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Jésus, au cœur de notre humanité

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Je ne sais pas quel type d’écolier vous êtes/ étiez… Personnellement, jusqu’à mes derniers examens écrits, dans ma trousse trônait royalement… le tipex ! Ce liquide blanc qui permet d’effacer les erreurs d’inattention, les ratures, les fautes, etc. sans tout recommencer depuis le début. Essentiel, même quand on a fait 3 brouillons avant !

Dans la vie courante, combien de fois aimerait-on avoir un tipex symbolique, une gomme qui permette d’effacer ce qui ne va pas : nos conflits, nos blessures, nos incohérences, ce qui est déchiré, nos erreurs et nos fautes… Car même quand on sait ce qu’il faut faire, ou qu’on veut bien faire, on atteint rarement la cible du premier coup, et il faut se rattraper, gommer… Sauf que, comme sur nos feuilles d’écolier, le résultat est rarement propre : il y a des couches de blanco, ou du grisâtre si vous avez gommé, du papier froissé…  Alors qu’on aspirerait à un nouveau départ, bien propre, bien net !

A l’époque de Jésus, le peuple juif, attendait lui aussi quelqu’un pour les débarrasser de tout ce qui n’allait pas : les souffrances dues à l’oppression romaine, les compromis spirituels, les errances morales et sociales…

Matthieu, comme les autres disciples de Jésus, reconnaît en Jésus ce sauveur espéré. Quand il écrit son Evangile, la biographie de Jésus, il introduit sa naissance en jetant un regard sur le passé, avec une forme qui nous paraît assez rébarbative aujourd’hui, mais qui était classique à l’époque : la généalogie – comme on dessinerait un arbre généalogique pour montrer tout ce qui précède la personne qui nous intéresse.

Lecture biblique : Evangile de Matthieu, 1.1-17

1 Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham.

2 Abraham engendra Isaac ; Isaac engendra Jacob ; Jacob engendra Juda et ses frères ; 3 Juda, avec Tamar, engendra Pharès et Zara ; Pharès engendra Hesrom ; Hesrom engendra Aram ; 4 Aram engendra Aminadab ; Aminadab engendra Naassôn ; Naassôn engendra Salmôn ; 5 Salmôn, avec Rahab, engendra Booz ; Booz, avec Ruth, engendra Yobed ; 6 Yobed engendra Jessé ; Jessé engendra le roi David. 

David, avec la femme d’Urie, engendra Salomon ; 7 Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abiya ; Abiya engendra Asaph ; 8 Asaph engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Ozias ; 9 Ozias engendra Joatham ; Joatham engendra Achaz ; Achaz engendra Ezéchias ; 10 Ezéchias engendra Manassé ; Manassé engendra Amos ; Amos engendra Josias ; 11 Josias engendra Jékonia et ses frères au temps de l’exil à Babylone.

12 Après l’exil à Babylone, Jékonia engendra Salathiel ; Salathiel engendra Zorobabel ; 13 Zorobabel engendra Abioud ; Abioud engendra Eliakim ; Eliakim engendra Azor ; 14 Azor engendra Sadok ; Sadok engendra Akhim ; Akhim engendra Elioud ; 15 Elioud engendra Eléazar ; Eléazar engendra Matthan ; Matthan engendra Jacob ; 16 Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, celui qu’on appelle le Christ.

17 Il y a donc en tout quatorze générations depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations depuis David jusqu’à l’exil à Babylone, et quatorze générations depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ.

L’Espoir des hommes

Comme avec un arbre généalogique, mais en partant du haut, Matthieu retrace les ancêtres de Jésus – en insistant sur la filiation paternelle. C’est un procédé classique de la culture antique, surtout juive, qu’on retrouve dans la Genèse, ou les Chroniques royales de l’AT, et même dans l’Evangile de Luc (ch.3).

Par ce moyen, Matthieu met l’accent sur l’enracinement historique et humain de Jésus, homme parmi les hommes. Il y a une petite allusion, à la fin (v.16), sur le fait que Joseph est le père légal, adoptif, de Jésus, mais pas son père naturel… Jésus est d’origine divine – tous ses disciples l’ont vu, ils l’ont expérimenté, et c’est ce qui les a poussés à transmettre avec autant d’audace leur joie de voir Dieu venir parmi les hommes. Pour autant, lorsque Matthieu écrit sa biographie de Jésus, il insiste en premier sur son humanité – pour ne pas qu’on l’oublie ! Ce qui impressionne les disciples, ce n’est pas que Dieu se manifeste dans le monde (il l’a déjà fait ! plein de fois !) mais qu’il entre pleinement dans l’humanité.

