Suivre le Dieu vivant (Elisée IV)

Pour la prédication de ce matin, je terminerai ma série de juillet autour du prophète Élisée, avec l’épisode de sa mort qui fait une bonne conclusion, au chapitre 13.

Le temps a passé, peut-être une quarantaine d’années depuis les derniers miracles d’Élisée que la Bible raconte, mais la situation d’Israël n’a pas changé : sur fond de lutte avec le pays voisin de la Syrie, les rois continuent de se tourner vers des idoles étrangères et de traiter Dieu sans respect. Même le roi Joas, présent dans ce texte, apparemment « proche » d’Élisée, même lui est un mauvais roi (c’est la seule chose qui est dite pour résumer sa vie aux versets précédents). Devant une telle infidélité, Dieu a baissé son aide envers son peuple, ce qui explique l’oppression syrienne particulière au moment de notre récit.

Lecture biblique: 2 Rois 13.14-25

14 Quand Élisée tombe malade de la maladie qui le fera mourir, Yoas, roi d’Israël, va le voir. Il se penche sur lui en pleurant et lui dit : « Mon père, mon père ! Tu vaux tous les chars et tous les cavaliers d’Israël ! » 15 Élisée lui dit : « Prends un arc et des flèches. » Le roi obéit. 
 16-17 Élisée lui dit : « Ouvre la fenêtre vers l’est. » Le roi l’ouvre. Élisée lui dit encore : « Prends ton arc et tends-le. » Le roi prend l’arc. Élisée pose ses mains sur les mains du roi et lui commande de tirer. Après que Yoas a tiré, Élisée dit : « Cette flèche annonce une victoire donnée par le SEIGNEUR, une victoire contre les Syriens. Tu les battras complètement à Afec. » 18 Ensuite Élisée dit encore au roi d’Israël : « Prends les autres flèches. » Yoas les prend. Élisée ajoute : « Frappe le sol ! » Le roi frappe trois fois et s’arrête.
19 L’homme de Dieu est en colère contre le roi. Il dit : « Tu devais frapper cinq ou six fois. Alors tu aurais pu battre complètement les Syriens. Maintenant, tu les battras seulement trois fois. »
2Élisée meurt, et on l’enterre. Au début de chaque année, des bandes de voleurs moabites entrent en Israël. 21 Un jour, des gens qui vont enterrer un mort voient tout à coup une de ces bandes. Ils jettent le corps dans la tombe d’Élisée et s’enfuient. Dès que le mort a touché les os d’Élisée, il redevient vivant et se met debout.
 
22 Hazaël, roi de Syrie, écrase de son pouvoir les Israélites pendant tout le temps où Yoakaz est roi. 23 Mais le SEIGNEUR a pitié d’eux. Il leur pardonne à cause de l’alliance qu’il a établie avec Abraham, Isaac et Jacob. Il ne veut pas les détruire, et ce n’est pas encore le moment où il les chasse loin de lui. 24 Hazaël, roi de Syrie, meurt, et son fils Ben-Hadad devient roi à sa place. 25 Alors Yoas reprend à Ben-Hadad les villes d’Israël qu’Hazaël a arrachées aux mains de son père Yoakaz. Par trois fois, Yoas bat Ben-Hadad, et il reprend les villes d’Israël.
1)   Élisée, témoin du Dieu vivant et compatissant

Élisée a été le prophète du Dieu vivant, du Dieu qui fait vivre. Il a sauvé une veuve de la détresse, guéri Naaman ; il a annoncé la venue d’un enfant à une femme stérile, et quand cet enfant est mort, il l’a ressuscité. Il a protégé son pays des attaques de l’armée syrienne. Élisée est un prophète du Dieu vivant.

A sa mort, il témoigne encore du Dieu qui fait vivre en annonçant la victoire d’Israël sur ses ennemis, par le symbolisme des flèches tirées, la première par la fenêtre (symbolisant une victoire ponctuelle, précise, dans la ville d’Afek), les autres flèches tirées vers le sol, symbolisant le nombre de victoires totales qu’Israël remportera.

