Un esprit saint dans un corps saint

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Texte du jour: 1 Corinthiens 6.12-20

L’église de Corinthe est une église assez étonnante. D’un côté, elle est comblée des bienfaits de Dieu, comme le rappelle Paul au début de sa lettre ; d’un autre côté, cette communauté présente toutes sortes de problèmes auxquels Paul s’attaque dans cette assez longue lettre. Les conflits et les rivalités entre les membres, le débordement et le désordre dans le culte, l’indifférence aux pauvres, et, entre autres, des problèmes autour de la sexualité et du couple – ce sujet revient 3 fois dans la lettre ! Ce qui est intéressant, c’est la manière dont Paul répond à ces problèmes : il ne donne pas une liste d’interdits, mais il cherche les racines des problèmes, qui viennent souvent d’une compréhension inexacte de l’Evangile. Du coup, en plus d’alerter sur l’aspect destructeur de certains comportements, il rappelle le vrai sens de l’Evangile, pour réorienter les chrétiens dans une saine – et sainte – manière de vivre.

1)   L’immoralité sexuelle, un problème théologique

Avant de voir comment Paul répond aux Corinthiens, voyons quelle est la situation. Dans le large éventail des problèmes liés à la sexualité, Paul s’attaque en particulier au fait que certains chrétiens fréquentaient des prostituées. Corinthe était une ville prospère, cosmopolite, mais elle était réputée pour son réseau de prostitution très développé et implanté dans la ville. Après leur conversion, certains Corinthiens gardent leur habitude de fréquenter des prostituées. Le problème se corse, quand ces chrétiens, loin de se repentir, se justifient en disant que ces relations ne posent aucun problème en s’appuyant pour leur défense sur deux arguments.

Le premier, c’est que, par rapport à l’âme éternelle, le corps n’est qu’une enveloppe temporaire, destinée à être détruite à notre mort. Le corps est périssable, voire, pour cette raison, méprisable. C’est une idée bien ancrée dans la mentalité grecque de l’époque, qui tend à mépriser tout ce qui est matériel, bien inférieur au spirituel/ intellectuel. Cette conviction peut conduire soit à négliger complètement le corps, soit à faire ce qu’on veut, puisque, le corps étant mortel, ce qu’on fait avec n’a pas d’impact sur l’éternité. A partir de là, les Corinthiens font un parallèle – très actuel ! – entre la nourriture et la sexualité : de même qu’on apaise sa faim en mangeant, de même il faut répondre à ses envies sexuelles en les assouvissant.

L’autre argument touche à la liberté : Paul a largement insisté dans son enseignement sur la liberté par rapport à la loi et à son cortège de règles rituelles et alimentaires en particulier. Jésus-Christ a tout accompli et il nous rend libres ! Les Corinthiens prennent cet argument au pied de la lettre : ils sont libres, tout est permis ! il n’y a plus de règles, tout est possible.

2)   Le corps compte aux yeux de Dieu

Paul répond à cette justification des Corinthiens en incitant à une réflexion sur le corps et sur la liberté. Commençons par le corps : pour Paul, l’inconduite est impensable parce que le corps a lui aussi de la valeur aux yeux de Dieu.

  1. parce qu’il fait partie intégrante de notre personne

D’abord, le corps fait partie intégrante de la personne. L’être humain possède un corps, ce qui est palpable, visible, matériel, et une âme, l’être intérieur, spirituel, invisible. Dieu a voulu les deux : dans sa sagesse, sa générosité et sa créativité (un des chants de D. Pialat parle de Dieu comme un sublime artiste), il a choisi de créer une réalité concrète, en plus d’une réalité spirituelle. Comment trouver méprisable ce que Dieu a créé avec tant de soin ?

Bien plus, Dieu a choisi de les unir si étroitement qu’il est impossible de vivre sans l’un ou l’autre. D’ailleurs, dans la Bible, la séparation de l’âme et du corps, c’est la définition de la mort !  Le corps est comme le support de l’âme, il révèle ce qui est intérieur : il montre la joie ou la peine, la peur ou le désir, il exprime notre générosité ou notre haine – par des mains tendues ou des poings fermés. Il nous permet aussi d’entrer en relation avec l’autre : par un sourire, le partage d’un repas, une accolade, une discussion, un match de sport.

C’est pour cela que Paul souligne la gravité du péché sexuel : notre comportement physique a un impact sur notre être tout entier, sur notre identité. Et c’est particulièrement vrai de la sexualité qui a pour vocation de concrétiser l’intimité entre deux personnes, une relation d’amour de confiance et d’engagement. Distinguer nos sentiments ou nos relations de notre corps est non seulement mensonger mais aussi destructeur.

  1. parce que le corps va ressusciter avec l’âme

Une deuxième raison, c’est que, contrairement à ce que pensent les Corinthiens, le corps n’est pas destiné à périr. En effet, et c’était manifestement un point difficile pour eux parce que Paul y consacre tout le ch. 15 de sa lettre, Dieu va nous ressusciter âme et corps pour la vie éternelle. Il l’explique mieux dans le ch. 15, mais ce qu’il faut retenir c’est que notre créateur ne renonce pas aux réalités physiques ! Il les ressuscitera en les transfigurant, même si certaines fonctions disparaîtront peut-être.

Même si nous ne pouvons pas imaginer comment, Paul nous rappelle que le salut concerne aussi notre corps, pour lequel nous devons donc rechercher la même sainteté et la même consécration que pour notre âme.

