Archives de catégorie : Prédication dimanche matin

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Gloire au Créateur !

 

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Lecture biblique : Genèse 1.1-31

On ne peut pas tout dire de ce texte. Il est trop riche. On peut s’émerveiller de sa beauté, de sa force, de sa poésie. On peut y chercher une vision du monde, une réflexion sur notre place dans l’univers. Certains essayent de le confronter aux théories scientifiques sur l’origine de l’univers et de la vie… mais je ne suis pas convaincu que ce soit pertinent : ce chapitre n’a rien d’un traité scientifique.

Il me semble qu’il s’agit avant tout d’un hymne à la gloire du Dieu Créateur. Et c’est ainsi que je vous invite à le considérer… et l’on se rendra compte que ce texte a beaucoup à nous dire sur Dieu !

Dieu est libre et généreux

Commençons par le premier verset. On pourrait faire toute une prédication, voire une série de prédications, sur cette seule phrase, la première de la Bible : « Au commencement Dieu crée le ciel et la terre. »

Le choix de la version Parole de Vie de traduire le verbe au présent me paraît excellente. Bien sûr, on parle d’un événement passé : les origines de l’univers. Mais ce monde créé dans lequel nous vivons est bien l’expression d’un Dieu qui, part nature, est Créateur. Au commencement Dieu crée…

Dire qu’il y a un Dieu créateur de l’univers n’est pas qu’une affirmation philosophique abstraite. Cela nous dit déjà quelque chose de qui est ce Dieu, surtout quand on considère comment la Genèse nous présente ce Dieu Créateur.

C’est un Dieu libre et généreux. Il est libre parce qu’il ne crée pas par nécessité ou contrainte. Il y a des cosmogonies qui parlent des dieux qui s’ennuient et qui décident du coup de créer le monde et les humains pour se divertir, ou s’occuper. La Genèse nous parle d’un Dieu qui, par nature, est Créateur. Non par nécessité mais par amour, il crée, il suscite la vie. Et il est généreux parce qu’il ne crée pas chichement : il fait un monde riche et abondant, un monde foisonnant et beau.

Dieu est libre et généreux, il le manifeste dès la première page de la Bible, et il le démontrera de multiple manières tout au long de l’histoire biblique. En réalité, nous avons déjà ici, au moins de façon embryonnaire, l’expression de la grâce de Dieu. C’est bien dans la grâce de Dieu que se manifeste dans toute sa splendeur, à la fois la liberté et la générosité de Dieu.

Dieu est grand

Toujours dans le premier verset de ce texte, la Genèse dit que Dieu crée le ciel et la terre. La terre, c’est notre maison. C’est le monde que nous connaissons, le sol sur lequel nous marchons. Le ciel c’est toute cette partie de la création qui nous échappe, qui est au-dessus de nos têtes. Et ce n’est pas le fait qu’aujourd’hui nous sachions voler (avec des avions ou même des fusées) qui change grand chose. Même les sondes spatiales que nous avons envoyées aux confins de notre système solaire n’ont fait qu’un saut de puce dans l’immensité de l’univers.

Dieu crée le ciel et la terre, le monde visible et invisible. Dieu est grand ! Il est plus grand que l’univers entier qu’il a créé. Et plus nous connaissons ce monde, grâce aux découvertes scientifiques, plus le Dieu qui l’a créé nous apparaît grand ! Car il y a non seulement l’infiniment grand de l’univers mais aussi l’infiniment petit, que nous continuons l’un et l’autre d’explorer sans encore le comprendre.

Le Dieu Créateur est grand, infini et sa création en témoigne, par l’infiniment grand et comme l’infiniment petit. Et l’on pense ici à ce que l’apôtre Paul disait aux chrétiens de Rome, à propos de Dieu :

Romains 1.20
Ce qui chez lui est invisible — sa puissance éternelle et sa divinité — se voit fort bien depuis la création du monde, quand l’intelligence le discerne par ses ouvrages…

Dieu recherche l’harmonie

Une autre leçon que ce texte nous apprend sur Dieu découle de la façon dont il crée. Dès son deuxième verset, le texte s’ouvre sur une évocation du chaos et du vide, au-dessus duquel l’esprit de Dieu se tient, prêt à entrer en action :

Genèse 1.2
« La terre est comme un grand vide. Elle est dans la nuit. Une eau profonde la recouvre. Le souffle de Dieu se tient au-dessus de l’eau. »

Et lorsque Dieu se met au travail, il met de l’ordre dans le chaos, il suscite la vie et l’abondance dans cet océan primitif sombre et vide.

D’abord, dans les trois premiers jours, il crée le cadre de vie : le jour et la nuit, le haut et le bas, la mer et la terre ferme, recouverte d’arbres et de fruits. Et une fois que le cadre est créée, il suscite la vie et remplit le cadre de ses habitants : le soleil et la lune pour le jour et la nuit, les oiseaux et les animaux marins, pour le haut et le bas, tous les mammifères, l’homme y compris, pour habiter la terre.

Et quel contraste entre le chaos du verset 2, et le foisonnement de vie à l’issue du sixième jour ! Quel contraste entre cet océan primitif froid et vide et la création belle et harmonieuse à la fin du processus ! Quelle impression d’harmonie et de paix !

Dieu est un Dieu de paix. Vous savez peut-être que le mot hébreu shalom, que l’on traduit habituellement par la paix, est très riche de sens. Il évoque certes la paix, mais aussi la plénitude, l’accomplissement, l’harmonie.

Dieu est un Dieu de paix, qui cherche toujours à mettre l’harmonie là où règne le chaos. On le voit ici, dès son œuvre de création. On le verra dans toute l’histoire biblique où il n’a de cesse de vouloir rétablir la relation brisée avec ses créatures, réparer le chaos que les hommes provoque, dans leur révolte.

Dieu achève ce qu’il commence

Lorsqu’on considère ensuite la façon dont cet hymne évoque les actes créateurs de Dieu, on voit un Dieu qui achève ce qu’il commence, et qui le fait consciencieusement. Il s’assure à chaque étape que ce qu’il a fait est réussi.

A la fin de chaque jour, Dieu regarde son oeuvre et vois que c’est bon. Et c’est seulement quand il est satisfait de ce qu’il a fait qu’il passe à l’étape suivante. Il regarde. Il voit que c’est bon. Il y a un soir et un matin. C’est la fin d’un jour, passons à l’étape suivante ! Et quand il arrive à la dernière étape, à la fin du sixième jour, il peut dire que c’est très bien. Il a vraiment achevé ce qu’il a commencé à faire.

