éthiques et théologiques, qu’elle va changer notre vie, notre vision de Dieu, du monde et de nous-mêmes. Mais tout cela sera une conséquence de la rencontre première avec le Christ.

Si l’Évangile, c’est Jésus-Christ, alors proclamer l’Évangile, c’est être témoin de Jésus-Christ. C’est raconter le Christ. C’est bien ce que font les quatre évangiles ! Ne sommes-nous pas appelés à faire de même dans notre témoignage personnel ? En le faisant, du coup, de manière personnalisée. Raconter le Christ qui nous est révélé dans la Bible et raconter le Christ dans ma vie.

Si l’Évangile, c’est Jésus-Christ, alors être fidèle à l’Évangile, c’est être fidèle au Christ. Il ne s’agit pas d’être les promoteurs de valeurs chrétiennes ou de comportements moraux évangéliques. Notre tâche première n’est pas d’être les défenseurs de la saine doctrine. Notre responsabilité première est d’être attaché au Christ et à son exemple. C’est là que se révèle la puissance de l’Évangile.

Car comment un code de morale ou un corpus doctrinal pourrait-il être une puissance de Dieu ? C’est Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui est puissance de Dieu. La puissance qui a ressuscité le Christ d’entre les morts, c’est aussi celle qui est à l’œuvre dans notre vie.

L’Évangile, c’est Jésus-Christ. Tout simplement.

L’Évangile, c’est pour tous !

Une autre affirmation fondamentale sur l’Évangile, au cœur de cette introduction, c’est son caractère universel. L’Evangile, c’est pour tous !

C’est particulièrement pertinent dans le contexte de l’épître aux Romains où Paul travaille à l’unité de l’Église face aux difficulté de la cohabitation entre chrétiens d’origine juive et chrétiens d’origine païenne. C’est au cœur de toute sa démonstration tout au long de l’épître et dès cette introduction.

Paul parle ici de l’Évangile comme d’une puissance pour sauver « tous ceux qui croient ». Et il décrit son ministère d’apôtre comme universel : « Je dois m’occuper de tous, des gens civilisés et de ceux qui ne le sont pas, des gens instruits et des ignorants. » Parce que l’Évangile n’est pas réservé à une élite, à quelques privilégiés ou une poignée d’élus.

En fait, si l’Évangile n’est pas pour tous, alors ce n’est pas l’Évangile du tout !

Cette puissance de Dieu, « pour les Juifs d’abord, les autres ensuite », c’est celle de la mort et la résurrection du Christ. Et l’accès à cette puissance est la même pour tous, Juifs ou non-Juifs : la foi. «  Dieu reconnaît les êtres humains comme justes quand ils croient en lui, et cette foi suffit ». Dieu nous déclare juste en vertu du Christ. Nous recevons sa justice, et nous sommes pardonnés. Et c’est la même chose pour tous ceux qui croient, qu’ils soient Juifs et païens, instruits ou ignorants, riches ou pauvres…

Cette universalité de l’Évangile nous interroge toujours sur le regard que nous portons sur notre prochain. Chaque être humain sur cette terre, quel qu’il soit, quoi qu’il ait fait, est un être que Dieu veut sauver, un pécheur perdu pour lequel Jésus-Christ a donné sa vie. Je ne suis pas sûr que nous ayons vraiment le même regard sur tous nos contemporains…

A cet égard, j’aime beaucoup le livre de Jonas et son humour piquant, véritable pépite de l’Ancien Testament. C’est l’histoire d’un prophète qui refuse d’aller en Assyrie, chez l’ennemi, pour annoncer la destruction de Ninive de peur que ses habitants se repentent et que Dieu les épargne… et qui se met à bouder lorsque, justement, ça arrive ! Non sans humour, ce texte pointe du doigt notre difficulté, parfois, à accepter la grâce pour les autres. Pour ceux qui, nous le pensons, ne la mérite pas… oubliant que nous ne la méritons pas plus qu’eux !

