Vivez dans la lumière (Éphésiens 5.1-13)

Dans le cadre de ce culte un peu particulier centré sur la campagne contre la corruption que propose le Défi Michée, je vous invite à méditer ce matin un passage de la lettre de Paul aux Éphésiens, un passage où l’apôtre tire des conséquences très pratiques de notre foi en Jésus-Christ. Lecture

Notre texte s’inscrit dans toute une série d’exhortations à la communauté Éphèse, en Asie mineure. Paul a commencé avec un panorama de l’œuvre du salut de Dieu, et continue avec un long passage sur la manière de vivre la foi, en église, dans la vie quotidienne, dans nos relations proches. Dans ce passage un peu général sur la vie quotidienne du chrétien, Paul mélange des grands principes « vivez dans l’amour » et des instructions très spécifiques : « pas de paroles grossières », comme s’il donnait des exemples précis pour nous aider à comprendre comment vivre d’une manière qui plaise à Dieu.

1)   Imitez Dieu : une nouvelle identité en Christ

L’idée centrale de l’apôtre Paul, c’est d’appeler les chrétiens à imiter Dieu, à vivre à son image dans leur quotidien. Le fondement de cette exhortation, c’est l’œuvre que Dieu a réalisée dans la vie de ceux qui ont cru en lui. Cette œuvre, le salut en Jésus-Christ, Paul l’a rappelée longuement au début de la lettre, mais il répète au début du chapitre : « Vous êtes les enfants que Dieu aime, eh bien, imitez-le. Vivez dans l’amour comme le Christ : il nous a aimés et il a donné sa vie pour nous. » En Jésus-Christ, Dieu nous a montré son amour : non seulement il nous a pardonné nos fautes, mais en plus il nous a donné une nouvelle identité. Il nous a adoptés, il a fait de nous ses enfants, ses proches, ses intimes. Il a fait de nous ses héritiers, Paul le rappelle au v.5 : nous sommes appelés à vivre dans le royaume éternel de Dieu, dans la lumière de sa présence. Imiter Dieu, c’est à la fois l’expression de notre reconnaissance pour son œuvre d’amour et l’expression de notre nouvelle identité.

Paul utilise une image très forte pour marquer ce changement d’identité : « autrefois vous étiez dans la nuit, mais maintenant, en étant unis au Seigneur, vous êtes dans la lumière » Littéralement, c’est le jour et la nuit entre ce que je suis aujourd’hui et ma vie d’avant. Cet avant-après est radical, comme ces photo-montages qu’on voit parfois dans les magazines – surtout féminins, je vous l’accorde – des photo-montages où l’on ne reconnaît quasiment pas la personne photographiée : ce n’est plus la même. Ici, la différence ne tient pas à la couleur des cheveux ou au tour de taille, mais à l’état de notre personne : nous étions sombres comme la suie, et grâce au sacrifice de Jésus-Christ qui a payé pour nos fautes, nous sommes, aux yeux de Dieu, blancs comme neige. Dans la Bible, et dans notre texte, on a deux choses en même temps : l’avant-après radical qui est le don de Dieu, et l’actualisation progressive de notre nouvelle identité. C’est comme si nous avions changé de nationalité: je reçois un nouveau passeport, mais je dois encore apprendre la culture, l’histoire, la langue… Dieu a fait de nous ses enfants, ses héritiers, mais nous devons apprendre à vivre comme ses enfants.

Dans ce processus d’apprentissage, la ressemblance à Dieu est cruciale. Nous sommes ses enfants, nous portons sa marque, son air de famille. Dans ma famille, humaine, c’est ce que j’ai plusieurs fois vécu. Un jour, adolescente, j’étais dans le bus avec ma grand-mère, et une dame m’aborde en me demandant si je n’étais pas la fille de Mme K., l’orthophoniste. Comme elle, plusieurs m’ont fait remarquer la ressemblance entre ma mère et moi – quand on sait qu’au naturel elle est blonde aux yeux bleus, ça a de quoi étonner ! Mais il paraît que nous avons la même voix et le même sourire. De même, Dieu nous appelle à rechercher la ressemblance avec lui, une ressemblance qui peut se traduire dans notre attitude, notre sourire, notre point de vue.

Cette ressemblance à cultiver, c’est l’actualisation du lien intérieur qui nous unit, sa manifestation concrète : si je dis, fais, pense, montre complètement autre chose que mon père, est-ce que je suis vraiment son enfant ? Il me semble que c’est le rappel que Paul fait au v.5 : si votre existence dans son ensemble s’écarte complètement du projet de Dieu, comment pouvez-vous penser que vous vivez en accord avec lui et que vous êtes son enfant ? C’est dur à entendre, mais c’est cohérent. Paul sait que ressembler à Dieu est un processus qui nous occupera toute notre vie, mais nous en avons reçu les fondements par Jésus-Christ et par le Saint Esprit et nous sommes appelés à grandir sur ces bases.

Quelles sont les pistes pour développer et actualiser cette nouvelle identité reçue par grâce ? Deux grands axes sont proposés : 1) renoncer au mal 2) cultiver le bien. C’est facile à dire !

2)   Ne participez pas aux œuvres des ténèbres

Renoncer au mal, s’abstenir de participer aux œuvres mauvaises, aux œuvres de la nuit, des ténèbres. Paul continue d’opposer nuit et lumière, mais il donne quelques éléments concrets pour nous aider à discerner ce qui, dans notre vie, est un résidu de notre ancienne identité, un résidu des ténèbres qui nous caractérisaient.

Paul a mentionné plus haut la colère, le mensonge, le vol et les paroles méchantes. Dans notre texte, il cite d’autres comportements indignes de notre nouvelle identité : immoralité sexuelle, impureté, propos grossiers, paroles choquantes, stupides ou bouffonnes et cupidité. A priori, ces pratiques ont l’air d’aller tous azimuts : le rapport à l’argent, au sexe, à la parole. Pourtant, on y discerne des points communs : ce sont des comportements dégradants à la fois pour l’autre et pour soi. Être prêt à tout pour de l’argent, en bradant son honnêteté ou sa fiabilité, c’est se mépriser soi-même, sans parler de ce qu’on fait subir aux autres. On a tous des histoires de familles unies déchirées par des héritages en tête… Faire feu de tout bois pour attirer l’attention, pour placer un bon mot, quitte à ridiculiser l’autre ou à ruiner sa réputation… Evidemment, dans le domaine sexuel, les exemples d’immoralité ne manquent pas. Mais ils ne sont pas les seuls.

