La fête du Roi (Mt 2.1-12)

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La visite des mages est devenue légendaire, enrichie par la Tradition chrétienne de nombre de détails : il y en aurait eu trois, des rois, de plusieurs races différents, etc. En lisant le récit original dans l’évangile, on est frappé par la sobriété de la présentation – en réalité, on ne sait pas grand-chose de ces mages… Cela dit, l’histoire des mages est bien une histoire de rois, seulement les rois ne sont pas ceux que l’on croit souvent !

1)   Jésus, le roi des Juifs

En effet, le vrai roi de cette histoire, c’est un nouveau-né, Jésus, Messie annoncé par les prophètes, libérateur et seigneur attendu par le peuple de Dieu. L’évangéliste Matthieu est au début de son récit : avant de transmettre les enseignements et les actes marquants de Jésus, Matthieu donne un cadre d’interprétation qui va permettre de bien comprendre la portée de ses actes et de ses paroles. Ainsi, dans les premiers chapitres, il présente Jésus comme celui qui réalise les promesses de Dieu d’envoyer un libérateur à son peuple, souvent désigné comme le fils de David, l’héritier du roi des Juifs qui devrait conduire le peuple de Dieu.

Notre récit souligne cet accomplissement : Bethlehem, petite ville proche de Jérusalem, était la ville de naissance du roi de David, issu de la tribu de Juda, et Michée prophétise que le Messie naîtra lui aussi à Bethlehem – texte que citent les autorités juives quand Hérode les interroge. Jésus, né au même endroit que David, est son véritable héritier. La visite des étrangers venus de loin souligne encore le lien entre Jésus et David, en rappelant la visite de la reine de Saba à Salomon, premier successeur du roi David. La reine de Saba, venue d’Arabie pour éprouver la prestigieuse sagesse de Salomon, lui offre or, épices et pierres précieuses, tout comme les mages offrent à l’enfant Jésus or, encens et myrrhe.

Dans cette scène, le nourrisson ne fait rien, mais son identité royale se manifeste déjà, et suscite de fortes réactions d’une part chez les mages, et d’autre part chez les autorités d’Israël.

2)   La venue des sages d’Orient, signe du rayonnement du Messie

D’abord les mages, ou sages, venus d’Orient, puisque ce sont eux qui déclenchent toute l’histoire. Ce ne sont pas des magiciens, mais ils sont dépositaires de la sagesse de leur peuple, en lien avec leur religion – qui implique l’observation des astres – et sûrement avec le pouvoir en place. Ces sages-là avaient peut-être été en contact avec la diaspora juive, puisqu’ils relient l’étoile à la naissance d’un roi juif, ce qui était assez habituel à l’époque, où on considérait que des étoiles annonçaient la naissance des grands hommes.

A propos de cette étoile : c’est l’élément du texte qui paraît le plus naïf, le plus enfantin. Des scientifiques ont cherché des manifestations d’astres (étoiles ou planètes) qui auraient pu correspondre au récit, sans grand succès. Au minimum, on peut retenir qu’une lumière a guidé les mages, qu’ils ont interprétée comme une étoile, dont Dieu s’est servi pour alerter les mages et les conduire jusqu’au Christ.

A la vue de cette lumière, les sages comprennent qu’un grand homme est né, un roi pour le peuple juif, et ils vont directement à Jérusalem pour rendre hommage à l’héritier. Sauf que le roi des juifs n’est pas à Jérusalem, d’où l’histoire avec Hérode.

Quel est le but de leur visite ? Ils viennent rendre hommage à l’héritier – plutôt que l’adorer comme c’est traduit ici – en lui offrant des cadeaux prestigieux et en montrant leur respect. C’est une visite vraisemblablement politique, faite à un futur dirigeant, comme ça se fait entre pays. Les cadeaux apportés sont typiques de la région : or, parfum d’encens et parfum de myrrhe, des biens précieux qu’on utilisait dans les grands événements.

Dans le récit de cette visite, trois choses m’ont frappée.

D’abord, les sages, païens, sont miraculeusement à l’écoute de Dieu, ils se laissent conduire par les signes que Dieu leur envoie, par les rêves, les prophéties, sans discuter.

