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La fidélité, même pour les infidèles

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Jusqu’où va la fidélité ?

Dans nos relations humaines – d’amour ou autre ! nous ne sommes pas fidèles seulement envers notre conjoint, mais aussi envers notre famille, nos amis, ceux envers qui nous nous sommes engagés… – la fidélité est un des fondements de la confiance : je fais confiance à l’autre parce qu’il est fiable, fidèle, qu’il honore sa parole, ses engagements, son soutien. Si la confiance est rompue, p. ex. si votre conjoint a regardé ailleurs, qu’un collègue a manœuvré dans votre dos, qu’un ami a colporté des rumeurs sur vous, qu’un employeur ou un client n’a pas honoré sa dette devant votre travail, la trahison peut être très douloureuse, et la relation est sérieusement entamée : vous serez sur vos gardes et vous aurez du mal à vous impliquer.

Notre fidélité dans une relation est bien souvent conditionnée, notamment à la fidélité de l’autre : tant qu’il honore ses engagements, j’honore les miens (en tout cas j’essaye). Et on est tenté de se dire qu’avec Dieu c’est pareil : certes, il est infiniment plus patient que nous, mais quand même, il y a bien des limites !

En cette veille de Saint Valentin, j’ai choisi un passage de l’Ancien Testament qui nous parle d’amour et de fidélité, qui nous parle de la relation entre Dieu et son peuple comme si c’était un couple marié. Je récapitule le contexte : à l’époque d’Abraham puis de Moïse, YHWH, Dieu, se révèle personnellement au peuple d’Israel, il le comble de bénédictions, il le libère de l’esclavage et des difficultés, le re-comble de bénédictions, le protège… Tout cela par amour : il aime son peuple, avec la tendresse d’un père, mais aussi avec la passion d’un amoureux. Malheureusement, comme dans nombre de relations, la confiance a été trahie. Ici, le peuple et ses responsables se laissent influencer par les peuples alentour, qui ont leur propre religion, espérant que le dieu d’à côté pourrait lui aussi leur faire du bien ! Dans le contexte d’Israel, sur les territoires secs à l’Est de la Méditerranée, la bénédiction c’est surtout la pluie, pour faire pousser les récoltes et nourrir les hommes comme les bêtes. Et justement, à côté, il y a ce Dieu « Baal » (ça veut dire « maître » mais là c’est presque un prénom), spécialiste de la pluie et de la fertilité. Israel se lance alors dans des rites divers, construit des temples, engage des prêtres, etc. pour obtenir les faveurs de ce dieu ! Elle n’hésite pas à plonger dans des comportements très louches, cautionnant p. ex. la prostitution sacrée ou le sacrifice d’enfants (rien que ça !). En voyant cela, Dieu Yhwh ne peut pas rester indifférent : c’est une trahison, un adultère. Du coup, il prend du recul, il coupe les vivres – notamment les vivres d’eau, puisqu’il est le créateur : il ne pleut plus, Israël se retrouve dans la sécheresse. On est au bord de la rupture… Voyons ensemble comment Dieu envisage la suite.

Lecture biblique : Osée 2.16-25

16 Eh bien, [dit Dieu] c’est moi qui vais la séduire,
je la conduirai au désert
et je regagnerai sa confiance.

17 Et de là-bas, je lui rendrai ses vignobles
et je ferai de la vallée de Akor [vallée où a lieu la première condamnation pour détournement de fonds, vallée de la corruption]
une porte d’espérance,
et là elle répondra comme au temps de sa jeunesse,
au jour où elle monta du pays d’Egypte.

18 Et il adviendra en ce jour-là
– oracle du SEIGNEUR –
que tu m’appelleras « mon mari »,
et tu ne m’appelleras plus « mon baal, mon maître ».               //

19 J’ôterai de sa bouche les noms des Baals,
et on ne mentionnera même plus leur nom.

20 Je conclurai en ce jour-là une alliance,
avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, les reptiles du sol ;
l’arc, l’épée et la guerre,
je les briserai, il n’y en aura plus dans le pays,
et je permettrai aux habitants de dormir en sécurité.                //

21 [Israel] Je te fiancerai à moi pour toujours,
je te fiancerai à moi
par la justice et le droit, l’amour et la tendresse.

22 Je te fiancerai à moi par la fidélité
et tu connaîtras le SEIGNEUR.

23 Et il adviendra en ce jour-là que je répondrai
– oracle du SEIGNEUR –,
je répondrai à l’attente des cieux
et eux répondront à l’attente de la terre.

24 Et la terre, elle, répondra
par le blé, le vin nouveau, l’huile fraîche,
et eux répondront à l’attente d’Izréel [une ville d’Israël].                    //

25 Je l’ensemencerai pour moi dans le pays,
et j’aimerai Lo-Rouhama [« la mal-aimée »],
et je dirai à Lo-Ammi [« pas mon peuple »] : « Tu es mon peuple »,
et lui, il dira : « Mon Dieu ».

