Pourquoi choisir la sagesse?

Rappelez-vous… Dès notre plus jeune âge, on nous a demandé d’être sages. Et c’est ce qu’on continue de demander aux enfants ! Là où l’instinct nous donnait envie de courir, il fallait rester assis pendant 4h. Là où on avait très envie d’une glace, on s’entendait répondre : il est 19h, il ne faut pas gâter ton appétit. Et même en grandissant, nos rêves, nos projets, rencontrent trop souvent la mine dubitative de notre interlocuteur : « oui, ce que tu dis est intéressant, mais… est-ce réaliste ? est-ce approprié vu la situation ? est-ce bien sage ? » Au final, d’expérience, la sagesse semble s’opposer à ce qui nous donne joie, espoir, plaisir.

Pourtant, nous désirons la sagesse. Peut-être pas avec ce mot-là, précisément, mais nous avons soif d’une vie équilibrée, assurée, bonne. Il n’y a qu’à voir le succès des livres de développement personnel sur tous les domaines de la vie, les blogs, et toutes ces belles petites phrases qu’on affiche sur les réseaux sociaux. Certains ont même un désir ardent de trouver le principe de vie qui fera que « ça marche » (pour soi, et/ou pour les autres). On voit par exemple l’engouement pour l’écologie ou la justice sociale notamment chez les jeunes.

Pour beaucoup, la relation à la sagesse est ambivalente, un « je t’aime moi non plus » : oui, on la désire, car une vie sans principe nous laisse vides et blessés. Pourtant, au moment de choisir la sagesse, il y a ce mouvement de recul, comme si dire « oui » à la sagesse, c’était dire « non » à nos intuitions, notre plaisir, nos rêves. C’est même un des ressorts de la tentation : on sait que telle option est mauvaise, mais sur le moment, la bonne voie paraît terne, insipide, frustrante. Ou simplement impossible.

Dans la Bible résonne largement l’appel à être sage, à choisir la sagesse. Notamment dans le livre des Proverbes, qui regorge de conseils pour vivre une bonne vie. Mais avant d’en venir aux conseils, le livre contient une longue introduction qui encourage le lecteur à préférer la sagesse à la folie, en les présentant comme deux femmes entre lesquelles il faut choisir. C’est une image bien sûr ! Je vous propose de lire la description que la Sagesse fait d’elle-même, qui répond entre autres à notre ambivalence.

Lecture biblique Pr 8.22-32 – Bible du Semeur

22 L’Eternel m’a donné naissance |tout au début de son activité

et avant d’entreprendre |les plus anciennes de ses œuvres.

23 Oui j’ai été formée |dès les temps éternels,

bien avant que la terre fût créée.

24 J’ai été enfantée |avant que l’océan existe

et avant que les sources |aient fait jaillir |leurs eaux surabondantes.

25 Avant que les montagnes |aient été établies,

avant que les collines |soient apparues, |j’ai été enfantée.

26 Dieu n’avait pas encore |formé la terre et les campagnes

ni le premier grain de poussière |de l’univers.

27 Moi, j’étais déjà là |quand il fixa le ciel

et qu’il traça un cercle |autour de la surface |du grand abîme.        

28 Et quand il condensa |les nuages d’en haut,

quand il fit jaillir avec force |les sources de l’abîme,

29 et quand il assigna |à la mer des limites

pour que ses eaux |ne les franchissent pas,

quand il détermina |les fondements du monde,

30 je me tenais |bien fermement à ses côtés, me livrant sans cesse aux délices,

et jouant en tout temps | en sa présence.

31 Je jouais sur sa terre |dans le monde habité,

et trouvais mes délices |dans les êtres humains.

32 Maintenant donc, mes fils, |écoutez-moi :

heureux tous ceux qui suivent |les voies que je prescris !

1/ Une autre vision de la sagesse

a/ Une sagesse qui vient de Dieu.

