Continuer la route

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Lecture biblique : Lettre aux Hébreux 12.1-13

Méditons un extrait de la lettre aux Hébreux, ainsi appelée car elle s’adresse à des chrétiens d’origine juive. Elle a été écrite pour encourager ces chrétiens tentés de revenir à leur pratique religieuse juive, soit par habitude, soit à cause de la persécution notamment par les Juifs qui considéraient les chrétiens comme des hérétiques. L’auteur veut encourager ces chrétiens à tenir ferme dans la foi, à persévérer avec le Christ, sur le chemin de salut qu’il a ouvert pour nous, malgré les difficultés. Avant notre passage, il rappelle l’œuvre unique et inégalable du Christ en notre faveur, ainsi que le témoignage des anciens dans la foi que sont Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David etc.

Lettre aux chrétiens découragés… lettre aux chrétiens qui sont à terre, qui trébuchent, qui boitent, aux chrétiens essoufflés, désespérés, incapables de faire un pas de plus… Un peu comme ces enfants qui butent sur un énième caillou et peinent à se relever. La lettre aux Hébreux veut encourager les chrétiens tentés d’abandonner la foi face aux difficultés et les inviter à se relever et à continuer la route avec Dieu. Mais je crois qu’elle veut aussi encourager ceux qui marchent à bonne allure, encore tout frais au début du chemin, ou moins rapides mais installés dans un rythme de croisière.

Pour nous encourager, ce texte donne deux images, que je vais simplement reprendre : la vie chrétienne est une épreuve sportive, et une éducation.

1)   La vie chrétienne, une course tout-terrain

Dans la catégorie des épreuves sportives, la vie chrétienne n’est pas une balade le long du Canal du Midi… C’est plutôt un cross tout-terrain avec de beaux et faciles passages en clairière ensoleillée, mais aussi des côtes, des zones boueuses, des troncs qui nous barrent la route…

Un courant est un peu à la mode aujourd’hui, en France notamment, la théologie de la prospérité, ou théologie de l’abondance. Ce courant affirme que la vie avec Dieu est une balade sur le canal, parce que Dieu bénit le croyant, c’est-à-dire qu’il lui donne en abondance tout ce qui peut le rendre heureux : la santé – le chrétien n’est jamais malade ou toujours guéri, la réussite – les portes s’ouvrent devant l’enfant de Dieu ! il trouve du travail, il trouve l’âme sœur ! –, l’argent bien sûr – le vrai croyant est riche. On trouve cette façon de penser dans certaines églises, sur internet dans des prédications, ou de façon édulcorée, dans des petits slogans qui donnent l’impression que tout ira bien si on est chrétien, dans des livres d’encouragement, dans certains chants de louange. Tout ira bien si on est chrétien : le travail, la santé, le couple, la famille, la foi…

Comme tout ce qui est pernicieux, cette théologie a du vrai : elle s’appuie sur les promesses de l’A.T. qui rappellent que Dieu veut nous bénir complètement, dans toute notre personne, dans notre corps, notre âme, nos relations, notre travail… Elle s’appuie aussi sur la victoire de Pâques : Jésus est ressuscité, il a vaincu la mort, il a triomphé du péché, et par son Esprit il nous libère de cette mort et de ce péché, il nous offre une vie abondante en quantité et en qualité.

Le problème de cette façon de voir la vie chrétienne, c’est qu’elle occulte deux choses :

1) la victoire du Christ a été obtenue à la Croix, au terme d’un chemin d’humilité et de renoncement – Jésus est né dans une étable, a vécu simplement, est mort dans la honte, est ressuscité à l’abri des regards. Il n’a pas écrasé ses ennemis à la façon d’un Jules César. La victoire du Christ, elle commence à la croix. Même si son œuvre est unique, la manière dont Jésus a vécu nous donne un modèle à suivre : le Christ a marché sur un chemin étroit, escarpé, accidenté. Comment les disciples auraient-ils une vie différente de celle de leur maître ?

2) Nous sommes dans un entre-deux : le Christ est ressuscité, le mal a été vaincu officiellement, mais… il continue sur le terrain. A l’Ascension, Jésus est remonté victorieux auprès de Dieu le Père, il est retourné au QG, et à la Pentecôte il a envoyé l’Esprit qui nous aide sur le terrain, qui nous donne force et sagesse pour tous les jours. Mais le mal demeure, la souffrance demeure, le péché demeure (et d’abord en nous) ; nous n’avons pour l’instant qu’un acompte de la vie libre et bonne, du salut que Dieu nous offre en Jésus.

Que veut dire être enfant de Dieu ?   Être enfant de Dieu, c’est vivre à la lumière de Dieu, connaître son amour, son pardon, sa paix, mais c’est vivre tout cela dans l’obscurité aujourd’hui. Ce qui veut dire que, même si la lumière de Dieu l’éclaire, notre vie reste marquée par l’obscurité tant que le Christ n’est pas revenu.

