Archives de catégorie : Prédication dimanche matin

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Le temps de la pause

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Lecture biblique: Exode 20.8-11

C’est les vacances ! Certes, pas pour tout le monde, mais le pays entier change de rythme pendant ces deux mois de vacances scolaires. J’ai saisi cette occasion pour commencer une petite série sur le thème du repos, pendant le mois de juillet.

On croit qu’on sait se reposer, parce qu’on le fait plus ou moins, chacun, parce qu’on sait dormir et que personne n’œuvre 24/7. Cela étant, la Bible aborde à plusieurs reprises le thème du repos, dans l’AT comme dans le NT. Et en général, quand Dieu choisit d’aborder un sujet dans la Bible, c’est que nous avons besoin d’apprendre, d’entendre un autre pdv sur ce sujet, et de nous laisser transformer sur ce point. Pour le repos, c’est pareil, surtout que dans nos sociétés, tout le monde ou presque est épuisé : ceux qui travaillent beaucoup ou pas, les enfants, les retraités… Même si souvent nous ne nous dépensons pas beaucoup physiquement, nous sommes en proie à une grande fatigue, essentiellement nerveuse. Dans ce contexte où le repos n’est pas vraiment reposant, j’espère que ces textes bibliques nous aideront à mieux profiter du repos dans la perspective de Dieu.

C’est évident, pour commencer cette série, il fallait parler du sabbat, jour de repos hebdomadaire demandé par Dieu au peuple d’Israël. Il figure dans les 10 commandements, dix paroles que Dieu adresse à son peuple fraîchement délivré d’Egypte, au temps de Moïse, dix paroles pour apprendre à bien vivre, à vivre selon les principes de Dieu.

Notre mode de vie actuel pousse à en demander toujours plus, à faire toujours plus, à bien remplir nos agendas sans laisser aucun trou. On peut se dire que c’était mieux avant : c’était sûrement différent. Pour Israël, respecter le sabbat n’a jamais été facile, et Dieu rappelle régulièrement, avec différentes explications, pourquoi il faut respecter le sabbat. La première explication, c’est celle de notre texte : vivre ce 7e jour comme un jour de repos, à l’image du 7e jour de la création. En effet, le premier chapitre de la Genèse décrit Dieu créant le monde entier en une « semaine », créant ainsi un parallèle entre l’action humaine et l’action divine. Il y a plusieurs manières de comprendre ces jours de création, mais ce qui est essentiel dans notre texte, c’est que le peuple est appelé à se reposer le 7e jour parce que Dieu s’est reposé, en suivant le rythme de Dieu, toutes proportions gardées.

Creusons un peu le sens du sabbat pour voir s’il peut nous éclairer sur une manière de vivre conforme à ce que Dieu attend de nous.

1)   Un temps pour souffler

Ce qui saute aux yeux, et sans vouloir faire de lapalissade, c’est que le jour de repos est un temps pour souffler, un temps pour reprendre haleine, pour se ressourcer.

Le jour n’existe pas sans la nuit, l’inspiration sans l’expiration, la musique sans le silence… Le récit de la création, étonnamment, nous montre que la création n’est vraiment achevée que lorsque Dieu s’est mis en repos : son œuvre, c’est à la fois l’activité pure, directe, et le repos qui le suit. On pourrait avoir l’impression que la pause est un vide, un vide un peu effrayant qu’il faut vite combler, mais vivre prend en compte ces deux pôles, et le balancement qui fait passer de l’un à l’autre avec régularité, c’est comme la marche, ce qui nous permet d’avancer. N’avoir que le repos ou que l’activité, c’est vivre à cloche-pied.

L’ordre de Dieu surprend par le fait qu’il inclut toute la maison : ni toi, ni tes enfants, ni tes serviteurs juifs, ni tes bêtes, ni l’étranger qui travaille chez toi. Tous doivent faire la pause : les parents et les enfants, les juifs et les non-juifs, les patrons et les employés, les humains et les bêtes. On connaît l’expression « il n’y a pas de repos pour les braves » : eh bien si ! Même les braves doivent se reposer. Le repos n’est pas pour les faibles, pour les gens de constitution fragile, pour les chétifs : tous, même les plus forts. Le repos, à l’inverse, n’est pas le privilège des nantis, des maîtres, qui ont le pouvoir de faire ce qu’ils veulent alors que d’autres travaillent pour eux, ou d’anciens qui ont bien mérité le droit de se reposer aujourd’hui. Le repos, c’est pour tout le monde ! C’est une nécessité pour toutes les créatures, c’est le rythme qui est le nôtre.

Le repos n’est pas pour autant un mal nécessaire, dû à nos limites de créatures, un temps où on ronge son frein en attendant que la machine reparte : Dieu lui-même s’est reposé ! Dieu tout-puissant, infatigable, qui a tout créé par sa parole seulement, Dieu s’est reposé et a repris son souffle. Etonnant ! Dieu lui-même considère que le repos est un moment à part entière, un moment de valeur, dont il veut que nous profitions pleinement nous aussi.

La limite entre le 7e jour et les 6 autres paraît tranchée : tu dois faire tout ton ouvrage en 6 jours (l’ouvrage comprenant le travail payé et les tâches de la vie quotidienne : passer sa journée de repos à faire le ménage, la lessive, les courses la compta, ce n’est pas le but !). Bien sûr, le repos ce n’est pas un arrêt total ou une hibernation : il faut bien se nourrir, il faut traire les bêtes, il faut se laver – de même, si Dieu s’est mis en repos après avoir posé les grandes bases de la création, Dieu continue de soutenir le monde, de le faire vivre. Ce qui est clair, c’est le changement de modalité : la production, le rendement, l’activité ne sont pas l’objectif du jour de repos, qui invite à un changement de rythme et d’orientation.

