Les bonnes valeurs au sein de l’Eglise

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Lecture biblique: Jacques 2.1-13

Aujourd’hui nous arrivons au terme de notre série qui cherchait à alimenter notre réflexion sur le thème du synode qui aura lieu la semaine prochaine : Droit/Devoir de Parole, quelle place pour nos églises dans le débat public ? Les passages bibliques que nous avons médités apportaient un regard lucide sur la société et ses responsables, et nous invitaient à nous positionner clairement en tant que chrétiens contre les travers, en gardant une attitude irréprochable. Le texte qui nous est proposé en conclusion de la série, un extrait de la lettre de Jacques, quitte la question du rapport avec la société pour nous concentrer sur le fonctionnement interne de l’église.

Lecture

Le problème que soulève l’apôtre Jacques ressemble à d’autres situations qu’on trouve dans les lettres de Paul, un peu plus tard. C’est le cas de communautés chrétiennes qui tolèrent des dysfonctionnements évidents en leur sein, sans y voir d’inconvénients. Ici, Jacques dénonce le favoritisme qui préside aux relations dans la communauté, en prenant l’exemple de l’accueil – mais le favoritisme existait sûrement aussi sous d’autres formes ! Pour l’accueil, il décrit une église qui se met en quatre pour les grands, les riches, les puissants, mais qui dédaigne les petits, ici, un pauvre mal habillé.

Aux yeux de Jacques, c’est proprement intolérable dans l’église, et il invoque pas moins de quatre arguments pour que l’église abandonne cette attitude : 1/ ce comportement est incompatible avec l’évangile, avec le message de Jésus-Christ, 2/ Dieu choisit toutes sortes de gens, même méprisés par la société, pour leur donner la plus grande dignité au monde : être enfant de Dieu, héritier des bénédictions de Dieu, 3/ d’un point de vue purement pragmatique, cette attitude n’a aucun sens, vu que les riches et les puissants n’ont rien fait pour l’église et qu’au contraire, tous les problèmes des chrétiens avec les autorités ou la justice viennent de ces puissants (pour comparer à aujourd’hui, ce ne sont pas les petits et les pauvres qui bloquent les dossiers, refusent les permis de construire aux églises, font passer des lois anti-religion etc.), et 4/ ce genre de comportement va à l’encontre du commandement d’amour, de la volonté de Dieu, et transgresser aussi grossièrement et massivement la loi de Dieu, c’est se rendre susceptible d’être jugé par Dieu lui-même.

Quatre grands arguments pour secouer la communauté et lui faire reprendre ses esprits. Mais pourquoi ? Pourquoi est-ce si important de faire disparaître le favoritisme de l’église, alors que c’est somme toute une pratique moins scandaleuse que le vol, le mensonge, l’adultère… ?

1)   Une vie d’église cohérente avec la foi

La raison pour laquelle Jacques s’attaque au problème du favoritisme dans l’église, c’est que c’est incohérent avec la foi. Il est bien dans le prolongement de Jésus qui se méfiait des belles paroles et des grandes confessions de foi alors que la vie quotidienne laissait à désirer… Dans plusieurs des discours qui nous restent dans les évangiles, Jésus insiste largement sur les fruits, sur les conséquences visibles, de la foi : quand on croit en Dieu, ça doit se voir !

En effet, la foi change la vie. Ce n’est pas toujours évident de comprendre ce qu’est la foi en Jésus-Christ. A plusieurs reprises, en discutant avec des gens à qui je disais que j’étais chrétienne – ça va assez vite, quand on est pasteur ! – je me suis entendu rétorquer que c’était très bien, mais que la personne qui me parlait n’avait pas besoin de la béquille de la foi, qu’elle arrivait très bien à s’en sortir toute seule, avec ses propres forces. En fait, on ne voyait pas la foi de la même manière. Pour mes interlocuteurs, la foi était une aide, une croyance qui permet de trouver la paix dans des situations angoissantes, une sagesse ou des principes de vie. A mon avis, la foi c’est plutôt une rencontre, une rencontre avec le Christ, la conviction, en lisant ses paroles, en découvrant son attitude, la conviction qu’il est notre Sauveur. Cette conviction on ne la choisit pas ! C’est comme rencontrer quelqu’un et tomber amoureux : ça change la vie. Après, comment on agit à partir de cette rencontre, ça c’est une autre histoire. Mais la foi en Jésus-Christ, fils de Dieu venu parmi nous pour nous sauver, c’est une rencontre qui change la vie.

