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L’offrande de la pauvre veuve

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/loffrande-de-la-pauvre-veuve

La semaine dernière, je vous ai proposé un autre regard sur l’histoire de David et Goliath. Et comme ça a visiblement plu à plusieurs, je vous propose ce matin de lire un autre récit assez connu, dans le Nouveau Testament cette fois, et de le voir aussi d’un regard différent. Il s’agit de l’épisode de l’offrande de la pauvre veuve.

Ici, je suis redevable à un collègue pasteur qui, lors d’une pastorale il y a quelques années, m’a ouvert les yeux sur ce texte, si bien que je ne peux plus le lire aujourd’hui comme avant.

Marc 12.41-44
41 Dans le temple, il y a un endroit où les gens donnent de l’argent en offrande. Jésus s’assoit en face et il regarde ce qu’ils font. De nombreux riches mettent beaucoup d’argent. 42 Une veuve pauvre arrive, et elle met deux pièces qui ont très peu de valeur. 43 Alors Jésus appelle ses disciples et leur dit : « Je vous le dis, c’est la vérité : cette veuve pauvre a donné plus que tous les autres. 44 En effet, tous les autres ont mis de l’argent qu’ils avaient en trop. Mais elle, qui manque de tout, elle a donné tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Traditionnellement, on loue la générosité remarquable de cette pauvre femme qui, proportionnellement, donne beaucoup plus que les riches qui, eux, donnent de leur superflu. Elle, elle donne de son nécessaire, tout ce qu’elle a pour vivre.

Je ne veux pas complètement nier cette interprétation. Mais est-ce vraiment la leçon que nous devons retirer de cet épisode ? Nous faut-il prendre en exemple cette femme et faire de même ? Pour répondre à cette question, le contexte de ce récit est particulièrement intéressant.

Qu’avons-nous juste avant ? Un discours sévère de Jésus à l’égard des maîtres de la loi :

Marc 12
38 Jésus dit dans son enseignement : « Attention ! Ne faites pas comme les maîtres de la loi ! Ils aiment se promener avec de grands vêtements, ils aiment qu’on les salue sur les places de la ville. 39 Ils choisissent les premiers sièges dans les maisons de prière et les premières places dans les grands repas. 40 Ils prennent aux veuves tout ce qu’elles ont, et en même temps, ils font de longues prières, pour faire semblant d’être bons. À cause de cela, Dieu les punira encore plus que les autres. »

Avez-vous remarqué cette expression au verset 40 : « Ils prennent aux veuves tout ce qu’elles ont » ? Littéralement : « ils dévorent les maisons des veuves ». Ils privent les veuves, une population particulièrement pauvre et fragile à l’époque, de leurs biens, de leurs moyens de subsistance. Et comment le font-ils ? En leur imposant un fardeau légaliste qu’elles ne devraient pas porter !

Et juste après ce discours, nous avons l’épisode de l’offrande de la pauvre veuve, qui met dans le tronc tout ce qu’elle avait pour vivre… Ce n’est pas une coïncidence !

Et cela se confirme si on considère ce qui se trouve juste après notre épisode : l’annonce, par Jésus, de la destruction du temple :

Marc 13
« 1 Ensuite, Jésus sort du temple, et un de ses disciples lui dit : « Maître, regarde ! Quelles belles pierres ! Quels grands bâtiments ! » 2 Jésus lui dit : « Tu vois ces grands bâtiments. Eh bien, il ne restera pas ici une seule pierre sur une autre, tout sera détruit. »

Autrement dit, nous voyons une pauvre veuve qui donne de son nécessaire, tout ce qu’elle a pour vivre, pour un temple qui va bientôt être détruit…

Est-ce que tout cela ne doit pas nous mettre la puce à l’oreille ? Quand l’apôtre Paul organise la collecte en faveur des chrétiens de Jérusalem, il invite bien-sûr à la générosité mais il précise aussi qu’il ne s’agit pas pour ses lecteurs de se mettre sur la paille mais de donner en fonction de leurs moyens ! « Car il ne s’agit pas de vous exposer à la détresse pour le soulagement des autres, mais de suivre une règle d’égalité » (2 Corinthiens 8.13).

Est-il juste que cette veuve, déjà en situation de précarité, se mette sur la paille en apportant son offrande au temple ? Je ne pense pas !

D’ailleurs, pourquoi Jésus se met-il à regarder comment les gens déposait de l’argent dans la Trésor du Temple ? Vous pensez qu’il ne savait pas ce qui se passait ? C’est plutôt qu’il s’attendait à voir quelque chose de précis. Et quand la veuve y dépose ses deux petites pièces, Jésus le fait aussitôt remarquer à ses disciples, comme si c’était exactement ce qu’il attendait de voir. Comme s’il leur disait : « vous voyez, c’est bien ce que je vous disais à propos des maîtres de la loi qui mettent les veuves sur la paille ! »

Le récit de l’offrande de la pauvre veuve ne serait pas alors un exemple de générosité à suivre mais un dramatique exemple d’un système injuste entretenu pour les autorités religieuses. La preuve que ce que Jésus dit des maîtres de la loi est vrai : « ils dévorent les maisons des veuves » !

Jésus ne dit d’ailleurs pas à ses disciples : « Regardez cette veuve et faites comme elle ! » Evidemment, il ne reproche rien non plus à cette femme. Elle est, certes, très généreuse. Mais Jésus la désigne avant tout comme une victime des chefs religieux qui exigent d’elle ce qu’elle ne devrait pas devoir donner.

Quelles leçons tirer de ce récit ?

Leçon 1 : L’institution religieuse peut être source d’injustice et d’oppression.

Dans cette séquence qui inclut l’épisode de l’offrande de la veuve mais aussi les paroles qui précèdent et qui suivent, il y a de la part de Jésus une critique de l’institution religieuse. Jésus dénonce une forme d’injustice et d’oppression des plus fragiles. Le tout justifié par l’enseignement des chefs religieux. Leur légalisme obtus pousse des pauvres veuves à se mettre sur la paille !

Et dans les évangiles, la destruction du temple que Jésus annonce est perçue aussi comme une forme de jugement de Dieu.
En réalité, le christianisme devrait être une religion sans temple, sans lieu sacré. Voyez les paroles de Jésus à la femme Samaritaine :

Jean 4
21 Jésus lui dit : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. (…) 23 Mais l’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père.

Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas de temple ou d’église, qu’il ne faut pas prêter attention aux lieux de culte. Mais bien que les personnes comptent plus que les bâtiments, ce sont les pierres vivantes des croyants qui sont l’Eglise.

Le christianisme devrait être aussi une religion méfiante de l’institution religieuse, surtout quand celle-ci prend la place qui revient à Dieu. Relisez l’épître aux Hébreux, où Jésus apparaît comme l’unique grand prêtre, le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes ! Tous les croyants sont prêtres, c’est ce qu’on appelle le sacerdoce universel.

