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Repos! (Gn 2.1-3)

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Nous continuons ce matin la série commencée la semaine dernière (vous pouvez retrouver toutes nos prédications sur internet). Vincent nous a conduits au travers du chapitre 1 de la Genèse, premier chapitre de la Bible, qui est aussi un hymne à la gloire du Créateur, présenté en 6 temps, en 6 jours, avec ce refrain : « Dieu vit que cela était bon… il y eut un soir, puis un matin, jour tant ». Les trois premiers évoquent l’ordre que Dieu met dans le monde, les jours suivants évoquent l’abondance de la vie qui germe en tous lieux, à la parole généreuse de Dieu. Le 6e jour culmine avec la création de l’être humain, homme et femme, en tant qu’image de Dieu. Que se passe-t-il ensuite ?

Lecture biblique: Genèse 2.1-3

1 Ainsi Dieu finit de crĂ©er le ciel, la terre et tout ce qu’il y a dedans. 
2 Le septième jour, Dieu a terminĂ© le travail qu’il a fait. Et le septième jour, il se repose de tout le travail qu’il a fait. 
3 Dieu bĂ©nit le septième jour : il fait de ce jour-lĂ  un jour qui lui est rĂ©servĂ©. En effet, ce jour-lĂ , Dieu s’est reposĂ© de tout son travail de crĂ©ateur.

Rien de tel qu’un peu de repos après une bonne semaine de travail ! Eh oui, l’auteur de ces textes nous présente la création du monde de façon imagée, comme une semaine de travail. Il reprend les codes que l’homme peut facilement comprendre, pour présenter une œuvre au-delà de notre compréhension. Dieu se présente à l’homme, son image, comme un modèle à imiter – sur le fond comme sur la forme ! Évidemment, vous risquez d’avoir du mal demain matin à égaler les œuvres de Dieu, mais le récit biblique veut souligner les points communs entre le Dieu créateur et l’être humain, appelé à lui ressembler. Par analogie, nous pouvons œuvrer (et ça dépasse le travail rémunéré : c’est l’exercice de nos compétences, de nos dons) et nous reposer comme Dieu. D’ailleurs, dans la loi juive, Dieu demandera aux croyants de se reposer le 7e jour, comme lui à la création (c’est un des deux arguments avancés).

Donc puisque le travail comme le repos de Dieu sont présentés comme modèles, nous pouvons en tirer des applications pour nous. Mais avant cela, il faut d’abord se pencher sur le sens du repos de Dieu, sur le modèle !

1)     Le repos de Dieu

Le 7e jour, Dieu se reposa de ses œuvres. Pourquoi ? Il était fatigué ? cela paraît étonnant… Dieu donne l’impression de créer facilement, sans effort, simplement par sa parole.

Ou alors, ça y est, le monde est fini, et il passe à autre chose ? Le reste de la Bible, tout ce qui suit dans l’Histoire prouve que non, Dieu reste actif et engagé envers ses créatures. D’ailleurs, plusieurs passages soulignent le fait que Dieu prend soin, chaque jour, de sa création…

Il faut noter que le 7e jour ne ressemble pas aux 6 jours précédents : il n’y a ni soir ni matin, pas de bornes… Et nul 8e jour promis ! Dans un poème aussi travaillé et rythmé, ce silence en dit long ! Il dit que le 7e jour n’est pas fini, et que nous sommes encore dans le 7e jour de la création (ce qui indique aussi que les « jours » sont des façons de parler !) ; notre monde vit encore dans le repos de Dieu.

Quelle différence alors entre les 6 premiers jours et ce 7e jour qui commence et ne finit pas, où Dieu se repose mais continue de s’impliquer, de s’engager, d’agir et d’œuvrer… ? Dieu vient habiter sa création. Après avoir tout disposé, il s’installe ! Comme dans une maison : les travaux sont finis, il emménage, même s’il continuera à aménager, à entretenir, nettoyer, consolider, enjoliver… Mais le plus gros est fait !

Après les 6 jours de création, ça tourne ! Les bases du monde sont posées, les lois naturelles, les acteurs principaux : tout est prêt pour que les créatures puissent vivre et agir elles-mêmes, en accord avec ce que le Créateur a préparé. Le monde n’est plus passif, mais se met en branle : les créatures vont pouvoir interagir entre elles et avec le créateur. Dieu a établi les bases de son royaume, et maintenant il vient trôner, régner tranquillement au cœur de ce monde qu’il a créé.

Même si le repos de Dieu ne signifie pas un total désengagement de sa création, le texte insiste malgré tout sur l’arrêt, la pause, le fait de terminer ! Dieu sait s’arrêter, il sait ne pas faire. Même si la création fait partie de son ADN, Dieu n’est pas prisonnier ou esclave de sa puissance. Rien ne l’enchaîne pour produire, produire, produire, toujours plus. Dieu ne se définit pas seulement par ses actes, mais aussi dans son repos : il est plus que ce qu’il fait.

Oui, Dieu maintenant se repose, et se réjouit de son œuvre, il en profite, il y prend plaisir ! On imagine l’artiste devant son tableau, avec une bonne tasse de café, ravi d’avoir su concrétiser les choses magnifiques qu’il avait en tête. Ou la personne qui organise une fête depuis des mois (p. ex. un mariage) et voilà, le jour est arrivé : la fête a lieu, tout le monde est là, en train de discuter, de se régaler, de rire… et on imagine l’hôte passer de table en table, parler avec les uns les autres, heureux  de les retrouver et de les voir se réjouir. D’ailleurs, dans un autre texte qui présente la création sous un angle différent, Dieu se promène dans son jardin, parle avec les hommes… Le repos de Dieu souligne dans quel but le monde a été créé : pour la joie ! pour la fête ! Pour les relations !

