Dieu a aimé le monde

amour-de-dieuLecture biblique : Jean 3.16-18

Jean 3.16 est probablement le verset biblique le plus connu des évangéliques. On estime, à juste titre, qu’il résume parfaitement à lui seul le message central de l’Évangile, la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ.

Sommes-nous capables d’entendre encore ce texte rabâché et de nous laisser interpeller par lui ? Car c’est un texte qui parle de notions essentielles : l’amour de Dieu, la perdition, la vie éternelle, la foi. Il n’est sans doute pas superflu de nous y arrêter encore…

L’amour de Dieu

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi la formulation de Jean 3.16 était au passé ? Il n’est pas dit : « Dieu aime tellement le monde qu’il a donné son Fils unique… » mais « Dieu a tant aimé le monde… » Ce n’est pas tout à fait la même chose, surtout quand on regarde le texte original grec.

Le verbe est à l’aoriste, un temps qui implique ici un événement précis et ponctuel. On comprend par la deuxième partie de la phrase que cet événement, c’est le don du Fils de Dieu. L’amour de Dieu pour le monde, c’est le don de son Fils : le jour où le Père a envoyé le Fils, il a aimé le monde.

Non pas qu’il ne l’aimait pas avant et qu’il ne l’aime plus depuis, évidemment. Mais c’est une façon de souligner que l’amour de Dieu pour le monde n’est pas un sentiment diffus mais un amour réel et vrai. Un amour qui se traduit concrètement, qui l’a poussé à prendre les choses en main et à agir.

On n’est pas ici dans une conception naïve et romantique d’un « bon Dieu » qui aime tout le monde parce qu’il est gentil. Ce texte nous présente un Dieu qui, par amour, a mis en œuvre un projet de salut qui s’est accompli avec la venue de Jésus-Christ. Un amour qui a conduit jusqu’à la mort de Jésus-Christ…

On ne peut pas aimer qu’en paroles. On n’aime pas vraiment si notre amour ne se traduit pas en actes. Et en actes qui, souvent, coûtent quelque chose.

Dieu a aimé ce monde qui ne se souciait guère de lui. Un monde où les humains, qu’il a créés, mentent, trichent, agressent, humilient… Un monde où les gens remplacent Dieu par des idoles, où la religion n’est souvent qu’une façade. Un monde qui n’était ni meilleur ni pire qu’aujourd’hui.

Et Dieu a aimé ce monde jusqu’à donner son propre Fils.

La perdition et la vie éternelle

Il faut dire que l’enjeu est de taille. Notre texte parle bien de vie et de mort, de salut et de perdition.

Il est sans doute bon de s’arrêter ici sur ces notions souvent galvaudées. Laissons de côté les caricatures ! L’enfer où les méchants cuisent dans des marmites bouillantes, aiguillonnés par des démons à la queue fourchue. Le ciel, dans les nuages, où tout le monde, le sourire béat et en robe blanche, est en train de chanter des cantiques !

Que dit notre texte ? Dieu a aimé le monde, il a envoyé son Fils pour qu’il « ne se perde pas » mais qu’il « ait la vie éternelle. » (v.16). Bref, « pour que par lui le monde soit sauvé. » (v.17)

Première remarque : ce qui est dit ici ne doit pas être repoussé au dernier jour. Comme si les notions de perdition et de vie éternelle ne nous concernaient qu’après notre mort. Il y a bien un réalité déjà présente. Le verset 18 le dit avec force : « Celui qui met sa foi en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé… »

L’état « normal », le point de départ pour tous, ce n’est pas la vie éternelle, c’est la perdition. Il faut l’intervention de Dieu, l’envoi de son Fils, pour pouvoir échapper à la perdition et recevoir la vie éternelle.

Sans Dieu, nous sommes perdus. Le verbe utilisé au verset 16 (apollumi) peut signifier détruire, périr, perdre. Nous mourons loin de Dieu. Et cela déjà aujourd’hui. La Bible affirme que tout être humain est créé à l’image de Dieu, avec le besoin fondamental d’être en relation avec notre Créateur. Sans Dieu dans notre vie, ce besoin fondamental n’est pas rempli. Et ça ne peut être un sort enviable, ni aujourd’hui ni demain, encore moins dans l’éternité !

En contraste, la vie éternelle que Dieu nous offre, ce n’est pas simplement l’immortalité. Avoir la vie éternelle, ce n’est pas juste vivre pour toujours. Certes, la vie est belle… Mais pas toujours ! A quoi ça sert de vivre pour toujours, si c’est pour prolonger indéfiniment nos souffrances, nos infirmités, nos frustrations…

La vie éternelle, c’est la vie avec Dieu. Et la vie avec un Dieu infini et éternel ne peut jamais s’arrêter ! C’est l’irruption du Royaume de Dieu dans ma vie. C’est la présence dans ma vie de mon Créateur qui me restaure en image de Dieu.

Alors oui, la perdition et la vie éternelle ont quelque chose à voir avec l’éternité. Mais l’éternité commence aujourd’hui, dans la rencontre ou non avec notre Créateur, qui nous a aimé en donnant son Fils. La vie éternelle ne nous est pas promise pour demain, elle nous est donnée dès maintenant !

La foi

Le jugement, c’est l’affaire de Dieu, pas la nôtre. Par contre, le salut, c’est notre affaire à tous. Et c’est là qu’intervient le dernier élément essentiel de notre texte : la foi. C’est « ceux qui croient » qui ont la vie éternelle (v.16). C’est celui qui croit qui n’est pas jugé et celui qui ne croit pas qui est déjà jugé (v.18).

Les choses ne sont pourtant pas figées, comme s’il y avait d’un côté les croyants et de l’autre les non-croyants, et qu’il s’agissait de deux catégories d’êtres humains imperméables les uns aux autres.

