Tant qu’il y a Jésus, il y a de l’espoir!

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L’espoir fait vivre ! Souvent, on le dit avec une certaine ironie, en sous-entendant qu’il faut être réaliste. Mais on le voit, à titre personnel et en société, lorsqu’il n’y a plus d’espoir, plus de perspective, on ne sait plus comment avancer…

Dans l’Evangile, Jésus rencontre souvent des personnes désespérées, et je vous invite à lire l’histoire d’un homme possédé. Je vais la lire en plusieurs fois, car il y a beaucoup de rebondissements.

Lecture biblique : Marc 5.1-20

  • Un cas désespéré

1 [Jésus et ses disciples] arrivèrent de l’autre côté du lac de Galilée, dans le pays des Géraséniens. 

2 Jésus descendit de la barque et, aussitôt, un homme sortit du milieu des tombeaux et vint à sa rencontre.

Cet homme était possédé par un esprit impur 3 et il vivait parmi les tombeaux. Personne ne parvenait plus à le tenir attaché, même avec une chaîne ; 4 souvent, en effet, on l’avait attaché avec des fers aux pieds et des chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers. Personne n’avait la force de le maîtriser. 5 Sans cesse, la nuit comme le jour, il errait parmi les tombeaux et sur les montagnes, en poussant des cris et en se blessant avec des pierres. 

Jésus quitte le territoire juif et s’aventure en zone grise, dans la région de la Décapole, avec 10 villes grecques, où les coutumes juives rencontrent des pratiques païennes.

Alors que Jésus n’a encore rien fait, un homme se précipite. On nous le décrit comme un cas, un cas désespéré ! Depuis longtemps, il est violent, agressif, au point que sa communauté n’a pas réussi à le gérer et l’a exclu. Depuis, il est complètement dominé par ses pulsions destructrices, au point de se blesser lui-même. Il est impur : il vit parmi les tombeaux. Pour un Juif, toucher un cadavre, c’est se rendre impur devant Dieu pour un temps (Dieu est le Dieu des vivants !!) – alors vivre au milieu des tombeaux ? C’est comme vivre dans les poubelles !

Cet homme est possédé par un esprit impur, démoniaque. Alors là, nous aussi on entre en zone grise, surtout les Occidentaux qui ont du mal avec l’invisible ! A la vue des symptômes, nous pourrions proposer un autre diagnostic, p. ex. psychiatrique. Mais je crois qu’il faut résister à la tentation de réduire le texte biblique au tout médical, tout scientifique, tout maîtrisable. D’une part, la Bible affirme la réalité de forces invisibles, surnaturelles, plus fortes que nous – des bonnes et des maléfiques. Si nous croyons en Dieu, il est difficile de rejeter par principe l’existence d’esprits invisibles qui interagissent avec nous, même si nous ne les reconnaissons pas forcément au quotidien. D’autre part, pour en revenir à la possession, troubles spirituel et psychiatrique ne s’excluent pas forcément – au contraire même, d’après les spécialistes de la délivrance, les cas de possession prennent souvent racine dans des vies brisées de l’intérieur par le traumatisme, l’abus, l’addiction…

Cela dit, cet homme me renvoie à tous ceux que nous étiquetons « cas désespéré », quelle que soit la cause. Des cas qu’on n’arrive plus à accompagner, et qui nous laissent démunis : quelqu’un enfermé dans l’addiction, p. ex., ou pris dans l’engrenage crime-prison-difficile réinsertion, ou affecté par un trouble psy qu’on n’arrive pas à traiter, ou sous l’emprise d’un réseau radicalisé/mafieux… On n’a pas besoin d’être possédé pour toucher le fond !

Et c’est là, sur ce terrain dévasté, où la destruction rugit et le mal se déchaîne, sur ce terrain tellement opposé à ce que Dieu est, c’est là que Jésus met pied à terre.

  • La victoire sur les démons

6 [L’homme] vit Jésus de loin ; alors il accourut, se prosterna devant lui, 7 et cria d’une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut ? Je t’en conjure, au nom de Dieu, ne me tourmente pas ! » 8 Jésus lui disait en effet : « Esprit impur, sors de cet homme ! » 

9 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? »

Il répondit : « Mon nom est “Légion”, car nous sommes nombreux. » 10 Et il le suppliait avec insistance de ne pas les envoyer hors du pays.