2)       Un repos à vivre

Bien que les œuvres et le repos du créateur nous dépassent, la création est présentée comme une semaine de travail, un modèle à imiter.

Je ne vais pas vous surprendre en disant que le repos nous est difficile aujourd’hui… De plus de plus de gens sont épuisés, déprimés, en burn-out. A l’activisme professionnel, aux pressions de la productivité (toujours plus, plus, plus), répondent les tourbillons de la consommation, des « loisirs » (toujours faire ou avoir plus, plus, plus – plus de voyages, d’activités, de soirées…). Semaine et WE répondent à des cadences infernales, et le reste des temps de repos est envahi par les écrans…

Dans notre monde tourbillonnant, le modèle de la semaine de création nous rappelle deux choses importantes : le travail est important, et revêt une grande valeur aux yeux de Dieu. Dieu se glorifie de ce qu’il fait, et même son repos ne le détourne pas de ses œuvres, mais lui permet de jouir des fruits de son œuvre. Le travail a de la valeur – et le repos aussi. La semaine de création nous invite à rechercher les deux, en bon équilibre, sans basculer dans le tout-travail ou dans le tout-loisirs. S’il est vrai que, au travail en particulier, cet équilibre ne dépend pas toujours de notre volonté, il reste de notre responsabilité de chercher des temps de repos, ressourçants, et de les protéger autant que possible.

Mais le repos de Dieu révèle aussi quelle qualité, quelle sorte de repos nous devons chercher. Il ne s’agit pas seulement de se détendre, de dormir (même s’il le faut ! on ne saurait trop le dire) ou de se changer les idées (et c’est souvent nécessaire !) : il y a plus dans le repos que l’inactivité ou le loisir. Il y a la contemplation : à l’image de Dieu, prendre un peu de recul pour admirer, pour contempler… non pas ce que j’ai fait ! mais ce que Dieu fait ! Le repos nous invite à lever les yeux au-dessus du guidon, pour voir la grande fresque du monde : Dieu règne aujourd’hui, il soutient sa création, il pourvoit – et même si j’arrête telle activité, le monde continue de tourner… Quel repos ! Tout ne repose pas sur mes épaules ! Dieu prend soin, il règne et ses projets se réalisent !

En contemplant ce que Dieu fait, ce que Dieu est, dans le repos, nous nous rappelons que Dieu est dieu, grand, libre, généreux, qu’il achève ce qu’il a commencé. Et dans le repos vécu avec Dieu, nous trouvons notre place. Créatures formées à son image, enfants de Dieu, d’abord créés pour nous réjouir de la présence de Dieu, nous sommes. Nous sommes aimés, avant de faire quoi que ce soit.

Et dans cette contemplation, une figure émerge : le Christ. Face à nos fautes, à nos révoltes, à nos manquements, Dieu vient nous offrir le pardon. En Christ, mort et ressuscité, Dieu pose sur nous un regard qui ne change pas et qui dit : « c’est bon ». Par l’offrande de sa vie et le sacrifice qu’est sa mort, Jésus nous délivre du besoin de prouver, de rentabiliser, de justifier notre vie. Oui, notre valeur est en Dieu, qui nous crée, nous aime, nous sauve !

Le salut en Christ va encore plus loin : nous ne sommes pas seulement libérés (de la condamnation, de la honte, de la culpabilité, de la peur ou du mal…) mais nous sommes invités ! Invités à entrer dans le repos et dans la joie du Roi, invités à la fête ! En Christ, mort et ressuscité, Dieu nous regarde et nous dit : « C’est très bon ! Je t’aime ! Viens t’asseoir à ma table… Viens travailler avec moi… Viens te reposer chez moi… tu es chez toi !»

Quel repos de trouver notre place ! quel repos de pouvoir nous appuyer sur les promesses et la puissance de Dieu ! Quel repos de trouver un sens – à nos œuvres, et à notre être ! Notre vie, travail et repos compris, valait pour Dieu la peine de livrer son Fils unique. Dieu ne pouvait pas envisager de ne pas passer l’éternité avec nous ! Quel amour ! Quelle assurance nous est donnée en Christ !

Ce repos-là, bien sûr que nous pouvons l’expérimenter un jour particulier – il est très sain de réserver un temps régulier pour le repos du corps et de l’esprit ! Mais je me demande si nous ne pouvons pas, d’une certaine manière, vivre tous les jours ce repos, comme un 7e jour qui ne s’arrête pas, même au travail ou dans les tâches qui sont les nôtres, même dans les luttes parfois : nous enraciner dans le repos de Dieu.

Simplement, le matin dans la voiture ou sous la douche : « Seigneur, aujourd’hui, je te remets cette journée, mes rencontres, mes ouvrages, mes paroles et mes pensées : que ma journée entre dans tes projets, que par moi ton règne avance. »

Ou dans une situation compliquée, ponctuelle ou permanente : « Seigneur, je reconnais que tu règnes et que tu m’aimes. Je choisis de me reposer sur toi. Je choisis de te faire confiance, à toi le Créateur et sauveur. »

Conclusion

Devant les rythmes effrénés, parfois stériles, de notre vie, la semaine de création invite à un repos salutaire. Pour trouver et protéger ce repos, nous avons sûrement besoin de nous discipliner… Mais le repos que Dieu nous invite à vivre en sa présence est plus profond : c’est le repos de la foi. Le repos de celui qui n’a rien à prouver, mais qui prend joyeusement sa place, avec d’autres, dans les projets de Dieu. Le repos de celui qui sait que Dieu œuvre, aujourd’hui, comme hier et comme demain, et que sa puissance dépasse nos défaillances. Le repos de celui qui trouve sa valeur, sa vie, en Dieu, par le Christ.