Ici encore nous pouvons dire que cette caractéristique de Dieu, nous la retrouverons tout au long de l’histoire biblique. Où on voit le Seigneur accomplir, étape après étape, patiemment, son projet de salut pour le monde. De Noé à Abraham, de David à Jean-Baptiste, jusqu’à son accomplissement, dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Et cela est tellement lié à la personne même de Dieu que Paul peut dire, avec assurance, aux chrétiens de Philippe :

Philippiens 1.6
Je suis sûr d’une chose : Dieu qui a commencé en vous un si bon travail va le continuer jusqu’au bout, jusqu’au jour où le Christ Jésus viendra.

Dieu a un projet particulier pour les humains

Et justement, puisqu’on parle des humains, il faut mentionner le fait qu’il y a, au cœur de cet hymne au Créateur, une place particulière réservée aux humains. Ils y apparaissent à la fois comme des êtres à part (ils sont les seuls dont on dise qu’ils sont créés en image de Dieu) et des êtres comme les autres (ils sont créés le 6e jour, comme tous les autres mammifères, ils n’ont pas de jour spécifique qui leur est dédié). Solidaires de toute la création, être vivant parmi les autres êtres vivants, nous sommes aussi liés de manière particulière à notre Créateur.

Dès la première page, la Bible affirme que Dieu a un projet particulier pour les humains. Ils ont leur place dans ce récit en tant qu’image de Dieu, comme empreinte de Dieu dans sa création. Sa signature en quelque sorte. La vocation ultime de l’être humain, c’est de glorifier son Créateur. C’est ce pourquoi nous avons avant tout été créés.

Et pour que les humains puissent accomplir cette vocation, il a tout prévu. Même la possibilité de l’incarnation. Je crois en effet que nous pouvons dire que Dieu rend possible l’incarnation en créant l’homme à son image. Avant même l’apparition du péché et du mal dans l’humanité, Dieu a prévu le moyen d’en délivrer l’humanité.

Dieu a un projet particulier pour les humains et c’est un projet de salut, au-delà même de tout ce que nous pouvons imaginer.

Conclusion

N’est-ce pas merveilleux ce que cet hymne au Dieu Créateur nous révèle de la personne de Dieu ?

  • Il est un Dieu libre et généreux : c’est un Dieu de grâce !
  • Il est un Dieu grand : en réalité, il est infini et éternel, il sera toujours plus grand que ce que nous pouvons comprendre ou même imaginer.
  • Il est un Dieu qui toujours recherche l’harmonie, qui poursuit toujours la paix, la réconciliation.
  • Il est un Dieu qui achève ce qu’il commence, fidèle à ses promesses, digne de confiance.
  • Il est un Dieu qui a un projet particulier pour l’humanité, et qui met tout en œuvre pour l’accomplissement de son projet.

Ce Dieu-là nous est déjà révélé dans cet hymne au Créateur, il le sera encore dans toute l’histoire biblique, il le sera parfaitement dans la personne et l’oeuvre de Jésus-Christ, et il l’est aujourd’hui encore quand il vient à notre rencontre par son Esprit. Gloire à son nom !

 

“Aime, et fais ce que tu veux!” (St Augustin)

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Ce matin, je vous propose de lire un des textes du jour, dans la lettre de Paul aux chrétiens de Rome, ch. 13. Paul a fait de la théologie dans la 1e partie de sa lettre, et maintenant il en tire les conséquences pour la vie du chrétien. Comment la foi en Dieu transforme-t-elle notre façon de vivre ? Paul parle essentiellement de nos relations, de notre rapport avec les autres, et juste avant notre texte, il évoque notre comportement en société, et rappelle notre devoir d’être des citoyens modèles, justes.

Lecture biblique: lettre aux Romains, 13.8-10

(7 Donnez à chacun ce que vous lui devez. Si c’est l’impôt, payez l’impôt, si c’est une taxe, payez-la. Si c’est l’obéissance, obéissez, si c’est le respect, soyez respectueux.)

8 N’ayez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour que vous devez avoir entre vous. Celui qui aime les autres obéit parfaitement à la loi. 9 En effet, vous connaissez les commandements : « Ne commets pas d’adultère. Ne tue personne. Ne vole pas. Ne désire pas ce qui ne t’appartient pas. » Ces commandements et tous les autres sont contenus dans cette parole : « Aime ton prochain comme toi-même ! » 10 Quand on aime, on ne fait aucun mal à son prochain. Par conséquent, aimer, c’est obéir parfaitement à la loi.

1)   Ne rien devoir à personne… sauf l’amour

Avant de parler d’amour, j’aimerais rester sur cette invitation à ne rien devoir à personne. La Bible nous appelle à une vie responsable, notamment dans le domaine des finances. On peut entendre dans cette phrase de Paul un principe applicable pour notre vie d’aujourd’hui : ne pas contracter de dette inutile, ne pas vivre au-dessus de ses moyens, mais gérer nos biens avec prudence et sagesse. Et si parfois il faut bien faire un crédit (pour une maison, une voiture…), Paul invite à être « réglo », à rembourser en temps et en heure. Plus généralement, nous sommes appelés à rendre aux autres ce qui est dû : remboursement, taxe, respect, etc. Que ce soit avec l’Etat ou notre voisin, il nous faut veiller à des relations justes, où personne n’est lésé et où personne ne profite de l’autre.

Rendre à chacun ce que nous devons pour être en règle,  ne rien devoir à personne…   Mais Paul ajoute aussitôt une correction : la seule dette impossible à rembourser, c’est l’amour. Le seul devoir dont on ne sera jamais complètement libéré, déchargé, c’est l’amour de l’autre. En clair : on n’aura jamais assez aimé ! Jamais on ne pourra dire : « OK, c’est bon, maintenant j’ai aimé tant de personnes, plus besoin d’aimer ! » Ou : « Elle, je l’aime depuis 25 ans, maintenant, ça suffit, j’ai rempli mon quota ! » Non, l’amour c’est pour toujours, et avec tous ! Paul mentionne un cercle qui s’élargit : les frères et sœurs dans la foi, le prochain (l’entourage), et finalement l’autre (le différent, voire l’ennemi) : l’amour n’a pas de limites !

Sans culpabiliser, Paul rappelle seulement l’essentiel. Au cœur de notre relation aux autres, il y a l’amour, et l’amour ne connaît ni les quotas ni les dates de péremption.

Remarquez que Paul parle de notre dette, ce que nous devons aux autres et pas ce qu’ils nous doivent : on ne va pas aller reprocher au voisin de ne pas assez aimer, ou de ne pas être assez “chrétien” ! C’est à mon devoir, à ma responsabilité d’amour, que Paul fait référence, et pas à mes droits dont je pourrais exiger la prise en compte.

