La pratique de l’autorité selon Dieu

 

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Hébreux 13.7
Souvenez-vous de vos responsables qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Regardez comment ils ont fini leur vie et imitez leur foi.

Une fois n’est pas coutume, je vous propose donc ce matin de ne lire qu’un seul verset biblique ! C’est celui qui est proposé pour le 9e critère de Vitalité : la pratique de l’autorité selon Dieu. Un critère qui parle en fait du rôle des responsables dans l’Église.

Notre verset s’insère dans une série d’exhortations sur la vie dans l’Église, où on trouve des appels à l’hospitalité, à la solidarité, au respect du mariage, au contentement, à la vigilance. Et parmi toutes ces exhortations, il y a notre verset, qui se suffit à lui-même : imitez la foi de vos responsables.

La même idée se retrouve à plusieurs reprises sous la plume de l’apôtre Paul, qui le dit à propos de lui-même : « Soyez mes imitateurs », dit-il aux Corinthiens et aux Philippiens (1 Co 4.16, Ph 3.17). Et il précise en 1 Co 11.1 : « Imitez-moi, comme moi j’imite le Christ. ». Bien-sûr, le modèle, c’est le Christ. Mais il n’en demeure pas moins que l’exhortation à l’imitation des responsables demeure…

Comment la comprendre aujourd’hui ?

 

Imiter

C’est incontournable, qu’on le veuille ou non. Dans notre cheminement spirituel, on est tous influencé par des personnes qui nous ont marqué ou impressionné. Des parents, des grand-parents, des anciens dans l’église, des pasteurs, des missionnaires… Des gens qu’on prend comme modèle, des exemples en raison de leur foi, leur vie spirituelle, leur engagement, leur amour pour le prochain…

Et on a tous voulu, consciemment ou non, les imiter. Prier comme eux. Prêcher comme eux. Témoigner comme eux. S’engager comme eux. Et ça nous permet d’avancer. Ensuite, on se l’approprie, on le vit à notre façon, avec notre personnalité et nos dons. Et ça devient quelque chose d’autre. Pas forcément mieux ou moins bien. Différent. Mais inspiré par les exemples suivis.

Le risque, bien-sûr, c’est d’idéaliser les modèles. Et si on le fait, un jour ou l’autre on tombe de haut. Parce que le seul modèle parfait est le Christ. Tous les autres ont leurs limites et leurs failles. Mais le processus d’imitation est normal et légitime. Il est même encouragé dans notre verset, et ailleurs par l’apôtre Paul.

Pourquoi ? Parce que l’Église n’est pas un club auquel on adhère sur la base d’une confession de foi. C’est une communauté vivante, dans laquelle on s’efforce de vivre l’Évangile. Et l’Évangile est une bonne nouvelle à incarner. D’où la logique d’imitation…

 

Être un disciple

En fait, il me semble que cela se rapproche assez de la notion de discipulat. Que fait un disciple sinon de suivre l’exemple de son maître ?

Le modèle est laissé par Jésus. Il a lui-même choisi un groupe de disciples. Et avant de les quitter il les a appelé à leur tour à aller dans le monde et « faire de toutes les nations des disciples ». Pas des disciples des apôtres, pas des disciples d’une religion ou d’une Église. Des disciples du Christ : « Enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit. »

On ne peut pas faire des disciples en ne transmettant qu’un message. Il faut aussi s’investir dans la relation et montrer l’exemple. Devenir disciple du Christ, c’est s’engager dans un long apprentissage. Il ne suffit pas de signer un déclaration de foi et de se faire baptiser pour grandir spirituellement. Nous avons besoin de l’aide des autres, que le Seigneur utilise pour notre croissance spirituelle. Des exemples, des modèles, qui nous aide à nous rapprocher du modèle suprême du Christ.

Voilà le type de relation que nous devrions développer dans l’Église. Des relations d’apprentissage mutuel. Où chacun peut profiter de l’expérience et de la sagesses des plus anciens. Où on parle, on prie, on discute, on apprend ensemble. Dans une relation de un à un. Dans des structures plus intimes comme les groupes de partage.

Bref, être vraiment une communauté de disciples !

 

Être un modèle

Du coup, il faut aussi considérer la question par l’autre bout de la lorgnette. Du côté des modèles. Nous sommes aussi appelés à devenir des modèles à imiter.

La question est forcément plus sensible pour ceux qui sont en poste de responsabilité dans l’Église. Les pasteurs, les responsables d’Eglise. Mais c’est vrai aussi pour les plus anciens, les plus expérimentés. Et d’une certaine façon, nous sommes tous concernés un jour ou l’autre.

Il est important d’être conscient de cela. Nos actes, nos paroles, notre façon de vivre notre foi et de se mettre au service des autres, tout cela a de l’importance. Car on a autour de nous des gens qui peuvent nous prendre pour modèle.

Redisons-le, le modèle n’est pas Paul ou n’importe quel leader spirituel. Le modèle demeure le Christ et le Christ seul. D’ailleurs immédiatement après notre verset l’auteur de l’épître aux Hébreux affirme : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour toujours. » (Hébreux 13.8)

Être un modèle, c’est refléter le Christ ! Dans l’Église, on est un bon modèle quand on sert le Christ pas quand on se sert soi-même, pour asseoir son autorité, défendre sa place ou ses privilèges, accentuer son pouvoir…

 

Dans la confiance et le respect

Evoquer la tâche des responsables de l’Église sous l’angle du discipulat ou de l’imitation permet de souligner la dimension éminemment relationnelle de la tâche.

Être en poste de responsabilité dans l’Église, ce n’est pas occuper une place à préserver, un pouvoir à entretenir, un privilège à garder jalousement. Et respecter l’autorité des responsables, ce n’est pas se soumettre aveuglément ou au contraire se méfier systématiquement.