L’initiative de Dieu  

Devant l’infidélité de « sa femme », Israël, Dieu réagit en deux temps. D’abord il marque le coup : c’est grave, ce qui s’est passé, la trahison ne peut pas être prise à la légère. Il y a une pause dans la relation, un stop. Dieu enlève à Israël tous les avantages qu’elle avait auprès de lui. Mais Dieu ne s’arrête pas là : il veut faire de ce « désert » une opportunité, la chance d’un nouveau départ, l’occasion de se retrouver, tels qu’ils sont, face à face, comme au début, en mettant de côté tout ce qui perturbé la relation.

« Je la séduirai à nouveau » : qui d’entre nous, face à la trahison et à l’infidélité, se dirait cela ? n’est-ce pas au traître de venir implorer notre pardon ? Et pourtant là, c’est Dieu qui se met en quatre, qui s’abaisse, pour reconquérir celle qui l’a trahi. Dieu ne reste pas passif devant la difficulté, mais il se bat pour son couple. Même si lui est innocent, il ne se campe pas sur sa blessure ou ses droits, mais il donne tout pour reconquérir sa bien-aimée.

Parce que Dieu a un rêve, le rêve d’une vie heureuse à deux : un peuple en sécurité, dans la paix, sans guerres ni conflits, un peuple dans l’abondance (les champs de blé, les vignes,…), un peuple juste et bon. Plus que ça, son rêve, c’est l’intimité, l’authenticité, la complicité : que le peuple le connaisse, lui, pour qui il est, presque à visage découvert, sans masque ni faux-semblant, que le peuple réponde avec amour à sa tendresse passionnée… Et pour ce rêve, Dieu renouvelle ses vœux, il réaffirme sa promesse : par trois fois « je te fiancerai à moi… » (v.21). Dans le but qu’Israël réponde : « oui, je le veux ! tu es mon dieu, mon mari » (v.25).

Je trouve toujours très touchant le désir de renouveler ses vœux de mariage après des décennies ensemble… mais ici, Dieu renouvelle ses vœux avec une épouse infidèle qui n’a pas tenu sa promesse ! Ca paraît presque insensé, on aurait envie de dire à Dieu : « mais enfin, sois lucide ! elle te trompe depuis des années… passe à autre chose ! » Et c’est vrai que si Dieu comptait sur son épouse infidèle, il y aurait peu d’espoir…

Mais il s’appuie sur sa propre fidélité. Les fiançailles sont ici équivalentes au mariage, à l’échange public des promesses, à l’échange de la dot. Et Dieu fournit la dot, il donne lui-même ce qui manque à sa femme, pour que ça marche : justice et droit, amour et tendresse, fidélité. Même plus, il efface le souvenir de ses anciens amants, il classe le dossier, on n’en parle plus… Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour repartir du bon pied.

Quand cela arrive-t-il ? « En ce jour », dit Dieu. Quand les prophètes reçoivent de Dieu des indications sur l’avenir, ils voient que c’est devant eux, mais ils ne voient pas forcément la distance ou les étapes intermédiaires : c’est un point à l’horizon, un cap. Ce « jour », le « jour de l’Eternel », désigne à la fois

  • la façon dont Dieu va prendre soin d’Israel après l’exil, en la ramenant au pays (au 5e avant JC) ;
  • mais aussi le jour où Dieu purifiera de l’intérieur le cœur de son peuple en ôtant ses infidélités : sur la Croix, quand Jésus assume les infidélités de l’humanité pour nous en libérer, pour nous donner l’Esprit de Dieu qui vit en nous (quelle plus grande intimité ?), et nous faire entrer dans son peuple élargi : l’Eglise, épouse du Christ ;
  • mais aussi le jour où les infidélités, les conflits et les famines, seront complètement balayés de la surface de la terre, un jour de paix et d’harmonie pour notre monde, à tous les niveaux de la société, jusque dans la nature – et ce jour-là, nous l’attendons encore…

Une relation amoureuse peut être détruite de bien des façons. Mais quand je demande aux couples qui se préparent au mariage ce qui serait le pire pour eux, l’infidélité est toujours dans le top 3. La Bible parle de notre péché comme d’une infidélité (que nous trompions Dieu, que nous regardions simplement ailleurs, ou que nous soyons indifférents à sa voix, distants). C’est un adultère, une trahison blessante, mordante, humiliante, qui remet tout en question. Tout, sauf la fidélité de Dieu, qui honore sa promesse envers nous, qui est prêt à se donner lui-même en dot pour gagner notre amour. Il l’a montré en Christ.

Je n’ai pas fini ma prédication, mais avant de voir comment la fidélité de Dieu peut nous inspirer dans nos relations, je vous invite à chanter pour nous réapproprier la promesse de Dieu, l’assurance de sa fidélité, en particulier là où nous ne le méritons pas.

L’ancre de ma foi.