Littéralement, à la fin du verset 18, on a « celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru… » Le dernier verbe est un parfait, pas un aoriste. Ce n’est pas qu’il ait raté la seule occasion et que tout est terminé pour lui désormais. Il n’a pas cru… jusqu’à aujourd’hui. Mais ça peut changer !

Jusqu’à notre dernier souffle, il est temps de changer et de choisir la foi. A condition de comprendre que la foi est bien plus qu’une croyance, qu’on assimilerait à une simple opinion. La foi est une ferme décision, libre et consciente, de placer sa confiance en Dieu. C’est une vrai révolution dans une vie, que Jésus compare à une nouvelle naissance, dans son dialogue avec Nicodème, avant notre texte.

Il y a une porte qui ouvre sur la vie éternelle : c’est l’oeuvre accomplie pour nous par Jésus-Christ. Mais la clé qui ouvre cette porte, c’est la foi.

Et une fois cette porte passée, la clé se transforme en outil pour nous construire, nous reconstruire. On entre un peu en kit dans la vie éternelle : il y a toutes les pièces mais elles ne sont pas forcément assemblées. Un peu comme un meuble que vous achetez chez Ikéa. La Bible est le mode d’emploi. La foi, l’outil multifonction qui nous permet d’assembler les pièces.

La foi n’est pas utile seulement pour passer la porte. Elle est aussi indispensable pour grandir, se reconstruire. Elle est ce qui nous relie à Dieu, du début de notre vie chrétienne jusqu’au dernier jour.




Le Saint-Esprit : un acteur incontournable de notre vie chrétienne

PentecôteLecture biblique : 1 Corinthiens 12.1-11 (TOB)

Quelle est l’idée centrale de ce passage ? Il y a un Saint-Esprit, un seul, dont la communion est partagée par tous les croyants. Et ce Saint-Esprit transmet à chaque croyant, pour l’utilité commune, un certain nombre de dons.

Mais que faut-il entendre par « don spirituel » ? En grec, au verset 1, l’apôtre Paul parle des « spirituels » (pneumatikoi). Un terme général, qui se rapporte à pneuma, l’Esprit. Il n’est pas évident du tout que nous devions traduire par « dons spirituels ». La TOB propose d’ailleurs « phénomènes spirituels », la NBS « pratiques spirituelles ».

Pour préciser de quoi il s’agit, au verset 4, l’apôtre emploie trois termes différents pour évoquer ces pneumatikoi :
charisma, qu’on a transcrit parfois par « charisme » et qui vient de charis, la grâce
diakonia qu’on traduit souvent par « ministère », et qui signifie en fait service
energema, qu’on peut traduire par opération, activité

Un seul terme ne suffit donc pas pour évoquer ces différents « dons spirituels ». Les termes utilisés sont complémentaires et évoquent à la fois le fait qu’ils sont comme des cadeaux gratuits de Dieu (charisma), qu’il doivent être vécus dans un esprit de service (diakonia) et qu’ils se traduisent dans une certaine pratique (energema).

Il faut faire attention : le texte biblique ne parle pas de capacités personnelles que le Seigneur donnerait à certains, les rendant capables d’accomplir telle ou telle chose (parler des langues inconnues, accomplir des miracles, devenir prophète, etc…). Il ne s’agit pas de capacités personnelles mais de manifestations du Saint-Esprit.

La clé, c’est le verset 7 : « A chacun est donné la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous ». C’est la manifestation du Saint-Esprit qui est donnée ! Ce sont là les cadeaux que Dieu fait à son Église : le fait qu’il se manifeste de différentes manières et à travers différentes personnes par son Saint-Esprit.

Du coup, je vous propose trois leçons pour nous, à partir de ce texte.

1. Le Saint-Esprit est un acteur incontournable de notre vie chrétienne !

C’est la conclusion qu’on peut tirer du verset 3, par sa formulation négative puis positive. On pourrait même dire que s’il n’y a pas le Saint-Esprit, vous pouvez rentrer chez vous ! Sans lui, on ne peut pas être chrétien, ni le devenir ni continuer à l’être !

Évidemment, l’affirmation du verset 3 va au-delà des paroles. Il ne s’agit pas seulement de dire « Maudit soit Jésus » ou « Jésus est Seigneur ». Ça, n’importe qui peut le dire, sans forcément le penser. L’apôtre parle de la réalité évoquée par ces paroles.

Autrement dit, nul ne peut avoir Jésus comme Seigneur, nul ne peut reconnaître par la foi en lui le Fils de Dieu et son Sauveur, nul ne peut appartenir à Jésus-Christ, si ce n’est par l’action du Saint-Esprit dans sa vie. Ce n’est une réalité pour le croyant que parce que le Saint-Esprit l’applique à notre vie. On ne peut pas devenir chrétien sans l’oeuvre du Saint-Esprit en nous.

De même nul ne peut renier le Christ, l’abandonner et le rejeter à jamais si l’Esprit de Dieu habite en lui. Le salut que Dieu donne et qu’il applique à notre vie par le Saint-Esprit, il ne le reprend pas. On ne peut demeurer dans la foi que parce que le Saint-Esprit nous garde dans le Christ.

La réalité de l’oeuvre du Saint-Esprit en nous doit être sans cesse réaffirmée. Et on n’est pas ici dans une optique charismatique ou non-charismatique. C’est tout simplement biblique ! Car si nous comptons sur nos propres forces, nous n’y arriverons pas…

2. Le Saint-Esprit fait ce qu’il veut !

C’est la conclusion de notre passage : « Tout cela, c’est le seul et même Esprit Saint qui le rend possible. Il distribue ses dons à chacun comme il veut. » (v.11)

Quand on regarde les différents verbes associés au Saint-Esprit dans notre texte, on comprend que c’est lui qui est à la baguette ! Il opère, il donne, il se manifeste, il met en œuvre, il distribue… C’est lui qui fait tout et c’est lui qui décide de tout.