2)   Un temps pour prendre du recul

En effet, au-delà du répit, le repos a aussi pour but de nous pousser à prendre du recul, à relever la tête de notre guidon pour voir où on en est, pour adopter une perspective plus large que le métro-boulot-dodo. En particulier, le repos régulier nous pousse à avoir une vie autre que le travail, même non rémunéré. Régulièrement, par le repos, je me souviens que je ne suis pas ce que je fais, je suis plus, et ce « plus » a la possibilité de s’exprimer dans ce temps où je ne travaille pas. Le travail, l’activité, ce n’est le tout de notre vie, et prendre du repos c’est relativiser cette activité. Dieu lui-même, créateur merveilleux, refuse de se réduire à son activité de créateur, il ne se rend pas esclave de sa puissance, de ses œuvres, de sa performance.

L’exhortation à nous reposer nous aide à poser une limite à notre ouvrage, de sorte qu’il ne nous dévore pas, qu’il ne nous étouffe pas, qu’il ne devienne pas notre maître qui pense à notre place et définit nos priorités pour nous. Se reposer, c’est se rappeler qui on est, pourquoi on va dans telle direction, pourquoi par ce moyen-là, c’est refuser d’être emporté dans un torrent qui nous submerge.

Petite parenthèse : un des problèmes de notre société, c’est que nous sommes tentés de remplacer la frénésie du travail par la frénésie des loisirs et divertissements, connaissances, médias, réseaux sociaux etc. – vous savez, quand on commence la semaine plus fatigué qu’on ne l’a terminée, quand on aimerait un deuxième week-end, mais un vrai, cette fois. Les propositions de la société nous envahissent : sans même parler de la pression au travail (répondre aux mails urgents la nuit ou le week-end, être toujours disponible, etc.), les loisirs sont devenus une occupation à part entière qui remplace le guidon du travail par le guidon des loisirs – autant chez les adultes que chez les enfants d’ailleurs. Et c’est pour beaucoup difficile de mettre une limite à toutes ces propositions, notamment parce qu’on risque de paraître, selon les cas, dépassé, paresseux, casanier. Je ferme la parenthèse.

Se mettre en retrait, en recul, par rapport à son activité, je me demande si ce n’est pas un signe de confiance et d’humilité. D’humilité parce que si Dieu s’est reposé sans que le monde arrête de tourner, alors, le monde peut continuer aussi même si je prends un jour de congé. Bien sûr, on va nous dire que non, mais la réalité, c’est que tout ne repose pas sur nos épaules, loin de là. Humilité, et confiance, parce qu’en s’arrêtant – raisonnablement – on reconnaît que c’est Dieu qui agit pour nous, qu’il prend soin de nous, pendant notre travail et pendant notre repos. C’est croire que Dieu veille sur nous jour et nuit, qu’il précède, accompagne et suit tous nos projets. Le repos nous rappelle que jamais les choses n’adviennent par nous seuls, mais toujours avec Dieu.

3)   Un temps pour l’essentiel

Alors le repos, c’est un temps libre : libre de souci, libre de performance, libre de pression, on pourrait dire, un temps gratuit. Mais le temps libre, ce n’est pas un temps vide ! le temps gratuit n’est pas sans valeur ! Une place se libère dans notre vie pour que nous reprenions notre souffle, relevions la tête et regardions à l’essentiel.

Que fait Dieu quand il se repose ? Bonne question ! Je crois qu’une des réponses, c’est qu’il se réjouit de sa création : il a posé les bases, et maintenant, comme un jardinier, il regarde ses plantes pousser, il arrose, il taille… Dieu savoure la relation qu’il développe avec sa création. En effet, le but de la création, ce n’est pas seulement l’émergence d’une autre forme de vie, c’est la possibilité d’avoir une relation avec les créatures. Dieu nous a créés, en 6 jours, pour vivre une relation d’amour avec nous, le 7e jour qui dure depuis longtemps. De même, notre repos a pour vocation d’être consacré à Dieu, un temps orienté vers la relation fondamentale, essentielle, vitale de notre existence, celle que nous avons avec notre créateur, père, sauveur, seigneur, Dieu.

Se consacrer à Dieu, ça peut paraître sec et austère. En réalité, nous tourner vers Dieu, c’est savourer sa présence, son amour, sa fidélité, sa sagesse, mais c’est aussi se réjouir de ses dons, en se rappelant que tout ce qui est bon nous vient de notre Père : la famille, les amis, la santé, la nature, le travail aussi, et tant d’autres sujets de reconnaissance. Selon les personnalités, on peut savourer la bonté de Dieu en famille, en solitaire, pendant une randonnée ou une lecture, on peut prier ou chanter, jardiner ou bricoler, mais ce temps de repos, c’est le temps d’ouvrir grand les yeux sur la relation que nous avons avec Dieu.

Conclusion

Pour Israël, le sabbat était incontournable : moment régulier de repos, de recul, d’adoration. Le sabbat avait encore une autre dimension : il symbolisait le repos à venir, le repos de la foi, la bonne nouvelle que Dieu nous sauve en Jésus-Christ et que ce n’est pas par notre travail ou nos œuvres, mais que c’est un don gratuit, une grâce, que nous sommes appelés à recevoir jour après jour.