2)   « Aime, et fais ce que tu veux » Augustin

L’amour, c’est la caractéristique des relations que le chrétien est appelé à vivre – là, Paul reprend, purement et simplement, l’enseignement de Jésus et son insistance envers les disciples : « je vous laisse un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Ce n’est pas vraiment nouveau, puisque Moïse avait déjà transmis ce commandement : « aime ton prochain comme toi-même » (Lév. 19.18) (que Paul cite ici). Ce qui est nouveau, c’est de dire que l’amour résume, récapitule, tous les autres principes, tous les autres commandements. Paul en cite quelques-uns, bien connus, des Dix Commandements : Tu ne tromperas, voleras pas, tueras pas, convoiteras pas… Égale : tu aimeras ! S. Augustin, au 5e s., l’a bien formulé : « Aime, et fais ce que tu veux ».

L’idée sous-jacente, c’est qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre la Loi (les règles données par Moïse à Israël 1500 ans plus tôt) et l’amour. Au contraire, aimer c’est vouloir le bien de l’autre – pas seulement le bien-être ! – le bien, ce qui est juste et bénéfique pour l’autre. Quand on agit avec amour, c’est, pour Paul, forcément en accord avec les règles éthiques : on ne trichera pas, on ne manipulera pas un ami, on n’ira pas le voler, et encore moins le tuer ! La loi, qui avait pour objet de réglementer les relations sociales pour éviter la vendetta, protège l’autre – et l’amour fait de même.

3)   L’amour, juste et généreux

L’amour véritable accomplit la loi, il la réalise dans son intention, dans ses principes, mais il la dépasse aussi. Il va au-delà. En effet, là où la loi se définit négativement, avec une liste de choses à ne pas faire, l’amour, lui est positif. Là où la loi empêchera de blesser, de léser, de tuer, etc., l’amour, lui, cherchera activement comment soigner, combler, soutenir !

L’amour cherche à bénir, quand la loi cherche seulement à éviter le mal (et on est d’accord que c’est déjà beaucoup !). Là où, par la loi, je peux me laver les mains et dire « moi je ne fais de mal à personne », l’amour demande : « à qui puis-je faire du bien aujourd’hui ? ». Là où, dans la loi, on coche des cases, dans l’amour on écrit des pages entières, des histoires, des rencontres !

La différence est simple : imaginez un époux qui dirait « moi je suis un bon mari : je ne bats pas ma femme, je ne l’insulte pas et je ne la trompe pas. » Et ?… Ne manque-t-il pas quelque chose ? L’essentiel, peut-être ? La chaleur des échanges, des petites attentions, de la complicité, des projets communs ?

Aimer, c’est plus que ne pas faire de mal : c’est faire du bien à l’autre. Certes, pas toujours de la même façon ni avec la même intensité – il faut tenir compte de nos limites naturelles, et de la hiérarchie de nos relations : mon époux a plus d’importance que mon voisin ! – mais toujours avec la même posture : en quoi puis-je bénir l’autre ? En quoi notre relation, ma présence, apporte-t-elle du bon à l’autre ? Parfois c’est simplement un sourire dans le métro, quelques minutes pour aider un inconnu, ou une question à un collègue : « comment tu vas aujourd’hui ? Tu es fatigué, comment pourrais-je t’aider ? » Là où la loi peut produire l’indifférence, le « chacun chez soi et les cochons seront bien gardés », l’amour crée du lien, rend visite, partage, donne un coup de main…

La loi trace le dessin, le cadre, mais l’amour colorie l’intérieur de toutes les couleurs. Celui qui aime ne fait pas seulement « ce qu’il faut » (la loi), mais il donne chair, il déborde, il invente, il rayonne. L’amour est généreux : non seulement il paie ses dettes, mais il donne au-delà de ce qui est dû, il partage, il élève l’autre. Il donne de la grâce, de la joie, de la beauté aux relations.

Si le commandement d’amour paraît plus libre que la loi, il est en réalité plus exigeant, car il vaut pour toutes les relations, tout le temps, partout. C’est ce qui fait que bien souvent, même les chrétiens, on se retranche derrière la loi, celle de la Bible ou les nôtres : c’est plus facile ! Il peut être dur de renoncer à certaines choses, d’adopter des contraintes parfois fermes, mais, c’est faisable ! Alors que l’exigence d’amour concerne mes actes, mais aussi mon regard, mon cœur, mes pensées… Je ne peux jamais en faire le tour, tandis que les règles ont ce côté rassurant de la tâche accomplie : « ça c’est fait ». L’amour n’est jamais terminé.

Soyons clairs : cet amour qui peut transfigurer nos relations, magnifique mais exigeant, il ne vient pas de nous. Il vient de Dieu. De l’amour que Jésus a montré en se faisant serviteur de ses propres élèves, en touchant les lépreux avec tendresse, les aveugles avec respect, les démoniaques avec confiance. L’amour qu’il a montré en mourant pour nous. L’amour qui a triomphé quand il est ressuscité, l’amour qu’il déverse en nous aujourd’hui par son Esprit. Paul ne l’évoque pas – c’est une évidence : l’amour de l’autre, nous le trouvons en Dieu, nous l’apprenons auprès de Dieu.

Alors, est-ce qu’on a encore besoin de la loi, de lire l’Ancien Testament (AT) ? Est-ce qu’on a encore besoin de règles de conduite ? D’un genre de charte pour nos relations ? Oui, quand même. Les lois de l’AT ne sont pas incompatibles avec le commandement d’amour ! Elles en sont des applications, dans un contexte donné. Des applications qui ne sont pas forcément pertinentes dans notre société (p. ex. rapport aux esclaves), mais qui nous aident à voir, concrètement, ce qu’aimer veut dire, dans les relations familiales, professionnelles, de voisinage… Et c’est essentiel pour nous ! Parce que parfois nous manquons d’amour, et nous laissons de côté des domaines entiers de nos relations. Parfois aussi nous nous trompons sur ce qu’aimer veut dire : aimer, ce n’est pas apaiser l’autre coûte que coûte, sauvegarder la relation à tout prix, tout accepter sans rien dire… Parfois, aimer, c’est dire la vérité, ouvrir un chemin de réconciliation en exprimant nos fautes ou ce qui nous a blessés, c’est militer pour la justice. Les exemples bibliques d’applications d’amour corrigent nos excès et guident nos efforts pour progresser là où nous avons des manques. Donc oui, continuons à lire l’AT, ces exemples concrets de justice et d’amour, pour avoir une meilleure idée de comment aimer, aujourd’hui.

Conclusion

Paul, comme Jésus, nous invite à respecter les règles, et à les dépasser. Dans le bon sens : pour aimer ! A faire un pas vers l’autre, sans calcul ni lassitude. A puiser dans l’amour de Dieu, débordant et généreux, le modèle de toutes nos relations. Bien sûr que c’est, aujourd’hui, au-delà de nos forces, au-delà des capacités de notre cœur ! Mais gardons cet objectif, osons viser plus grand que nos capacités, plus haut que notre taille. Osons rêver, inventer, innover dans nos relations, au-delà de ce qui « normal », habituel, correct : laissons la générosité de Dieu élargir notre cœur, en témoignage de l’amour que Dieu a lui-même pour nous.

