Quand le Christ transforme le mariage

couple 2

Pour la prédication, j’ai choisi un des textes du jour, tiré de la lettre de Paul à l’église d’Ephèse. Après avoir décrit tout ce que Dieu a fait pour nous en Christ, Paul encourage les chrétiens à mener une vie digne de cette œuvre. Purifiés par le Christ, remplis de l’Esprit de Dieu, les chrétiens sont appelés à imiter Dieu dans tous les domaines de leur vie – dans la communauté de l’église, mais aussi dans leur mariage, leur famille, leur travail. Le texte sur le mariage montre comment le Christ transforme notre façon de vivre le couple. Mais si vous n’êtes pas en couple, ne partez pas ! Même quand Paul parle du mariage, il parle aussi aux autres et donne des pistes pour une vie qui honore Dieu.

Lecture (Bible en français courant)

21 [Dans l’église] Soumettez-vous les uns aux autres à cause du respect que vous avez pour le Christ.

22 Femmes, soyez soumises à votre mari, comme vous l’êtes au Seigneur. 23 Car le mari est le chef de sa femme, comme le Christ est le chef de l’Église. Le Christ est en effet le Sauveur de l’Église qui est son corps. 24 Les femmes doivent donc se soumettre en tout à leur mari, tout comme l’Église se soumet au Christ.

25 Maris, aimez votre femme tout comme le Christ a aimé l’Église jusqu’à donner sa vie pour elle. 26 Il a voulu ainsi rendre l’Église digne d’être à Dieu, après l’avoir purifiée par l’eau et par la parole ; 27 il a voulu se présenter à lui-même l’Église dans toute sa beauté, pure et sans défaut, sans tache ni ride ni aucune autre imperfection.

28 Les maris doivent donc aimer leur femme comme ils aiment leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même. 29 En effet, personne n’a jamais haï son propre corps ; au contraire, on le nourrit et on en prend soin, comme le Christ le fait pour l’Église, 30 son corps, dont nous faisons tous partie. 31 Comme il est écrit : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux deviendront un seul être. » 32 Il y a une grande vérité cachée dans ce passage. Je dis, moi, qu’il se rapporte au Christ et à l’Église.

33 Mais il s’applique aussi à vous : il faut que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que chaque femme respecte son mari.

Voilà un texte magistral, mais difficile à entendre. Ne serait-ce que pour l’expression « femme soumise », bien peu audible aujourd’hui. C’est typiquement le genre de texte qu’on ne lit pas de façon neutre : on y met nos présupposés, notre expérience, nos mauvais souvenirs, nos peurs aussi… Mais disons-le d’emblée : Paul n’encourage pas la tyrannie masculine, ni un modèle de femme transparente, effacée, sans voix ni volonté. Paul ne cherche pas non plus à flatter la société patriarcale de l’époque. En fait, à l’époque de Paul (1er s.) et en Asie mineure (Ephèse & environ), le contexte social est marqué par la diversité. Un bon nombre de foyers vivent sous l’autorité de l’homme qui est seul maître, seul agent moral, seul citoyen. Mais depuis quelque temps, certaines femmes, en particulier dans les milieux aisés : elles s’instruisent, elles travaillent, elles enseignent, on trouve même des femmes directrices d’établissement scolaire ou occupant un poste dans la municipalité. Et des mouvements religieux récents valorisent la place de la femme, parfois avec excès.

Dans son discours sur le mariage, Paul s’adresse à tous ces courants, qui ressemblent à ceux de notre société, où le machisme ordinaire côtoie le féminisme le plus exacerbé. Le texte de Paul choque son auditoire, à l’époque comme aujourd’hui, parce qu’il nous met au défi de vivre le mariage, non pas comme nos ancêtres l’ont vécu, non pas comme les têtes d’affiche le vivent, mais en imitant le Christ – et franchement, aucune culture, à aucune époque, n’a vécu cette réalité sans effort. Comme tout ce qui est saint et parfait, c’est inédit pour nous et nous avons besoin de laisser Dieu nous apprendre à quoi peut bien ressembler le mariage tel que lui le désire.

Paul s’appuie sur le parallèle biblique entre le mariage et l’alliance de Dieu avec son peuple, qui devient l’alliance du Christ avec l’Eglise, au point que Paul voit même dans la création du mariage (Gn 2) une annonce voilée de cette extraordinaire relation entre Jésus et l’Eglise : une relation d’intimité, d’unité, qui ressemble au lien entre la tête et le corps.

