Epiphanie

 

Savez-vous quelle fête nous célébrons aujourd’hui, 6 janvier ? L’épiphanie. Et qu’est-ce que l’épiphanie ? Le mot, transcription du grec, signifie apparition, manifestation. L’épiphanie est la commémoration de l’épisode biblique de la visite des mages à Jésus alors qu’il était enfant.

C’est aussi le moment où on mange la galette des rois… Une tradition qui n’a rien de biblique mais qui vient sans doute d’une fête païenne romaine : les Saturnales. Pendant sept jours la hiérarchie sociale pouvait être critiquée voire tournée en dérision. Par exemple, les soldats tiraient au sort, grâce à une fève, un condamné à mort qui devenait « roi » le temps des réjouissances… avant d’être exécuté à la fin de la fête !

Ceci dit, dans la fête de l’épiphanie, il n’y a pas que la tradition de la galette des rois qui s’éloigne de la Bible ! Avec la représentation du récit de la visite des mages, on est souvent dans le folklore, assez éloigné de la sobriété du récit biblique. Regardez cette image de crèche… et cherchez les erreurs !

Crèche

  • Dans la Bible, on ne parle jamais de rois pour les mages
  • On ne sait pas combien ils étaient
  • On connaît encore moins leurs noms ! Melchior, Gaspard et Balthazar, c’est du folklore !
  • L’épisode a eu lieu au moins plusieurs mois après la naissance de Jésus (cf. le massacre des enfants jusqu’à deux ans par Hérode « d’après l’époque précisée par les mages »), les bergers n’étaient donc plus là depuis longtemps… et il est très probale qu’on n’était plus dans une étable.

Mais même nettoyé de tous les ajouts de la tradition et du folklore, le récit biblique reste assez mystérieux, au point qu’on pourrait se demander s’il ne faudrait pas le considérer comme une fable, une jolie histoire mais rien de plus…

Matthieu 2.1-12
1 Jésus naît à Bethléem, en Judée, au moment où Hérode le Grand est roi. Alors, des sages viennent de l’est et arrivent à Jérusalem. 2 Ils demandent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile se lever à l’est, et nous sommes venus l’adorer. »
3 Quand le roi Hérode apprend cela, il est troublé, et tous les habitants de Jérusalem aussi. 4 Le roi réunit tous les chefs des prêtres de son peuple avec les maîtres de la loi. Il leur demande : « À quel endroit est-ce que le Messie doit naître ? » 5Ils lui répondent : « Le Messie doit naître à Bethléem, en Judée. En effet, le prophète a écrit :
6 “Et toi, Bethléem, du pays de Juda,
tu n’es sûrement pas
la moins importante des villes de Juda.
Oui, un chef va venir de chez toi,
il sera le berger
de mon peuple, Israël.” »
7 Alors Hérode fait appeler les sages en secret. Il leur demande : « À quel moment est-ce que l’étoile est apparue ? » 8 Ensuite il les envoie à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner exactement sur l’enfant. Quand vous l’aurez trouvé, venez me prévenir, et moi aussi, j’irai l’adorer. »
9-10 Après ces paroles du roi, les sages se mettent en route. Ils aperçoivent l’étoile qu’ils ont vue à l’est. Ils sont remplis d’une très grande joie en la voyant. L’étoile avance devant eux. Elle arrive au-dessus de l’endroit où l’enfant se trouve, et elle s’arrête là. 11 Les sages entrent dans la maison, et ils voient l’enfant avec Marie, sa mère. Ils se mettent à genoux et adorent l’enfant. Ensuite, ils ouvrent leurs bagages et ils lui offrent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 12 Après cela, Dieu les avertit dans un rêve de ne pas retourner chez Hérode. Alors ils prennent un autre chemin pour rentrer dans leur pays.

Enquête sur les mages

Un évangile n’est certes pas à lire comme un rapport de police qui relaterait froidement les faits, ni même comme un ouvrage d’histoire au sens moderne. Il y a toujours une intention dans un évangile : le message est toujours le plus important. Une fois qu’on aurait démontré l’historicité d’un évènement, si c’était possible, on n’en aurait pas forcément compris la portée. Et on passerait à côté de l’essentiel… Mais ce n’est pas une raison pour refuser toute vraisemblance à un récit dès le moment où il contient une part de mystérieux ou de miraculeux.

Pour ce récit de la visite des mages, j’aimerais donc juste souligner quelques éléments de vraisemblance de l’histoire. Il ne s’agit pas pour moi de vouloir prouver l’historicité du récit. C’est impossible. Et pas très utile. Mais le fait qu’il soit vraisemblable en bien des aspects nous invite déjà à le prendre au sérieux.