Ce qui compte finalement, c’est la qualité des relations, dans la confiance et le respect, où on reconnaît à chacun sa place et son ministère. Avouons-le : nous autres français, on a souvent du mal avec ça. On se méfie des autorités en place, on est plus doué pour la suspicion que pour la confiance…

Alors réentendons cette exhortation : « Souvenez-vous de vos responsables qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Regardez comment ils ont fini leur vie et imitez leur foi. »

 

Conclusion

L’enjeu de ce critère de vitalité est lié aux responsables de l’Église. Mais pas pour dire que tout dépend d’eux. Pour souligner que beaucoup dépend de la relation entre les responsables et les membres : basée sur une confiance réciproque. Et plus largement, de la qualité des relations dans l’Église, de notre capacité à apprendre et recevoir les uns des autres.

Jésus lui-même a montré l’exemple en choisissant et en formant un groupe de disciples, en les envoyant faire à leur tour des disciples. C’est ainsi que l’Église est née ! Disciples à la suite des disciples, nous sommes appelés à vivre dans cette relation, tantôt modèle, tantôt imitateur, dans la confiance et le respect mutuel.

C’est ainsi que nous grandirons ensemble, spirituellement. Et que nous pourrons nous rapprocher de notre modèle suprême : Jésus-Christ.




Une vie caractérisée par la générosité et le don de soi

Critère Vitalité n°8

Lecture biblique: Romains 12.1-8

« Je vous invite donc, frères… » Donc. L’apôtre Paul a consacré les 11 premiers chapitres de sa lettre aux questions théologiques liées au salut : qui est sauvé, de quoi, comment, sur quels critères, pour combien de temps etc. Après avoir exposé les grandes lignes de l’évangile, bonne nouvelle d’un salut offert gracieusement à toute personne qui ose croire en Jésus-Christ, Paul s’attache à partir de maintenant à dégager les implications pratiques, concrètes, du salut que nous recevons en Jésus-Christ. Il affirme d’abord un principe très général, puis montre comment ce principe s’applique aux différents domaines de notre vie – en commençant par la vie communautaire, en église. Je vous propose de simplement suivre les étapes du texte qui nous exhortent à une vie généreuse, caractérisée par le don de soi.

1)   S’offrir à Dieu par gratitude

Commençons par le commencement : le principe général de la vie chrétienne (diapo). Paul nous appelle à nous offrir à Dieu, comme un sacrifice. Cette expression résonne de manière étrange à nos oreilles : s’agirait-il de se sacrifier pour Dieu ? Non, bien sûr. C’est le Christ qui s’est sacrifié pour nous !

Mais alors de quoi Paul parle-t-il ? Il utilise le vocabulaire du sacrifice parce que c’est l’élément religieux qui domine à son époque : quand on pense relation avec Dieu, foi, religion, on pense systématiquement sacrifice. Paul s’adresse donc aux Romains dans cette ligne de pensée : si la relation avec Dieu équivaut à des sacrifices d’animaux, quelle est la nouveauté que l’Evangile apporte ? La nouveauté, c’est qu’il est désormais inutile d’offrir quelque chose à Dieu pour demander pardon : le Christ a porté nos fautes et obtenu le pardon en notre faveur. Par contre, une forme de sacrifice, que nous oublions souvent, mais très présente dans l’A.T., c’est l’offrande, le sacrifice de reconnaissance, le cadeau que l’on offre à Dieu avec adoration et gratitude. Et ce type de « sacrifices » reste valable aujourd’hui : manifester notre amour à Dieu par un cadeau, par l’offrande.

Que faut-il offrir en cadeau ? Un beau mouton ? Un parfum de luxe ? Une voiture ? Bien plus et bien mieux : nous-mêmes ! Nous-mêmes, dans toutes nos dimensions : notre corps et notre esprit. Notre corps ne veut pas dire nos cellules, notre ADN, notre chair – il s’agit plutôt de ce qui est visible, concret, en relation avec l’extérieur. C’est nos mains, dans ce qu’elles font, nos yeux dans le regard qu’ils portent, nos pieds, avec les directions que nous empruntons, notre bouche et nos paroles, nos oreilles et l’attention que nous apportons aux autres. C’est la dimension concrète, ordinaire, triviale : voilà ce que Dieu désire comme cadeau, une vie quotidienne qui lui fasse honneur. C’est ça le culte authentique, dit Paul, un culte qui s’exprime de manière particulière dans nos rassemblements communautaires, mais qui doit surtout se vivre au quotidien, chaque jour, chaque heure : des gestes d’amour, des paroles vraies et justes, un regard bienveillant, voilà la meilleure manière d’exprimer à Dieu notre amour pour lui.

Sauf que notre manière de vivre ne vient pas de nulle part, mais de ce petit monde invisible où s’entremêlent les désirs, volontés, valeurs, convictions, doutes, pensées, qui vont déboucher sur des paroles et des actes concrets. Les fruits beaux et bons et sains que nous offrons à Dieu, demandent que les racines de l’arbre que nous sommes soient elles aussi belles, et bonnes, et saines. Mais si nous sommes honnêtes, nous reconnaissons que les racines de nos pensées, de nos sentiments, font rarement honneur à Dieu – à cause du mal qui nous corrompt de l’intérieur et nous influence de l’extérieur. D’où la nécessité de se tourner résolument vers Dieu pour qu’il nous libère peu à peu de ces mauvaises influences, qu’il nous renouvelle en profondeur afin que nous devenions capables de lui offrir le meilleur de nous-mêmes.

