Les vertus théologales (3) L’amour

amourAprès la foi et l’espérance, voici, l’amour ! Enfin !

Un mot souvent galvaudé, enrobé de mièvrerie ou souillé par de sombres histoires. D’ailleurs dans certaines versions de la Bible, on a préféré traduire par « charité ». Un mot qui a, lui aussi, ses connotations pas forcément positives…

Mais la perspective biblique sur l’amour est bien plus large que le sentiment amoureux. L’amour, dans la Bible, concerne toutes nos relations. Et cela est bien exprimé par les deux commandements que Jésus cite comme étant les plus importants, et indissociables l’un de l’autre : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée. » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Pour percevoir cette large perspective, le mieux est encore de lire ce qui est sans doute un des plus beaux textes bibliques sur l’amour, et qui se termine par le verset qui est à l’origine de notre mini-série sur les trois vertus théologales : 1 Corinthiens 13. Un texte qu’on aurait bien tort de limiter aux seules cérémonies de mariage ! Un texte qu’on ferait bien aussi de ne pas réduire aux seuls versets 4-7, certes magnifiques. Il vaut même la peine de commencer la lecture avec le dernier verset du chapitre précédent.

Lecture biblique : 1 Corinthiens 12.31-13.13

Nous avons commencé la lecture avec le dernier verset du chapitre précédent parce qu’il donne le ton de la suite : « Mais maintenant, je vais vous montrer un chemin meilleur que les autres. ». La conclusion du chapitre répond à cette introduction : « Maintenant, trois choses sont toujours là : la foi, l’espérance et l’amour. Mais la plus grande des trois, c’est l’amour. » (v.13)

En quoi le chemin de l’amour est-il le meilleur ? En quoi l’amour est-il plus grand que la foi et l’espérance ?

Sans l’amour, la foi n’est que du blabla

Aux versets 1-3, Paul commence pas évoquer les pratiques spirituelles dont il a parlé au chapitre précédent. Et les exemples évoqués sont quand même impressionnants : parler la langue des hommes et la langue des anges ; parler au nom de Dieu, comprendre tous les mystères et posséder toute la connaissance ; avoir une foi assez grande pour déplacer les montagnes. Et il ajoute même des exemples de consécration étonnants : distribuer toutes ses richesses à ceux qui ont faim, livrer son corps au feu. Ce n’est quand même pas rien…

Mais toutes les manifestations de foi, même les plus spectaculaires, toutes les preuves de générosité et de consécration, ne valent rien s’il n’y a pas l’amour. Sans l’amour, la foi n’est rien de plus que du blabla, toute piété est sans valeur.

En réalité, l’amour est le sceau qui authentifie la foi et l’espérance. Une foi confessée sans amour est une contrefaçon. Si on prétend être animé d’une espérance sans être animé d’amour, on se trompe soi-même et on trompe les autres.
Le chemin de l’amour est non seulement le meilleur mais il est le seul valable, le seul que nous devions emprunter en tant que croyant. Les autres sont des impasses ou des chemins qui se perdent.

Un chemin difficile vers l’amour parfait

Nous en arrivons aux fameux versets 4-7 où Paul associe à l’amour différents qualificatifs. Il parle ici plus spécifiquement de l’amour envers le prochain. Quelle est la différence entre cette liste de qualificatifs et la liste d’exemples des premiers versets ? Ici, rien de spectaculaire : la patience, l’esprit de service, l’humilité, le pardon… Pourtant, que c’est difficile ! Surtout lorsque les qualificatifs ne sont pas pris séparément mais ensemble, comme un tout.

Qui oserait dire, en lisant ces verset : « C’est tout moi ! Voilà mon portrait craché ! » ?

On l’a dit, ces versets sont souvent lus lors des cérémonies de mariage. Et c’est évident qu’ils peuvent s’appliquer à la vie de couple. Mais pourquoi les y limiter ? Le commandement de Dieu concerne toutes nos relations : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ! » Est-ce que ces versets qualifient vraiment la façon dont nous sommes en relation avec notre prochain ?