Matthieu divise cette histoire du peuple juif en trois grandes périodes : d’Abraham au roi David (le temps des patriarches, de la promesse, des premiers pas) ; du roi David à l’exil du peuple à Babylone (le temps des rois, une période avec gloires et corruptions, ces dernières étant si fortes qu’elles conduisent à la défaite du pays) ; puis, de l’exil jusqu’à Jésus, le temps de la reconstruction timide du pays, et l’attente d’une vraie restauration.

Dans cette grande galerie, deux figures sont mises en avant : Abraham, qui a tout quitté pour suivre Dieu, et David, le premier roi fidèle, qui a structuré le pays. Héritier d’Abraham, le grand croyant, et de David, le grand roi, Jésus a toutes les caractéristiques pour être l’Espoir du peuple juif.

          Un nouveau commencement

Quelques mots sur les remarques de Matthieu qui encadrent cette généalogie (v.1, v.17).

Pour une fois, on va jouer avec les nombres ( !) :  3 x 14, c’est 3 x (2 x 7). Or dans la spiritualité juive, le 7 est le chiffre de la plénitude, de la totalité – avec p. ex. la semaine de 7 jours, composée de 6 jours de labeur et 1 jour de repos, le sabbat, le temps où l’on se repose dans la présence de Dieu. Donc là, c’est comme si on avait 6 périodes de 7 générations, et qu’on entrait dans la 7e… Ramené à une semaine, c’est comme si on entrait dans le 7e jour, le jour du repos… C’est une nouvelle étape, qui tranche fortement avec les étapes précédentes, tout comme les jours de congé tranchent sur la semaine de travail. Le repos arrive, le vrai repos, dans la présence de Dieu !

Et pour insister encore sur cette notion de nouveau départ, Matthieu utilise une expression étrange : « généalogie de Jésus-Christ », qui en grec fait référence au récit de la création du monde en Genèse 2.4 « Voilà la généalogie du ciel et de la terre, quand ils furent créés. Au jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel,… » L’arrivée de Jésus est tellement un nouveau départ que c’est presque une nouvelle création, un deuxième Big Bang ! Cet homme bien humain, bien enraciné dans son peuple, apporte quelque chose de tout à fait inédit.

Une humanité pleinement assumée, avec ses promesses et ses drames

Penchons-nous maintenant sur les portraits qui figurent dans l’arbre généalogique de Jésus. Si vous deviez parler de vos ancêtres, qui voudriez-vous mentionner ? Quel héritage viendriez-vous revendiquer, assumer, devant tous ?

Les patriarches cités évoquent des chemins de fois, mais aussi des conflits entre frères, des difficultés de couple, de jalousie, de problèmes d’héritage, de stérilité… Quant aux rois cités, il n’y a pas que les bons qui apparaissent ici ! Matthieu cite autant les rois fidèles (Yotam, Ezechias, Josias p. ex.) que les rois corrompus (Ahaz, Amôn…). Comme pour dire que Jésus assume son héritage, l’histoire, l’historique de son peuple, typique de notre humanité avec ses gloires et ses déboires, ses raccourcis et ses travers.

Ce qui étonne, dans cette généalogie, c’est quand même la mention des femmes. Normalement, les généalogies ne citent que les pères, dont on hérite, mais Matthieu ici pointe 4 femmes – qui nous préparent à la spécificité de Marie, mère de Jésus, croyante disponible à l’action du Saint Esprit pour créer ce sauveur espéré.

Que dire de ces femmes ?

Tamar est la belle-fille de Juda (Gn 38), deux fois veuve: sans héritier, elle réclame un troisième époux pour perpétuer la lignée, mais Juda craint de perdre d’autres fils. Sous un subterfuge douteux, elle manipule Juda pour enfanter un héritier et recevoir son dû.