Jésus-Christ, Dieu devenu homme, s’est donné pour nous sauver – c’est la grâce, l’amour généreux de Dieu qui nous accueille sans que nous ne méritions quoi que ce soit. Notre réponse, c’est la gratitude : nous offrons à Dieu cette nouvelle vie qu’il nous a donnée, pour qu’il y fasse grandir ce qui est bon, agréable, et parfait.

2)   Appelés à nous bénir les uns les autres   

Dieu est généreux envers nous, et il nous appelle à être nous-mêmes généreux envers ceux qui nous entourent – dès la Création, Dieu nous veut pleins d’amour pour lui et pour les autres. Il est du coup très logique que Paul passe du principe général de la vie chrétienne – s’offrir à Dieu – à la vie communautaire – la générosité envers les autres. Un des aspects de notre vocation humaine, c’est de nous faire du bien les uns aux autres, de nous bénir les uns les autres (diapo). Dieu nous donne des ressources, des talents, des possibilités, des dons, pas seulement pour nous épanouir ou réaliser notre potentiel, mais aussi et surtout pour faire du bien aux autres.

Nous avons tous cette vocation à bénir les autres. Tous, nous recevons de Dieu de quoi aimer concrètement, bénir, ceux qui nous entourent. Comme dans un corps où chaque membre est utile aux autres, à l’échelle locale ou universelle, chacun a sa place et ses dons pour faire du bien à d’autres membres. C’est peut-être une qualité d’écoute,  qui conduira à faire des visites, prier, s’investir dans des aumôneries, encourager et conseiller ; c’est peut-être une facilité à tisser des liens, qui conduira à l’hospitalité, l’accueil, l’animation ; c’est peut-être des connaissances qui pousseront à enseigner – au culte, aux enfants, dans les groupes ; ce sont aussi des savoir-faire qui aideront l’église à fonctionner de manière très concrète – un culte sans sono, un local sale, ou des offrandes mal gérées, et la vie d’église s’enraye très vite ! Ce peut être aussi une disponibilité, une attention envers les autres, qui poussera à simplement rendre service par de petits gestes qui changent tout !

Tous nous avons quelque chose à donner aux autres – peut-être qu’on peut imaginer les dons de Dieu non pas uniquement comme des choses qu’il nous donne, mais comme des choses qu’il nous appelle à donner aux autres : de cette manière il nous implique, il nous rend partenaires de sa grâce et de sa générosité.

Parfois, on cumule des dons, parfois aussi on change ! Tout n’est pas figé ! Avec le temps, l’expérience, l’évolution de notre personnalité, nos ressources changent et nous pouvons servir les autres de manière différente…

De ce fait, une église saine, c’est une église qui accueille les différents dons et sait être patiente… Patiente pour aider chacun à discerner comment il peut servir – car la liste de nos ressources ne s’imprime pas magiquement lorsque nous devenons croyants ; patiente aussi pour tolérer les flottements inévitables dans ce discernement : en effet, pour discerner il faut parfois tester et parfois on se rend compte que tel rôle n’est vraiment pas fait pour nous ! D’ailleurs, même pour les services qui correspondent à nos dons, il faudra un temps d’apprentissage – ça paraît évident, mais notre peur de l’échec ou de déshonorer Dieu avec un service mal rendu nous fait parfois reculer et tout arrêter, alors qu’avec un peu de persévérance, les erreurs de débutant se seraient vite estompées !

Comment considérer ces dons, ces services, ces rôles ? Paul donne une recommandation qui peut surprendre : ne soyez pas prétentieux, mais tendez à une sage appréciation de vous-mêmes. Il s’agit de s’évaluer soi-même avec sagesse, à la mesure de la foi – ce qu’on peut comprendre par : à la mesure de l’évangile dans lequel nous croyons, qui dit que nous sommes tous également bénéficiaires de la même grâce de Dieu, égaux devant lui. Du coup, nos dons ne jouent pas sur notre valeur, comme si nous étions mieux les uns que les autres, mais nous sommes tous bénéficiaires de la même grâce qui va ensuite se manifester de différentes façons, toutes désirées et voulues par Dieu.

3)   Le don de soi : de multiples dons, une même consécration

Passons donc aux exemples de dons que Paul cite. Dans le N.T., plusieurs « listes » de dons apparaissent, mais sans se recouper exactement. Chacune a sa particularité sans être exhaustive. Ici, Paul se concentre sur la prophétie, prise de parole au nom de Dieu pour les gens aujourd’hui – sous la forme d’une révélation, ou simplement d’un conseil, parfois dans une présidence ou une prédication… C’est différent de l’enseignement, qui pourrait être le même partout et qui restitue les données bibliques ; différent aussi de l’encouragement qui ne révèle pas nécessairement quelque chose mais qui console, réconforte, ranime celui à qui nous parlons. Ce sont les dons de la parole ; Paul cite aussi et surtout les dons liés au service mutuel dans l’église : la libéralité financière, la prise de responsabilités, l’entraide…

Ces dons ont deux points communs. Le premier, c’est qu’ils demandent de la générosité, en particulier dans les deux biens qui sont précieux aujourd’hui : l’argent et le temps. Venir en aide à ceux qui se trouvent dans le besoin, soutenir les projets (parcours Alpha, activités des jeunes, musique…), demandent des ressources financières, mais aussi du temps ! Tout comme animer le culte, préparer les groupes d’enfants, venir en semaine faire le ménage, siéger au conseil ou se former pour mieux servir. Certains ont à cœur de partager leurs richesses, donnant de ce que Dieu leur a donné – et c’est une grâce ! D’autres auront du temps : je pense à nos retraités qui sont souvent bien actifs ! Mais aussi aux temps de repos forcé : grand âge, maladie, chômage… Ce temps subitement disponible peut momentanément permettre de s’investir – j’entendais un pasteur prier avec reconnaissance pour les personnes âgées qui ne se déplacent plus mais qui prient pour l’église, pour les jeunes : c’est une magnifique façon de bénir les autres !