 

Gloire au Créateur !

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Lecture biblique : Genèse 1.1-31

On ne peut pas tout dire de ce texte. Il est trop riche. On peut s’Ă©merveiller de sa beautĂ©, de sa force, de sa poĂ©sie. On peut y chercher une vision du monde, une rĂ©flexion sur notre place dans l’univers. Certains essayent de le confronter aux thĂ©ories scientifiques sur l’origine de l’univers et de la vie… mais je ne suis pas convaincu que ce soit pertinent : ce chapitre n’a rien d’un traitĂ© scientifique.

Il me semble qu’il s’agit avant tout d’un hymne Ă  la gloire du Dieu CrĂ©ateur. Et c’est ainsi que je vous invite Ă  le considĂ©rer… et l’on se rendra compte que ce texte a beaucoup Ă  nous dire sur Dieu !

Dieu est libre et généreux

Commençons par le premier verset. On pourrait faire toute une prédication, voire une série de prédications, sur cette seule phrase, la première de la Bible : « Au commencement Dieu crée le ciel et la terre. »

Le choix de la version Parole de Vie de traduire le verbe au prĂ©sent me paraĂ®t excellente. Bien sĂ»r, on parle d’un Ă©vĂ©nement passé : les origines de l’univers. Mais ce monde crĂ©Ă© dans lequel nous vivons est bien l’expression d’un Dieu qui, part nature, est CrĂ©ateur. Au commencement Dieu crĂ©e…

Dire qu’il y a un Dieu crĂ©ateur de l’univers n’est pas qu’une affirmation philosophique abstraite. Cela nous dit dĂ©jĂ  quelque chose de qui est ce Dieu, surtout quand on considère comment la Genèse nous prĂ©sente ce Dieu CrĂ©ateur.

C’est un Dieu libre et gĂ©nĂ©reux. Il est libre parce qu’il ne crĂ©e pas par nĂ©cessitĂ© ou contrainte. Il y a des cosmogonies qui parlent des dieux qui s’ennuient et qui dĂ©cident du coup de crĂ©er le monde et les humains pour se divertir, ou s’occuper. La Genèse nous parle d’un Dieu qui, par nature, est CrĂ©ateur. Non par nĂ©cessitĂ© mais par amour, il crĂ©e, il suscite la vie. Et il est gĂ©nĂ©reux parce qu’il ne crĂ©e pas chichement : il fait un monde riche et abondant, un monde foisonnant et beau.

Dieu est libre et gĂ©nĂ©reux, il le manifeste dès la première page de la Bible, et il le dĂ©montrera de multiple manières tout au long de l’histoire biblique. En rĂ©alitĂ©, nous avons dĂ©jĂ  ici, au moins de façon embryonnaire, l’expression de la grâce de Dieu. C’est bien dans la grâce de Dieu que se manifeste dans toute sa splendeur, Ă  la fois la libertĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ© de Dieu.

Dieu est grand

Toujours dans le premier verset de ce texte, la Genèse dit que Dieu crĂ©e le ciel et la terre. La terre, c’est notre maison. C’est le monde que nous connaissons, le sol sur lequel nous marchons. Le ciel c’est toute cette partie de la crĂ©ation qui nous Ă©chappe, qui est au-dessus de nos tĂŞtes. Et ce n’est pas le fait qu’aujourd’hui nous sachions voler (avec des avions ou mĂŞme des fusĂ©es) qui change grand chose. MĂŞme les sondes spatiales que nous avons envoyĂ©es aux confins de notre système solaire n’ont fait qu’un saut de puce dans l’immensitĂ© de l’univers.

Dieu crĂ©e le ciel et la terre, le monde visible et invisible. Dieu est grand ! Il est plus grand que l’univers entier qu’il a crĂ©Ă©. Et plus nous connaissons ce monde, grâce aux dĂ©couvertes scientifiques, plus le Dieu qui l’a crĂ©Ă© nous apparaĂ®t grand ! Car il y a non seulement l’infiniment grand de l’univers mais aussi l’infiniment petit, que nous continuons l’un et l’autre d’explorer sans encore le comprendre.

Le Dieu CrĂ©ateur est grand, infini et sa crĂ©ation en tĂ©moigne, par l’infiniment grand et comme l’infiniment petit. Et l’on pense ici Ă  ce que l’apĂ´tre Paul disait aux chrĂ©tiens de Rome, Ă  propos de Dieu :

Romains 1.20
Ce qui chez lui est invisible — sa puissance Ă©ternelle et sa divinitĂ© — se voit fort bien depuis la crĂ©ation du monde, quand l’intelligence le discerne par ses ouvrages…

Dieu recherche l’harmonie

Une autre leçon que ce texte nous apprend sur Dieu dĂ©coule de la façon dont il crĂ©e. Dès son deuxième verset, le texte s’ouvre sur une Ă©vocation du chaos et du vide, au-dessus duquel l’esprit de Dieu se tient, prĂŞt Ă  entrer en action :

Genèse 1.2
« La terre est comme un grand vide. Elle est dans la nuit. Une eau profonde la recouvre. Le souffle de Dieu se tient au-dessus de l’eau. »

Et lorsque Dieu se met au travail, il met de l’ordre dans le chaos, il suscite la vie et l’abondance dans cet ocĂ©an primitif sombre et vide.

D’abord, dans les trois premiers jours, il crĂ©e le cadre de vie : le jour et la nuit, le haut et le bas, la mer et la terre ferme, recouverte d’arbres et de fruits. Et une fois que le cadre est crĂ©Ă©e, il suscite la vie et remplit le cadre de ses habitants : le soleil et la lune pour le jour et la nuit, les oiseaux et les animaux marins, pour le haut et le bas, tous les mammifères, l’homme y compris, pour habiter la terre.