Du coup, dire que l’Évangile est pour tous, c’est aussi dire qu’il est encore pour nous aussi. Il est pour tous, et toujours. Pour moi aujourd’hui encore. Sinon, c’est comme si on disait : l’Évangile, c’est pour la conversion. Après, on passe à autre chose, on va plus loin. Ca n’a pas de sens. C’est en Christ que se révèle toute la plénitude de Dieu, c’est par lui que s’accomplit tout le projet de Dieu. Que rechercher d’autre ?

Il est d’ailleurs intéressant de noter comment Paul expose ses projets de voyage à Rome. On le sent motivé, enthousiaste à l’idée d’aller les rencontrer. Dans quel but ? Pour leur annoncer l’Évangile. Pourtant, il écrit à des chrétiens… Ils ont déjà reçu l’Évangile. Mais celui qui a déjà reçu l’Évangile doit le recevoir encore. La rencontre avec le Christ est toujours à renouveler, notre relation à entretenir. L’histoire du Christ doit sans cesse nous rejoindre dans notre histoire.

L’Évangile, c’est pour tous, et pour tous les jours de ma vie !

Conclusion

L’Evangile, c’est Jésus-Christ. Tout simplement. Il est notre Seigneur, notre sauveur. Il est notre justice. Il est notre espérance. Il est le chemin, la vérité et la vie.

Pourquoi voudrions-nous y ajouter quoi que ce soit ?

Alors proclamons Jésus-Christ : racontons son histoire, son enseignement, son œuvre. Témoignons de son histoire dans notre vie. Attachons-nous à lui : rencontrons-le par la foi, et approfondissons notre relation à lui chaque jour.

C’est lui qui est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient !

Gérer sa vie

 

https://soundcloud.com/eel-toulouse/gerer-sa-vie

Lecture biblique : Jacques 4.13-5.6

Sur Internet, dans les magazines, à la télévision ou la radio… partout on nous donne des conseils pour gérer notre vie. Les 10 conseils pour prendre sa vie en main, les 7 astuces pour gérer ses économies, les 4 principes pour booster sa carrière professionnelle, etc.

On nous propose partout des coachs pour notre développement personnel, des offres incontournables pour une assurance vie, des manuels pratiques pour réussir sa vie… Bref, nous apprendre à gérer notre vie est aujourd’hui un business qui rapporte !

Tout cela n’existait pas au temps de l’épître de Jacques… Mais n’est-ce pas un peu les mêmes questions qui sont posées dans ce texte ? Comment gérer sa vie ? Quels projets bâtir ? Quelles assurances se donner ?

Jacques y répond, comme à son habitude, d’une façon directe voire provocatrice…

Des sécurités illusoires

On pourrait dire qu’il pousse un double coup de gueule ! Les deux paragraphes de son propos sont introduits par la même formule d’interpellation (4.13, 5.1), qu’on pourrait traduire : « A vous, maintenant ! ». Jacques vise spécialement deux types de comportements qu’il veut condamner avec vigueur, et qui devaient être particulièrement présent parmi ses lecteurs.

Il dénonce deux sécurités illusoires. Dans le premier paragraphe, celle des projets (trop) bien ficelés et dans le deuxième paragraphe, celle des richesses amassées. L’idée commune à ce passage est celle-ci : nos projets et nos richesses sont des illusions quand ils deviennent notre sécurité. C’est même une manifestation d’orgueil spirituel : soit parce qu’on pense être seul maître de son destin, soit parce qu’on pense pouvoir se mettre à l’abri grâce à ses biens matériels.