L’autre point commun de ces dons, c’est la consécration, le sérieux et la joie. Peu importe le don ou le service, pourvu que ce soit d’une manière qui honore Dieu ! Si chacun contribue à l’ensemble du corps, il est essentiel que chaque membre, chaque cellule du corps, fonctionne bien. Dans ce domaine, ce qui nous motive, ce n’est pas l’appréciation d’autrui, mais la joie de Dieu lorsqu’il nous voit participer à ses projets bienfaisants.

Conclusion

La boucle est bouclée : l’évangile nous proclame l’amour de Dieu – notre réponse, c’est la gratitude, le don de nous-mêmes. La générosité est incontournable dans la vie chrétienne, parce que Dieu a été généreux envers nous. Sa générosité est notre raison d’être, la source et le modèle de notre vie nouvelle. Tous, nous sommes concernés par cet appel à la générosité : d’abord dans notre attitude d’amour et de patience, de bienveillance, ensuite par nos ressources (offrande de nos biens, de nos talents, de notre temps…), parce que Dieu nous rend – quel honneur ! – partenaires de son œuvre de bénédiction, partenaires de sa grâce.




Un culte édifiant et enthousiaste

 

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Lecture biblique : Jean 4.19-24

Une des préoccupations de la femme Samaritaine, une fois avoir reconnu en Jésus un prophète (pas encore comme le Messie…), est la question du culte, de l’adoration. C’était un vrai désaccord entre les Juifs et les Samaritains : où fallait-il adorer Dieu ? Les Samaritains sont issus d’un mélange au VIIIe siècle avant Jésus-Christ entre des Israélites qui n’avaient pas été exilés au moment de l’invasion assyrienne et d’autres peuples ayant colonisé cette région. Ils ont gardé leur propre culte, qui perdure d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui, et leur montagne sacré est le mont Garizim. Qui avait donc raison ? Fallait-il adorer Dieu sur le mont Garizim ou à Jérusalem ?

Bien que soulignant la prééminence de la tradition juive – « le salut vient des Juifs » – Jésus ouvre de nouvelles perspectives. Le moment est venue de se recentrer sur l’essentiel. Or l’essentiel, ce n’est pas le lieu mais la façon d’adorer Dieu. Peu importe que ce soit à Garizim ou à Jérusalem, en Samarie ou en Judée, dans un temple, une église, une maison ou ailleurs. Ce qui compte, c’est que ce soit une adoration « en esprit et en vérité. »
1. En esprit et en vérité

Quel est le sens de cette expression ?

Pour le mot « esprit », selon les versions françaises on peut trouver « Esprit » ou « esprit ». Il n’y a pas de majuscule ou de minuscule dans le texte grec original. Si on traduit « Esprit » alors c’est le Saint-Esprit. Si on traduit « esprit » alors c’est l’esprit du croyant.

Si on comprend « en Esprit » alors on souligne la nécessité de l’action du Saint-Esprit pour une vraie adoration. Si on comprend « en esprit », on souligne la préoccupation intérieure plus qu’extérieure. Le culte authentique est une affaire de cœur et non de lieu. Ou plus précisément, le lieu de l’adoration n’est pas le temple ou l’église mais l’esprit du croyant. Là, justement, où le Saint-Esprit agit. Et du coup, les deux options se rejoignent…

Quant à la « vérité », dans cette expression, que désigne-t-elle ? Une adoration en vérité pourrait être une adoration authentique et sincère. Une adoration qui n’est pas feinte ou superficielle mais qui prend racine dans le cœur, qui traduit dans les prières, les chants et les paroles dites, la réalité du cœur.

La version Parole de Vie traduit par une périphrase : « Comme le Fils l’a montré. », c’est-à-dire conformément à la vérité du Christ, à son exemple et selon ses enseignements. Du coup, d’une certaine façon, on rejoint aussi l’idée d’authenticité, dans la mesure où Jésus invite les croyants à purifier leur cœur pour porter du bon fruit, à la gloire de Dieu.

Le critère de Vitalité parle d’un culte édifiant et enthousiaste. A l’origine, en anglais, il est question de « Heartfelt worship » : une adoration sincère, qui vient du cœur. Ce qui compte dans un culte, c’est ce qui se passe à l’intérieur, ce qui vient de l’intérieur. L’extérieur n’a aucun intérêt s’il ne traduit pas une réalité intérieure. C’est bien une adoration en esprit et en vérité…

Du coup, osons nous poser la question : nos cultes du dimanche matin sont-ils vécus « en esprit et en vérité » ?
2. Les acteurs du culte

Tous les acteurs d’un culte sont concernés par cette question. Un culte sera vraiment édifiant et enthousiaste si tous ses acteurs le vivent en esprit et en vérité ! Or, il y a trois acteurs incontournables d’un culte.

a. Le SEIGNEUR

Le premier acteur d’un culte, c’est le Seigneur lui-même ! Ce n’est ni le lieu ni le moment qui compte mais la présence et l’action du Saint-Esprit.

Dans ce cas, on pourrait comprendre l’expression avec deux majuscules : « en Esprit et en Vérité ». L’Esprit fait référence au Saint-Esprit, et la Vérité au Christ ! L’adoration est toujours de l’ordre de la réponse à l’oeuvre de Dieu. Le but ultime de nos cultes ne doit pas être de passer un bon moment, d’être touchés ou transportés, ni même peut-être d’être édifié ou encouragé mais bel et bien de glorifier Dieu.

De plus, Dieu n’est pas que spectateur de notre adoration ! Il s’y implique, il la suscite et l’anime par son Esprit, il y répond par sa présence et sa bénédiction. Rien d’automatique ou de magique dans tout cela. Simplement, l’expression de la relation que le Seigneur entretient avec son Église, le Père avec ses enfants.

