Le chemin, la vérité et la vie

Lecture biblique : Jean 14.1-11

Au cœur de ce texte nous trouvons une des paroles les plus connues de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Une affirmation massive, absolue, fondatrice. Mais qui pourrait sonner à nos oreilles comme plutôt intolérante voire extrémiste ! Est-ce le cas ?

Comme toujours, il est important de ne pas isoler une parole de son contexte. Les chapitres 14-17 constituent les dernières paroles de Jésus à ses disciples, avant son arrestation. Elles ont une importance particulière et se terminent avec sa grande prière dite « sacerdotale ». Jésus sait que la séparation approche et que ce sera un moment difficile pour ses disciples. Alors il se veut rassurant : « Ne soyez pas inquiets… ». Et il évoque sa mort prochaine de façon imagée, en parlant de maison, de chambres, de chemin. Il s’en va mais il va leur préparer une place auprès de Dieu.

Mais deux disciples vont s’exprimer et témoigner du désarroi de l’ensemble du groupe, de leur difficulté à comprendre ce que Jésus leur dit. C’est d’abord Thomas qui dit à Jésus : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment est-ce que nous pourrions connaître le chemin ? » C’est ensuite Philippe qui dit à Jésus : « Montre-nous le Père ». Et là, une pointe d’agacement semble marquer la réponse de Jésus : « Philippe, je suis avec vous depuis si longtemps, et tu ne me connais pas ? Celui qui m’a vu a vu le Père. »

Et au milieu, il y a cette fameuse parole de Jésus. Aux deux questions des disciples, il y a une seule réponse de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».

Ce ne sont pas trois affirmations différentes mais bien une seule. Jésus est le chemin parce qu’il est la vérité et la vie. Il est lui-même le chemin qui mène à Dieu, parce qu’il est l’incarnation de la vérité de Dieu, Dieu fait homme, et par lui la vie même de Dieu est offerte à tous.

Le chemin

Au début, quand Jésus évoque le chemin par lequel il doit passer, il pense à sa mort et sa résurrection. C’est ce chemin-là qu’il s’apprête à emprunter, et c’est par ce chemin-là qu’il peut nous préparer une place auprès de Dieu. On sait que plusieurs fois Jésus en a parlé à ses disciples, et on sait aussi qu’ils avaient du mal à le comprendre.

Mais dans un deuxième temps, quand Jésus dit « Je suis le chemin » il ne parle plus seulement du chemin qu’il va emprunter mais celui qu’il incarne, et c’est toujours lié à sa mort et sa résurrection. Jésus est pour nous le chemin parce que sa mort et sa résurrection est notre chemin de salut.

D’une certaine façon, on pourrait dire tout simplement que le chemin dont parle Jésus, c’est le salut. Notre salut, c’est Jésus-Christ, par sa mort et sa résurrection ! C’est par lui que nous pouvons être sauvé, c’est dans la communion avec sa mort et sa résurrection que nous avons une place auprès de Dieu. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans le livre des Actes (19.9), l’Evangile prêché par Paul est appelé « la voie » (ou le chemin, c’est le même mot grec que dans Jean 14.6).

L’image du chemin pour évoquer le salut est parlante pour des disciples qui se mettent en marche à la suite du Christ. On peut souligner au moins trois aspects de la métaphore :

Il y a d’abord la mise en marche, le choix de s’engager sur le chemin. On peut très bien refuser de le faire et rester sur le bord du chemin, regarder passer les autres… Ou alors on se lance, on répond à l’appel du Christ et on démarre l’aventure de la foi. On n’est pas d’office sur le chemin… il faut le vouloir.

Il y a ensuite le cheminement. Depuis Abraham, le croyant est un nomade, toujours en mouvement. Comme les disciples qui suivaient Jésus. Le danger de la vie chrétienne, c’est la sédentarité spirituelle. Je ne parle pas de l’attachement à une Eglise locale, qui est tout à fait légitime et même important. Je pense plutôt au danger de s’installer, du confort de nos habitudes, de notre routine, de nos amis chrétiens qui pensent comme nous… On se fabrique un petit cocon confortable qui nous enferme et nous endort alors que nous devons restés ouverts et éveillés !

Il y a enfin l’objectif. Le chemin mène quelque part, il y a une destination. On ne part pas à l’aventure dans la jungle, à l’aveugle en terrain inconnu. Il y a une espérance qui nous guide. Et elle est bien fondée sur le Christ, qui a lui-même emprunté pour nous le chemin de la mort et de la résurrection.

