5 Solae (1) L’Ecriture seule

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Ce matin nous commençons une série de cinq prédications autour des affirmations théologiques fondamentales de la Réforme. On les cite en général dans leur formulation latine : sola Scriptura, sola gratia, sola fide, solus Christus, soli Deo gloria. En français, ça donne l’Ecriture seule, la grâce seule, la foi seule, le Christ seul et à Dieu seul soit la gloire.

Nous allons choisir cinq textes bibliques qui permettent d’évoquer chacune de ces cinq affirmations au coeur de la foi protestante. Nous commençons ce matin avec l’Ecriture seule. En théologie protestante, cette affirmation signifie que la Bible est la seule autorité pour le croyant, en matière de foi et de vie chrétienne.

Une enquête récente de l’Ifop (2010) révèle que 34 % des Protestants lisent la Bible au moins une fois par semaine. J’aurais envie de dire : seulement ? Certes, ils sont 74 % chez les protestants évangéliques… Mais “au moins une fois par semaine”, ça veut dire quoi ? Il n’y a pas la catégorie “presque tous les jours” qui est un peu le standard, au moins officiellement, chez les évangéliques ! Et l’enquête ne précise pas comment la Bible est lue. Ce n’est pas la même chose de lire un passage biblique dans un esprit de méditation et de prière, d’approfondir et d’étudier un texte biblique ou de lire simplement le verset biblique du jour dans le calendrier.

Je ne veux pas avoir ici un discours culpabilisant. Chacun fait ce qu’il peut… Mais quand même, ces chiffres nous interrogent quant à la place que la Bible occupe dans notre vie de foi. D’autant que, toujours selon l’enquête Ifop, il y a quand même 24 % des protestants qui ne lisent jamais la Bible. Et ils sont même 9 % chez les protestants évangéliques !

La lecture et la méditation de la Bible, c’est un enjeu crucial de la vie chrétienne. Je vous propose de l’évoquer à partir d’un texte de la deuxième épître de Paul à Timothée :

2 Timothée 3.14-17
14 Mais toi, demeure ferme dans ce que tu as appris et accueilli avec une entière conviction. Tu sais de quels maîtres tu l’as appris. 15 Depuis ta tendre enfance, en effet, tu connais les saintes Écritures ; elles peuvent te donner la sagesse qui conduit au salut par la foi en Jésus Christ. 16 Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner la vérité, réfuter l’erreur, corriger les fautes et former à une manière de vivre conforme à ce que Dieu demande. 17 Ainsi grâce à elle, toute personne qui est au service de Dieu sera parfaitement préparée et équipée pour bien agir à tous égards.

 

Inspirée de Dieu… et alors ?

Le verset 16 est LE texte fondamental pour affirmer l’inspiration divine de la Bible. Une affirmation à laquelle, nous autres protestants évangéliques, sommes très attachés. Mais en affirmant l’inspiration divine de toute la Bible, on a tout dit… et on n’a rien dit !

On a tout dit parce qu’on affirme que la Bible n’est pas un livre comme les autres. Elle est l’expression de la révélation de Dieu. C’est Dieu qui nous parle par elle. Il a conduit et inspiré les auteurs humains, de différentes façons, si bien que la Bible peut être reçue comme la Parole de Dieu.

Mais on n’a rien dit si on s’arrête là… On manque peut-être l’essentiel si l’affirmation de l’inspiration de la Bible est tout ce qu’on dit de la Bible, si elle est considérée comme une fin en soi, un simple article de foi. “Je crois que la Bible est la Parole de Dieu”. OK… et alors ? Qu’est-ce que ça change pour toi ? Que fais-tu de cela ?

Notre préoccupation première par rapport à la Bible ne devrait pas être de défendre son authenticité, son autorité, son inspiration… elle se défend très bien toute seule. Notre principal souci devrait d’abord être de nourrir notre foi grâce à elle.

En réalité, il y a un petit mot très important dans ce verset 16. Un mot qui change tout. C’est le mot “utile”.

 

La Bible est utile

La Bible est utile. La lire nous est profitable. Le croyant en a besoin. C’est pour ça que c’est inquiétant quand un croyant dit qu’il ne lit jamais la Bible…

Si la Bible est utile, alors il faut l’utiliser ! Mais à quoi sert-elle ? L’apôtre Paul utilise quatre verbes au verset 16 : enseigner, réfuter, corriger et former.

  • La Bible nous enseigne. La connaître, c’est connaître la vérité révélée de Dieu. Plus on connaît la Bible, plus on connaît Dieu qui l’a inspirée.
  • La Bible réfute l’erreur. Elle permet de nous armer contre les attaques de ceux qui mettent en doute notre foi. Elle rend notre foi plus forte et solide, elle affermit nos convictions.
  • La Bible corrige les fautes. Elle nous permet de rectifier le tir lorsque nous nous écartons de ce que Dieu attend de nous. Elle agit un peu comme une boussole nous permettant de corriger la trajectoire de notre vie chrétienne.
  • La Bible nous forme. C’est le travail en profondeur de Dieu en nous. Ici, il ne s’agit pas seulement de ce que nous croyons mais de ce que nous vivons. C’est la valeur éducative de la Bible pour le croyant. Et il en a besoin tout au long de sa vie chrétienne.