Sans la présence active du Seigneur, un culte n’est qu’une réunion comme une autre, où on chante et on parle ! C’est tout…

b. Les officiants

Ensuite, il y a ceux qui ont une responsabilité particulière dans le déroulement d’un culte. On pourrait les appeler les officiants. Et il ne faut pas penser ici seulement au président de culte et au prédicateur ! Il y a les musiciens, les techniciens, l’équipe d’accueil, de préparation de la Cène, etc. On pourrait même y ajouter ceux qui font le ménage et permettent ainsi au culte de se dérouler dans un temple propre. Bref, on parle de tous ceux qui se mettent au service de la communauté pour le bon déroulement d’un culte.

Pour ces acteurs aussi, il est important qu’ils agissent « en esprit et en vérité », autrement dit, avec un esprit de service authentique et un souci spirituel.

En effet, chacune de ces tâches, même les plus discrètes et les plus matérielles, sont des tâches spirituelles. Parce qu’elles permettent à l’Église de rendre un culte à Dieu. Parce qu’elles sont au service de la communauté. Le mot liturgie vient d’un terme grec qui signifie, étymologiquement, service public. Le mot étant utilisé dans la version grecque ancienne de l’Ancien Testament pour désigner le service au Temple, dans tous ses aspects.

Il y a aussi un danger, pour toutes ces tâches, de les exercer sans cet état d’esprit. Y compris les tâches les plus spirituelles en apparence : jouer d’un instrument ou chanter comme on le ferait dans sa salle de bain, bâcler la préparation d’une présidence de culte, préparer mécaniquement une prédication et la délivrer en ne comptant que sur ses talents oratoires. On n’est plus alors « en esprit et en vérité » !

c. L’assemblée

Enfin, dernier acteur incontournable d’un culte : l’assemblée. On pourrait aussi parler de l’Église. J’utilise le mot assemblée, qui a exactement la même signification mais qui souligne la dimension humaine. On ne parle pas de l’institution mais des gens, des croyants rassemblés. Et c’est bien une assemblée, pas seulement une audience, encore moins un public !

Un culte ne sera un culte « en esprit et en vérité » que si l’assemblée n’est pas seulement consommatrice mais actrice. Il faut une assemblée active et non passive. Active dans l’écoute, active dans la prière et le chant, active dans la communion. Quand on dirige un culte ou qu’on apporte une prédication, on sent si l’assemblée est active ou passive…

Or l’enjeu, ce n’est pas de faire plaisir au prédicateur pour qu’il se sente écouté mais bien d’être réceptif à l’action de Dieu par son Esprit !
3. Le test de l’envie

Avant de conclure, encore une question. Parler d’une adoration qui vient du cœur comme un signe de vitalité d’une Église peut paraître suspect à certains. N’est-ce pas donner trop d’importance à l’émotion, à la perception subjective ?

Ce n’est certes pas le seul critère mais pourquoi le laisser de côté ? Lorsque Jésus dit à la femme Samaritaine que le culte désormais doit se vivre « en esprit et en vérité », que l’essentiel se joue à l’intérieur, dans le cœur, il parle aussi de cette perception subjective.

Peut-être alors pouvons-nous, chacun, nous soumettre au test de l’envie…

– A la fin d’un culte, est-ce que vous avez envie de revenir la semaine suivante ?
– Est-ce que vous avez envie d’inviter vos amis intéressés ou en recherche à venir au culte ?
– Et le test peut-être le plus redoutable : le dimanche matin, quand le réveil sonne, est-ce que vous avez envie de vous lever pour aller au culte ?

Bien-sûr, cette envie, elle peut varier selon les circonstances de notre vie. Il y a des hauts et des bas. Inutile de se culpabiliser à l’excès. Mais si l’envie vous manque, au lieu de baisser les bras ou d’essayer d’aller voir ailleurs, pourquoi ne pas voir comment vous pourriez mieux vous impliquer, trouver un lieu de service, renouveler votre motivation ? Pourquoi ne pas prier pour tous ceux qui prennent part d’une manière ou d’une autre au déroulement du culte ?
Conclusion

Si nous fréquentons une Église, c’est que nous avons envie de vivre un culte édifiant et enthousiaste. Sinon, nous resterions au lit le dimanche matin !

Mais, avouons-le, nous n’avons pas forcément ce sentiment tous les dimanches… Mais à qui la faute ? En tout cas, un des acteurs du culte n’est jamais responsable, et c’est le premier d’entre eux : le Seigneur. Lui, il est toujours prêt à s’impliquer à fond, par son Esprit.

Ce sont les autres acteurs qui peuvent faire obstacle : les acteurs visibles ou les acteurs discrets, ceux qui sont debout sur l’estrade ou ceux qui sont assis sur les chaises. Car nous tous, nous sommes acteurs de nos cultes. Nous tous, nous sommes appelés par Jésus-Christ à adorer Dieu « en esprit et en vérité ».

Alors comment, chacun, accomplissons-nous notre part ?




A la rencontre de Dieu

Lecture biblique: Jean 2.1-11

Pour un signe étonnant, c’en est un ! Et pas seulement parce que Jésus a transformé une grande quantité d’eau en vin, mais aussi parce que cette histoire de fête où l’on manque d’alcool est un drôle de début pour un Messie ! Revenons quelques instants à cette histoire, pour bien s’en imprégner.