Ca ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir de structure d’Eglise, avec des responsables et des ministères particuliers. Mais il faut rester vigilant quant à l’institution. Le problème de l’institution religieuse, c’est quand elle devient une fin en soi : les clercs assoient leur autorité, les structures sont plus importantes que les personnes, le dogme prend le pas sur la vie.

Dans ce cas, l’institution religieuse peut devenir source d’injustice, d’oppression… et d’une certaine façon prendre la place de Dieu !

Leçon 2 : On peut être généreux de bien des façons… et nul besoin de se mettre sur la paille pour cela.

C’est peut-être ici plus un prolongement qu’une application directe de notre texte mais on peut sans doute dire quelque chose de la générosité à partir de ce récit. Certes, la pauvre veuve fait preuve d’une grande générosité… mais elle semble bien manipulée par les exigences folles des chefs religieux. Sous leur pression, elle se met en danger.

Il faut donc commencer par dire qu’on peut être généreux de bien des façons, sans forcément se mettre sur la paille. D’abord parce que la générosité n’est pas qu’une affaire d’argent. Elle est aussi affaire d’attention, d’écoute, de temps consacré à l’autre… On ne peut être généreux que de ce que l’on a. Du temps, on en a tous ! Et on n’est pas toujours prêt à le donner…

La générosité est une affaire personnelle, un appel que chacun doit entendre. A chacun de voir comment il peut y répondre, en fonction de ses moyens. La générosité est finalement relative. Dans notre récit, les riches qui donnent beaucoup ne sont pas forcément généreux… Il n’y a pas grand mérite à donner ce dont on est riche !

Nous sommes tous appelés à entendre l’appel à la générosité mais pour soi-même, pas pour les autres. Nous n’avons pas à dire comment les autres doivent être généreux. C’est trop facile d’exiger la générosité des autres… surtout quand on est soi-même riche ! Et c’est encore pire quand on le fait avec des motifs religieux comme dans notre récit !

La question de la générosité est personnelle, individuelle. Comment, moi, je pourrais être plus généreux ? Plus généreux avec mon argent, avec mon temps, avec mes dons et capacités, avec mes prières…

Conclusion

L’épisode de l’offrande de la pauvre veuve s’avère donc être d’abord une flagrante injustice, qui met en danger une femme en situation précaire. Et cela par la faute des chefs religieux ! C’est un scandale !

Je vous le dis (avec humour) : méfiez-vous des prêtres ! Et méfiez-vous des pasteurs ! Mais examinez toutes choses et retenez ce qui est bon… Et voyez comment, vous-mêmes, vous pouvez vous montrer demain plus généreux qu’aujourd’hui, avec les moyens qui sont les vôtres !

David n’avait que sa fronde…

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Lecture biblique : 1 Samuel 17

L’histoire de David et Goliath est une des histoires bibliques les plus connues. Elle est utilisée comme une métaphore dans le langage courant quand on évoque un combat ou un affrontement qui semble perdu d’avance.

On pense souvent qu’on assiste dans cet épisode à un véritable miracle, avec la victoire du jeune berger qui n’avait que sa seule fronde face au géant Goliath armé jusqu’aux dents. En réalité, cet épisode n’a rien d’un miracle. Certes, David a terrassé Goliath mais, à y regarder de plus près, ça n’a rien d’étonnant.

Je suis ici redevable à une vidéo vue sur Internet, de Malcolm Gladwell, un « Ted Talk » (des discours courts et percutants) intitulé « L’autre histoire de David et Goliath) (ici)

Je ne vais pas reprendre tous les éléments de cette vidéo mais m’en inspirer et prolonger les leçons que nous pouvons tirer de ce récit biblique pour nous.

1. David était bien mieux armé qu’on ne le pense pour battre Goliath !

D’abord, David est intelligent, vif et courageux. Il n’était certainement pas naïf (on sait quel roi il a été par la suite). S’il a voulu relever le défi, c’est qu’il pensait bien avoir une chance de l’emporter. De plus, il a de l’expérience au combat. Il le dit lui-même : il a souvent défendu son troupeau face au lion et au loup. Et ce n’était pas une mince affaire !

Saül veut l’aider en lui proposant de revêtir son armure. Mais il n’arrivait même pas à marcher avec… Il renonce donc et préfère ne prendre que son bâton, quelques pierres et sa fronde.

Mais la fronde était une arme redoutable ! Rien à voir avec les jouets pour enfant… C’était l’arme des bergers dans l’Antiquité, pour défendre les troupeaux face aux prédateurs. Comme David. C’était aussi une arme de guerre. Les armées antiques avaient des bataillons de frondeurs.

Une fronde, c’est une poche, généralement en cuir, dans laquelle on plaçait le projectile, prolongé par deux lanières, de longueur inégale. Une fois le projectile placé dans la poche, le lanceur tenait la lanière longue dans la paume et la courte entre le pouce et l’index. Il faisait alors tournoyer sa fronde, puis lâche la lanière la plus courte en direction de la cible. Le projectile atteignait alors une vitesse très importante. Une balle de fronde avait une puissance d’impact similaire à certains revolvers, capable de percer une voûte crânienne. Et les frondeurs entraînés pouvaient tirer avec une grande précision. Les frondeurs des Baléares était réputés les meilleurs. Ils étaient recrutés par l’armée romaine et étaient capables de viser juste à près de 200 mètres avec leur fronde !

Bref, avec sa fronde, David pouvait bien espérer tuer le géant Goliath… Il est allé au combat avec l’arme qu’il maîtrisait. Le texte biblique dit bien qu’il choisit minutieusement cinq pierres dans le torrent. Des pierres polies, bien aérodynamiques, avec lesquelles il pourra tirer avec une grande précision.

David ne va pas au combat les mains dans les poches, mais avec une arme qu’il maîtrise parfaitement, une arme par ailleurs redoutable. Et il y va, c’est là aussi sa force, avec une pleine confiance en Dieu !

2. Goliath était bien plus vulnérable qu’on ne le pense !

Goliath était, certes, impressionnant. Géant de près de 3 mètres, armé jusqu’aux dents, il terrifiait tout Israël. En réalité, la force de Goliath était toute entière dans la peur qu’il inspirait. D’où la description détaillée que la Bible nous fait de son harnachement militaire, casque, armure et armes en bronze ! Et ça semble fonctionner ! Personne n’ose relever son défi.

Pourtant, le texte biblique lui-même laisse entendre que Goliath avait ses faiblesses.

Il est certes grand et fort, mais il est lent. Il s’approche petit à petit de David, il lui demande de venir et lorsqu’il finit par s’avancer vers David, ce dernier, par contraste, court avant de lui lancer son projectile.

Peut-être avait-il même des problèmes de vue. Pourquoi dit-il à David qu’il s’avance vers lui avec « des bâtons » (c’est bien le pluriel qui est utilisé en hébreu), alors que David n’en avait qu’un évidemment ? Et il ne semble pas même remarquer la fronde que portait David. Alors même que c’est une arme redoutable contre un soldat d’infanterie comme lui. Et puis cette homme qui le devance, certes pour porter son bouclier, peut-être était-ce aussi pour le guider ?

