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Recevoir les miracles

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/croire-au-miracle

« J’ai 35 ans, mais j’ai l’impression d’en avoir le double. Ma vie est terriblement difficile en ce moment ! Il y a quatre jours, mon mari est mort, et il m’a laissée avec une maison et deux petits à gérer. Vous savez, je ne travaille pas, ma famille est loin, je suis franchement démunie. Au milieu de ma peine, j’ai tellement de soucis ! Et ce matin, j’ai reçu une visite qui m’a glacé le sang : l’an dernier, nous avons eu une mauvaise récolte, et du coup nous avons dû emprunter de l’argent pour nous nourrir. Nous pensions rembourser cette année, si le climat était propice, mais les fortes chaleurs nous ont obligé à emprunter une deuxième fois, à un commerçant qui n’était pas touché par la sécheresse. Mais maintenant que mon mari est mort, il réclame le paiement de mes dettes ! il a même menacé de prendre mes deux garçons, mes deux petits, pour les faire travailler et rembourser notre dette. Je suis désespérée… Au fond du trou. Il me reste peut-être un recours : je vais aller voir Elisée, le prophète qui était dans le même groupe que mon mari. Il était proche du grand prophète Elie, peut-être qu’il pourra m’aider. »

Lecture biblique: 2 Rois 4.1-7 

1Un jour, une veuve vient trouver Élisée. Son mari faisait partie d’un groupe de prophètes. Elle supplie Élisée en disant : « Mon mari est mort. Tu le sais, il respectait le SEIGNEUR. Or, l’homme à qui nous avons emprunté de l’argent est venu me demander mes deux enfants. Il veut en faire ses esclaves. » 
2Élisée lui dit : « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Dis-moi ce que tu as chez toi. » La femme répond : « Je n’ai rien du tout. Il me reste seulement un peu d’huile pour me parfumer. » 
3Élisée lui dit : « Va donc demander des récipients vides chez tes voisines. Tu en demanderas beaucoup. 
4Quand tu seras rentrée chez toi avec tes enfants, ferme bien la porte. Ensuite, tu verseras de l’huile dans tous ces récipients et tu mettras de côté ceux qui seront pleins. »
5La femme quitte Élisée. Quand elle est chez elle avec ses enfants, elle ferme la porte. Ses fils lui présentent les récipients, et elle les remplit. 
6Quand les récipients sont pleins, elle dit à l’un de ses enfants : « Donne-moi encore un récipient. » Mais il répond : « Il n’y en a plus. » Alors l’huile s’arrête de couler. 
7La femme va raconter à Élisée ce qui vient d’arriver. Le prophète lui dit : « Va vendre cette huile et rembourse ta dette. L’argent qui te restera vous permettra de vivre, toi et tes fils. »

En ce début de mois de juillet, je commence une série, comme nous avons l’habitude de le faire pendant l’été, consacrée cette année à des épisodes autour du prophète Elisée, que l’on trouve dans le deuxième livre des Rois (2 R 2-13). Elisée, comme Elie, son prédécesseur et maître, exerce son ministère dans un contexte très dur. Nous sommes aux environs de 850-800 av. JC, et ça fait un peu plus d’un siècle que le royaume d’Israël s’est divisé en 2, au nord et au sud. Depuis, il y a une sorte d’engrenage, avec des rois de plus en plus sourds à Dieu, en particulier au Nord, là où Elie puis Elisée exercent. Dans un pays où sur le plan politique – les rois – et sur le plan religieux – les prêtres – tous sont corrompus, et trahissent allègrement leur alliance avec Dieu, comment Dieu peut-il montrer sa fidélité, sa présence ? Il le fait en passant par les quelques prophètes qui lui sont encore fidèles, et qui vont devenir les catalyseurs de l’action de Dieu. D’où l’importance d’Elie et Elisée dans ces annales sur les rois d’Israël.

1)   La foi, au jour le jour

Evidemment, ce qui est au centre de ce récit, c’est le miracle ! La puissance de Dieu qui vient au secours des plus démunis. A l’époque, les veuves, les orphelins, sont parmi les plus fragiles sur le plan social, et il n’est pas étonnant qu’ils soient vite dans l’impasse. Par l’intermédiaire d’Elisée, cette veuve et ses enfants échappent à la perte de leurs biens voire de la liberté, avec l’esclavage, mais en plus ils reçoivent de quoi vivre longtemps.

Mais arrêtons-nous sur la foi de la veuve. Est-ce que vous avez remarqué sa docilité ? Elle présente sa situation désespérée à Elisée, dans l’urgence, et lui, il lui demande d’aller chercher des récipients. Il lui donne des instructions précises, qu’elle respecte scrupuleusement et sans poser de question. C’est d’autant plus étonnant qu’Elisée n’est pas responsable depuis longtemps, et qu’il est encore en train de prouver qu’il est vraiment prophète de l’Eternel, du vrai Dieu. Nous, à sa place, on aurait quand même demandé des précisions, mais elle, elle y va. Je ne dis pas qu’il faille obéir sans réfléchir à ce que dit le pasteur ( !), mais cette femme nous donne un exemple de ce que peut être la foi.

Manifestement, elle reconnaît dans les paroles d’Elisée quelque chose qui vient de Dieu, et elle s’y accroche. Elle s’y accroche maintenant, sans savoir de quoi sera fait demain, sans savoir où ça va l’emmener. Quand elle expose sa situation à Elisée, on ne sait pas ce qu’elle attend : une offrande/ aumône, qu’un des prophètes aille parler avec le créancier pour négocier la dette ?… mais probablement pas un miracle ! Donc une foi exemplaire, qui avance pas à pas, sans savoir de quoi l’avenir sera fait – et cette qualité-là est essentielle dans la foi. Faire confiance, à Dieu, c’est accepter de ne pas tout savoir, mais de croire que sur notre chemin, encore inconnu, Dieu sera présent et agira.

Et Dieu a agi ! Il a multiplié, il a fait déborder sa grâce – ici de manière miraculeuse, spectaculaire, mais bien souvent dans notre vie, de manière discrète mais décisive : une offre d’emploi, une guérison, une rencontre, ou encore la paix dans la difficulté ! la réconciliation au milieu du conflit ! Dieu fait déborder sa grâce, aujourd’hui, comme hier, et c’est ça qui motive notre confiance aujourd’hui, au jour le jour.