Et quel contraste entre le chaos du verset 2, et le foisonnement de vie Ă  l’issue du sixième jour ! Quel contraste entre cet ocĂ©an primitif froid et vide et la crĂ©ation belle et harmonieuse Ă  la fin du processus ! Quelle impression d’harmonie et de paix !

Dieu est un Dieu de paix. Vous savez peut-ĂŞtre que le mot hĂ©breu shalom, que l’on traduit habituellement par la paix, est très riche de sens. Il Ă©voque certes la paix, mais aussi la plĂ©nitude, l’accomplissement, l’harmonie.

Dieu est un Dieu de paix, qui cherche toujours Ă  mettre l’harmonie lĂ  oĂą règne le chaos. On le voit ici, dès son Ĺ“uvre de crĂ©ation. On le verra dans toute l’histoire biblique oĂą il n’a de cesse de vouloir rĂ©tablir la relation brisĂ©e avec ses crĂ©atures, rĂ©parer le chaos que les hommes provoque, dans leur rĂ©volte.

Dieu achève ce qu’il commence

Lorsqu’on considère ensuite la façon dont cet hymne Ă©voque les actes crĂ©ateurs de Dieu, on voit un Dieu qui achève ce qu’il commence, et qui le fait consciencieusement. Il s’assure Ă  chaque Ă©tape que ce qu’il a fait est rĂ©ussi.

A la fin de chaque jour, Dieu regarde son oeuvre et vois que c’est bon. Et c’est seulement quand il est satisfait de ce qu’il a fait qu’il passe Ă  l’Ă©tape suivante. Il regarde. Il voit que c’est bon. Il y a un soir et un matin. C’est la fin d’un jour, passons Ă  l’Ă©tape suivante ! Et quand il arrive Ă  la dernière Ă©tape, Ă  la fin du sixième jour, il peut dire que c’est très bien. Il a vraiment achevĂ© ce qu’il a commencĂ© Ă  faire.

Ici encore nous pouvons dire que cette caractĂ©ristique de Dieu, nous la retrouverons tout au long de l’histoire biblique. OĂą on voit le Seigneur accomplir, Ă©tape après Ă©tape, patiemment, son projet de salut pour le monde. De NoĂ© Ă  Abraham, de David Ă  Jean-Baptiste, jusqu’Ă  son accomplissement, dans la mort et la rĂ©surrection de JĂ©sus-Christ. Et cela est tellement liĂ© Ă  la personne mĂŞme de Dieu que Paul peut dire, avec assurance, aux chrĂ©tiens de Philippe :

Philippiens 1.6
Je suis sĂ»r d’une chose : Dieu qui a commencĂ© en vous un si bon travail va le continuer jusqu’au bout, jusqu’au jour oĂą le Christ JĂ©sus viendra.

Dieu a un projet particulier pour les humains

Et justement, puisqu’on parle des humains, il faut mentionner le fait qu’il y a, au cĹ“ur de cet hymne au CrĂ©ateur, une place particulière rĂ©servĂ©e aux humains. Ils y apparaissent Ă  la fois comme des ĂŞtres Ă  part (ils sont les seuls dont on dise qu’ils sont crĂ©Ă©s en image de Dieu) et des ĂŞtres comme les autres (ils sont crĂ©Ă©s le 6e jour, comme tous les autres mammifères, ils n’ont pas de jour spĂ©cifique qui leur est dĂ©diĂ©). Solidaires de toute la crĂ©ation, ĂŞtre vivant parmi les autres ĂŞtres vivants, nous sommes aussi liĂ©s de manière particulière Ă  notre CrĂ©ateur.

Dès la première page, la Bible affirme que Dieu a un projet particulier pour les humains. Ils ont leur place dans ce rĂ©cit en tant qu’image de Dieu, comme empreinte de Dieu dans sa crĂ©ation. Sa signature en quelque sorte. La vocation ultime de l’ĂŞtre humain, c’est de glorifier son CrĂ©ateur. C’est ce pourquoi nous avons avant tout Ă©tĂ© crĂ©Ă©s.

Et pour que les humains puissent accomplir cette vocation, il a tout prĂ©vu. MĂŞme la possibilitĂ© de l’incarnation. Je crois en effet que nous pouvons dire que Dieu rend possible l’incarnation en crĂ©ant l’homme Ă  son image. Avant mĂŞme l’apparition du pĂ©chĂ© et du mal dans l’humanitĂ©, Dieu a prĂ©vu le moyen d’en dĂ©livrer l’humanitĂ©.

Dieu a un projet particulier pour les humains et c’est un projet de salut, au-delĂ  mĂŞme de tout ce que nous pouvons imaginer.

Conclusion

N’est-ce pas merveilleux ce que cet hymne au Dieu CrĂ©ateur nous rĂ©vèle de la personne de Dieu ?

  • Il est un Dieu libre et gĂ©nĂ©reux : c’est un Dieu de grâce !
  • Il est un Dieu grand : en rĂ©alitĂ©, il est infini et Ă©ternel, il sera toujours plus grand que ce que nous pouvons comprendre ou mĂŞme imaginer.
  • Il est un Dieu qui toujours recherche l’harmonie, qui poursuit toujours la paix, la rĂ©conciliation.
  • Il est un Dieu qui achève ce qu’il commence, fidèle Ă  ses promesses, digne de confiance.
  • Il est un Dieu qui a un projet particulier pour l’humanitĂ©, et qui met tout en Ĺ“uvre pour l’accomplissement de son projet.

Ce Dieu-lĂ  nous est dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© dans cet hymne au CrĂ©ateur, il le sera encore dans toute l’histoire biblique, il le sera parfaitement dans la personne et l’oeuvre de JĂ©sus-Christ, et il l’est aujourd’hui encore quand il vient Ă  notre rencontre par son Esprit. Gloire Ă  son nom !