En réalité, la taille immense de Goliath devait être due à une maladie, qui pouvait entraîner des déficiences visuelles, des difficultés de locomotions, etc.

Le géant Goliath était peut-être impressionnant dans son armure éclatante mais il était aussi vulnérable, surtout face à un jeune homme vif et armé d’une arme de jet.

Et la seule force de Goliath, la peur, semble ne pas avoir d’impact sur David. Il essaye bien encore de l’impressionner quand il est face à lui, tentant de l’humilier et lui lançant des malédictions. Mais ça n’a pas d’effet sur David qui, au contraire, répond avec aplomb : « je vais te tuer et te couper la tête ! »

Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce que David prenne le dessus sur Goliath… Il n’y a même pas de combat. En quelques secondes tout est réglé. Une pierre bien lancée avec la fronde de David, en plein front, là où l’armure ne protégeait pas le géant, est c’est fini !

3. Les leçons de l’histoire

Leçon 1 : Le premier ennemi à vaincre, c’est la peur.

La peur est une arme redoutable. On la voit utilisée dans les relations humaines, pour intimider, impressionner, désarmer l’autre. C’est une arme de manipulation, utilisée à des fins de pouvoir, ou a des fins électoralistes.

La peur est présente, d’une manière ou d’une autre, en chacun de nous. Elle peut avoir de nombreuses sources, elle peut susciter frustrations et souffrances, elle peut nous paralyser et nous empêcher d’avancer.

Or, une des dernières paroles de Jésus à ses disciples, juste avant de les quitter, c’était justement : « n’ayez pas peur » ! Comme David, assuré d’être dans la main du Seigneur quand il répond au défi du géant Goliath, nous pouvons être assurés d’être dans la main du Christ face à tous nos adversaires, nos défis et nos épreuves. Face à tous les géants qui nous font face. Nous n’avons pas à avoir peur.

Leçon 2 : Les géants ne sont pas aussi forts et puissants qu’ils en ont l’air

Les apparence sont trompeuses, surtout quand on a peur. Car les géants auxquels nous pouvons faire face dans notre vie ne sont pas aussi puissants et indestructibles qu’ils en ont l’air. En tout cas, c’est la peur qui les rend plus dangereux et plus forts à nos yeux.

David n’a pas vu en Goliath un géant invulnérable mais un soldat ennemi qu’il pouvait tuer avec sa fronde. Sa façon de voir Goliath n’a pas été conditionnée par la peur mais par sa foi.

Si la foi est bien la confiance placée en Dieu, alors assurément elle est l’arme la plus efficace face à la peur, et face à tous les géants dans notre vie.

Leçon 3 : C’est en étant nous-mêmes que nous remportons la victoire

Si David avait accepté d’aller au combat avec l’armure de Saül, il aurait été défait. C’est avec son arme de simple berger qu’il est allé affronter Goliath. L’arme qu’il maîtrisait et qu’il savait être efficace. Malgré les apparences, c’est lui devait gagner.

C’est en étant lui-même que David est allé au combat et a vaincu. C’est sa foi, sa confiance en Dieu qui a fait le reste. C’est elle qui a triomphé de la peur. Et Dieu a utilisé les capacités et les forces de David pour le faire vaincre.

Cette belle promesse que l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens est vraie :

« Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces. Quand vous serez tentés, Dieu vous donnera la force de le supporter et le moyen d’en sortir. » (1 Co 10.13)

Conclusion

Le récit de David contre Goliath est une vivante exhortation à placer notre confiance en Dieu pour vaincre la peur… et les géants qui nous font face !

Suivre le Dieu vivant (Elisée IV)

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Pour la prédication de ce matin, je terminerai ma série de juillet autour du prophète Élisée, avec l’épisode de sa mort qui fait une bonne conclusion, au chapitre 13.

Le temps a passé, peut-être une quarantaine d’années depuis les derniers miracles d’Élisée que la Bible raconte, mais la situation d’Israël n’a pas changé : sur fond de lutte avec le pays voisin de la Syrie, les rois continuent de se tourner vers des idoles étrangères et de traiter Dieu sans respect. Même le roi Joas, présent dans ce texte, apparemment « proche » d’Élisée, même lui est un mauvais roi (c’est la seule chose qui est dite pour résumer sa vie aux versets précédents). Devant une telle infidélité, Dieu a baissé son aide envers son peuple, ce qui explique l’oppression syrienne particulière au moment de notre récit.

Lecture biblique: 2 Rois 13.14-25

14 Quand Élisée tombe malade de la maladie qui le fera mourir, Yoas, roi d’Israël, va le voir. Il se penche sur lui en pleurant et lui dit : « Mon père, mon père ! Tu vaux tous les chars et tous les cavaliers d’Israël ! » 15 Élisée lui dit : « Prends un arc et des flèches. » Le roi obéit. 
 16-17 Élisée lui dit : « Ouvre la fenêtre vers l’est. » Le roi l’ouvre. Élisée lui dit encore : « Prends ton arc et tends-le. » Le roi prend l’arc. Élisée pose ses mains sur les mains du roi et lui commande de tirer. Après que Yoas a tiré, Élisée dit : « Cette flèche annonce une victoire donnée par le SEIGNEUR, une victoire contre les Syriens. Tu les battras complètement à Afec. » 18 Ensuite Élisée dit encore au roi d’Israël : « Prends les autres flèches. » Yoas les prend. Élisée ajoute : « Frappe le sol ! » Le roi frappe trois fois et s’arrête.
19 L’homme de Dieu est en colère contre le roi. Il dit : « Tu devais frapper cinq ou six fois. Alors tu aurais pu battre complètement les Syriens. Maintenant, tu les battras seulement trois fois. »
2Élisée meurt, et on l’enterre. Au début de chaque année, des bandes de voleurs moabites entrent en Israël. 21 Un jour, des gens qui vont enterrer un mort voient tout à coup une de ces bandes. Ils jettent le corps dans la tombe d’Élisée et s’enfuient. Dès que le mort a touché les os d’Élisée, il redevient vivant et se met debout.
 
22 Hazaël, roi de Syrie, écrase de son pouvoir les Israélites pendant tout le temps où Yoakaz est roi. 23 Mais le SEIGNEUR a pitié d’eux. Il leur pardonne à cause de l’alliance qu’il a établie avec Abraham, Isaac et Jacob. Il ne veut pas les détruire, et ce n’est pas encore le moment où il les chasse loin de lui. 24 Hazaël, roi de Syrie, meurt, et son fils Ben-Hadad devient roi à sa place. 25 Alors Yoas reprend à Ben-Hadad les villes d’Israël qu’Hazaël a arrachées aux mains de son père Yoakaz. Par trois fois, Yoas bat Ben-Hadad, et il reprend les villes d’Israël.
1)   Élisée, témoin du Dieu vivant et compatissant

Élisée a été le prophète du Dieu vivant, du Dieu qui fait vivre. Il a sauvé une veuve de la détresse, guéri Naaman ; il a annoncé la venue d’un enfant à une femme stérile, et quand cet enfant est mort, il l’a ressuscité. Il a protégé son pays des attaques de l’armée syrienne. Élisée est un prophète du Dieu vivant.