La fidélité de Dieu, une inspiration pour nos relations

Comment la fidélité de Dieu, scellée en Christ, habitant en nous par l’Esprit, peut-elle nous inspirer dans nos relations ? Comment pouvons-nous faire nôtre cette fidélité qui le caractérise et qu’il veut partager avec nous ? Certes, nous sommes infiniment plus limités que Dieu. Cela dit, nous sommes aussi rarement 100% innocents ! Explorons la façon dont la fidélité de Dieu peut nous inspirer, surtout quand l’autre nous déçoit.

Evidemment, en parlant de fidélité, on pense vite au couple, au mariage (couple engagé, lié par une promesse).  Spontanément, la fidélité évoque l’exclusivité de l’intimité physique, ne pas avoir d’amants, ne pas convoiter la femme qui passe à côté ou qui apparaît sur l’écran. Mais on le voit dans ce texte, et on l’expérimente, la fidélité c’est tellement plus ! ce n’est pas un couple qui reste ensemble pour rester ensemble, c’est un couple qui se soutient, dans le temps, une relation de confiance qui s’approfondit et qui permet d’être soi-même devant l’autre.

Un mot clef : la persévérance. Être fidèle, c’est être persévérant dans notre engagement, notre soutien, notre affection. Et la persévérance se muscle dans ces moments où l’autre nous déçoit, nous est infidèle, commet des erreurs ou des fautes. C’est facile, de persévérer quand il n’y a pas de souci ! Mais c’est quand on persévère face à la difficulté qu’on expérimente quelque chose de la fidélité divine.

Et il faut bien avouer que la persévérance, la fidélité, ne sont pas des qualités principales de notre temps ! Quasiment un mariage sur deux se finit en divorce, sans parler des couples qui se séparent sans passer par mariage et divorce. On accepte que les relations flottent au gré des ressentis, pour composer, recomposer, re-recomposer des familles au lien de plus en plus distendu.

Comprenez-moi bien : je suis bien consciente qu’il y a des cas où le mariage est non seulement détruit mais aussi destructeur. Vous avez peut-être subi un divorce, ou l’avez choisi parce que c’était un moindre mal – et je ne condamne absolument pas ! Cela dit, on ne peut pas dire que la majorité des ruptures autour de nous sont des cas de force majeure… La persévérance dans les relations n’est pas monnaie courante.

Et j’élargis : il n’y a pas que le couple dans la vie ! Qu’en est-il de nos relations en famille ? de nos amitiés ? de nos relations d’église ? que faisons-nous quand l’autre nous déçoit ? quand il s’éloigne ? est-ce que nous suivons le même mouvement d’écartement, ou est-ce que nous remontons, à contre-courant, pour rechercher l’autre et raviver la relation ? Nous sommes souvent prompts à nous saisir de ce qui s’est mal passé. L’attitude consommatrice nous pousse à rendre la relation si elle ne nous satisfait pas à 100% (et quel être humain, parfaitement imparfait, pourrait me satisfaire à 100% ?). Les relations virtuelles, basées sur les affinités, en rajoutent sûrement une couche.

Mais Dieu nous donne le modèle d’une persévérance qui regarde à l’affection d’origine, à ce qui a été construit, à la promesse, et qui donne une nouvelle chance (en disant les choses ! mais en recherchant la réconciliation). Par exemple, en recontactant un ami éloigné, un cousin avec qui on est fâché, en parlant avec notre collègue au lieu de l’éviter… Il s’agit de redonner une chance, sans s’enfermer dans l’amertume du passé ou nos droits et notre fierté, car les obstacles intérieurs sont aussi importants que les fléaux sociaux. Et là aussi, la fidélité de Dieu est essentielle, c’est notre force : si nous sommes trop fiers, que notre honneur paraît bafoué, regardons au Dieu, roi des cieux, qui s’est abaissé pour nous rejoindre. Si c’est la douleur qui nous empêche de revenir, regardons au Dieu compatissant et juste, qui prendra soin de nous.

Conclusion

La pandémie l’a montré : nous souffrons de solitude. Et ça ne risque pas de changer si nos relations changent tout le temps. Si au moindre désagrément, on se déracine, les relations restent toujours superficielles, et alors, même entouré, on reste seul derrière notre masque. Cultiver la persévérance, cultiver la fidélité, c’est surmonter des obstacles pour se donner la chance de relations profondes, intimes, authentiques.

Certes, nous ne sommes pas Dieu… Nous sommes bien plus petits que Dieu, mais ce qui fait la différence dans notre vie, ce qui impressionne/ motive/ inspire, ce supplément d’âme ou ce sel, c’est bien quand quelque chose d’extra-ordinaire vient transfigurer la banalité ordinaire. Même si les autres manquent de fidélité, même si nous manquons de fidélité, même si /surtout ! si c’est douloureux et difficile, regardons à Dieu, comptons sur sa fidélité, laissons l’exemple du Christ nous inspirer, et que son Esprit nous aide à porter des fruits de fidélité.