On a souvent du mal à considérer le Saint-Esprit comme une personne. Le mot « Esprit » peut nous sembler impersonnel (en comparaison avec « Père » et « Fils »). Il est vrai que son œuvre est souvent discrète, qu’il se manifeste dans notre for intérieur ou qu’il agit bien souvent en utilisant des hommes et des femmes, si bien qu’on pourrait presque l’oublier.

Mais notre texte le rappelle avec force : le Saint-Esprit, cet acteur incontournable de notre vie chrétienne, fait ce qu’il veut. Il est Dieu et Seigneur (v.4-6). Il est une personne, pas une puissance qu’on pourrait contrôler, canaliser ou même invoquer.

Oublier le Saint-Esprit et son œuvre, c’est oublier Dieu. Limiter son action aux premiers temps de l’Église et ne pas chercher sa plénitude aujourd’hui, c’est se priver d’une communion avec Dieu qui nous est promise.

Enfermer le Saint-Esprit dans telle type de manifestation, réduire son action à telle pratique ou son œuvre à tel schéma théologique, ce n’est pas le laisser faire ce qu’il veut mais s’attendre à ce qu’il fasse ce que nous voulons. Il nous faut accepter que le même Saint-Esprit peut agir de façons diverses, selon les personnes, selon les contextes, selon les besoins…

Mais ne l’oublions jamais : quand nous parlons du Saint-Esprit et de son œuvre, nous parlons de Dieu. Et il peut y avoir des manières de parler du Saint-Esprit, ou d’agir en son nom, qui lui manquent de respect.

3. Le Saint-Esprit travaille pour le bien de tous

Le texte ne souligne pas seulement la diversité des manifestations du Saint-Esprit. Il affirme aussi, et à plusieurs reprises, qu’il n’y a qu’un seul Esprit et qu’il agit avec un seul but : le bien de tous.

Voilà pourquoi il me paraît important de ne pas comprendre les « dons spirituels » comme des capacités que le Seigneur attribuerait à telle ou telle personne mais plutôt comme des cadeaux que le Saint-Esprit fait à l’Église dans son ensemble. Il n’accorde pas des dons pour des individus, il fait le cadeau de se manifester, de différentes façons, et à travers différentes personnes, pour le bien de tous.

La question n’est donc pas de se demander « quel don spirituel je possède ? ». Mais plutôt : « comment le Saint-Esprit veut-il se manifester en moi, pour mes frères ? » D’où la nécessité de l’esprit de service. Et qui dit service, dit humilité…

Quand des chrétiens retirent une gloire personnelle de ce qu’ils font au nom du Saint-Esprit, il y a quelque chose de louche. Quand des manifestations attribuées au Saint-Esprit sont indissociables d’une personne en particulier, il y a quelque chose de louche.

Quand le Saint-Esprit se manifeste, tantôt par une prière, tantôt par une prédication, tantôt par une parole ou un geste d’encouragement, tantôt par un conseil avisé, ou même parfois de façon plus spectaculaire, alors on peut sans doute dire que le Saint-Esprit distribue ses dons à qui il veut.

Comme en témoigne l’image du corps qui suit immédiatement notre texte, les manifestations du Saint-Esprit démontrent que nous avons besoin les uns des autres parce que le Seigneur se manifeste à travers les uns et les autres. Pas parce que certains auraient reçu des capacités spirituelles particulières qui les rendent indispensables à l’Église.

Conclusion

De par son action souvent discrète dans nos vies, le Saint-Esprit peut être le grand inconnu, le grand oublié. Et cela ne peut que l’attrister… Il est pourtant un acteur incontournable de notre vie chrétienne. Sans lui, nous ne serions pas ici. C’est lui qui nous a convaincu, dans notre for intérieur, de l’amour de Dieu. C’est lui qui nous garde dans la main du Seigneur.

Il est vrai que d’autres n’ont que le Saint-Esprit à la bouche, et parfois d’une façon qui ne respecte pas forcément le fait qu’il est Dieu et qu’il fait ce qu’il veut. On ne peut pas réduire le Saint-Esprit à une puissance, ni son œuvre à des manifestations spectaculaires. Il est Dieu et il fait ce qu’il veut.

Mais ce dont nous devons nous souvenir, c’est que le Saint-Esprit travaille pour le bien de tous. Son grand œuvre, c’est l’édification de l’Église, la communauté des croyants. Et chacun de nous peut y participer, parce que l’Église, c’est nous. Et la promesse est là :

«  A chacun est donné la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous » (v.7)

Vincent Miéville




Le bon berger

Lecture biblique : Jean 10.1-21

Nous sommes dans un des passages-clefs de l’évangile de jean, un de ces discours où Jésus révèle son identité et sa mission en utilisant l’expression « je suis… le pain de vie, la lumière du monde, le chemin la vérité la vie, le cep etc. » Chacun de ces « je suis » dans l’évangile de jean sert à mettre en valeur une des caractéristiques de Jésus. Dans ce discours imagé, qui évoque la situation pastorale (au sens propre !) d’un berger et de son troupeau, quel aspect de son identité Jésus veut-il mettre en valeur ?

Texte & contexte

Les paroles « je suis le bon berger » viennent immédiatement en tête. Pourtant, quand on regarde le texte de plus près, on se rend compte que Jésus s’exprime de manière bien étrange, et il n’est pas très étonnant que ceux qui l’entourent, disciples et foules, ne comprennent pas Jésus. Reprenons un peu le discours de Jésus. D’abord, Jésus fait une sorte de rappel du fonctionnement de la bergerie : dans l’enclos se trouvent les brebis, avec un gardien qui les surveille, et le berger qui vient chercher les brebis. Evidemment, l’enclos n’est jamais à l’abri du vol, et Jésus évoque donc les brigands qui tentent parfois de voler les brebis en passant par le mur. Et Jésus s’arrête là.