  1. parce que le corps est habité par Dieu dès aujourd’hui

Une troisième raison, c’est que notre corps, créé par Dieu, appelé à la résurrection, est dès aujourd’hui habité par Dieu. Paul utilise plusieurs images : vos corps sont des parties du corps du Christ, vous êtes le temple du Saint Esprit. Notre corps appartient à Dieu, dès aujourd’hui, autant que notre âme ! Notre personne tout entière est dès aujourd’hui si intimement liée et unie à Dieu grâce au Christ dans le Saint Esprit que déshonorer notre corps, porte atteinte à notre intimité avec Dieu. Les péchés « physiques » ne sont pas moins (ou plus) graves que d’autres péchés plus « spirituels » : ils sont aussi graves, ils ont le même pouvoir destructeur sur notre relation avec Dieu.

3)   Libres, mais pas pour faire n’importe quoi

Paul répond à l’argumentation des Corinthiens en démontrant la valeur du corps aux yeux de Dieu, hier aujourd’hui et demain, et il répond aussi à l’argumentation autour de la liberté. Christ nous a libérés : qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça veut dire « tout m’est permis », comme le slogan des Corinthiens ?

  1. liberté versus utilité

Paul ne répond pas à la question du droit, de ce qui est permis, autorisé, en énonçant des interdictions, mais il déplace la question sur un autre terrain. Il ne s’agit pas de réintroduire de nouvelles lois au chrétien vivant par la grâce dans la liberté de Dieu, mais Paul invite à réfléchir au sens de nos actes. Oui nous sommes libres, mais pour quoi ? dans quel but ? La liberté n’est pas un dieu, c’est un don de Dieu. La vraie liberté est toujours liberté de faire le bien, pour autrui et pour soi. Quelle liberté est-ce de mentir, de frapper, de déshonorer, de trahir ? Est-ce être libre que d’être superficiel, agressif, égoïste, obtus, insupportable ? La liberté, c’est la liberté de faire ce qui est bon.

  1. liberté versus esclavage

Non seulement la liberté est faite pour le bien, mais en plus Paul attire notre attention sur notre marge de liberté lorsque nous cherchons à assouvir toutes nos envies, toutes nos pulsions, que nous voulons tout avoir et à tout faire. Ces comportements, loin d’être les signes d’une personne libre, caractérisent plutôt une personne enchaînée à ses besoins et à ses désirs, incapable de se maîtriser et de choisir ce qu’elle veut vraiment, ce qui est bon. Au nom de la liberté, les Corinthiens se rendent esclaves de leur propre corps, de leur convoitise, de leur superficialité.

  1. liberté et appartenance à Dieu

Un dernier argument vient anéantir la réflexion des Corinthiens sur la liberté : le chrétien est libre, en Christ. En appartenant au Christ. Le chrétien est libre car fils du Dieu qui rend libre.

Racheté par Dieu en Jésus-Christ, qui a tout accompli pour nous libérer de l’emprise du mal, pour nous délivrer de ce qui nous corrompt et nous asservit, voilà comment le chrétien reçoit sa liberté, et avec elle il reçoit une nouvelle identité. Dieu le Fils, en Jésus-Christ, s’est donné pour que nous soyons non plus des esclaves mais les fils et les filles de Dieu, ses enfants bien-aimés, bénis aujourd’hui par une relation riche et intime avec Dieu, promis à la joie de la vie éternelle en présence du Dieu juste et bon que nous révèle Jésus-Christ.

Comment les enfants de Dieu, adoptés par grâce, adoptés à un grand prix, plongés dans cette intimité, pourraient-ils une seule seconde imaginer utiliser la liberté qu’est la vie avec Dieu pour agir d’une manière inacceptable aux yeux de Dieu ? Le chrétien ne s’appartient plus : il est à Dieu. Comment dire : je fais ce que je veux ? Qui est ce « je » ? un être sauvé, guéri, relevé par Dieu pour un destin glorieux et éternel en sa présence ! « je » ? mais ce « je », c’est l’identité nouvelle que Dieu me donne en Christ, et il n’y a pas de place, dans cette nouvelle identité, pour les vieux comportements qui nous menaient dans des impasses !

Conclusion

Paul répond à un problème trivial en évoquant les splendeurs du salut : la valeur que Dieu accorde à notre personne, depuis notre création jusque dans l’éternité, ainsi que le sens de l’Evangile : nous sommes libérés pour le bien, pour aimer, pour être justes, vrais, pour être artisans de paix, pour rire, pour rayonner.

Le problème des Corinthiens venait en partie du fait qu’ils avaient oublié ou mal compris le sens du salut, la portée notre espérance, pourtant c’est Paul lui-même qui leur avait tout expliqué ! De leur exemple, retenons la nécessité absolue de toujours revenir aux fondements de notre foi, de toujours approfondir le sens de ce que nous croyons : en comprenant bien d’où nous tirons notre identité – de la Croix, qui nous sommes aujourd’hui – enfants du Dieu de grâce et de vérité, et où nous allons – dans son Royaume de justice et de paix, notre vie entière sera transformée.




Solidaires !

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goutte d'eauLe deuxième dimanche de janvier est traditionnellement consacré à l’épisode du baptême de Jésus. Un récit qui, dans la version de Marc, nous est relaté de façon très sobre, et qui peut même entrer en écho de façon surprenante avec l’actualité sombre de cette semaine.

Lecture biblique : Marc 1.6-11

Il est remarquable de souligner que le ministère public de Jésus débute avec son baptême. Pas avec un miracle spectaculaire, pas avec un enseignement éloquent à une grande foule. Il commence dans un acte plein d’humilité, d’identification à l’humanité qu’il est venu sauver.

Le baptême de Jésus-Christ, c’est le signe de son incarnation. C’est le choix de la solidarité. Il n’est pas venu sauver l’humanité « de l’extérieur » mais de l’intérieur : en devenant l’un des nôtres. Il n’est pas venu seulement « prendre chair », ou prendre un corps comme on revêt un costume. Il est véritablement devenu homme. Il a accepté d’avoir faim et soif, d’être fatigué, de devoir se reposer et dormir. Il est venu épouser notre condition de pécheur, sans toutefois pécher. Il a accepté nos limites, nos faiblesses, nos blessures. Il a accepté de souffrir. Il a accepté de mourir.