Or, Jacques remet ceux qui tiennent de tels raisonnements à leur place :
Vous pensez être maître de votre destin ? Eh bien, aussi riche et ambitieux que vous soyez, vous n’êtes guère plus, à l’échelle de l’histoire, qu’un petit nuage qui s’évapore.
Vous pensez vous garantir un avenir radieux par les richesses que vous amassez ? Vos richesses sont éphémères, elles pourrissent et elles rouillent. Le monde va disparaître, et pourtant vous amassez les richesses alors que vous ne les emporterez pas dans la tombe…

Plus grave encore, ces sécurités illusoires leur font oublier les autres, elles les enferment dans leur égoïsme. Les ouvriers ne sont pas payés (v.4), des innocents sont condamnés et meurent (v.6).

La leçon est celle-ci : quand le but de sa vie est de se construire un petit monde sécurisé, on s’enferme dans son égoïsme. L’avertissement est valable pour chacun. S’ouvrir à l’autre, l’accueillir, l’aimer, tout simplement, comme nous y invite le Seigneur, ça peut mettre en danger notre confort et notre sécurité. Quand ma sécurité est ma préoccupation première, je ne suis pas sûr que l’amour du prochain ait beaucoup de place…

Notez d’ailleurs que ce qui est vrai à l’échelle individuel reste pertinent à l’échelle d’un peuple ou d’un pays. Quand le souci premier est la sécurité, alors les peurs de l’autre grandissent, on est dans le repli, on construit des barrières et des murs, on préfère la méfiance et la suspicion à l’accueil et l’hospitalité. Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd’hui en Europe n’est pas fortuite… Dans une société, quand la sécurité est érigée en valeur suprême, je ne suis pas sûr que la liberté, l’égalité et la fraternité y résistent longtemps…

Dieu voulant…

Face à ces sécurités illusoires, et notamment celle de nos projets, Jacques fait une préconisation : « Vous devez dire : ‘Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela.’ » (v.15)

Ce verset biblique a donné naissance à une formule utilisée, parfois un peu à tout-va chez les chrétiens : « Dieu voulant ». J’ai même déjà vu écrit simplement DV pour le signifier… c’est dire qu’elle est bien connue ! Si je n’ai rien contre l’usage de cette formule, comme précaution de langage, je me méfie un peu de l’usage systématique. Le Dieu voulant devenant un peu le Inch Allah évangélique !

Du coup, je me permets une petite parenthèse sur ce qu’on pourrait appeler les « formules magiques » évangéliques. Ces formules sont, à la base, bibliques. Il n’y a donc pas lieu de les proscrire. Mais attention à l’usage quasi magique qui peut en être fait. Comme s’il ne fallait pas bâtir le moindre projet sans, explicitement, dire « Dieu voulant ». Comme si on ne devait pas prononcer une seule prière, surtout d’intercession, sans la conclure par la formule « au nom de Jésus » (et si on peut répéter la formule au cours de la prière, c’est plus efficace). Comme si le secret de la plénitude dans la louange, c’est de dire Alléluia comme un mantra ! Et si on arrive à placer d’autres mots en hébreu, voire en araméen, c’est encore mieux (même si on ne connaît pas trop leur signification…) : Maranatha, Hosanna, Abba…

Mais revenons à notre épître de Jacques. Derrière la formule, il y a la reconnaissance de notre dépendance de Dieu. Jacques veut nous situer à notre juste place ici-bas, que nous soyons lucides quant à notre condition humaine. Non, nous ne sommes pas maîtres de notre destin, même si nous sommes responsables de nos choix et de nos projets !

Bien gérer sa vie, devant Dieu, c’est subordonner tous ses projets à la volonté de Dieu. Non pas s’attendre à ce que la feuille de route nous tombe comme par magie du ciel et que nous n’ayons plus qu’à la suivre, sans réfléchir. Mais, dans tout ce que nous faisons, dans tous nos projets restons attentifs à la voix de Dieu. Restons sensibles à sa main qui pourrait nous conduire ailleurs que ce que nous avions prévu.

« Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela. »

Laisser de la place à l’imprévu

Cela nous conduit à notre troisième point. Si nous ne sommes pas maîtres de notre destin et que Dieu, lui, est souverain, alors nous devons laisser de la place dans la gestion de notre vie, pour de l’imprévu.