Ensuite, cette visite est quand même bizarre. Autant on peut comprendre que des délégations aillent rendre visite à un roi en place, autant un nourrisson dans un tout petit pays comme Israël, soumis à l’empereur romain, paraît insignifiant ! En plus, les mages font une apparition presque évanescente : ils offrent et ils repartent, comme si de rien n’était.

Et enfin, l’allégresse des mages, leur joie, est difficile à comprendre, alors qu’ils ne savent pas l’impact de Jésus pour eux.

Ces détails montrent que les mages sont pris dans une démarche qui les dépasse et qu’ils ne comprennent pas tout à fait. Pourtant, à travers leur visite, se dessine le rayonnement universel de Jésus comme lumière des nations, sauveur de tous les hommes, Roi non seulement des juifs mais de tous les peuples. La présence des mages auprès de Jésus annonce de manière prophétique l’ouverture du peuple de Dieu à toutes les nations, comme le demandera Jésus à ses disciples après sa résurrection : « allez, et faites de toutes les nations mes disciples » (Mt 28.18), ce que l’on voit aujourd’hui dans l’Eglise où des gens de toutes origines reconnaissent Jésus-Christ comme leur sauveur et leur roi.

3)   Hérode et les autorités, signes du rejet d’Israël

Face à la réaction inespérée des mages, la réaction d’Hérode et des autorités religieuses juives refroidissent d’autant plus. Le texte dit qu’à la nouvelle de la naissance du Messie, tous sont troublés. Ce trouble dénote la surprise, l’incompréhension, sûrement de la méfiance et de l’inquiétude, en tout cas aucune attitude positive pour accueillir le Roi.

Du côté d’Hérode le Grand, la situation est surtout préoccupante. En effet, Hérode ne fait pas partie de la dynastie légitime, mais il est originaire du pays d’Edom, frère ennemi d’Israël. Installé par les autorités romaines qui lui donnent le titre de roi des juifs, il règne en collaboration avec l’empire, et n’a pour cette raison que peu de popularité. On sait par ailleurs qu’Hérode craignait terriblement de perdre le pouvoir, et qu’il n’hésitait pas à massacrer ses rivaux, même ses propres héritiers ! Cette paranoïa se devine dans les démarches d’Hérode qui convoque les responsables religieux pour se renseigner sur ce nouveau rival, qui interroge en secret les mages étrangers en pensant les utiliser, et qui finit par ordonner le massacre de tous les enfants de moins de deux ans lorsqu’il se rend compte que les mages ne reviendront pas (2.16 : Quand Hérode voit que les sages l’ont trompé, il est très en colère. C’est pourquoi il donne l’ordre de tuer tous les enfants qui ont deux ans ou moins de deux ans, à Bethléem et dans les environs). Pour Hérode, le roi fantoche, la naissance d’un roi légitime, héritier du roi David, est une menace à supprimer.

Du côté des autorités religieuses, le problème n’est pas le même. Ce qu’on remarque chez eux, c’est leur passivité. A l’annonce de la naissance du Messie, ils ont l’air blasé, rappelant les prophéties liées à Bethlehem sans vraiment les prendre au sérieux, laissant repartir les mages sans manifester plus de curiosité, et ne faisant aucune démarche lorsque Hérode donne l’ordre de tuer les enfants potentiels. Leur apathie dénote leur tiédeur spirituelle : ils connaissent les prophéties par cœur, mais elles ne nourrissent pas leur foi, leur espérance. Ils n’attendent pas vraiment le Messie envoyé de Dieu, ils ne scrutent pas les événements pour discerner sa venue, et quand il arrive en la personne de Jésus, ils se retranchent derrière leurs préjugés, partageant l’incrédulité de ceux qui le feront crucifier.

Conclusion

L’épisode de la venue des mages d’Orient auprès du petit enfant nous invite à reconnaître dans l’humble et discrète apparence de Jésus-Christ, qu’il gardera jusque dans sa mort sur la Croix, le Messie du peuple de Dieu, un héritier du roi David, proche de Dieu, promis à une royauté plus que politique, mais universelle et glorieuse, la royauté de Dieu lui-même. La venue de ce roi, que suscite-t-elle chez nous ? Le trouble ? La peur ? L’incrédulité ? L’indifférence ? ou bien la joie et l’allégresse de ceux qui, humblement, s’agenouillent devant le Christ et lui offrent ce qu’ils ont de plus précieux ?

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