Alors ne nous attendons pas à une vie en rose, à une vie facile, à une course à plat : nous marchons à la suite du Christ, sur un chemin étroit et difficile.

2)   La vie chrétienne, une discipline

Sur ce chemin étroit, le découragement nous guette. Les causes en sont nombreuses : l’opposition directe à notre foi, la pression d’un mode de vie incompatible avec les valeurs de Dieu et tente de dévier du chemin,    les coups durs de la vie (problèmes de santé, perte d’un emploi, deuil). En toile de fond, jamais très loin, le péché qui nous colle à la peau, qui nous colle à l’âme, les vieilles habitudes, les vieux réflexes, les priorités mal placées, les motivations pas claires, l’orgueil et le mépris, la peur et le doute… Tout ce qui nous encombre et nous empêche de suivre Dieu.

Le texte nous invite à considérer ces difficultés comme une discipline pour aller loin. Notre vie ici-bas est une éducation : Dieu nous forme et nous transforme pour nous rendre de plus en plus proches de lui, de plus en plus ressemblants au Christ. Le texte reprend l’image du parent qui élève son enfant : Dieu est notre Père, et il nous forme pour faire de nous de belles personnes, des êtres de justice et de paix, généreux de l’amour reçu de Dieu. Il nous apprend à grandir dans notre foi, notre confiance, notre sainteté.

Qui aime bien châtie bien. Aujourd’hui c’est plutôt mal vu, car on aime à privilégier dans l’éducation ce qui positif, force de proposition, constructif.

Toutefois, il me semble que toute éducation comporte deux pendants. Il y a ce que l’on donne à l’enfant, positivement, pour le faire grandir : la nourriture, les soins, la tendresse, l’attention, l’instruction, les récompenses etc. Il y a aussi un pendant moins agréable mais tout aussi nécessaire : les limites, les corrections, les punitions. Vous connaissez peut-être des enfants qui n’ont reçu que la première partie : en général on les fuit… Ce sont des enfants gâtés, pourris, souvent égoïstes et aveugles à autrui.

On peut avoir une réaction allergique, épidermique, à l’idée que Dieu, notre Père, nous châtie, souvent à cause d’une éducation abusive. D’abord, toute éducation comporte des dons et des corrections ; si le texte ici se concentre sur les corrections, c’est qu’on se décourage rarement face aux dons ! N’oublions pas que le but du texte est d’encourager ceux qui flanchent. Dieu s’il nous châtie, nous donne aussi, et souvent bien plus qu’il ne punit. Une éducation basée uniquement sur les réprimandes, sans encouragement positif, n’est absolument pas le modèle que Dieu suit avec nous !

Ensuite, Dieu corrige, mais toujours pour notre bien absolu – à la différence des parents humains qui, malgré de bonnes intentions, peuvent se tromper : la lettre dit bien « nos parents nous corrigeaient selon leurs idées à eux » (v.10). Dieu n’imite pas nos parents ! C’est le père, la mère qui ressemblent, imparfaitement et de loin, à Dieu, le Père parfait, plein d’amour, parfaitement juste et bon.

Nos épreuves, nos difficultés, sont non seulement le signe que nous vivons dans un monde abîmé – nous sommes nous-mêmes bien boiteux – mais peuvent également témoigner de l’attention de Dieu envers nous. En effet, nos épreuves ne signifient pas que Dieu nous a abandonnés, ni que Dieu nous en veut. Si Dieu tolère ce qui nous arrive, c’est qu’il pense que ça peut être pour nous l’occasion de grandir. Je pense là au fameux « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8.28) : certains le comprennent comme « tout est facile aux enfants de Dieu » – ce qui me paraît difficile à tenir quand on voit la vie des chrétiens ici comme ailleurs. J’en suis personnellement venue à le comprendre comme « Tout peut être occasion pour l’enfant de Dieu de grandir en amour et en vérité, en justice et en paix ».

Tout ce qui arrive n’a pas forcément un sens en soi, déjà tout prêt, qu’il faudrait découvrir. Un cancer, un viol, la perte d’un enfant : ce ne sont pas des leçons que le Seigneur nous fait apprendre de force. Le plus souvent, le mal n’a pas de sens, notamment le mal subi. Ce que je crois, c’est qu’au cœur de ces sables mouvants, Dieu nous tend la main et nous relève. On y grandira en foi, en confiance, en renoncement, en douceur, humilité, gratuité, compassion… Avec Dieu, on peut apprendre de tout ce que nous vivons : il n’y a pas de fatalité qui nous laisserait pour mort, car il nous donne de pouvoir avancer malgré tout, il nous relève et il nous redonne un sens, une direction, un chemin. Toute chute est l’occasion de se relever, en saisissant la main de Dieu.