Cela éclaire peut-être l’usage que fait Jaques d’une formule sans doute connue à son époque et que l’on retrouve au verset 17 : « Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, se rend coupable d’un péché. »

Certes, cette formule peut, simplement, accentuer l’importance de ce qu’il dit. « Maintenant, vous savez, et si vous n’agissez pas en conséquence, vous en serez responsable ». Mais ne peut-on pas y voir aussi, en lien avec le contexte, une invitation à saisir les occasions de faire le bien quand elle se présentent… y compris quand elles n’entrent pas dans les projets que nous avions prévus ?

On ne peut pas planifier à l’avance les occasions que nous aurons de faire le bien ! Dire « demain, nous ferons ceci ou cela » de façon absolue c’est s’interdire de faire autre chose si les circonstances le demandent. Des projets trop ficelés, qui ne laissent aucune place à l’improvisation et l’adaptation, peuvent empêcher de voir les occasions de faire le bien qui se présentent. Ne se préoccuper que de sa propre sécurité nous empêche de voir les occasions que Dieu met sur notre route.

Jacques ne nous invite-t-il pas à laisser de la place à l’imprévu dans nos vies ? Car notre imprévu, c’est peut-être le prévu de Dieu ! Et on risque de passer à côté parce que ce n’était pas dans le projet initial, parce que ça nous détourne de notre feuille de route, ou parce que ça met en péril ce que nous pensions construire pour notre avenir…

Si notre sécurité est dans nos projets ou dans nos richesses (quelles qu’elles soient), alors elle est illusoire. Mais si notre sécurité est en Dieu, le tout-puissant souverain, alors les imprévus de notre vie ne doivent pas nous faire peur. Avoir confiance en Dieu, c’est aussi accueillir l’imprévu comme une chance de découvrir des projets de Dieu surprenants, des découvertes étonnantes, des rencontres inattendues.

Conclusion

Gérer sa vie. C’est, indéniablement, un défi. Et je ne suis pas sûr que les multiples offres, conseils et astuces qu’on nous propose soient toujours de bon conseil.

L’erreur est de croire que Dieu ne serait qu’un spectateur de notre vie et que c’est à nous de tout planifier et de tout assurer. En réalité, ce que sous-entend Jacques, c’est qu’on ne peut pas gérer correctement sa vie sans laisser Dieu en prendre les rennes. Ca ne nous rend pas à notre tour spectateur de notre vie, nous en restons les acteurs… mais aux côtés de Dieu. Et il pourrait bien parfois nous emmener sur des chemins que nous n’avions pas prévus.

Du coup, je vous propose une autre formule en conclusion : Celui qui sait faire place à l’imprévu, dans la confiance en Dieu, se verra emmener sur des chemins de bénédictions qu’il n’avait pas prévu !

Frustrés !

 

https://soundcloud.com/eel-toulouse/frustres

Lecture biblique : Jacques 4.1-12

Jacques ne fait pas dans la dentelle ! On a même un peu l’impression qu’il exagère… En réalité, il force peut-être un peu le trait mais c’est pour souligner les enjeux. D’une certaine façon, il propose une dissection spirituelle de notre cœur… et ce n’est pas joli joli !

Il y trouve un cœur partagé, traversé de motivations ambiguës. Il y voit les racines de tensions et de disputes entre frères et sœurs dans la foi. Il y discerne surtout des frustrations : vous voulez quelque chose et vous ne pouvez pas l’avoir… vous demandez et vous ne recevez pas…

Nous connaissons tous, à différents niveaux, des frustrations, parfois difficiles à gérer. Et c’est le cas bien-sûr dans notre vie spirituelle. Jacques, ici, veut nous aider à les comprendre et à les surmonter.