 

“Aime, et fais ce que tu veux!” (St Augustin)

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Ce matin, je vous propose de lire un des textes du jour, dans la lettre de Paul aux chrétiens de Rome, ch. 13. Paul a fait de la théologie dans la 1e partie de sa lettre, et maintenant il en tire les conséquences pour la vie du chrétien. Comment la foi en Dieu transforme-t-elle notre façon de vivre ? Paul parle essentiellement de nos relations, de notre rapport avec les autres, et juste avant notre texte, il évoque notre comportement en société, et rappelle notre devoir d’être des citoyens modèles, justes.

Lecture biblique: lettre aux Romains, 13.8-10

(7 Donnez Ă  chacun ce que vous lui devez. Si c’est l’impĂ´t, payez l’impĂ´t, si c’est une taxe, payez-la. Si c’est l’obĂ©issance, obĂ©issez, si c’est le respect, soyez respectueux.)

8 N’ayez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour que vous devez avoir entre vous. Celui qui aime les autres obĂ©it parfaitement Ă  la loi. 9 En effet, vous connaissez les commandements : « Ne commets pas d’adultère. Ne tue personne. Ne vole pas. Ne dĂ©sire pas ce qui ne t’appartient pas. » Ces commandements et tous les autres sont contenus dans cette parole : « Aime ton prochain comme toi-mĂŞme ! » 10 Quand on aime, on ne fait aucun mal Ă  son prochain. Par consĂ©quent, aimer, c’est obĂ©ir parfaitement Ă  la loi.

1)   Ne rien devoir à personne… sauf l’amour

Avant de parler d’amour, j’aimerais rester sur cette invitation à ne rien devoir à personne. La Bible nous appelle à une vie responsable, notamment dans le domaine des finances. On peut entendre dans cette phrase de Paul un principe applicable pour notre vie d’aujourd’hui : ne pas contracter de dette inutile, ne pas vivre au-dessus de ses moyens, mais gérer nos biens avec prudence et sagesse. Et si parfois il faut bien faire un crédit (pour une maison, une voiture…), Paul invite à être « réglo », à rembourser en temps et en heure. Plus généralement, nous sommes appelés à rendre aux autres ce qui est dû : remboursement, taxe, respect, etc. Que ce soit avec l’Etat ou notre voisin, il nous faut veiller à des relations justes, où personne n’est lésé et où personne ne profite de l’autre.

Rendre à chacun ce que nous devons pour être en règle,  ne rien devoir à personne…   Mais Paul ajoute aussitôt une correction : la seule dette impossible à rembourser, c’est l’amour. Le seul devoir dont on ne sera jamais complètement libéré, déchargé, c’est l’amour de l’autre. En clair : on n’aura jamais assez aimé ! Jamais on ne pourra dire : « OK, c’est bon, maintenant j’ai aimé tant de personnes, plus besoin d’aimer ! » Ou : « Elle, je l’aime depuis 25 ans, maintenant, ça suffit, j’ai rempli mon quota ! » Non, l’amour c’est pour toujours, et avec tous ! Paul mentionne un cercle qui s’élargit : les frères et sœurs dans la foi, le prochain (l’entourage), et finalement l’autre (le différent, voire l’ennemi) : l’amour n’a pas de limites !

Sans culpabiliser, Paul rappelle seulement l’essentiel. Au cœur de notre relation aux autres, il y a l’amour, et l’amour ne connaît ni les quotas ni les dates de péremption.

Remarquez que Paul parle de notre dette, ce que nous devons aux autres et pas ce qu’ils nous doivent : on ne va pas aller reprocher au voisin de ne pas assez aimer, ou de ne pas ĂŞtre assez “chrĂ©tien” ! C’est Ă  mon devoir, Ă  ma responsabilitĂ© d’amour, que Paul fait rĂ©fĂ©rence, et pas Ă  mes droits dont je pourrais exiger la prise en compte.

2)   « Aime, et fais ce que tu veux » Augustin

L’amour, c’est la caractéristique des relations que le chrétien est appelé à vivre – là, Paul reprend, purement et simplement, l’enseignement de Jésus et son insistance envers les disciples : « je vous laisse un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Ce n’est pas vraiment nouveau, puisque Moïse avait déjà transmis ce commandement : « aime ton prochain comme toi-même » (Lév. 19.18) (que Paul cite ici). Ce qui est nouveau, c’est de dire que l’amour résume, récapitule, tous les autres principes, tous les autres commandements. Paul en cite quelques-uns, bien connus, des Dix Commandements : Tu ne tromperas, voleras pas, tueras pas, convoiteras pas… Égale : tu aimeras ! S. Augustin, au 5e s., l’a bien formulé : « Aime, et fais ce que tu veux ».

L’idée sous-jacente, c’est qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre la Loi (les règles données par Moïse à Israël 1500 ans plus tôt) et l’amour. Au contraire, aimer c’est vouloir le bien de l’autre – pas seulement le bien-être ! – le bien, ce qui est juste et bénéfique pour l’autre. Quand on agit avec amour, c’est, pour Paul, forcément en accord avec les règles éthiques : on ne trichera pas, on ne manipulera pas un ami, on n’ira pas le voler, et encore moins le tuer ! La loi, qui avait pour objet de réglementer les relations sociales pour éviter la vendetta, protège l’autre – et l’amour fait de même.

3)   L’amour, juste et généreux

L’amour véritable accomplit la loi, il la réalise dans son intention, dans ses principes, mais il la dépasse aussi. Il va au-delà. En effet, là où la loi se définit négativement, avec une liste de choses à ne pas faire, l’amour, lui est positif. Là où la loi empêchera de blesser, de léser, de tuer, etc., l’amour, lui, cherchera activement comment soigner, combler, soutenir !