Pourquoi ? il a commencé avec solennité (amen amen je vous le dis, v.1) donc on s’attend à ce que ça soit important, mais il n’a pas l’air de faire un enseignement spirituel – et d’ailleurs personne ne comprend. Devant l’étonnement de son auditoire, Jésus prend sur lui d’expliquer le sens de ce qu’il vient de dire, et on comprend peu à peu qu’il utilise une situation bien connue de son entourage pour donner des indices sur sa propre identité. Dans cette explication, Jésus ne se contente pas d’éclaircir ce qu’il a dit, mais il prolonge certains aspects, et extrapole à partir de la situation évoquée pour en souligner les enseignements spirituels.

En utilisant l’image du berger, Jésus fait référence aux textes prophétiques d’Israël, qui décrivent le peuple de Dieu avec entre autres l’image du troupeau conduit par son berger, une réalité que les Juifs connaissent bien. Cependant, le texte biblique présente des subtilités : on y trouve un berger – Dieu – et des bergers, avec un petit b, pourrait-on dire. Ces bergers, délégués par Dieu, ont pour mission de prendre soin du troupeau pour le grand berger, ce sont les responsables du peuple, les chefs religieux, les anciens, ceux qui ont reçu vocation de s’occuper du peuple de Dieu pour lui.

Dans l’histoire d’Israël, les responsables sont souvent défaillants : non seulement ils ne guident pas le troupeau dans la bonne direction – le chemin de la fidélité à Dieu –, non seulement ils ne prennent pas soin du troupeau, mais en plus ils se retournent contre le peuple, en l’utilisant pour leurs propres intérêts. Le prophète Ezéchiel va même jusqu’à les accuser de dépouiller le peuple, de le priver de ce dont il a besoin pour s’enrichir eux-mêmes. A l’époque de Jésus, les responsables du peuple ont eux aussi perdu de vue les intérêts du peuple, parfois malgré eux. Il y a bien sûr les corrompus qui écrasent les plus petits pour monter l’échelle sociale, mais je me demande s’il n’y a pas aussi ceux qui oublient qu’ils sont au service du troupeau. Les pharisiens notamment étaient convaincus de prendre soin du peuple, en faisant peser sur les croyants d’écrasants fardeaux de lois et de règles à respecter pour plaire à Dieu, privant la grande majorité des croyants d’une relation vivante avec leur Seigneur. Je me demande si les pharisiens ne seraient pas de ceux qui écrasent au lieu de servir, qui affaiblissent au lieu de relever. Face à ceux qui peinent à prendre soin du peuple de Dieu, voire qui le blessent, Jésus se présente comme le vrai berger, le bon berger, celui qui remplit parfaitement son rôle.

Les qualités du berger

Jésus est le bon berger. Tout concorde pour le désigner comme celui qui peut prendre soin du peuple de Dieu. D’abord, c’est un berger légitime, et Jésus insiste largement sur son authenticité. Il se présente au grand jour, à la porte de l’enclos, au gardien qui le reconnaît, quand il appelle ses brebis, elles viennent à lui directement, et reconnaissent en lui celui qui les conduira au pâturage en toute sécurité. Jésus est le vrai berger, celui que le Berger avec un grand B, Dieu le Père, a envoyé pour sauver son peuple. d’ailleurs, tout ce qu’il fait est en accord avec les plans de Dieu (v.18c)

Jésus est le vrai berger, légitime, authentique, mais il est aussi la porte de l’enclos. Dans ce tableau pastoral, Jésus s’octroie le don d’ubiquité et prend à la fois la place du berger et la place de la porte. Avec ces deux images du berger et de la porte qui se superposent, il me semble que Jésus nous dit plusieurs choses. D’une part, il n’est pas un berger parmi une équipe de bergers auxquels les brebis seraient habituées : même s’il pouvait y avoir plusieurs bergers, la porte est unique, il n’y a qu’un seul accès à l’enclos, et Jésus montre ainsi son rôle tout à fait unique par rapport au peuple de Dieu, un berger non seulement légitime mais aussi supérieur aux autres bergers, le seul qui puisse leur donner exactement ce dont ils ont besoin.

D’autre part, Jésus oppose deux chemins : la porte – et le mur. À la porte se présente le berger, mais les gens mal intentionnés passent par un autre chemin. Jésus dit ailleurs qu’il est le chemin qui conduit à la vie. Il y a une sorte de superposition entre le chemin et le but du chemin, une superposition entre la fin et les moyens. Aucun voleur ne passe par la porte, et aucun berger n’escalade le mur pendant la nuit. L’endroit par lequel on passe révèle l’identité et les intentions de celui qui s’approche. En quelque sorte, il pose la question : dis-moi par où tu passes, et je te dirai qui tu es.

Justement, par où Jésus passe-t-il ? Autrement dit, où veut-il aller ? v.10 : moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et l’aient en abondance. Comment arrive-t-il à ce but ? Par où passe-t-il ? v.11 le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Le fait que Jésus soit prêt à tout donner, à se donner lui-même, pour le bien des croyants prouve qu’il n’agit pour son propre intérêt, mais que sa motivation, c’est l’amour pour le peuple dont il veut prendre soin. Manifestement, rien n’est plus important que le bien des hommes qu’il vient sauver. Cet amour-là est la preuve ultime que Jésus est le vrai berger.