Comprendre nos frustrations

Dans son propos, Jacques évoque deux sources possibles de nos frustrations spirituelles :
– La comparaison avec les autres
– La duplicité de notre cœur

La comparaison avec les autres

« Vous voulez quelque chose et vous ne pouvez pas l’avoir ? Alors vous êtes prêts à tuer. Vous êtes jaloux et vous ne pouvez pas obtenir ce que vous désirez ? Alors vous luttez et vous vous battez. » (v.2)

La convoitise et la jalousie, qui sont soulignées ici par Jacques, ont pour racine la comparaison avec les autres. Bien-sûr, ici on pense d’abord aux convoitises pour les biens matériels. Mais cela reste valable pour tout type de convoitise.

Dès le moment où on se laisse aller à la comparaison, alors naît la frustration. Parce qu’il y a toujours cette impression tenace que l’herbe est plus verte dans le pré du voisin… Sauf, bien-sûr, si vous vous pensez tellement supérieur qu’il ne vous manque rien et que la comparaison avec les autres vous conforte dans votre sentiment de supériorité. Là, votre problème est différent. Sautez directement au verset 6 : « Dieu résiste aux orgueilleux. Il est bon pour les petits. » et entendez le conseil du verset 10 : « Faites-vous petits devant le Seigneur, et il vous honorera. »

Mais pour les autres, entendons ce que Jacques indique ici : arrêtons de nous comparer les uns aux autres. C’est ce qui crée frustrations, dissensions et disputes, qui peuvent parfois aller très loin. Arrêtons de comparer nos situations sociales ou familiales, arrêtons de comparer nos dons et nos ministères, arrêtons de comparer nos spiritualités ou nos cheminements spirituels. Notre modèle, notre horizon, notre référence, c’est le Christ, et lui seul.

La duplicité de notre coeur

Une deuxième source de frustration se manifeste dans la prière. Et il faut avouer que le non-exaucement de nos prières peut parfois être une source douloureuse de frustration spirituelle. Je demande à Dieu de m’exaucer et il ne le fait pas ! Je lui demande de me donner ceci ou cela et il ne me le donne pas ! Je lui demande de me délivrer de ce penchant ou de cette addiction mais il ne le fait pas !

Pour expliquer cette frustration, Jacques pointe du doigt notre cœur : « Vous demandez et vous ne recevez rien ? C’est que vous demandez mal ! Vous demandez seulement pour satisfaire vos désirs mauvais. » (v.3)

Pour Jacques, demander mal, c’est demander avec de mauvaises motivations, « pour satisfaire vos désirs mauvais ». Et il le fait avec des termes extrêmement sévères en traitant ses lecteurs d’adultères (c’est bien le sens du mot grec au début du verset 4) et de gens faux (« avec l’âme partagée », au verset 8).

Cette duplicité du cœur, c’est notre ambiguïté à être attirés à la fois par Dieu et par le monde. Le monde, ici, c’est tout ce qui est contraire à Dieu. On ne peut être l’ami des deux à la fois ! Le problème, c’est que nous sommes l’hôte des deux à la fois… D’où nos frustrations ! D’où aussi la nécessaire prise de conscience que nous aurons toujours cette lutte intérieure, ce combat à mener en nous-mêmes. Le chemin de la sanctification, c’est aussi apprendre à gérer et surmonter nos frustrations spirituelles

Surmonter nos frustrations

Même s’il utilise un langage direct et sévère, Jacques ne veut pas nous laisser perdu dans nos frustrations. Il donne des clés pour apprendre à les surmonter. Nous pouvons en discerner trois :

1° Choisir son maître et s’y attacher

« Obéissez à Dieu, mais résistez à l’esprit du mal, et il va fuir loin de vous. » (v.7)

Par cette exhortation, Jacques nous dit que la résistance paye. La victoire est possible ! La duplicité de notre cœur peut petit à petit s’estomper.

