Jonas – épisode 4

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Résumé des épisodes précédents : Au VIIIe siècle avant J-C, alors que l’Assyrie terrifie toute la région, le Seigneur envoie son prophète Jonas annoncer la destruction de Ninive, la capitale assyrienne. Contre toute attente, Jonas refuse d’obéir à Dieu et prend un bateau pour Tarsis, aux antipodes de Ninive. Il faut que le Seigneur déclenche une tempête et suscite un grand poisson qui engloutit Jonas pour faire entendre raison au prophète. Une fois recraché sur la terre ferme, Jonas se voit confier à nouveau la même mission par le Seigneur… et cette fois il obéit. Mais il n’a pas fini de parcourir Ninive en annonçant sa destruction qu’un grand mouvement de repentance gagne toute la ville, jusqu’au roi. Et, surprise, Dieu renonce alors à la destruction de Ninive !

Le livre de Jonas aurait pu s’arrêter au troisième épisode, sur un happy end… Toute une ville qui se repent grâce à la proclamation de Jonas : c’est le rêve de tout prophète ou de tout prédicateur ! Mais on n’est jamais au bout de nos surprises avec Jonas… Nous allons le voir avec ce quatrième et dernier épisode.
Lecture biblique : Jonas 4

1 Jonas n’est pas content du tout, vraiment pas du tout. Il se met en colère. 2 Il fait cette prière au SEIGNEUR : « Ah ! SEIGNEUR, je le savais bien quand j’étais encore dans mon pays. C’est pourquoi je me suis dépêché de fuir à Tarsis. Je le savais bien, tu es plein de tendresse et de pitié, patient, plein d’amour, et tu regrettes tes menaces. 3 Maintenant, SEIGNEUR, laisse-moi mourir. Oui, je préfère la mort à la vie. »
4 Le SEIGNEUR répond à Jonas : « Est-ce que tu as raison de te mettre en colère ? »
5 Jonas sort de la ville et il s’arrête à l’est de Ninive. Là, il se construit un abri et s’assoit dessous, à l’ombre. Il veut voir ce qui va se passer dans la ville. 6 Alors le SEIGNEUR Dieu fait pousser une plante au-dessus de Jonas. De cette façon, il aura de l’ombre et sera guéri de sa mauvaise humeur. Jonas est rempli de joie à cause de la plante. 7 Mais le jour suivant, un peu avant le lever du soleil, Dieu envoie un ver. Le ver pique la plante, et la plante sèche. 8 Puis, quand le soleil se lève, Dieu envoie de l’est un vent brûlant. Le soleil tape sur la tête de Jonas. Il va bientôt s’évanouir. Alors il souhaite la mort et dit : « Je préfère la mort à la vie. »
9 Dieu demande à Jonas : « Est-ce que tu as raison de te mettre en colère à cause de cette plante ? »
Jonas répond : « Oui, j’ai bien raison de me mettre en colère et de souhaiter la mort ! »
10 Le SEIGNEUR lui dit : « Toi, tu as pitié de cette plante. Pourtant, elle ne t’a demandé aucun travail. Ce n’est pas toi qui l’as fait pousser. En une nuit elle a grandi, en une nuit elle a séché. 11 À Ninive, il y a plus de 120 000 habitants qui ne savent pas ce qui est bon pour eux. Il y a aussi beaucoup d’animaux. Alors, est-ce que je ne peux pas, moi, avoir pitié de cette grande ville de Ninive ? »
Jonas : un homme en colère

« Je le savais ! » Voilà la réaction de Jonas. « Je le savais et c’est pour ça que je ne voulais pas obéir ! »

Jonas est en colère. Il éclate. Ce qu’il tenait enfoui dans son coeur (et qui n’échappait pas à Dieu qui connaît notre coeur…), ce qu’il se retenait de dire jusqu’ici, il l’exprime enfin et on comprend enfin pourquoi il a voulu désobéir à Dieu !

Ce n’était pas parce qu’il ne comprenait pas pourquoi Dieu lui confiait cette mission. C’était au contraire parce qu’il le comprenait trop bien ! Jonas sait qui est le Seigneur. Sa confession de foi est parfaite : « tu es plein de tendresse et de pitié, patient, plein d’amour, et tu regrettes tes menaces. » Et c’est justement ce que Jonas n’accepte pas : que Dieu puisse pardonner aux habitants de Ninive. Il ne supporte pas que Dieu soit bon et compatissant. Ou du moins que cette compassion s’exerce en faveur des habitants de Ninive ! Jonas voulait en quelque sorte décider qui a droit à la compassion de Dieu ou non. Et pour lui, Ninive n’y avait pas droit.