A sa mort, il témoigne encore du Dieu qui fait vivre en annonçant la victoire d’Israël sur ses ennemis, par le symbolisme des flèches tirées, la première par la fenêtre (symbolisant une victoire ponctuelle, précise, dans la ville d’Afek), les autres flèches tirées vers le sol, symbolisant le nombre de victoires totales qu’Israël remportera.

Intercalé entre les oracles et leur accomplissement, nous avons aussi ce récit fugace d’un cadavre anonyme jeté dans le tombeau d’Élisée qui reprend vie au contact des ossements du prophète. Ce récit compact témoigne de la puissance de Dieu qui agit à travers son prophète, pour le bien collectif, mais aussi pour les individus. Le rayon d’action de Dieu n’a pas de limite, il touche aussi bien les pays et la géopolitique que la vie d’un simple anonyme, connu de Dieu.

Élisée témoigne de Dieu, alors même que le peuple est spirituellement aveugle et sourd. Tout au long des récits, nous voyons des serviteurs faibles, facilement découragés ou tentés, nous voyons des rois qui ignorent Dieu – et pourtant Dieu agit sans relâche à travers Élisée, même au moment de sa mort.

Joas n’est franchement pas un roi modèle, il y a peu de signes qu’il ait eu foi en Dieu, et son attitude envers Élisée est peut-être simplement pragmatique : il reconnaît qu’Élisée a souvent protégé son pays, sans forcément faire le lien entre fidélité à Dieu et protection… Mais Élisée accueille Joas, il bénit encore son peuple au moment de mourir. Et ce n’est pas par générosité personnelle qu’il le fait, mais en témoin de la compassion de Dieu. Lorsqu’il met ses mains sur celles de Joas, c’est comme un signe de solidarité, un signe que Dieu sera présent. Dans l’accomplissement de l’oracle qui raconte comment Joas a finalement réussi à battre les Syriens à trois reprises, la raison que donne le texte, c’est que Dieu a pitié d’Israël, et qu’il refuse de les abandonner complètement.

Élisée est donc un témoin, jusqu’au bout, jusqu’après sa mort, du Dieu puissant et compatissant qui fait vivre et qui sauve. En cela, comme d’autres, il annonce Jésus, le témoin parfait de Dieu, celui qui a multiplié les pains pour la foule affamée, qui a guéri et délivré, qui est ressuscité et qui promet la vie à ceux qui croient en lui ! A travers Élisée, nous discernons la puissance et la bonté de Dieu qui se manifesteront parfaitement en Jésus.

2)   Joas ou la foi qui s’auto-stoppe

Comme dans les autres récits, au-delà d’Élisée, un autre personnage attire notre attention. Ici, c’est le roi Joas. Joas est un « mauvais » roi, un roi impie qui ne fait pas les bons choix par rapport à Dieu ou par rapport au peuple. Bizarrement, quand il apprend qu’Élisée est malade, il accourt à son chevet. Et ensuite, tout ce qu’Élisée lui demande de faire, il le fait méticuleusement. Le texte met l’accent sur sa docilité, presque comique. Élisée lui donne les consignes une par une, à très court terme : prends l’arc (il prend l’arc), ouvre la fenêtre (il ouvre la fenêtre), tire une flèche (il tire une flèche) etc. Peut-être qu’Élisée le conduit pas à pas justement parce que Joas manque de sagesse, comme un enfant. En tout cas, après le premier signe sur la victoire à Aphek (la flèche tirée par la fenêtre), vient le deuxième avec les flèches à tirer dans le sol. C’est vrai que c’est une demande étrange… Mais pas plus que de tirer par la fenêtre ! Lorsque Joas s’arrête, Élisée pique une crise et affirme que puisque Joas s’est arrêté en cours de route, sa victoire sur les Syriens ne sera que partielle.

La colère d’Élisée surprend, puisqu’il n’y avait pas d’autre instruction explicite, du style « tu tireras 5 fois, 10 fois… ». On ne comprend pas sa colère, car apparemment Joas a obéi à la consigne, en tout cas de notre point de vue. Peut-être (vous voyez qu’on est dans l’interprétation ici !) que Joas aurait dû attendre la prochaine consigne avant de s’arrêter.

C’est comme quand on passe le permis. J’ai appris que tant que l’examinateur ne dit rien, on va tout droit – vous êtes d’accord ! Imaginez maintenant que l’examinateur vous a dit de tourner à droite, vous avez tourné à droite, puis il se tait… conclusion logique : vous allez tout droit ! Si vous vous garez sur le côté, devant une maison, est-ce que vous avez répondu à la consigne ? Non, bien sûr ! Il fallait continuer tout droit, en attendant la prochaine consigne !

Le problème de Joas, c’est que son initiative l’a écarté du chemin qu’il devait prendre. D’où la colère d’Élisée, qui ne pourra pas transmettre la bénédiction qu’il voulait. Et ça m’alerte sur notre façon de « conduire », d’avancer sur notre chemin avec Dieu. Est-ce que parfois nous ne sommes pas dans le cas de Joas, à nous arrêter trop tôt ? A nous garer alors qu’il faut continuer ? Sans parler de la désobéissance massive, on se laisse parfois piéger par notre propre désarroi : A quoi ça sert de tirer des flèches dans le sol ? Où va cette route ? Je ne vois pas où Dieu veut m’emmener, on a dû se tromper quelque part, je vais m’arrêter et faire demi-tour… Ou alors : allez, c’est bon, on a assez roulé, on est allé assez loin… Non ? Pour Élisée, c’est un manque de foi, peut-être là où c’est le plus dur : quand on ne voit pas devant soi.

C’est vrai qu’il y a des périodes ou des situations où on est complètement dans le vague, et on est tenté d’abandonner, parce qu’on a l’impression que notre action est inutile, absurde, ou qu’on se trompe de direction. Et pourtant, faire confiance à Dieu c’est aussi continuer à marcher sur cette route étrange, c’est persévérer même au cœur de ce qui nous paraît absurde, parce que même si nous ne savons pas où notre route va, nous croyons que Dieu le sait, et nous choisissons de lui faire confiance. Comme Abraham qui quitte tout et qui va… « vers le pays que Dieu lui montrera ». La persévérance, c’est un signe de confiance. Et bien souvent, la persévérance paraît stérile : dire bonjour tous les matins au même collègue désagréable, prier toutes les semaines pour le même sujet, pardonner soixante-dix fois sept fois à notre conjoint… Et pourtant, Dieu nous invite à ne pas nous arrêter à mi-chemin, à ne pas cueillir les fruits à moitié mûrs, à ne pas mettre de limites à ce qu’il nous appelle à vivre.