Le sabbat est-il dépassé ? oui, dans sa forme. Non, dans ses principes. Bien sûr, on est appelé à prendre conscience chaque jour de la présence de Dieu, à savourer ses dons à chaque instant, à nous rendre disponibles à chaque minute. Sauf que souvent, le toujours devient jamais, car la vie quotidienne prend le pas sur le repos avec Dieu. Prendre des temps réguliers – quotidiens, hebdomadaires, annuels – pour volontairement se ressourcer, s’extraire des excès du quotidien et revenir à l’essentiel, ça fait partie de notre rythme. Je crois que les principes du sabbat sont toujours pertinents, aujourd’hui comme hier. Que Dieu nous aide à trouver comment nous pouvons, chacun, trouver ces temps de vrai repos.

 

Le Royaume de Dieu : l’oeuvre de Dieu en nous

https://soundcloud.com/eel-toulouse/le-royaume-de-dieu-loeuvre-de

Qu’est-ce que le Royaume de Dieu ? Cette expression, qui peut paraître mystérieuse, est très présente dans les Évangiles. C’est même un des sujets de prédilection de Jésus.

En général, Jésus en parle de façon imagée, à l’aide de paraboles et de métaphores. Mais ce n’est pas pour évoquer une sorte d’utopie, un rêve d’or à venir, un paradis qui émergerait à la fin des temps. Il en parle comme d’une réalité qui est déjà là, toute proche de nous.

En fait, ce n’est pas très compliqué : le Royaume de Dieu, c’est là où Dieu règne. Autrement dit, concrètement pour nous, parler du Royaume de Dieu, c’est parler de l’œuvre de Dieu dans notre vie.

Dans ces deux images tirées de la nature, il y a au moins deux aspects du Royaume de Dieu qui sont révélés : il grandit de façon mystérieuse et étonnante, et il commence toujours tout petit.

Il grandit de façon mystérieuse

C’est en particulier la première métaphore qui le dit. L’homme sème des graines dans son champ… et ensuite il dort. Et tout le processus de croissance se déroule sans son intervention. Il ne s’en soucie même pas. Les graines poussent, mais l’homme ne sait pas comment ! Et finalement arrive le moment de la récolte.

Le mystère, dans la deuxième métaphore, est principalement dans le contraste entre la toute petite graine et le véritable arbre à la fin du processus.

Qui peut comprendre, expliquer, l’oeuvre de Dieu dans une vie ? Personne… On ne peut que constater qu’une graine a été semée et qu’elle finit par pousser. Pas au même rythme pour tout le monde, pas forcément avec les mêmes fruits… Mais elle pousse. C’est l’œuvre de Dieu.

La question est : sommes-nous prêts à nous ouvrir à l’œuvre de Dieu en nous ? Il n’est pas question ici d’embrigadement dans une religion, de contraintes dans telle ou telle pratique, telle ou telle croyance…. Il est question de relation avec Dieu. Il est question d’un Dieu vivant qui se propose de faire éclore dans nos vies le fruit de son œuvre.

Et si le Royaume de Dieu grandit de façon mystérieuse et inattendue dans nos vies, c’est bien parce que Dieu ne veut pas nous formater tous sur le même modèle mais cheminer avec nous, tels que nous sommes, de façon personnelle.

Il commence tout petit

Cet autre aspect, bien que présent dans la première métaphore, est surtout souligné dans la seconde. Une graine de moutarde, c’est vraiment tout petit. Et la plante issue de cette graine est un véritable arbuste. A tel point que les oiseaux peuvent s’y abriter pour faire leur nid.

Si le Royaume de Dieu commence tout petit et peut finalement se révéler très grand, alors nous ne devons pas négliger les petits commencements. Ils peuvent être promesses de beaux et grands fruits. L’oeuvre de Dieu dans nos vies est faite de petits commencements.

Le Royaume de Dieu commence tout petit. Peut-être par une prière maladroite adressée à Dieu, peut-être par une lecture laborieuse de la Bible, peut-être par une entrée hésitante dans une église… Ne négligeons pas ces petits commencements. Ils sont comme ces toutes petites graines de moutarde qui, un jour, donneront peut-être une grande et belle plante.

Ces petites décisions que l’on peut prendre tout au long de notre cheminement spirituel ont de l’importance aux yeux de Dieu. Il les honore.

Le baptême aussi, c’est un petit commencement. Juste un commencement, pas un aboutissement. Mais un petit commencement qui est important dans un cheminement spirituel. Parce qu’il pose un signe de la présence, dans votre vie, du Royaume de Dieu.

A l’image de son Roi

En réalité, le Royaume de Dieu est à l’image de son Roi : Jésus-Christ.

Lui-même a commencé tout petit, humblement né dans une étable, au sein d’une famille modeste. Il a grandi et est apparu finalement comme un arbre extraordinaire à l’ombre duquel se reposer. Car de la petite graine de l’enfant de Bethléem, c’est le Fils de Dieu devenu homme qui s’est manifesté au monde. Plus grand encore que ce qu’on pouvait imaginer : il est mort et ressuscité !

Voilà qui est, encore, mystérieux. Mais qui est aussi une formidable promesse si nous nous ouvrons à l’oeuvre de Dieu aujourd’hui. C’est le Christ vivant qui sera à l’oeuvre en nous, par son Esprit.

Conclusion

Alors qu’est-ce que le Royaume de Dieu ? Chacun de vous peut donner une réponse personnelle à cette question. Car le Royaume de Dieu, c’est son œuvre dans votre vie.