Est-ce que j’ai de telles relations avec mes frères et sœurs dans l’Église ? L’amour rend service… l’amour ne cherche pas son propre intérêt… l’amour ne se souvient pas du mal… l’amour supporte tout…

Est-ce que j’ai de telles relations avec ceux que je côtoie dans ma vie de tous les jours ?
L’amour est patient… l’amour n’est pas jaloux… l’amour ne se met pas en colère… l’amour espère tout…

Et n’oublions pas que Jésus a dit qu’il nous fallait aller jusqu’à aimer… nos ennemis ! Comme lui-même en a donné l’exemple. Jésus nous précède sur ce chemin de l’amour, il est notre modèle, notre guide vers l’amour parfait. Meilleur chemin, l’amour est sans doute aussi le plus difficile, le plus exigeant. Celui sur lequel on ne peut pas avancer sans l’aide de Dieu, sans la force de son Esprit.

L’amour est éternel

Enfin, l’amour est le plus grand parce que l’amour est éternel. Et ce n’est pas là une affirmation romantique à l’eau-de-rose… Comme le dit le verset 8, « l’amour ne disparaît jamais. » Alors que la foi et l’espérance, oui. La foi, l’espérance et l’amour nous relient à Dieu aujourd’hui. Mais la foi et l’espérance passeront. Pas l’amour. C’est ce qui, pour l’éternité, nous relie à Dieu.

Paul le souligne, notre vie de foi est partielle, incomplète, notre connaissance est limitée. Aujourd’hui, nous voyons avec les yeux de l’espérance, de façon imparfaite, comme dans un miroir. Dans l’Antiquité, les miroirs étaient faits de métal poli et n’offraient qu’un reflet flou et déformé. Lorsque notre espérance sera accomplie, dans la présence même de Dieu, nous n’auront plus besoin de croire ni d’espérer ce que nous verrons ! Mais l’amour demeurera. Il sera même plus fort que jamais.

Voilà pourquoi l’amour est le plus grand. Aimer, c’est déjà goûter un peu du fruit de notre espérance. C’est permettre à Dieu de corriger les imperfections de notre foi.

Conclusion

La foi, l’espérance et l’amour sont les vertus qui qualifient notre relation à Dieu aujourd’hui. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. La foi et l’espérance disparaîtront lorsque nous verrons Dieu face-à-face. L’amour par contre demeurera toujours. Voilà pourquoi l’amour est le plus grand.

En attendant, les trois sont aujourd’hui indissociables. L’amour est le sceau qui authentifie la foi et l’espérance. Il ne peut y avoir de véritable foi et de vraie espérance sans l’amour. L’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain. Voilà pourquoi l’amour est le chemin le meilleur.




Les trois vertus théologales (2) L’espérance

espéranceAccroche :

Parmi ces images, laquelle exprime le mieux pour vous la notion d’espérance ? Pourquoi ?
Après avoir choisi l’image, parlez-en un peu avec votre voisin…

Lecture biblique : 1 Pierre 1.3-9

Deuxième vertu théologale, après la foi et avant l’amour, l’espérance est au cœur de la vie du chrétien, une composante essentielle de sa relation à Dieu. C’est en Lui qu’est notre espérance. Selon notre vécu, nos joies ou nos épreuves, la perception de cette espérance peut varier. Mais elle est, fondamentalement, l’attente de ce qu’on n’a pas, mais qui nous est promis.

Je vous propose, à partir du texte de la première épître de Pierre, de souligner trois aspect de l’espérance chrétienne : son fondement, son objet et son horizon.

Un fondement : la résurrection du Christ

« Dans sa grande bonté, il nous a fait naître une deuxième fois en relevant Jésus-Christ de la mort. » (v.3a)

C’est le jour de la résurrection du Christ que notre espérance est née. C’est là, dans l’événement de la résurrection de Jésus que se trouve le fondement de notre espérance.

C’est un fondement solide car il s’inscrit dans la trame de l’histoire de l’humanité. L’historicité de la résurrection de Jésus doit être maintenue absolument. Sinon, comme le dit l’apôtre Paul :

Si les morts ne se réveillent pas, le Christ non plus ne s’est pas réveillé de la mort. Et si le Christ ne s’est pas réveillé de la mort, votre foi est vide, et vous êtes encore dans vos péchés. Alors, ceux qui sont morts en croyant au Christ sont perdus.Si nous avons mis notre espérance dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus malheureux de tous ! (1 Corinthiens 15.16-19)

L’enjeu de la résurrection de Jésus-Christ, c’est l’espérance pour demain et pour aujourd’hui ! Pour demain parce qu’elle est la promesse d’une victoire sur la mort, d’une vie possible, au-delà de la mort. Pour aujourd’hui, parce que cette victoire sur la mort est aussi une victoire sur le mal, le péché. La mort est le stigmate du péché, en tout être humain. En vainquant la mort, Jésus-Christ s’est aussi rendu vainqueur du mal. Nous pouvons être délivré de notre péché.