Quand on voit la foi de cette manière, quand on comprend que ce n’est pas d’abord une question de valeur ou de croyance, mais la rencontre avec un Dieu qui transforme notre vie, on comprend l’importance d’avoir une vie transformée. Si je suis en couple mais qu’il n’y a aucun changement dans ma vie – par exemple, que les gens me croient célibataire – ça montre que la relation est un peu inconsistante. Il ne s’agit pas d’être parfait du jour au lendemain pour prouver qu’on a Dieu dans sa vie, mais plutôt de chercher à vivre toujours plus en accord avec Celui qui change tout, à la fois sur un plan individuel et sur un plan communautaire.

2)   Le témoignage devant la société

La cohérence entre notre vie « visible » et notre foi est d’autant plus importante qu’elle ne concerne pas seulement notre propre vie devant Dieu, mais elle concerne aussi ceux qui nous entourent, car elle pèse lourd dans notre témoignage. Notre comportement en effet a un fort impact sur la crédibilité de notre parole – que ce soit le témoignage individuel ou un positionnement chrétien dans le débat public.

Notre comportement est un gage d’authenticité : si nos actes sont en accord avec nos paroles, alors c’est que nos paroles valent la peine d’être expérimentées. Si nous prêchons le pardon, l’amour, la justice, etc. – choses que tout le monde recherche mais que nous disons avoir trouvées en Jésus-Christ et nulle part ailleurs –, et que nous les vivons, ceux qui nous entourent verront que Jésus-Christ est bien le chemin, la vérité & la vie. Cela, individuellement, et en communauté. J’ai entendu, il y a quelques années, que plus de deux tiers des gens aujourd’hui s’engagent avec le Christ après avoir vu comment vit une communauté chrétienne, plus que par le témoignage d’un individu. Ce n’est pas étonnant ! La communauté a une force incomparable dans le témoignage. Que quelqu’un dise qu’il est chrétien et qu’il agisse bien, c’est peut-être une coïncidence – car il a peut-être reçu une bonne éducation, etc. Mais qu’un groupe, dont le seul dénominateur commun est le Christ, vive l’amour et la justice, là, ce n’est plus le hasard ! La qualité de notre vie communautaire  joue sur le témoignage, même s’il est individuel. Et la méfiance qu’on rencontre au nom des croisades, des injustices de l’Eglise au temps du Moyen-Age, etc. nous prouve bien l’impact des comportements communautaires sur la crédibilité de notre discours.

Ainsi, la vie d’église illustre qu’une autre vie est possible, et même, qu’une autre société est possible ! En vivant devant le monde avec d’autres valeurs que celles que nous dénonçons, d’autres motivations, d’autres moyens, nous donnons un exemple de la vie avec Jésus-Christ – pas un modèle, simplement un exemple, une preuve qu’on peut sortir du système, et vivre dans la vérité, dans la justice, dans la paix.

Que nous voulions nous exprimer dans le débat public, éthique, social, ou que nous voulions simplement annoncer l’évangile en petits comités, notre comportement est essentiel pour la crédibilité de notre parole.

Juste une précision : je crois que Dieu touche les gens même si nous ne sommes pas crédibles, nous en tant qu’individus. La Parole de Dieu est puissante, et elle a sa propre pertinence. Cela étant, même si c’est Dieu qui convainc en définitive, notre comportement ne doit pas être un obstacle à la foi, une exception à la vérité de Dieu.

3)   Enlever nos poutres

Allons plus loin avec cette question d’authenticité, de cohérence avec l’évangile. Il me semble que le problème majeur de l’église dont parle Jacques, c’est qu’elle reproduit la même injustice que dans la société, alors que l’Evangile va clairement dans une autre direction – Jésus-Christ est venu pour sauver tout type de personnes, car Dieu aime les petits comme les grands, les pauvres et les riches, et il nous appelle à aimer chacun. Au-delà de la question du favoritisme, une forme de discrimination, au-delà même de la question sociale, j’ai l’impression que cette église était, sans s’en rendre compte, sous l’influence d’une culture de la loi du plus fort, de l’argent comme valeur suprême, de recherche de pouvoir et de prestige, en décalage complet avec l’Evangile, avec la culture du Royaume de Dieu.