Une foi qui coûte (Mt 16.21-28)

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« Que disent les gens à mon sujet ? Et vous qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16.13, 15) A cette question de Jésus, Pierre répond, enthousiaste : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16.16) Plus qu’un prophète, plus qu’un rabbin de génie : l’envoyé de Dieu, Dieu lui-même ! Jésus le félicite, se réjouit de la foi de Pierre, qui lui a permis de comprendre. A partir de là, il entreprend de développer cette affirmation : oui, il est le messie, l’envoyé – mais envoyé pour quoi ?

Lecture biblique : Matthieu 16.21-28

21 À partir de ce moment, Jésus-Christ commence à annoncer clairement à ses disciples : « Il faut que j’aille à Jérusalem. Je vais beaucoup souffrir à cause des anciens, des chefs des prêtres et des maîtres de la loi. Ils vont me faire mourir. Et le troisième jour, je me réveillerai de la mort. »  22 Alors Pierre prend Jésus à part et il se met à lui faire des reproches. Il lui dit : « Seigneur, que Dieu te protège ! Non, cela ne t’arrivera pas ! »  23 Mais Jésus se retourne et il dit à Pierre : « Va-t’en ! Passe derrière moi, Satan ! Tu es en train de me tendre un piège. En effet, tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes ! »
 24 Ensuite Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir avec moi, il ne doit plus penser à lui-même. Il doit porter sa croix et me suivre. 25 En effet, celui qui veut sauver sa vie la perdra. Mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera. 26 Si une personne gagne toutes les richesses du monde, mais si elle perd sa vie, à quoi cela lui sert-il ? Qu’est-ce qu’on peut payer en échange de la vie ? 27 Oui, le Fils de l’homme va venir avec ses anges, dans la gloire de son Père. Alors il récompensera chacun selon ses actions. 28 Je vous le dis, c’est la vérité : quelques-uns ici ne mourront pas avant de voir le Fils de l’homme venir comme roi. »

A partir de ce moment, Jésus opère un virage dans son enseignement : c’est la première fois qu’il dit explicitement qu’il va souffrir, et il l’annonce d’ailleurs avec une grande précision : l’ensemble des responsables juifs va se retourner contre lui et provoquer sa mort. Il commence ainsi à préparer les disciples à sa mort prochaine, tout en montrant qu’il subit son sort de son plein gré.

Pour nous, cette première mention de la souffrance de Jésus n’est pas choquante : nous connaissons déjà la fin ! Mais pour les disciples, c’est insupportable à entendre : Jésus, le Fils de Dieu, celui qui leur ouvre le royaume de Dieu (cf. la semaine dernière), va être rejeté et traité comme un criminel ? Sa mission, c’est de mourir ? Pierre n’entend même pas l’annonce de la résurrection au 3e jour, il bloque : « non, cela ne t’arrivera pas ! » un destin aussi misérable ne peut pas attendre celui pour qui il donne sa vie…

Jésus le renvoie dans les cordes, car il reconnaît en lui le vieux discours du tentateur qui le suit depuis son passage au désert, après le baptême : et s’il montrait sa puissance, mais sans souffrir ? s’il remportait la victoire, mais sans la croix ? Jésus rejette fermement ce mirage d’une victoire facile, sans sacrifice, et surtout sans amour ! quel qu’en soit le coût, il est déterminé à aimer jusqu’au bout, même en donnant sa vie.

Mais Jésus va plus loin, et c’est ce sur quoi je voudrais m’arrêter ce matin : d’une certaine façon, ce qui est vrai pour lui est vrai pour les disciples, est vrai pour nous ! Sa mission lui coûte ? Notre foi va nous coûter aussi ! Celui qui veut s’attacher au Christ doit se renier lui-même/ne plus penser à soi, prendre sa croix et suivre Jésus.

1)   Renoncer à soi-même 

« Ah, tu as la foi ? C’est bien, si ça t’apporte quelque chose… » Jésus n’aborde pas la question sous cet angle : c’est vrai que la foi « apporte », mais pour le croyant, avant de recevoir, il va falloir faire le vide.

Se renier soi-même : cette dynamique triste et austère, autodestructrice, on l’a souvent reprochée au christianisme ! Et dans notre société fondée sur le bien-être et la plénitude de soi, parfois au détriment du bien, ces paroles résonnent comme une hérésie… Comment ça, se renier, se frustrer, se refouler ? S’oublier, alors que l’ego est plus que jamais au centre de notre vie ?

Mais Jésus n’appelle pas au renoncement pour le renoncement, par haine de nous-mêmes, ou par honte. Ce n’est pas la théologie du vide : s’il faut s’oublier, c’est pour penser à Dieu ! Faire descendre notre ego de notre piédestal intérieur, ne plus être notre dieu, notre idole, notre propre but, pour laisser Dieu retrouver sa place dans notre vie !

En tant que croyant, on voudrait mettre Dieu au centre, bien sûr. Et pourtant, lorsqu’il s’agit, très concrètement, d’abandonner les petits privilèges qu’on s’était octroyés (être au centre de tout, avoir l’illusion de pouvoir tout faire, tout décider, faire valoir nos droits et notre liberté en toutes circonstances…), le principe est difficile à appliquer… Mille objections se lèvent, pour justifier notre place VIP : oui, mais si je ne pense pas à moi, qui va le faire ? oui, mais Dieu m’aime et ne se réjouit sûrement pas de me voir souffrir ? Et puis, quand on a une responsabilité, de famille par exemple, on ne peut pas l’oublier !

Il ne s’agit pas de nier notre valeur, ni d’évacuer complètement notre personne de notre vie (ça serait d’ailleurs très compliqué) mais plutôt, dit en termes forts, d’apprendre à mettre les intérêts de Dieu avant les nôtres, les projets de Dieu avant les nôtres, la vocation que Dieu nous adresse avant nos rêveries… Et parfois, quand il y a conflits d’intérêts, choisir les intérêts de Dieu nous oblige à abandonner des choses qui paraissaient si importantes qu’en faire le deuil, c’est comme faire le deuil de soi-même… Changer de vision sur l’argent, par exemple, ou sur notre besoin de sécurité, au nom de la justice et de la solidarité… Ou abandonner sa fierté et demander pardon !