Rahab, prostituée en terre païenne (Jéricho) (Josué 2, 6) reconnaît de loin la grandeur du Dieu qui a délivré Israël d’Egypte et elle risque tout pour favoriser leur victoire – à cause de sa foi, malgré ses origines, elle entre dans le peuple.

Ruth, une autre étrangère, dans un contexte de famine, qui se dévoue à sa belle-mère juive dans un bel exemple de fidélité : par elle, Dieu apportera consolation et espérance à la famille.

La dernière, qui n’est même pas nommée, Bathsheba, épouse de l’étranger Urie, un soldat de grande valeur dans l’armée du roi David. Alors qu’Urie est au front, David réquisitionne Bathsheba pour son plaisir, et il fait assassiner Urie pour éviter sa jalousie (2 S 11).

Ces femmes sont différentes, mais on peut relever quelques thèmes dominants : l’inclusion d’étrangères dans le peuple, qui annonce la mission universelle de Jésus – il est l’Espoir des Juifs, mais ce qu’il apporte est tellement grand que ça touche le monde entier.

La prédominance de la foi pour entrer dans le peuple de Dieu, qui sera au cœur du message de Jésus.

Et puis cette histoire pleine de secrets, de ratures, dont Jésus se fait l’héritier. Il n’efface pas, comme avec du blanco, nos dossiers honteux : il les assume ! il s’en charge pour proposer un nouveau chemin à partir de là.

Sur son arbre généalogique, tout est assumé : gloires et déboires, raccourcis et travers, espoirs et hontes. Et si Jésus assume l’héritage de ses ancêtres, s’il s’en rend solidaire, il peut aussi le faire avec ses contemporains ou les générations suivantes, comme nous… Oui Jésus nous rejoint dans notre famille humaine pour nous montrer le chemin vers la famille de Dieu… Alors ce n’est peut-être plus un arbre généalogique, mais on peut se représenter cette famille comme une galerie de portraits sur le mur, comme il y a peut-être chez vous (?), une galerie de bien-aimés.

 

Entrer dans la galerie de portraits

Notre monde, notre société, notre vie personnelle, trouvent un écho cette généalogie de Jésus, et nous trouvons un espoir dans cette vérité : Dieu n’est pas effrayé par nos chaos. En Jésus, il montre qu’il se remonte les manches et plonge ses mains en plein dans le cambouis de notre vie… Rien n’est trop compliqué, tortueux ou sombre face à sa lumière…

Un monsieur avec qui j’ai covoituré une fois m’a demandé 4 fois pendant le trajet s’il pouvait venir à l’église : les bras croisés, presque prostré, il me redisait à chaque fois : « mais moi je ne suis pas parfait !… » Sous-entendu, je ne suis pas assez bien pour Dieu. Certes !… Qui l’est ?! La bonne nouvelle que vient porter Jésus, c’est que Dieu n’attend pas que nous soyons dignes de lui pour nous aimer : il nous rejoint aujourd’hui dans ce que nous vivons, dans ce que nous sommes.

Si vous êtes sortis du cadre, que vous vous sentez trop laids pour Dieu, peu présentables, ou que vous n’êtes pas comme vous aimeriez être, le message de Matthieu c’est que Jésus vous accueille comme vous êtes, et vous fait une place dans la galerie des bien-aimés de Dieu.

Oui, Jésus nous propose un nouveau départ. Mais ce n’est pas à nous d’effacer, maladroitement, avec de la gomme ou du tipex qui ajoutent encore des taches à notre feuille – c’est lui qui assume, qui absorbe, nos erreurs, nos ratures, nos fautes, pour que nous puissions avoir un portrait sans tache dans la galerie des bien-aimés de Dieu. Il assume nos « dossiers » en venant dans notre humanité, mais le moment définitif, qui scelle cet effacement, c’est la mort sur la croix, où il assume devant Dieu toutes nos taches. Parce qu’il subit les conséquences de nos fautes, parce qu’il les couvre de son innocence, parce qu’il nous offre en échange l’héritage de la vie avec Dieu, un vrai nouveau départ est possible, en communion avec Dieu.