Cette œuvre, peut-être n’en est-elle encore pour vous qu’au stade d’une graine semée. Peut-être quelques pousses ou quelques fruits se manifestent déjà. Ou peut-être êtes-vous un bel arbre portant de beaux fruits. Quoi qu’il en soit, c’est l’oeuvre de Dieu en vous. C’est son Royaume qui se manifeste déjà. A nous de le vivre !

Retroussons-nous les manches !

https://soundcloud.com/eel-toulouse/retroussons-nous-les-manches

Les premières paroles de ce texte sont dures pour les chrétiens de Corinthe, que Paul appelle des chrétiens faibles, des bébés dans la foi, à qui il n’a pas pu parler comme à des chrétiens matures. La preuve de cette immaturité se trouve dans les jalousies et les disputes qui caractérisent leur vie d’Église. J’ai peur qu’aujourd’hui encore, l’apôtre considérerait pas mal d’Églises comme immatures sur ce plan…

Ceci dit, ce qu’il dit ensuite de l’Église, bien que partant de son cas personnel et de la situation propre de l’Église de Corinthe, dit bien quelque chose d’universel à propos de l’Église, et même des Églises en général. Il le développe à partir de deux images qui se télescopent : l’Église est le champ et la maison de Dieu.

C’est Son champ et Sa maison !

L’Église, c’est le champ de Dieu. C’est lui le propriétaire du champ. Personne d’autre ne peut s’en prétendre propriétaire ! C’est Sa maison, celle où il se manifeste mais surtout celle qui lui appartient. On ne parle pas bien-sûr des quatre murs d’une Église mais de la communauté. En allant dans une Église, dans une communauté chrétienne, on vient chez Lui.

L’Église est le champ de Dieu, Sa maison. Et pourtant, si souvent elle est le lieu de jeux de pouvoir. Malheureusement… C’était flagrants à Corinthe mais c’est loin d’être un cas isolé ! Il y a toujours le danger de s’approprier « son » Église, en particulier pour le pasteur, le conseil ou les membres fondateurs… Mais dans une Église, on n’y travaille pas pour nous-mêmes, mais pour Dieu. C’est son Église, pas la nôtre… C’est ce qui fait de cette maison un temple de Dieu (cf. v.16).

Évidemment, dire de l’Église qu’elle est le temple de Dieu ne doit pas nous conduire à idéaliser les Églises. Loin de là. Si l’Église est le projet de Dieu, elle est aussi, par nature, humaine. Elle est donc imparfaite. Mais parce qu’elle est le projet de Dieu, il y a une lourde responsabilité pour celui qui détruit l’Église, qui y est source de division. Paul le rappelle ici : celui qui agit ainsi détruit le temple de Dieu.

Au contraire, les deux images utilisées par Paul permettent de souligner que nous avons une responsabilité dans la construction de l’Église. Car si elle est le champ de Dieu, il n’y poussera rien si on y sème rien. Et si elle est la maison de Dieu, elle en restera à ses fondations, certes solides, mais sans mur si nous n’y construisons rien dessus.

Planter, arroser… et laisser croître.

De son expérience, Paul tire une leçon générale. Il a planté, Apollos a arrosé, et c’est Dieu qui fait croître. Planter, c’est ensemencer le champ avec l’Évangile. C’était le travail d’apôtre de Paul, fondateur d’Églises dans tout l’empire romain. Arroser, c’était le travail d’enseignant d’Apollos, pour édifier et affermir les chrétiens. Mais dans tous les cas, c’est Dieu qui fait croître. C’est lui qui rend efficace le témoignage de Paul et l’enseignement d’Apollos. C’est son œuvre dans les cœurs qui est décisive.

Retenons de cette double responsabilité de planter et arroser, la nécessité d’une complémentarité. Une Église n’est jamais l’oeuvre d’un seul homme, elle est le projet de Dieu vécu communautairement, dans la complémentarité des dons et des ministères. Retenons aussi que pour le développement d’une Église, il y a une question de timing, d’action adaptée au besoin du moment. Il ne sert à rien d’arroser si on n’a pas planté avant !

Il s’agit donc pour nous de planter, d’arroser… et de laisser croître. Laisser Dieu agir. Le problème arrive quand les chrétiens débordent leur responsabilité, en cherchant à faire croître eux-même l’Église ! En appliquant simplement des méthodes ou en utilisant des techniques. L’Église devient alors une entreprise à faire prospérer… mais elle n’est plus le champ de Dieu.

Laisser croître n’est pas si facile que ça. Parce que le champ de Dieu ne pousse pas toujours comme on s’y attend ! Laisser croître, c’est se laisser surprendre par Dieu et accueillir le fruit qu’il fait pousser, pas forcément celui qu’on voudrait voir apparaître. Parfois dans le champ de l’Église on peut couper ce qu’on pense être de mauvaises herbes et on se prive alors de fruits surprenants ! Ces « mauvaises herbes » sont peut-être des projets inattendus ou des personnalités atypiques, et on leur coupe l’herbe sous les pieds, parce qu’on n’a jamais fait ça !

Il y a des sécateurs très efficaces dans le champ de l’Église, qui coupent très facilement des projets ou des personnes qui auraient pourtant pu donner de bons fruits. Ces sécateurs qu’on appelle « traditions », « structures », « culture » ou même parfois avec des noms plus longs du genre « on-ne-peut-pas-faire-ça-dans-une-église » ou « un-bon-chrétien-ne peut-pas », voire même « Dieu-m’a-dit-que » ou « la-Bible-dit-que » !