2)   Prendre sa croix 

Jésus continue les réjouissances : non content de renoncer à lui-même, le croyant doit porter sa croix. Pas porter une croix, hein ! (bijou) Pour Jésus, porter sa croix, ce sera accepter son chemin vers la mort, rester fidèle à sa mission jusqu’au bout, malgré les moqueries, les insultes, les accusations et les coups… Porter sa croix, comme un criminel, un nul, un paria. Subir le mépris des hommes, endurer la colère de Dieu pour des crimes qu’il n’avait pas commis, pour gagner le pardon et le salut, et l’offrir largement…

Pour ses disciples, porter leur croix, c’est accepter l’éventualité d’un même rejet, du mépris, de l’accusation, voire de la mort ! Ce fut le cas pour les premiers chrétiens, persécutés, ça l’est encore dans de nombreux pays, où devenir chrétien c’est risquer d’être désavoué par sa famille, de perdre son travail, voire d’être arrêté, torturé, et condamné, parfois, à mort. Assumer sa foi, coûte que coûte.

Là encore, pas d’invitation à la passivité : on prend sa croix, on assume ! Mais pas, à l’inverse, de dolorisme ou de masochisme : le chrétien ne recherche pas plus la douleur que Jésus ne l’a fait ! Mais il accepte que ce puisse être un prix à payer pour suivre Jésus – perdre sa vie, à cause de lui ! à cause de Jésus ! Et quand la croix se présente, il ne change pas de chemin, mais il la prend persévère, à cause de Jésus.

Nous chantons la croix, nous adorons le Christ crucifié, nous le remercions pour le sacrifice de sa vie… Mais porter notre croix, ce n’est pas juste chanter ou prier avec émotion : c’est assumer,  nous identifier de manière claire comme disciples du Christ. Et dans notre société occidentale, les risques ne sont probablement pas mortels, mais il y en a. Les conséquences nous paraîtront peut-être même (oserai-je le dire ?) insupportables : le ridicule, le mépris, l’impression d’être un extra-terrestre. La tentation est forte d’édulcorer notre foi, pour qu’elle soit socialement acceptable : cet été, j’ai discuté dans un mariage avec un ami du marié, qui s’étonnait de la foi « jusqu’au-boutiste » du marié. Rien qui ne m’avait choqué jusque là, mais pour ce jeune homme, la foi ça passe, tant que ça reste privé, policé, bien à sa place. Sauf que suivre Jésus bouleverse toute notre vie ! Et peut paraître radical, fondamentaliste, tout ce qu’il ne fait pas bon être aujourd’hui.

Pour rester acceptables en société, on est vite tenté de rogner nos convictions, notre croix. Jésus n’invite certes pas à choquer volontairement ni à provoquer, mais assumer notre foi dans tous les domaines, en particulier éthique (justice, solidarité, économie, domaine familial…) risque de soulever des remous.

3)   Suivre

Se renier soi-même, prendre des risques pour sa foi, voire souffrir… Ce n’est guère motivant ! Mais, encore une fois, ce n’est pas la croix pour la croix, mais pour suivre Jésus. Le suivre de près, pour recevoir de lui la vie véritable, le sens, l’espérance. Quel est le verbe le plus important des trois ? En tout cas, le but, c’est de suivre ! Nos efforts, non négligeables, se comprennent dans cette dynamique du chemin où nous suivons le Christ. L’important c’est d’avancer, de vivre ce défi renouvelé chaque jour qui consiste à ressembler un peu plus au Christ, à être un peu mieux image de Dieu, reflet de sa justice et de sa paix.

Et pour encourager ses disciples, Jésus donne trois raisons, trois promesses :

  • La valeur de la vie qu’offre Jésus dépasse tout ce que peuvent nous obtenir les faveurs de ce monde : le prestige, les accomplissements, l’argent, etc. (répéter v.26b)
  • Nos sacrifices ne sont pas perdus, mais notre confiance en Dieu malgré les difficultés, Jésus la reconnaît et la reçoit comme un gage d’amour et de fidélité
  • Enfin, ce chemin sombre et étroit débouche sur la vie – et peut-être plus rapidement qu’on ne le croit. Jésus dans peu de temps entrera dans sa royauté – est-ce une allusion à la transfiguration qui a lieu juste après ? à la résurrection, dans quelques semaines ? à l’ascension de Jésus au ciel, à l’envoi de l’Esprit ? En tout cas, la vie éternelle pour laquelle jésus nous invite à faire ces sacrifices est à portée de main, elle ne se cantonne pas à « après la mort », mais elle s’expérimente aujourd’hui, dans la joie de mettre Dieu au centre de notre vie, à sa place, dans le sens qu’il donne à notre vie, dans l’assurance que Jésus nous sauve et nous protège.

La foi seule

 

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Le texte de l’Évangile de ce dimanche est parfait pour un culte de baptême ! En effet, un baptême de croyant, c’est LE moment où on professe sa foi personnelle, c’est LE moment où on dit qui est Jésus-Christ, où on proclame publiquement le reconnaître comme le Messie.

Matthieu 16.13-20
13 Jésus arrive dans la région de Césarée de Philippe. Il demande à ses disciples : « Pour les gens, qui est le Fils de l’homme ? » 14 Ils lui répondent : « Les uns disent que tu es Jean-Baptiste. D’autres disent que tu es Élie. D’autres encore disent que tu es Jérémie ou l’un des autres prophètes. » 15 Jésus leur dit : « Mais vous, qu’est-ce que vous dites ? Qui suis-je ? » 16 Simon-Pierre lui répond : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » 17 Alors Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, tu es heureux. En effet, ce n’est pas une personne humaine qui t’a fait connaître cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. 18 Et moi, je te dis ceci : Tu es Pierre, et sur cette pierre, je construirai mon Église, et la puissance de la mort ne pourra rien contre elle. 19 Je te donnerai les clés du Royaume des cieux. Ce que tu refuseras sur la terre, on le refusera dans les cieux. Ce que tu accueilleras sur la terre, on l’accueillera dans les cieux. » 20 Alors Jésus donne cet ordre à ses disciples : « Ne dites à personne que je suis le Messie. »

Au cœur de notre passage, il y a la confession de foi de Pierre. Mais elle ne vient pas comme ça, spontanément. Elle est amenée par Jésus, dans son dialogue avec ses disciples.

Tout commence avec une question : « Pour les gens, qui est le Fils de l’homme ? ». Un sondage, en quelque sorte. Une enquête d’opinion. Il n’y avait pas d’instituts de sondage à l’époque, encore moins Internet ! Mais les gens parlaient. Jésus intriguait les foules et, forcément, les disciples entendaient ce qui se disait. On venait même probablement leur parler, leur poser des questions sur Jésus !

Et les réponses sont variées : Jean-Baptiste, Élie, Jérémie, ou l’un des autres prophètes. Ils rattachent Jésus à des gens qu’ils connaissent, et pas des moindres. Ce sont des grands noms qui sont cités. Les plus grands prophètes de l’histoire biblique. Les foules prenaient Jésus pour un grand homme, un homme de Dieu.

