Archives mensuelles : ao√Ľt 2015

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Ruth, la moabite (4)

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Résumé des épisodes précédents

Lorsque son mari Elim√©lek et ses deux fils meurent alors qu’elle est exil√©e en Moab, No√©mi d√©cide de retourner en Juda. Ruth, une de ses belles-filles, refuse de la quitter et choisit de l’accompagner.

Sans le savoir, Ruth se retrouve alors √† glaner des √©pis dans le champ de Booz, un proche parent d’Elim√©lek. Pour No√©mi, √ßa ne peut pas √™tre un hasard¬†: le Seigneur l’a conduite jusqu’√† ce champ. Elle va alors mettre au point une strat√©gie, en faisant r√©f√©rence √† une loi de Mo√Įse interpr√©t√©e selon les coutumes de l’√©poque, pour que Booz √©pouse Ruth.

L’un et l’autre semblent tout √† fait consentants, mais il reste un obstacle. Un autre homme est un plus proche parent que Booz. C’est lui qui a la priorit√©. Booz va donc tenter de r√©gler cette affaire au plus vite…

Lecture biblique : Ruth 4
Explication

Voil√† donc le d√©nouement de l’histoire¬†! Un v√©ritable happy end, au-del√† m√™me de ce qu’on pouvait esp√©rer.

Comme No√©mi l’avait pr√©dit, et comme il s’y √©tait engag√© devant Ruth, Booz s’empresse de s’occuper de l’affaire, et en plus dans les r√®gles. Sur la place publique, il rassemble des t√©moins et traite avec l’autre proche parent d’Elim√©lek. Il le fait selon les coutumes de l’√©poque¬†: le symbole de la sandale doit d’ailleurs √™tre expliqu√© aux premiers lecteurs du livre de Ruth.

Il faut d’ailleurs noter que cet autre proche parent, dont on ne dit jamais le nom, √©tait au courant du retour de No√©mi au pays (v.3), et sans aucun doute aussi de la pr√©sence de Ruth √† ses c√īt√©s. Mais il n’a rien entrepris pour exercer son droit… Il n’en avait, semble-t-il, tout simplement pas les moyens. Il le dit¬†: il ne peut pas √† la fois racheter le champ et prendre Ruth pour femme, prendre soin d’elle. Et il a bien d√Ľ se rendre compte aussi que Booz, lui, √©tait motiv√©¬†! Il lui laisse le champ libre¬†: ¬ę¬†prends pour toi le droit de racheter¬†¬Ľ¬†!

Booz et Ruth se marient alors, pour la joie de tous. Y compris celle de No√©mi, accentu√©e encore apr√®s la naissance de leur fils, dont No√©mi va s’occuper comme s’il s’agissait du sien.

On pourrait presque dire √† la fin¬†: ils v√©curent heureux et eurent beaucoup d’enfants. C’est le happy end traditionnel… Sauf que l’√©pilogue va encore plus loin et donne une dimension particuli√®re √† l’histoire de Ruth. Obed, le fils de Booz et Ruth, deviendra le grand-p√®re du roi David. Il entre dans la lign√©e royale, la lign√©e messianique. Ruth est d’ailleurs une des rares femmes mentionn√©es dans la g√©n√©alogie de l’√©vangile selon Matthieu (1.5) qui fait du reste de Rahab, une autre femme non-juive, une habitante de J√©richo ayant cach√© les espions Isra√©lites, la m√®re (ou l’anc√™tre) de Booz. Voil√† encore des signes que la providence de Dieu est bien √† l’oeuvre…
Application

Au-del√† des beaux exemples de fid√©lit√© dont t√©moigne cette histoire familiale, l’√©pilogue du livre lui donne une nouvelle dimension, qui transcende le personnage de Ruth.