Un objet : la vie éternelle

« Nous avons ainsi une espérance qui fait vivre, et nous pouvons attendre avec joie les biens que Dieu garde pour nous. » (v.3b-4)

Pierre parle ici d’une espérance vivante. Elle l’est parce qu’elle n’est pas théorique mais concrète, parce qu’elle s’incarne dans notre vie et, par-dessus tout, parce qu’elle est l’espérance de la vie éternelle. Voilà pourquoi la version Parole de Vie traduit « une espérance qui fait vivre ».

L’objet de l’espérance, c’est la vie éternelle. Et on ne parle pas ici seulement de vie après la mort. La vie éternelle, ce n’est pas l’immortalité ! C’est la vie avec Dieu, pour toujours. C’est une vie qui commence maintenant, dans la nouvelle naissance ! Ce qui compte dans la vie éternelle, c’est moins sa durée que son lien à la source, à Dieu lui-même. Et une vie qui provient de Dieu ne peut qu’être, par nature, sans fin.

Concrètement, l’espérance de la vie éternelle, c’est bien-sûr une consolation face à la mort. Contrairement aux apparences, la mort n’est pas la fin de tout.

Frères et sœurs, nous voulons vous faire connaître la vérité au sujet des morts. Ainsi vous ne serez pas tristes comme les autres qui n’ont aucune espérance. Nous croyons que Jésus est mort et qu’il s’est relevé de la mort. Donc, de la même façon, ceux qui sont morts avec Jésus en croyant en lui, Dieu les réunira à Jésus. (1 Thessaloniciens 4.13-14)

Mais l’espérance de la vie éternelle, c’est aussi l’attente d’une vie nouvelle dès aujourd’hui. Une vie qui n’atteindra jamais sa pleine maturité ici-bas mais qui nous offre déjà une réelle communion avec Dieu par la foi, et un vrai chemin de croissance spirituelle par l’oeuvre du Saint-Esprit en nous.

Un horizon : l’accomplissement du salut

« Et vous-mêmes, si vous croyez, le Dieu puissant vous garde pour vous sauver. Ce salut, on le connaîtra à la fin des temps. » (v.5)

L’espérance nous ouvre sur un horizon nouveau, celui de l’accomplissement à venir de notre salut, celui de l’aboutissement du projet de Dieu à la fin des temps.

C’est un horizon parce que la perspective est large et indécise à nos yeux. Nul ne peut connaître le jour et l’heure, disait Jésus. Mais c’est bien plus qu’un simple espoir. L’espoir est hypothétique. Au contraire, l’espérance chrétienne rime avec assurance. Le projet de Dieu aboutira. L’issue en est certaine depuis l’événement décisif de la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

L’espérance nous donne donc un horizon. Et ça change tout d’avoir un horizon ! Essayez de marcher la tête en bas, en regardant vos pieds…

Grâce à notre espérance, nous pouvons avancer, la tête haute, avec confiance. L’assurance que Dieu aura le dernier mot, que le mal sous toutes ses formes sera vaincu, que toutes nos épreuves trouveront un jour leur consolation, tout cela nous permet de regarder avec confiance vers un avenir lumineux, malgré toutes les ténèbres d’aujourd’hui et d’hier.

Voilà notre espérance. Un trésor inestimable dans un monde désenchanté, incertain et rempli de peurs tel que le nôtre !

Conclusion

L’espérance découle de la foi. Elle est, d’une certaine manière, la foi en mouvement. Car l’espérance nous met en marche, elle nous met debout à la suite du Christ ressuscité, elle nous fait croître dans la vie éternelle donnée par Dieu et elle nous permet d’avancer avec patience vers l’horizon de l’accomplissement de notre salut.