2)   Dieu agit pour et avec nous

Dans ce miracle (ailleurs ça peut être différent), Dieu utilise ce que la veuve possède « Qu’est-ce que tu as ? Un reste de parfum ». On est tous d’accord que le miracle ne dépend pas de ce qui est là, mais de celui qui fait – le miracle ne vient pas du reste de parfum mais de Dieu ! Cela dit, je comprends ce fond de parfum comme un rappel que Dieu agit la plupart du temps avec ce qu’on a, aussi petit soit-il. Il n’intervient pas sans nous, comme si nous étions passifs, spectateurs, récepteurs anesthésiés – non, il nous implique !

Quand Jésus a nourri des milliers de gens, il a utilisé le peu qui était là, 5 pains, 2 poissons. Dieu nous implique dans son miracle, personnellement, avec ce que nous sommes. On retrouve la même dynamique dans le salut, non plus seulement du corps, mais total, que Jésus nous offre : il prend notre culpabilité en mourant sur la croix, il ressuscite, victorieux, innocent et juste, triomphant du mal, prince du salut – mais si nous n’apportons pas notre petit et faible « oui, je crois », rien ne se passe. Quand Jésus envoie ensuite son Esprit dans le croyant pour le remplir de sa vie et le transformer, si nous n’apportons notre petit et faible « s’il te plaît, change-moi », peu se passe. Les miracles ne dépendent pas de ce que nous avons, l’action de Dieu ne repose pas sur notre puissance – et pourtant, Dieu nous implique // parce qu’il veut être en relation avec nous. Dieu n’agit pas que pour nous, il agit avec nous, il nous rend partenaires de son salut (quelle dignité !) partenaires de son salut, pour le grand salut de l’âme, avec notre faible « oui » comme pour les portes qui s’ouvrent au quotidien, avec notre faible prière ou notre engagement parfois minime. Mais Dieu agit avec nous, parce qu’il nous aime et nous respecte.

3)   Notre rôle dans le miracle

Cette histoire nous parle de Dieu, de ses miracles, d’Elisée qui se montre fiable dans ses prophéties puisqu’elles s’accomplissent, de la foi de la veuve, sa confiance même quand elle ne maîtrise pas tout. Mais je trouve autre chose dans ce récit : un exemple de fraternité. La fraternité, c’est une des marques de l’église, mais nous sommes parfois démunis dans ce domaine, côté matériel mais aussi moral, spirituel. Comment vivre à plusieurs le miracle ? Le texte nous donne trois repères.

1) La veuve expose sa situation. Elle en parle ! On a le droit de parler de ses problèmes ! Personne n’est censé être le grand vainqueur qui réussit tout sans jamais faillir ou douter. On a le droit de demander de l’aide, ou du soutien.

Mais remarquez que la veuve reste assez sobre : elle dit ce qu’elle vit, mais elle n’impose pas à Elisée de faire telle ou telle chose. Elle parle, puis elle passe la parole [image ballon qu’on passe] et elle écoute de ce qu’Elisée va dire. Elle est vraiment dans l’équilibre – ni « je serre les dents, je ronge mon frein, et dans 5 ans j’ai un ulcère », ni « j’ai ce problème, c’est le tien maintenant, résous-le ». Parfois on a peur de s’exprimer parce qu’on craint de trop faire peser sur l’autre, mais la veuve a trouvé le bon positionnement : confier sans écraser.

2) En réponse, Elisée la responsabilise. Vous avez remarqué qu’il ne fait rien ! Il donne deux-trois consignes et c’est tout. C’est elle qui est responsable de sa vie, et ce n’est pas à Elisée de résoudre ses problèmes ou de gérer sa vie. Elle n’est pas un bébé, mais une adulte, et c’est à elle de décider ce qu’elle va mettre en pratique.

C’est central pour nous : souvent, quand quelqu’un nous confie ses problèmes, on est tentés de régler sa vie, mais ce n’est pas notre place. On peut vite s’épuiser, voire se perdre, si on essaye de « sauver » l’autre, de gérer sa vie à sa place.

3) Cela dit, Elisée ne la laisse pas toute seule. Déjà il donne des conseils, et il recommande qu’elle s’appuie sur ses voisines. Alors prêter un récipient, ça nous paraît peu, mais à l’époque les gens avaient moins de matériel domestique !  Il ne faut pas surinterpréter le texte, mais je suis frappée qu’Elisée l’encourage à solliciter les autres même si ce n’est pas grand-chose.

Nous ne sauverons pas les autres – Dieu seul le peut, et il le fait en partenariat avec la personne, dans le secret d’une chambre fermée. Mais, nous pouvons quand même être solidaires : donner de notre temps, écouter, prier, accompagner, éventuellement aider, donner. Nous aussi, nous pouvons participer aux miracles que vivent les autres, à notre place, par fraternité.

Conclusion

En conclusion, j’aimerais vous laisser une image qui illustre comment Dieu a agi pour la veuve. Elle était en train de se noyer… et Dieu l’a sauvée ! Il est descendu de son hélicoptère, a lancé une corde pour la remonter. Mais ce n’est pas tout : la veuve a tendu les bras, avant même de voir la corde, elle a tendu les bras vers Dieu. Mais ce n’est pas tout : ceux qui l’entouraient ont appelé Dieu à l’aide, ils ont lancé des bouées, peut-être des encouragements…

Alors ce texte n’est pas le modèle d’action de Dieu par excellence, ce n’est qu’un exemple de la manière dont Dieu a agi pour cette femme – parfois, il agit autrement. Mais ce récit nous rappelle une vérité inébranlable : Dieu prend soin de nous. Dieu nous aime. Dieu veut intervenir pour nous, et avec nous. Il nous implique dans ses miracles, par la prière et l’action, que ce soit en notre faveur ou en faveur des autres. Il nous fait passer dans les coulisses de son amour, de sa puissance, et nous rend partenaires de son action dans le monde. Alors osons approcher Dieu avec le peu que nous sommes, le peu que nous avons, osons approcher avec foi, en sachant qu’il fera des miracles !

Au grand jour et sur les toits !

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Lecture biblique : Matthieu 10.26-33

Précisons d’abord le contexte de ces paroles. Elles font partie du discours de Jésus à ses disciples, au moment où il les choisit. Il les envoie et les avertit : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » Il leur dit qu’ils vont subir des persécutions, qu’ils seront traduits devant les tribunaux et qu’ils seront haïs à cause de leur foi. Bref, ce n’est pas vraiment encourageant comme tableau… Et c’est après tout cela que Jésus leur dit ces paroles : « Ne les craignez donc pas !»