Une dimension universelle : la fidélité de Dieu

On y voit l’expression de la fid√©lit√© de Dieu, par la mise en Ňďuvre de sa providence, bien au-del√† de l’histoire de Ruth. C’est la fid√©lit√© de Dieu dans l’Histoire qui est soulign√©e. Jusqu’√† l’accomplissement de son plan, avec la mort et la r√©surrection de J√©sus-Christ. Une fid√©lit√© qui s’√©tend √† travers les si√®cles et qui se manifeste d√®s le jour o√Ļ l’humanit√© s’est d√©tourn√©e de son Cr√©ateur. Dans la Gen√®se, Dieu donne une promesse de victoire, assurant √† la descendance de la femme d’√©craser la t√™te du serpent (Gn 3.15). Cette fid√©lit√© de Dieu, tout au long de l’histoire, passe par No√©, Abraham, Mo√Įse, David, les proph√®tes… mais elle passe aussi par Ruth et Booz¬†!

Nos histoires s’imbriquent dans l’Histoire, par la providence de Dieu. Le m√™me Dieu, fid√®le √† son projet pour l’humanit√©, se montre fid√®le dans notre vie. Nos histoires personnelles ont de l’importance aux yeux de Dieu. Jamais Ruth, ni Booz, n’auraient pu imaginer √™tre int√©gr√©s dans la lign√©e qui allait conduire au Messie. Jamais ils n’auraient imagin√© que leur petit-fils allait devenir le grand roi David. D’autant que Ruth √©tait moabite, une √©trang√®re… comme Rahab √©tait habitante de J√©richo. Mais la b√©n√©diction de Dieu s’√©tend √† toutes les familles de la terre, comme il l’avait promis √† Abraham.
Une dimension typologique¬†: l’√©vangile selon Ruth

La dimension messianique de l’√©pilogue nous invite √† une lecture typologique de l’histoire de Ruth. Il s’agit de discerner, derri√®re les √©v√©nements d√©crits, des pr√©figurations du Christ. Il faut √™tre prudent avec une telle lecture mais le Nouveau Testament nous invite bien √† consid√©rer que tout l’Ancien Testament conduit au Christ.

Ainsi, l’√©pilogue du livre de Ruth est caract√©ristique. En effet, l’espoir rena√ģt avec la naissance d’un fils √† Ruth dont tout le monde dit¬†: ¬ę¬†Qu’elle ressemble √† Rachel et √† L√©a, les deux femmes de Jacob qui ont donn√© naissance au peuple d’Isra√ęl !¬†¬Ľ. De plus, cet enfant na√ģt √† Bethl√©em, il est anc√™tre de David par la lign√©e duquel na√ģtra le Christ. Il s’appelle Obed. Or, son nom signifie ¬ę¬†serviteur¬†¬Ľ¬†: la figure du serviteur est bien une figure messianique¬†!

Si on regarde l’ensemble de l’histoire de Ruth, on peut aussi la voir comme une typologie du salut. La foi ‚Äď fid√©lit√© de Ruth a chang√© le cours de sa vie, gr√Ęce √† Booz, son r√©dempteur. Booz y appara√ģt comme une figure du Christ. C’est lui qui rach√®te Ruth et No√©mi, qui les sauve. No√©mi pourrait m√™me √™tre per√ßue comme une figure du peuple d’Isra√ęl, et Ruth une figure des pa√Įens, toutes deux sauv√©es, rachet√©es par Booz. Comme le Christ a rachet√©, sauv√©, Juifs et non-Juifs par amour, les unissant dans un m√™me peuple. De plus, le Christ aussi est notre ¬ę¬†proche parent¬†¬Ľ¬†: il est notre fr√®re par l’incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Nous le voyons, derri√®re cette belle histoire familiale se cache un message d’une profondeur insoup√ßonn√©e. Un v√©ritable √©vangile selon Ruth.
Conclusion

Gardons les deux niveaux de lecture de ce r√©cit. Prenons exemple sur la fid√©lit√© de Ruth et la g√©n√©rosit√© de Booz. Inspirons-nous d’eux pour √™tre √† notre tour fid√®le et g√©n√©reux. Mais contemplons aussi avec reconnaissance l’action de Dieu dans l’Histoire. Soyons √©merveill√©s par son plan de salut, accompli en J√©sus-Christ, et dont il nous donne de nombreuses illustrations tout au long de l’Ecriture. Louons-le pour son action dans nos vies, le salut mis en Ňďuvre pour nous en J√©sus-Christ. Il est notre R√©dempteur, celui qui nous sauve et nous donne une esp√©rance nouvelle.