D’une certaine façon, le baptême de Jésus était le premier pas sur le chemin qui allait le mener jusque sur la croix. Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle l’Esprit saint est descendu sur lui sous la forme d’une colombe ? Peut-être est-ce aussi pourquoi la voix de son Père a retenti du ciel, pour lui : « Tu es mon fils très aimé. C’est toi que j’ai choisi avec joie. » Peut-être avait-il besoin d’un soutien, d’une promesse pour le chemin difficile à venir…

La décision de Dieu, en Jésus-Christ, de choisir la solidarité est bouleversante. Parce que Dieu nous aime, il a choisi de lier son sort au nôtre. Il aurait pu laisser tomber. Tout recommencer ailleurs. Il a décidé, au contraire, de nous sauver, en devenant l’un des nôtres.

Et solidaire, il l’est aujourd’hui encore. Jésus-Christ, mort et ressuscité, est toujours notre frère en humanité. Ne pensez-vous pas qu’il souffre de voir ce que ses frères humains sont capables de faire, qui plus est au nom de Dieu ? Cette semaine, la terreur a frappé à nos portes. Et cela rend plus tangible peut-être la terreur que des milliers d’hommes et de femmes affrontent depuis si longtemps dans certaines parties du globe. Victimes de la haine et du fanatisme. D’ailleurs cette semaine aussi, Portes Ouvertes a fait paraître son index mondial de la persécution des chrétiens, rappelant que cette triste réalité ne faiblit pas. Bien au contraire.

Solidaire, voilà un mot que nous avons besoin d’entendre aujourd’hui ! Nous devons être solidaires des familles endeuillées, à Paris comme ailleurs dans le monde, là où règne la terreur par la folie des hommes. Solidaires de nos frères et sœurs persécutés pour leur foi. Mais solidaires aussi de toutes les victimes collatérales, exposés aux discours racistes et réducteurs qui mettent dans le même sac terrorisme, musulmans, arabes, immigrés… Solidaires aussi avec ceux qui défendent la liberté de la presse, la liberté d’expression, la liberté d’opinion, partout dans le monde. Une liberté qui doit pouvoir s’exprimer aussi à travers l’humour, la satire. Y compris pour dénoncer les travers de toutes les religions. Y compris quand ça nous concerne…

Qu’est-ce qui blesse le plus Dieu ? Un dessin satirique, même jugé blasphématoire ? Ou une folie meurtrière en son nom ? Ce qui touche le Seigneur, ce qui le fait souffrir, ce sont les horreurs qu’on commet en son nom. Ce sont nos discours empreints de haine, notre racisme latent, parfois caché derrière un vernis religieux. C’est notre indifférence à ceux qui souffrent, à la manière du Pharisiens et du prêtre de la parabole du bon Samaritain. C’est notre silence face à l’injustice…

Solidaire. Jésus-Christ a choisi de l’être avec nous, son baptême en est un signe d’une grande force. Comment ne pourrions-nous pas aussi être solidaires de nos frères en humanité ?

 

De l’espoir, quand même ?

Revenons au récit du baptême de Jésus. La lecture que j’en ai proposée, à la lumière des événements récents, est certes sombre. Mais ne peut-on pas y puiser aussi de l’espoir ? La colombe, symbole de l’Esprit saint, est bien un signe d’espoir. C’est une colombe qui est venu annoncer à Noé la fin du déluge et la possibilité d’un nouveau départ. Dans ses paroles adressées à son Fils, le Père ne parle-t-il pas d’amour et de joie ? Toute la Trinité est mobilisée pour cet épisode, jalon essentiel dans l’accomplissement du projet de salut de Dieu.

Si, pour Jésus, le baptême est le premier pas de son chemin vers la croix, pour nous, c’est le premier pas de notre chemin de salut. Dieu lui-même a jugé bon d’élaborer un plan pour nous sauver, et de lier son sort au nôtre. Il y a bien de l’espoir. Toujours.

S’il y a un espoir à garder dans l’humanité, c’est parce qu’elle est créée à l’image de Dieu. L’image de ce Dieu qui a choisi de nous sauver en Jésus-Christ, de ce Dieu qui a fait preuve de la plus belle des solidarités. Capable du pire, à cause de son péché et de son arrogance, l’humanité est aussi capable du meilleur quand elle laisse l’image de Dieu en elle se manifester.

S’il y a un espoir, donc, c’est moins à cause de l’homme que grâce à Dieu. C’est moins par humanisme que par espérance et foi. C’est moins à cause de la solidarité entre les hommes que grâce à la solidarité de Dieu avec nous. Mais l’espoir est réel. A cause de l’amour de Dieu. Jésus lui-même a été victime de la haine et de la barbarie des hommes. Il a été condamné, lui l’innocent. Et il est mort, crucifié. Mais la haine a été vaincue, sur la croix, quand Jésus a dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » La mort elle-même a été vaincue : Jésus-Christ est ressuscité.

Dieu est toujours capable de faire surgir la vie de la mort, de faire éclater la lumière des ténèbres. C’est notre espérance, celle qui naît de l’Évangile !

Conclusion

En guise de conclusion, je vous propose un dessin… de Cabu.

CabuOn n’impose pas la foi par la force ou la terreur. Jamais. Toutes les formes de violence justifiées au nom de Dieu sont autant d’atteintes directes à Dieu. Voilà les vrais blasphèmes !

L’exemple que Jésus nous a laissé, le jour de son baptême, est celui de l’humilité et de la solidarité. Si nous voulons être vraiment ses disciples et ses témoins, c’est le même chemin que nous devons emprunter !