Ca ne vous est jamais arrivé d’avoir envie de « donner des conseils » à Dieu ? De vous dire que là, quand même, il devrait faire quelque chose, il devrait intervenir, il devrait répondre… Peut-être que vous ne l’avez pas fait avec la même véhémence que Jonas, peut-être vous êtes-vous contenté d’y penser, de façon implicite… Mais quand même…

L’histoire de Jonas nous enseigne que lorsque nous ne comprenons pas le Seigneur (et bien-sûr que ça arrive!), même lorsque ce qu’il fait (ou ne fait pas) nous paraît injuste, le problème ne vient pas de Lui mais de nous…
Une bonne leçon pour Jonas

Plutôt que de s’expliquer avec Jonas, d’argumenter pour se justifier, le Seigneur va lui donner une leçon. C’est le maître de la Création qui se manifeste une fois de plus : après la tempête et le grand poisson, il utilise une plante (un ricin), un ver et un vent d’est étouffant.

Il s’agit pour le Seigneur de confondre Jonas et de lui montrer l’absurdité de sa réaction. Il va donc faire en sorte que le prophète se mette en colère… à cause d’une plante ! Et la situation est cocasse : Jonas se met est en colère parce que Dieu détruit une plante alors qu’avant il était en colère parce que Dieu n’a pas détruit une ville entière ! En d’autres termes, il est capable de pitié (et encore, avec des motifs tout à fait égoïstes) pour une plante et il n’accepte pas que Dieu puisse avoir pitié de 120 000 hommes et femmes qui se repentent !!! Si Jonas trouve une raison (même égoïste) d’épargner une plante, ne peut-il pas trouver une raison d’épargner 120 000 êtres humains perdus ?

D’autant que, comme le dit le Seigneur, Jonas s’émeut pour une plante qu’il n’a pas fait pousser. Dieu, lui, a non seulement fait pousser le ricin mais il a aussi créé les habitants de Ninive… En réalité, si Dieu est bon avec les humains, toujours prêts à nous pardonner, c’est qu’il nous a créé et qu’il nous aime. Tout simplement…
Ce n’est pas à nous de dire à Dieu ce qu’il convient de faire ou non. C’est lui qui fait pousser, c’est lui qui crée, c’est lui qui est à l’origine de toutes choses et qui seul peut dire ce qui doit être détruit ou non. L’ironie de cette histoire, c’est que les hommes reprochent souvent à Dieu les malheurs et les catastrophes alors que Jonas reproche à Dieu sa bonté… Mais qui sommes-nous pour contester avec Dieu ?

En réalité, Jonas voulait un Dieu bon pour lui (n’oublions pas qu’il lui a donné une seconde chance et qu’il l’a secouru dans le ventre du poisson) mais implacable pour les autres… Sommes-nous prêts à vouloir pour les autres, ce que nous espérons pour nous ? Ou, comme le dit Jésus dans le sermon sur la Montagne, à faire aux autres ce que nous aimerions qu’ils nous fassent ? » (cf. Matthieu 7.12)
Conclusion

Nous voilà donc arrivés au terme du feuilleton de Jonas… Avec une fin qui peut paraître un peu abrupte. On aurait pu s’attendre à un cinquième chapitre qui décrirait la réaction du prophète à leçon que le Seigneur lui a donnée. On aurait peut-être voulu savoir si Jonas s’est obstiné dans sa rébellion ou s’il a finalement capitulé devant la bonté de Dieu. Ou connaître l’évolution du comportement des habitants de Ninive, d’autant que quelques décennies plus tard, Ninive sera bel et bien détruite… Mais non, rien de tout cela.

L’auteur du livre de Jonas préfère une fin ouverte qui, au-delà de susciter notre imagination nous invite à l’interrogation, à l’appropriation. Plus que la réaction de Jonas et la suite de l’histoire des habitants de Ninive, c’est notre attitude qui compte, notre réponse aux questions et aux interpellations de l’histoire de Jonas.

Acceptons-nous que la bonté de Dieu soit la même pour tous, que nous n’avons aucun privilège à faire valoir ? Ou sommes-nous comme Jonas, jaloux de la miséricorde divine, espérant un Dieu bon pour nous et implacable pour les autres (en particulier ceux que nous avons du mal à aimer…) ?

Qu’avons-nous fait, aujourd’hui, de nos repentances passées ? Ont-elles changé notre vie, durablement ? Avons-nous un nouveau chemin de repentance à emprunter aujourd’hui ? Comment percevons-nous la souveraineté de Dieu dans notre vie ? Avec inquiétude voire dans la crainte ou dans la paix et la confiance ?

Voilà autant de question, et peut-être d’autres encore, que la fin ouverte du livre de Jonas nous laisse… A chacun de nous d’y répondre, devant Dieu !

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