Ruth, la moabite (3)

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Résumé des épisodes précédents

Exilée dans le pays de Moab, Noémi voit mourir son mari, Elimélek, et ses deux fils. En situation de précarité, elle choisit alors de rentrer dans son pays, en Juda, en permettant à ses belles-filles moabites de refaire leur vie dans leur pays.

Mais l’une d’elles, Ruth, t√©moigne de sa fid√©lit√© et refuse de la quitter. Elle choisit de l’accompagner, restant attach√©e √† elle et √† Dieu.

En Juda, Ruth d√©cide d’aller glaner des √©pis dans un champ afin de se nourrir, elle et sa belle-m√®re. Or, il se trouve que le champ dans lequel elle va appartient √† Booz, un proche parent. Mais Ruth ne le sait pas.

Pour No√©mi, ce n’est pas un hasard. C’est le Seigneur qui l’a conduite jusqu’√† ce champ. Dans sa providence, Dieu s’est ainsi montr√© fid√®le !

Lecture biblique : Ruth 3
Explication

Ruth n’est pas Isra√©lite. Elle ne conna√ģt pas toutes les lois et coutumes en Isra√ęl. No√©mi va donc prendre les choses en main pour mettre √† profit la situation. Ruth, quant √† elle, fait confiance √† sa belle-m√®re.

En permettant √† Ruth d’aller glaner des √©pis dans le champs de Booz, Dieu a lui-m√™me pr√©par√© les circonstances qui permettront √† Ruth de refaire sa vie. No√©mi saisit donc l’occasion qui se pr√©sente pour se montrer √† son tour fid√®le √† Ruth et lui assurer un avenir heureux.

Elle donne donc ses instructions √† sa belle-fille pour que celle-ci fasse comprendre √† Booz qu’elle √©tait pr√™te √† envisager de se marier. Mais les choses doivent se faire dans la discr√©tion et avec prudence. Le geste d’√©carter la couverture et de se coucher au pied du proche parent, √©tait suffisamment explicite. Surtout avec les paroles que Ruth dit √† Booz lorsqu’il la surprend au milieu de la nuit : ¬ę C’est moi, Ruth. Prot√®ge-moi. En effet, tu es un proche parent et tu as la responsabilit√© de prendre soin de moi. ¬Ľ

Et, visiblement, il n’en esp√©rait pas tant ! Il n’h√©site pas une seconde… mais il veut faire les choses dans les r√®gles. Il y a un autre parent, plus proche que lui d’Elim√©lek. C’est lui qui a la priorit√©. Il doit d’abord voir avec lui. Lorsque Ruth raconte √† No√©mi ce qui s’est pass√©, sa r√©ponse est pleine de confiance. Elle n’a aucun doute sur le fait que Booz fera tout pour faire aboutir sa d√©marche : ¬ę Cet homme-l√† ne sera pas satisfait s’il ne r√®gle pas cette affaire aujourd’hui. ¬Ľ

Application

Au cŇďur de ce chapitre, il y a l’application d’un commandement biblique sur la solidarit√© familiale en cas de veuvage. On pense en particulier au texte de Deut√©ronome 25.5-10, qu’il est int√©ressant de citer :

Mo√Įse dit : Supposons ceci : Deux fr√®res habitent ensemble, et l’un d’eux meurt sans avoir de fils. Sa veuve ne doit pas se remarier avec quelqu’un d’ext√©rieur √† la famille. Son beau-fr√®re doit accomplir son devoir de beau-fr√®re : il la prendra pour femme et il s’unira √† elle. Alors on consid√©rera le premier gar√ßon qu’elle mettra au monde comme le fils de l’homme qui est mort. Ainsi, son nom continuera d’√™tre port√© en Isra√ęl. Si un homme ne veut pas prendre sa belle-sŇďur pour femme, cette femme se rendra au tribunal, devant les anciens. Elle dira : ¬ę Mon beau-fr√®re ne veut pas accomplir envers moi son devoir de beau-fr√®re. Il refuse de donner √† son fr√®re un fils qui continue de porter son nom en Isra√ęl. ¬Ľ Les anciens de la ville feront venir cet homme et ils parleront avec lui. S’il continue √† refuser de prendre pour femme la veuve de son fr√®re, celle-ci s’avancera vers lui devant les anciens. Elle lui enl√®vera la sandale de son pied, elle lui crachera au visage et dira : ¬ę Voil√† ce qu’on fait √† un homme qui refuse de donner un fils √† son fr√®re ! ¬Ľ Ensuite, en Isra√ęl, on appellera la famille de cet homme ¬ę la famille de l’homme au pied nu ¬Ľ.