La fête du Roi (Mt 2.1-12)

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La visite des mages est devenue légendaire, enrichie par la Tradition chrétienne de nombre de détails : il y en aurait eu trois, des rois, de plusieurs races différents, etc. En lisant le récit original dans l’évangile, on est frappé par la sobriété de la présentation – en réalité, on ne sait pas grand-chose de ces mages… Cela dit, l’histoire des mages est bien une histoire de rois, seulement les rois ne sont pas ceux que l’on croit souvent !

1)   Jésus, le roi des Juifs

En effet, le vrai roi de cette histoire, c’est un nouveau-né, Jésus, Messie annoncé par les prophètes, libérateur et seigneur attendu par le peuple de Dieu. L’évangéliste Matthieu est au début de son récit : avant de transmettre les enseignements et les actes marquants de Jésus, Matthieu donne un cadre d’interprétation qui va permettre de bien comprendre la portée de ses actes et de ses paroles. Ainsi, dans les premiers chapitres, il présente Jésus comme celui qui réalise les promesses de Dieu d’envoyer un libérateur à son peuple, souvent désigné comme le fils de David, l’héritier du roi des Juifs qui devrait conduire le peuple de Dieu.

Notre récit souligne cet accomplissement : Bethlehem, petite ville proche de Jérusalem, était la ville de naissance du roi de David, issu de la tribu de Juda, et Michée prophétise que le Messie naîtra lui aussi à Bethlehem – texte que citent les autorités juives quand Hérode les interroge. Jésus, né au même endroit que David, est son véritable héritier. La visite des étrangers venus de loin souligne encore le lien entre Jésus et David, en rappelant la visite de la reine de Saba à Salomon, premier successeur du roi David. La reine de Saba, venue d’Arabie pour éprouver la prestigieuse sagesse de Salomon, lui offre or, épices et pierres précieuses, tout comme les mages offrent à l’enfant Jésus or, encens et myrrhe.

Dans cette scène, le nourrisson ne fait rien, mais son identité royale se manifeste déjà, et suscite de fortes réactions d’une part chez les mages, et d’autre part chez les autorités d’Israël.

2)   La venue des sages d’Orient, signe du rayonnement du Messie

D’abord les mages, ou sages, venus d’Orient, puisque ce sont eux qui déclenchent toute l’histoire. Ce ne sont pas des magiciens, mais ils sont dépositaires de la sagesse de leur peuple, en lien avec leur religion – qui implique l’observation des astres – et sûrement avec le pouvoir en place. Ces sages-là avaient peut-être été en contact avec la diaspora juive, puisqu’ils relient l’étoile à la naissance d’un roi juif, ce qui était assez habituel à l’époque, où on considérait que des étoiles annonçaient la naissance des grands hommes.

A propos de cette étoile : c’est l’élément du texte qui paraît le plus naïf, le plus enfantin. Des scientifiques ont cherché des manifestations d’astres (étoiles ou planètes) qui auraient pu correspondre au récit, sans grand succès. Au minimum, on peut retenir qu’une lumière a guidé les mages, qu’ils ont interprétée comme une étoile, dont Dieu s’est servi pour alerter les mages et les conduire jusqu’au Christ.

A la vue de cette lumière, les sages comprennent qu’un grand homme est né, un roi pour le peuple juif, et ils vont directement à Jérusalem pour rendre hommage à l’héritier. Sauf que le roi des juifs n’est pas à Jérusalem, d’où l’histoire avec Hérode.

Quel est le but de leur visite ? Ils viennent rendre hommage à l’héritier – plutôt que l’adorer comme c’est traduit ici – en lui offrant des cadeaux prestigieux et en montrant leur respect. C’est une visite vraisemblablement politique, faite à un futur dirigeant, comme ça se fait entre pays. Les cadeaux apportés sont typiques de la région : or, parfum d’encens et parfum de myrrhe, des biens précieux qu’on utilisait dans les grands événements.

Dans le récit de cette visite, trois choses m’ont frappée.

D’abord, les sages, païens, sont miraculeusement à l’écoute de Dieu, ils se laissent conduire par les signes que Dieu leur envoie, par les rêves, les prophéties, sans discuter.

Ensuite, cette visite est quand même bizarre. Autant on peut comprendre que des délégations aillent rendre visite à un roi en place, autant un nourrisson dans un tout petit pays comme Israël, soumis à l’empereur romain, paraît insignifiant ! En plus, les mages font une apparition presque évanescente : ils offrent et ils repartent, comme si de rien n’était.

Et enfin, l’allégresse des mages, leur joie, est difficile à comprendre, alors qu’ils ne savent pas l’impact de Jésus pour eux.

Ces détails montrent que les mages sont pris dans une démarche qui les dépasse et qu’ils ne comprennent pas tout à fait. Pourtant, à travers leur visite, se dessine le rayonnement universel de Jésus comme lumière des nations, sauveur de tous les hommes, Roi non seulement des juifs mais de tous les peuples. La présence des mages auprès de Jésus annonce de manière prophétique l’ouverture du peuple de Dieu à toutes les nations, comme le demandera Jésus à ses disciples après sa résurrection : « allez, et faites de toutes les nations mes disciples » (Mt 28.18), ce que l’on voit aujourd’hui dans l’Eglise où des gens de toutes origines reconnaissent Jésus-Christ comme leur sauveur et leur roi.

3)   Hérode et les autorités, signes du rejet d’Israël

Face à la réaction inespérée des mages, la réaction d’Hérode et des autorités religieuses juives refroidissent d’autant plus. Le texte dit qu’à la nouvelle de la naissance du Messie, tous sont troublés. Ce trouble dénote la surprise, l’incompréhension, sûrement de la méfiance et de l’inquiétude, en tout cas aucune attitude positive pour accueillir le Roi.

