Face au découragement

Regarder le culte ici.

On a beau être chrétien, avoir la foi, on est parfois découragé… Cela vous sûrement déjà arrivé ! Qu’est-ce qui a pu vous donner envie de baisser les bras ? Ce peut être une situation compliquée au travail ou en famille, un avenir bouché, une situation d’injustice ou de surcharge, les interrogations devant l’état de notre monde, le sentiment d’être isolé et sans appui…

Ces ressentis, on les retrouve dans un psaume, une prière du roi David, environ 1000 ans avant Jésus. David est un homme de foi, un homme choisi par Dieu, proche de Dieu – et malgré tout, il traverse lui aussi des périodes de découragement.

Lecture biblique: Psaume 11

1 Du répertoire du chef de chorale. Psaume de David.

Auprès du Seigneur, je trouve refuge.

Comment pouvez-vous me dire :

« File, comme un petit oiseau, dans les montagnes » ?

2 Regarde bien : les méchants tendent leur arc,

ils ajustent leur flèche sur la corde pour tirer dans l’ombre sur ceux qui ont le cœur droit.

3 Quand les fondements sont en miettes,

que peut alors faire la personne qui est juste ?

Une situation décourageante

On ne connaît pas les circonstances que David évoque dans ce psaume, même s’il donne quelques indices (très imagés) sur ce qu’il traverse :

  • La menace : l’image du méchant qui tend son arc pour tirer sur sa proie, évoque toutes sortes de dangers, notamment physiques (des agressions), avec une bonne dose de manipulations, des pièges, des situations perverses qui peuvent nous nuire (le méchant attaque « de nuit », sournoisement). On sent le poids de la malveillance, de la haine, chez ceux qui menacent David.
  • Les fondements en miettes: c’est l’image de la désolation, quand tout est en ruine, comme s’il n’y avait plus rien de solide, plus d’appui, que le mal avait gangréné jusqu’aux racines… Rien ne va plus ! Ce ressenti, on peut l’avoir à un niveau individuel, quand une relation est profondément entamée, ou qu’un projet part dans la mauvaise direction ; à un niveau plus global, c’est parfois l’impression que les choses vont de travers autour de nous sur le plan social, économique, moral, politique, environnemental… et je ne dis pas ça spécifiquement par rapport à la France ou à un pays particulier, on retrouve partout cette frustration, ce découragement /qu’on soit chrétien ou pas, d’ailleurs/ devant l’écart entre ce qui est et ce qui devrait être.

Devant le danger, les pressions, les manipulations, les profonds dysfonctionnements, le cri de David retentit : que peut faire le juste ? Autrement dit, même avec les meilleures intentions et les meilleures méthodes, la tâche paraît trop lourde, trop grave, trop dangereuse. C’est le découragement, l’envie de tout lâcher, de se retirer totalement de la situation.

La tentation de fuir

Vient le conseil du début : File, petit oiseau, réfugie-toi dans les montagnes… Conseil qui fait bondir David (Comment ?! Comment osez-vous me conseiller cela ?) mais c’est une vraie option, voire une tentation, pour nous face à la difficulté, la frustration, la menace ou le découragement : fuir. Et David de se positionner – il le met d’ailleurs en tête de son psaume : c’est dans le Seigneur que je me réfugie, pas dans les montagnes, pas là-bas au loin. Il oppose ici la confiance en Dieu et la fuite.

Cette opposition peut nous perturber, en particulier dans le contexte actuel. Mais est-ce que David parle vraiment d’une fuite physique, géographique, au point qu’on pourrait tirer comme conclusion : si vous avez vraiment confiance en Dieu, ne fuyez pas ? C’est peut-être vrai, parfois, mais la Bible donne bien des exemples de personnes qui fuient les conflits, la persécution, la sécheresse et la famine, ou simplement la pression familiale… avec la bénédiction de Dieu ! David lui-même a fui de nombreuses années lorsque son adversaire, le roi Saül, cherchait à le tuer. Même la famille de Jésus a fui quand Hérode a massacré les enfants de Bethlehem. On aurait donc tort d’en tirer des conclusions hâtives sur ceux qui fuient le conflit, comme en Ukraine en ce moment (ou d’autres conflits dans le passé, que ce soit en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud…) – bibliquement, faire confiance et fuir le danger peuvent totalement aller ensemble.

Il me semble que du coup, la fuite en question, c’est moins le fait de partir physiquement, que le fait de céder au découragement, de baisser les bras. Devant la pression, on peut être tenté de tout laisser tomber, de se retirer comme si on s’en lavait les mains… De se désintéresser de ce qui se passe, de tout laisser en plan, de se refermer sur nous pour prendre soin de nous – et après nous le déluge.

Or…

4 Le Seigneur est dans le temple qui lui appartient ;

le Seigneur a son trône dans les cieux.

Il ne perd pas de vue les humains, il les évalue d’un coup d’œil.

5 Le Seigneur sait à quoi s’en tenir sur ceux qui sont justes,

mais les méchants, les amateurs de violence, il les déteste.

6 Qu’il fasse tomber sur les méchants une pluie de catastrophes !

du soufre enflammé, un vent de tempête fondant sur eux.

Voilà le sort qui les attend.

7 Car le Seigneur est juste, il aime tout ce qui est juste

et les personnes qui mènent une vie droite le verront face à face.