On peut relever deux éléments de surprise dans notre épisode :

  • Ce n’est pas Booz mais No√©mi qui prend les choses en main pour accomplir ce commandement.
  • L’application du commandement est plus large et moins contraignant que dans le Deut√©ronome.

Noémi prend les choses en main

Le livre de Ruth a un petit c√īt√© f√©ministe ! Ce sont les femmes qui montrent l’exemple et qui prennent les choses en main. Ruth l’a fait en faveur de sa belle-m√®re, No√©mi lui rend ici la pareil.

No√©mi n’a pas l’intention d’attendre que Booz se d√©cide tout seul √† exercer son devoir de solidarit√© familiale. Elle va forcer le destin et donner un petit coup de pouce √† Booz, en mettant au point une strat√©gie. C’est la pichenette qui √©tait n√©cessaire pour que Booz se lance.

D’ailleurs, il ne faudrait pas jeter la pierre trop vite √† Booz. Une fois lanc√©, il s’empressera de r√©gler l’affaire. Et on peut discerner au moins deux raisons pour lesquelles il n’a pas pris l’initiative dans cette affaire :
1¬į Booz √©tait plus √Ęg√© que Ruth et ne voulait pas s’imposer √† elle : ¬ę Que le SEIGNEUR te b√©nisse ! Tu n’as pas cherch√© l’amour des jeunes gens, riches ou pauvres. ¬Ľ (v.10)
2¬į Il n’√©tait pas prioritaire pour exercer le devoir de rachat. Il y avait un autre parent, plus proche que lui d’Elim√©lek (v.12)

Il est int√©ressant de noter ce respect de la loi et des coutumes mais aussi ce respect de la personne de Ruth. Nous sommes dans un contexte culturel tr√®s patriarcal o√Ļ le respect des femmes n’√©tait pas forc√©ment la pr√©occupation premi√®re… Booz est un homme de bien.

Enfin, je ne crois pas du tout qu’on soit en pr√©sence d’un mariage sous la contrainte pour Booz et Ruth. La fa√ßon dont les choses se passent laisse entendre qu’ils √©taient sans doute consentants. Certes, ce n’est pas explicite… Mais les paroles de Ruth lorsqu’elle √©voque Booz √† sa belle-m√®re, le traitement de faveur que Booz accorde d√®s le d√©but √† Ruth et l’empressement avec lequel il r√®gle cette affaire, tout laisse entendre qu’il s’agit de bien plus qu’un ¬ę mariage arrang√© ¬Ľ !

Une application plus large et moins contraignante

L’application de la loi du Deut√©ronome r√©v√®le aussi quelques surprises. L’id√©e principale de ce commandement est que lorsqu’un homme mourait sans enfant, son fr√®re devait prendre sa veuve pour femme, et le premier gar√ßon qui na√ģtrait serait consid√©r√© comme l’enfant du mari d√©c√©d√©, pour perp√©tuer son nom. Si le beau-fr√®re refuse d’exercer ce devoir, il s’exposait √† une humiliation publique.

Le ton du texte du Deut√©ronome est tout de m√™me assez diff√©rent de l’impression qui se d√©gage de l’histoire de Ruth. Le texte de loi est froid et tranchant. Le r√©cit de Ruth pr√©sente le devoir de rachat de fa√ßon moins contraignante et plus large. Moins contraignante parce que l’autre proche parent refusera de l’exercer (chapitre 4) sans contrainte ni humiliation. D’autre part, Deut√©ronome 25 ne parle que du devoir du beau-fr√®re d’une femme veuve. Ni Booz ni l’autre parent proche ne semblent √™tre fr√®res d’Elim√©lek. Sans compter que, strictement, ce n’est pas vraiment Ruth qui √©tait concern√©e mais No√©mi !