La vérité

Jésus est aussi la vérité. Il est l’incarnation de la vérité de Dieu, il est Dieu fait homme : « Je vis dans le Père, et le Père vit en moi. »

L’idée était déjà présente dans le prologue de l’évangile selon Jean :

14 La Parole est devenue un homme, et il a habité parmi nous. Nous avons vu sa gloire. Cette gloire, il la reçoit du Père. C’est la gloire du Fils unique, plein d’amour et de vérité.
(…)
17 Dieu nous a donné la loi par Moïse, mais l’amour et la vérité sont venus par Jésus-Christ. 18 Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique, qui est Dieu et qui vit auprès du Père, nous l’a fait connaître.

Lorsque Jésus dit qu’il est la vérité, c’est une affirmation absolue quant à lui mais relative quant à nous.

Elle est absolue quant à lui parce qu’il est le Fils de Dieu. Jésus-Christ n’est pas une vérité parmi d’autres. Il est la vérité. Parce qu’il est Dieu et Dieu est, par définition, absolu ! Bien-sûr, une telle affirmation peut déranger voire choquer. Elle peut paraître intolérante… mais elle est bien au cœur de l’Evangile et nous l’accueillons dans la foi.

Ceci dit, nous ajoutons tout de suite que cette vérité est relative quant à nous parce que nous n’en sommes que les témoins, pas les détenteurs. La vérité n’est pas une doctrine ou une confession de foi. Elle est une personne : Jésus-Christ. Nos doctrines et nos confessions de foi s’efforcent de mettre des mots sur la vérité du Christ, et le Seigneur nous y aide par sa Parole. Mais ce ne sont que des vérités relatives à la vérité absolue du Christ.

Personne ne peut prétendre être détenteur de la vérité ! On ne peut pas mettre la main sur la vérité parce qu’on ne peut pas mettre la main sur le Christ ! Et il me semble que notre posture de disciple du Christ doit être moins celle de défenseurs de la vérité que de chercheurs de la vérité. Notre quête de vérité ne peut être assouvie que dans la relation avec le Christ, une relation vivante et sans cesse renouvelée.

La vie

On comprends donc pourquoi Jésus dit enfin qu’il est la vie. La vie, c’est la conséquence de tout ce qui précède, c’est parce qu’il est le chemin et la vérité qu’il est aussi la vie. Parce qu’il est celui qui nous conduit à Dieu et qu’il est Dieu lui-même, Jésus-Christ nous fait partager la vie même de Dieu. Cela aussi était déjà dans le prologue de l’Evangile selon Jean :

« A ceux qui croient, la Parole a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Et ils sont devenus enfants de Dieu en naissant non par la volonté d’un homme et d’une femme, mais de Dieu. » (Jean 1.13-14)

Il faut donc bien le comprendre, Jésus ne promet pas simplement à ses disciples la vie après la mort. La vie éternelle dont par l’Evangile, c’est bien plus que cela ! C’est la vie de Dieu, que nous partageons dès aujourd’hui, une vie nouvelle qui découle de la relation avec Dieu, par le Christ. La vie éternelle, ce n’est pas seulement une garantie face au jugement à venir, une promesse pour demain, ou après-demain. C’est une assurance pour aujourd’hui, celle de l’amour de Dieu qui nous accompagne.

Cette vie-là, elle découle de notre relation avec Dieu. Elle ne peut pas provenir d’un chemin qui serait une tradition ou un rite, ni d’une vérité qui serait un doctrine. Elle vient du Saint-Esprit qui vient habiter en nous, ce « fleuve d’eau vive » dont parle Jésus en Jean 7. Les traditions, les rites, les doctrines, les théologies, la Bible elle-même, tout cela ne sont que des outils au service d’une relation vivante et authentique, par la foi, avec le Christ. C’est là que se trouve la vie !

Conclusion

« Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Cette parole est-elle trop absolue et intolérante ? Pas si on la comprend bien…

Jésus est le chemin, par sa mort et sa résurrection. Mais c’est à nous de nous engager aujourd’hui sur ce chemin par la foi.

Jésus est la vérité, parce qu’il est Dieu fait homme. Mais c’est à nous de sans cesse chercher cette vérité, la (re)découvrir, sans jamais prétendre la détenir.

Jésus est la vie, parce qu’il nous remplit de son Esprit vivifiant. Mais c’est à nous de le laisser nous remplir en nous abreuvant sans cesse à la source de son amour.

Ainsi, cette parole forte et absolue de Jésus-Christ est avant tout une invitation à la rencontre, à répondre à son appel et le suivre, dès aujourd’hui. Car c’est aujourd’hui déjà, et pas seulement demain ou après-demain, que nous pouvons expérimenter qu’il est pour nous, le chemin, la vérité et la vie.

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