Aujourd’hui comme à l’époque, chaque couple a sa propre dynamique, certains plus comme ci, d’autres plus comme ça : Paul ne propose pas un carcan dans lequel tous doivent entrer, mais des principes larges qui nous interpellent tous, et même célibataires.

1) Deux je pour un nous – s’engager pour l’autre

Ce qui est frappant, c’est que Paul s’adresse à chacun en leur rappelant leur devoir à eux. Paul ne dit pas : « mari soumets ta femme, fais-toi servir ; femme, fais-toi honorer ». Mais il en appelle à ce que chacun peut faire, à son positionnement propre : ce n’est pas le mari qui soumet sa femme (avec les dérives qu’on peut imaginer) mais la femme qui se soumet, elle-même, volontairement. Ce n’est pas la femme qui manipule l’homme pour avoir ce qu’elle veut, mais l’homme qui de lui-même la chérit et prend soin d’elle. En fait, Paul invite chacun à s’engager lui-même dans le mariage, et non à engager l’autre à son service, comme un contrat où je le vire s’il ne correspond pas aux critères attendus. Chacun est appelé à se positionner devant l’autre, indépendamment de ce que l’autre mérite, parce qu’il veut manifester l’amour qui vient de Dieu.

Cet amour, c’est un amour qui se décentre pour se focaliser sur le bien de l’autre, un amour qui n’a pas peur de s’abaisser pour élever l’autre – c’est l’amour du Christ (Paul le décrit en Philippiens 2), c’est l’amour que nous sommes tous appelés à vivre, avec tous (dans des contextes adaptés). Le texte qu’on a lu dérive de ce principe général : soumettez-vous les uns aux autres. Tout amour soutient l’autre, le valorise, œuvre pour lui, est loyal, prend l’initiative de la réconciliation… Cette réciprocité vaut dans le couple : chacun œuvre pour l’autre, élève l’autre, en se mettant à son service, dans une dynamique féconde qui bénit et l’un et l’autre.

Cela dit, ce principe général n’exclut pas certaines spécificités, sinon on se serait arrêté au v. 21.

2) Les devoirs propres à chacun 

Paul décrit les devoirs propres à chacun ainsi, littéralement : la femme est invitée spécifiquement à se soumettre, càd à respecter son mari (v.33). Le mari est appelé spécifiquement à honorer sa femme, càd à l’aimer (v.33).

a. se soumettre / respecter

Commençons par ce que ce n’est pas : obéir [autre verbe], tout accepter, se laisser dégrader/ humilier, faciliter le péché de l’autre [ex : acheter alcool ou drogue pour addict]. Pourquoi Paul dit-il alors que la femme doit se soumettre « en tout » ? Paul insiste ici sur l’attitude générale, par défaut, de la femme. Parfois nous nous focalisons tellement sur les exceptions, légitimes, que nous en négligeons le principe. Enfin, la femme ne doit pas se soumettre à son mari comme à un dieu (ce serait idolâtre !) mais le respecter par égard pour Dieu.

Au minimum, je crois que ce texte nous interpelle, épouses, sur l’attitude que nous avons dans notre couple. Est-ce que j’ai l’impression de respecter mon mari ? (est-ce que lui se sent respecté ?) Est-ce que parfois je m’autorise à le dénigrer ou le rabaisser, est-ce que je passe mon temps à le critiquer, est-ce que je le brime ? Dans mes paroles, est-ce que je pique là où ça fait mal ? Quel regard je porte sur ce qu’il fait, sur son travail ou ses efforts ? Nous connaissons tant d’hommes tyrans, violents et dominateurs, que nous oublions parfois que les femmes aussi peuvent blesser, écraser, humilier leur époux. On ne répond pas à une dérive par une dérive inverse. Cultiver le respect, c’est chercher d’abord ce qui est beau chez notre époux, pour valoriser et soutenir ses dons, ses qualités, ses initiatives. De quoi peut-il être fier (et moi avec) ?

b. honorer / aimer

Et maintenant, le mari : la recommandation est trois fois plus longue :s Non pas que l’homme soit moins doué pour l’amour, mais Paul insiste ici car ce qu’il va dire, personne à son époque ne l’a dit – aujourd’hui il mettrait peut-être l’accent autre part.

L’épouse est semblable à l’église, qui suit de bon cœur le Christ. Le mari est semblable au Christ, la tête, le maître, le roi… le serviteur ! Celui qui exprime son autorité en s’abaissant pour laver les pieds de ses disciples, celui qui renonce à tous ses privilèges pour faire du bien à ceux qu’il aime.