Jésus est le berger, celui qui fait tout pour sauver son troupeau. Là il faut sortir du tableau pour revenir à la réalité, comme Jésus le fait à la fin de son discours. Un berger prend des risques pour ses brebis, mais il ne va pas volontairement à la mort, sinon à quoi sert-il ? Jésus, lui, se sacrifie volontairement pour ouvrir la porte à son peuple, pour lui ouvrir un chemin vers Dieu. Par sa mort à la croix à notre place, il efface les obstacles qui nous séparaient de Dieu, il efface la dette de notre péché et il nous réconcilie avec Dieu en nous rendant justes à ses yeux. Pourtant, la mort ne le retient pas, et le berger parfait qu’il est triomphe de cette épreuve : son amour et sa puissance le ramènent de la mort et le rétablissent dans son office de grand berger. Rien ne peut empêcher notre berger de prendre soin de nous : même le plus grand sacrifice ne le prive pas d’être avec nous pour l’éternité, d’être celui qui prend soin de nous, par amour, pour l’éternité.

Jésus n’est pas un berger ordinaire : il est le seul, l’unique, celui que Dieu envoie et qui est aussi Dieu lui-même, celui qui est à la fois un homme aux intentions pures et un Dieu qui met en œuvre le salut de son peuple.

La relation entre le berger et les brebis

Dans son discours, Jésus se présente comme le berger, le messie légitime, celui qui correspond aux critères de Dieu pour prendre soin du peuple. Toutefois, Jésus nous parle aussi du troupeau et des brebis, les croyants, qui le composent. Les brebis du Christ sont celles qui reconnaissent la voix du berger et le suivent sur le chemin de la vie, celles qui passent par la porte de l’enclos qui est le christ. Elles discernent en Jésus leur seigneur, le seul qui ait autorité sur elles. Viennent des faux messies, des faux bergers, elles refusent de les suivre mais attendent la voix du bon berger, le christ. L’élément déterminant quand on appartient au peuple de Dieu, c’est de connaître le berger, de connaître le christ, personnellement. Lui, il connaît chacun par son nom, et dans cette relation il y a de la réciprocité : le croyant est celui qui reconnaît Jésus comme le sauveur.

À l’époque de Jésus, appartenir au troupeau c’est une question de généalogie : je suis une brebis de Dieu si ma mère et mon père sont des brebis de Dieu, si je suis né dans cet enclos qu’est le peuple juif. Or, Jésus nous enseigne que ce n’est pas une question d’endroit ou de généalogie : les brebis de Dieu sont celles que le berger connaît et qui répondent à l’appel du berger, autrement dit, celles qui reconnaissent le Messie Jésus-Christ.

Deux éléments nous montrent qu’être membre de l’enclos ne suffit pas : 1) à l’époque de Jésus souvent les bergers partageaient un enclos pour plusieurs troupeaux, et peut-être que Jésus évoque la possibilité que dans l’enclos il y a des brebis qui ne lui appartiennent pas, qui ne reconnaissent pas sa voix, qui ne le suivent pas. 2) Jésus a aussi des brebis dans d’autres enclos, c’est-à-dire des croyants qui ne viennent pas de l’enclos d’Israël mais d’autres nations, jusque là sans bergers. Jésus révolutionne la conception du peuple de Dieu : il ne s’agit plus d’un lieu ou d’un groupe déterminé par des origines communes, la question n’est pas d’être au bon endroit au bon moment, mais de connaître personnellement le berger, de le suivre sur le chemin qu’il emprunte, de passer par là où lui-même passe. ce qui sauve, c’est de dire : oui, Jésus-Christ est bien le berger, mon berger, mon sauveur, mon seigneur, et je veux le suivre. C’est le seul critère pour appartenir au peuple de Dieu.

Ce critère de la foi seule a une conséquence importante : v.16 Jésus dit que son but, c’est d’avoir un seul troupeau, avec un seul berger. Ce qui unit les brebis n’est pas l’enclos d’origine, la race ou la manière de bêler, ce n’est pas non plus les prouesses de chacune ou la qualité de son lait ou de sa laine, mais uniquement le fait qu’elles suivent un même berger. Ce qui fait l’unité du peuple de Dieu, c’est son seigneur, le christ. Ce qui fait qu’on appartient au peuple de Dieu, c’est la seule conviction que Jésus est celui qui nous conduit à Dieu et qui nous sauve.

Conclusion

Permettez-moi de finir cette méditation avec une confession de foi.

Je crois que Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu, est venu sur terre pour sauver les hommes par amour. Je crois qu’il est le seul à nous conduire vers Dieu : il est la porte qui s’ouvre sur le chemin de la vie. Il est le berger qui nous guide et nous accompagne dans notre marche vers Dieu. Je crois qu’il a tout accompli pour que nous soyons réconciliés avec Dieu, et qu’en lui seul repose mon salut et mon espérance. Je sais que la mort ne l’a pas retenu, mais qu’il est ressuscité, et qu’un jour tous les croyants ressusciteront avec lui pour vivre ensemble une vie abondante, une vie éternelle, dans la lumineuse présence de Dieu.




Les leçons de Babel

BabelLecture biblique : Genèse 11.1-9

L’histoire se répète… Dans les premiers chapitres de la Genèse, l’humanité a du mal à apprendre de son histoire. Mais, est-ce que ça a vraiment changé ? Le schéma du jardin d’Eden, de la révolte contre Dieu, de la volonté de se passer du Créateur, se répète. C’est Caïn qui s’arroge le droit de disposer de la vie de son frère en le tuant. C’est l’humanité entière qui s’écarte de Dieu jusqu’au déluge. Et puis c’est l’histoire de la tour de Babel où l’humanité unie pensait pouvoir s’élever jusqu’à Dieu…

La chronologie des événements de Gn 1-11 est un peu problématique. On nous dit ici que tous les hommes parlent une seule et même langue alors qu’au chapitre précédent on nous décrit les généalogies des trois fils de Noé, pères de tous les peuples de la terre, « groupés par pays selon leur langue… » (Gn 10,5). Et on nous parle ici de la ville de Babel dont il était déjà question parmi les descendants de Cham, avec Nemrod, dont la première ville de son royaume était Babel (Gn 10.10).