Laissons Dieu nous guider, et laissons-le nous guider au-delà du raisonnable, au-delà de notre petit cadre de probabilités acceptables, osons le suivre sur des chemins qui nous paraissent bizarres, mais où il nous bénira.

Conclusion

Que nous a appris Élisée ce mois-ci ? Il nous a rappelé la puissance de Dieu, la puissance de sa parole, sa puissance qui fait vivre. Mais Élisée, témoin inlassable de Dieu dans un contexte franchement défavorable, rencontre des gens comme vous et moi, qui devront se positionner par rapport à Dieu, et choisir ou pas de lui faire confiance. La veuve au bord de la faillite a obéi sans discuter, Naaman a résisté mais il s’est laissé convaincre, Joas met de lui-même une limite à ce que Dieu peut faire… Diverses réponses, comme des questions qui nous sont adressées : nous, habitants du XXIe siècle, quelle est notre position face au Dieu qui fait vivre ? Osons-nous le suivre ? Sommes-nous prêts à remettre en question nos réticences ? Mettrons-nous des limites à ce que Dieu va faire, par « réalisme » ou ignorance ? Dieu est puissant, il est vivant, il est compatissant, hier comme aujourd’hui et comme demain. Quelle sera notre réponse à la main qu’il nous tend ?

Apprendre à voir vraiment

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https://soundcloud.com/eel-toulouse/apprendre-a-voir-vraiment

Nous continuons notre série autour des miracles du prophète Elisée, à l’œuvre en Israël dans les années 850-800 av. J.-C.

Lecture biblique: 2 Rois 6.8-23

8 C’est l’époque où le roi de Syrie est en guerre contre Israël. Il consulte ses officiers, puis il décide d’installer son armée à un certain endroit. 9 Mais Élisée fait dire au roi d’Israël : « Attention ! Évite de passer à tel endroit. C’est là que les Syriens ont installé leur camp. » 10 Le roi d’Israël envoie donc des soldats surveiller l’endroit que l’homme de Dieu a indiqué. Cela se passe plusieurs fois. Élisée prévient le roi d’Israël, qui fait très attention. 11 Le roi de Syrie est inquiet à cause de ce qui arrive. Il réunit ses officiers et leur dit : « Il y a parmi vous un traître, qui est pour le roi d’Israël. Est-ce que vous ne voulez pas me dire son nom ? » 12 L’un des officiers répond : « Notre roi, il n’y a pas de traître parmi nous ! Mais Élisée, le prophète qui est en Israël, est capable de rapporter à son roi les paroles que tu dis dans ta chambre à coucher. » 13 Alors le roi de Syrie donne cet ordre : « Allez voir où il est, et je le ferai arrêter. » Quand le roi de Syrie apprend qu’Élisée se trouve à Dotan, 14 il envoie une troupe nombreuse de soldats, avec des chars et des chevaux. Ils arrivent de nuit et entourent la ville. 
15 Le jour suivant, le serviteur d’Élisée se lève tôt le matin et il sort de la ville. Il voit les soldats, les chevaux et les chars qui entourent la ville. Il crie : « Quel malheur, maître ! Qu’est-ce que nous allons faire ? » 16 Élisée répond : « N’aie pas peur ! Ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. » 17 Ensuite Élisée prie en disant : « SEIGNEUR, ouvre les yeux de mon serviteur pour qu’il voie clair. » Le SEIGNEUR ouvre ses yeux, et le serviteur peut voir que tout autour d’Élisée, la montagne est couverte de chevaux et de chars brillants comme du feu.

18 Les Syriens descendent vers Élisée. Le prophète prie de nouveau : « SEIGNEUR, ferme les yeux de tous ces soldats. » Et le SEIGNEUR leur ferme les yeux, comme Élisée l’a demandé.  19 Alors Élisée dit aux soldats : « Vous n’avez pas pris le bon chemin, et ce n’est pas la bonne ville. Suivez-moi, et je vous conduirai auprès de l’homme que vous cherchez. » En fait, Élisée les conduit à Samarie. 20 Quand ils entrent dans la ville, Élisée prie encore : « SEIGNEUR, ouvre leurs yeux pour qu’ils voient clair. » Le SEIGNEUR leur ouvre les yeux, et ils voient qu’ils sont en pleine ville de Samarie. 21 Dès que le roi d’Israël voit tous ces soldats, il demande à Élisée : « Mon maître, est-ce qu’il faut les tuer ? » 22 Élisée répond : « Non, ne les tue pas ! D’habitude, tu ne mets pas à mort ceux que tu fais prisonniers au combat. Alors, donne plutôt à manger et à boire à ces soldats, puis laisse-les retourner chez leur roi. » 23 Le roi d’Israël leur fait donc servir un grand repas. Après qu’ils ont mangé et bu, ils les laisse retourner chez leur roi. À partir de ce moment-là, les bandes de voleurs syriens ne viennent plus dans le pays d’Israël.

Décidément, avec Elisée, on ne s’ennuie pas ! Voilà une histoire pleine de suspense, et de rebondissements…

On a d’un côté ce roi syrien dont les plans sont comme des coups d’épée dans l’eau : rien ne fonctionne, tout est déjoué, au point qu’il se demande s’il n’y a pas un espion d’Israël dans son état-major. Mais non, c’est l’œuvre d’un prophète, qui, de loin, devine et défait tous les projets de ce roi contre Israël. Même lorsqu’il met toutes les chances de son côté pour attraper ce prophète – et là, on se demande qui va gagner : la grande armée ou le petit prophète ? – retournement de situation, l’opération tourne au fiasco quand les soldats syriens se retrouvent malgré eux en plein territoire ennemi, et le roi renonce. De l’autre côté, on a Dieu, fort, puissant, fidèle, qui domine la situation et change les cartes selon son bon vouloir. A travers l’exaucement des prières d’Elisée, le texte nous montre surtout Dieu à l’œuvre, Dieu vainqueur, un Dieu protecteur qui prend soin de son prophète fidèle (il n’y en a plus beaucoup à cette époque-là en Israël) et même de son peuple, pourtant peu attentif à Dieu en cette période.

1)   Un Dieu indéfectiblement présent

La puissance de Dieu est une évidence, une conviction de base du croyant. Si Dieu n’est pas puissant, il n’est pas Dieu ! Et pourtant, on a beau croire que Dieu a créé le monde, croire que Dieu soutient le monde, croire qu’il renouvellera le monde, au cœur de la difficulté, on ressemble bien souvent à ce serviteur d’Elisée paniqué par la vision de l’armée ennemie – d’ailleurs, dans cette histoire, nous devons attendre, comme lui, la prière d’Elisée pour prendre conscience de la présence active de Dieu dans cette situation.