La Bible est donc utile, pour le croyant, pour approfondir sa connaissance de Dieu, pour affermir sa foi, pour rectifier la trajectoire de sa vie et le faire grandir spirituellement. Ce n’est pas rien !

 

Pourquoi l’Écriture seule ?

Venons-en maintenant à la formule Sola Scriptura des Réformateurs. Pourquoi l’Écriture seule ? Que peut-on être tenté d’y ajouter ? Dans le contexte de la Réforme du XVIe siècle, c’était en particulier les traditions de l’Église, comprises comme des ajouts humains qui pouvaient prendre autant voire plus d’importance que le texte biblique.

a. L’Ecriture seule, c’est l’Écriture sans magistère

L’Ecriture seule, c’est l’Écriture sans magistère, sans une institution ou une personne disant comment elle doit être lue et interprétée. C’est l’Écriture elle-même qui est sa propre autorité et il n’y a aucune autorité humaine qui puisse se placer au-dessus d’elle pour dire comment la comprendre.

Attention toutefois, s’ils ne sont pas institutionnels chez les protestants, une certaine forme de magistère problématique existe sans doute. Il peut y avoir des Églises ou des enseignants qui ne laissent guère de marge dans la compréhension de la Bible et son message, s’assurant que chaque croyant marche droit, selon les prescriptions de l’Eglise. On ne laisse plus alors la Parole de Dieu nous interpeller, on l’enferme dans un schéma d’interprétation préconçu.

En tout cas, concrètement, l’absence de magistère invite le croyant à intégrer dans sa vie chrétienne un face-à-face avec l’Écriture, une lecture personnelle de la Bible. L’Ecriture seule, c’est passer du temps seul à seul avec l’Écriture…

b. L’Ecriture seule, c’est aussi toute l’Ecriture

L’Écriture seule, c’est aussi toute l’Écriture. D’ailleurs, on pourrait comprendre le verset 16 ainsi : “Toute l’Écriture est inspirée de Dieu.” D’où l’importance d’une vision d’ensemble et non fragmentée de la Bible. Citer des versets bibliques isolés est rarement pertinent. C’est même le meilleur moyen d’instrumentaliser la Bible et de lui faire dire ce qu’on veut.

C’est le principe de la Bible qui s’interprète par elle-même. Plus on a une connaissance globale de la Bible, plus on arrive à comprendre un texte en particulier. D’où l’importance aussi d’une lecture intelligente de la Bible qui tient compte de la richesse, de la diversité et de la complexité du texte biblique.

Il faut être conscient que toute lecture de la Bible implique une interprétation. Quand quelqu’un dit “moi je n’interprète pas la Bible, je la cite”, ou “ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Bible qui le dit”, ce n’est jamais neutre. C’est un choix d’interprétation de citer tel texte plutôt qu’un autre dans telle ou telle situation ! De même, prendre au pied de la lettre un texte biblique, c’est un choix d’interprétation. Une lecture littérale de la Bible peut se justifier dans certains cas mais elle est un contresens dans d’autres cas.

c. L’Écriture seule, ce n’est pas l’Écriture sans le Saint-Esprit

Le terme grec qu’on traduit pas “inspirée par Dieu”, theopneustos, signifie littéralement soufflée de Dieu et se réfère au souffle de Dieu, son Esprit. Il convient donc de souligner l’importance du Saint-Esprit dans notre lecture de la Bible. L’Écriture seule, ce n’est pas l’Écriture sans le Saint-Esprit !

Il est logique de considérer que le même Esprit saint qui a inspiré les auteurs bibliques nous permet de comprendre le sens des Ecritures pour nous aujourd’hui. Ou dit autrement : sans l’action du Saint-Esprit, lire la Bible n’aura pas plus d’effet sur nous que la lecture de n’importe quel livre. Ce qui peut être déjà pas mal ! Il y a des romans dont la lecture vous bouleverse… Mais pour expérimenter la Bible comme Parole de Dieu, il faut l’action du Saint-Esprit en nous.

 

Conclusion

Je ne sais pas à quelle catégorie de l’enquête vous appartenez quant à la lecture de la Bible… Mais je sais que même si vous êtes convaincus de l’importance de lire la Bible en tant que croyant, c’est souvent un sujet de frustration voire de culpabilité, parce qu’on a du mal à vraiment la lire autant qu’on le voudrait.

Mais si, comme le dit l’apôtre Paul, “Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner la vérité, réfuter l’erreur, corriger les fautes et former à une manière de vivre conforme à ce que Dieu demande.”, alors c’est une préoccupation qui doit être au cœur de notre vie chrétienne. L’Écriture seule, la Bible seulement, est l’autorité pour notre foi et notre vie chrétienne. Ne pas la lire, c’est prendre un risque pour notre foi, celui de ne pas la nourrir, l’affermir, l’approfondir… et du coup, de stagner spirituellement.

Cette Écriture, inspirée de Dieu, est vraiment utile, et même essentielle à notre vie chrétienne. Si notre bonne volonté ne suffit pas, tournons-nous vers le Seigneur. Car finalement c’est bien lui, le même Saint-Esprit qui a inspiré les Écritures qui pourra entretenir en nous ou nous faire retrouver le goût de la lecture de la Bible !

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