La foi nous relie à Dieu dans la confiance, l’espérance nous fait avancer avec lui avec persévérance. Nous sommes alors prêts à aimer vraiment, aimer Dieu et notre prochain… Mais ce sera l’objet de la prédication de dimanche prochain !




Les vertus théologales (1) La foi

Dum_Dums_LollipopsAccroche

Si je vous dis que j’ai une magnifique sucette dans ma poche, est-ce que vous me croyez ?
Qui me croit ? Levez la main !
Alors… venez la chercher !

Voilà ce qu’est la foi : croire sans voir, faire confiance et prendre le risque d’agir en conséquence.

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La foi fait partie de ce qu’on appelle en théologie les trois vertus théologales, parce qu’elles qualifient la relation du croyant à Dieu. On les trouve dans le fameux passage de 1 Corinthiens 13.13 : « Maintenant, trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour. Mais la plus grande des trois, c’est l’amour ».

Voilà une bonne occasion de rappeler les fondamentaux… En trois prédications, je vous propose de nous arrêter sur ces trois vertus, en commençant par la première : la foi.

Lecture biblique : Hébreux 11.1-10

On peut appeler Hébreux 11 le chapitre de la foi. Il nous en donne une définition, au verset 1, et poursuit en l’illustrant par de nombreux exemples tirés de l’histoire biblique. Au début du chapitre 12, l’auteur de l’épître dit de tous ces personnages bibliques : « Cette grande foule de témoins nous entoure… »

Il s’agit donc bien de nous laisser interpeller, et encourager, par cette foule de témoins, dans notre propre cheminement de foi.

Croire sans voir

La foi, c’est croire sans voir. Notre texte l’affirme dès la définition du verset 1 : « Croire en Dieu, c’est une façon de posséder déjà les biens qu’on espère, c’est être persuadé que les choses qu’on ne voit pas existent vraiment. » (version Parole de Vie). Affirmation encore soulignée par l’évocation de la création du monde par la parole de Dieu : « Ainsi les choses qu’on voit ont été faites à partir de choses qu’on ne voit pas. » (v.3)

Croire sans voir, c’est aussi ce que Jésus disait à Thomas qui ne voulait croire en la résurrection de son maître que lorsqu’il aura pu le toucher : « Tu crois parce que tu m’as vu. Ils sont heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient. » (Jn 20.29).

Quand on ne veut croire que ce qu’on voit, on ne croit pas du tout ! Par définition, la foi s’appuie sur ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on voit, on n’a pas à le croire. On ne peut que le constater… Or Dieu, on ne peut pas le voir ! Il s’est rendu visible pour un temps, en Jésus-Christ. Mais il n’est plus sur terre aujourd’hui… Et même au temps de Jésus, combien l’ont vu et entendu, combien ont assisté à ses miracles sans pour autant croire en lui ? Si vous voulez connaître Dieu, il faudra passer par la foi. Il n’y a pas d’autre possibilité.

Du coup, par définition, l’objet de notre foi ne peut jamais être prouvé. On ne pourra jamais démontrer l’existence de Dieu. On pourra défendre notre foi, y compris avec des arguments rationnels. Il est même important d’avoir une foi réfléchie, qui pense sa cohérence. Croire sans voir ne veut pas dire croire n’importe quoi !

Mais sans la foi, personne ne peut connaître Dieu…

Faire confiance

Il s’agit donc de croire sans voir… mais pas de croire dans le vide. Croire, ce n’est pas simplement accepter l’hypothèse de Dieu ! Et c’est là que les exemples bibliques donnés dans ce chapitre prennent tout leur sens. Ils témoignent du fait que la foi n’est pas qu’une affaire de croyance mais qu’elle est l’expression d’une relation à Dieu.

La foi est une réponse à l’initiative de Dieu, à son appel. C’est la réponse de la confiance. C’est Noé qui prend au sérieux l’avertissement de Dieu annonçant le Déluge. C’est Abraham qui a eu confiance dans la promesse de Dieu quand il lui a dit de quitter son pays.

La foi est plus qu’un pari philosophique, elle est le choix d’une relation. Une relation avec quelqu’un qu’on ne voit pas. Mais une relation réelle ! C’est peut-être ici le personnage d’Hénok qui l’exprime le mieux, lui qui a plu à Dieu. « Personne ne peut plaire à Dieu s’il ne croit pas. » (v.6). Et ici il ne s’agit pas seulement de parier sur l’existence de Dieu mais d’avoir une relation de foi avec Dieu.