Le mouvement est double : obéir à Dieu et résister au diable. Il y a une dynamique positive qui nous fait avance, qui repose sur l’obéissance à Dieu, sur le fait d’entrer dans ses projets, de nous accorder à sa volonté. Il s’agit donc sans cesse d’apprendre à mieux connaître ce que Dieu veut. Et là, il n’y a pas 36 solutions : il faut lire la Bible !

Mais il y a aussi une dynamique négative contre laquelle résister, un force qui nous écrase, nous détruit, nous égare, celle de la volonté du diable. Autrement dit : cette volonté, qui devient nôtre, de mettre en doute ou rester sourd à la voix de Dieu. Comme dans le jardin d’Eden lorsque la voix du Serpent a su insinuer le doute au sujet de la parole de Dieu.

Pour surmonter nos frustrations, il y a une décision ferme à prendre : choisissons Dieu comme maître et restons-lui attaché. Refusons le diable comme maître et résistons-lui.

2° Cultiver la proximité avec Dieu

Le deuxième conseil est lié au premier : « Approchez-vous de Dieu, il s’approchera de vous. » (v.8a) Jacques nous invite à cultiver la proximité avec Dieu. Elle est réciproque, vécue dans une relation authentique. Et cela permet de comprendre que Dieu n’est pas un maître distant et lointain mais un Père proche et aimant.

Mettre à part des temps d’intimité avec Dieu est vital ! Et ça ne se fait pas tout seul, il faut le vouloir. A cause de nos emplois du temps minutés, à cause des sollicitations incessantes de notre société de consommation, à cause du bruit constant d’un monde où le silence n’a plus de place, parce que nous sommes toujours connectés, dérangés, alertés… et nos frustrations sont alimentées !

Sachons dire stop. Et cultiver la proximité avec Dieu, pour nous ouvrir à la plénitude de sa présence. Et nos frustrations s’envoleront. Dans la plénitude de la présence de Dieu, les frustrations disparaissent complètement ! De quoi aurions-nous besoin d’autre que de la présence du Dieu infini, tout-puissant, éternel ?

3° Faire le ménage

« Purifiez-vous, vous qui êtes pécheurs ! Nettoyez vos cœurs, vous qui êtes faux ! Soyez tristes, mettez des habits de deuil, pleurez ! Changez vos rires en larmes et votre joie en tristesse ! Faites-vous petits devant le Seigneur, et il vous honorera. » (v.8b-10)

Il faut, régulièrement, faire le ménage dans notre cœur. Chez vous, j’imagine que vous faites régulièrement le ménage, en passant l’aspirateur, la serpillière, etc. Et quelques fois dans l’année, vous faites un grand ménage. Et c’est là, en général, que vous retombez sur les clés que vous aviez perdues depuis plusieurs semaines ou que vous découvrez que certains coins cachés de votre maison sont infestés de bestioles désagréables.

Nous avons aussi besoin de faire le ménage dans notre cœur, dans nos aspirations et nos motivations profondes. Prendre le temps de nous écouter et de prendre du recul sur nous-mêmes. On peut le faire régulièrement, comme une hygiène de vie spirituelle : y passer l’aspirateur. Et de temps en temps, notre cœur a besoin d’un grand ménage, plus en profondeur, par une retraite spirituelle ou avec l’aide de quelqu’un d’autre par exemple.

Conclusion

Nous avons tous des frustrations, de différents ordres, à gérer dans notre vie. Et si nous en manquons, notre société est là pour nous en fournir… Ces frustrations, lorsqu’elles sont alimentées, pourrissent notre vie et nos relations aux autres. Surtout quand elles trouvent racine dans la comparaison avec notre prochain.

En Christ, nous ne sommes pas appelés à la frustration mais à la plénitude :

« Que (Dieu) fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi ; enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu. (Ephésiens 3.17-19 – version TOB)

C’est cette plénitude de Dieu en Christ qui nous pouvons connaître, dans la communion avec Dieu, pour vaincre nos frustrations et vivre dans le contentement et la reconnaissance. De quoi aurions besoin d’autre que toute la plénitude de Dieu ?