D’ailleurs, dans nos milieux évangéliques, on a souvent tendance à être très à cheval sur l’éthique familiale et les dysfonctionnements de couples, et on a raison. La sexualité est une part importante de notre vie, et du coup Dieu a des projets pour nous aussi dans ce domaine. Cela dit, on s’arrête parfois à ça, ce que la Bible ne fait pas. J’ai été étonnée, en portant plus d’attention aux détails du texte, de voir que Paul mentionne la cupidité comme une forme d’idolâtrie. v.5b « Les gens qui veulent tout pour eux n’y participeront pas non plus. En effet, tout vouloir pour soi, c’est une façon d’adorer les faux dieux. »  Tout vouloir pour soi : l’argent bien sûr – et la condamnation du riche égoïste revient dans la Bible au moins autant que celle de l’infidèle – mais il y a d’autres formes de cupidité : vouloir le pouvoir à tout prix, refuser de partager, refuser de perdre, de se tromper… quand la motivation se résume à tout vouloir pour soi, Dieu nous appelle à nous remettre en question pour laisser entrer sa lumière dans ce recoin sombre…

Nous sommes appelés à nous abstenir de ces comportements indignes, et à les dénoncer. Notez que Paul omet deux directions : nous ne sommes appelés ni à couper les ponts avec les gens qui font ces œuvres ni à juger ces gens. C’est l’équilibre difficile que le Seigneur nous invite à vivre, à sa suite : dire clairement que l’injustice est injuste, que le mal est mal, et dénoncer les pratiques mauvaises, sans pour autant nous prendre pour des parfaits donneurs de leçons ou nous isoler entre nous.

Dénoncer, oui, mais comment, à qui ? Il me semble que la première étape, c’est la prière : seul ou en groupe, nous pouvons porter à Dieu nos soucis, notre conscience du mal vécu autour de nous et dans notre propre vie. Nous pouvons remettre à Dieu d’abord ces zones d’ombre récalcitrantes de notre âme, et aussi les injustices dans le monde qui privent les hommes de leur dignité.

Ensuite, il me semble que nous sommes appelés aussi à parler et éventuellement à agir quand on le peut. Il y a une expression de Paul un peu plus tôt dans la lettre, que j’aime beaucoup : « en disant la vérité avec amour, nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ. » L’attitude à laquelle nous invite Paul, qu’elle soit à une échelle individuelle ou internationale, doit être caractérisée par ces deux qualités de Dieu : la grâce et la vérité. Dénoncer, oui, mais dans le but de faire progresser, d’améliorer, dire la vérité dans une attitude d’amour. On a malheureusement tendance à choisir : soit on dénonce, et peu importent les dégâts, soit on aime et on ne dit rien, on laisse faire, on ne veut pas vexer ou on a peur de se faire rentrer dedans. Paul nous dit : abstenez-vous pour vous-mêmes (travail sur soi important) et dénoncez ce qui ne va pas. Si les chrétiens, appartenant au Dieu de justice et de vérité, se taisent devant l’injustice et le mensonge, qui va parler ? Si les disciples de celui qui dit « je suis la lumière du monde » se réfugient dans les ténèbres de peur de faire des vagues, qui va mettre de la lumière dans ce monde ? Avec notre nouvelle identité d’enfants de Dieu vient une exigence : lui ressembler, et une responsabilité : témoigner de l’amour et de la justice de Dieu dans le monde qui nous entoure – et ça commence dans l’église.

3)   Vivez comme des gens qui appartiennent à la lumière

Enfin, Paul nous exhorte à cultiver le fruit de la lumière. C’est intéressant qu’il oppose une lumière féconde, fertile, aux œuvres stériles du mal.

J’aimerais simplement faire quelques suggestions. D’abord, au début du texte, Paul oppose des vices très précis à la reconnaissance : «  ne vivez pas dans l’immoralité ou la cupidité, l’indignité, mais remerciez Dieu. » (4b)  Pourquoi ? On l’a dit, le point commun de la vie ténébreuse, c’est d’avoir de faux dieux, en particulier de vouloir tout donner à un ego insatiable. L’antidote, peut-être, c’est de reconnaître l’amour de Dieu à travers ses dons et de s’en nourrir, au lieu d’essayer de se remplir toujours plus de reconnaissance extérieure, de réussite, de pouvoir, de plaisir… Ce qui donne du sens à notre vie, c’est l’amour de Dieu, pas notre argent, pas les plaisirs passagers, pas notre réputation.

Ensuite, Paul nomme trois fruits de la lumière, ou plutôt trois aspects d’une vie remplie de la lumière de Dieu : la bonté, la justice, et la vérité. Nous sommes appelés, une fois que nous avons accueilli la lumière de Dieu dans notre vie, à poser un regard vrai sur le monde, à dire les choses telles qu’elles sont, dans le but d’agir de manière juste pour le bien des autres. Pas de justice sans vérité, ni sans amour. Les trois vont ensemble pour répandre la lumière de Dieu autour de nous.

Enfin, autant Paul était précis pour les vices à éviter, autant il est vague et général sur les vertus à cultiver. Est-ce une manière de nous signifier que le champ d’action est large, que nous ne pouvons pas le réduire à 1 Bonne Action (BA) par jour par exemple ? Est-ce une manière de stimuler notre imagination pour découvrir ou inventer de nouvelles formes de justice et d’amour dans un monde souffrant et dégradé ? Est-ce une manière de nous inviter à nous adapter, à nous remettre en question, à nous affiner en fonction des contextes, des évolutions, montrant que la justice hier c’était défendre tel droit et aujourd’hui un autre ?

En tout cas, le principe est simple, mais son application illimitée : du lever au coucher, de la parole à la main, laisser rayonner la lumière de Dieu en nous et autour de nous, pour qu’autour de nous soit manifestés l’amour et la justice de notre Dieu.