Nous sommes à Cana, pas très loin de Nazareth, le village où a grandi Jésus. On célèbre un mariage, et comme le veut l’usage, les familles des mariés ont invité le maximum de gens, peut-être même le village entier, pour cette fête qui dure une semaine. Marie, la mère de Jésus, est déjà là, peut-être même  qu’elle aide un peu en cuisine ou à l’organisation du service. Jésus, qui est dans le coin, est lui aussi invité, accompagné de ses tout premiers élèves, les disciples.

La fête bat son plein, mais arrive le drame : plus de vin ! Un mariage sans vin, ça ne se fait pas… En ramenant à des proportions modernes bien plus modestes, c’est comme si vous invitiez 200 personnes au repas de mariage et que vous ne serviez que 20 parts… C’est la honte assurée ! Sauf que là, tout le village est aux premières loges pour constater le problème et en parler, parler, reparler pendant les 20 ans à venir – si ce n’est plus !

Marie se tourne vers Jésus pour lui confier la situation : derrière le constat – il n’y a plus de vin – se cache une demande, un appel à l’aide. Jésus saisit bien la demande cachée, mais ça le gêne. La traduction que j’ai lue dit « Mère », mais le sens du texte original est moins chaleureux : poli mais distant, on pourrait le rendre par « Madame ». « Madame, qu’est-ce que vous me voulez ? le moment n’est pas venu ».

On pourrait en rester là, et exposer ce pauvre couple au scandale ! Seulement, Jésus se laisse émouvoir par la situation. Et le miracle arrive : des serviteurs, à la demande de Jésus, remplissent six jarres d’au moins 100 litres chacune, vont voir le responsable de la soirée, qui n’est au courant de rien et déguste à l’aveugle l’eau transformée en vin. Surprise, ce vin-là est bien meilleur que le vin proposé en début de soirée… Tout est bien qui finit bien, la crise a été évitée, et Jésus et son entourage repartent presque inaperçus.

1)   De l’eau au vin : l’image de la grâce

Une des choses étonnantes, c’est que le miracle n’occupe pas la première place. En fait, Jésus n’a pas trop envie, le miracle est à peine décrit, juste ce qu’il faut pour qu’on sache qu’il a eu lieu, et presque personne n’en est témoin, à part les disciples, Marie et quelques serviteurs – comme si l’intérêt de cette histoire était ailleurs.

En fait, Jean qualifie cet événement de « signe » et non de miracle, marquant par là que l’important, c’est le sens de ce qui vient de se passer, la portée symbolique de ce que Jésus vient de faire : il annonce la grâce de Dieu.

Jésus s’est servi de 6 grosses jarres, des jarres destinées normalement aux ablutions rituelles pour se purifier, par exemple avant le repas. Ces jarres et l’eau qu’elles contiennent renvoient au système de purification de la religion juive, et si on veut aller plus loin, elles symbolisent tout le code religieux qui permet aux Juifs de vivre en accord avec Dieu : purifications, mais aussi offrandes, sacrifices, rituels etc. Jésus transforme l’eau de la purification en vin, symbole de fête, de joie, d’abondance (d’autant que 600 litres, ça fait quand même 800 bouteilles, de quoi combler plus que largement le manque de vin) ; ainsi, Jésus annonce une nouvelle manière de vivre avec Dieu – là c’est juste en germe, mais les enseignements qu’il donne ensuite vont expliciter ce message, cette bonne nouvelle, que Jésus apporte : réjouissez-vous, Dieu vous invite à partager sa vie, sa joie, son salut.

Comment est-il possible d’annoncer que Dieu, le Créateur, le Tout-puissant, le grand sage et le grand juge, nous invite à partager son intimité, nous offre son amour et sa bénédiction, alors que nous ne sommes pas vraiment exemplaires ? Pour approcher quelqu’un comme lui, il faudrait être irréprochable ! C’est le sens de toutes ces règles religieuses : tendre à l’irréprochabilité pour approcher celui qui est lumière pure, bien incarné, vérité et justice.

Ce qui nous permet d’approcher Dieu et de recevoir sa joie, c’est le fameux « moment » que Jésus évoque de manière mystérieuse. Son moment – dans d’autres traductions, l’heure – n’est pas encore venu. Ce qui permet de passer d’une vie de coupable essayant tant bien que mal de se racheter à une vie libre avec Dieu, débordante de son amour et de présence, c’est la Croix, la Croix qui se dessine déjà pour Jésus à la noce. En mourant sur la croix, après avoir vécu une vie irréprochable, Jésus assume en notre nom tous les reproches que nous méritons, toutes les transgressions qui nous rendent indignes de Dieu, pour que, si nous le croyons, si nous avons simplement foi, nous soyons déclarés justes, innocents, dignes de vivre avec ce Dieu si grand et merveilleux. Il nous permet ainsi de passer de l’eau au vin, de passer à une vie transfigurée, renouvelée, pétillante, une vie remplie de la joie de Dieu.

Marie n’avait sûrement pas compris la portée de ce qu’elle demandait : devenir bénéficiaire de l’amour débordant de Dieu a un prix, et ce prix, Jésus savait bien, lui, qu’il allait devoir le payer. En agissant malgré tout, comme pour tous les miracles et bienfaits à venir, Jésus agit par anticipation, rendant disponible une grâce que la Croix seule rend possible.

2)   Invités à la foi

Cette image des jarres remplies à ras bord nous suggère l’abondance de la vie avec Dieu, offerte à la foi. Et c’est justement ces questions de foi qui intéressent l’apôtre Jean, au moins autant que le miracle lui-même.

Jean prend le temps de s’arrêter sur le dialogue entre Jésus et sa mère, point de départ du miracle. Marie vient voir son fils, inquiète, et lui demande de l’aide. Sait-elle seulement ce qu’elle demande ? Il y a peut-être derrière sa démarche le souvenir de la naissance miraculeuse de Jésus, 30 ans plus tôt, la promesse de l’ange que cet enfant serait l’espoir, le sauveur du peuple… Peut-être l’invite-t-elle, en sa qualité de mère, à passer à la vitesse supérieure : « tu es le messie, vas-y, rends-toi utile ! » D’autant que Jésus vient de passer un cap, en recevant le baptême et en choisissant des disciples.