Intercalé entre les oracles et leur accomplissement, nous avons aussi ce récit fugace d’un cadavre anonyme jeté dans le tombeau d’Élisée qui reprend vie au contact des ossements du prophète. Ce récit compact témoigne de la puissance de Dieu qui agit à travers son prophète, pour le bien collectif, mais aussi pour les individus. Le rayon d’action de Dieu n’a pas de limite, il touche aussi bien les pays et la géopolitique que la vie d’un simple anonyme, connu de Dieu.

Élisée témoigne de Dieu, alors même que le peuple est spirituellement aveugle et sourd. Tout au long des récits, nous voyons des serviteurs faibles, facilement découragés ou tentés, nous voyons des rois qui ignorent Dieu – et pourtant Dieu agit sans relâche à travers Élisée, même au moment de sa mort.

Joas n’est franchement pas un roi modèle, il y a peu de signes qu’il ait eu foi en Dieu, et son attitude envers Élisée est peut-être simplement pragmatique : il reconnaît qu’Élisée a souvent protégé son pays, sans forcément faire le lien entre fidélité à Dieu et protection… Mais Élisée accueille Joas, il bénit encore son peuple au moment de mourir. Et ce n’est pas par générosité personnelle qu’il le fait, mais en témoin de la compassion de Dieu. Lorsqu’il met ses mains sur celles de Joas, c’est comme un signe de solidarité, un signe que Dieu sera présent. Dans l’accomplissement de l’oracle qui raconte comment Joas a finalement réussi à battre les Syriens à trois reprises, la raison que donne le texte, c’est que Dieu a pitié d’Israël, et qu’il refuse de les abandonner complètement.

Élisée est donc un témoin, jusqu’au bout, jusqu’après sa mort, du Dieu puissant et compatissant qui fait vivre et qui sauve. En cela, comme d’autres, il annonce Jésus, le témoin parfait de Dieu, celui qui a multiplié les pains pour la foule affamée, qui a guéri et délivré, qui est ressuscité et qui promet la vie à ceux qui croient en lui ! A travers Élisée, nous discernons la puissance et la bonté de Dieu qui se manifesteront parfaitement en Jésus.

2)   Joas ou la foi qui s’auto-stoppe

Comme dans les autres récits, au-delà d’Élisée, un autre personnage attire notre attention. Ici, c’est le roi Joas. Joas est un « mauvais » roi, un roi impie qui ne fait pas les bons choix par rapport à Dieu ou par rapport au peuple. Bizarrement, quand il apprend qu’Élisée est malade, il accourt à son chevet. Et ensuite, tout ce qu’Élisée lui demande de faire, il le fait méticuleusement. Le texte met l’accent sur sa docilité, presque comique. Élisée lui donne les consignes une par une, à très court terme : prends l’arc (il prend l’arc), ouvre la fenêtre (il ouvre la fenêtre), tire une flèche (il tire une flèche) etc. Peut-être qu’Élisée le conduit pas à pas justement parce que Joas manque de sagesse, comme un enfant. En tout cas, après le premier signe sur la victoire à Aphek (la flèche tirée par la fenêtre), vient le deuxième avec les flèches à tirer dans le sol. C’est vrai que c’est une demande étrange… Mais pas plus que de tirer par la fenêtre ! Lorsque Joas s’arrête, Élisée pique une crise et affirme que puisque Joas s’est arrêté en cours de route, sa victoire sur les Syriens ne sera que partielle.

La colère d’Élisée surprend, puisqu’il n’y avait pas d’autre instruction explicite, du style « tu tireras 5 fois, 10 fois… ». On ne comprend pas sa colère, car apparemment Joas a obéi à la consigne, en tout cas de notre point de vue. Peut-être (vous voyez qu’on est dans l’interprétation ici !) que Joas aurait dû attendre la prochaine consigne avant de s’arrêter.