Jésus se veut donc rassurant pour ses disciples… Même si son discours est fait de contrastes, où les affirmations semblent parfois presque se contredire. Ainsi Jésus dit que les gens vont les persécuter… mais qu’il ne faut pas avoir peur d’eux. Il dit qu’il faut craindre Dieu qui peut nous faire périr dans la géhenne… mais qu’en même temps Dieu est prévenant jusqu’à connaître le nombre de nos cheveux. Jésus ne nous reniera pas si on ne le renie pas… mais il nous reniera si on le renie !

En fait, on pourrait se demander si ces paroles sont vraiment rassurantes ! Ceci dit, c’est quand même bien l’intention de Jésus si on en croit sa première exhortation : « Ne les craignez pas ! », qu’il répète au verset 31 : « Soyez donc sans crainte. »

On pourrait reformuler les paroles de Jésus ainsi : Nous ne devons pas craindre les hommes. Ils peuvent peut-être atteindre notre corps mais notre âme leur est inaccessible. Le seul que nous devrions craindre, c’est Dieu car lui peut nous tuer corps et âme. Mais Dieu est prévenant, il nous aime et connaît jusqu’au nombre de nos cheveux… Nous pouvons être sans crainte devant lui ! Confessons donc le Christ publiquement !

Ou encore plus court : N’ayons pas peur de proclamer publiquement le Christ !

N’ayons pas peur

Il faut le dire : vu ce que Jésus venait de dire à ses disciples, ces derniers avaient de quoi avoir peur ! N’est-il pas légitime de craindre ceux qui vous persécutent, qui cherchent à vous nuire et vous haïssent ? Jésus ne nie pas qu’ils puissent représenter un danger pour ses disciples. Ils peuvent « tuer le corps », ce qui n’est quand même pas rien ! Mais Jésus relativise même cela, avec deux arguments :
Ils ne peuvent pas « tuer notre âme », c’est-à-dire notre vie véritable qui est en Dieu. Si le corps est atteint, c’est dans cette vie-ci. Notre vie éternelle, elle, est en Dieu et aucun homme ne peut y porter atteinte.
Dieu prend soin de nous, il est prévenant jusqu’à connaître le nombre de nos cheveux. Cela signifie qu’il ne souhaite pas que nous souffrions, qu’il prendra soin de nous mais que si nous devons souffrir, il sera à nos côtés.

Et pourtant, nous avons peur… Nous avons peur de répéter en plein jour ce que le Seigneur nous dit tout bas. Nous avons peur de crier sur les places. Nous avons parfois peur de nous afficher comme chrétien, aujourd’hui encore. Nous vivons au quotidien comme des croyants incognito.

Vous me direz : oui mais ce n’est pas facile en France, avec la laïcité, la méfiance envers la religion, le terrorisme, etc… OK, c’est vrai. Mais vous pensez que c’était plus facile au temps de Jésus ? Et Jésus n’a jamais dit que ce serait facile ! Il a même dit le contraire… Je suis frappé de voir combien Dieu donne courage et force à ceux de nos frères et sœurs chrétiens qui vivent dans des contextes de persécutions à cause de leur foi. Ils sont des exemples pour nous.

Pour eux comme pour nous, Jésus nous redit ces paroles adressées à ses disciples : « Ne les craignez pas ! »

Mais le verset 33 est difficile à entendre… Vraiment, Jésus pourrait nous renier ? Il me semble que la parole de Jésus ici doit être entendue comme celle qui précède où il dit à ses disciples que s’il y a quelqu’un à craindre, ce ne sont pas les hommes mais Dieu seul ! S’il y a quelqu’un à qui rester fidèle jusqu’au bout, quelle que soit l’adversité, c’est bien Jésus-Christ. Lui qui a été jusqu’au bout de sa mission pour nous ! Jésus nous invite au courage de la foi.

Et puis on a aussi un exemple de triple reniement dans les évangiles, avec l’apôtre Pierre. Et Jésus ne l’a pas renié pour autant. Ca ne veut pas dire que c’est une parole en l’air de la part de Jésus ici. Mais elle nous pose la question : comment restons-nous fidèle au Christ dans l’adversité ?

Je ne sais pas si vous avez vu « Silence », le film de Martin Scorsese sorti en début d’année au cinéma. C’est exactement un des sujets du film qui raconte l’histoire de deux prêtres jésuites, au XVIIe siècle, qui se rendent au Japon pour retrouver leur mentor dont on dit qu’il aurait renié sa foi. Ils découvrent un pays où le christianisme est devenu illégal et ses fidèles persécutés, obligés de vivre leur foi caché. Le film pose notamment la question de la foi face à l’inquisition : faut-il y céder tout en gardant une foi intérieure cachée ou faut-il rester fidèle quoi qu’il en coûte ? Vraiment, je suis sorti ébranlé de ce film, interpellé quant à ma foi et la façon de la vivre ou non publiquement.

Proclamons le Christ

« Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses » (v.27)

Au lieu des « terrasses », on pourrait dire : « sur les toits » puisqu’il s’agit des toits en terrasse des maisons de l’époque. Il s’agit donc de dire l’Evangile au grand jour et le proclamer sur les toits !

Ca me rappelle un peu l’exhortation de Jésus, dans le Sermon sur la Montagne, à être lumière du monde. On ne met pas une lampe sous un seau… on la met bien en évidence pour qu’elle brille aux yeux de tous. Ici, briller, c’est proclamer bien haut le Christ.

Et Jésus enfonce le clou aux versets 32-33 en invitant ses disciples à se déclarer publiquement pour le Christ. Il le fait avec solennité, en mettant en garde contre le fait non seulement de se taire mais de le renier.

Dire l’Evangile au grand jour. Le proclamer sur les toits. Se déclarer publiquement pour le Christ. Vous y arrivez facilement, vous ? Moi pas… Pour certains, c’est peut-être facile, mais pour beaucoup, il faut se faire violence !

Il ne s’agit pas forcément d’aller sur la place du Capitole, de monter sur une chaise et proclamer des versets bibliques dans un micro. Mais avouons qu’il n’est pas toujours facile de mettre en pratique ces exhortations de Jésus.