Enfin, l’implication de Dieu est inégale dans ce que nous vivons. La Bible affirme, et c’est logique, que Dieu déteste le mal – Dieu ne prend donc pas plaisir à nous éprouver, il n’est pas vicieux ou cruel ! Dieu œuvre activement à notre bien, mais il tolère le mal que nous supportons. Pour prendre un exemple imparfait : imaginez que votre enfant rentre de l’école en boitant. Il s’est battu, il est tombé et son genou est écorché. Est-ce que vous allez déclencher le branle-bas de combat pour faire exclure l’enfant qui a démarré la bagarre ? Pour différentes raisons, votre réaction face à la souffrance de votre enfant ne sera pas forcément ce que lui voudrait.

Conclusion 

Tout ce qui nous arrive n’est pas programmé dans un but précis, nos difficultés comme nos facilités pourraient nous détourner de l’objectif : vivre avec Dieu. Même si nous ne pouvons pas changer ce qui nous arrive, nous pouvons apprendre à le vivre avec Dieu, à voir comment lui nous aide à traverser les clairières et les marécages. Nous pouvons saisir chaque occasion pour laisser Dieu nous enseigner à devenir de meilleurs porteurs de l’image de Dieu, de plus en plus fidèles, de plus en plus précis, de plus en plus rayonnants. A devenir des ouvriers de paix, des artisans de miséricorde, des passeurs d’espoir, des témoins de foi. Avec un impact éternel. (diapo)

Quand nous sommes, ou que nous serons, empêtrés et découragés, regardons au Christ, qui nous précède sur ce chemin étroit. Regardons au Christ qui nous a réservé une place éternelle aux côtés de Dieu. Regardons au Père qui nous relève et nous remet en route. Et reprenons courage pour persévérer, avec la foule de tous les croyants.

Une réflexion sur « Continuer la route »

  1. Bonjour,

    C’est vrai, cet évangile de l’abondance, de la réussite, souvent au détriment de ceux(ce) qui nous entourent, je(nous, pour certains) l’avons vécu.

    Moi-même, quand je suis entré dans l’entreprise qui m’a employée pendant 20 ans, j’ai été, et je le confesse, plein de bonne volonté, de bonne foi, mais ambitieux, carriériste. Ma famille devait me suivre ; c’était E V I D E N T. Et elle l’a fait. Merci Seigneur.
    J’ai dû relever de nombreux challenges et je les ai réussis.
    Parce-que mes supérieurs hiérarchiques me faisaient confiance ou pour me PROUVER ce que je valais A MES YEUX ?
    Les deux, mon général !!
    Non, c’est faux. Je voulais ME montrer ce que JE valais.

    Le texte dit : “aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé”. Je croyais le faire.
    Il dit AUSSI : “aimes ton prochain COMME toi-même”. Je l’avais oublié. Je ne m’aimais pas…Comment aimer son prochain, sa propre famille de sang ?
    L’église (Strasbourg, Nancy, Bordeaux, Toulouse), j’y allais parce’il le FALLAIT et que ça ME faisait PLAISIR. Je ne les fréquentais par pour le Seigneur ; non, mais POUR MOI, RIEN QUE POUR MOI.
    C’était devenu UNE OBLIGATION, un chemin tracé (par qui, pour quoi ?)

    S’en sont suivies des épreuves, que je ne souhaite à personne : 2 infarctus coronariens avec 3 traumatismes crâniens et une contusion…Hospitalisation…Implantation d’un stimulateur cardiaque, suivi par un spécialiste et prises de médicamenteux A VIE.

    Pendant 2 ans (août 2005 à octobre 2007), j’ai intenté une procédure juridique contre la société qui m’avait employé. Impossible de m’inscrire aux ASSEDIC pour chercher un nouveau job.
    J’en voulais A MORT à tout le monde, je HAÏSSAIS la terre entière. Je me demandais : “pourquoi MOI Seigneur ? Qu’est-ce que JE t’ai fait ? Pourquoi m’as-tu abandonné ?”.

    Depuis quelques temps et la prédication de Florence le confirme : J’AI récolté ce que J’AI semé. Le Seigneur na M’a PAS abandonné ; c’est MOI qui ai oublié à qui j’appartenais depuis 1976.

    Pardon Père. Merci de m’avoir soutenu malgré tout le mal que je faisais autour de moi. D’avoir gardé les yeux bienveillants, patients, aimants sur ma triste vie passée.

    La réparation est dure, difficile ; ou plutôt LES réparations. J’Y CROIS ET JE LE VIS.

    Mon espoir suprême et rapide ?
    Vivre les paroles du chant d’évangélisation “ANTYDOT”.
    Proclamer à la face du monde ET à celle de celui qui a été vaincu pour l’éternité.

    “Dans le cimetière du péché, tu peux voir ma pierre tombale.
    Tu ne trouveras plus mon adresse, si tu me cherches dans l’empire du mal.
    Dans la clinique céleste mon nom est sur le registre,
    plus que jamais vivant dans l’union avec Jésus Christ”.

    A Lui tous les oscars !
    Amen.

    André

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