Conclusion

Pour finir, je voudrais simplement relire le dernier verset de notre texte, qui nous interpelle, durement, en nous invitant à nous remettre en question régulièrement pour ne pas retomber dans nos anciens schémas ténébreux. Mais l’interpellation, comme toujours, l’appel est assorti d’une promesse :

« Réveille-toi, toi qui dors.

Lève-toi du milieu des morts,

et le Christ t’éclairera de sa lumière. »

 




Un festin pour tous

asterixLecture biblique : Esaïe 25.6-8

Le ton de ce texte magnifique tranche avec ceux qui l’entourent. La tonalité générale de la première partie du livre d’Esaïe (chapitres 1-39) est assez sombre. Le prophète dénonce l’infidélité du peuple d’Israël, l’idolâtrie tolérée en son sein, les injustices sociales criantes, la corruption des puissants, etc… Du coup est annoncé le jugement de Dieu, à travers l’exil. Et les peuples environnants ne sont pas en reste. Tyr, Moab, Babylone en prennent aussi pour leur grade et la destruction leur est promise.

Et puis, au milieu de ces textes de jugement fleurissent quelques textes d’espérance, non seulement pour le peuple d’Israël mais pour tous les peuples. Notre texte en est un des plus beaux exemples.

Il contient deux promesses : l’invitation à un festin géant et la fin du deuil. Les deux promesses sont pour tous les peuples, et les deux sont situées « sur la montagne de Sion ».

Mais je crois sincèrement qu’on se trompe lourdement si on comprend une telle prophétie de façon littérale. Comme si la promesse allait s’accomplir par un pique-nique géant sur l’esplanade du temple à Jérusalem ! Ou par un défilé de tous les peuples avant de passer à table, pour une cérémonie où tout le monde enlèverait joyeusement ses habits de deuil pour revêtir des habits de fête !

Sur la montagne de Sion

L’indication n’est donc pas géographique ! Mais que signifie alors l’expression « sur la montagne de Sion » ?

La montagne de Sion, c’est bien la montagne où était construit le temple, lieu central du culte, symbole de la présence de Dieu. Ça n’échappait pas aux contemporains d’Esaïe. Plus tard, pour les Israélites en exil, une telle promesse ne pouvait qu’évoquer la perspective d’un retour dans le pays et la reconstruction du temple. Mais la promesse ne s’est pas accomplie littéralement… Certes, le peuple est retourné dans son pays, le temple a été reconstruit. Mais rien qui ressemble au grand festin, et encore moins l’accomplissement de la promesse de la fin de tout deuil !

Faut-il encore l’attendre ? Faut-il espérer, aujourd’hui que le temple est à nouveau détruit, une nouvelle reconstruction du temple et un festin géant à Jérusalem ? Je ne le pense pas…

Souvenons-nous des paroles de Jésus à propos de la destruction et la reconstruction du temple (Jean 2.19-21) :
19Jésus leur répond : « Détruisez ce temple, et en trois jours, je le remettrai debout. »
20(les chefs religieux) lui disent : « On a mis 46 ans pour construire ce temple, et toi, en trois jours, tu vas le remettre debout ! »
21Mais quand Jésus parlait du temple, il parlait de son corps. 22C’est pourquoi, quand Jésus se réveillera du milieu des morts, ses disciples se souviendront qu’il a dit cela. Alors ils croiront à ce que disent les Livres Saints et aux paroles de Jésus.

Ou ses paroles à la femme Samaritaine invitant désormais à un nouveau culte (Jean 4.21-24) :
21Jésus lui dit : Femme, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. 22Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23Mais l’heure vient — c’est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car tels sont les adorateurs que le Père cherche. 24Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité.

A la lumière du Nouveau Testament, l’expression « sur la montagne de Sion » doit être comprise non comme une indication géographique mais comme une indication spirituelle. La perspective est celle du jour où le temple de Dieu, au sens spirituel, sera à nouveau parmi nous, le jour où Dieu se rendra pleinement présent, c’est-à-dire, à la lumière du NT, le jour du retour du Christ… alors il offrira un festin à tous les peuples et il leur ôtera leurs vêtements de deuil.

Un festin et des vêtements de fête

L’image du festin évoque la joie, la fête, le partage, l’abondance. C’est une image courante, reprise aussi dans le Nouveau Testament, pour parler du Royaume de Dieu. Jésus l’utilise dans son enseignement, notamment avec des paraboles, l’Apocalypse aussi pour évoquer le festin des Noces de l’Agneau, fêtant la victoire ultime de Dieu.

On ne sait pas grand chose de ce qui nous attend dans l’éternité. Mais l’image du festin, moi, me donne envie ! Même si Woody Allen disait que l’éternité c’est long, surtout vers la fin, je me dis qu’avec de telles images de fête, il n’y a pas de risque que l’on s’ennuie !

Et puis l’idée de fête est accentuée encore par l’autre promesse : le voile de deuil enlevé. Il s’agit du voile dont on se couvrait pour signifier le deuil. On parlerait aujourd’hui d’habits de deuil. Quand au « drap des morts », il pourrait s’agir du linceul dont on recouvrait les corps.

En tout cas, la promesse est claire : il n’y aura plus de deuil, parce que la mort ne sera plus. C’est la raison principale du festin : la mort sera définitivement vaincue. Evidemment que cette promesse a pris plus d’envergure encore depuis la résurrection de Jésus-Christ. Nous savons que la promesse est vraie, parce que Jésus-Christ est ressuscité ! C’est le cœur de notre espérance.

Nous le croyons aujourd’hui déjà. Mais quand nous le vivrons vraiment, au jour de notre résurrection, alors la fête sera grande. Les habits de deuil seront définitivement rangés et nous revêtiront les habits de fête. Pour l’éternité.

Pour tous les peuples

Soulignons-le encore une fois, ces promesses sont pour tous les peuples. D’une certaine façon, cette dimension universelle du projet de Dieu contraste avec les textes qui entourent ce chapitre. Des textes où les peuples s’affrontent, où les nations environnantes sont des ennemis.