Seulement, Jésus résiste. Justement parce qu’il vient de se mettre au travail, il est sorti du cadre de l’autorité humaine : c’est auprès de son Père céleste, Dieu, qu’il veut puiser son inspiration, ses initiatives… La distance qu’il prend avec sa mère protège sa liberté d’action, inspirée par Dieu seul. Malgré tout, malgré cette rebuffade qui permet à Jésus de se dégager des attentes et de l’empiètement de sa mère pour s’affirmer pleinement, malgré tout, Jésus se laisse émouvoir par le besoin de ces mariés, par leur désarroi possible, et répond à sa manière à la demande de sa mère, donnant, nous l’avons vu, à son acte une portée bien plus grande que le simple réapprovisionnement en vin.

Marie est venue à Jésus avec son autorité de mère, avec ses attentes, ses besoins, ses hypothèses sur le rôle de son fils… Elle nous ressemble ! Certes, nous n’avons pas donné naissance à Jésus, mais nous allons nous aussi à la rencontre de Dieu souvent mus par un besoin, une question, un doute… et parfois nous imaginons d’avance la réponse que nous souhaitons : je suis malade, il me guérira s’il est Dieu ! je serai toujours heureuse… Si Dieu existe, il me montrera ceci ou cela, il permettra ceci ou cela…

Pourtant, dans le cas de Marie comme dans le nôtre, même si nous venons à Dieu avec nos questions et nos attentes, notre vision des choses, lorsque nous rencontrons Dieu il nous faut être prêts à nous laisser bouger, déplacer, réorienter, à changer de perspective, pour recevoir de lui ce que nous n’avions pas demandé, mais qui est notre véritable besoin. Le Christ est venu guérir, consoler, aider, encourager, enseigner – et bien plus ! bien plus profondément, il est venu nous offrir une relation nouvelle avec Dieu, racine d’une vie nouvelle, où tout est possible. Marie, entendant la voix de son sauveur dans le timbre de son fils, se réajuste et croit, acceptant de suivre le Christ là où il veut l’emmener.

Conclusion

Dans ce texte, il y a plusieurs personnages. Certains voient, d’autres non ; certains croient, d’autres non. Pour tous, le miracle a de quoi surprendre – même celui qui n’a rien vu est surpris : le vin est excellent !

En Christ, Dieu échappe à notre maîtrise, il nous surprend, nous étonne, et en même temps il nous rencontre au plus intime de notre vie. Par un autre biais, il vient nous toucher en plein cœur : là où nous suivons des règles ou des principes un peu poussiéreux, là où nous exprimons des attentes étroites, il nous fait la grâce d’une joie débordante, abondante, inépuisable. Par ce signe, Jésus annonce cette bonne nouvelle : Dieu nous aime, Dieu nous invite à partager sa vie, à entrer dans une relation neuve avec lui, pour nous renouveler et nous transfigurer, sans rien nous demander d’autre que la foi.




Entre la grâce et la gloire

https://soundcloud.com/eel-toulouse/entre-la-gr-ce-et-la-gloire

Lecture biblique : Titre 2.11-14

L’épître à Tite est une lettre pastorale. L’apôtre Paul écrit à son collaborateur pour lui donner quelques conseils dans son travail : il est alors en Crête et aide la jeune communauté chrétienne de l’île à s’organiser. L’apôtre évoque les qualités requises pour un responsable, les dangers de certains enseignements pernicieux et il évoque aussi ce que Tite doit transmettre aux croyants. Ce ne sont pas d’ailleurs de grandes envolées théologiques mais des exhortations très pratiques qui concernent la vie de tous les jours.

Notre texte conclut une série d’exhortations adressées à différents types de population (les anciens et les jeunes dans l’Église, les esclaves envers leur maître). Le propos est plus général et théologique. Et il est centré sur la grâce : « elle s’est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes. »

Le passage évoque la condition actuelle des chrétiens. Si j’ai choisi de le lire dans la version TOB, c’est qu’elle souligne bien le fait que cette condition des chrétiens est située entre deux « manifestations » ou « épiphanies » pour se référer aux termes grecs utilisés.

Le chrétien, aujourd’hui, se situe entre deux épiphanies : celle de la grâce de Dieu (v.12) et celle de la gloire de Dieu (v.13). Alors, entre la grâce et la gloire, que sommes-nous donc appelés à vivre aujourd’hui ?
Entre la grâce et la gloire

La manifestation de la grâce de Dieu a déjà eu lieu, dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Celle de la gloire de Dieu est encore à venir, au jour de l’accomplissement de notre espérance. En d’autres termes, nous sommes sous la grâce mais pas encore dans la gloire. Nous avons la grâce pour fondement et la gloire pour horizon.

La grâce, c’est le don gratuit de Dieu en Jésus-Christ. Présentée dans notre texte comme étant source de salut pour tous les hommes, elle s’est manifestée dans le don de Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nous.

C’est un des fondamentaux de l’Évangile. Le salut est une grâce. Ce n’est pas un dû, ni une récompense, ni un privilège qui serait réservé à quelques-uns. C’est une grâce, un cadeau gratuit et immérité de la part de Dieu. Et il en est de même pour tous les hommes !

La gloire, c’est ce qui nous attend au jour du plein accomplissement du projet de Dieu. Parce que, c’est évident, nous n’y sommes pas encore… Pour chacun de nous, pour notre monde, pour l’humanité. Le mal, les injustices, la souffrance… tout cela est encore bien présent. Et l’espérance chrétienne est qu’un jour tout cela disparaîtra, la mort elle-même sera définitivement vaincue. Ça, c’est la gloire.