Le Seigneur de justice

Au lieu de baisser les bras, David reprend conscience de la souveraineté de Dieu : Dieu est LE Roi, il trône sur la création – et rien ne lui échappe. David ne s’étend pas sur la contemplation de la majesté de Dieu, sur sa grandeur ou sa puissance ; ce qui le percute, c’est que Dieu veille sur le monde, et que rien ne lui échappe. Alors que lui se désespère, que d’autres l’invitent à chercher des stratégies de repli, il reprend conscience que Dieu est juste, et que sa justice s’appliquera.

Dans le psaume, cela prend la forme d’un châtiment violent sur les agresseurs, les ennemis – sur qui s’abattent toutes les catastrophes, dans une ambiance assez proche de la destruction de Sodome et Gomorrhe. Ce n’est pas forcément notre doctrine préférée ou la plus politiquement correcte (on aimerait chanter : « on ira tous au paradis… »), mais David affirme – non, il appelle de ses vœux, il réclame – la réalité d’un jugement. Derrière ce jugement qui peut nous gêner aujourd’hui et paraître peu aimant, il y a une revendication légitime : que justice soit faite. Que le mal soit stoppé – bien plus, éradiqué, rejeté, déraciné.

David prend courage en se rappelant que Dieu applique ce qui est juste – en stoppant les injustes, mais aussi en veillant sur les justes. Le regard que porte Dieu sur les justes signifie son attention, et son implication. Il ne regarde pas de loin, comme un flâneur indifférent, mais il est attentif, il scrute, il anticipe – pour prendre une image locale, pensez aux fans de rugby qui ont regardé le match Pays de Galles-France vendredi soir : ils étaient tendus, sur le bord de leur siège, attentifs à chaque détail, prêts à se réjouir ou à se lamenter selon l’action… Dieu scrute avec toute son attention les justes.

Nul doute que David se place lui-même parmi les justes… Mais c’est embarrassant ! Les « justes » reviennent souvent dans les psaumes, et on peut avoir du mal à se l’appliquer à soi directement. Qui peut dire : moi, je suis juste devant Dieu ? je mérite son soutien, son secours ? Par « juste », David évoque ceux qui s’attachent à Dieu, qui recherchent sa justice et se détournent du mal. Mais il est conscient de ne pas être irréprochable. Sans le savoir, il pointe vers le seul vrai « juste », Jésus, Dieu lui-même fait homme – innocent, parfait, droit, prophète de vérité, militant d’équité. Un juste qui nous a justifiés, qui nous a rendus justes, malgré nos injustices, en les portant sur la croix – il nous dépouille de notre honte pour nous recouvrir de sa justice. En lui, nous pouvons approcher Dieu et dire : « je suis juste… en Christ ! »

Du coup, depuis la venue du Christ, on n’écrirait peut-être pas le psaume exactement pareil… On demanderait la justice, oui, l’arrêt du mal, oui, la protection des justes, oui, mais peut-être pas la destruction des méchants – car nous sommes trop conscients que notre propre cœur est lui aussi gangréné… L’imprécation face aux méchants se transforme plutôt en intercession, pour que Dieu délivre l’autre du mal, même du mal dont il est coupable.

David est donc profondément encouragé par la présence du Dieu juste, devant qui rien ne passe inaperçu, et qui appliquera sa justice. Dieu veille sur les justes, il aime ce qui est juste, et ceux qui sont justes (ou justifiés) reçoivent cette promesse : ils verront Dieu face à face. C’est vrai que c’est réconfortant, quand vous êtes menacé, rejeté, victime, de savoir que Dieu, lui, vous voit, vous accorde de la valeur, et qu’il vous garde une place dans son cercle d’intimes. David voit plus loin que l’épreuve, il relève la tête pour contempler l’horizon : Dieu règne, le mal n’aura pas le dernier mot, et sa justice vient.

 

Mais David ne nous dit pas ce que ça veut dire, concrètement, de se confier à Dieu dans l’épreuve. Il l’affirme, mais il ne le décrit pas. La question « que peut faire le juste ? » semble rester sans réponse. Pourtant, vu l’atmosphère du psaume, deux pistes se dégagent :

1/ ne pas baisser les bras, mais persévérer. La fuite (pas forcément géographique, je le rappelle) s’oppose au fait de rester, de tenir, voire de résister. Cela peut prendre différentes formes : rester sur-place, ou partir mais agir de loin – dans le cas d’un conflit p. ex. ; ou rester engagé, se mobiliser, dans le cadre d’une situation qui nous décourage.

2/ L’insistance de David sur la justice – justice de Dieu, justice rendue, justice de ceux qui s’attachent à Dieu. Si Dieu aime ce qui est juste, et pas seulement ceux qui ont été justifiés, n’y a-t-il pas un appel implicite à agir avec justice en particulier quand nous sommes découragés ? Le découragement peut en effet donner envie de baisser les bras, de fuir, ou bien d’imiter ceux qui aiment le mal, d’utiliser leurs armes, par pragmatisme ou par colère.

Lorsque, face au découragement, Dieu nous invite à nous réfugier en lui, c’est à la fois pour nous rassurer et pour nous ressourcer, afin que nous puissions trouver la force de faire ce qui est juste à ce moment-là, de suivre ce chemin de justice que Dieu aime tant – et sur lequel il promet de nous accompagner.

Regarder à la croix du Christ nous conforte dans cette assurance que David avait : elle nous rappelle qu’en Jésus, Dieu s’est fait proche de nous, qu’il a porté nos blessures et nos culpabilités, pour nous en délivrer un jour. Il est mort, mais il est ressuscité, et il a rejoint le Père à côté de qui il règne aujourd’hui. Sa résurrection, c’est le socle inébranlable de notre espérance : il est vivant, il règne, et nous attendons son retour, pour qu’il établisse partout sa justice et sa paix.

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