On réalise peut-être mal ce que ça pouvait représenter pour un Israélite menacé ou même en guerre avec ses voisins que d’imaginer un festin pour tous les peuples. Une perspective où il peut se retrouver à la même table que ses ennemis, parce que Dieu aura établi la paix. On peut le percevoir peut-être à travers l’histoire de Jonas, pas du tout prêt à partager la part du gâteau de la grâce de Dieu avec l’ennemi Ninive !

Mais cette perspective de festin universel contraste aussi avec notre actualité où nous peinons à voir la fraternité entre tous les peuples ! Non seulement par les guerres et les violences terribles dont les hommes sont toujours capables. Mais aussi pour l’écho favorable que reçoivent aujourd’hui chez nous les discours haineux, racistes, xénophobes, par les stigmatisations de l’étranger, de l’immigré, qui sont monnaie courante.

Notre espérance universelle, celle d’un Dieu qui convie tous les peuples à sa table, celle d’une Église que Dieu rassemble, issue de tous les peuples, cette espérance doit nous pousser à résister à ces discours et prôner l’accueil, la fraternité, la grâce.

Conclusion

Voilà un texte qui met l’eau à la bouche ! C’est peut-être d’ailleurs cela, vive l’espérance. Avoir l’eau à la bouche dans l’attente du Royaume de Dieu.

Mais ce menu qui nous est proposé change notre comportement aujourd’hui. L’espérance de la victoire sur la mort, grâce à la résurrection de Jésus-Christ, est source de consolation dès aujourd’hui. La perspective d’un festin pour tous les peuples doit nous pousser dès aujourd’hui au partage, à l’accueil et à la grâce, pour embrasser le projet universel de Dieu, par Jésus-Christ, comme le dit l’apôtre Paul aux Colossiens (chapitre 1) :
18lui, il est la tête du corps — qui est l’Eglise.
Il est le commencement,
le premier-né d’entre les morts,
afin d’être en tout le premier.
19Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude
20et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même,
aussi bien ce qui est sur la terre que
ce qui est dans les cieux,
en faisant la paix par lui,
par le sang de sa croix.

C’est un message que nous devons proclamer, et vivre, aujourd’hui !




Qui est enfant de Dieu? (Mt 21.28-32)

Je vous invite ce matin à méditer le texte du jour, dans l’évangile de Matthieu. Nous sommes à Jérusalem, dans la dernière semaine de la vie de Jésus, juste avant la Pâque. Depuis que Jésus est arrivé à Jérusalem, après avoir prêché dans tout le pays pendant plus de trois ans, la tension monte. Les responsables religieux du peuple voient d’un mauvais œil arriver ce fameux Messie, connu pour ses enseignements originaux et ses miracles. Ces responsables sont tellement troublés devant le comportement de Jésus qu’ils vont le voir et l’interpellent sur la légitimité de ses actes. Au nom de qui prétend-il révolutionner la foi juive ? A ce questionnement sur son autorité, Jésus répond par trois paraboles, et ce matin nous méditerons la première. Lecture

On donne souvent à ce court passage le titre de « parabole des deux fils ». Une parabole, c’est une petite histoire ou une comparaison tirée de la vie quotidienne, visant à faire réfléchir celui qui écoute. Jésus utilise énormément de paraboles pour enseigner, parce qu’elles lui permettent de marquer les esprits et aussi d’interpeller quand l’histoire s’écarte des sentiers battus et rebattus. Ces histoires, on peut les comprendre de plusieurs manières, c’est ce qui en fait la richesse. Avant de creuser les significations de cette histoire, clarifions ce à quoi Jésus fait référence. On imagine une petite ferme familiale, gérée par un père et ses fils. Un jour, le père demande à l’un puis l’autre de l’aider dans son travail. Les deux réagissent de manière inattendue : l’un dit non mais finit par se mettre au travail, l’autre dit oui mais ne bouge pas d’un pouce. Quel est le fils qui fait ce que son père désire ? quel est celui qui fait sa volonté ? on pourrait formuler un peu autrement : lequel des deux se comporte vraiment comme un fils ? lequel se révèle comme vraiment proche de son père ?

1)   Celui qui obéit : sens premier, évident

Le premier sens de la parabole, sa signification la plus évidente, c’est que celui qui se comporte vraiment un fils, est celui qui obéit à son père. Peu importent les belles paroles, ce qui compte c’est ce qu’on fait.

Dans la bouche de Jésus, dans sa ligne de pensée, le père en question, c’est Dieu. Les fils, ce sont tous ceux qui sont en relation avec Dieu, qui font partie de son peuple, qui sont proches de lui. Ce que le père de la parabole demande à ses fils, c’est de participer à son œuvre, à son travail, d’être ses partenaires. Ce que Dieu demande à ses enfants, c’est de vivre en partenariat avec lui, de prendre leur place dans l’œuvre de leur père, en connaissant les projets du père et en voyant comment les réaliser avec leurs moyens. Dieu s’attend à ce que ses enfants fassent sa volonté. Il ne s’agit pas d’une volonté tyrannique, mais plutôt du projet sain et équilibré que le créateur avait lors de la création et qu’il nous invite à nous approprier. Ce projet, ce n’est pas seulement un travail ponctuel, comme pourrait le laisser imaginer la parabole, c’est tout un mode de vie. Dieu souhaite que ses enfants s’approprient ses projets, ses valeurs, pour les mettre en œuvre à leur tour : par des paroles, des gestes, des pensées, etc. Ce qui est crucial, c’est d’être en accord avec Dieu, de vivre en tant qu’enfants de Dieu et non pas comme des fils rebelles qui ferment leur cœur à leur père.