Mais Jésus savait tout cela… il n’avait pas besoin de cette enquête d’opinion. Il ne l’a fait auprès de ses disciples que pour pouvoir leur poser LA question qu’il voulait leur poser : « Mais vous, qu’est-ce que vous dites ? » Ce n’est pas l’opinion des gens à son sujet qui intéressait Jésus mais le positionnement de ses disciples.

La foi n’est pas une question d’opinion,
elle est une conviction intime et personnelle.

Il ne s’agit pas seulement de cocher la bonne case du sondage : « Croyez-vous en Dieu ? Oui. Non. Ne se prononce pas. » Il ne s’agit pas non plus de réciter son catéchisme ou de se cacher derrière l’éducation reçue. Alors bien-sûr, notre éducation compte dans notre cheminement spirituel mais la foi reste une affaire personnelle et intime. On ne peut pas vivre sur la foi de ses parents… Un cheminement spirituel demande forcément, un jour ou l’autre, l’affirmation d’une conviction personnelle.

Le baptême est l’occasion d’exprimer cette conviction. Mais là aussi il ne s’agit pas simplement de cocher la bonne case le jour de son baptême. Il s’agit de nourrir et d’affermir notre conviction.

Comment nourrissez-vous votre foi ? Comment affermissez-vous vos convictions ? Je vous propose un test : qu’est-ce qui a changé dans vos convictions profondes ces derniers mois, ces dernières années ? Comment votre foi a-t-elle évolué ? Si vous me répondez que rien n’a changé, que vous êtes le même chrétien aujourd’hui qu’il y a 10 ans, je m’inquiéterais un peu pour vous… Il ne s’agit pas, bien-sûr, de tout balancer ou de croire tout et son contraire. Mais une foi vivante est une foi qui évolue, y compris au niveau des convictions. Parce que nous n’avons jamais fini de découvrir de nouvelles facettes de Dieu, de sa Parole, de ses projets…

Dans notre texte, la foi de Pierre s’exprime en tout cas avec conviction : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. »

Il faut mesurer l’ampleur de la déclaration de Pierre. Il va beaucoup plus loin que tous les autres avis exprimés. La référence à tous les grands prophètes de l’histoire d’Israël pour désigner Jésus, ce n’est rien à côté de ce que dit Pierre… Et d’ailleurs Jésus le souligne par sa réaction : « ce n’est pas toi tout seul, avec ta sagesse et ton intelligence qui a pu dire cela. C’est Dieu lui-même qui te l’a révélé ! »

« Tu es le Messie. » C’est le sens du mot Christ, qui en est l’équivalent grec. Le Messie (littéralement « celui qui est oint ») c’est celui qui est choisi par Dieu, celui que les prophètes ont annoncé et qui devait venir pour accomplir le projet de Dieu pour l’humanité. Ainsi, pour Pierre, Jésus n’est pas seulement un prophète, aussi grand soit-il. Il est celui que les prophètes ont annoncé.

« Tu es le Fils du Dieu vivant. » Autrement dit, pour Pierre Jésus n’est pas seulement « le Fils de l’homme », titre messianique repris par Jésus lui-même. Il est le Fils de Dieu. Il est Dieu lui-même, venu parmi les hommes. Et c’est sans doute cela en particulier que Pierre n’a pas pu deviner tout seul…

Par sa déclaration de foi, Pierre témoigne du fait qu’il a compris qui est Jésus. Il l’a vraiment rencontré…

La foi chrétienne, c’est la rencontre avec le Christ vivant.

La déclaration de Pierre nous recentre sur l’essentiel. Avoir la foi, c’est connaître Jésus-Christ. C’est ça l’Évangile. Pas des dogmes. Pas un système de valeurs. Pas un ensemble de rites et de contraintes.

La voilà, la pierre sur laquelle Jésus bâtit son Église. Même si l’apôtre Pierre a joué un rôle spécial dans les premières années de l’histoire de l’Église (il suffit de lire les Actes des apôtres), ce n’est pas sur la personne de Pierre que Jésus bâtit son Église mais sur sa confession de foi, ou sur Pierre en tant que croyant qui confesse sa foi. L’Église de Jésus-Christ, c’est une communauté de croyants. Et toutes les dénominations et étiquettes qui ont été inventées par la suite sont secondaires par rapport à cela…

Nous avons donc dans ce récit l’essentiel de l’Évangile dans la révélation de la personne de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Nous avons l’essentiel de la foi dans la confession de Pierre qui reconnaît en Jésus le Messie. Nous avons l’essentiel de l’Église que le Christ bâtit, avec les pierres des croyants qui confessent leur foi.

Nous l’avons dit, notre foi doit sans cesse évoluer, nos convictions toujours s’affermir. Mais nous ne devons jamais perdre de vue que fondamentalement, la foi est la rencontre avec le Christ. Et qu’elle vit de sa relation avec le Christ vivant.

Une foi qui ne serait que théorique, avec des convictions abstraites, aussi fortes soient-elles, ne serait pas vraiment la foi. C’est ce que dira l’apôtre Jacques dans son épître, avec sa formule choc : « la foi sans les œuvres est morte ». Sans une relation avec le Christ, qui se manifeste notamment dans la prière, sous toutes ses formes, la foi est morte…

La foi est la clé du Royaume de Dieu.

Il faut ici dire quelque chose des dernières paroles de Jésus dans notre texte. Sans doute plus difficiles à comprendre. Quelles sont ces clés du Royaume des cieux dont il parle ? Pierre a-t-il reçu un pouvoir particulier ? Est-il celui qui décide qui entrera ou n’entrera pas dans le Paradis, comme on le voit dans la piété populaire ?

En fait, on ne peut pas dissocier cette parole de celle qui suit :

« Je te donnerai les clés du Royaume des cieux. Ce que tu refuseras sur la terre, on le refusera dans les cieux. Ce que tu accueilleras sur la terre, on l’accueillera dans les cieux. »

Et cette phrase, deux chapitres plus loin (Mt 18.18), on la retrouvera dans la bouche de Jésus mais cette fois clairement adressée à tous ses disciples :

« Je vous le dis, c’est la vérité : tout ce que vous refuserez sur la terre, on le refusera dans le ciel. Tout ce que vous accueillerez sur la terre, on l’accueillera dans le ciel. »

Cette parole souligne la responsabilité des disciples. De tous les disciples. Ils ont d’une certaine manière le pouvoir d’ouvrir ou de fermer la porte du Royaume de Dieu. Ou plutôt, les clés du Royaume de Dieu sont entre leurs mains… car le Royaume de Dieu se décide sur la terre. Ici et maintenant.

Il faut se défaire d’une vision du Royaume de Dieu, ou du Paradis, comme de la récompense réservée aux bons croyants. Ou comme une espérance ou une consolation promise seulement après la mort.