L’amour cherche à bénir, quand la loi cherche seulement à éviter le mal (et on est d’accord que c’est déjà beaucoup !). Là où, par la loi, je peux me laver les mains et dire « moi je ne fais de mal à personne », l’amour demande : « à qui puis-je faire du bien aujourd’hui ? ». Là où, dans la loi, on coche des cases, dans l’amour on écrit des pages entières, des histoires, des rencontres !

La diffĂ©rence est simple : imaginez un Ă©poux qui dirait « moi je suis un bon mari : je ne bats pas ma femme, je ne l’insulte pas et je ne la trompe pas. » Et ?… Ne manque-t-il pas quelque chose ? L’essentiel, peut-ĂŞtre ? La chaleur des Ă©changes, des petites attentions, de la complicitĂ©, des projets communs ?

Aimer, c’est plus que ne pas faire de mal : c’est faire du bien à l’autre. Certes, pas toujours de la même façon ni avec la même intensité – il faut tenir compte de nos limites naturelles, et de la hiérarchie de nos relations : mon époux a plus d’importance que mon voisin ! – mais toujours avec la même posture : en quoi puis-je bénir l’autre ? En quoi notre relation, ma présence, apporte-t-elle du bon à l’autre ? Parfois c’est simplement un sourire dans le métro, quelques minutes pour aider un inconnu, ou une question à un collègue : « comment tu vas aujourd’hui ? Tu es fatigué, comment pourrais-je t’aider ? » Là où la loi peut produire l’indifférence, le « chacun chez soi et les cochons seront bien gardés », l’amour crée du lien, rend visite, partage, donne un coup de main…

La loi trace le dessin, le cadre, mais l’amour colorie l’intérieur de toutes les couleurs. Celui qui aime ne fait pas seulement « ce qu’il faut » (la loi), mais il donne chair, il déborde, il invente, il rayonne. L’amour est généreux : non seulement il paie ses dettes, mais il donne au-delà de ce qui est dû, il partage, il élève l’autre. Il donne de la grâce, de la joie, de la beauté aux relations.

Si le commandement d’amour paraît plus libre que la loi, il est en réalité plus exigeant, car il vaut pour toutes les relations, tout le temps, partout. C’est ce qui fait que bien souvent, même les chrétiens, on se retranche derrière la loi, celle de la Bible ou les nôtres : c’est plus facile ! Il peut être dur de renoncer à certaines choses, d’adopter des contraintes parfois fermes, mais, c’est faisable ! Alors que l’exigence d’amour concerne mes actes, mais aussi mon regard, mon cœur, mes pensées… Je ne peux jamais en faire le tour, tandis que les règles ont ce côté rassurant de la tâche accomplie : « ça c’est fait ». L’amour n’est jamais terminé.

Soyons clairs : cet amour qui peut transfigurer nos relations, magnifique mais exigeant, il ne vient pas de nous. Il vient de Dieu. De l’amour que Jésus a montré en se faisant serviteur de ses propres élèves, en touchant les lépreux avec tendresse, les aveugles avec respect, les démoniaques avec confiance. L’amour qu’il a montré en mourant pour nous. L’amour qui a triomphé quand il est ressuscité, l’amour qu’il déverse en nous aujourd’hui par son Esprit. Paul ne l’évoque pas – c’est une évidence : l’amour de l’autre, nous le trouvons en Dieu, nous l’apprenons auprès de Dieu.

Alors, est-ce qu’on a encore besoin de la loi, de lire l’Ancien Testament (AT) ? Est-ce qu’on a encore besoin de règles de conduite ? D’un genre de charte pour nos relations ? Oui, quand même. Les lois de l’AT ne sont pas incompatibles avec le commandement d’amour ! Elles en sont des applications, dans un contexte donné. Des applications qui ne sont pas forcément pertinentes dans notre société (p. ex. rapport aux esclaves), mais qui nous aident à voir, concrètement, ce qu’aimer veut dire, dans les relations familiales, professionnelles, de voisinage… Et c’est essentiel pour nous ! Parce que parfois nous manquons d’amour, et nous laissons de côté des domaines entiers de nos relations. Parfois aussi nous nous trompons sur ce qu’aimer veut dire : aimer, ce n’est pas apaiser l’autre coûte que coûte, sauvegarder la relation à tout prix, tout accepter sans rien dire… Parfois, aimer, c’est dire la vérité, ouvrir un chemin de réconciliation en exprimant nos fautes ou ce qui nous a blessés, c’est militer pour la justice. Les exemples bibliques d’applications d’amour corrigent nos excès et guident nos efforts pour progresser là où nous avons des manques. Donc oui, continuons à lire l’AT, ces exemples concrets de justice et d’amour, pour avoir une meilleure idée de comment aimer, aujourd’hui.

Conclusion

Paul, comme Jésus, nous invite à respecter les règles, et à les dépasser. Dans le bon sens : pour aimer ! A faire un pas vers l’autre, sans calcul ni lassitude. A puiser dans l’amour de Dieu, débordant et généreux, le modèle de toutes nos relations. Bien sûr que c’est, aujourd’hui, au-delà de nos forces, au-delà des capacités de notre cœur ! Mais gardons cet objectif, osons viser plus grand que nos capacités, plus haut que notre taille. Osons rêver, inventer, innover dans nos relations, au-delà de ce qui « normal », habituel, correct : laissons la générosité de Dieu élargir notre cœur, en témoignage de l’amour que Dieu a lui-même pour nous.