La question du genre littéraire de notre récit pose aussi problème. Il paraît difficile de se contenter d’une lecture au pied de la lettre. Dieu y apparaît sous des traits anthropomorphique : il descend du ciel pour venir voir ce qui se passe sur terre… comme s’il en avait besoin ! De même, la naissance en un jour de tous les langages de la terre est surprenante.

Prenons simplement le texte tel qu’il nous apparaît. Considérons-le dans le contexte des premiers chapitres de la Genèse, essentiels pour notre compréhension du monde, de l’humanité et de Dieu. Et interrogeons-nous sur le message universel qu’il contient pour nous encore.

Une tour aussi haute que le ciel

Un jour, en chemin vers l’Est, les hommes s’arrêtent. Et ils décident de construire une ville et une tour, aussi haute que le ciel. Mais quelle mouche les a piqués ? Et pourquoi cette crainte d’être dispersé dans toute la terre, qui semble être la motivation à la construction de la tour ?

Il y a ici comme un écho négatif au mandat culturel, cette mission que Dieu a donnée à l’humanité et qui a été répétée à Noé après le déluge : « Ayez des enfants, devenez nombreux, remplissez la terre. » (Gn 9.1) Notre épisode marque un coup d’arrêt à l’expansion de l’humanité sur la terre. Là-bas, à l’Est, dans le pays de Shinéar (Babylonie), l’humanité s’arrête. Elle choisit de décider elle-même de son sort, elle s’installe et veut construire sa propre protection.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si tout ça se passe « vers l’Est ». C’est à l’Est d’Eden que Dieu avait posté les chérubins à l’entrée du jardin pour empêcher les hommes d’y revenir. C’est à l’Est que Caïn s’en est allé après son crime, loin du Seigneur. D’ailleurs, la première chose qu’on nous dit de Caïn après son exil, c’est qu’après avoir eu un enfant, il se mit à construire une ville… à laquelle il donna le nom de son fils !

Dans la Genèse, les villes ont une connotation négative. A l’origine, les hommes étaient dans un jardin. Ensuite, les patriarches seront nomades. Et quand on évoque des villes, c’est pour parler de Sodome et Gomorrhe. Les villes sont le symbole de l’humanité en rébellion contre Dieu, de leur orgueil. Et ici, les hommes construisent une ville et une très haute tour « pour se faire un nom ».

L’épisode de la tour de Babel est le signe de l’orgueil de l’humanité qui refuse son Créateur. Un projet pharaonique pour laisser une trace dans l’histoire. Une tour qui monte jusqu’au ciel pour défier le Créateur. Une ville fabriquée de leurs mains, pour leur offrir la protection, sans avoir besoin de Dieu.

Car si cette tour est si haute, ce n’est peut-être pas seulement pour le prestige… Est-ce que ça ne pourrait pas être aussi pour se protéger d’un éventuel nouveau déluge ? Alors que Dieu a promis de ne plus jamais en envoyer… Comme l’écrit Antoine Nouis, « Ils préfèrent la tour à l’arc-en-ciel : ils font plus confiance à leurs œuvres qu’à la fidélité de Dieu. » (Antoine Nouis, L’aujourd’hui de la Création)

Il est étonnant de voir combien, dans l’histoire de l’humanité, les progrès de la science et des technologies, tout en apportant des bienfaits dont nous bénéficions avec reconnaissance, alimentent aussi l’orgueil de l’homme à vouloir s’affranchir de Dieu. Des tours de Babel, les hommes en ont construites tout au long de l’histoire, pour se faire un nom, pour laisser une trace dans l’histoire, pour jouer à être Dieu et repousser les limites de la connaissance.

Ne sommes-nous pas tentés, nous aussi, de construire nos petites tours de Babel ? De nous fabriquer nos propres protections, de préférer faire confiance à nos œuvres plutôt qu’aux promesses de Dieu ?

Une seule langue pour tous

Mais Dieu résiste aux orgueilleux… et il ne laissera pas le projet des hommes s’achever. Alors il intervient. Il descend du ciel pour voir de plus près ce que les hommes sont en train de tramer… et il décide de leur mettre un gros bâton dans les roues ! Il va briser l’unité de l’humanité en brouillant leur langage. Ils ne peuvent plus communiquer entre eux, ils ne peuvent plus se coordonner et travailler ensemble. Ils sont contraint de s’arrêter et vont se disperser.

La ville et la tour ne sont pas détruites : elles restent inachevées et désertes. L’entreprise orgueilleuse des hommes reste un projet inachevé. Le récit s’achève sur l’évocation du nom de Babel, avec un jeu de mot en hébreu, rapprochant le nom Babel de la racine balal (mêler, brouiller). Pour les Babyloniens, Babylone (Babel) signifiait « la porte des dieux ». Pour la Bible dans la Genèse, elle signifie « brouillage », « confusion »…

Le brouillage des langues conduit à la dispersion… Mais cela a une conséquence positive : elle permet le redémarrage du mandat culturel que les hommes avaient abandonné. Les sanctions de Dieu ne sont pas un point final mais une occasion de redémarrer, de rétablir, de réajuster. Dieu ne juge pas pour détruire, il juge pour corriger.