Le Royaume des cieux commence maintenant, sur terre. Dans la rencontre avec le Christ vivant. Et nous avons les clés entre nos mains. Car ces clés, ce sont celles de l’Évangile. C’est ici et maintenant que se décide l’entrée dans le Royaume de Dieu, quand l’Évangile est partagé (c’est notre responsabilité de disciples !). Quand il est reçu par la foi.

Et on voit que les premiers chrétiens l’ont compris, Pierre en tête, quand on lit le livre des Actes des apôtres. Animés par le Saint-Esprit, les disciples ont parcouru l’empire romain pour proclamer la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ. Et en faisant cela, ils ont ouvert grand les portes du Royaume de Dieu.

Conclusion

Un jour de baptême, c’est un jour où la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ est proclamée. C’est un jour où les portes du Royaume sont grandes ouvertes. Un jour où chacun, et pas seulement le ou la baptisé(e), peut s’interroger sur sa foi, quel que soit son propre cheminement.

Quelle est ma conviction intime et personnelle ? Ma foi se nourrit-elle d’une rencontre avec le Christ vivant ? Le Royaume des Dieu fait-il partie de ma vie, ici et maintenant ?

Toutes ces questions peuvent d’une certaine manière se résumer à celle que Jésus a posé à ses disciples, et qu’il nous pose à travers l’évangile de ce matin : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »

Membre du peuple de Dieu

Qui appartient au peuple de Dieu ? sur quels critères devenons-nous membres, pleinement fils et filles de Dieu ? sur quels critères Dieu nous accueille-t-il ? Par la foi me direz-vous ; mais cela a-t-il toujours été ainsi ? Et qu’est-ce que ça implique ?

Je vais lire chez le prophète Esaie, écrit aux environs de 700 av. JC. Le prophète s’est longuement adressé au peuple d’Israël, dont Dieu condamne l’hypocrisie et l’injustice. Le peuple sera puni, par l’exil (quelques décennies plus tard), mais Esaie annonce d’avance que Dieu fera grâce et ramènera son peuple chez lui. Il rassemblera les exilés, et créera de nouvelles conditions de vie, en harmonie avec Dieu, en paix avec les hommes. Ces promesses pleines d’espérance débordent le cadre historique effectif du retour des Israélites sur leur terre, et désignent à la fois le salut qu’offre Jésus, et ses conséquences le monde à venir que nous attendons encore, donc un texte qui nous concerne aussi, indirectement.

Lecture biblique: Es 56.1-8

1 Voici ce que le SEIGNEUR dit :

« Respectez le droit, faites ce qui est juste.

La libération que j’apporte est sur le point d’arriver,vous allez découvrir que je veux vous sauver. 2Il est heureux,celui qui fait ce que je dis, qui s’y tient solidement. Il est heureux, celui qui respecte fidèlement le sabbat, qui évite toute action mauvaise. »

 

3L’étranger qui s’est attaché au SEIGNEUR  ne doit pas penser :« Le SEIGNEUR va sûrement m’exclure de son peuple. »

L’eunuque ne doit pas se dire : « Je ne suis qu’un arbre sec. »

 

4En effet, voici ce que le SEIGNEUR affirme : 

« Certains eunuques respectent mes sabbats.Ils choisissent de faire ce qui me plaît et s’attachent à mon alliance. 5Eh bien, à l’intérieur des murs de mon temple, je leur dresserai une pierre pour y graver leur nom. Cela aura plus de valeur pour eux que des fils et des filles. Le nom que je leur donnerai restera pour toujours, il ne sera jamais effacé. »

 

6 Certains étrangers sont attachés au SEIGNEUR. Ils l’honorent, ils l’aiment et ils sont ses serviteurs. De ceux-là, le SEIGNEUR dit : « Tous ceux qui respectent fidèlement le sabbat,

qui s’attachent à mon alliance, 7je les ferai venir sur ma montagne sainte, je les remplirai de joie dans ma maison de prière. J’accepterai les sacrifices et les dons qu’ils m’offrent sur l’autel. Oui, on appellera ma maison “Maison de prière pour tous les peuples” . »

 

8Le Seigneur DIEU, lui qui a rassemblé les exilés d’Israël, déclare :

« J’ai déjà rassemblé des gens autour d’eux, et j’en rassemblerai encore d’autres avec eux. »

 

  1. Le critère d’une foi profonde et concrète

Dieu le Rassembleur, l’Accueillant. A ceux qu’il accueille, il ajoute encore d’autres : « venez, venez ! » Mais sur quelle base accueille-t-il ? le respect du droit, l’application de la justice (v.1). Dès le début, c’est ce que Dieu a demandé aux hommes : faire le bien, respecter sa volonté. Mais le peuple d’Israël s’est laissé croire que l’appartenance à la lignée d’Abraham, et le culte, les sacrifices, les rituels, suffisaient pour être membre de son peuple, autrement dit, pour vivre avec Dieu. Dieu remet les points sur les i : ces critères extérieurs, impersonnels, ne valent pas la piété personnelle et la mise en pratique concrète de la foi.

L’accent est mis sur deux points : le respect du  sabbat et l’absence d’action mauvaise. Peut-être que ces deux points résument une vie pieuse, une vie de croyants : le sabbat, c’est le jour de repos dans la foi juive, un jour de congé prévu pour la famille et pour Dieu. C’est un moment de recueillement, une pause hebdomadaire où l’on se recentre sur Dieu, sur ce qu’il a accompli pour nous, sur sa présence et ses projets. C’est un temps vertical, vécu seul ou en communauté, mais centré sur Dieu pour se ressourcer auprès de lui. Et à ce temps vertical répond, horizontalement avec les autres, le refus de faire le mal, de blesser ou léser autrui. Celui qui ne se met pas à l’écoute de Dieu aura bien du mal à appliquer la justice de Dieu, mais à l’inverse, celui qui apprend et écoute, sans mettre en pratique, montre que la relation avec Dieu ne l’a pas transformé… Donc une vie de foi, enracinée dans la relation intérieure avec Dieu, et manifestée par la droiture et la justice. Tous ceux qui remplissent ce critère ont leur place parmi les gens que Dieu aime.