Une foi qui coûte (Mt 16.21-28)

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« Que disent les gens à mon sujet ? Et vous qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16.13, 15) A cette question de Jésus, Pierre répond, enthousiaste : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16.16) Plus qu’un prophète, plus qu’un rabbin de génie : l’envoyé de Dieu, Dieu lui-même ! Jésus le félicite, se réjouit de la foi de Pierre, qui lui a permis de comprendre. A partir de là, il entreprend de développer cette affirmation : oui, il est le messie, l’envoyé – mais envoyé pour quoi ?

Lecture biblique : Matthieu 16.21-28

21 À partir de ce moment, JĂ©sus-Christ commence Ă  annoncer clairement Ă  ses disciples : « Il faut que j’aille Ă  JĂ©rusalem. Je vais beaucoup souffrir Ă  cause des anciens, des chefs des prĂŞtres et des maĂ®tres de la loi. Ils vont me faire mourir. Et le troisième jour, je me rĂ©veillerai de la mort. »  22 Alors Pierre prend JĂ©sus Ă  part et il se met Ă  lui faire des reproches. Il lui dit : « Seigneur, que Dieu te protège ! Non, cela ne t’arrivera pas ! »  23 Mais JĂ©sus se retourne et il dit Ă  Pierre : « Va-t’en ! Passe derrière moi, Satan ! Tu es en train de me tendre un piège. En effet, tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes ! »
 24 Ensuite JĂ©sus dit Ă  ses disciples : « Si quelqu’un veut venir avec moi, il ne doit plus penser Ă  lui-mĂŞme. Il doit porter sa croix et me suivre. 25 En effet, celui qui veut sauver sa vie la perdra. Mais celui qui perdra sa vie Ă  cause de moi, la retrouvera. 26 Si une personne gagne toutes les richesses du monde, mais si elle perd sa vie, Ă  quoi cela lui sert-il ? Qu’est-ce qu’on peut payer en Ă©change de la vie ? 27 Oui, le Fils de l’homme va venir avec ses anges, dans la gloire de son Père. Alors il rĂ©compensera chacun selon ses actions. 28 Je vous le dis, c’est la vĂ©rité : quelques-uns ici ne mourront pas avant de voir le Fils de l’homme venir comme roi. »

A partir de ce moment, Jésus opère un virage dans son enseignement : c’est la première fois qu’il dit explicitement qu’il va souffrir, et il l’annonce d’ailleurs avec une grande précision : l’ensemble des responsables juifs va se retourner contre lui et provoquer sa mort. Il commence ainsi à préparer les disciples à sa mort prochaine, tout en montrant qu’il subit son sort de son plein gré.

Pour nous, cette première mention de la souffrance de Jésus n’est pas choquante : nous connaissons déjà la fin ! Mais pour les disciples, c’est insupportable à entendre : Jésus, le Fils de Dieu, celui qui leur ouvre le royaume de Dieu (cf. la semaine dernière), va être rejeté et traité comme un criminel ? Sa mission, c’est de mourir ? Pierre n’entend même pas l’annonce de la résurrection au 3e jour, il bloque : « non, cela ne t’arrivera pas ! » un destin aussi misérable ne peut pas attendre celui pour qui il donne sa vie…

Jésus le renvoie dans les cordes, car il reconnaît en lui le vieux discours du tentateur qui le suit depuis son passage au désert, après le baptême : et s’il montrait sa puissance, mais sans souffrir ? s’il remportait la victoire, mais sans la croix ? Jésus rejette fermement ce mirage d’une victoire facile, sans sacrifice, et surtout sans amour ! quel qu’en soit le coût, il est déterminé à aimer jusqu’au bout, même en donnant sa vie.

Mais Jésus va plus loin, et c’est ce sur quoi je voudrais m’arrêter ce matin : d’une certaine façon, ce qui est vrai pour lui est vrai pour les disciples, est vrai pour nous ! Sa mission lui coûte ? Notre foi va nous coûter aussi ! Celui qui veut s’attacher au Christ doit se renier lui-même/ne plus penser à soi, prendre sa croix et suivre Jésus.

1)   Renoncer à soi-même 

« Ah, tu as la foi ? C’est bien, si ça t’apporte quelque chose… » Jésus n’aborde pas la question sous cet angle : c’est vrai que la foi « apporte », mais pour le croyant, avant de recevoir, il va falloir faire le vide.

Se renier soi-même : cette dynamique triste et austère, autodestructrice, on l’a souvent reprochée au christianisme ! Et dans notre société fondée sur le bien-être et la plénitude de soi, parfois au détriment du bien, ces paroles résonnent comme une hérésie… Comment ça, se renier, se frustrer, se refouler ? S’oublier, alors que l’ego est plus que jamais au centre de notre vie ?

Mais Jésus n’appelle pas au renoncement pour le renoncement, par haine de nous-mêmes, ou par honte. Ce n’est pas la théologie du vide : s’il faut s’oublier, c’est pour penser à Dieu ! Faire descendre notre ego de notre piédestal intérieur, ne plus être notre dieu, notre idole, notre propre but, pour laisser Dieu retrouver sa place dans notre vie !

En tant que croyant, on voudrait mettre Dieu au centre, bien sûr. Et pourtant, lorsqu’il s’agit, très concrètement, d’abandonner les petits privilèges qu’on s’était octroyés (être au centre de tout, avoir l’illusion de pouvoir tout faire, tout décider, faire valoir nos droits et notre liberté en toutes circonstances…), le principe est difficile à appliquer… Mille objections se lèvent, pour justifier notre place VIP : oui, mais si je ne pense pas à moi, qui va le faire ? oui, mais Dieu m’aime et ne se réjouit sûrement pas de me voir souffrir ? Et puis, quand on a une responsabilité, de famille par exemple, on ne peut pas l’oublier !