A une condition : que nous fassions le pas de la foi. Pour reprendre l’image de la galerie de portraits : tout est prêt sur le mur de Dieu – l’emplacement, le clou, le cadre… Mais nous devons apporter notre photo. Simplement la donner, même si elle est laide, froissée, pliée, tachée : Jésus, le Sauveur, assume, absorbe, transforme notre portrait imparfait pour le faire trôner, dignement, dans la galerie des bien-aimés de Dieu.

Partager le réconfort que Dieu nous offre

Regarder la vidéo du culte ici.

Se tourner vers Noël, c’est reconnaître que Dieu nous rejoint à travers le Christ pour mettre sa lumière dans nos ténèbres, et nous conduire dans son amour. Dès aujourd’hui dans notre monde troublé, et pour l’éternité dans la présence de Dieu. Ce sont nos ténèbres intérieures, bien sûr, ce qu’on appelle le péché, ces marécages spirituels qui nous embourbent et nous empêchent de vivre pleinement dans la justice et la paix. Et ces ténèbres nous débordent, elles touchent les autres par nos actions individuelles et nos systèmes collectifs, aux retombées morales, politiques, sociales, sanitaires, écologiques…

Lorsque nous recevons ou que nous avons reçu le Christ comme lumière dans notre vie, spontanément nous aimerions qu’il dissipe entièrement et instantanément toutes ces ténèbres, qu’il nous en délivre totalement. Or la Bible affirme la patience de Dieu, qui agit en plusieurs temps : d’abord il fait briller sa lumière comme une bougie dans la nuit, d’abord il nous rejoint à travers le Christ pour nous annoncer la bonne nouvelle de son amour infaillible, il appelle à lui tous ceux qui ont soif de sa paix, et un jour, comme un soleil, il dissipera complètement les ténèbres. Nous sommes dans l’entre-deux, et la période de l’Avent qui nous tourne vers la lumière de Noël nous invite à nous rappeler cette réalité de l’entre-deux : la lumière de Dieu a brillé, et nous attendons qu’elle dissipe pleinement les ténèbres de notre monde. Comment vivre dans cet entre-deux prometteur mais inconfortable ? C’est toute la question !

Lorsque l’apôtre Paul écrit aux chrétiens de Corinthe, il évoque en partie cette question. Les Corinthiens auraient aimé vivre déjà en plein soleil, sans problème ni souffrance. Ils avaient envie de force, de triomphe, de victoire : après tout, Jésus est ressuscité ! Il a vaincu la mort ! Qu’est-ce qui peut bien lui résister ? Du coup, les Corinthiens se font influencer par des genres de gourous qui font miroiter une vie chrétienne uniquement puissante, miraculeuse, impressionnante. Et ils reprochent à l’apôtre Paul sa simplicité, son humilité, et même ses difficultés en tant que prédicateur de l’Evangile, qu’ils attribuent à sa faiblesse et peut-être à un manque de hauteur dans l’expérience spirituelle. Dans ce contexte assez tendu, Paul leur écrit pour défendre son ministère, et, surtout, pour dissiper les malentendus par rapport à ce qu’est la vie avec le Christ. Et ce faisant, il vient nous éclairer nous aussi sur la façon de vivre avec lui dans cet entre-deux.

 

Lecture biblique : 2e lettre de Paul aux Corinthiens 1.3-7

3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de tout réconfort ; 4 il nous réconforte dans toutes nos détresses, pour nous rendre capables de réconforter tous ceux qui sont en détresse, par le réconfort par lequel Dieu nous réconforte nous-mêmes. 

5 De même, en effet, que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre réconfort. 

6 Sommes-nous en difficulté ? C’est pour votre réconfort et votre salut. Sommes-nous réconfortés ? C’est pour votre réconfort qui vous fait supporter les mêmes souffrances que nous endurons nous aussi. 

7 Et notre espérance à votre égard est ferme ; nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagez aussi notre réconfort.

          Vivre le réconfort de Dieu     

Ici, le mot-clef, c’est réconfort ! Paul ne saurait être plus clair ! Dès l’ouverture de sa lettre, qui commence comme c’est l’usage, avec une prière de remerciement envers Dieu, Paul insiste sur le réconfort que Dieu accorde.