Bref, on n’est pas dans une application stricte et froide de la loi mais on comprend l’esprit de la loi. Ici, c’est la n√©cessaire solidarit√© familiale, le secours des veuves qui se retrouvent dans une situation pr√©caire. Et Booz, qui est un homme de bien, est pr√™t √† exercer ce droit et aller ainsi encore plus loin que la g√©n√©rosit√© dont il a d√©j√† fait preuve jusqu’ici.

Bel exemple de la juste attitude face aux textes de loi dans la Bible. Il ne suffit pas de les appliquer √† la lettre pour leur √™tre fid√®le. Il s’agit d’en comprendre l’intention profonde. Les contextes changent, les coutumes √©voluent… la fa√ßon d’appliquer les commandements doit aussi √©voluer. Aujourd’hui, √† plus forte raison, il ne suffit pas de se r√©f√©rer √† un commandement de l’Ancien Testament pour se faire une opinion d√©finitive sur tel ou telle pratique, de citer un verset biblique pour r√©pondre √† telle ou telle question d’√©thique.

C’est bien l’intention globale de Dieu, qui ressort d’une compr√©hension de l’ensemble de la Bible, que nous devons rechercher. Pas des solutions toutes faites et des raccourcis simplistes.
Conclusion

L’histoire n’est pas finie. On attend encore son d√©nouement, dans l’ultime chapitre. Mais on semble bien s’acheminer vers un ¬ę happy end ¬Ľ, ce qui est inesp√©r√© quand on consid√®re le d√©but de l’histoire. La fid√©lit√© de Dieu est grande… et elle passe aussi par la fid√©lit√© des hommes et des femmes. Celle de Ruth, de No√©mi et de Booz. Tout trois fid√®les et solidaires.

La fid√©lit√© engendre la fid√©lit√©. La solidarit√© entra√ģne la solidarit√©. Et c’est Dieu lui-m√™me qui en donne l’exemple. Lui qui s’est montr√© fid√®le √† son plan de salut pour l’humanit√© qu’il a cr√©√©e. Lui qui s’est mont√© solidaire en J√©sus-Christ, partageant notre condition jusqu’√† la mort sur la croix. C’est l√† le cŇďur du message biblique, que nous ne devons jamais r√©duire √† une morale ou une liste de commandements √† respecter.

Soyons donc fid√®les et solidaires, √† la suite de Ruth, No√©mi et Booz, √† l’image du Dieu fid√®le et solidaire, manifest√© pleinement en J√©sus-Christ.

Ruth, la moabite (2)

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R√©sum√© de l’√©pisode pr√©c√©dent

A la mort d’Elimelek, son mari, et de ses deux fils, No√©mi se retrouve seule avec ses belles-filles, Orpa et Ruth. Elle avait quitt√© Isra√ęl qui traversait une p√©riode de famine et s’√©tait r√©fugi√©e en Moab o√Ļ ses fils avaient trouv√© des filles du pays pour se marier.

Veuve, sans enfant, en terre √©trang√®re, No√©mi se retrouve en situation de grande pr√©carit√©. Quand elle entend que les r√©coltes ont repris en Isra√ęl, elle d√©cide d’y retourner, proposant √† ses belles-filles de rester et refaire leur vie. Mais Ruth s’y refuse et choisi de rester fid√®le √† sa belle-m√®re et √† son Dieu¬†: ¬ę¬†L√† o√Ļ tu iras, j’irai. L√† o√Ļ tu habiteras, j’habiterai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu.¬†¬Ľ

No√©mi retourne donc dans son pays mais le cŇďur n’y est pas¬†: elle ne comprend pas pourquoi Dieu l’a ainsi frapp√© par cette √©preuve¬†: ¬ę¬†Ne m’appelez pas No√©mi, la femme heureuse. Appelez-moi Mara, la femme am√®re, car le Tout-Puissant a rendu ma vie tr√®s am√®re.¬†¬Ľ

No√©mi et Ruth arrivent en Isra√ęl au moment de la r√©colte de l’orge…

Lecture biblique : Ruth 2

Commentaire

¬ę Je le vois, le SEIGNEUR continue √† nous montrer sa bont√©. Il est bon pour nous les vivants, comme il est bon pour les morts. Qu’il b√©nisse cet homme ! Booz est un homme de notre famille proche. Il est l’un de ceux qui ont la responsabilit√© de prendre soin de nous. ¬Ľ (v.20)

La fin de ce chapitre contraste avec la fin du pr√©c√©dent. No√©mi √©tait alors au fond du trou, se lamentant de l’√©preuve que le Seigneur lui avait envoy√©. Ici, elle se r√©jouit au contraire de la bont√© de Dieu envers elle. L’histoire est en train de basculer.