11 Il y avait là un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture près de la montagne. 12 Les esprits impurs supplièrent Jésus : « Envoie-nous dans ces porcs, et nous entrerons en eux ! » 13 Jésus le leur permit. Alors ils sortirent du possédé et entrèrent dans les porcs. Le troupeau d’environ 2 000 porcs se précipita du haut de la falaise dans le lac et s’y noya. 

Sans attendre une démarche de foi de cet homme, Jésus entreprend de le délivrer, au grand dam de l’esprit démoniaque. Et celui-ci se lance dans une négociation avec Jésus. Il reconnaît Jésus, c’est d’ailleurs un indice de son origine : les démons sont toujours ceux qui reconnaissent Jésus, ce qui ne veut pas dire qu’ils se soumettent !

Alors le démon se prosterne devant Jésus, en fausse soumission ; il prend bien soin de nommer Jésus (à cette époque, il y avait cette croyance que quand on connaît le nom de quelqu’un, on peut le maîtriser) ; et même, il le supplie « au nom de Dieu » !!! C’en serait presque risible, si l’homme derrière n’était dans une telle détresse.

Jésus rétorque en demandant le nom du démon, ce dont il ne s’embarrasse pas généralement : par rapport à ce qui se pratiquait à l’époque (comme aujourd’hui) dans les milieux ésotériques, sorcellerie, magie etc., Jésus n’a pas de rituel. Même pour guérir, d’ailleurs ! Pas de formules, de gestes, d’effets spéciaux… Là où les techniques humaines sont en échec, Jésus parle et la chose arrive. C’était la même chose, juste avant, dans l’Évangile de Marc, quand Jésus calme la tempête en disant : « Silence », et juste après, lorsque Jésus ressuscite la fille de Jaïrus, qui était morte, simplement avec ces mots : « Jeune fille, lève-toi ». L’autorité divine, si efficace, est d’une grande sobriété.

Si Jésus renvoie la balle au démon, c’est pour montrer qu’il ne rentre pas dans son jeu, et au passage, nous devinons l’ampleur du dommage chez le possédé : une légion romaine comptait 6000 soldats… Le possédé est complètement tiraillé de l’intérieur !

Finalement, le démon demande une issue de secours : on considérait à l’époque que le pire pour les esprits était de ne pas avoir de réceptacle. Le mieux, c’est un humain, mais en second choix, des animaux iront bien. Et Jésus exauce cette demande ! Pourquoi ? Je ne sais pas. En tout cas, cela va se révéler fatal pour les démons, puisqu’ils s’auto-détruisent en se noyant. Ils ne peuvent aller que vers la mort. Cela nous montre aussi, visuellement, la gravité de ce que vivait cet homme.

Certains pourraient se scandaliser qu’on sacrifie des animaux, ou le revenu d’un éleveur qui n’y est pour rien, mais d’une part, pour le lecteur juif, le porc est à part – c’est un animal impur (comme le rat pour nous !). Par l’action de Jésus, symboliquement, tout ce qui est impur disparaît (esprits et animaux).

D’autre part, cela montre aussi l’importance que Jésus accorde à la délivrance de cet homme possédé : la vie et la liberté n’ont pas de prix ! Plus tard, sur la Croix, c’est sa propre vie que Jésus offre, pour débarrasser notre existence de toute chaîne, de toute impureté, de toute emprise… Jésus ne prend pas à la légère le coût de ses actions, mais à ses yeux, rien, rien, ne vaut plus que la vie et la liberté d’un homme.

  • Le rejet des témoins

14 Ceux qui gardaient les porcs s’enfuirent et portèrent la nouvelle dans la ville et dans la campagne. Les gens vinrent donc voir ce qui s’était passé. 

15 Ils arrivent auprès de Jésus et voient l’homme qui avait été possédé par une légion d’esprits impurs : il était assis, habillé et il avait toute sa raison. Et ils prirent peur. 16 Ceux qui avaient tout vu leur racontèrent ce qui était arrivé à l’homme possédé et aux porcs. 17 Alors ils se mirent à supplier Jésus de quitter leur territoire. 

Jésus a résolu une situation que personne ne pouvait gérer ! Les concitoyens en sont plus qu’impressionnés, ils sont terrifiés, et ils demandent à Jésus de partir. Pour eux, le coût du changement est trop grand : mieux vaut garder son petit équilibre, quitte à devoir supporter un démoniaque, que d’accueillir la vie au risque de perdre un troupeau, ou de modifier l’écosystème ! A la fin, on se demande qui, du démoniaque ou de son entourage bien-pensant, est le plus sous emprise, le plus morbide, le plus sec !!!