Du côté d’Hérode le Grand, la situation est surtout préoccupante. En effet, Hérode ne fait pas partie de la dynastie légitime, mais il est originaire du pays d’Edom, frère ennemi d’Israël. Installé par les autorités romaines qui lui donnent le titre de roi des juifs, il règne en collaboration avec l’empire, et n’a pour cette raison que peu de popularité. On sait par ailleurs qu’Hérode craignait terriblement de perdre le pouvoir, et qu’il n’hésitait pas à massacrer ses rivaux, même ses propres héritiers ! Cette paranoïa se devine dans les démarches d’Hérode qui convoque les responsables religieux pour se renseigner sur ce nouveau rival, qui interroge en secret les mages étrangers en pensant les utiliser, et qui finit par ordonner le massacre de tous les enfants de moins de deux ans lorsqu’il se rend compte que les mages ne reviendront pas (2.16 : Quand Hérode voit que les sages l’ont trompé, il est très en colère. C’est pourquoi il donne l’ordre de tuer tous les enfants qui ont deux ans ou moins de deux ans, à Bethléem et dans les environs). Pour Hérode, le roi fantoche, la naissance d’un roi légitime, héritier du roi David, est une menace à supprimer.

Du côté des autorités religieuses, le problème n’est pas le même. Ce qu’on remarque chez eux, c’est leur passivité. A l’annonce de la naissance du Messie, ils ont l’air blasé, rappelant les prophéties liées à Bethlehem sans vraiment les prendre au sérieux, laissant repartir les mages sans manifester plus de curiosité, et ne faisant aucune démarche lorsque Hérode donne l’ordre de tuer les enfants potentiels. Leur apathie dénote leur tiédeur spirituelle : ils connaissent les prophéties par cœur, mais elles ne nourrissent pas leur foi, leur espérance. Ils n’attendent pas vraiment le Messie envoyé de Dieu, ils ne scrutent pas les événements pour discerner sa venue, et quand il arrive en la personne de Jésus, ils se retranchent derrière leurs préjugés, partageant l’incrédulité de ceux qui le feront crucifier.

Conclusion

L’épisode de la venue des mages d’Orient auprès du petit enfant nous invite à reconnaître dans l’humble et discrète apparence de Jésus-Christ, qu’il gardera jusque dans sa mort sur la Croix, le Messie du peuple de Dieu, un héritier du roi David, proche de Dieu, promis à une royauté plus que politique, mais universelle et glorieuse, la royauté de Dieu lui-même. La venue de ce roi, que suscite-t-elle chez nous ? Le trouble ? La peur ? L’incrédulité ? L’indifférence ? ou bien la joie et l’allégresse de ceux qui, humblement, s’agenouillent devant le Christ et lui offrent ce qu’ils ont de plus précieux ?




Vivre par la foi: l’exemple d’Abraham (Hé 11.8-19)

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L’auteur donne aux croyants toute une liste d’exemples, dont Abraham est un des plus longs. Il reprend trois événements majeurs dans la vie du patriarche : 1/ en Gn 12, lorsque Dieu appelle Abram, déjà âgé, à quitter sa terre pour aller vivre en pays inconnu, avec la promesse de commencer avec lui une grande nation bénie de Dieu (8-10). 2/ entre Gn 15 et 21, lorsque Dieu promet au couple âgé et stérile la naissance d’un fils qui héritera de la promesse faite à Abram. Après plusieurs années qui usent d’ailleurs la patience de Sara, Isaac finit par naître et réalise ainsi la promesse de Dieu qu’Abraham aurait un fils. (11-12)  3/ en Gn 22, alors qu’Isaac a grandi, Dieu demande à Abraham de lui offrir Isaac en sacrifice de reconnaissance. Abraham part donc avec Isaac et le prépare pour le sacrifice quand au dernier moment, un ange le retient d’aller plus loin et lui fournit une victime appropriée. Au milieu de cette notice biographique, une parenthèse nous plonge dans les motivations des patriarches.

Les récits de la Genèse sont assez sobres et se concentrent surtout sur les faits, très peu sur les projets du patriarche, sur ses motivations, ses espoirs et ses craintes. L’auteur de la lettre aux Hébreux relit l’histoire d’Abraham à la lumière de toute la révélation, et met en valeur les implications de la foi d’Abraham, notamment dans les v.13-16.

Dans ce passage où l’auteur veut encourager les chrétiens à vivre par la foi, à rester fermement attachés au Christ, l’histoire d’Abraham met en valeur (sans être exhaustive) deux dimensions de la foi que nous sommes appelés à vivre nous aussi.

1)   La confiance en Dieu visible dans l’obéissance

La foi peut recevoir différentes définitions : croire que Dieu existe et qu’il est bon envers nous, adhérer à un ensemble de convictions, nourrir une relation avec Dieu (aspect de piété). Ce que notre texte met en valeur, c’est la confiance en Dieu envers et contre tout, alors que le bon sens décourage de suivre Dieu.

A chaque événement de la vie d’Abraham, il y a un sérieux obstacle à suivre Dieu ; on remarque d’ailleurs un crescendo d’obstacles de plus en plus déroutants, qui demandent une confiance de plus en plus grande.

D’abord, Dieu demande à Abram de tout quitter pour un endroit inconnu, et Abram prend sa famille, ses biens, et s’engage dans un long voyage vers le Sud, sans savoir à quoi s’attendre. Il a pour seule garantie une promesse, un peu extravagante d’ailleurs : à travers lui et ses descendants qu’il n’a pas, le monde sera béni. C’est l’obstacle de l’ignorance : Abram se lance dans une aventure qu’il ne maîtrise en rien. Nous, nous aurions sûrement demandé des esquisses du fameux pays, étudié son potentiel, nous aurions demandé à Dieu des garanties pour voir s’il était sérieux et fiable, et nous aurions peut-être pris une assurance en cas d’échec. Abram ne demande aucune garantie : il plonge.