Première affirmation : la sagesse vient de Dieu. La sagesse existe avant nous – le texte insiste suffisamment ! Dans son autoportrait, la sagesse n’hésite pas à évoquer le grand récit de la création qu’on trouve au début de la Bible (Genèse 1) : avant tout, avant la 1e poussière et la 1e étincelle, elle était là, près de Dieu, architecte du monde à venir.

La conséquence, c’est que la sagesse ne naît pas parmi les hommes : ce n’est pas un ensemble de règles culturelles à respecter, ni une éducation, et pas non plus le fruit d’une longue expérience. D’ailleurs, ce n’est pas parce qu’on est âgé qu’on est sage ! Dans sa première excursion de retraités, ma mère a eu l’impression de se retrouver en maternelle tant les gens se chamaillaient pour des bêtises ! On le sait, la sagesse ne vient pas automatiquement. Quant aux règles de notre enfance, toutes ne nous aident pas à avancer dans la vie.

La sagesse de Dieu préside à la création du monde, elle y laisse son empreinte (que les scientifiques par exemple nous aident à mieux voir). Du coup, ce n’est pas un concept flou, un mix des leçons tirées de l’expérience ou des petites phrases entendues ici et là, c’est plutôt une réalité, unique, à trouver, à accueillir, à s’approprier.

b/ Une sagesse joueuse

En passant, le texte en profite pour corriger notre vision de la sagesse. Loin du ton austère et sermonneur d’un vieux chef de clan, loin de la voix douce et égale d’une prof de yoga, la sagesse est aux pieds de Dieu, sur le sol du monde, en train de jouer [diapo]. En train de se régaler (je me livrais aux délices). Cette vision de la sagesse est tellement décalée, qu’elle ne peut qu’être inspirée par Dieu lui-même ! La sagesse joue, s’amuse, elle est délicieuse. Et si vous lisez la suite des Proverbes, vous verrez que la vérité est souvent assaisonnée d’humour. La sagesse ne frustre pas la vie, elle la crée ! Elle la porte ! Elle la fait pétiller !

Joueuse et joyeuse, vivante et vivifiante, dynamique, la sagesse a du caractère ! Et de l’amour : elle fait de l’humanité son plaisir, son projet, sa joie, et elle cherche activement une intimité avec les humains.

c/ Une sagesse à l’image de Dieu

Bien sûr, cette présentation de la Sagesse comme une personne est un artifice littéraire.  La sagesse, c’est d’abord une caractéristique de Dieu lui-même [diapo] : comme lui, elle est préexistante, ordonnée, elle fait vivre. Pourtant, le texte donne l’impression qu’il y a plus. Même certains commentateurs juifs de l’Antiquité disaient qu’il ne fallait pas mettre ce texte entre toutes les mains car on y trouvait des indices de l’intimité de Dieu, une intimité qui nous échappe.

Avec les développements du christianisme, la venue de Jésus parmi les hommes et le don de l’esprit aux croyants, la réflexion s’est précisée. Et plusieurs théologiens se sont demandé si cette sagesse ne pourrait pas évoquer de loin une des personnes de la Trinité : à côté de Dieu le Père, soit le Fils soit l’Esprit.

Si on regarde les textes du Nouveau Testament, on voit que les apôtres Jean et Paul ont très clairement identifié la Sagesse à Dieu le Fils devenu homme, appelé Jésus.

Au commencement, la Parole* existait déjà. La Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Au commencement, la Parole était avec Dieu. Par elle, Dieu a fait toutes choses et il n’a rien fait sans elle. En elle, il y a la vie, et la vie est la lumière des êtres humains. (Jean 1.1-4)

* Parole ici, traduit le mot Logos en grec (qui a donné « logique ») et qui évoque la parole qui sait, qui s’exprime avec intelligence et sens – c’est le mot grec que Jean trouvait le plus proche de l’idée de la Sagesse.

Le Christ est l’image du Dieu qu’on ne peut voir. Il est le Fils premier-né au-dessus de toutes les choses créées. En effet, c’est en lui que Dieu a tout créé dans les cieux et sur la terre. (Colossiens 1.15-16)

Dans ces deux textes, on sent que Proverbes 8 n’est pas très loin.