Et puis il y a, c’est vrai, des contraintes aujourd’hui qui rendent impossible le fait de dire ouvertement sa foi dans certains contexte. C’est le cas, en France, dans les hôpitaux, à l’école, dans les services publics en général… Vous serez simplement virés si vous le faites ! Les actes doivent alors prendre le relais des paroles. Et les paroles peuvent s’exprimer en dehors du travail…

Dire l’Evangile au grand jour. Le proclamer sur les toits. Se déclarer publiquement pour le Christ…

Lorsque Jésus dit à ses disciples qu’il les envoie comme des brebis au milieu des loups, il leur dit aussi d’être rusés comme les serpents et innocents comme les colombes ! Et il y a des chrétiens qui sont tellement rusés que personne ne sait jamais qu’ils sont croyants et d’autres qui sont tellement innocents, ou naïfs, qu’ils tendent toujours le bâton pour se faire battre ! Il ne s’agit pas d’être suicidaires spirituellement et de venir toujours avec ses grands sabots évangéliques !

Il s’agit de faire preuve de sagesse, de bon sens, d’opportunisme. Mais il s’agit aussi de mettre comme priorité la cause du Christ. C’est notre mission de disciples de Jésus-Christ, à laquelle il nous faut répondre… même s’il faut se faire un peu violence !

Conclusion

L’appel de Jésus à ses disciples résonne d’une façon particulière pour nous aujourd’hui. L’impératif de se déclarer publiquement pour le Christ demeure. Celui de dire au grand jour et de proclamer sur les toits l’Evangile, aussi. Même s’il nous faut être, pour parler comme Jésus, « rusés comme les serpents » pour le faire d’une manière respectueuse de la laïcité.

Nous pouvons bien-sûr nous retrouver face à des laïcards obtus, des antireligieux ou des anticléricaux. Il faut faire avec… Et il y a des contextes spécifiques où l’extrême prudence doit être de mise. Il n’empêche que le défi demeure : nous sommes, en tant que disciples du Christ, appelés à être ses témoins, chacun personnellement, et en tant que communauté. Et ce n’est pas qu’une affaire intime et privée.

Nous avons le droit de le dire dans notre France laïque. Y compris dans l’espace public. Pour autant que nous le fassions de manière respectueuse, sans causer de trouble. Certains devront se retenir, pour rester dans les limites du respect. D’autres devront se faire violence.

Inventons de nouvelles manières de dire au grand jour et de proclamer sur les toits que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est Sauveur !

Le Dieu de grâce

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/le-dieu-de-grace

Lecture biblique : Exode 34.1-9

Le Dieu de l’Ancien Testament est-il différent du Dieu du Nouveau Testament ? C’est ce qu’on entend parfois… Celui de l’Ancien Testament serait sévère, à la justice implacable, un Dieu saint qu’il faut craindre. Celui du Nouveau Testament serait grâce, bonté, patience, un Dieu que l’on peut aimer.

Avouons que parfois on porte un regard distant et critique sur l’Ancien Testament. On a en tête les paroles du prologue de l’évangile selon Jean : « La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jean 1.17). On pense à Paul, dans ses épîtres, qui oppose la loi et la grâce. Mais on oublie qu’il le fait en argumentant à partir de l’Ancien Testament, et de l’exemple d’Abraham en particulier.

Non, le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas différent du Dieu du Nouveau Testament ! Le SEIGNEUR, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, est le Dieu de grâce. La preuve ici : « Je suis le SEIGNEUR. Oui, je suis un Dieu de pitié et de tendresse. Je suis patient, plein d’amour et de fidélité. » (v.6) Certes, la justice de Dieu se manifeste dans ce texte… mais c’est bien une justice marquée par la grâce !

La grâce accorde toujours une nouvelle chance

La grâce de Dieu se manifeste dès la première parole du Seigneur dans notre texte : « Taille deux tablettes de pierre, comme celles que tu as cassées. J’écrirai sur elles les paroles qui étaient sur les premières. »

Dieu accorde un nouvelle chance au peuple d’Israël. Les tablettes sur lesquels il avait inscrit ses 10 paroles ont déjà été gravées une fois… mais elles avaient été brisées par Moïse, suite à l’épisode du veau d’or. Impatient et ne voyant pas Moïse redescendre de la montagne où il était aller rencontrer Dieu, le peuple d’Israël avait alors fondu tout l’or qu’ils avaient pu récolter et avait façonné un veau en or en disant : « Voici ton Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte » ! En voyant cela, en colère, Moïse brisa les tablettes de pierre.

Ça aurait pu être la fin de l’alliance de Dieu avec son peuple. Il n’en est rien. Le Seigneur redonne une chance au peuple d’Israël. Il demande à Moïse de retailler des tablettes et il écrira à nouveau ses 10 paroles, la charte de l’alliance.

Dieu est bien plus patient que le peuple d’Israël ! Il est bien plus patient que Moïse ! « Je supporte les fautes, les révoltes et les péchés. » (v.7) La patience est une des premières marques de la grâce. Et l’on voit bien, tout au long de l’histoire biblique, combien Dieu s’est montré patient avec son peuple, malgré ses errances, ses infidélités. Un peuple à la tête dure, comme le dit Moïse ! Et combien il se montre encore patient avec nous, je n’en doute pas… nous qui, aussi, avons souvent la tête dure.

Que se passerait-il si Dieu ne nous laissait jamais de nouvelle chance ? S’il n’avait aucune patience envers nous ? Si la moindre faute était immédiatement sanctionnée… Nul doute que cette église serait vide !

Et nous qui sommes au bénéfice de la grâce et la patience de Dieu, de quelle patience faisons-nous preuve envers nos prochains ? Savons-nous leur donner une nouvelle chance ou les enfermons-nous dans une sanction, un jugement ? Quelle est la mesure de grâce dans notre vie, nos relations ?

La grâce prend le péché au sérieux

Dans ses paroles adressées à Moïse, Dieu se présente comme un Dieu plein de grâce et de patience… Pourtant, il parle aussi du péché et du coupable qu’il ne déclare pas innocent. Mais la grâce prend au sérieux le péché. D’ailleurs, s’il n’y a pas de péché, il n’y a pas besoin de grâce !

« Je supporte les fautes, les révoltes et les péchés. Mais le coupable, je ne le déclare pas innocent. J’agis contre celui qui a péché, contre ses enfants jusqu’à la troisième ou la quatrième génération. »

La formule peut étonner, voire choquer. Mais il y a d’abord ici une question de proportion. 3 ou 4 générations contre 1000 ! Une génération, c’est quoi, 25 ans ? 3 ou 4 générations, c’est de l’ordre d’un siècle… Mais 1000 générations, ça fait 25000 ans. L’histoire de Moïse date de moins de 4000 ans par rapport à aujourd’hui… ça nous laisse 21000 ans de marge !!!