Ensuite, Dieu promet à Abraham un fils avec Sara, sa femme, qui héritera des projets de Dieu. Dieu fait cette promesse à plusieurs reprises à un couple stérile et âgé (notre passage dit : déjà marqué par la mort), et là on passe à l’obstacle de ce qui est possible. Au départ, Sara tente d’adopter un fils, mais non, c’est bien de son ventre stérile que Dieu veut faire naître l’héritier. Quand Abraham comprend ce que Dieu promet, il rit en lui-même, tant l’idée est farfelue. Quand Sara entend à son tour comment l’enfant doit naître, elle aussi exprime son incrédulité en riant. Finalement, un an plus tard, naît Isaac. Vous remarquez que là, Dieu laisse le temps au couple de s’habituer à l’idée ! Même si ce que Dieu promet paraît impossible d’un point de vue humain, Abraham et Sara finissent par lui faire confiance, et ils renoncent à tout plan B.

Enfin, troisième épreuve, cet héritier promis, attendu, chéri, Dieu demande de le lui sacrifier. Au-delà de la tragédie que représente la mort de cet enfant, il y a l’obstacle de l’incohérence de Dieu. Dieu a promis qu’Isaac porterait la promesse de Dieu, sa bénédiction, et qu’à travers lui seul naîtrait la descendance d’Abraham, prélude à une nation aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel ou le sable de la mer. Comment cela peut-il arriver par un mort ? On passe encore un cran dans l’inconnu, dans l’impossible ! Pourtant, face à ce Dieu qui souffle le chaud et le froid, qui semble se contredire, Abraham fait confiance. D’une certaine manière, il sait maintenant que ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu, que ce qui est insensé – en termes de garanties ou de probabilité – aux yeux des hommes n’est pas en dehors des capacités de Dieu. L’auteur de notre passage suppose qu’Abraham a réconcilié le paradoxe en faisant confiance au Dieu de la vie, qui avait déjà fait surgir la vie d’un ventre stérile, et qui pouvait aussi bien faire surgir la vie dans un cadavre.

A chaque fois, Abraham est mis devant des situations impossibles, qui demandent une décision radicale. Il n’y a pas de demi-mesure : on suit ou on ne suit pas ! La confiance en Dieu s’exprime à chaque fois par l’obéissance. Ce n’est pas toujours de gaieté de cœur, ou immédiat (on le voit avec l’incrédulité face à Isaac), mais la foi se concrétise forcément dans l’obéissance. Obéir c’est suivre coûte que coûte le Dieu qui nous appelle, qui nous fait vivre. C’est s’attacher à Dieu, donner plus de réalité à ses promesses et à sa puissance qu’à notre champ de possibilités.

Dans l’obéissance de la foi, nous devons parfois vivre des ruptures, des abandons, des deuils, même s’ils sont moins spectaculaires que le voyage d’Abraham ou le presque sacrifice d’Isaac. Dans l’obéissance de la foi, nous devons aussi accueillir des options apparemment insensées, irrationnelles, parfois effrayantes. La seule raison pour obéir, c’est la connaissance du Dieu vivant. Là on n’est pas dans l’obéissance à des codes, des rituels, mais dans l’attachement à une personne, un attachement qui dépasse tout autre attachement que nous pourrions avoir, la conviction que ce Dieu-là est bon et puissant, et que même si nous avons l’impression de sauter dans le vide, ce Dieu-là va nous rattraper, ce saut est la seule manière de le suivre.

2)   L’espérance dans les promesses de Dieu visible dans la persévérance

La foi est confiance en Dieu, un attachement au Dieu vivant, bon et tout-puissant, qui triomphe de tout autre attachement. Cette confiance en Dieu est aussi marquée par l’espérance dans les promesses de Dieu. La foi est une marche avec Dieu, caractérisée par l’attachement à Dieu, comme si on se tenait à lui, et par une direction, une orientation : le royaume de Dieu, le règne de Dieu où toutes ses promesses s’accompliront parfaitement.

L’auteur aux Hébreux s’appuie sur le fait qu’Abraham a vécu sur la terre promise comme un étranger, comme un résident temporaire. Il ne s’est jamais installé, et il se définit lui-même de cette manière en parlant aux habitants de Canaan. Abraham avait reçu la promesse d’une terre qu’habiterait sa nombreuse descendance : à la fin de sa vie, il achète un tombeau sur cette terre, pour Sara ; ce tombeau est une sorte d’avance dans la possession de ce pays qui ne sera effective que des siècles plus tard. De loin, il voit la réalisation de la promesse d’un pays, ce qui va le motiver à rester toute sa vie un nomade, à vivre dans l’inconfort, sans jamais retourner dans son pays d’origine, sans non plus hâter la réalisation de la promesse. Il sait que Dieu va accomplir ses projets et il s’accroche à ces promesses, sans se chercher de béquilles.

Ce qui étonne un peu dans notre texte, c’est l’idée qu’Abraham et les autres croyants attendaient non pas la possession de Canaan, mais l’établissement du règne parfait de Dieu, la Jérusalem céleste aux fondations bien solides, éternelles. Pour quelqu’un qui n’a pas encore vu la Jérusalem terrestre, l’attente d’une Jérusalem parfaite, céleste, étonne. Là, on est en plein dans la relecture de l’auteur aux Hébreux, dans sa compréhension bien plus tard de ce qui se joue à l’époque d’Abraham.