Ruth ne savait pas que le champ dans lequel elle allait glaner des √©pis √©tait celui de Booz, un parent d’Elim√©lek. C’est No√©mi qui le lui apprend. Que Ruth ait trouv√© un propri√©taire aussi g√©n√©reux lui laissant glaner autant d’√©pis est une chance. Mais qu’en plus il s’agisse de Booz, un proche parent d’Elim√©lek qui pourrait exercer son droit de rachat pour leur venir en aide, √ßa ne pouvait √™tre un hasard…

Il faut noter que cet √©pisode illustre une loi sociale int√©ressante ayant cours alors en Isra√ęl. Il s’agit de la loi sur le glanage. Les propri√©taires devaient laisser des √©pis √† glaner dans leurs champs et des grappes √† cueillir dans leurs vignes, pour que ceux qui n’avaient pas de terre, les d√©munis, les immigr√©s, puissent trouver √† manger (cf. L√©vitique 19.9-10). Une sorte de ¬ę¬†Restos du coeur¬†¬Ľ de l’√©poque¬†!

A la fin du chapitre, No√©mi √©voque aussi une autre loi, li√©e √† la responsabilit√© familiale en cas de veuvage. La fa√ßon dont Booz exercera ce droit sera d√©velopp√© aux chapitres 3 et 4. Nous le verrons donc dans les prochains √©pisodes…

Application

Avec le premier chapitre, nous avons parl√© de la fid√©lit√© de Ruth. Ici, c’est de la fid√©lit√© de Dieu qu’il faut parler. Nous pouvons le faire √† la suite de No√©mi, dont le d√©sespoir s’est chang√© en espoir et en reconnaissance¬†:

¬ę Je le vois, le SEIGNEUR continue √† nous montrer sa bont√©. Il est bon pour nous les vivants, comme il est bon pour les morts. Qu’il b√©nisse cet homme ! Booz est un homme de notre famille proche. Il est l’un de ceux qui ont la responsabilit√© de prendre soin de nous. ¬Ľ (v.20)

1¬į Au cŇďur de l’√©preuve, il est difficile de discerner la fid√©lit√© de Dieu

La t√™te dans le sac, on est incapable de prendre du recul. Dieu semble absent de l’√©preuve. Pour No√©mi, c’est gr√Ęce √† Ruth et sa d√©termination qu’elle finit par reconna√ģtre la fid√©lit√© de Dieu. Elle a eu besoin de la fid√©lit√© de sa belle-fille pour discerner la fid√©lit√© de Dieu.

Si nous voulons aider ceux qui traversent des √©preuves, il ne faut certainement pas leur ¬ę¬†faire la le√ßon¬†¬Ľ, les inviter co√Ľte que co√Ľte √† croire en la bont√© de Dieu √† coup de versets bibliques. Sans doute est-ce mieux de se montrer solidaire, concr√®tement, d’√™tre pr√©sent √† leur c√īt√©, prenant parfois les choses en main pour les aider et les accompagner. Se montrer soi-m√™me fid√®le et confiant.

2¬į Dieu exerce sa fid√©lit√© par sa providence

Parler de providence, c’est parler d’une action discr√®te de Dieu, dans la banalit√© du quotidien. Ce ne sont pas des actions √©clatantes et spectaculaires mais une pr√©sence au cŇďur de l’Histoire… et de nos histoires.

Cette pr√©sence discr√®te explique pourquoi il faut souvent du recul pour la discerner. Et de la foi aussi. Parce qu’on pourra toujours parler de co√Įncidence et de hasard. Si Ruth a glan√© des √©pis dans le champs de Booz, c’est soit un coup de bol, soit un indice de la providence divine. Et nous pourrions sans doute multiplier les exemples dans nos vies. A nous de choisir¬†!