Dieu nous parle. Au cœur de la création, dans le fond de notre conscience, et surtout à travers la Bible, sa Parole. Quelle réponse lui donnons-nous ? Avoir foi en Dieu, c’est faire le choix de la confiance, malgré les doutes, les incertitudes, les questionnements.

Mais attention, il n’y a pas de foi sans une vie spirituelle. Ce n’est pas le cas pour une opinion ou une hypothèse, mais une relation a besoin d’être sans cesse entretenue, au risque de s’éteindre… Notre foi ne peut s’épanouir que dans une relation régulière et personnelle avec Dieu.

Prendre le risque d’agir en conséquence

Il y a toujours une part d’inconnue dans la foi : il s’agit de croire sans voir. De plus, la foi est avant tout le choix d’une relation de confiance avec Dieu, ce qui implique qu’elle ne reste pas théorique mais se doit d’être concrète. Il s’agit de prendre le risque d’agir en conséquence de ce que l’on croit.

Ici encore, les exemples bibliques choisis par l’auteur de l’épître aux Hébreux sont parlants. Leur foi n’a pas été que théorique mais elle s’est exprimée concrètement : c’est Abel qui offre un sacrifice à Dieu, Hénok qui a su par sa vie plaire à Dieu, Noé qui a construit l’Arche, Abraham qui a quitté son pays.

Et il s’agissait bien de véritables prises de risque ! Abraham est parti vers une destination inconnue, un pays qu’il ne connaissait pas. Noé a construit un bateau avant que la moindre goutte d’eau tombe du ciel. Plus loin dans le chapitre, l’auteur évoque les prophètes qui ont osé transmettre fidèlement la parole de Dieu, au risque de s’exposer au rejet et à la persécution de ceux qui ne voulaient pas l’entendre. Des considérations qui prennent un relief particulier avec la terrible actualité pour certains chrétiens aujourd’hui, notamment en Irak et en Syrie…

On a dit l’importance d’avoir une foi cohérente, c’est-à-dire pensée et réfléchie. Mais la cohérence de la foi passe aussi par sa mise en pratique. Il faut que notre façon de vivre soit cohérente avec ce que nous croyons ! L’est-elle toujours ?

Conclusion

Il est naturel que la foi arrive en premier parmi les trois vertus théologales : sans elle, il est tout simplement impossible de connaître Dieu ! En réalité, quand on est croyant, toute notre vie est fondée sur elle :
Il s’agit de croire sans voir. La foi permet donc de voir différemment !
Il s’agit de faire confiance. La foi permet donc de vivre un vraie relation personnelle avec Dieu !
Il s’agit de prendre le risque d’agir en conséquence. La foi oriente donc notre façon de vivre !

Et tout cela s’exprime aussi par l’espérance et l’amour. Mais il en sera question les deux prochains dimanches…




Face à la souffrance

SouffranceLecture biblique : Romains 8.18-23

Dans ce chapitre de l’épître aux Romains, l’apôtre Paul parle de l’oeuvre du Saint-Esprit chez le croyant et des formidables promesses que nous recevons en Christ. Il fait de nous des enfants de Dieu ! Mais tout n’est pas forcément tout rose… et les promesses s’accompagnent aussi de souffrances, à l’image du Christ qui a souffert.

La réalité de la souffrance est incontournable. Pour tous, de différentes manières. Et quand on y est confronté se posent toujours les mêmes questions… Pourquoi ? Comment la comprendre ? L’accepter ? L’endurer ?

Voici quelques éléments de réponse proposés par l’apôtre Paul.

La souffrance n’aura pas le dernier mot

En premier lieu, Paul compare nos souffrances présentes à la gloire à venir. Pourquoi ?

Non pas pour faire un lien entre les deux. Comme si nos souffrances d’aujourd’hui nous feraient mériter la gloire à venir. Plus on souffrirait, plus on recevrait de gloire… Cette pensée doloriste n’est pas biblique. Il n’y a pas chez Paul de fascination pour la souffrance comme il a pu y en avoir dans certaines périodes de l’histoire de l’Église.