C’est comme quand on passe le permis. J’ai appris que tant que l’examinateur ne dit rien, on va tout droit – vous êtes d’accord ! Imaginez maintenant que l’examinateur vous a dit de tourner à droite, vous avez tourné à droite, puis il se tait… conclusion logique : vous allez tout droit ! Si vous vous garez sur le côté, devant une maison, est-ce que vous avez répondu à la consigne ? Non, bien sûr ! Il fallait continuer tout droit, en attendant la prochaine consigne !

Le problème de Joas, c’est que son initiative l’a écarté du chemin qu’il devait prendre. D’où la colère d’Élisée, qui ne pourra pas transmettre la bénédiction qu’il voulait. Et ça m’alerte sur notre façon de « conduire », d’avancer sur notre chemin avec Dieu. Est-ce que parfois nous ne sommes pas dans le cas de Joas, à nous arrêter trop tôt ? A nous garer alors qu’il faut continuer ? Sans parler de la désobéissance massive, on se laisse parfois piéger par notre propre désarroi : A quoi ça sert de tirer des flèches dans le sol ? Où va cette route ? Je ne vois pas où Dieu veut m’emmener, on a dû se tromper quelque part, je vais m’arrêter et faire demi-tour… Ou alors : allez, c’est bon, on a assez roulé, on est allé assez loin… Non ? Pour Élisée, c’est un manque de foi, peut-être là où c’est le plus dur : quand on ne voit pas devant soi.

C’est vrai qu’il y a des périodes ou des situations où on est complètement dans le vague, et on est tenté d’abandonner, parce qu’on a l’impression que notre action est inutile, absurde, ou qu’on se trompe de direction. Et pourtant, faire confiance à Dieu c’est aussi continuer à marcher sur cette route étrange, c’est persévérer même au cœur de ce qui nous paraît absurde, parce que même si nous ne savons pas où notre route va, nous croyons que Dieu le sait, et nous choisissons de lui faire confiance. Comme Abraham qui quitte tout et qui va… « vers le pays que Dieu lui montrera ». La persévérance, c’est un signe de confiance. Et bien souvent, la persévérance paraît stérile : dire bonjour tous les matins au même collègue désagréable, prier toutes les semaines pour le même sujet, pardonner soixante-dix fois sept fois à notre conjoint… Et pourtant, Dieu nous invite à ne pas nous arrêter à mi-chemin, à ne pas cueillir les fruits à moitié mûrs, à ne pas mettre de limites à ce qu’il nous appelle à vivre.

Laissons Dieu nous guider, et laissons-le nous guider au-delà du raisonnable, au-delà de notre petit cadre de probabilités acceptables, osons le suivre sur des chemins qui nous paraissent bizarres, mais où il nous bénira.

Conclusion

Que nous a appris Élisée ce mois-ci ? Il nous a rappelé la puissance de Dieu, la puissance de sa parole, sa puissance qui fait vivre. Mais Élisée, témoin inlassable de Dieu dans un contexte franchement défavorable, rencontre des gens comme vous et moi, qui devront se positionner par rapport à Dieu, et choisir ou pas de lui faire confiance. La veuve au bord de la faillite a obéi sans discuter, Naaman a résisté mais il s’est laissé convaincre, Joas met de lui-même une limite à ce que Dieu peut faire… Diverses réponses, comme des questions qui nous sont adressées : nous, habitants du XXIe siècle, quelle est notre position face au Dieu qui fait vivre ? Osons-nous le suivre ? Sommes-nous prêts à remettre en question nos réticences ? Mettrons-nous des limites à ce que Dieu va faire, par « réalisme » ou ignorance ? Dieu est puissant, il est vivant, il est compatissant, hier comme aujourd’hui et comme demain. Quelle sera notre réponse à la main qu’il nous tend ?

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