Dans ce contexte spirituel, Jésus avertit que les apparences ne valent rien, qu’il ne s’agit pas de prétendre aimer Dieu ou lui laisser une place, mais qu’il faut le vivre vraiment. Il ne sert à rien de mettre des versets bibliques dans toutes les pièces de sa maison ou de n’écouter que de la musique de louange si au fond, on ne met pas en pratique ce que Dieu demande. Ce texte rappelle un enseignement que Jésus avait donné au début de son ministère : dans le sermon sur la montagne, Jésus dit : «  Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : “Seigneur, Seigneur”, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » Il y a un écho entre ces deux textes que la traduction que j’ai lue tout à l’heure n’a pas rendu. Quand le père s’adresse à ses fils, il leur dit à chacun : « Mon fils, va travailler aujourd’hui dans la vigne. » Il souligne le lien qui les unit, et qui précède sa demande. Le premier répond simplement : je ne veux pas. Le deuxième est bien respectueux : j’ai lu tout à l’heure « oui père j’y vais ». Dans le texte original la formulation est un peu différente, c’est : oui, Seigneur. En français, on ne dirait pas « seigneur » à son père (pas à ma connaissance en tout cas) mais en grec, on dit facilement « seigneur », ou « maître » à toute personne à qui l’on doit un respect particulier, comme le père par exemple – c’est le « yes, sir ! » qu’on entend dans le monde anglo-saxon. Le deuxième fils respecte le protocole, il paraît bien conscient que son père mérite le respect, il semble reconnaître l’autorité paternelle. C’est ce qui renforce le choc quand, finalement, il désobéit. Tous les titres respectueux qu’on donne à Dieu, les petits rituels par lesquels on lui rend honneur, ne valent pas grand-chose si on ne va pas plus loin, si on tient aux belles paroles, aux apparences. Dieu n’attend pas de nous une politesse superficielle, mais une véritable relation avec lui.

2)   Celui qui se repent

Les deux fils de la parabole évoquent deux réalités dans le paysage des croyants à l’époque de Jésus, ceux qui se considèrent comme enfants de Dieu. Il y a ceux qui pensent que leur vie est pure, bonne, en règle avec Dieu, que tout va bien, et qui se leurrent sur leur état spirituel. Il y a ceux au contraire dont la noirceur spirituelle est visible par tous, ils vivent en désaccord avec les valeurs de Dieu. Jésus interpelle ses interlocuteurs en leur rappelant que tous, d’une manière ou d’une autre, nous disons « non » à Dieu, que ce soit visible de tous ou caché. Dire non à Dieu, c’est une manière de décrire le péché. Avant même de commettre le mal, tous nous sommes, naturellement, rebelles à Dieu, notre père, notre créateur, notre seigneur. Ce « non » rebelle marque chacun de nous. Tous, nous sommes pécheurs. Aucun de nous ne vit en règle avec Dieu. Il y a ceux qui lui tournent le dos, et ceux qui restent face de lui mais dont les oreilles sont fermées.

Ce que Jésus sous-entend à peine, c’est que ses adversaires, les autorités religieuses juives, les pharisiens, sont comme le fils hypocrite : ils cachent leur rébellion, leur péché, sous une apparence pieuse et respectable. Toutefois, malgré leur orthodoxie apparente et leur bonne conscience, leur relation avec Dieu n’est pas réelle. Le problème, c’est qu’ils sont persuadés que tout va bien, et ne sont pas conscients du fossé qui les sépare de Dieu : ils ne vivent pas vraiment en enfants de Dieu. En face d’eux, il y a une catégorie de gens, que Jésus désigne sous le nom de collecteurs de taxes et prostituées. Les collecteurs de taxes étaient souvent considérés comme des voleurs. Collecteurs de taxes, prostituées, ce sont globalement les personnes de mauvaise réputation, considérées comme immorales, et absolument indignes de Dieu. Ces personnes-là, comme les meurtriers, les menteurs, bafouent la volonté de Dieu parce qu’ils pèchent. Dans l’esprit des pharisiens, ces gens-là ne sont pas proches de Dieu. Toutefois, certains d’entre eux se sont repentis, comme le fils rebelle.

Tous pécheurs, certains de manière plus évidente que d’autres. Tous en rébellion contre Dieu. Jésus à la fois remet les pharisiens bien pensants à leur place et démonte leur mépris des pécheurs repentis. Avec finesse, il réussit même à leur admettre eux-mêmes que les pécheurs repentis sont plus proches de Dieu que les hypocrites bien sages. Ils devaient être fous de rage d’être forcés d’admettre que ceux qu’ils méprisaient étaient plus justes qu’eux.

Il y a là bien sûr une exhortation à la repentance pour nous-mêmes : admettre notre péché et demander pardon à Dieu. Mais il y a aussi une exhortation à ne pas enfermer l’autre dans son passé, son style ou ses erreurs, et à se focaliser moins sur l’endroit d’où il vient mais sur l’endroit où il va. En reconnaissant que nous sommes tous logés à la même enseigne, et que nous avons tous autant besoin de pardon.

3)   Celui qui reconnaît la voix de Dieu

Cela étant, le repentir ne suffit pas. Il ne suffit pas de regretter le mal commis ou de se sentir imparfait, mais, pour vivre dans l’intimité de Dieu comme ses fils et ses filles, il faut reconnaître la voix de Dieu. On pourrait imaginer quelqu’un en voiture qui a conscience d’être égaré mais qui pour autant ne comprend pas les indications du GPS. Quand on sait qu’on n’est pas sur la bonne route, il faut trouver la bonne orientation.

C’est le sens de la référence à Jean Baptiste. Jésus dit aux pharisiens : « Jean-Baptiste est venu à vous, en montrant le chemin juste, et vous ne lui avez pas fait confiance. Pourtant les employés des impôts et les prostituées lui ont fait confiance. Vous avez bien vu cela, mais ensuite, vous n’avez pas changé votre cœur pour faire confiance à Jean ». Jean Baptiste, avant Jésus, invitait les foules à changer, à se repentir et à remettre Dieu au centre de leur vie. Son appel était urgent parce qu’il savait que le Messie allait venir. Le salut passe par les deux : renoncer au mal et accepter celui qui nous pardonne. Ceux qui ont répondu à l’appel de JB ont reconnu la voix de Dieu qui les invitait à se préparer pour l’arrivée du Messie. Le chemin juste qu’il propose, c’est le chemin du Christ.

Les pharisiens eux, ont rejeté JB. D’un côté ils ont refusé de reconnaître qui ils étaient vraiment aux yeux de Dieu, des rebelles, ils ont refusé d’admettre le problème et d’un autre côté, ils rejettent la solution : Jésus-Christ. Ils sont tellement sûrs d’eux, qu’ils échouent à entendre la voix de Dieu. Au contraire, ceux qui ont, en toute sincérité, accueilli le verdict de Dieu sur leur vie et accepté le remède – accepter le pardon que donne Jésus-Christ, ceux-là ont maintenant accès à une relation pleine avec Dieu.