Evidemment, ce ne sont pas des nombres à prendre de façon littérale ! Mon petit calcul veut juste souligner que la bienveillance et la grâce de Dieu dépassent infiniment son jugement. On retrouve un peu ici ce que Paul appelle la surabondance de la grâce de Dieu, qui couvre le péché : « Là où le péché a proliféré, la grâce a surabondé ». (Romains 5.20)

Mais le péché lui-même doit être pris au sérieux : « le coupable, je ne le déclare pas innocent. » Il a des conséquences, qui s’étendent parfois sur plusieurs générations. Pas besoin ici de tomber dans l’écueil du péché des ancêtres dont il faudrait se repentir… Il s’agit probablement de considérer l’impact, les conséquences du péché au-delà de celui qui les commet. Et lorsque notre texte parle de trois ou quatre générations, il souligne la gravité possible de cet impact. Ce que je fais, mes choix de vie, mes actions, ne me concernent pas seulement moi mais affectent aussi ceux qui m’entourent, parfois au-delà de ce que j’imagine.

Il faut prendre le péché au sérieux pour prendre la grâce au sérieux ! Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes aimables… Il nous aime malgré le fait que nous ne le sommes pas ! Il nous aime parce qu’il nous a créé. Il nous aime malgré notre péché, notre infidélité, malgré notre tête dure ! Et il vient à notre rencontre même si nous nous éloignons de lui. C’est cela la grâce.

Il demande à Moïse de refaire les tablettes de pierre. Il fait revenir Juda de son exil à Babylone. Il envoie son Fils dans un monde qui le rejette et le crucifie. Il vient à notre rencontre et nous appelle. Il continue de cheminer avec nous, malgré les détours et les impasses dans lesquelles nous nous engageons.

La grâce répond à nos besoins

Ce qui est aussi intéressant dans notre texte, c’est la réaction de Moïse.

« Seigneur, puisque tu te montres bon pour moi, je t’en prie, viens avec nous ! Je le sais, ces gens ont la tête dure. Mais pardonne nos fautes et nos péchés, et considère-nous comme ton peuple ! » (v.8-9)

Il a compris ce qu’est la bonté de Dieu. Et il la reçoit d’abord pour lui-même : « tu te montres bon pour moi. » Il est aussi conscient des limites de son peuple et en est solidaire. Il dit que le peuple a la tête dure mais il demande aussi à Dieu : « pardonne NOS fautes et NOS péchés… » En réalité, cette dernière phrase pourrait aussi être traduite au futur, c’est ce que font la plupart des versions françaises, comme une affirmation de foi : « Tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu nous considéreras comme ton peuple. »

C’est comme si Moïse disait ici au SEIGNEUR : c’est bien d’un Dieu comme toi dont nous avons besoin. Parce que nous avons la tête dure, nous avons besoin d’un Dieu qui pardonne et qui fait grâce ! La version Parole de Vie traduit « ces gens ont la tête dure », mais littéralement, c’est un peuple « à la nuque raide ». Autrement dit, un peuple qui ne veut pas baisser la tête, qui refuse de se soumettre. Un peuple qui n’en fait qu’à sa tête… même s’il fonce droit dans le mur.

La grâce de Dieu est bien ce dont nous avons besoin ! Parce que nous avons aussi souvent la nuque raide. C’est une grâce par laquelle Dieu nous promet le pardon, et par laquelle il nous considère comme ses enfants. Une grâce aussi par laquelle il pourra, petit à petit, nous transformer. Assouplir notre nuque. Changer notre cœur. Nous rendre à notre tour plein de grâce pour les autres.

Conclusion

Il faut le dire clairement : le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas différent du Dieu du Nouveau Testament ! C’est le même Dieu de grâce qui veut nous sauver, toujours prêt à nous donner une nouvelle chance. Sa grâce est bien ce dont nous avons besoin, aujourd’hui comme hier, et pour demain encore. Elle seule nous garantit le pardon de Dieu et peut transformer notre vie pour que nous soyons aussi des artisans de grâce au quotidien.

Pentecôte à Samarie

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Même si nous ne fêterons l’Ascension, la montée du Christ au ciel et la Pentecôte, don du SE à l’Église, que les prochains dimanches, je vous propose de sauter quelques étapes et de lire un passage du livre des Actes. A Jérusalem, les apôtres ont déjà reçu le SE, d’une manière spectaculaire, qui a montré qu’une nouvelle ère s’ouvrait pour le peuple de Dieu. Les apôtres parlent de Jésus, et les Juifs présents dans la ville se convertissent en masse. Assez rapidement, l’église rencontre la persécution des responsables religieux juifs – les croyants se dispersent alors, et ce qui aurait dû être un coup d’arrêt pour les disciples de Jésus devient un formidable tremplin pour annoncer la bonne nouvelle du salut en JC à d’autres, toujours plus loin.