Etrangement, lorsque Jésus fait surgir la vie, cela ne réjouit pas tout le monde… Certains trouvent des bénéfices au malheur des autres, et ce texte empêche toute naïveté : la lumière qui surgit dans les ténèbres ne suscite pas que de la joie… mais aussi de la résistance.

Sans même parler de malveillance, la simple inertie peut créer des résistances, et aussi chez les chrétiens, pourtant acquis à la cause ! Car toute nouveauté, aussi lumineuse qu’elle soit, met en péril nos équilibres, nos habitudes, notre écosystème… tout avancement coûte et déstabilise : mais si c’est pour la délivrance, même d’un seul, cela n’en vaut-il pas la peine ? Nous résistons au changement quand nous restons focalisés sur ce que nous perdons, mais si nous regardons à ce qui est gagné, quelle joie ! quelle motivation ! C’est cette attitude-là qui a permis au Christ d’entrer dans la mort, les yeux fixés sur sa résurrection, sur notre résurrection avec lui, sur la joie éternelle qu’il allait vivre avec nous.

  • L’invitation à aller

18 Au moment où Jésus montait dans la barque, celui qui avait été possédé le supplia de pouvoir rester avec lui. 19 Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit : « Retourne chez toi, dans ta famille, et raconte-leur tout ce que le Seigneur a fait dans sa bonté pour toi. » 20 L’homme s’en alla donc et se mit à proclamer dans la région de la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui ; et tout le monde était très étonné.

Dernier rebondissement : l’ex-démoniaque veut suivre Jésus, mais… Jésus le renvoie ! C’est d’autant plus étonnant que Jésus a accédé à la requête des démons, à celle des habitants qui lui demandent de partir, mais le seul qui a une intention louable, Jésus le renvoie ?!

Bien sûr, Jésus voit plus loin : l’homme, rentré chez lui, sera un témoignage fort de la puissance et de l’amour du Christ, et il portera plus de fruits en étant disciple « à distance » et témoin.

Première réflexion : l’exaucement ou le non-exaucement des prières n’est pas un gage de qualité de nos demandes… Souvent on se lamente quand on n’est pas exaucé : quand Dieu ne répond pas, et si c’était pour quelque chose de plus grand et de plus fécond ?

Deuxième réflexion : libérés par le Christ, nous n’avons qu’une envie, rester près de lui, dans un environnement saint, lumineux et pur. Mais Jésus nous renvoie, il nous disperse ici et là pour que la petite flamme que nous avons reçue puisse se multiplier… Vous me direz : et les disciples qui ont le privilège de suivre Jésus dans la barque ? Eux aussi ont dû se disperser, après la résurrection : « allez, et faites de toutes les nations mes disciples… ». Un disciple de Jésus, c’est quelqu’un qui sort, qui se mélange, et qui partage ce qu’il a reçu. Ce n’est pas confortable, on peut se heurter à des réactions agressives, des malentendus, des valeurs qui changent, et d’ailleurs souvent les chrétiens finissent par perdre de vue leur réseau d’avant (2 ans en moyenne). Ce n’est pas confortable, mais… c’est ce que Jésus a fait lui-même : il est venu dans le monde, dans les ténèbres, jusque dans la mort, pour partager sa vie et sa lumière. Et il nous demande de faire pareil, jusqu’à ce que sa lumière soit partout.

Conclusion

Finalement, on pourrait dire que, tant qu’il y a Jésus, il y a de l’espoir ! Personne, ni vous ni votre voisin, ni celui que vous croisez dans la rue, ni celle qui vous désespère, ni le criminel ou le terroriste : personne n’est tombé si bas que Jésus ne puisse le relever. Sans être naïfs sur les influences (démoniaques ou pas), le témoignage du démoniaque nous rappelle que derrière un cas désespéré, il y a toujours une personne, une personne que Dieu a créée et qu’il aime, une personne qu’il veut libérer et restaurer. Plus grand que le plus grand désespoir, voilà l’amour de Dieu, la puissance de Dieu qui domine sur le mal, quelle qu’en soit la forme. Alors que Dieu renouvelle notre regard et notre attitude, pour que nous soyons toujours pleins d’espoir, ouverts à la possibilité de son action !

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