Conclusion

Cette parabole, très marquée par la dispute entre les pharisiens et Jésus, nous livre un message d’espérance et de jugement. Peu importe la force avec laquelle vous avez dit non à Dieu, peu importe l’état dans lequel vous êtes, vous pouvez toujours revenir à Dieu en reconnaissant vos fautes et en acceptant le Christ comme sauveur : lui, il peut vous remettre sur la bonne voie, lui, il vous conduit vers Dieu. Cependant, peu importe qui vous pensez être, parce que si vous n’acceptez pas l’appel de Dieu, les belles paroles et les beaux masques sont inutiles.

Où que nous en soyons, cette parabole nous interpelle : sur notre relation actuelle avec Dieu, sur notre regard sur les autres, sur notre image de nous-mêmes. Encore aujourd’hui, elle nous invite à nous tourner avec honnêteté vers Dieu pour recevoir son pardon et entrer dans ses projets.




Dieu se laisse trouver

cache-cacheLecture biblique : Esaïe 55.6-9

Dans ce texte, on a un peu l’impression que Dieu joue à cache-cache avec nous. Il s’agit de le chercher, mais il est lointain tout en étant proche… Où est-il ? Comment le trouver ?

C’est surtout l’expression du verset 6 qui a attiré mon attention : le Seigneur « se laisse trouver ». Un peu comme quand un adulte joue à cache-cache avec un enfant : il se cache, mais pas trop. Il s’arrange pour que l’enfant arrive à le trouver.

C’est un peu comme ça que Dieu agit envers nous. Il se laisse trouver…

 
Un Dieu qui se laisse trouver

« Cherchez le SEIGNEUR pendant qu’il se laisse trouver. » Est-ce à dire qu’il ne se laisse pas toujours trouver ? En réalité, on pourrait traduire différemment cette phrase. Il n’y a pas vraiment de préfixe temporel en hébreu, qui laisserait entendre que Dieu se laisserait trouver mais pour un temps seulement. Et après ce serait fini…

D’ailleurs la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB) propose : « Recherchez le SEIGNEUR puisqu’il se laisse trouver, appelez-le, puisqu’il est proche. »

L’idée n’est pas de dire qu’il faut le chercher maintenant parce qu’après il sera trop tard. L’affirmation est bien plus profonde. Elle touche à l’être-même de Dieu. Le fait de se laisser trouver, ou de se rendre proche, est dans la nature-même de Dieu. Le Seigneur est un Dieu qui se laisse trouver. Alors, cherchons-le !

Et il faut qu’il en soit ainsi. Parce qu’on ne peut pas trouver Dieu sans son aide. Il nous est inaccessible si nous ne comptons que sur nos propres forces, notre intelligence, notre sagesse ou notre connaissance. On ne le trouve pas par nous-mêmes, on le trouve parce qu’il se laisse trouver.

C’est pourquoi dans les versets 8-9, Esaïe souligne la distance infinie qui nous sépare de Dieu.

Le SEIGNEUR déclare :
« Vos pensées ne sont pas mes pensées,
mes façons de faire ne sont pas les vôtres.
Il y a une grande distance
entre mes façons de faire et les vôtres,
entre mes pensées et vos pensées.
Elle est aussi grande
que la distance entre le ciel et la terre. »

Si on n’avait que ces versets, on dirait « laisse tomber… ». Comment connaître un Dieu si différent, si éloigné de nous ? La réponse est au verset 6 : parce qu’il se laisse trouver !

Voilà ce qui est extraordinaire dans la révélation biblique. Ce Dieu infini, tout-puissant, créateur de l’univers entier, ce Dieu plus grand que tout ce qu’on peut imaginer, ce Dieu qui, par nature, nous est si éloigné, nous petites poussières dans l’univers, créatures limitées et souvent pitoyables, ce Dieu-là se laisse trouver par nous, il se rend proche de nous.

Toute l’histoire de la révélation, c’est l’histoire d’un Dieu infini et inaccessible qui se rend proche de nous, accessible. Il laisse des traces de sa présence dans la Création, au plus profond de notre conscience. Il se révèle à travers les prophètes qu’il a choisi. Et, comme couronnement de cette révélation, il y a l’incarnation, la venue du Fils de Dieu devenu homme. Il ne peut pas se faire plus proche de nous…

La formule d’Esaïe est belle : Dieu se laisser trouver. Dieu se révèle mais sans s’imposer. Il s’approche de nous mais sans nous contraindre. Il appelle mais il ne nous force pas la main. Il se laisse trouver…

 
Trouver Dieu pour se retrouver soi-même

Chercher Dieu, comme nous y invite le prophète, implique bien plus qu’une quête religieuse ou philosophique. Il y a un autre appel qui lui est lié, au verset 7. Un appel à la repentance :

Les gens mauvais
doivent abandonner leur conduite.
Celui qui fait le mal
doit abandonner ses pensées méchantes.
Tous doivent revenir vers le SEIGNEUR,
car il aura pitié d’eux.
Tous doivent revenir vers notre Dieu,
car il pardonne généreusement.

La repentance, c’est un changement radical, qui trouve sa source dans le retour à Dieu. Cet appel au retour à Dieu intervient au cœur de la promesse d’un autre retour, celui du peuple dans son pays, après l’Exil. C’est ici utile de rappeler que les prophéties bibliques ne sont pas de simples prédictions d’un avenir déjà écrit. Elles sont l’occasion de rappeler le projet de Dieu mais aussi d’inviter les lecteurs à y entrer avec foi. Les promesses, ou les avertissements, s’accompagnent toujours d’un appel.

Dans le message des prophètes, le plus important des retours n’est pas le retour de l’Exil à Babylone, c’est le retour à Dieu. Tout comme le départ en exil du peuple était présenté par les prophètes comme une conséquence de l’infidélité à Dieu, la promesse du retour en Canaan implique un appel à un retour à Dieu. Et c’est là que les écrits prophétiques revêtent un caractère universel.