Lecture biblique: Actes 8.4-25
4 Les croyants qui sont partis de tous les côtés vont d’un endroit à l’autre, en annonçant la Bonne Nouvelle.
5 Philippe va dans une ville de Samarie, et là, il annonce le Messie.
6 D’un commun accord, les habitants viennent en foule, et ils écoutent avec attention ce qu’il dit. En effet, ils entendent parler des choses extraordinaires qu’il fait et ils les voient. 7 Des esprits mauvais sortent de nombreux malades, en poussant de grands cris, beaucoup de paralysés et d’infirmes sont guéris.
8 Alors la joie est grande dans cette ville.
9 Un homme appelé Simon habite dans cette ville depuis un certain temps. Il pratique la magie et il étonne beaucoup les gens de Samarie. Il dit qu’il est quelqu’un d’important, 10 et tous, les plus jeunes comme les plus vieux, l’écoutent avec attention. On dit : « Cet homme, c’est la puissance de Dieu, celle qu’on appelle la “Grande Puissance” ! » 11 Depuis longtemps, Simon étonne beaucoup les gens avec sa magie, c’est pourquoi ils l’écoutent avec attention. 12 Mais maintenant, Philippe leur annonce la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et du Royaume de Dieu. Tous ceux qui le croient, des hommes et des femmes, se font baptiser. 13 Même Simon devient croyant, il se fait baptiser et il ne quitte plus Philippe. En voyant les miracles et les choses extraordinaires qui arrivent, c’est lui qui est très étonné !
14 À Jérusalem, les apôtres apprennent que les gens de Samarie ont reçu la parole de Dieu, ils leur envoient donc Pierre et Jean. 15 Quand les deux apôtres arrivent en Samarie, ils prient pour que les croyants reçoivent l’Esprit Saint. 16 En effet, l’Esprit Saint n’est encore descendu sur personne parmi eux. Ils ont seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus 17 Alors Pierre et Jean posent les mains sur leur tête, et ils reçoivent l’Esprit Saint.
18 Simon voit que les croyants reçoivent l’Esprit Saint quand les apôtres posent les mains sur leur tête. C’est pourquoi il offre de l’argent à Pierre et à Jean 19 en leur disant : « Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi. De cette façon, quand je poserai les mains sur la tête de quelqu’un, cette personne recevra l’Esprit Saint. » 20 Mais Pierre lui répond : « Que ton argent soit détruit, et toi aussi ! Tu as cru que tu pouvais acheter avec de l’argent ce que Dieu donne gratuitement. 21 Ce qui se passe ici n’est pas pour toi, tu n’as pas le droit d’y participer ! En effet, pour Dieu, ton intention est mauvaise. 22 Ce que tu as fait est mal, reconnais cela et prie le Seigneur. Il va peut-être pardonner ces mauvaises pensées. 23 Oui, je le vois, tu es rempli d’envie et prisonnier du péché ! » 24 Simon répond à Pierre et à Jean : « Priez vous-mêmes le Seigneur pour moi, alors rien de ce que vous avez dit ne pourra m’arriver. »
25 Les deux apôtres rendent témoignage en annonçant la parole du Seigneur, puis ils retournent à Jérusalem. En chemin, ils font connaître la Bonne Nouvelle dans beaucoup de villages de Samarie.

Ce récit du début de l’Eglise entremêle deux fils, deux histoires. D’un côté, nous avons le plan large, avec Philippe qui prêche aux foules, qui guérit, délivre, et fait des choses extraordinaires, les foules qui se convertissent, les apôtres qui viennent rencontrer les habitants, et repartent en traversant les villages de Samarie. Et d’un autre côté, en parallèle, Luc focalise notre attention sur un personnage en particulier, Simon, le magicien, en relief par rapport aux autres. Je suivrai ces deux fils, pour voir comment ce texte nous enseigne et nous encourage aujourd’hui.

1) La foi des Samaritains : l’Évangile ouvre les frontières
Il était une fois un breton qui croyait que Jésus donnait le salut, et le disait à qui voulait l’entendre. Persécuté par ses proches, il prit son baluchon et partit prêcher… en Normandie ! Selon votre lieu d’origine, vous pouvez remplacer par : un Aveyronnais qui va dans le Tarn, ou un Alsacien qui part en Lorraine. Plus sérieusement, par un citoyen actuel d’Israël qui irait dans la bande de Gaza. On le sait, les pires ennemis sont souvent les plus proches, les faux frères. Les Juifs et les Samaritains étaient de ces faux frères-là : issus du même peuple, les aléas de l’Histoire ont conduit une branche des Juifs à se mélanger aux peuples païens locaux, lorsqu’Israël a été déporté aux 8e et 6e s. avant JC. Non contents de s’unir à ces peuples, ceux qui sont devenus les Samaritains ont adopté certains éléments de leur religion païenne, se faisant une foi à leur sauce, avec des éléments bibliques et des éléments qui n’avaient rien à voir. Ainsi débute la longue hostilité entre Juifs « purs » et Samaritains « bâtards ».
Et voilà que Philippe prend sur lui d’aller dans une ville de Samarie prêcher le salut, comme Jésus l’avait fait quelques années plus tôt. Sa prédication impressionne, Dieu authentifie ses paroles par des miracles, et les gens croient en Jésus, et ils reçoivent le baptême. Philippe a compris que Jésus veut offrir le salut à tous, et pas seulement aux descendants d’Abraham, de Moïse et de David. En s’adressant à des « demi-Juifs », il amorce un mouvement qui s’élargira ensuite aux non-Juifs, lorsque Corneille le païen sera à son tour considéré comme un frère, en Christ. Cet épisode, c’est le début d’une Eglise sans frontières.
C’est bien pour cela que les apôtres Pierre et Jean se déplacent de Jérusalem, ravis d’entendre que d’autres ont reconnu le Christ comme leur sauveur. C’est pour cela aussi qu’ils prient pour eux de manière spécifique, demandant le Saint Esprit. Alors c’est vrai que normalement, selon les enseignements des apôtres, lorsque quelqu’un croit en Jésus, il reçoit automatiquement l’Esprit de Jésus qui le relie à Dieu et lui permet de recevoir le pardon, l’amour et la vie de Dieu, avant de demander le baptême. Mais là nous sommes dans une situation particulière, avec des questions de préjugés que vous pouvez bien imaginer… Une des façons de comprendre ce qui se passe là, c’est que Pierre et Jean ont voulu marquer le coup, en étendant leurs mains en signe de solidarité et de communion, et en priant pour le don du SE qui authentifie le fait que, oui, les Samaritains, même eux, lorsqu’ils croient en Jésus, font partie du même peuple que les autres, et ont le même statut qu’eux – la preuve : ils reçoivent l’Esprit dans les mêmes conditions spectaculaires que les Juifs à la Pentecôte. On retrouvera la même situation plus tard, avec une mini Pentecôte des païens : Juifs, non-Juifs, demi-Juifs, peu importe, car tous sont sauvés par le même Christ. Luc prend soin de noter la joie qui se répand dans la ville – quelle joie en effet pour cette communauté qui trouve en Jésus le salut mais aussi l’unité et la réconciliation.