Ce qu’on sait de la personnalité d’Hérode

Ce que le récit dit d’Hérode correspond à ce que l’on sait du personnage, même dans la suite du récit, lorsqu’il ordonnera le massacre des enfants à Bethléem. Véritable tyran parano, il était jaloux de son pouvoir. On sait qu’il s’est rendu coupable d’autres massacres que celui dont parle l’évangile, à commencer par le meurtre de ses propres fils, de peur qu’ils ne lui prennent le pouvoir…

Ce qu’on sait des mages

Qui pouvaient être ces mages venus d’Orient ? Le mot grec magos qui a donné mage en français, semble venir du vieux persan et désignait à l’origine des prêtres de Zoroastre. Ici, le terme semble utilisé dans un sens plus large. Visiblement, ce ne sont pas des magiciens mais plutôt des observateurs des étoiles. Sans doute des savants comme il y en avait dans l’Antiquité en Orient. Aujourd’hui, on les qualifierait plus d’astrologues que d’astronomes… ils cherchaient donc bien des signes dans les étoiles !

En passant, je trouve assez savoureux de voir que Dieu se révèle à ces savants venus d’Orient par l’astrologie qu’il condamne par ailleurs dans la Bible ! Le Dieu de grâce fait éclater les cadres… et emprunte parfois des chemins surprenant pour nous rejoindre !

Ce qu’on peut penser de l’étoile

Quant à l’étoile, les astronomes s’y sont beaucoup intéressés et ont essayé de comprendre à quel phénomène astronomique cela pourrait faire référence. On a pensé à une comète mais ça ne fonctionne pas. On évoque aujourd’hui un alignement de planètes ou une supernova (implosion d’une étoile). Ainsi, on sait qu’en 7 avant Jésus-Christ, une conjonction très rare s’est produite dans le ciel : Jupiter et Saturne se sont rapprochées trois fois de suite dans l’année, en juin, septembre et décembre. Elle apparaissait dans la constellation du Poisson, qui désignait, entre autre, la Palestine… On a aussi retrouvé dans les écrits d’astrologues chinois l’évocation d’une étoile très brillante, probablement une supernova, qui est apparue en mars/avril de l’an 5 avant Jésus-Christ. Comme on sait par ailleurs que Jésus n’est pas né en l’an 1 (le calcul était erroné au moment de l’établissement du calendrier chrétien) mais quelques années plus tôt, ça pourrait coller !

La conjonction de planètes, observée par les mages, aurait pu les mettre en alerte, et l’apparition de l’étoile brillante, moins de deux ans après, aurait pu les encourager à prendre la route…

Faire le chemin avec les mages

Tout ceci ne prouve évidemment pas l’historicité de l’événement mais ces éléments de vraisemblance nous invitent à prendre le texte au sérieux. Et le prendre au sérieux, c’est aussi se laisser interpeller par lui. Et si Matthieu nous invitait à rejoindre les mages sur leur chemin, à nous laisser inspirer par leur voyage, pour notre voyage de foi ?

Entreprendre un voyage

Comme il a rejoint les mages dans leur observation des étoiles, Dieu nous rejoint là où nous sommes et nous invite à nous mettre en marche, à entreprendre un voyage. La foi est un voyage. Il faut se lancer. Accepter une part de risque, d’inconnu… Sinon on reste simplement à observer les étoiles… ou les années qui passent !

Ne pas s’arrêter en chemin

Ce que les mages ont compris de leur observation des étoiles les a conduit à Jérusalem. Là ils apprennent que la ville où doit naître celui qu’ils cherchent est Bethléem. Ils sont près du but… mais ils n’y sont pas encore. Le danger, c’est de s’arrêter en route, de se contenter de ses acquis. Le danger pour la foi, c’est de se contenter de connaissances, d’une simple croyance, comme les maîtres de la Loi dans le récit. Alors que la foi, c’est la rencontre.

Rencontrer Jésus

Les mages vont donc jusqu’à Bethléem et rencontrent celui qu’ils cherchent. Alors ils l’adorent. Jésus n’est qu’un enfant, mais ils l’adorent comme un roi. La foi, c’est la rencontre, c’est aussi la confiance, comme celle des mages qui voient au-delà du petit enfant. Au début de notre cheminement de foi, Jésus que nous rencontrons n’est encore qu’un enfant : nous connaissons encore très peu de lui. Et il va grandir au fur et à mesure de notre cheminement, de notre rencontre avec lui.

Repartir par un autre chemin

Si les mages repartent par un autre chemin, c’est pour ne pas retourner à Jérusalem vers Hérode. Mais l’expression peut avoir aussi valeur de métaphore du changement opéré dans leur coeur. Ils repartent différent après leur rencontre avec Jésus. La foi, qui naît d’une rencontre avec Jésus-Christ, nous transforme !

Conclusion

Nous sommes invités à aller à la rencontre de Jésus, comme les mages. Et comme eux, repartir par un autre chemin… transformés par la rencontre avec le Christ vivant.

Finalement, tout chemin de foi est une épiphanie : Dieu se révèle à nous. Si nous sommes prêt à entreprendre le voyage et à ne pas nous arrêter en chemin – nous contentant de nos acquis – nous le rencontrerons ! Sa rencontre nous tranformera et nous repartirons par un autre chemin. Et sur cet autre chemin que nous emprunterons, ils se révelera encore à nous. Et il nous transformera encore. Voilà le chemin de la foi, qui ne s’arrête jamais et se renouvelle sans cesse.

Que cette nouvelle année soit donc faite pour nous de nombreuses épiphanies !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>