D’un côté, il s’appuie sur le fait qu’Abraham a toujours gardé le cap des promesses de Dieu, il a supporté tous les inconforts, les incertitudes, parce qu’il savait que Dieu réaliserait sa promesse en son temps. D’un autre côté, la progression de la révélation biblique montre qu’Abraham est le père de tous les croyants, d’abord des israélites puis de tous ceux qui reconnaissent le Messie juif, Jésus, comme leur sauveur. De même, si l’occupation du pays promis est un élément important de la bénédiction divine dans l’AT, elle se révèle décevante puisque le peuple n’arrive pas à rester fidèle à Dieu, et que le pays du peuple élu finit par ressembler fortement aux nations païennes, lorsque le peuple se détourne de Dieu au point de l’oublier presque complètement. Le pays promis est une image imparfaite du Royaume que Dieu établira, un règne de paix et de justice, qui dépasse toutes les tentatives humaines et que nous attendons encore. La connaissance de l’histoire biblique permet à l’auteur de bien comprendre la portée de l’espérance d’Abraham, même si lui-même n’en était pas forcément conscient.

Le point crucial de cette réflexion, c’est que les croyants vivent en étrangers et résidents temporaires sur cette terre, en attendant le royaume de Dieu. Ca implique deux choses : premièrement, une marche persévérante orientée par les promesses de Dieu, une marche marquée par la justice, le pardon, la vérité, l’amour, parce que ces valeurs vont triompher lorsque Dieu établira parfaitement son règne. Alors le croyant ne s’arrête pas en route, il ne satisfait pas de demi-mesures, de demi-accomplissements, de compromis. Il garde les yeux fixés sur la promesse, s’approchant toujours un peu plus du Royaume de Dieu.

Deuxièmement, notre espérance est synonyme d’étrangeté, de décalage. Dans un monde où les orientations de vie sont différentes, celui qui cherche le royaume de Dieu est bien souvent à contre-courant, étranger dans son propre pays, décalé dans ses valeurs, ses actes, son attitude, passant même parfois pour un insensé. Il ne faut pas chercher la différence pour la différence, et Jésus comme Paul invitent à ne pas scandaliser nos contemporains par une attitude choquante. Cela étant, si nous sommes orientés vers le royaume de Dieu, notre vie sera forcément différente, forcément décalée. Ce décalage est inconfortable : il signifie que nous ne sommes pas chez nous ici – ou ailleurs – tant que le christ n’est pas revenu. Il signifie que nous serons forcément frustrés par notre situation, que nous serons en butte à l’incompréhension voire au mépris de ceux qui nous entourent. C’est pour cette raison que l’épître aux hébreux encourage particulièrement à la persévérance : ces difficultés, nos prédécesseurs dans la foi les ont supportées en contemplant les promesses de Dieu. L’étrangeté, la frustration, les souffrances d’aujourd’hui sont éclipsés par la richesse et la splendeur incomparables de ce que Dieu a prévu pour l’éternité.

Conclusion

Les croyants de l’AT ne sont pas parfaits, ce ne sont pas des héros : ils avaient nos faiblesses, nos craintes, notre incrédulité, mais ils connaissaient le Dieu vivant, et ils ont choisi de le suivre coûte que coûte. Ils ne sont pas meilleurs que nous, juste des exemples de ce que produit la relation avec Dieu : une confiance radicale qui s’exprime par une obéissance un peu folle, une espérance ardente qui donne un nouveau sens à notre vie, qui attend l’accomplissement des promesses de Dieu.

Malgré les doutes, les questions, la solitude, malgré la peur et l’inquiétude, les croyants tiennent bon en s’accrochant à Dieu, en le suivant sur cette voie étroite de l’obéissance et de la persévérance. Seulement, nous avons un avantage de taille par rapport à Abraham et aux autres croyants de l’AT : Dieu a déjà réalisé une promesse, celle d’envoyer un sauveur pour les hommes qu’il aime. Ce sauveur est pour nous la preuve de l’amour de Dieu, la preuve que rien n’est impossible au Dieu tout-puissant, la preuve que ses promesses ne sont pas des paroles en l’air mais des certitudes bien plus sûres que tout ce que nous connaissons. Alors faisons nôtre le chemin de foi d’Abraham : suivons notre Dieu avec confiance, marchons vers lui avec persévérance, sans nous laisser détourner ou décourager, en puisant notre force dans tout ce que Dieu a fait pour nous.




Quelle maison pour le Seigneur ?

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Lecture biblique : 2 Samuel 7.1-16

David est roi d’Israël. Son autorité est désormais reconnue… mais ça n’a pas été simple pour en arriver là. D’une manière générale, l’établissement de la royauté en Israël a été assez chaotique.

Après la période des juges, où « chacun faisait ce qui lui semblait bon », le peuple a voulu un roi. Le Seigneur, lui, n’était pas très chaud. C’est lui qui devait être leur roi. Mais la théocratie, c’est une utopie ici-bas. Le cœur de l’homme étant ce qu’il est, ça ne peut pas fonctionner. Alors Israël aura un roi… Mais la première expérience n’est pas vraiment concluante : Saül sera finalement destitué par Dieu. David lui succédera, d’abord en secret, puis sa royauté s’affermira.

Au moment de notre texte, David est à l’apogée de son règne… et il est pris de scrupules ! En effet, il s’est bâti un palais, une belle maison, et Dieu, lui, n’a rien d’autre qu’une tente.

Il s’en ouvre au prophète Nathan, son conseiller. « Tu vois, moi, j’habite une maison en bois de cèdre. Mais le coffre sacré a seulement une tente de toile comme maison. ». Le prophète comprend le sous-entendu. Et il estime que les intentions du roi sont louables. Il l’encourage. Dieu ne peut qu’être d’accord : « Tu as sûrement une idée à ce sujet. Fais ce que tu penses, le SEIGNEUR est avec toi. »

Mais le Seigneur ne l’entend pas de cette oreille. Il se révèle alors à Nathan : il ne veut pas que David lui construise une maison. Il faut le lui dire et le stopper dans ses intentions… Mais pourquoi ?