Mais il y a une assurance qu’il met en balance avec la souffrance : c’est la gloire à venir. Et là, quand on compare les deux, il n’y a pas photo ! Et l’apôtre Paul a eu son lot de souffrances, de tous ordres. Il a connu la prison à cause de sa foi. Il a souffert d’un mal incurable dont Dieu ne l’a pas guéri, malgré ses nombreuses prières. Ce ne sont donc pas les paroles d’un privilégié de la vie, préservé de toute souffrance, mais d’un homme de foi.

Remarquez qu’il ne s’agit pas tellement de trouver un sens à la souffrance mais de comprendre qu’elle n’aura pas le dernier mot. Il y aura un après la souffrance. Il y a une espérance glorieuse qui peut nous aider à endurer la souffrance aujourd’hui. Sans l’expliquer. Sans la justifier. Sans la minimiser.

Souvenons-nous que la réponse de Dieu au mal, et donc aussi à la souffrance et la mort, c’est la venue de son Fils. Pour répondre à notre souffrance, Jésus-Christ a souffert comme nous. Il a souffert pour nous. Il est mort… et il est ressuscité. Et parce que la mort elle-même a été vaincue, la souffrance n’aura pas le dernier mot. C’est l’espérance de la gloire.

La création entière souffre

Paul élargit ensuite la perspective : c’est la création toute entière qui souffre !

La création qui souffre, c’est l’humanité traversée par les guerres, les famines, les catastrophes, les injustices… mais c’est aussi aujourd’hui la terre qui souffre du traitement que l’homme lui fait subir (pollution, surexploitation, etc…). Déjà la Genèse laissait entendre que l’apparition du péché avait provoqué des dérèglements au sein même de la création, rendant la nature hostile à l’homme : « il produira pour toi épines et chardons. » (Gn 3.18)

Mais c’est indéniable, les propos de Paul ont pris un relief particulier depuis quelques années. Avec le phénomène de globalisation de l’information, on est au courant de tout tout de suite, ce qui ne peut qu’accentuer notre conscience de cette universalité de la souffrance. Depuis quelques années, nous avons pris conscience de l’impact néfaste des hommes sur l’environnement. Et avec cette récente conscience écologique, on n’a peut-être jamais mieux compris qu’aujourd’hui combien la création entière souffre.

Cette universalité de la souffrance soulignée par l’apôtre Paul peut, d’une certaine manière, nous permettre de relativiser notre souffrance (nous ne sommes pas les seuls à souffrir…). Mais elle montre aussi combien le problème de la souffrance est épineux et qu’il nous dépasse complètement.

La souffrance est une réalité anormale, scandaleuse, une marque du péché qui s’est installé dans la création belle et parfaite de Dieu. On ne peut pas s’en accommoder. La souffrance n’est pas qu’un problème personnel, c’est un problème universel. Et pour un mal universel, il faut un remède universel.

Une espérance universelle

Pour Paul, il n’y a pas que la souffrance qui est universelle. La gloire promise l’est aussi !

La façon dont Paul parle des souffrances de la création laisse entrevoir un espoir. Au verset 19 : “le monde créé par Dieu attend avec impatience le moment où Dieu montrera la gloire de ses enfants.”, au verset 22 : “tout le monde créé gémit et souffre encore maintenant, comme une femme qui accouche”. L’image de la souffrance d’une femme qui accouche contient la promesse d’une naissance…

Il y a bien une espérance pour l’ensemble de la Création ! Nous qui avons tendance à ne pas voir beaucoup plus loin que le bout de notre nez… ça fait bizarre ! L’oeuvre de salut du Christ ne concerne pas que l’humanité seule, elle a des répercussions sur la création toute entière, elle a une portée cosmique ! La création toute entière participera à la glorieuse liberté des enfants de Dieu…

Nous savons que la terre est création de Dieu. Et cela suffit à motiver notre respect de la nature. Il y a aussi le mandat de « cultiver et garder le jardin » (Gn 2.15) où trop souvent on n’a conservé que le premier verbe. Or cultiver sans garder, c’est surexploiter et détruire. Et garder sans cultiver, c’est idolâtrer.

Mais ce que dit l’apôtre Paul ici nous donne une raison supplémentaire pour prendre soin de la terre. Le fondement d’une nécessaire conscience écologique du chrétien ne vient pas seulement de la doctrine de la création mais aussi de celle de la rédemption.