Ce qui nous impressionne n’impressionne pas Dieu. Les armées, les tactiques, même les soldats à nos portes : ce qui nous impressionne n’impressionne pas Dieu. Autrement dit, Dieu est bien plus puissant que ce qui est plus fort que nous : la persécution, la maladie, la haine, et même la mort. Je me souviens du témoignage d’une personne, qui a cru en Jésus-Christ suite à la maladie et à la guérison de sa fille : à 5 ans, celle-ci avait une tumeur au cerveau. Le traitement en cours ne fonctionnait pas très bien. Des gens étaient venus prier pour cette enfant, et du jour au lendemain, l’examen a montré la disparition de la tumeur, au point que les médecins n’ont pas compris. Ils sont restés perplexes devant la disparition complète de la tache, au point de se demander s’ils ne s’étaient pas emmêlé les pinceaux avec cette patiente. Mais non, elle était guérie, et elle a 35 ans aujourd’hui.

Alors c’est vrai que nous ne sommes pas toujours libérés de façon aussi spectaculaire, c’est même rare. Dans la Bible, on voit que beaucoup de miracles ont lieu, tout au long de l’histoire, mais qu’il y a certaines périodes où les miracles se concentrent, en général des périodes critiques – la sortie d’Egypte et l’alliance de Dieu avec le peuple d’Israël , la dégénérescence du peuple à l’époque d’Elie et Elisée et le rappel que Dieu est à l’œuvre, et enfin, dans la Bible, la venue de Jésus et les premiers pas de l’Eglise, comme si Dieu voulait appuyer la véracité de l’Evangile.

Néanmoins, au-delà du côté spectaculaire de tel ou tel miracle, ce texte rappelle une vérité permanente : où que nous allions, quelle que soit la situation, nous ne sommes pas seuls. Et si nous nous sentons démunis, parfois à juste titre, Dieu ne l’est pas. Autour de nous, comme invisible, se dresse cette forteresse de la présence de Dieu. La Bible est pleine d’images pour nous aider à nous représenter la présence de Dieu à nos côtés : l’armée de feu ici,  le roc où nous pouvons tenir ferme, la main qui nous porte, l’aile qui nous cache, le rempart solide… Parfois Dieu crée une déviation pour contourner l’obstacle, parfois il détourne l’attention de ceux qui attaquent, parfois il donne la force de traverser l’obstacle. D’ailleurs, avec Elisée, ce n’est finalement pas l’armée de feu qui résout la situation, mais une sorte de diversion par laquelle Dieu désoriente les soldats ennemis. Quelle que soit la situation, même impressionnante, urgente, submergeante, Dieu est présent avec nous.

2)  Prière et paix

Dieu est présent avec nous, et nous devons apprendre à le voir. Apprendre à ouvrir les yeux sur sa présence, c’est prendre conscience de la situation réelle – tant que nous ne mettons pas dans la balance la présence et la puissance de Dieu, notre vision de la situation est irréaliste. C’est paradoxal hein ?! Nous sommes irréalistes à chaque fois que nous laissons de côté l’engagement de Dieu pour nous. Quand nous ne voyons pas Dieu avec nous, nous sommes aveugles sur la situation.

Alors comment ouvrir les yeux, comment retrouver la vue ? L’exemple d’Elisée est frappant : il prie ! Il prie. Certes, il prie pour son serviteur, pour les soldats, dans ce texte, mais la relation de fond entre Elisée et Dieu suppose une vie de prière riche. On a l’impression de voir un tandem en action : Elisée ne prend pas autorité sur Dieu en lui disant « fais-ci, fais-ça », mais c’est comme si chacun faisait sa part. Et la part d’Elisée, c’est la prière. Notre part, c’est la prière. Bien souvent, nous prions pour des choses précises, factuelles, presque matérielles – pour nous ou pour les autres. Mais l’exemple d’Elisée nous invite à prier aussi pour voir, pour que Dieu ouvre nos yeux, pour qu’il montre ce qu’il est en train de faire – et comment nous pouvons agir dans son plan. « Montre-moi Seigneur, change mon point de vue, ma perspective ». C’est valable dans la difficulté, mais aussi dans les bons moments ! Dans la clairière comme dans la sombre vallée, discerner la présence de Dieu est crucial pour comprendre notre chemin.

Une parenthèse sur le fonctionnement du texte : une fois qu’Elisée a prié, nous voyons l’armée de feu, mais ensuite nous sommes au courant de la situation, nous savons ce qu’Elisée fait, nous ne sommes plus du côté des aveugles (les soldats) mais de ceux qui savent, au point que nous avons presque du plaisir à suivre la situation – ici, c’est un peu l’arroseur arrosé pour les soldats ennemis.

« Change mon point de vue, Seigneur. Je me sens coincée, désarçonnée, effrayée : change mon point de vue Seigneur. Ouvre mes yeux pour que je voie la réalité en face, la réalité de ta présence. »

Le changement de point de vue a deux conséquences dans cette histoire : 1) la paix intérieure – ne crains pas, dit Elisée au serviteur. Avec les mots de l’apôtre Paul : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?? (Rm 8.31) Ne crains pas !

2) la paix envers les autres, avec là le contraste entre le roi d’Israël excité par la prise inattendue de soldats ennemis, et la compassion dont fait preuve Elisée. Puisque nous sommes désormais sans crainte, nous pouvons laisser l’agressivité, la manipulation, la vengeance – nous sommes avec Dieu ! Nous n’avons plus besoin de prouver quoi que ce soit, d’enfoncer le clou, une fois que nous savons que Dieu agit. Le changement de notre comportement dépend de notre changement de point de vue, et notre changement de point de vue dépend de notre vie de prière, nourrie et orientée par la lecture de ce que Dieu a fait.

 

Quelques siècles plus tard, Dieu a donné un signe. Un signe clair, de sa présence, de sa puissance, de son amour pour nous. Il a envoyé son Fils manifester concrètement, physiquement, la présence de Dieu dans le monde. Il a envoyé son Fils vaincre radicalement ce qui nous blesse : le poids écrasant de nos fautes, l’aveuglement et le mensonge d’une vie sans Dieu, et, finalement, la mort. Jésus, mort et ressuscité, scelle pour nous l’engagement de Dieu à nos côtés, un amour que nous ne méritons pas mais qui nous sauve.