2) Simon, ou la tentation du pouvoir
En contrepoint, Luc évoque Simon. Magicien, manifestement compétent, il a un impact extraordinaire sur les gens, à cause de ses actes impressionnants. Mais à l’arrivée de Philippe, la foule le quitte pour aller vers ce rival plus puissant, ce plus grand « magicien ». Simon, impressionné, suit le mouvement de foule, confesse sa foi, reçoit le baptême et commence à suivre Philippe partout. Lorsque Pierre et Jean arrivent et prient pour le don du Saint-Esprit aux Samaritains, Simon n’en croit pas ses yeux – il faut imaginer une manifestation visible de l’Esprit, comme les langues de feu à la Pentecôte – et demande à Pierre d’avoir lui aussi ce pouvoir de donner le SE : il reçoit en retour une volée de bois vert.
La description de Simon souligne l’importance du pouvoir chez lui : en effet, il dit de lui-même qu’il est un grand, et il accepte qu’on le considère comme une « puissance » divine. Sa demande est du même cru : le désir de posséder un pouvoir inédit, peut-être pour retrouver son ancienne influence sur les foules. Est-ce que Simon a feint de croire en Jésus pour découvrir les « secrets » des miracles chrétiens ? Ou est-ce seulement la force de l’habitude ? On ne le sait pas, mais Simon annonce tous ces chrétiens, à divers niveaux d’autorité, qui garderont dans l’Histoire cette tentation du pouvoir, et chercheront, jusqu’à aujourd’hui, à instrumentaliser la puissance de Dieu dans leur intérêt propre. Beaucoup, aujourd’hui, dans les églises ou sur internet, promettent la guérison, la délivrance, la réussite, si on se met sous leur coupe… C’est d’ailleurs là la grande différence entre Simon et Philippe : Philippe prêche Jésus, tandis que Simon se prêche lui-même, lui, la « Grande Puissance ». Pendant les vacances, nous sommes passés devant une église protestante, et sur le panneau d’informations en façade, il n’y avait que des photos du pasteur, en train de prêcher, dans des bains de foule etc. Une autre église protestante, toute proche, montrait elle une vidéo sur le sens du salut (geste deux poids deux mesures). Tous ceux qui font des miracles ou qui prêchent avec conviction ne doivent pas forcément être suivis ! C’est Jésus qui sauve ! Donc, chacun d’entre nous doit exercer son sens critique : est-ce que ce que je vois ou j’entends me rapproche de Jésus, ou du prédicateur ? La tentation du pouvoir, de l’argent, est peut-être le problème que la Bible dénonce le plus, et qui garde malheureusement toute son actualité, hors de l’église mais dedans.
Que Simon soit syncrétiste ou simplement immoral, Pierre l’avertit que sa cupidité et sa mégalomanie le détruiront. C’est un esclavage, qui retient Simon dans l’amertume. Mais à ses paroles dures, Pierre ajoute une offre : repens-toi (litt. Change de mentalité), détourne-toi de ce mal, et prie pour le pardon. C’est le message de l’Evangile : ce qui nous détruit est mauvais, mais en Dieu, nous avons une chance de salut, si nous nous tournons sincèrement vers lui.
Simon demande à Pierre de prier pour lui : est-ce par une humilité toute nouvelle, ou par désintérêt (geste mise à distance) ? Difficile à dire ! Et Luc ne nous en dira pas davantage. Tout du long, Simon sera resté ambigu, ambivalent – peut-être un exemple des dérives qui ponctuent la croissance de l’église.

Conclusion
Ce récit nous montre la joie de l’Evangile qui se répand, les frontières, personnelles et communautaires, qui tombent, l’annonce généreuse de l’Evangile à tous, l’ouverture généreuse de l’Eglise à tous. Mais il nous montre aussi les franges, les risques, et nous invite, non à la fermeture et à la méfiance mais à la sagesse et à la prudence. Etre chrétien, aimant, accueillant, ne veut pas dire être naïf ! Nous sommes donc appelés, nous aussi, à ouvrir nos portes, à annoncer largement l’Evangile, à accueillir tout aussi largement, mais en gardant comme boussole le Christ, et le Christ seul.

Le chemin, la vérité et la vie

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/le-chemin-la-verite-et-la-vie

Lecture biblique : Jean 14.1-11

Au cœur de ce texte nous trouvons une des paroles les plus connues de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Une affirmation massive, absolue, fondatrice. Mais qui pourrait sonner à nos oreilles comme plutôt intolérante voire extrémiste ! Est-ce le cas ?

Comme toujours, il est important de ne pas isoler une parole de son contexte. Les chapitres 14-17 constituent les dernières paroles de Jésus à ses disciples, avant son arrestation. Elles ont une importance particulière et se terminent avec sa grande prière dite « sacerdotale ». Jésus sait que la séparation approche et que ce sera un moment difficile pour ses disciples. Alors il se veut rassurant : « Ne soyez pas inquiets… ». Et il évoque sa mort prochaine de façon imagée, en parlant de maison, de chambres, de chemin. Il s’en va mais il va leur préparer une place auprès de Dieu.

Mais deux disciples vont s’exprimer et témoigner du désarroi de l’ensemble du groupe, de leur difficulté à comprendre ce que Jésus leur dit. C’est d’abord Thomas qui dit à Jésus : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment est-ce que nous pourrions connaître le chemin ? » C’est ensuite Philippe qui dit à Jésus : « Montre-nous le Père ». Et là, une pointe d’agacement semble marquer la réponse de Jésus : « Philippe, je suis avec vous depuis si longtemps, et tu ne me connais pas ? Celui qui m’a vu a vu le Père. »

Et au milieu, il y a cette fameuse parole de Jésus. Aux deux questions des disciples, il y a une seule réponse de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».

Ce ne sont pas trois affirmations différentes mais bien une seule. Jésus est le chemin parce qu’il est la vérité et la vie. Il est lui-même le chemin qui mène à Dieu, parce qu’il est l’incarnation de la vérité de Dieu, Dieu fait homme, et par lui la vie même de Dieu est offerte à tous.

Le chemin

Au début, quand Jésus évoque le chemin par lequel il doit passer, il pense à sa mort et sa résurrection. C’est ce chemin-là qu’il s’apprête à emprunter, et c’est par ce chemin-là qu’il peut nous préparer une place auprès de Dieu. On sait que plusieurs fois Jésus en a parlé à ses disciples, et on sait aussi qu’ils avaient du mal à le comprendre.

Mais dans un deuxième temps, quand Jésus dit « Je suis le chemin » il ne parle plus seulement du chemin qu’il va emprunter mais celui qu’il incarne, et c’est toujours lié à sa mort et sa résurrection. Jésus est pour nous le chemin parce que sa mort et sa résurrection est notre chemin de salut.