Et ce réconfort, Paul l’a reçu dans toutes sortes de détresses. On pense bien sûr à l’opposition rencontrée pour annoncer le message du Christ : le mépris, les calomnies, les arrestations, les emprisonnements, les sévices physiques, mais aussi les trahisons de certains collaborateurs, les conflits, les accidents sur son parcours (p. ex. le naufrage à Malte en route vers Rome), la pauvreté quand il a manqué de soutien financier pour la mission… Tout cela prend du sens parce qu’il le fait pour que d’autres puissent découvrir l’amour du Christ. Au-delà même, on sait que Paul a eu des problèmes de santé ou a souffert de voir ses collaborateurs malades : pas besoin d’être missionnaire pour vivre ce genre d’épreuves !

Dans toutes ces détresses, plus ou moins liées à sa mission de prédicateur, Paul reconnaît le parallèle avec ce que le Christ a souffert lui-même, jusque dans la mort. Ces détresses ne sont pas un échec dans la mission, mais le chemin qui se trace dans un monde abîmé, souffrant et violent : le Christ a plongé la tête la première dans cette détresse, pour ressortir, de l’autre côté, vivant, ressuscité, porteur d’espoir. Le Christ n’est pas passé directement au triomphe, mais il enduré la mort sur la croix avant de revenir à la vie.

Dans cette proximité avec le Christ, Paul reçoit le réconfort de Dieu. A partir de l’original (paraklèsis en grec), on pourrait dire réconfort, encouragement, consolation. C’est le soutien de quelqu’un qui vient à nos côtés pour nous relever. Il y a à la fois une présence attentive, qui fait qu’on n’est plus seul à traverser la difficulté, et un courage renouvelé, comme un tonus ou un ressort qui permet de se relever pour avancer. Et ça, Paul l’expérimente avec Dieu.

Si on glane dans ses lettres, on comprend que parfois Dieu a parlé directement pour l’éclairer ou le rassurer : nous aussi, Dieu peut nous parler par des versets, des paroles d’autrui bien inspirées, des images, ou simplement une idée qui nous percute. Dans d’autres cas, Dieu intervient dans une situation et montre ainsi qu’il est bien présent : combien c’est motivant pour nous de le voir à l’œuvre ! Et puis, parfois, c’est un simple sentiment, diffus : la paix, la sensation d’être protégé ou aimé ou porté…

Pour Paul, les difficultés de vie ne sont donc pas une preuve d’échec (sinon le Christ a échoué aussi !) mais l’occasion de découvrir une nouvelle facette de la miséricorde de Dieu, de son amour. On le dit de nos amis : c’est dans la difficulté, la pauvreté, qu’on découvre ses vrais amis. Et si vos proches se sont montrés fidèles dans le malheur, vous avez tissé des liens uniques, forts, qui vous tiennent encore par la suite. L’épreuve de vie est terrible, mais Dieu s’y révèle comme un véritable ami, en nous apportant un réconfort qu’on n’aurait jamais pu connaître dans le bonheur, parce qu’on n’en avait pas besoin.  Pour le dire autrement, c’est quand on a les mains vides qu’on peut recevoir de nouvelles grâces…

Remarquez que Paul ne se demande pas « pourquoi » il passe par les détresses, mais qu’il se concentre sur « pour quoi ». Il n’est pas focalisé sur la cause, dans le passé, mais sur l’impact de ce qu’il vit, dans l’avenir. Sans justifier les horreurs vécues (à aucun moment il ne minimise la souffrance endurée ou la responsabilité de ses tortionnaires), mais de façon pragmatique, il cherche le bien qui pourrait en sortir malgré tout : ce qu’il peut recevoir de la part de Dieu et ce qu’il peut partager à son tour.

Il y a une béatitude qui ne vient pas de la Bible mais qui colle bien avec l’idée de Paul : « Heureux les fêlés car ils laisseront passer la lumière » (Michel Audiard). Lorsqu’on voit nos propres fêlures, ce qui a été brisé en nous, les séquelles de nos épreuves, on peut se lamenter de notre faiblesse ou de notre souffrance, mais Paul a expérimenté que c’est dans la faiblesse qu’il a reçu la force de Dieu (2 Co 12.10 c’est quand je suis faible que je suis fort). Et cette force, il la rappelle à d’autres.

 

Témoigner de la lumière de Dieu en partageant son réconfort

Alors, avec qui partager ce réconfort, et comment ?