3¬į √ätre confiant dans la fid√©lit√© de Dieu, c’est aussi prendre des initiatives.

No√©mi a pris l’initiative de rentrer en Isra√ęl. Ruth a pris les choses en main en accompagnant sa belle-m√®re et en allant glaner des √©pis. Elle n’a pas attendu que tout tombe du ciel…

La foi et la confiance ne doivent pas √™tre des oreillers de paresse¬†! Dieu honore nos initiatives en s’y inscrivant dans sa providence. Bien-s√Ľr, toutes nos initiatives ne sont pas forc√©ment bonnes. On fait parfois de mauvais choix… Mais Dieu est suffisamment puissant et fid√®le pour les corriger au besoin, dans sa providence.

La foi ce n’est pas¬†: ¬ę¬†Seigneur, j’attends que tu agisses, que tu me parles, que tu me montres… et apr√®s j’irai¬†¬Ľ. C’est plut√īt¬†: ¬ę¬†Seigneur, accompagne-moi dans mes choix, conduis-moi dans mes initiatives, guide-moi sur ton chemin.¬†¬Ľ

Le Seigneur ne répond pas à tous les caprices de ceux qui restent assis et attendent que tout leur tombe du ciel. Il accompagne ceux qui marchent.

Conclusion

Si comme Ruth et Noémi nous voulons voir la fidélité de Dieu dans notre vie :
Soutenons-nous les uns les autres. On discerne mieux la fidélité de Dieu ensemble que chacun pour soi.
Ouvrons les yeux de la foi, choisissons la confiance dans la providence divine.
Mettons-nous en marche, prenons le risque de faire des choix et croyons que Dieu s’y inscrira dans sa providence, au besoin en les corrigeant.

Ruth, la moabite (1)

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Pour ce mois d’ao√Ľt, je vous propose un petit feuilleton de l’√©t√©. Une saga familiale en quatre √©pisodes, une belle histoire d’amour et de fid√©lit√© dont l’h√©ro√Įne se pr√©nomme Ruth.

Nous sommes au XIIe ou XIe si√®cle avant J√©sus-Christ, au temps des Juges en Isra√ęl. Une p√©riode troubl√©e, marqu√©e par les conflits, le d√©sordre et la violence. Mais notre histoire ne commence pas en Isra√ęl mais √† Moab, un peuple voisin souvent en conflit avec Isra√ęl, y compris au temps des Juges.

La belle histoire de Ruth, la moabite, offre un saisissant contraste avec ce contexte sombre.

Lecture biblique : Ruth 1

¬ę¬†L√† o√Ļ tu iras, j’irai. L√† o√Ļ tu habiteras, j’habiterai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu.¬†¬Ľ (v.16)
Commentaire

No√©mi est √Ęg√©e au moment o√Ļ elle se retrouve seule, sans mari ni enfant, tous d√©c√©d√©s. Il est trop tard pour elle d’avoir d’autres enfants et donc de trouver un nouveau mari. Exil√©e √† Moab, elle d√©cide de rentrer en Isra√ęl o√Ļ elle trouvera peut-√™tre du secours. Le veuvage est difficile √† vivre dans le contexte culturel de cette √©poque, surtout dans un pays √©tranger, loin des siens.

Mais ses belles-filles, elles, sont encore jeunes. Il est encore temps pour elle de trouver un mari et de refaire leur vie. No√©mi les y encourage et c’est bien la d√©cision prise par Orpa. Il faut se garder de porter un jugement h√Ętif sur elle. Elle aimait aussi sa belle-m√®re. On voit que cela lui co√Ľte de la quitter. Mais sa d√©cision est l√©gitime et parfaitement compr√©hensible.

En r√©alit√©, c’est la d√©cision de Ruth qui est √©tonnante. Choisir de rester malgr√© tout avec sa belle-m√®re, envers qui elle n’avait aucune obligation, est une marque remarquable de fid√©lit√©. Elle avait sans doute compris la situation pr√©caire dans laquelle se trouvait No√©mi et qu’elle pouvait lui venir en aide en l’accompagnant. La suite lui donnera raison…

La fid√©lit√© de Ruth est d’ailleurs sans doute bien plus qu’un simple attachement √† sa belle-m√®re¬†: ¬ę¬†Ton Dieu sera mon Dieu¬†¬Ľ, dit-elle. Il y a aussi dans sa d√©marche une dimension de foi. Elle choisit No√©mi mais elle choisit aussi le Dieu de No√©mi. A son attachement √† sa belle-m√®re s’ajoute une adh√©sion de cŇďur √† son Dieu.

