Déterminés à être heureux (Dieu, source de notre vitalité 1/4)

Qu’est-ce qui définit une vie réussie ? Pour certains, c’est le fait d’adhérer à un système de règles sociales, politiques ou religieuses. Pour d’autres, c’est ce qu’on a obtenu : argent, pouvoir, possessions matérielles, statut social… D’autres ne jureront que par la popularité, mesurée aujourd’hui au nombre de clics/likes sur les réseaux sociaux. D’autres encore se concentreront sur l’intensité des expériences vécues. Mais depuis quelques décennies, devant les errances politiques et religieuses, devant la vanité du consumérisme et l’instabilité de la popularité, une autre mesure tend à s’imposer pour qualifier une vie de réussie : l’expression de soi, le développement ou l’épanouissement personnel. De plus en plus, la réussite c’est le fait d’être en phase avec soi-même.

Ce refus du conformisme ou des apparences sonne assez juste, on ressent un désir d’authenticité rafraîchissant et libérateur. Pourtant, j’ai l’impression que parfois, c’est comme si nous devenions un petit monde clos : notre source est en nous, notre but est nous-mêmes, le moyen c’est le corps, les pensées, le quotidien, l’expérience. De soi à soi par soi. Je deviens mon propre champ d’accomplissement. C’est peut-être libérateur, mais poussé à l’extrême ça devient étroit et stérile.

Les textes bibliques abordent bien sûr la question du bonheur, de la vie réussie. J’aimerais en aborder un avec vous ce matin : le psaume 1. A la différence des autres psaumes, celui-ci n’est pas une prière ou un chant, mais un petit poème de sagesse composé en introduction du recueil des psaumes, à la spiritualité si foisonnante.

Lecture biblique : Psaume 1 (Bible du Semeur)

1 Heureux l’homme qui ne marche pas selon les conseils des méchants,

qui ne va pas se tenir sur le chemin des pécheurs,

qui ne s’assied pas en la compagnie des moqueurs.

2 Toute sa joie, il la met dans la Loi de l’Eternel, qu’il médite jour et nuit.

3 Il prospère comme un arbre implanté près d’un cours d’eau ;

il donne toujours son fruit lorsqu’en revient la saison.

Son feuillage est toujours vert ; tout ce qu’il fait réussit.

4 Tel n’est pas le cas des méchants : ils sont pareils à la paille éparpillée par le vent.

5 Aussi, lors du jugement, ils ne subsisteront pas,

et nul pécheur ne se maintiendra parmi la communauté des justes.

6 Oui car l’Eternel prend en compte la voie suivie par les justes  ;

mais le sentier des méchants les mène à la ruine.

Deux chemins

Ce psaume a bien pour but de nous encourager à suivre la voie du bonheur, de la réussite : la preuve, cette image de l’arbre planté près d’un cours d’eau, vert et fécond.  L’image semble peut-être anodine, dans notre région si verdoyante, mais dans un pays aride comme Israël, l’arbre près du cours d’eau, c’est le sommet de la plénitude, c’est tout ce dont un arbre peut rêver.

Alors comment aller vers le bonheur ? Dans ce psaume introductif, pas de nuance mais des grands principes – d’où le côté binaire très fort dans le psaume : il y a le bon chemin, et le mauvais. Sur le bon chemin, on arrive à la réussite, à la joie, à une vie qui tient la route et qui a du poids. En face, on trouve une vie inconsistante, vaine, frivole, sans racines et sans fruits, qui se dissout elle-même dans le néant (la ruine).

La clef : la relation avec Dieu

La différence entre les deux chemins ? C’est la relation avec Dieu. Pas ce qu’on possède, pas les apparences ni le conformisme social, pas non plus le taux d’expression de soi – la connexion à Dieu. Cette relation est nourrie du côté du croyant par le fait de se concentrer sur Dieu, de se laisser instruire par lui, de laisser la sagesse de Dieu irriguer sa vie. En face, Dieu répond en reconnaissant et en soutenant ce chemin du croyant. Il donne du relief à la vie, du sens et du poids.

C’est bien cette relation avec Dieu qui permet de recevoir le titre de « juste ». La justice ne vient pas de nous-mêmes, mais de Dieu : elle se reçoit dans la mesure où Dieu nous irrigue et nous conduit. Les problèmes et les injustices du monde ne sont pas qu’extérieurs : même en nous (d’abord en nous ?), il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Bien sûr, nous sommes imparfaits et limités, mais aussi en quelque sorte tordus, incapables de faire le bien que nous voudrions, et prompts à faire ce que nous savons inutile & destructeur (cf. Romains 6). Que se passerait-il si chacun de nous exprimait et assumait toutes ses pensées et ses moindres désirs ? Au-delà du fait que nous ignorons la vision d’ensemble ou les conséquences de nos actes, il faut bien admettre que nos pensées, rêves et désirs ne sont pas toujours innocents ! Nous avons besoin de Dieu parce que, livrés à nous-mêmes, nous finissons trop souvent par être vains et destructeurs.

C’est la relation avec Dieu qui nous rend justes. Et cette relation s’incarne en Christ : Dieu devenu homme pour vivre avec nous, et ultimément mourir pour nous, en assumant les conséquences de tout ce qui est tordu dans notre cœur et dans notre monde. Par la foi en Christ, nous sommes déclarés justes devant Dieu– sans rien mériter, avec seule prouesse d’avoir accueilli l’amour et le pardon de Dieu. Dieu nous conduit ensuite, avec patience, pour nous faire grandir et porter du fruit.