Évidemment, la sagesse est présente en Dieu tout entier, Père Fils et Saint Esprit. Mais c’est peut-être Jésus qui nous révèle davantage la sagesse divine. Pour faire une comparaison : quand des parents donnent à manger à leurs enfants, même un seul des deux a cuisiné, les deux ont œuvré pour que les enfants soient nourris (par leur travail, les courses, la cuisine, la vaisselle etc.). Mais celui des deux qui cuisine incarne pour les enfants celui qui nourrit.

Jésus, incarnation de la sagesse divine. J’ai rencontré l’an dernier un pasteur qui racontait sa conversion en deux temps. Vers 18 ans, pour décourager un collègue dont il trouvait la foi naïve, cet homme s’est mis à lire les Evangiles, la vie de Jésus. Il a été percuté par la sagesse du Christ, et – sans croire – il s’est plongé dans les Evangiles jusqu’à les connaître presque par cœur. Quand il y avait un souci à régler au travail, dans l’équipe, il se demandait : qu’est-ce qu’il ferait Jésus ? Et il cherchait dans les Evangiles. Plus d’un an après, il a pris conscience que si Jésus disait vrai sur l’homme, alors il disait sûrement aussi la vérité quand il parlait de lui-même comme sauveur, et il a fait le pas de la foi.

Au-delà de la sagesse reconnue de Jésus, le croyant voit en lui le comble de la sagesse de Dieu : une sagesse qui n’est pas de notre monde. Lorsque les humains peinent à se tourner vers Dieu, c’est Dieu lui-même qui devient un homme pour les rejoindre. Encore plus, il vient subir les conséquences de toutes les offenses, les injustices, les coups que nous avons portés à Dieu. C’est bien le Christ qui révèle un Dieu prêt à tout pour nous permettre de vivre avec lui, dans les délices de sa présence.

2/ Choisir la vie 

Il n’y a pas vraiment de suspense… Le but de ce texte, c’est de nous inviter à choisir la sagesse. Vous vous doutiez bien que je n’allais pas conclure le contraire ! Mais avec quelle représentation de la sagesse ? Et surtout, derrière cette représentation, quelle motivation ?

Fondamentalement, dans la Bible, il ne s’agit pas de se conformer à un code social pour ne pas faire de vagues (que ce soit à l’église, en famille, dans notre équipe, avec les copains du collège…). Ni pour faire plaisir à nos parents et obtenir leur approbation (qui sont peut-être eux-mêmes à l’église). Ni non plus par peur de Dieu et de son regard sur nous, comme s’il guettait notre prochaine chute pour pouvoir nous dire : [agiter index] « je te l’avais dit ! ». La sagesse n’est pas là pour nous brimer, nous frustrer, nous sermonner. Elle n’est pas là pour nous faire rentrer dans un conformisme.

Dans ce texte, la sagesse a les yeux qui pétillent de joie et de grâce. Les principes qu’elle propose, c’est le mode d’emploi du monde, celui qui permet de vivre vraiment. Avec un nouvel appareil d’électroménager par exemple, on a tous pesté de ne pas avoir le mode d’emploi dans un vrai français… Le mode d’emploi donne un cadre, oui, des principes, mais c’est pour optimiser l’utilisation, pas pour la rendre désagréable.

En cette rentrée, après la pause de l’été, alors que les activités et les défis reviennent, ce texte nous invite à rechercher toujours plus la sagesse de Dieu. Même quand la démarche de sagesse nous paraît difficile ou contre-intuitive, rappelons-nous que nous n’avons pas à nous en méfier : c’est la sagesse qu’incarne le Christ, une sagesse bonne et belle, réfléchie et joyeuse, une sagesse pleine de grâce qui n’a qu’un but – que nous puissions vivre vraiment, en partageant les délices de Dieu.

Prière : ta sagesse est la vérité, conduis-nous toujours dans la vérité de ta sagesse. Que ta parole donne sens à notre vie – aide-nous à la désirer et à nous en emparer.

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