C’est le témoignage de l’ensemble de la Genèse. Malgré les coups d’arrêts à cause de l’infidélité et des erreurs des hommes, le projet de Dieu se poursuit. Caïn a tué Abel mais Dieu a donné Seth à Adam et Eve. L’humanité méritait d’être détruite mais Dieu a sauvé Noé et sa famille du déluge. Les hommes voulaient s’unir pour se passer de Dieu, il les a contraints à la dispersion pour qu’ils remplissent la terre. Il en sera de même avec les patriarches : Abraham et la stérilité de sa femme Sara, Isaac et ses difficultés à trouver une femme, Jacob et ses problèmes avec Esaü, Joseph avec ses frères… Et le processus se poursuivra lors de la sortie d’Egypte, la traversée dans le désert, l’entrée en Canaan, la succession des rois, l’exil, le retour de l’exil…

Toute l’histoire biblique raconte la fidélité de Dieu à son projet malgré les infidélités, les erreurs et les fautes des humains. Et ce sont assez souvent des jugements, des épreuves, qui permettent au projet de Dieu de repartir.

Quelles sont les épreuves que Dieu envoie dans notre vie et en quoi elles nous font grandir, elle réoriente opportunément notre vie et nous remettre sur la bonne trajectoire ?

On peut même aller plus loin avec notre récit… Et si la malédiction était aussi une bénédiction ? Le brouillage des langues ne pourrait-il pas être aussi un signe que l’humanité est riche de sa diversité et non de son uniformité ? Dans la généalogie des trois fils de Noé (Genèse 10), Dieu multiplie les générations dans la diversité des peuples et des langues. La prétention unitaire de Babel nie cette diversité et préfère l’uniformité. Elle entre en contraste avec le projet de Dieu. L’uniformité est totalitaire. Le projet de Babel était totalitaire.

Le projet de Dieu n’est jamais l’uniformité mais l’unité dans la diversité. Comment pourrait-il en être autrement d’un Dieu qui lui-même est à la fois unique et multiple : un seul Dieu en trois personnes ? C’est son projet pour l’humanité, c’est son projet pour l’Église. En témoigne l’épisode de la Pentecôte, que nous allons bientôt célébrer, et qui apparaît comme l’anti-Babel : le même message de l’Évangile, annoncé dans toutes les langues !

Ce qui fait notre unité, c’est le Christ et son œuvre de salut pour tous. Ce qui fait notre richesse, c’est la diversité de nos personnalités, nos cultures, nos histoires, nos dons. Préférons toujours Pentecôte à Babel : l’unité dans la diversité plutôt que l’uniformité !

Conclusion

Cet épisode de la tour de Babel n’est finalement qu’une répétition, à l’échelle de l’humanité, de la prétention orgueilleuse qui a conduit Adam et Eve hors du jardin d’Eden.
En construisant une tour, l’humanité a voulu se construire son propre arbre de la connaissance, défier le Créateur et bâtir sa propre protection.

Il rappelle que nous ne sommes pas seulement les victimes du péché d’Adam mais que nous le répétons sans cesse. Dans notre orgueil, nous voulons bâtir nos tours de Babel, nous avons du mal à placer notre confiance dans les promesses de Dieu et nous préférons souvent nos propres forces, notre propre sagesse, nos propres œuvres.

Choisissons l’arc-en-ciel plutôt que la tour. Préférons Pentecôte à Babel. Dieu a créé la diversité dans l’humanité. Unis par son Esprit, laissons-nous guider par lui pour entrer dans ses promesses.




Morts… mais bien vivants !

pâquesLecture biblique : Colossiens 3.1-11

La résurrection du Christ est au cœur de notre foi. C’est un article de foi essentiel : « le troisième jour, il est ressuscité des morts » proclame le Symbole des Apôtres. Dans sa première épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul souligne combien, sans elle, tout s’écroule. « Si le Christ ne s’est pas réveillé de la mort, votre foi est vide, et vous êtes encore dans vos péchés. » (1 Co 15.17). Nous proclamons donc en ce jour de Pâques que Jésus-Christ est vraiment ressuscité !

Mais il ne suffit pas de le proclamer comme un événement du passé. Proclamer le message de Pâques, c’est dire que le Christ est vivant aujourd’hui… et qu’il l’est dans notre vie. C’est le sens de ce texte de l’épître aux Colossiens. L’apôtre Paul ne se contente pas de dire que le Christ s’est réveillé de la mort, il affirme à ses lecteurs qu’ils se sont eux aussi réveillés de la mort avec le Christ.

Le message de Pâques n’est pas la simple commémoration d’un événement appartenant à l’histoire, c’est le témoignage d’une vie nouvelle en Christ, aujourd’hui. L’apôtre Paul pose la question de l’actualité de la résurrection. Mais pas tellement dans un débat sur son historicité ou non (elle ne fait pas de doute pour lui !). Plutôt quant à sa réalité dans notre vie de chrétien. Comment le Christ ressuscité est-il vivant, en vous et moi, aujourd’hui ?

Mourir et ressusciter avec le Christ

« C’est avec le Christ que vous avez été réveillés de la mort. » (v.1) Il n’y a pas de résurrection sans mort. C’était vrai pour Jésus il y a 2000 ans, c’est vrai pour nous aujourd’hui. D’ailleurs, l’apôtre le dit au verset 3 : « vous êtes passés par la mort ». Et c’est une bonne nouvelle ! Parce que c’est ce qui rend possible notre résurrection.

Le temps du verbe en grec désigne un événement passé et pourrait bien faire référence à la mort du Christ lui-même à laquelle nous sommes associés par la foi. Il en est de même d’ailleurs pour l’affirmation de notre résurrection avec le Christ… Mais en même temps, Paul laisse entendre que, bien que morts et ressuscités, il y a bien encore des choses à « faire mourir » en nous (v.5).