Car Paul annonce aussi une espérance pour la création. Elle va participer à la liberté et la gloire des enfants de Dieu. La « naissance » promise est celle d’une nouvelle terre. Et ça, c’est de l’ordre de la rédemption. Une création rachetée, délivrée de ce qui la fait souffrir. A l’image de notre propre résurrection. C’est donc aussi dans la perspective de la nouvelle création que nous devons préserver la création actuelle. Pensons-y cet été, lors de nos ballades à la montagne ou sur la plage…

Conclusion

La force de ce texte est de nous ouvrir des horizons d’espérance inouïs, alors que parler de la souffrance devrait plutôt nous démoraliser. Sans nier la réalité pénible et scandaleuse de la souffrance, Paul affirme qu’elle n’aura pas le dernier mot, mais que nous avons une espérance de vie, de liberté et de gloire. Et en plus, cette espérance n’est pas pour nous seulement mais pour la création toute entière !

Une telle espérance change notre regard non seulement sur nos souffrances mais aussi sur le monde. Ne nous accommodons jamais de la souffrance, la nôtre ou celle qui traverse notre monde. Mais portons le regard de notre foi vers l’horizon de notre espérance. C’est le meilleur moyen d’endurer la souffrance.




Besoin de repos

BURDEN-OF-THE-PRESENTLecture biblique : Matthieu 11.28-30

C’est l’été, le temps des vacances. On est fatigués et on a besoin de repos… Eh bien, voilà un texte qui fait du bien, où Jésus promet le repos à tous ceux qui sont fatigués.

Mais de quel repos s’agit-il ? Et de quelle peine, de quelle fatigue s’agit-il ? Un regard sur le contexte immédiat de notre texte nous aidera à comprendre.

Juste avant, Jésus prie le Père et lui rend grâce d’avoir caché les choses du Royaume de Dieu aux sages et de les avoir révélées aux petits. Le Royaume de Dieu n’est pas réservé à une élite d’intelligence, de sagesse ou de pureté. Il est révélé aux humbles et aux petits. On ne mérite pas sa place dans le Royaume de Dieu, on la reçoit humblement.

Juste après, il est question du sabbat. Ça ne peut pas être une coïncidence ! Surtout compte-tenu du ton polémique avec les Pharisiens qui reprochent à Jésus de ne pas respecter le sabbat. Le poids du légalisme des Pharisiens ne serait-il pas ce fardeau si lourd dont Jésus veut libérer ? Et les efforts fournis pour plaire à Dieu ne seraient-ils pas cette peine dont il veut nous libérer ?

Le repos dont parle Jésus, ici, c’est sans doute celui du salut, que Dieu révèle aux petits et qui est réservé aux humbles.

Changer de fardeau

Quand on y regarde de plus près, on se rend compte que Jésus ne dit pas simplement : « Je vais vous donner le repos en vous déchargeant de vos fardeaux. ». Oui, il promet le repos. Et ce qu’il dit implique qu’il nous soulage des lourds fardeaux qui nous fatiguent. Mais c’est pour nous donner un autre fardeau… mais léger, celui-là. Il y a bien un lourd fardeau dont le Christ veut nous libérer mais aussi un autre, léger, dont il veut nous charger.

Pour la lourde charge, les deux verbes du début du verset 30 évoquent d’une part la fatigue résultant d’un dur labeur et d’autre part le fait de porter une lourde charge. La métaphore évoque ce qui peut nous peser, nous fatiguer, ce qui est lourd à porter. D’après le contexte de la polémique avec les Pharisiens, on pense tout de suite à leur légalisme, aux multiples commandements à respecter à la lettre, à la pression que les chefs religieux mettaient sur les gens, l’exigence absolue de pureté pour plaire à Dieu. Ça peut être aujourd’hui le poids d’une pratique religieuse pour mériter son salut ou le poids d’une culpabilité dont on n’arrive pas à se délivrer.

Ces fardeaux sont lourds. Trop lourds. C’est le poids de nos efforts, pour plaire à Dieu, ou pour satisfaire aux exigences qu’on se fixe ou que les autres fixent pour nous… Nous n’avons pas à porter ce fardeau. Jésus veut nous en décharger en nous accueillant dans sa grâce.