 

Le salut par la foi, dès le début (Elisée II)

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Lecture biblique: 2 Rois 5.1-19

1 Le chef de l’armée du roi de Syrie s’appelle Naaman. C’est quelqu’un d’important pour son maître le roi, qui est très bon pour lui. En effet, c’est par lui que le SEIGNEUR a donné la victoire aux Syriens. Mais ce combattant courageux est lépreux. 
2 Or, des bandes de Syriens qui sont entrés en Israël ont fait prisonnière une petite fille. Celle-ci est devenue la servante de la femme de Naaman. 3 Un jour, la petite fille dit à sa maîtresse : « Ah ! si mon maître pouvait aller voir le prophète qui est à Samarie ! Il le guérirait de sa lèpre. » 4 Naaman va trouver le roi. Il lui raconte ce que la jeune Israélite a dit.  5 Le roi lui répond : « Va là-bas ! Je vais te donner une lettre pour le roi d’Israël. » Alors Naaman part. Il emporte à peu près 300 kilos d’argent, 60 kilos d’or et 10 habits de fête. 
6 Il remet la lettre de son roi au roi d’Israël. Voici ce que le roi de Syrie a écrit : « Avec cette lettre, je t’envoie le chef de mon armée, Naaman, pour que tu le guérisses de sa lèpre. »  7 Quand le roi a fini de lire la lettre, il déchire ses vêtements et dit : « Est-ce que je suis Dieu, moi ? Est-ce que je peux faire vivre les gens et les faire mourir ? Le roi de Syrie m’envoie un homme pour que je le guérisse de sa lèpre ! Vous le voyez : il me cherche querelle ! » 8 Élisée, l’homme de Dieu, apprend que le roi d’Israël a déchiré ses vêtements. Il lui fait dire : « Tu as déchiré tes vêtements. Pourquoi donc ? Naaman n’a qu’à venir me voir. Il saura qu’il y a un prophète en Israël. »
9 Naaman arrive avec son char et ses chevaux et il s’arrête à l’entrée de la maison d’Élisée. 10 Élisée envoie un messager pour lui dire : « Va te laver sept fois dans le fleuve Jourdain. Alors tu seras guéri et tu deviendras pur. » 11 Naaman se met en colère. Il part en disant : « Je pensais : le prophète va sûrement sortir de chez lui. Il se présentera devant moi. Il priera le SEIGNEUR son Dieu. Il passera sa main sur l’endroit malade et il me guérira de ma lèpre. 12 Est-ce que les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toute l’eau d’Israël ? Je pouvais bien me laver en Syrie pour devenir pur. » Naaman repart donc. Il est très en colère. 13 Mais ses serviteurs s’approchent de lui et lui disent : « Maître, si le prophète te commandait une chose difficile, est-ce que tu refuserais ? Eh bien, quand il te dit de te laver pour devenir pur, écoute-le ! » 
14 Alors Naaman descend dans le Jourdain. Il plonge sept fois dans l’eau, comme Élisée l’a commandé. Sa peau est de nouveau comme celle d’un petit enfant, et il devient pur.  15 Naaman retourne chez l’homme de Dieu avec tous ceux qui sont avec lui. Il se tient devant lui et dit : « Maintenant, je le sais, sur toute la terre, il n’y a aucun Dieu, sinon celui d’Israël. Je t’en prie, accepte le cadeau que je t’offre. » 16 Élisée répond : « Par le SEIGNEUR vivant que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman insiste encore, mais Élisée refuse. 17 Alors Naaman dit : « Puisque tu refuses tout cadeau, permets-moi au moins d’emporter de la terre de ce pays. J’en ferai charger deux mulets. En effet, j’offrirai des sacrifices complets et des sacrifices de communion seulement au SEIGNEUR, et non plus à d’autres dieux.    18 Mais je demande pardon au SEIGNEUR pour ceci : quand mon maître, le roi de Syrie, entre dans le temple de son dieu Rimmon, pour prier, il s’appuie sur mon bras. Alors moi aussi, je dois me mettre à genoux. Que le SEIGNEUR accepte de me pardonner ce geste ! » 
19Élisée lui répond : « Tu peux partir en paix. » Et Naaman s’en va.

Il avait tout : la réussite, le prestige, le statut, l’argent… C’était sûrement l’homme le plus respecté du royaume de Syrie, après le roi bien sûr. Et pourtant, Naaman souffrait. C’était l’arrière-plan de tout ce qu’il vivait, ce qu’il ne pouvait jamais oublier, comme une cage ; lui l’homme fort, puissant et reconnu, lui qui dominait les armées et les peuples, était prisonnier de cette souffrance. Vous savez, comme le mal de dos ou l’arthrose : on vit, bien sûr, mais tout est déformé par cette douleur lancinante.

Mais le récit biblique s’attarde peu sur sa souffrance ou son soulagement, sur la puissance de Dieu qui fait des miracles – non, l’auteur se concentre surtout sur l’attitude de Naaman, et de ceux qui l’entourent : la jeune esclave juive qui conseille d’aller voir le prophète d’Israël, l’épouse qui transmet le conseil, le roi syrien qui fait tout pour faciliter la tâche à Naaman en le recommandant au roi d’Israël, et en envoyant une très belle somme en signe de paix… le roi d’Israël qui se vexe, tellement loin de Dieu qu’il ne comprend rien ; le prophète Elisée, qui sauve la mise mais sans être compris par Naaman ; les esclaves de Naaman qui l’aident à réfléchir posément à la situation. Au-delà du miracle, c’est toutes ces personnes qui attirent notre attention et nous aident à comprendre ce qu’est la foi.

1)   Croire, simplement

Ce miracle se caractérise par sa simplicité, par son côté presque trop facile. Cet homme souffre depuis des années, et il lui suffirait de se baigner pour être délivré ? Vraiment ? Alors que tous les médecins de Syrie, avec tous leurs remèdes et leurs rites, n’ont rien pu faire pour lui ? Naaman, le grand Naaman, l’impressionnant Naaman (vous l’imaginez avec ses chars et ses chevaux devant la petite maison d’Elisée ?), a l’impression d’être pris pour un imbécile. Après tout ce voyage, rempli d’espoir, il attendait quelque chose de plus et pas quelque chose de moins…

Au-delà de la surprise, ce qui est dur pour Naaman, c’est de renoncer à ses attentes, à ses hypothèses personnelles, à sa façon de voir les choses, pour laisser Dieu le conduire sur un nouveau chemin. Quand on raconte cette histoire aux enfants, on insiste souvent sur la cuirasse que Naaman doit enlever, élément par élément, pour se baigner dans le Jourdain, pour se mettre à nu. Cette mise à nu physique illustre bien l’abandon, le « lâcher-prise », que Naaman doit vivre intérieurement pour pouvoir être sauvé.

La foi est souvent comparée à un saut dans le vide, mais parfois, faire confiance à Dieu est moins spectaculaire, c’est enlever nos masques, nos résistances, peut-être notre vision de nous, c’est se dépouiller pour recevoir ce que Dieu veut nous donner. Oui, perdre pour recevoir. Dans l’Evangile, on utilise une autre expression : « mourir », pour vivre mieux, pour vivre vraiment.

C’est vrai pour notre conversion, quand nous comprenons que nos efforts ne peuvent pas mériter le salut, et que nous faisons confiance aux efforts de Jésus en notre faveur, mais n’est-ce pas vrai aussi au quotidien ? Aujourd’hui, si je veux avancer léger sur le chemin du salut, de quel poids, de quelle cuirasse, dois-je me débarrasser ? En communauté, ensemble, quel fardeau, quel poids, quels malentendus, quels conflits, et peut-être même quelles convictions Dieu nous demande-t-il de laisser sur la rive, pour avancer un peu plus loin avec lui, pour plonger plus profondément dans les eaux du salut ?