Ca va sans dire : l’analogie avec le Christ ne touche pas le salut ! Vous n’êtes pas le sauveur ni l’espérance de votre femme, mais le mari doit imiter le Christ dans son attitude.

Paul prend l’image de la tête qui agit en communion avec son corps, càd pour le bien du corps et le sien : la relation est interactive. L’époux, la tête, le Christ ont pour points communs de protéger, soigner, nourrir, donner ce dont l’autre a besoin.

Et puisque le Christ s’est sacrifié par amour pour nous, l’époux est appelé à la même posture. Alors on pense aux situations dramatiques de vie ou de mort, où l’homme chevaleresque protège sa femme jusqu’à en mourir. Certes, mais c’est peu fréquent. L’interpellation retentit pour le quotidien : chers maris, comment honorez-vous votre épouse ? Comment vous mettez-vous à son écoute ? Que faites-vous pour elle ? Comment l’associez-vous à vos projets ? Est-ce que vous êtes submergés par les difficultés du quotidien, la pression au travail et le besoin de décompresser au point de devenir sourds à ses besoins à elle ? Honorer, aimer, ça peut être simplement de faire de votre épouse une priorité explicite dans votre quotidien, dégager du temps à passer avec elle – pour l’écouter, faire une activité commune, ou lui rendre service en la déchargeant d’une corvée (et lui montrer ainsi que vous êtes solidaires). Des sacrifices ordinaires qui n’en sont pas moins réels, puisque vous donnez de votre personne pour la faire passer devant.

3) Un mariage marqué par la grâce

Au-delà des indications spécifiques, Paul décrit surtout un mariage marqué par la grâce. Un mariage où on abandonne les luttes de pouvoir : il ne s’agit plus d’obtenir ou d’exiger, mais d’offrir, de s’offrir. Inspiré par l’amour du Christ, le mariage devient l’alliance de deux individus affirmés qui existent sainement par eux-mêmes, qui ne cherchent pas à s’opposer mais qui s’unissent l’un à l’autre sans réserves. Un mariage où l’un et l’autre œuvrent pour grandir ensemble, pour apprendre ensemble. Même si les mots sont différents, homme et femme sont appelés à veiller aux intérêts de l’autre, à entrer dans le service joyeux qui élève leur conjoint, quitte à renoncer à leur intérêt propre.

La perspective change : on passe des droits aux devoirs – et ça aujourd’hui c’est difficile à entendre, dans une époque où tout est dû, où nous exigeons beaucoup, où nous sommes très concentrés sur nos droits, et beaucoup moins sur nos responsabilités. Paul demande à chacun de devenir adulte : de sortir de l’attente où l’autre doit satisfaire tous mes désirs, pour prendre l’initiative d’aimer gratuitement mon conjoint.

Le mariage tel qu’il est décrit ici demande de laisser Dieu renouveler et transformer notre façon de voir les choses, nos réflexes, notre culture, nos attentes – pour le laisser modeler notre attitude, et faire de nous des personnes qui aiment, servent, élèvent leur prochain. Cette perspective-là, de responsabilité, d’initiative, de grâce, de service, que vous soyez mariés ou non, elle vous concerne ! Dans le couple, mais aussi en famille, avec les collègues, les amis, les voisins, en voiture, le Christ nous appelle chacun à l’imiter en toutes circonstances – c’est ainsi que nous pourrons vraiment faire l’expérience de son amour.

Prions : Ô Dieu, nous avons tellement besoin de ton Esprit saint. Viens transformer les couples que nous formons, apprends-nous à aimer et respecter comme toi, à valoriser notre moitié et à la servir de bon cœur. C’est notre prière pour chacun, couple ou célibataire : délivre-nous de l’égocentrisme, de l’orgueil, de l’appétit de pouvoir, et apprends-nous à encourager plutôt qu’écraser. Que nous soyons de ceux qui élèvent l’autre, et qui portent haut le flambeau de ton amour.

 

 

Pour aller plus loin :

Dr Emerson Eggerichs, L’amour et le respect, éd. Ministère Multilingue International, 2013 (sur la dynamique d’Ephésiens 5).

Gary Thomas, Vous avez dit oui à quoi ? et si Dieu avait imaginé le mariage pour vous rendre saint, éd. BLF, 2012 (sur le mariage comme lieu d’apprentissage de l’amour du Christ).

 

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