Déjà, avec ceux qui partagent notre foi, comme Paul avec les chrétiens de Corinthe. Nous pouvons témoigner du réconfort en Christ à ceux qui marchent (et souffrent) avec le Christ.

Est-ce si simple ? Pour celui qui a besoin de réconfort comme pour celui qui réconforte, il faut assumer sa vulnérabilité, accepter de briser l’image lisse qu’on renvoie pour dévoiler ce qui nous a brisés ou montrer nos cicatrices. Et cela exige de se connaître et de se faire confiance. Se dire bonjour le dimanche matin ne suffit pas ! Il faut une relation assez intime pour se dévoiler. Alors pas besoin d’être intime avec tous – c’est impossible – mais avoir une ou deux personnes avec qui on peut parler de ce que l’on vit, de ce qui nous met mal à l’aise, et chercher ensemble le réconfort de Dieu. Pour connaître ne serait-ce qu’une ou deux personnes, il faut s’engager un minimum, rester un peu à la fin du culte, rester à un repas, participer à une activité, rejoindre un groupe : pas pour faire plaisir au pasteur ! Mais pour rencontrer d’autres avec qui on pourra échanger, recevoir et donner le réconfort de Dieu.

Rappelons-le, sur le terrain de l’encouragement, l’humilité est indispensable. Aucun parcours n’est le même, Dieu a mille façons de réconforter, et on ne peut pas/ on ne doit pas ! imaginer que ce qui nous a consolés est la recette qui vaut pour tous. Mais avec tact et humilité, on peut toujours écouter (déjà ça c’est énorme ! le nombre de fois où l’on se dévoile et l’autre panique, renvoie une réponse maladroite pour couper court au malaise, et s’en va ! rien que d’être entendu et d’avoir l’impression de ne pas porter seul ce fardeau, c’est énorme !) donc écouter, chercher à comprendre, chercher à soutenir, et rappeler que Dieu est fidèle et fiable. Et, comme un exemple de réconfort reçu, évoquer, si l’autre est réceptif, notre expérience particulière.

Faut-il s’arrêter au cercle chrétien ? Je ne crois pas. Tout le monde passe par des difficultés, tous ont besoin d’encouragement. Notre société est en manque terrible de consolation : bien des ados sont en détresse, bien des employés souffrent du surmenage, sans parler des situations de trauma, isolement, harcèlement, dépression, angoisse… Christophe André, un psychiatre plein de bon sens, a publié cette année un livre consacré à la consolation et ça fait un tabac, parce qu’un grand nombre en a terriblement besoin !

Dans notre façon de parler avec notre entourage, nous pouvons témoigner du réconfort que Dieu nous apporte. Le témoignage ce n’est pas que parler de sa conversion ! On peut évoquer simplement l’effet de la présence de Dieu dans telle ou telle situation, la réalité de son amour, la force de l’espérance qu’il nous donne. Ca demande un effort pour se dévoiler, surtout si on est pudique comme moi, mais ça peut être un petit lien, une petite ouverture, pour montrer la présence de ce Dieu qui nous réconforte.

Et avec nos paroles, par nos actes, nous pouvons puiser au réconfort reçu pour encourager les autres. Montrer de la patience à un collègue débutant, envoyer un mail ou dire un petit mot d’appréciation à une chef de service qui gère surtout les problèmes, proposer à un voisin éprouvé d’aller boire un café (ou une bière), etc.

Alors pour certains, c’est plus naturel, mais peu importe d’où on part, tous, quel que soit notre âge, notre état de santé, notre niveau de vie ou nos capacités intellectuelles, tous nous pouvons encourager, au nom du réconfort et de l’espérance que Dieu nous offre en Christ, au nom de son amour qui nous rejoint pour ne plus nous lâcher. Si nous avons expérimenté l’amour et l’encouragement de Dieu en Christ, même si c’est juste une toute petite flamme, nous avons un trésor à partager ! A Noël, on court partout pour les cadeaux, mais l’encouragement, c’est un cadeau inestimable !

Au début, je posais la question de la vie dans l’entre-deux, dans la nuit qui précède le jour. La lumière de Dieu nous rejoint, à travers le Christ. Aujourd’hui, il allume des petites bougies dans ce que nous traversons : alors qu’il nous aide à partager cette lumière, que rien ne peut épuiser !