Pour qu’une Église se développe, on a sans doute plus besoin d’arrosoirs que de sécateurs. Des arrosoirs qui édifient, qui encouragent, qui prient, qui soutiennent, qui font confiance. Et moins de sécateurs qui découragent, qui refusent, qui interdisent, qui se méfient…

Construire sur les fondations avec ses propres matériaux

L’Église, c’est aussi la maison de Dieu. Mais si on y regarde de plus près, on se rend compte que dans la métaphore développée par Paul, il s’agit plus d’une maison en construction que d’un édifice déjà bâti. Dieu est le propriétaire du chantier. Les fondations ont déjà été posées, il s’agit maintenant de construire sur elles.

Les fondations, c’est Jésus-Christ. Et Paul précise bien qu’on ne doit pas en chercher d’autre. Jésus-Christ est le seul fondement de l’Église. On pense ici bien-sûr en premier lieu à son œuvre accomplie pour nous. L’Église se fonde sur la mort et la résurrection de Jésus-Christ, sans lesquelles il n’y aurait pas d’Église.

Mais il faut aller plus loin. Avoir Jésus-Christ comme fondations sur lesquelles construire, c’est affirmer le lien vital et indispensable avec le Christ vivant, aujourd’hui. Une Église, pour se construire, doit entretenir le lien d’intimité avec le Christ. Et le faire de façon communautaire : vivre ensemble la relation avec le Christ vivant.

L’Église, toute Église, est donc en chantier. Elle se construit. On ne touche pas aux fondations ! Mais on peut ajouter de nouveaux étages, on peut aussi abattre des cloisons, on peut percer des portes et des fenêtres, on peut aménager l’intérieur… C’est cela une Église vivante. Une Église qui ne se fige pas dans un projet mais qui évolue, qui retravaille ses plans.

Et l’Église se construit. Chacun y participe, avec ses propres matériaux : « On peut construire sur ces fondations avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille » (v.12) Il y a bien ici le reflet de la diversité qui fait la particularité de l’Église : chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. Certes, les matériaux évoqués par Paul sont plus ou moins nobles, et plus ou moins résistants au feu, solides ou fragiles. L’Église, toute Église, est faite aussi de ces failles, de ces fragilités. L’important, c’est de construire ensemble !

D’autant que l’épreuve du feu dont parle Paul, au moment du bilan, ne détruira pas forcément les œuvres qu’on imagine. La vraie valeur de l’apport des uns et des autres ne se mesure pas toujours tout de suite, il faut se méfier des apparences !

Conclusion

L’Église, c’est le projet de Dieu qu’il réalise avec les hommes et les femmes qui lui appartiennent. C’est Son champ et Sa maison. Il est à l’initiative du projet, il en est l’artisan incontournable, le fondement unique. Mais il ne mènera pas ce projet sans nous. C’est Lui qui fait croître… mais pas sans que nous semions et que nous arrosions. C’est Lui, en Jésus-Christ, qui en est les fondations, mais c’est nous qui sommes les matériaux de construction pour édifier le temple de Dieu.

En tant que champ, nous sommes appelés à être les témoins de l’oeuvre de Dieu en nous, qui nous fait croître par sa grâce. En tant que maison, nous sommes appelés à nous édifier à la gloire de Celui qui, en Jésus-Christ, est mort et ressuscité pour nous. Quelle belle vocation ! Quel privilège ! Quelle formidable invitation à laquelle nous sommes tous appelés à répondre !

Alors retroussons-nous les manches ! Il y a du travail dans le champ et sur le chantier de l’Église !

Dieu aime les généreux

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Lecture biblique: 2 Corinthiens 9

Je vous invite à méditer le texte du jour, en 2 Co 9, un texte qui traite lui aussi d’offrande de solidarité, de la part des églises de Grèce (notamment de Corinthe, au sud de la Grèce, c.à.d. l’Achaïe, à qui l’apôtre Paul écrit depuis la Macédoine, au nord) en faveur des églises de Jérusalem et de ses alentours. Paul a déjà consacré l’ensemble du chapitre 8 à ce sujet pour exhorter les Corinthiens à bien mener cette collecte, eux qui étaient à l’initiative de la proposition de venir en aide aux chrétiens de Jérusalem, frappés par la famine et la pauvreté. Il ajoute maintenant un autre long passage pour insister et approfondir sa réflexion.

« C’est inutile de vous écrire au sujet de l’aide à apporter aux chrétiens de Jérusalem ». N’empêche que Paul y consacre deux chapitres entiers de sa lettre : c’est que ce n’est pas si inutile ! On voit que cette collecte de solidarité en faveur des églises de Jérusalem est un sujet important, d’ailleurs Paul en parle dans d’autres lettres, voire un sujet un peu épineux. Dans les 1ers versets de notre chapitre, il explique qu’il écrit à l’avance pour prévenir de l’arrivée d’une petite délégation qui viendra encourager au bon déroulement de la collecte, avant que Paul et quelques Macédoniens ne passent récolter l’offrande en allant vers Jérusalem. Paul prend donc des précautions particulières sur ce sujet, veillant notamment à ce que toutes les personnes impliquées soient irréprochables. C’est que l’enjeu est grand : les chrétiens d’origine non-juive, païenne, étaient au début un peu méprisés par les chrétiens d’origine juive, et c’est ces chrétiens grecs qui vont maintenant venir en aide à l’église juive, en besoin. L’enjeu n’est donc pas seulement matériel, avec la question toujours épineuse de l’argent, quelle que soit l’époque, mais touche aussi à la communion entre églises.

Ce qui m’a frappée, c’est que tout au long de son exhortation, Paul revient sans cesse au thème de la générosité : vous avez promis des dons généreux, il faut qu’on voie que vous donnez de bon cœur, Dieu aime celui qui donne avec joie, Dieu donne en abondance toutes sortes de bienfaits, etc. etc. Cet appel à la générosité, j’aimerais que nous puissions, vous et moi, l’entendre à nouveau ce matin.