D’une certaine façon, on pourrait dire tout simplement que le chemin dont parle Jésus, c’est le salut. Notre salut, c’est Jésus-Christ, par sa mort et sa résurrection ! C’est par lui que nous pouvons être sauvé, c’est dans la communion avec sa mort et sa résurrection que nous avons une place auprès de Dieu. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans le livre des Actes (19.9), l’Evangile prêché par Paul est appelé « la voie » (ou le chemin, c’est le même mot grec que dans Jean 14.6).

L’image du chemin pour évoquer le salut est parlante pour des disciples qui se mettent en marche à la suite du Christ. On peut souligner au moins trois aspects de la métaphore :

Il y a d’abord la mise en marche, le choix de s’engager sur le chemin. On peut très bien refuser de le faire et rester sur le bord du chemin, regarder passer les autres… Ou alors on se lance, on répond à l’appel du Christ et on démarre l’aventure de la foi. On n’est pas d’office sur le chemin… il faut le vouloir.

Il y a ensuite le cheminement. Depuis Abraham, le croyant est un nomade, toujours en mouvement. Comme les disciples qui suivaient Jésus. Le danger de la vie chrétienne, c’est la sédentarité spirituelle. Je ne parle pas de l’attachement à une Eglise locale, qui est tout à fait légitime et même important. Je pense plutôt au danger de s’installer, du confort de nos habitudes, de notre routine, de nos amis chrétiens qui pensent comme nous… On se fabrique un petit cocon confortable qui nous enferme et nous endort alors que nous devons restés ouverts et éveillés !

Il y a enfin l’objectif. Le chemin mène quelque part, il y a une destination. On ne part pas à l’aventure dans la jungle, à l’aveugle en terrain inconnu. Il y a une espérance qui nous guide. Et elle est bien fondée sur le Christ, qui a lui-même emprunté pour nous le chemin de la mort et de la résurrection.

La vérité

Jésus est aussi la vérité. Il est l’incarnation de la vérité de Dieu, il est Dieu fait homme : « Je vis dans le Père, et le Père vit en moi. »

L’idée était déjà présente dans le prologue de l’évangile selon Jean :

14 La Parole est devenue un homme, et il a habité parmi nous. Nous avons vu sa gloire. Cette gloire, il la reçoit du Père. C’est la gloire du Fils unique, plein d’amour et de vérité.
(…)
17 Dieu nous a donné la loi par Moïse, mais l’amour et la vérité sont venus par Jésus-Christ. 18 Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique, qui est Dieu et qui vit auprès du Père, nous l’a fait connaître.

Lorsque Jésus dit qu’il est la vérité, c’est une affirmation absolue quant à lui mais relative quant à nous.

Elle est absolue quant à lui parce qu’il est le Fils de Dieu. Jésus-Christ n’est pas une vérité parmi d’autres. Il est la vérité. Parce qu’il est Dieu et Dieu est, par définition, absolu ! Bien-sûr, une telle affirmation peut déranger voire choquer. Elle peut paraître intolérante… mais elle est bien au cœur de l’Evangile et nous l’accueillons dans la foi.

Ceci dit, nous ajoutons tout de suite que cette vérité est relative quant à nous parce que nous n’en sommes que les témoins, pas les détenteurs. La vérité n’est pas une doctrine ou une confession de foi. Elle est une personne : Jésus-Christ. Nos doctrines et nos confessions de foi s’efforcent de mettre des mots sur la vérité du Christ, et le Seigneur nous y aide par sa Parole. Mais ce ne sont que des vérités relatives à la vérité absolue du Christ.

Personne ne peut prétendre être détenteur de la vérité ! On ne peut pas mettre la main sur la vérité parce qu’on ne peut pas mettre la main sur le Christ ! Et il me semble que notre posture de disciple du Christ doit être moins celle de défenseurs de la vérité que de chercheurs de la vérité. Notre quête de vérité ne peut être assouvie que dans la relation avec le Christ, une relation vivante et sans cesse renouvelée.

La vie

On comprends donc pourquoi Jésus dit enfin qu’il est la vie. La vie, c’est la conséquence de tout ce qui précède, c’est parce qu’il est le chemin et la vérité qu’il est aussi la vie. Parce qu’il est celui qui nous conduit à Dieu et qu’il est Dieu lui-même, Jésus-Christ nous fait partager la vie même de Dieu. Cela aussi était déjà dans le prologue de l’Evangile selon Jean :

« A ceux qui croient, la Parole a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Et ils sont devenus enfants de Dieu en naissant non par la volonté d’un homme et d’une femme, mais de Dieu. » (Jean 1.13-14)

Il faut donc bien le comprendre, Jésus ne promet pas simplement à ses disciples la vie après la mort. La vie éternelle dont par l’Evangile, c’est bien plus que cela ! C’est la vie de Dieu, que nous partageons dès aujourd’hui, une vie nouvelle qui découle de la relation avec Dieu, par le Christ. La vie éternelle, ce n’est pas seulement une garantie face au jugement à venir, une promesse pour demain, ou après-demain. C’est une assurance pour aujourd’hui, celle de l’amour de Dieu qui nous accompagne.

Cette vie-là, elle découle de notre relation avec Dieu. Elle ne peut pas provenir d’un chemin qui serait une tradition ou un rite, ni d’une vérité qui serait un doctrine. Elle vient du Saint-Esprit qui vient habiter en nous, ce « fleuve d’eau vive » dont parle Jésus en Jean 7. Les traditions, les rites, les doctrines, les théologies, la Bible elle-même, tout cela ne sont que des outils au service d’une relation vivante et authentique, par la foi, avec le Christ. C’est là que se trouve la vie !

Conclusion

« Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Cette parole est-elle trop absolue et intolérante ? Pas si on la comprend bien…

Jésus est le chemin, par sa mort et sa résurrection. Mais c’est à nous de nous engager aujourd’hui sur ce chemin par la foi.

Jésus est la vérité, parce qu’il est Dieu fait homme. Mais c’est à nous de sans cesse chercher cette vérité, la (re)découvrir, sans jamais prétendre la détenir.

Jésus est la vie, parce qu’il nous remplit de son Esprit vivifiant. Mais c’est à nous de le laisser nous remplir en nous abreuvant sans cesse à la source de son amour.

Ainsi, cette parole forte et absolue de Jésus-Christ est avant tout une invitation à la rencontre, à répondre à son appel et le suivre, dès aujourd’hui. Car c’est aujourd’hui déjà, et pas seulement demain ou après-demain, que nous pouvons expérimenter qu’il est pour nous, le chemin, la vérité et la vie.