La réalité spirituelle est là : par la foi, nous sommes unis au Christ mort et ressuscité. Nous sommes passés par la mort avec lui et nous sommes sortis du tombeau avec lui : par lui, nous avons la vie éternelle. Là où il reste du boulot, c’est dans l’appropriation de cette réalité spirituelle, son application dans notre vie aujourd’hui…

Être chrétien, c’est mourir et ressusciter ! Et pas seulement une fois, au début de la vie chrétienne. C’est un processus qui doit marquer toute notre vie. La perspective ultime est glorieuse, à l’horizon du retour du Christ : « Quand il paraîtra, vous aussi, vous paraîtrez avec lui et vous participerez à sa gloire. » (v.4) En attendant, le chemin est encore long à parcourir…

Nous devons mourir à ce qui nous éloigne encore de Dieu et ressusciter à ce qui nous rapproche de lui. C’est le processus de renouvellement évoqué au verset 10, par lequel le croyant peut ressembler de plus en plus à son Créateur.

On ne peut pas renaître sans mourir. On ne peut pas faire l’économie de la repentance sur notre chemin de la foi. On ne peut pas avancer avec Dieu sans renoncer à ce qui nous éloigne de lui. Il s’agit de faire mourir dans notre vie ce qui est mortifère, ce qui nous éloigne de Dieu et abîme en nous l’image de notre Créateur. Concrètement, il s’agit de renoncer à certaines pratiques, de briser certaines habitudes, de lutter contre certaines envies…

Qu’est-ce que je dois faire mourir dans ma vie aujourd’hui ? Qu’est-ce qui m’éloigne encore de Dieu ? Qu’est-ce qui porte atteinte à l’image de mon Créateur ?

Mais mourir sans renaître n’offre aucun espoir. Or, Jésus-Christ s’est réveillé de la mort, et nous sommes ressuscités avec lui. Il faut donc, en parallèle, laisser se développer en nous la vie du Christ, ce qui nous rapproche de Dieu et restaure en nous l’image de notre Créateur. Notre modèle ici, c’est bien-sûr Jésus-Christ… et notre relation à lui par la foi, à travers la prière et la lecture de la Bible sera ici la clé.

Chercher les choses d’en haut

Pour entrer dans cette dynamique, il faut un changement de paradigme, une nouvelle vision du monde : passer des « choses de la terre » aux « choses d’en haut ». « Le but de votre vie est en haut et non sur la terre. » (v.2). Ce que la version Parole de Vie traduit, avec raison, par la périphrase « le but de votre vie » est en fait un verbe en grec, phroneo, qui désigne la façon de penser, de comprendre, de voir les choses. Il s’agit bien de ce qui nous pousse à agir, de ce qui est à la base de nos motivations, de nos convictions, le but de notre vie…

Or, nous nous trouvons ici dans une tension… Cette opposition entre les choses d’en haut et les choses sur la terre est une des nombreuses façons pour l’apôtre Paul de parler de la tension que vit tout chrétien. Entre la chair et l’Esprit, entre le déjà et le pas encore accompli, entre notre vieille nature et notre nature nouvelle, etc…

En haut, c’est « là où le Christ se trouve ». Certes, le Christ est au ciel, à la droite de Dieu. C’est le rappel de sa résurrection et de son ascension, l’affirmation de sa victoire et de sa souveraineté. Chercher les choses d’en haut, c’est donc rechercher le Christ souverain. C’est laisser Celui qui est assis à la droite de Dieu s’asseoir sur le trône de ma vie.

Et lorsque Paul évoque des exemples de ces « choses de la terre » qu’il faut faire mourir, il évoque principalement des comportements qui touchent à notre relation aux autres (v.5-9) : l’immoralité, l’envie, l’égoïsme, la colère, le mensonge… Et plus tard, quand il évoquera ce que pourraient être les choses d’en haut, il sera toujours dans le registre relationnel (v.12ss) : l’humilité, la patience, le pardon, et surtout, au cœur de ses exhortations, l’appel à l’amour « qui est le lien qui unit parfaitement » (v.14).

Pourquoi les relations ? Parce que c’est ce qui se voit ! Ce qui se passe dans notre cœur, dans notre relation personnelle avec Dieu, on ne le voit pas… Par contre, cela transparaîtra dans nos relations. C’est forcément le cas, en vertu du double commandement, indissociable selon Jésus, d’aimer Dieu de tout notre cœur et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Si notre façon d’être avec les autres est à l’image de celle du Christ, alors on aura bien là un signe de la présence dans notre vie du Christ vivant. A l’inverse, on est en droit de s’interroger sur la qualité de notre relation au Christ si notre relation à notre prochain est incapable de manifester l’amour, la patience, l’humilité, le pardon, l’absence de jugement…

En réalité, la qualité de notre vie spirituelle se mesure moins aux paroles prononcées le dimanche au culte qu’à la qualité de nos relations au quotidien. Le Christ vivant se manifeste au moins autant sur nos lieux de vie dans la semaine que dans la louange du dimanche matin.

Jésus n’a pas dit à ses disciples « je serai avec vous tous les dimanches jusqu’à la fin du monde »… mais bel et bien « je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » ! Le Christ ressuscité est vivant dans le quotidien de nos vies.

Conclusion

Jésus-Christ est ressuscité ! C’est un fait… mais est-ce vrai dans notre vie ? A quel point le Christ vivant agit-il dans notre vie ? Celui qui est assis auprès du Père, est-il aussi assis sur le trône de notre vie ? C’est la place qu’il mérite… et c’est ainsi qu’il pourra, par un processus de petites morts et de petites résurrections, renouveler sans cesse notre cœur, et nous amener à ressembler de plus en plus à l’image de notre Créateur.

Voilà l’oeuvre du Christ vivant en nous. Car Jésus-Christ est ressuscité, et nous avons été ressuscités avec lui. En lui nous sommes morts… mais bien vivants !