Certes, il nous confie alors un autre fardeau, mais bien plus léger, celui du disciple : « prenez la charge que je vous propose et devenez mes disciples ». Et Jésus précise : « Je suis doux et humble de coeur ». Quel rapport avec la charge à porter ? La version « Parole de Vie » traduit : « je ne cherche pas à vous dominer ». Certes, c’est une paraphrase mais c’est intéressant. L’idée est celle-là : « si je vous donne une charge, ce n’est pas pour vous écraser ».

L’accueil de Jésus est inconditionnel, dans sa grâce : il nous offre le repos. Il nous délivre des poids trop lourds que les autres nous font porter ou que nous nous imposons à nous-mêmes. Notre salut ne dépend pas de nos œuvres, c’est un fardeau trop lourd à porter, mais de l’oeuvre accomplie pour nous par le Christ. Le vivre et en témoigner en vérité, voilà notre seule charge !

Entrer dans le repos

Le repos que le Christ promet est donc celui qui résulte de la libération de ces lourdes charges, trop lourdes à porter. Mais le repos n’est pas dans l’absence de charge puisqu’il donne un autre fardeau, léger.

Le repos n’est pas forcément dans l’inactivité. Ça ne vous est jamais arrivé de terminer vos vacances plus fatigués qu’au début ? Ou de vous allonger, de ne rien faire sans pour autant vous reposer, parce que vous ressassez des soucis dans votre tête ? A l’inverse, on peut être très actif et se reposer, avec une activité vécue sans pression, sans souci de rendement, sans nécessité de rendre compte à un supérieur hiérarchique.

Se reposer, c’est changer d’activité. C’est surtout changer de façon d’être actif. Sans pression, sans devoir faire ses preuves… mais libérés, gratuitement. En réalité, ne serait-ce pas la grâce qui repose ? La grâce avec laquelle Jésus nous accueille. La grâce par laquelle Dieu nous sauve.

Et la grâce, bien-sûr, on la proclame… Mais pourquoi se sent-on toujours obligé d’ajouter : « la grâce oui, bien-sûr, mais ce n’est pas un prétexte pour faire n’importe quoi ! » Tous les « mais » qu’on ajoute à la grâce affaiblissent la grâce. Faites confiance à la grâce de Dieu ! Dans votre vie et dans celle de vos frères et sœurs !

Jésus nous invite à nous décharger de nos lourdes charges et à entrer dans sa grâce. Et nous tombons si facilement dans le travers des Galates à qui Paul disait : « Après avoir commencé par l’Esprit, allez-vous maintenant achever par la chair ? » (Ga 3.3) ou comme le traduit la version Parole de Vie : « Au début, vous avez compté sur l’Esprit Saint, et maintenant, est-ce que vous allez compter sur vos seules forces ? »

Parce qu’il y a quand même encore souvent un contraste entre l’annonce de la grâce et l’image qu’on peut se faire de la vie chrétienne, faite d’obligations, de contraintes, d’efforts de sanctification, d’exigence de fidélité. Et parfois j’ai l’impression qu’on reprend sur notre dos une lourde charge dont le Christ veut nous libérer.

Quand Jésus dit : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos. », on a vraiment envie d’aller à lui ! On peut donc oser la question : est-ce que nous donnons vraiment envie de venir à Jésus ? Donnons-nous vraiment l’image de disciples du Christ bien dans leurs baskets, avec le cœur léger et une vie libérée ? Ou est-ce qu’on donne l’impression de chrétiens fatigués, transportant sur leur dos la lourde charge d’être un bon chrétien ?

Conclusion

Promesse bienfaisante en ce début d’été, ces paroles de Jésus interrogent aussi notre façon d’être son disciple.

Quel fardeau suis-je en train de porter ? Celui, léger, de l’humble disciple ? Ou d’autres, bien trop lourds, que nous nous imposons ou que nous laissons d’autres nous imposer ? Les fardeaux d’une culpabilité tenace, d’une exigence de pureté, d’efforts pour plaire à Dieu, ou plaire aux hommes…

C’est donc bien sans cesse que nous devons revenir à Jésus pour être déchargé de ces fardeaux qui nous fatiguent. Pour recevoir tout à nouveau son repos, celui qui provient de sa grâce et qui fait de nous des témoins vivants de son salut offert à tous.