On est tous dans ce cas-là, tous influencés par notre culture, forcément. Quand nous rencontrons Dieu, nous commençons un très long chemin où nous comparons nos valeurs avec les siennes : quand il y a désaccord, nous sommes appelés à changer. Par exemple, si nous sommes tentés de mentir, la rencontre avec le Dieu de vérité nous invite à renoncer au mensonge et à avoir de plus en plus une parole honnête et fiable. En tant que communauté aussi, nous sommes influencés par la culture ambiante, et les travers d’une église chinoise, d’une église brésilienne ou d’une église française ne seront pas forcément les mêmes, car nos cultures n’ont pas les mêmes défauts.

Si nous sommes appelés à témoigner ensemble, en communauté, de la puissance transformatrice de l’Evangile, de sa perfection qui vient nous sortir de sociétés injustes à mille niveaux, nous devons être différents du monde qui nous entoure. Comment être cette communauté différente, porteuse des valeurs de Dieu ? Il y a déjà des différences, mais nous ne sommes pas parfaits. Je ne dis pas pour culpabiliser, c’est normal, nous sommes tous, moi la première, encore marqués par des comportements indignes de Dieu. Cela étant, ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas être saints du jour au lendemain que nous devons baisser les bras et nous complaire dans nos travers. Dieu nous appelle à marcher à la suite du Christ, qui nous emmène toujours plus près de Dieu.

Pour cela, je crois que nous devons commencer par porter sur nous-mêmes un regard de vérité, sans peur mais sans complaisance. Dieu nous aime, Dieu est présent parmi nous, mais il veut nous emmener plus loin. Quels sont les domaines où nous sommes encore décalés par rapport à l’évangile ? Quelles sont les poutres dans nos yeux dont nous ne sommes pas conscients, parce que c’est la règle dans notre société ? En tant qu’église marquée par la culture occidentale, par exemple, quel est notre rapport à l’argent ? aux étrangers ? aux gens moins utiles, moins performants, moins réputés ? quel est notre échelle de valeurs, notre rapport au temps, notre conception de la réussite ? quelles sont nos priorités ? L’église à qui écrit Jacques n’était pas consciente de ses travers, parce que la loi du plus fort était la règle dans sa société, dans sa culture. Qu’en est-il pour nous ? Que nous dirait un Jacques moderne ? Sur quoi attirerait-il notre attention ?

Ce diagnostic de vérité est essentiel, incontournable, comme une visite médicale, et il en a parfois le même caractère désagréable. On resterait bien dans notre zone de confort, avec nos poutres, nos travers, nos petits défauts inconscients, mais ce n’est pas ce à quoi Dieu nous appelle. Dieu nous veut en marche à sa suite, il nous veut rayonnants, il veut nous voir progresser, pour seulement pour notre propre bénéfice, mais aussi pour le bénéfice de ceux que nous rencontrons.

Dieu nous invite, régulièrement, à porter sur nous-mêmes ce regard de vérité, pour nous, pour les autres, pour lui. Bien sûr, c’est très difficile de faire nous-mêmes ce diagnostic, mais nous avons l’aide précieuse de la Parole de Dieu. Nous avons aussi la chance d’être plusieurs, avec nos différents points de vue, et même la chance d’être originaires de plusieurs cultures, pour remettre en question ce qui paraît évident en France, mais pas en Angleterre, en Centrafrique ou en Ukraine. Au début de sa lettre, l’apôtre Jacques nous donne cet encouragement : ceux qui ont besoin de sagesse, qu’ils la demandent à Dieu, et Dieu la leur donnera à tous, généreusement, et sans faire de reproches. Demandons, demandons à Dieu la sagesse, demandons-lui de nous ouvrir les yeux sur les prochaines étapes, sur les défis que nous devons relever, et demandons-lui son aide pour devenir toujours mieux le corps du Christ, témoin de l’Evangile. Et Dieu donnera à tous, généreusement.

 

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