Dans la tradition juive, Ruth est consid√©r√©e comme un mod√®le des femmes pros√©lytes, les non-juives qui √©pousent la foi juive. Dans l’histoire de Ruth, le choix de la foi n’entre pas en conflit avec le choix du cŇďur. La fid√©lit√© √† Dieu va de paire avec la fid√©lit√© √† ceux qu’on aime.
Application

Dès le premier épisode de cette histoire, Ruth nous offre un remarquable exemple de fidélité et de foi.

On l’a dit, la fid√©lit√© de Ruth n’allait pas de soi. Elle lui a co√Ľt√©¬†: elle a d√Ľ quitter son pays… Une d√©cision qui rappelle celle d’Abraham en r√©ponse √† l’appel de Dieu, lui demandant de quitter son pays pour aller l√† o√Ļ il le conduirait. Pour Ruth, pas d’appel, pas de voix int√©rieure, mais une volont√© ferme de se montrer fid√®le √† sa belle-m√®re et de s’attacher √† Dieu. Comme pour Abraham, c’est une d√©marche de foi¬†!

Une d√©marche de foi qui co√Ľte. On peut d’ailleurs se demander si toute fid√©lit√© n’implique pas un renoncement… C’est facile d’√™tre fid√®le quand tout va bien¬†! Quand tout roule comme sur des roulettes, on est tous fid√®les¬†! √áa l’est beaucoup moins dans l’√©preuve, quand nos projets tombent √† l’eau ou quand les √©v√©nements semblent se liguer contre nous. L√†, c’est difficile d’√™tre fid√®le. √áa co√Ľte. √ätre fid√®le peut impliquer de renoncer √† certains conforts, √† certaines ambitions personnelles.

L’exemple supr√™me est ici encore J√©sus-Christ. Renon√ßant √† la gloire c√©leste, il est devenu l’un des n√ītres en venant sur terre, humblement. Par fid√©lit√© √† l’appel de son P√®re. Par fid√©lit√© √† son amour pour l’humanit√©. Une fid√©lit√© qui l’a conduit jusqu’√† la mort sur la croix¬†!

Et si notre foi se mesurait √† la qualit√© de notre fid√©lit√©¬†? Notre fid√©lit√© √† Dieu, bien-s√Ľr¬†! Mais pas seulement… Ne se mesure-t-elle pas aussi √† notre fid√©lit√© dans nos relations, dans nos projets et nos engagements¬†? C’est finalement une variante du double commandement majeur d’aimer Dieu ET d’aimer son prochain. La fid√©lit√©, elle est √† Dieu et √† notre prochain envers lequel nous nous sommes engag√©s, ou elle n’est pas¬†! Comment pourrais-je pr√©tendre √™tre fid√®le √† Dieu si je ne suis pas fid√®le √† mon conjoint, √† mes amis, √† mes paroles ou mes engagements¬†?
Conclusion

Ruth, la moabite, nous montre la voie d’une foi concr√®te, qui s’exprime dans le quotidien par sa fid√©lit√© remarquable √† sa belle-m√®re. Comment, concr√®tement, notre fid√©lit√© s’exprime-t-elle¬†? Comment notre foi, notre fid√©lit√© √† Dieu, se manifeste-t-elle dans notre fid√©lit√© de tous les jours¬†? Sommes-nous fid√®les envers nos fr√®res, nos amis nos prochains¬†?

Il faut le rappeler¬†: c’est bien √† la fid√©lit√©, y compris dans les ¬ę¬†peu de choses¬†¬Ľ du quotidien, que Dieu nous invite, comme le dit le ma√ģtre de la parabole des talents √† son serviteur¬†: ¬ę¬†C’est bien, bon et fid√®le serviteur, tu as √©t√© fid√®le en peu de choses, je t’√©tablirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton ma√ģtre.¬Ľ (Mt 25.21)