Nous ne sommes pas dans la situation des Juifs en exil à Babylone mais à travers les siècles, l’appel du prophète parvient jusqu’à nous. N’avons pas aussi besoin de revenir à Dieu ? Si Dieu nous paraît silencieux et lointain, n’est-ce pas souvent parce que nous nous sommes nous-mêmes éloignés de lui ?

Du coup, la thématique du retour à Dieu éclaire d’un jour nouveau le verset 6. Le Dieu qui se laisse trouver est aussi le Dieu qui accueille toujours celui qui revient à lui. Le pardon qu’il offre permet d’envisager tous les recommencements. Le Dieu qui aura pitié est celui qui se laisse toujours trouver… et retrouver. Le Dieu qui pardonne généreusement est celui qui est tout proche, prêt à nous accueillir.

Alors, il faut bien le souligner, le vrai retour à Dieu implique des changements. Il s’agit d’abandonner certaines conduites et certaines pensées. Cela ne peut être sans une remise en question. C’est la nature même de la repentance biblique qui n’est pas simplement un regret ou un remord mais une décision ferme de changer, de se laisser changer par Dieu.

La repentance, le retour à Dieu, est le moyen d’être libéré de ce qui est mauvais en nous. C’est le chemin qui nous conduit à nos racines oubliées, celles de l’image de Dieu en nous. Une image brouillée, déformée, par le péché.

Le retour à Dieu est la source d’un retour à soi-même. Trouver, ou retrouver Dieu, c’est se retrouver soi-même : homme, femme, créé à l’image de Dieu.

 
Conclusion

« Cherchez le Seigneur puisqu’il se laisse trouver,
Faites appel à lui, puisqu’il est proche. »

Il y a dans cette phrase un appel et une promesse. L’appel, c’est de sans cesse chercher le Seigneur. Nous en avons tous besoin, parce que loin de lui, nous dépérissons, nous perdons notre humanité-à-l’image-de-Dieu. Nous devons le trouver pour nous retrouver nous-mêmes !

La promesse, c’est que Dieu se laisse trouver, qu’il se rend accessible. Nous sommes pourtant infiniment loin de lui mais toute la révélation biblique nous parle de ce Dieu qui se rend proche et accessible, jusqu’à devenir l’un des nôtres, en Jésus-Christ.

Ces paroles du prophètes étaient précieuses pour les Juifs exilés à Babylone, au VIe siècle avant Jésus-Christ. Elles peuvent l’être aussi pour nous aujourd’hui, qui avons tout autant besoin d’entendre cet appel et cette promesse.

Cherchez le Seigneur : il se laisse trouver !




Les seconds rôles (V) : Jonathan (1 S 20)

Ce matin, je vous propose de clore notre série sur les seconds rôles. Jusque là, nous avons vu avec Caïn et Abel une histoire de frères, avec Hagar et Sara, c’était une rivalité entre épouses, avec Léa et Rachel, les deux puisque les deux sœurs ont épousé Jacob. La semaine dernière, nous avons porté notre attention sur les parents de Samson. Toutes ces personnes ont vécu leur rôle secondaire soit dans l’indifférence, soit dans le désespoir et la colère. Ce matin, avec l’histoire de Jonathan, c’est une amitié que nous découvrons, et dans cette amitié nous voyons comment Jonathan vit le fait d’être un second rôle.

Quelques mots de contexte. Nous sommes au début de la période des rois en Israël, après la période troublée des Juges. Le premier roi que Dieu a choisi s’appelle Saül. Saül transgresse rapidement les règles que Dieu lui a fixées, et par conséquent, Dieu lui retire son autorité de roi et choisit un autre, un petit jeune, un berger anonyme mais qui prouve vite ses qualités, David. David, le temps de se former, entre au service de Saül. Seulement, Saül refuse d’abandonner son trône – ce n’est pas le trône de fer, mais presque ! Il vit des hauts et des bas avec David : parfois il le considère comme son propre fils, mais le plus souvent, il cherche à le tuer – et David a écrit plusieurs psaumes à cette période de sa vie.  Heureusement, David a un allié inattendu : le fils de Saül, Jonathan. C’est son supérieur, mais ils combattent ensemble et deviennent très amis, au point de conclure un pacte de loyauté l’un envers l’autre. Le passage que je vais lire maintenant se situe après une réconciliation entre Saül et David, qui laisse présager que tout va bien se passer. Sauf que David n’est pas dupe, il s’attend au pire, et il rejoint Jonathan pour tirer au clair la situation.

Lecture 

Cette longue séquence est constituée de trois scènes : David rejoint Jonathan, lui confie ses craintes et le persuade de l’aider à découvrir les véritables intentions du roi Saül. Ensemble ils élaborent un plan en deux volets. Deuxième scène, David sort, nous assistons au banquet du roi Saül. Suite à la question de Saül devant l’absence de son serviteur David, Jonathan suit la première partie du plan : il donne une fausse excuse. Là nous avons le point tournant du chapitre : si Saül avait de bonnes intentions envers David, il devrait réagir avec calme et compréhension. Sinon, sa colère prouverait sa frustration de rater cette occasion d’atteindre David. Et Saül se met en colère. Fou de rage, il insulte son fils, lui ordonne de lui amener David, et devant le refus d’obtempérer de Jonathan, il brandit sa lance contre lui, manquant de le tuer. Jonathan sort. Troisième scène, qui réalise la deuxième partie du plan : à l’aide du code prédéterminé, Jonathan avertit David des mauvaises intentions de Saül. Ils se séparent dans la tristesse. Cette séquence, c’est le point de rupture entre Saül et David. Toutefois ce n’est pas sur eux que je souhaite me concentrer ce matin, mais sur Jonathan, présent dans toute la séquence, tour à tour avec David et avec Saül, Jonathan dont on n’entendra quasiment plus parler dans la suite du récit.

1)   Les tiraillements de Jonathan

a)      tiraillé entre son père et son ami

Jonathan est un homme tiraillé, partagé entre deux loyautés, deux personnes à qui il veut être fidèle. D’abord, il y a son père, évidemment, le roi Saül, celui qui a autorité sur tout le peuple d’Israël. Non seulement Jonathan doit obéissance à son père, mais il doit aussi être loyal envers son souverain. En parallèle, Jonathan est ami de David, si ami que David quitte l’endroit où il s’était réfugié, près de Rama, et risque le tout pour le tout en allant voir Jonathan, puisqu’il se rapproche dangereusement de Saül qu’il soupçonne de vouloir le tuer. Le risque que prend David montre l’intensité de l’amitié qui le lie à Jonathan.