Il ne s’agit pas de nier notre valeur, ni d’évacuer complètement notre personne de notre vie (ça serait d’ailleurs très compliqué) mais plutôt, dit en termes forts, d’apprendre à mettre les intérêts de Dieu avant les nôtres, les projets de Dieu avant les nôtres, la vocation que Dieu nous adresse avant nos rêveries… Et parfois, quand il y a conflits d’intérêts, choisir les intérêts de Dieu nous oblige à abandonner des choses qui paraissaient si importantes qu’en faire le deuil, c’est comme faire le deuil de soi-même… Changer de vision sur l’argent, par exemple, ou sur notre besoin de sécurité, au nom de la justice et de la solidarité… Ou abandonner sa fierté et demander pardon !

2)   Prendre sa croix 

Jésus continue les réjouissances : non content de renoncer à lui-même, le croyant doit porter sa croix. Pas porter une croix, hein ! (bijou) Pour Jésus, porter sa croix, ce sera accepter son chemin vers la mort, rester fidèle à sa mission jusqu’au bout, malgré les moqueries, les insultes, les accusations et les coups… Porter sa croix, comme un criminel, un nul, un paria. Subir le mépris des hommes, endurer la colère de Dieu pour des crimes qu’il n’avait pas commis, pour gagner le pardon et le salut, et l’offrir largement…

Pour ses disciples, porter leur croix, c’est accepter l’éventualité d’un même rejet, du mépris, de l’accusation, voire de la mort ! Ce fut le cas pour les premiers chrétiens, persécutés, ça l’est encore dans de nombreux pays, où devenir chrétien c’est risquer d’être désavoué par sa famille, de perdre son travail, voire d’être arrêté, torturé, et condamné, parfois, à mort. Assumer sa foi, coûte que coûte.

Là encore, pas d’invitation à la passivité : on prend sa croix, on assume ! Mais pas, à l’inverse, de dolorisme ou de masochisme : le chrétien ne recherche pas plus la douleur que Jésus ne l’a fait ! Mais il accepte que ce puisse être un prix à payer pour suivre Jésus – perdre sa vie, à cause de lui ! à cause de Jésus ! Et quand la croix se présente, il ne change pas de chemin, mais il la prend persévère, à cause de Jésus.

Nous chantons la croix, nous adorons le Christ crucifié, nous le remercions pour le sacrifice de sa vie… Mais porter notre croix, ce n’est pas juste chanter ou prier avec émotion : c’est assumer,  nous identifier de manière claire comme disciples du Christ. Et dans notre société occidentale, les risques ne sont probablement pas mortels, mais il y en a. Les conséquences nous paraîtront peut-être même (oserai-je le dire ?) insupportables : le ridicule, le mépris, l’impression d’être un extra-terrestre. La tentation est forte d’édulcorer notre foi, pour qu’elle soit socialement acceptable : cet été, j’ai discuté dans un mariage avec un ami du marié, qui s’étonnait de la foi « jusqu’au-boutiste » du marié. Rien qui ne m’avait choqué jusque là, mais pour ce jeune homme, la foi ça passe, tant que ça reste privé, policé, bien à sa place. Sauf que suivre Jésus bouleverse toute notre vie ! Et peut paraître radical, fondamentaliste, tout ce qu’il ne fait pas bon être aujourd’hui.

Pour rester acceptables en société, on est vite tenté de rogner nos convictions, notre croix. Jésus n’invite certes pas à choquer volontairement ni à provoquer, mais assumer notre foi dans tous les domaines, en particulier éthique (justice, solidarité, économie, domaine familial…) risque de soulever des remous.

3)   Suivre

Se renier soi-même, prendre des risques pour sa foi, voire souffrir… Ce n’est guère motivant ! Mais, encore une fois, ce n’est pas la croix pour la croix, mais pour suivre Jésus. Le suivre de près, pour recevoir de lui la vie véritable, le sens, l’espérance. Quel est le verbe le plus important des trois ? En tout cas, le but, c’est de suivre ! Nos efforts, non négligeables, se comprennent dans cette dynamique du chemin où nous suivons le Christ. L’important c’est d’avancer, de vivre ce défi renouvelé chaque jour qui consiste à ressembler un peu plus au Christ, à être un peu mieux image de Dieu, reflet de sa justice et de sa paix.

Et pour encourager ses disciples, Jésus donne trois raisons, trois promesses :

  • La valeur de la vie qu’offre JĂ©sus dĂ©passe tout ce que peuvent nous obtenir les faveurs de ce monde : le prestige, les accomplissements, l’argent, etc. (rĂ©pĂ©ter v.26b)
  • Nos sacrifices ne sont pas perdus, mais notre confiance en Dieu malgrĂ© les difficultĂ©s, JĂ©sus la reconnaĂ®t et la reçoit comme un gage d’amour et de fidĂ©litĂ©
  • Enfin, ce chemin sombre et Ă©troit dĂ©bouche sur la vie – et peut-ĂŞtre plus rapidement qu’on ne le croit. JĂ©sus dans peu de temps entrera dans sa royautĂ© – est-ce une allusion Ă  la transfiguration qui a lieu juste après ? Ă  la rĂ©surrection, dans quelques semaines ? Ă  l’ascension de JĂ©sus au ciel, Ă  l’envoi de l’Esprit ? En tout cas, la vie Ă©ternelle pour laquelle jĂ©sus nous invite Ă  faire ces sacrifices est Ă  portĂ©e de main, elle ne se cantonne pas Ă  « après la mort », mais elle s’expĂ©rimente aujourd’hui, dans la joie de mettre Dieu au centre de notre vie, Ă  sa place, dans le sens qu’il donne Ă  notre vie, dans l’assurance que JĂ©sus nous sauve et nous protège.