Petit problème : même en étant très proche de Dieu, qui peut dire qu’il ne fait rien de mal ? Si on applique ce critère, le peuple de Dieu sera bien clairsemé… En plus, Esaïe a prêché la grâce de Dieu, l’invitation de Dieu à tous ceux qui lui font confiance : comment réconcilier cela avec l’injonction à vivre une vie juste ? Ce texte ne remet pas en question les bases de notre salut : c’est par la grâce que nous sommes sauvés, c’est par la seule bonté de Dieu que nous recevons son pardon, et non par nos efforts. Esaie a d’ailleurs annoncé plus que tout autre prophète l’Envoyé de Dieu qui porterait les péchés de son peuple et lui obtiendrait salut et pardon auprès de Dieu, une figure qui annonçait Jésus-Christ. Mais, que se passe-t-il après la grâce ? Qu’y a-t-il après la nouvelle chance, le nouveau départ que Jésus nous offre ? Celui qui a vraiment reçu le salut de Dieu, qui a expérimenté profondément son pardon, ne peut pas repartir comme si de rien n’était dans sa vie d’autrefois. Même si la transformation est longue, et peut-être chaotique, la transformation vers la sainteté est incontournable. C’est sûrement ainsi qu’il faut entendre le texte : dans la mesure de notre possible, choisir le bien, choisir de vivre les choses en accord avec Dieu, et refuser (de plus en plus) ce qui nous éloigne de lui ou lèse les autres. La promesse que le salut et la justice de Dieu sont imminents résonne comme une motivation à faire de notre mieux, à progresser sans cesse vers ce qui est bon.

  1. La place des marginaux

Tous ceux qui se tournent sincèrement vers Dieu et cherchent à le servir de leur mieux sont membres de plein droit de son peuple. Pour enfoncer le clou, Esaïe évoque deux cas limites, deux populations qui pourraient légitimement se croire membres de seconde zone. D’abord les étrangers : dans le peuple d’Israël, il y a le critère religieux et le critère national ! Comment donc l’étranger peut-il avoir sa place auprès du peuple d’Israël ? Certains se sont greffés, dans l’histoire, mais en restant un peu en marge. D’ailleurs, dans le Temple, pour offrir des sacrifices, des cours concentriques se succèdent : d’abord, près du Saint des Saints, les prêtres, puis les hommes juifs, puis les femmes, puis on sort, et c’est la cour des étrangers qui croient. Seconde zone !

Les eunuques sont un cas différent, mais eux aussi restent en marge : très en vogue autour du bassin méditerranéen, ces hommes privés de leur virilité s’occupaient d’abord des femmes dans les harems, puis leurs fonctions se sont généralisées dans l’administration, l’armée etc. Dès le départ, Dieu refuse ces pratiques en Israël, ne souhaitant pas qu’on dévalorise la sexualité ou qu’on la voie comme une menace. Parmi les étrangers rattachés à la foi d’Israël, il y avait donc peut-être des eunuques, mais en complet décalage avec la culture israélite, qui faisait facilement le lien entre bénédiction et descendance nombreuse.

Donc Dieu s’adresse à ces deux populations en périphérie, avec une parole spécifique. La foi suffit pour faire pleinement partie du peuple de Dieu, même quand on n’est pas juif, même quand on est eunuque.

Aux étrangers, Dieu promet un jour les mêmes conditions spirituelles qu’aux Juifs : l’accès à la montagne sainte symbole de la présence divine, le droit d’offrir des sacrifices pleinement valides, une jubilation pleine et entière. Les étrangers attachés à Dieu seront pleinement citoyens de son peuple, autant que les croyants descendant directement d’Abraham. Cette promesse, nous la voyons se réaliser dans l’Eglise, qui s’est ouverte à tous sur le critère de la foi ! Tous, d’origine juive ou pas, ont reçu le même pardon, le même salut, le même Esprit – la foi suffit.

Aux eunuques, Dieu promet une postérité meilleure que le nom perpétué par une descendance : il prend l’image d’une stèle qui porte le nom du croyant, pour toujours ! Non, le croyant sans enfant ne sombrera pas dans l’oubli, mais Dieu lui réserve une place de choix, un relief éternel.

Alors en Israël, il y avait des croyants situés très clairement à la périphérie du peuple. Loin de nous cette pratique ! Tous ont leur place dans l’église, tous sont égaux !

Et pourtant… Nombre d’entre nous se demandent ou se sont demandé s’ils sont assez, s’ils ne sont pas inférieurs à d’autres, avec plus d’ancienneté ou un statut social plus haut… Peut-être aussi que des croyants d’ailleurs peinent à se sentir vraiment intégrés, membres à part entière, dans notre communauté.

Je pense aussi aux discussions anodines qui s’avèrent parfois gênantes : alors, tu es marié ? Tu as des enfants ? Et sinon, tu fais quoi dans la vie ? Le célibataire et/ou sans enfants, et/ou sans travail, se sentira bien vite exclu ! Sans parler des questions récurrentes, bien intentionnées mais peut-être blessantes, à la longue : « alors, c’est pour quand ?… » Comme si l’autre n’était pas complet tant qu’il n’y a pas de conjoint/d’enfant/…

Et dans notre pratique : plus facile d’inviter un couple qu’un célibataire le dimanche midi ! Plus facile d’inviter quelqu’un qui me ressemble ! En pratique, malgré nous, nous établissons bien souvent des frontières, voire un modèle de chrétien idéal (p. ex. marié, avec enfants, travail, santé…) qui peut vite repousser les « autres », comme s’il leur manquait quelque chose de fondamental.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas poser de question pour se présenter ! Mais ce texte nous invite à redéfinir notre regard sur l’autre, à voir la valeur que Dieu donne maintenant à chacun… Car Dieu offre aux stériles le fruit d’une vie avec lui, et aux célibataires la chaleur de sa présence fidèle, il accorde aux chômeurs une valeur mémorable, il promet aux malades la vigueur de son Esprit…

Et de même que Dieu a rappelé aux Israélites que l’essentiel, c’est une relation profonde avec lui qui porte des fruits visibles, peut-être que Dieu veut nous interpeler nous aussi, et pas seulement sur notre façon d’accueillir. Car l’essentiel pour un père de famille, pour une épouse, pour une médecin ou un chef d’entreprise, n’est-il pas aussi en Dieu ? le critère du sens de notre vie, la source de notre joie profonde, qui que nous soyons et quoi que nous fassions, c’est Dieu ! Dieu qui sauve, Dieu qui rassemble, Dieu qui redonne espoir ! Et bien sûr que nous pouvons trouver joie et accomplissement, sentiment d’appartenance, dans notre famille et/ou notre travail, mais en premier, notre joie vient du Dieu sauveur !

Conclusion

Dieu accueille tous ceux qui l’aiment, quels qu’ils soient. Il les accueille de la même façon, sur la base de la foi, et leur accorde la même valeur. Cet accueil nous interpelle sur notre propre relation avec Dieu et nous invite à nous recentrer sur l’essentiel, à chercher toujours davantage une relation nourrie avec Dieu, transformatrice, porteuse de fruits concrets dans notre quotidien. Mais Dieu nous interpelle aussi sur le regard que nous portons sur l’autre, différent, et nous invite à voir en lui un homme, une femme, que Dieu aime pleinement, à qui il donne sens et valeur, bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Alors que Dieu, le Rassembleur, l’Accueillant, nous conduise pour devenir une communauté soudée, fraternelle et bienveillante, où chacun trouve sa place.