1)   Appelés à la générosité

Nous sommes appelés à être généreux – dans ce texte, c’est au sujet de l’offrande sonnante et trébuchante, mais on peut à mon avis étendre la générosité à tout type de don sans s’écarter de la pensée de l’apôtre.

Paul nous appelle à être généreux pour le bien de nos frères, pour leur venir en aide, par solidarité. Cela dit, il me semble que Paul va au-delà de l’idée de solidarité classique, en soulignant le rôle de Dieu dans l’offrande. Tout ce que nous avons est un don de Dieu, c’est une grâce – même ce qui nous paraît le plus évident est le fruit de la bienveillance de Dieu à notre égard. Ces biens qu’il nous donne, il les prévoit pour nous, pour nos besoins, mais Paul rappelle que Dieu a aussi en vue de nous donner pour que nous puissions donner à notre tour aux autres. D’une certaine manière, ce que nous recevons est appelé à être donné à nouveau – c’est un des moyens par lesquels Dieu prend soin de nous et des autres, en passant par la générosité des frères. Le but de l’argent ou des biens matériels n’est donc pas d’être possédé, pour soi, mais d’être un moyen que Dieu utilise pour faire du bien à nous et à ceux qui nous entourent. En étant généreux, nous ne faisons rien de moins que participer au projet de bienfaisance de Dieu, à sa providence, à ses bénédictions aux autres. Comme toujours, Dieu aurait pu s’occuper tout seul de prendre soin de chaque homme, mais étonnamment, il choisit de nous impliquer profondément dans ce processus, de sorte que nous ne sommes pas des petits oisillons attendant chacun, passivement, la becquée, mais des frères et des sœurs partageant ce que le Père nous a donné.

Petite remarque. On pourrait se dire avec pragmatisme : seuls ceux qui reçoivent beaucoup sont appelés à être généreux. Pas forcément, il y avait des pauvres à Corinthe. La pauvreté n’empêche pas d’être généreux, bien au contraire – qu’on se rappelle l’offrande de la veuve avec ses deux sous ou un ami démuni qui n’hésite pas à partager le peu qu’il a. Nous sommes tous appelés à être généreux, chacun selon sa situation – et c’est peut-être pour ça que Paul ne donne pas d’ordre de grandeur mais appelle à une générosité authentique : il ne s’agit pas de donner la dîme comme on s’acquitte d’un impôt, avec plus ou moins de réticence, mais de donner avec le cœur, en entrant joyeusement dans cette chaîne de transmission des bienfaits de Dieu. Cela dit, même si elle se nourrit du don des individus, la collecte pour Jérusalem n’est pas un acte individuel, mais un projet communautaire où chacun peut s’impliquer d’une manière ou d’une autre. Je pense que c’est aussi une manière très positive de vivre le don pour les autres, dans un projet qui nous implique en tant que communauté.

2)   Une générosité ancrée dans la foi

Pour Paul, si nous sommes appelés à être généreux, c’est que la générosité n’est pas un simple trait de personnalité, mais une vertu ancrée dans la foi. C’est au nom de notre foi que nous sommes généreux, peu importe notre condition, notre caractère ou les habitudes reçues dans notre enfance.

Ce que Paul développe particulièrement dans ce chapitre, c’est que la générosité est un signe de foi. Donner généreusement, c’est reconnaître qu’on a tout reçu, sans mérite. C’est dire : oui, ce que j’ai vient de Dieu, et si c’est Dieu qui me le donne, alors il a sûrement une intention par rapport à ce don. En quoi puis-je utiliser ce qu’il m’a donné pour le bien ? pour mon bien, celui de ma famille, celui d’autrui… Si nous voulons, à cause de notre foi, vivre selon la volonté de Dieu, et que Dieu donne largement pour que nous puissions avoir assez pour donner à notre tour, alors la foi nous conduit à être généreux. Nous souhaitons honorer Dieu en faisant sa volonté dans tous les domaines de notre vie, en utilisant tout ce qu’il nous donne de la meilleure manière – notre corps, nos pensées, nos dons, mais aussi notre argent et nos biens.

Donner, c’est un signe de foi, de consécration à Dieu, mais aussi un geste de confiance. Paul insiste : Dieu vous donnera largement, de sorte que vous aurez toujours ce qu’il vous faut et un surplus à offrir à votre tour. On a toujours peur de ne pas avoir assez, de perdre, d’être sans ressources le lendemain ; mais comme Jésus appelle à demander le pain d’aujourd’hui et à avoir confiance que Dieu s’occupe du pain de demain, comme Dieu empêche le peuple d’Israël dans le désert de se faire des réserves de manne, Paul nous invite à faire confiance, à laisser Dieu prendre soin de nous. Il nous appelle à accepter d’être dépendants – dépendants de Dieu pour demain, dépendants des autres – dépendants par confiance, pas par paresse ou par imprudence, pas pour forcer Dieu ou le tester, mais à vivre avec confiance dans le Dieu qui nous aime et qui prend soin de nous.