Dieu n’a pas besoin de maison

Dieu n’a jamais demandé à ce qu’on lui construise un temple ! Il se contente bien d’une tente. Ça lui va bien d’être un Dieu nomade, accompagnant son peuple dans son voyage. Comme lors de la sortie d’Egypte, dans la traversée du désert, ou dans la conquête du pays promis.

D’ailleurs, dans l’épisode du désert, la tente est moins une maison qu’un lieu de rencontre. Dieu guidait son peuple par une nuée le jour et une colonne de feu la nuit. C’est lui qui décidait quand s’arrêter et quand repartir. Et quand le peuple s’arrêtait, on installait la tente en dehors du camp. Il manifestait alors sa présence en mettant la nuée à l’entrée de la tente. C’était le lieu privilégier pour Dieu pour rencontrer Moïse mais aussi pour le peuple d’aller consulter le Seigneur :

« Quand les Israélites installent leur camp, Moïse prend la tente sacrée et il la dresse en dehors du camp, assez loin. On l’appelle « la tente de la rencontre ». Tous ceux qui veulent consulter le SEIGNEUR sortent du camp et ils vont vers cette tente. » (Exode 33.7)

Le Seigneur est plus du genre à planter sa tente où il veut et quand il veut pour rencontrer son peuple qu’à se laisser enfermer entre les quatre murs d’une maison ! Dieu est, fondamentalement, nomade : toujours en mouvement. Il ne se laisse jamais enfermer ou limiter par quoi que ce soit : un temple, une église, un dogme ou une religion…

Et ce Dieu nomade finira par s’incarner en devenant homme. Toujours en mouvement… D’ailleurs, dans le prologue de son évangile, Jean le dit bien :

« La Parole s’est faite chair, et elle a fait sa demeure (littéralement : elle a planté sa tente) parmi nous » (Jean 1.14)

L’incarnation, le Fils de Dieu devenu homme que nous célébrons à Noël, c’est le Dieu nomade qui a planté sa tente parmi nous, pour venir à notre rencontre. Et parce que Dieu est toujours en mouvement, après sa résurrection, le Fils est remonté auprès du Père. Et le Saint-Esprit a été envoyé, pour planter sa tente chez le croyant, pour faire de notre corps le temple de Dieu. Aujourd’hui, nous sommes les temples du Dieu nomade qui chemine avec nous.

C’est Dieu qui va construire une maison à David

La deuxième raison pour laquelle le Seigneur ne veut pas que David lui construise un temple, c’est que c’est lui, le Seigneur, qui va construire une maison à David. Dieu renverse la perspective : « ce n’est pas toi qui va me construire une maison, c’est moi qui vais t’en construire une ». Évidemment ici, on joue sur les mots. La maison dont parle le Seigneur pour David n’a rien à voir avec le palais qu’il s’est fait bâtir, c’est une dynastie. Et Dieu promet qu’elle sera établie pour toujours.

On a vu, à juste titre, une dimension messianique à cette promesse. Elle est, certes, encore voilée. Mais elle se précisera petit à petit, notamment dans le discours des prophètes où le titre « fils de David » finira par devenir un titre messianique, appliqué à Jésus dans le Nouveau Testament. Car en effet, cette dynastie établie pour toujours, ce règne sans fin ne peut que pointer vers Celui qui est venu pour établir le Royaume de Dieu, le Fils de Dieu, Jésus, le Christ.

Il faut tout de même dire qu’un temple sera bien construit finalement pour le Seigneur. Mais selon les conditions fixées par Dieu lui-même : non par David mais par Salomon, son fils, premier représentant de cette dynastie promise.

Et le jour de l’inauguration du temple, il sera bien dit clairement que cette « maison » de Dieu ne peut en aucun cas le contenir. Salomon lui-même le dira dans sa prière :

« Est-ce que Dieu peut vraiment habiter sur la terre ? Le ciel est immense, mais il ne peut pas te contenir, toi, mon Dieu. Et ce temple que j’ai construit est beaucoup trop petit pour toi. » (1 Rois 8.27)

J’aime cette idée de construire un temple, une maison pour Dieu, tout en sachant qu’il sera beaucoup trop petit. Il faut nous en souvenir ! Tous les temples que nous construisons pour Dieu sont trop petits. Nos églises sont trop petites, nos vies sont trop petites, nos théologies sont trop petites. Penser le contraire, c’est succomber à la dérive sectaire, ou l’orgueil spirituel.

Quelle conclusion en tirer ? Dieu accueille ce que nous construisons pour lui. Et comme il a rempli le temple de Salomon de sa gloire, il habite les temples que nous lui offrons. Il habite nos églises et nos vies. Mais ce qui compte avant tout, c’est ce qu’il construit pour nous. C’est son projet pour nos vies et nos églises. C’est son Royaume appelé à croître dans notre cœur, dans nos églises, dans le monde.

Conclusion

Finalement, le projet de David de construire un temple pour le Seigneur a abouti, mais pas comme il le pensait. Les projets de Dieu étaient différents. La construction du temple a juste été différée, et réalisée par Salomon. Mais le grand projet de Dieu a été révélé à David. Celui d’une autre maison, une dynastie, ferment d’un autre royaume, le Royaume de Dieu inauguré par le Messie.

Nous pouvons faire des projets, mais c’est le projet de Dieu qui s’accomplit. Un projet qui n’est pas toujours conforme à ce que nous imaginons. Mais un projet dont la portée dépasse ce que nous pouvons penser. Il ne peut en être autrement de notre Dieu nomade, toujours en mouvement et toujours prêt à planter sa tente pour que nous puissions le rencontrer.