Quelle réussite ?         

Nous voir grandir et porter du fruit : c’est ça, la réussite. J’insiste, parce que l’affirmation « Tout ce que le croyant fait lui réussit » interroge. Dans les psaumes qui suivent, bien souvent le croyant sera interpellé par les difficultés qu’il rencontre, alors même que les gens sans foi ni loi semblent avancer dans la vie et prospérer tranquillement. Souvent la question de la justice reviendra : pourquoi les innocents souffrent-ils quand les coupables sont tranquilles ?  Notre vie présente le même constat : avoir la foi ne nous assure pas contre les souffrances ici-bas, que ce soit au niveau des finances, du travail, des relations, de la santé ou des accidents.

Le psaume se permet malgré tout d’affirmer la réussite, que Jésus clarifiera : ceux qui ont le cœur doux et humble, qui sont assoiffés de justice et nourris par la miséricorde de Dieu, vivront avec Dieu pour toujours (voir Matthieu 5.1-12). C’est l’espérance chrétienne : pas l’attente d’une récompense, comme des bons points pour nos bonnes actions ici, mais l’espérance d’une vie abondante, dans la présence de Dieu, pour toujours, au-delà des douleurs et lourdeurs du temps présent.

Mais la joie de la vie avec Dieu n’est pas réservée à l’au-delà : dès aujourd’hui, la relation avec Dieu redéfinit nos critères, et donc notre réussite. Dans la pauvreté, nous pouvons être généreux ; dans la richesse, être humbles ; face aux difficultés, perséverer ; dans la maladie, apprendre la patience. Parmi nos « héros » historiques (et c’est d’actualité avec les statues à garder ou pas), au-delà de la richesse ou de la popularité, c’est la valeur morale que nous admirons encore aujourd’hui – une vie féconde, bonne pour soi mais aussi pour les autres, est une réussite, même s’il y a des difficultés.

La détermination à marcher avec Dieu

Mais comment atteindre cette vie réussie, cette croissance et cette fécondité ? En fait, on ne peut pas. En tout cas,  pas directement.

Le psaume invite ici à nous concentrer sur la source de notre bonheur : notre relation avec Dieu – laissons la source de Dieu irriguer nos racines, et le reste suivra, comme le fruit naît naturellement d’un arbre sain.

1/ Nourrir notre relation avec Dieu. Ici, le psaume cite la Loi – pas seulement le Lévitique ! C’est la méditation de la Parole de Dieu, de sa volonté et de sa sagesse, dans le but qu’elle nous façonne peu à peu. Notons qu’il en tire de la joie, et du plaisir ! Même si la gratification n’est pas toujours immédiate, Dieu est la personne la plus extraordinaire qui soit : le connaître, méditer sur lui, mais aussi passer du temps avec lui, dans la prière, la louange ou simplement le silence, nous conduit dans sa joie.

2/ Choisir la cohérence. Agir en accord avec ses valeurs, mais aussi renoncer à tout ce qui peut nous détourner de Dieu. Ca peut être désagréable ou douloureux, mais c’est nécessaire, comme pour un arbuste dont on taille les branches mortes pour qu’il porte plus de fruit. (diapo v.1) Au v.1, le psaume met l’accent sur le refus du style de vie des pécheurs : il n’y a pas de demi-mesure dans la vie chrétienne, Dieu nous appelle à être déterminés pour le suivre à 100%. Je ne crois pas que l’enjeu soit ici les fréquentations, mais plutôt le choix de ce qui nous influence. Jésus était régulièrement avec des gens de mauvaise réputation, et pourtant il restait intègre. La question centrale, c’est ce qui nous influence : nos relations, oui, mais aussi ce que nous regardons sur internet ou à la télé, ce que nous lisons ou écoutons, les idées auxquelles nous donnons du crédit… Et quand ces influences entravent notre vie avec Dieu, il faut être prêt à prendre de la distance.

Peut-être vous sentez-vous loin de cet arbre feuillu, un peu sec ou désorienté. C’est peut-être l’occasion de se poser au moins la question : où j’en suis dans ma relation avec Dieu ? Et même si c’est juste la fatigue des mois passés ou simplement la pause estivale, ça vaut le coup de se poser régulièrement la question, comme un bilan annuel de santé : où j’en suis dans ma relation avec Dieu ?

  • Y a-t-il des chemins auxquels je dois renoncer? des chemins extérieurs (pratiques, fréquentations) ou des chemins intérieurs (amertume, colère, jugement, orgueil…) ?
  • En face, comment puis-je nourrir ma relation avec Dieu? Prier et lire sa Bible ne sont pas toujours évidents, surtout sur le long terme : qu’est-ce qui pourrait renouveler ma façon de faire ? Changer de traduction, trouver un plan de lecture ou un programme de prière ?… Ces pratiques ne sont pas qu’individuelles : Dieu nous parle et nous nourrit aussi dans la communauté, à travers l’autre, à travers son témoignage, son soutien, sa prière, sa vision des choses, ses conseils.

Dieu nous sauve pour une vie joyeuse et féconde, une vie bonne pour nous mais aussi pour les autres, dès aujourd’hui ! Il nous donne tant… Mais nous avons notre part : choisir de plonger en lui nos racines, accepter de couper les branches mortes. La bénédiction de Dieu ne passe pas par nos mérites ou notre efficacité, mais elle découle en partie de notre détermination à vivre auprès de lui. Que par son Esprit, Dieu nous fortifie dans notre détermination à le suivre – et qu’il nous bénisse !

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