Paul évoque une autre raison, dans le chapitre précédent c’est vrai, mais c’est tellement central dans son développement que je vais simplement vous lire le verset ch.8, v.9 : « En effet, vous connaissez le don généreux de notre Seigneur Jésus-Christ. Il était riche, mais pour vous il s’est fait pauvre, afin de vous rendre riches par sa pauvreté ». Nous sommes appelés à être généreux car notre sauveur et notre seigneur, celui en qui nous avons droit à un nouveau départ et qui nous montre le chemin à suivre, Jésus-Christ, a accepté de tout perdre, de tout subir, pour que nous recevions un héritage extraordinaire et immérité : la vie avec Dieu, pour l’éternité, dans l’abondance de son amour, dans la gloire de sa présence rayonnante, dans l’éclat de sa justice. Pour nous qui n’avions rien et qui ne méritions rien, le Fils de Dieu s’est donné pour que nous recevions tout ce qu’il y a de plus précieux. Cet exemple de générosité gratuite, pleinement consentie, motivée par l’amour, c’est le fondement de l’évangile et de notre foi.

3)   Être généreux pour devenir vraiment riches

Paul utilise encore un argument qui peut paraître étrange : celui qui sème peu reçoit peu, celui qui sème beaucoup reçoit beaucoup. Est-ce à dire que la générosité est encore le meilleur investissement, la meilleure technique pour gagner de l’argent rapidement ? Ce serait se méprendre. Que récolte-t-on lorsque l’on sème ? On récolte la joie de ceux qui ont reçu, leur louange à Dieu pour sa sagesse et sa providence, et leur reconnaissance pour notre don, qui les conduit à prier pour nous par amour fraternel. Un des fruits de la générosité, c’est les relations qu’on a les uns avec les autres. Pourquoi Dieu ne donne-t-il pas séparément à chacun ce dont il a besoin, point ? On lui adresserait les mêmes louanges ! Pourquoi nous fait-il participer à sa générosité ? Pourquoi passer par des intermédiaires qui, comme chacun sait, ne sont pas toujours très fiables ? Pour tisser entre nous des relations d’échange. Dieu ne se contente pas d’avoir des relations avec chacun de nous, il veut que nous nous aimions les uns les autres, que nous vivions entre nous des relations aussi riches que ce que nous vivons avec lui.

Cela nous conduit à un autre regard sur la richesse : est riche celui qui donne et reçoit l’amitié, la prière, la joie d’un frère dans le besoin. Est riche celui qui marche sur le chemin de Dieu, parsemée de rencontres et d’échanges. Notre richesse ne se tient pas dans notre compte en banque, mais dans notre vie avec Dieu, une vie ancrée dans l’amour de Dieu pour nous et ouverte aux autres. Même si dans notre société de surconsommation excessive, nous entendons régulièrement le message que nous sommes ce que nous avons, que notre valeur correspond au poids de nos possessions, l’évangile nous rappelle que chacun, nous sommes précieux aux yeux de Dieu, que c’est lui qui donne du sens, du contenu, du poids à notre vie, parce qu’il est notre Père, qu’il nous aime et qu’il nous invite à entrer dans son œuvre.

Conclusion

L’appel de Dieu à la générosité nous invite à prendre du recul par rapport à nos possessions : l’argent est un moyen de faire ce qui est bon, de mettre en œuvre la volonté de Dieu pour nous et pour les autres. Nous sommes appelés, du coup, à prendre nos distances, à regarder avec discernement ce que nous avons – qu’est-ce qui est nécessaire, essentiel, qu’est-ce qui peut être partagé ? Cela nous poussera sûrement à faire le tri dans nos habitudes,  mais en choisissant de vivre avec sobriété et générosité, nous témoignons que notre richesse c’est le Christ, que nous avons tout en lui et que nous voulons vivre comme lui, avec joie et confiance en Dieu. Qu’Il nous aide à progresser dans la foi, dans la reconnaissance, dans l’amour, pour mener une vie qui témoigne de tout ce qu’il a fait pour nous !

Le fruit de l’Esprit : un défi du quotidien

 

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Texte biblique : Galates 5.16-25 

Pentecôte, c’est la commémoration d’un événement majeur de l’histoire de l’Église, c’est même son événement fondateur : la descente du Saint-Esprit sur les croyants. Le livre des Actes des apôtres nous en fait le récit et en souligne le caractère spectaculaire.

Mais depuis ce jour, le Saint-Esprit habite chaque croyant, tous les jours, dans la banalité de notre quotidien, loin parfois de la gloire et de l’éclat du jour de Pentecôte. Pour l’évoquer, l’apôtre Paul parle de fruit de l’Esprit.

Ce n’est pas une option !

Mais commençons par la fin de notre texte et sa conclusion en forme d’exhortation forte et sans ambiguïté : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit. » (v.25) Une exhortation qu’on pourrait transcrire ainsi, de façon prosaïque : il ne suffit pas d’être chrétien, il faut que ça se voie dans notre conduite. Bref, le fruit de l’Esprit n’est pas une option !

Vivre par l’Esprit, c’est avoir reçu la vie éternelle, le don gratuit de Dieu, son salut. C’est être chrétien, au sens le plus fort du terme. Et c’est bien l’oeuvre de l’Esprit.

Marcher par l’Esprit (ou sous l’impulsion de l’Esprit), c’est voir sa vie changée par Dieu, avoir un comportement conséquent avec notre foi. Et c’est aussi l’oeuvre de l’Esprit.

Voilà pourquoi le fruit de l’Esprit n’est pas une option mais un impératif pour le chrétien, qui est tout entier au bénéfice de l’oeuvre du Saint-Esprit. Du début de sa vie chrétienne jusqu’à la fin. L’oeuvre de l’Esprit, c’est de semer la vie éternelle en nous et de la faire germer pour nous amener à porter du fruit pour la gloire de Dieu. On ne peut pas se contenter de vivre par l’Esprit, il nous faut marcher par l’Esprit.