Entre la grâce et la gloire, nous vivons dans une tension. Entre ce que nous avons déjà reçu par grâce, et ce que nous recevrons dans la gloire. Entre ce que nous sommes déjà, par grâce, et ce que nous serons au dernier jour, dans la gloire.

On est sous la grâce mais pas encore dans la gloire. Grâce et gloire ne s’opposent pas. Elles se complètent. Nous avons besoin de l’une pour nous mettre en route et de l’autre pour continuer d’avancer.

Parce que la grâce est réelle, notre salut n’est pas qu’une affaire qui regarde notre avenir. Le salut commence aujourd’hui, dans une relation personnelle, dans la foi, avec le Christ vivant. Et cela change déjà notre vie aujourd’hui. Mais parce que la gloire est encore à venir, nous n’avons pas tout, tout de suite, ici et maintenant. Et toute théologie qui prétendrait que le chrétien devrait, s’il est fidèle, connaître la prospérité à tous égards est une théologie qui s’égare loin de l’Évangile de grâce.

Entre la grâce et la gloire, nous sommes appelés à vivre dans une tension féconde. Parce que nous sommes sous la grâce, nous pouvons connaître une vraie communion avec Dieu aujourd’hui. Parce que la gloire est encore à venir, nous avons une espérance qui nous permet de surmonter les épreuves dans l’attente des promesses merveilleuses que Dieu garde en réserve pour nous.
Avec modération

La question qui nous concerne donc, est de savoir comment nous sommes appelés à vivre dans cette tension entre la grâce et la gloire. L’apôtre Paul l’évoque dans notre texte en parlant de notre vie « dans le temps présent » (v.12). Voici ce qu’il nous en dit :

« (La grâce de Dieu) nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété »

On est quand même loin de la gloire ! Paul ne parle pas ici d’une vie glorieuse et puissante, fait d’exploits et de miracles. Il parle d’une vie de renoncement. Il fait l’éloge de la simplicité, de la modération.

Ça ne veut pas dire pour autant que c’est facile ! Il y a bien l’idée de renoncement… et Paul parle ici de renoncer à l’impiété et aux « désirs de ce monde ». Les mots mérites qu’on les expliquent. L’impiété, c’est le contraire de la piété. C’est-à-dire ce qui nous coupe de Dieu. Le « monde » dont il est question ici est péjoratif. C’est ce qui est terrestre, en opposition au céleste, la sphère de Dieu. « L’impiété et les désirs de ce monde », c’est tout ce qui nous éloigne de Dieu.

Nous avons tous, dans notre vie, des comportements, des pensées, des pratiques qui nous éloignent de Dieu. Des préoccupations qui viennent brouiller notre relation avec lui. Des pensées qui parasitent notre communion avec lui. Des pratiques qui nous mettent en contradiction avec ce que nous savons être conforme à la volonté de Dieu. Entre la grâce et la gloire, nous sommes appelés à y renoncer.

Mais il ne s’agit pas seulement de renoncer à certaines choses, il convient aussi d’en développer d’autres. Cette « vie dans le temps présent » est décrite par trois adverbes en grec, que la TOB traduit par « avec réserve, justice et piété. ».

La justice, c’est ce qu’il est juste et bon de dire et de faire. Ça touche à notre comportement dans le quotidien, notre relation à notre prochain. La piété, c’est ce qui concerne notre relation à Dieu. Aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Évidemment. C’est classique.

Le premier adverbe est plus étonnant. La TOB traduit « avec réserve », la Parole de Vie « raisonnable », la NBS « d’une manière pondérée ». Le mot évoque donc la modération. Pourquoi est-ce important ? Sans doute pour aller loin ! Si vous démarrez un marathon comme si vous couriez un 100 mètres, vous n’irez pas bien loin ! Or, la vie chrétienne « dans le temps présent » est une course d’obstacles de longue haleine, dans laquelle il convient de gérer son effort pour arriver jusqu’au bout.

Je trouve vraiment intéressant cet éloge de la modération. Elle entre en écho avec de nombreuse valeurs de l’Évangile : la maîtrise de soi, le contentement, la reconnaissance, la paix…

Et elle n’implique pas du tout la tiédeur ou la mollesse. Le verset 14 évoque en effet l’Église comme un peuple « plein d’ardeur pour les belles œuvres. » Il s’agit donc d’être ardemment modérés !

Bien-sûr, nous sommes appelés à être des hommes et des femmes de conviction, bouillants pour le Seigneur, zélés pour l’Évangile. Ça ne doit pas pour autant faire de nous des agités ou des illuminés ! La sagesse est dans la modération, dans l’équilibre. Car il s’agit d’être persévérant et pas seulement bling-bling !
Conclusion

Certes, la condition des chrétiens n’est pas toujours confortable, située dans un entre-deux qui peut être source de frustrations voire de souffrance. Pour autant, entre la grâce et la gloire, le chrétien est déjà au bénéfice du salut de Dieu et ce qui l’attend est plus grand encore.

Car la grâce a été manifestée dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Et cette grâce, elle nous est donnée dès aujourd’hui et par elle, nous sommes en communion avec Dieu. La gloire n’est pas encore venue. C’est notre horizon, notre espérance. Mais les promesses qui lui sont liées sont extraordinaires… et elles sont pour l’éternité !

Alors, entre la grâce et la gloire, vivons pleinement dans le temps présent. Soyons ardemment modérés, à la fois bouillants pour le Seigneur, zélés pour l’Évangile, et sage et équilibré. Car il s’agit de tenir ferme, jusqu’au bout, dans le beau combat de la foi.