Au début du texte, on sent une certaine naïveté de Jonathan : quand David lui confie ses doutes, Jonathan est persuadé que son père est bien disposé envers David, et qu’en tout état de cause, il avertirait Jonathan, son fils, s’il avait quelque ressentiment envers David. Jonathan est ami de David, mais il fait confiance à son père Saül. Ses deux loyautés, jusque là à peu près compatibles, commencent à le tirailler franchement.

b)     le basculement

Pendant cet entretien avec David, Jonathan fait un choix, en deux étapes. Premièrement, lorsque David lui jure au nom du Seigneur lui-même que sa vie est en danger avec Saül, Jonathan accepte de lui faire confiance et il offre ses services : je ferai ce que tu voudras. Et il adopte le plan de David qui consiste à tester Saül lors du repas rituel de début de mois. Par amitié pour David, Jonathan décide de lui faire confiance et de participer à ce plan, j’imagine au moins pour le rassurer.

Jonathan ne fait pas que laisser le bénéfice du doute à David : il s’implique totalement. En effet, c’est lui qui imagine la deuxième partie du plan, acceptant de considérer l’éventualité selon laquelle son père voudrait tuer David. Il lui propose un code. Jonathan sait qu’il risque d’être considéré comme un traître : si Saül veut tuer David et que Jonathan le sauve, il se met en porte-à-faux vis-à-vis de son père Saül. Jonathan est bien conscient de ce danger, puisqu’au moment de parler du code, il emmène David hors du palais, dans un champ, à l’abri des oreilles indiscrètes.

Jonathan quitte David en rappelant son alliance avec lui.

c)      mise à l’épreuve

Le repas avec Saül est une mise à l’épreuve, à la fois des intentions de Saül, mais aussi de la loyauté de Jonathan vis-à-vis de David. Aux côtés de qui Jonathan va-t-il réellement se ranger ? On le voit, Jonathan suit le plan de David à la lettre, et il défend David face à son père enragé. Il risque gros : Saül commence par l’insulter et il finit par l’attaquer. Jonathan s’en va et avertit David de ce qui s’est passé selon le code prévu.

Cette scène qui est le point tournant dans la relation entre Saül et le futur roi David est aussi un point tournant dans la vie de Jonathan. Dans cette scène, il a fait un choix : non seulement il choisit de faire confiance à David, mais en plus il va jusqu’à se mettre lui-même en danger pour le protéger.

2)   Le choix du second rôle

Creusons un peu les raisons du choix de Jonathan : qu’est-ce qui l’a fait basculer ?

Le premier élément, le plus évident, c’est l’amitié qui le lie à David. Dès leur rencontre, alors que Jonathan fils du roi est le supérieur de David, ils deviennent amis et concluent un pacte de solidarité, un peu comme des équipiers qui se protègent et se soutiennent.

Cette amitié n’est pas la seule raison pour le choix de Jonathan : s’il prend le parti de David contre Saül, c’est aussi parce qu’il sait que David ne mérite ni la colère de Saül, ni la mort. David est innocent, et Jonathan ne peut pas le traiter comme un criminel alors qu’il n’a rien fait de mal. Jonathan résiste à son père en vertu de son amitié envers David et de son sens de la justice

Il y a une troisième raison : David est celui que Dieu a choisi pour remplacer Saül qui s’est révélé indigne de sa charge. David est le futur roi. Ce fait aurait dû conduire Jonathan à lutter contre David : en effet, Jonathan est l’héritier de Saül, c’est lui qui aurait dû prendre sa suite et recevoir l’autorité royale, ce sont ses enfants qui auraient dû devenir la première dynastie royale d’Israël. Quand David est choisi, ce destin prestigieux s’évanouit. Non seulement ça, mais en plus, la coutume pour les nouveaux rois était, comme chez les lions, de mettre à mort les fils de l’ancien roi, pour éviter tout risque de coup d’état. Jonathan, comme le lui rappelle Saül, risque son héritage et sa vie. Comment auriez-vous réagi ? Eh bien Jonathan renonce. Il abandonne son héritage, sans murmure, sans jalousie, sans convoitise.

Jonathan encore supérieur à David, prend toutes sortes d’initiatives pour aider David, pour le protéger. Il se met lui-même en danger. Tout cela parce qu’il reconnaît que c’est David que Dieu a choisi. Volontairement il se met au service de David, et va même, à la fin de la première scène, lui demander sa bienveillance quand il sera roi : « tant que je vivrai, tu agiras envers moi et ma maison avec fidélité ». Jonathan, prince héritier, renonce à sa position pour devenir le soutien du futur roi, David. Il y a là plus que de l’amitié, plus que de l’intégrité morale, il a l’obéissance volontaire à la volonté de Dieu.

Conclusion

Nous avions commencé notre série avec Caïn, le frère aîné qui enrage d’être supplanté par son petit frère et le tue. Jonathan aurait pu agir comme Caïn et suivre les conseils de Saül, il aurait pu très facilement éliminer son rival. Au contraire, il choisit la voie de la justice et de l’humilité. Il accepte d’être un second rôle, sans amertume, et il fait même tout ce qui en son pouvoir pour aider et servir et protéger le premier rôle, celui qui est pour lui comme un frère. Jonathan choisit la voie de la foi en entrant activement dans le rôle que Dieu lui a donné.

D’une certaine manière, Jonathan dessine le chemin que prendra le christ. Jésus, fils de Dieu, renonce à ses privilèges lorsqu’il devient un homme. Lui qui a créé le monde devient une créature, volontaire, activement. Il accepte d’être insulté, incompris, attaqué, et il s’offre à la croix. Pourquoi ? Pas parce que nous sommes innocents, nous ne le sommes pas ! Par amitié, par amour envers nous. Par humilité, par obéissance à Dieu le père. Lui notre Seigneur se fait serviteur des plus petits pour que nous vivions et devenions à notre tour fils du Dieu vivant.