Mais si l’exhortation est là, c’est que ce n’est pas si évident que cela dans la pratique…

C’est un combat

La preuve : il y a un combat, une lutte au quotidien. Paul parle d’un antagonisme entre la chair et l’Esprit. Dans le langage de l’apôtre, la chair, c’est notre être en tant qu’humain pécheur. C’est ce que nous sommes tous, loin de Dieu, marqués par le péché. L’Esprit, ici, c’est le Saint-Esprit, qui renouvelle notre être intérieur.

L’un et l’autre n’agissent pas de la même façon en nous. La chair est là, en chacun de nous. Et elle nous pousse, par des pulsions, des envies, des inclinations. C’est cette part de nous-mêmes qui fait dire à l’apôtre Paul en Romains 7 : « Ce que je veux, je ne le fais pas, et ce que je déteste, je le fais. » (Romains 7.15) On connaît tous cette lutte contre la tentation, ce combat pour ne pas nous laisser emporter par des pulsions contraires à ce que Dieu attend de nous.

L’Esprit saint, lui, vient habiter le croyant. Il s’installe, il remplit le chrétien petit à petit pour le changer de l’intérieur. Il est comme un nouveau moteur à notre vie, qui nous donne une nouvelle impulsion. Et il peut nous donner la force de résister et de contrer les inclinations de la chair.

La chair produit des œuvres. C’est ce que nous sommes tout à fait capables de faire par nous-mêmes… malheureusement ! L’Esprit produit du fruit. C’est ce qui grandit naturellement en nous lorsque l’Esprit de Dieu agit. C’est la conséquence naturelle de la semence de vie de l’Esprit, plantée en nous.

Tout l’art de la vie chrétienne, c’est d’apprendre à ce que nos œuvres deviennent le fruit de l’Esprit… alors que naturellement, notre vie est le fruit de nos pulsions et de nos envies, pas toujours saintes. C’est un combat de tous les jours, dans le quotidien. Mais c’est une lutte qui en vaut la peine parce qu’ils sont beaux les fruits produits par l’Esprit, et ils sont bons pour nous et ceux qui nous entourent.

Dans le quotidien

La force de ce texte, c’est de nous parler du quotidien de la vie dans l’Esprit saint. On a quitté le côté spectaculaire de l’événement de la Pentecôte pour la banalité du quotidien et de ses luttes. Un quotidien qui peut être sombre ou lumineux, selon que s’exprime la chair ou l’Esprit. Car notre vie est tiraillée entre ces deux pôles. Entre ce que nous sommes encore (les œuvres de la chair) et ce que Dieu par son Esprit veut faire de nous (le fruit de l’Esprit).

Comme le dit l’apôtre Paul, les œuvres de la chair, on les connaît. Et pas seulement chez les autres ! Cette liste nous est familière… On ne les rencontre bien-sûr pas toutes en même temps chez la même personne ou dans la même Église ! Mais on les connaît…

Ces « œuvres de la chair » qui sont aussi parfois notre quotidien, sont multiformes : sexuelles, spirituelles, relationnelles surtout. Elles se manifestent dans les comportements dépravés, conflictuels, excessifs qui n’affectent pas seulement ceux qui les commettent mais aussi ceux qui les subissent. Et elles se manifestent aussi, reconnaissons-le, dans nos Églises et dans nos vies.

Le fruit de l’Esprit, on l’oublierait presque. Parce qu’il n’a rien de spectaculaire et s’inscrit simplement dans notre quotidien. Franchement, il n’y a rien de surhumain dans l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la confiance, la douceur ou la maîtrise de soi. Rien de surhumain… et pourtant c’est si difficile de s’y tenir avec persévérance.

Et c’est bien dans notre quotidien que cela se joue. Cette liste du fruit de l’Esprit évoque toutes des qualités relationnelles. L’oeuvre du Saint-Esprit dans notre vie se manifeste dans la qualité de nos relations avec notre prochain. Les manifestations spectaculaires du Saint-Esprit ont été données parfois par Dieu dans l’histoire de son Église, à commencer par le jour de la Pentecôte. Mais l’enjeu principal de l’oeuvre de l’Esprit se joue dans notre quotidien, dans la banalité de notre vie de tous les jours.

Quand on nous regarde, quand on nous voit vivre au travail, avec les amis, dans notre famille, que voit-on ? Qu’est-ce qui caractérise notre relation à nos prochains ? Pas seulement le dimanche matin au culte mais aussi le lundi matin au bureau, le vendredi soir en rentrant à la maison ou le samedi après-midi dans nos loisirs ? C’est là que se manifeste on non le fruit de l’Esprit…

Conclusion

L’événement de la Pentecôte relaté dans le livre des Actes des apôtres est l’événement fondateur de l’histoire de l’Église. Il est l’accomplissement de la promesse de Jésus-Christ : ressuscité et assis auprès du Père, il envoie son Esprit pour être toujours avec nous.

Mais la réalité de la Pentecôte, pour nous aujourd’hui, se vit le plus souvent dans la banalité de notre quotidien. Un quotidien de luttes et de combat, car l’antagonisme entre la chair et l’Esprit est le lot de tous les chrétiens, jusqu’à notre dernier jour. Nous vivons dans une tension, source parfois de frustration, entre ce que nous sommes encore et ce que nous sommes appelés à devenir en Christ.

Mais notre quotidien est aussi fait de victoires, petites ou grandes, qui sont autant de marques de l’oeuvre en profondeur de l’Esprit de Dieu. C’est le fruit de l’Esprit, témoignage que le Christ vivant habite en nous.