C’est terriblement dur d’abandonner ce qui nous définit, ce qui nous rassure, ce que nous désirons, en particulier face à l’inconnu. La colère de Naaman fait écho à notre propre désarroi, à nos résistances devant le changement, à nos craintes : qui suis-je sans ma cuirasse ? sans mon statut ? que va-t-il m’arriver quand je serai faible et nu en plein milieu du Jourdain ?

C’est terriblement dur, mais c’est vital ! Car qu’est-ce qui vaut plus que la santé ? Et je ne parle pas de santé physique ! Quelle cuirasse fait le poids face à la possibilité, même infime, d’être débarrassé de ce qui nous pèse, de ce qui nous mine ?

Naaman doit se faire petit devant Dieu, descendre de son cheval, abandonner son prestige, et se présenter simplement à lui – il doit redevenir un simple homme, tout comme ses serviteurs ou sa servante, se faire pauvre devant Dieu, pour recevoir les richesses de Dieu. Et alors, Dieu répond. Et il répond au-delà de la guérison, puisque dans le Jourdain, Naaman comprend que Dieu est Dieu, que Dieu existe, que les idoles qu’il adorait jusque là sont vaines et mortes, et que, s’il vit, c’est grâce au Dieu vivant !

2)   Croire au Dieu de grâce

Au cadeau qu’il veut offrir, Elisée oppose un refus : le salut est gratuit. Gratuit. On ne paie pas le miracle, même avec de bonnes intentions ; on ne s’acquitte pas du salut – le salut est gratuit. C’est d’autant plus mis en valeur que le serviteur d’Elisée, dans la suite du texte, va courir après Naaman et lui soutirer quelques kilos d’argent avec un mensonge – Elisée, le prenant sur le fait, annonce que Dieu le punira pour avoir cherché à profiter du miracle, et Guéhazi, qui voulait tant l’argent de Naaman, se retrouve porteur de sa lèpre.

Le salut est gratuit : c’était vrai à l’époque, et ça l’est toujours. C’est toujours le même Dieu de grâce, d’Abraham à Jésus-Christ, en passant par Naaman, et y toucher, en tirer avantage, c’est salir ce don extraordinaire que Dieu fait. Je suis tombée par hasard sur une église, il y a peu, dont le numéro de téléphone est payant… Dans ces cas-là, on ne sert plus le Dieu de grâce… On se sert soi-même ! Non, le salut est gratuit, car il vient de Dieu.

Attention, ce qui est gratuit ne vaut pas rien. Le salut est gratuit parce qu’il n’a pas de prix : quelle valeur donneriez-vous à la vie ? C’est bien plus que ce que nous pourrions payer ! En fait, nous ne pouvons pas le payer, seul Dieu le peut, et il l’a fait, plus tard, en Jésus-Christ. Le prix est payé : et ce cadeau inestimable (la vie du Fils de Dieu), nous n’avons qu’à le saisir – c’est la foi.

Mais si Dieu ne demande ni or ni argent, la réponse à cette vie nouvelle que nous recevons, c’est de vivre pleinement pour Dieu. C’est bien la résolution de Naaman, qui repart, prêt à abandonner ses vieilles idoles, et à n’adorer que Dieu seul. Elisée le comprend bien, et c’est sûrement pour cette raison qu’il donne sa bénédiction à Naaman : ce dernier va faire de son mieux pour respecter et adorer Dieu, dans son contexte.

Entre parenthèses, on pourrait considérer sa demande de pardon pour la prosternation comme un compromis, mais Naaman est clairement sincère, prêt à faire tout ce qu’il peut pour adorer Dieu. Et puis c’est un jeune converti, et peut-être qu’Elisée choisit de valoriser tous les changements qui ont déjà eu lieu en Naaman, et pas ce qu’il reste à faire, faisant confiance à Dieu pour guider Naaman dorénavant. Cette sagesse vaut aussi aujourd’hui, dans notre attitude face aux nouveaux chrétiens : reconnaître ce qui change, et encourager avec patience, sans attendre d’eux la perfection que nous n’avons pas nous-mêmes. Faire confiance au Dieu de grâce qui a sauvé, et qui continue de transformer.

3)   Croire, partout

Le dernier élément que je relèverai, c’est la souveraineté universelle de Dieu. Il est frappant de voir que Dieu agit par Naaman, même avant qu’il ne le sache : ses victoires sont clairement attribuées à Dieu. Le détour par Israël permet à Naaman de rencontrer Dieu et de repartir en croyant. L’ironie est forte ! Le « païen » repart avec la foi, tandis que, à part Elisée, les membres du peuple élu (le roi, le serviteur Guéhazi) ne reconnaissent pas l’action de Dieu. C’est un sacré avertissement pour ceux qui se croient « spirituels » et qui peuvent se révéler bien aveugles…

Naaman demande un peu de terre pour se construire un autel consacré à Dieu, un lieu de culte dans un pays où personne ne croit en ce Dieu-là. Cette terre qu’il prend est plus qu’un souvenir, ce n’est pas un magnet, ou une tasse, ce n’est pas non plus magique, c’est la conscience que là où il va, Dieu est là.

Nous sommes à l’aise dans l’église, avec des chrétiens qui partagent notre foi, avec nos codes et nos habitudes, mais comment décrypter la présence de Dieu au-dehors ? Dans le monde où Dieu nous envoie ? En vacances ou hors vacances, comment emmener Dieu avec nous ? Comment nous rendre attentifs à sa présence ? Dans les rencontres de famille parfois tendues, comment l’inviter à côté de nous, à table, dans le salon ? Au travail, comment servir Dieu ? même si personne ne comprend, même dans les tâches peut-être prosaïques du quotidien, dans les rencontres, les discussions à la machine à café ? Dans les transports, au marché, pendant le sport : comment adorer Dieu partout où nous sommes ? C’est notre défi de croyants : vivre avec Dieu en tous lieux. Et j’aime cette image de la terre qu’on prend avec soi, comme une manière concrète de se rappeler que Dieu est là. Peu importe le lieu, le contexte ou les gens : Dieu est là, et nous pouvons tout vivre avec lui.

Conclusion

Dès le départ, le salut que l’on trouve auprès de Dieu est un salut qui demande la foi, qui demande non pas de faire, mais de lâcher, pour recevoir avec confiance ce que nos mains n’auraient pas pu attraper. Un salut gratuit, d’une valeur inestimable, que seul le Christ peut nous obtenir. Un salut total, qui bouleverse toute notre vie, qui transfigure nos chemins, nos rencontres, nos activités, un salut qui nous emmène sur des lieux inconnus, où la grâce abondante de Dieu se révèle.