Paul : The Revenant

 

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Lecture biblique : Philippiens 3.8-14

Avez-vous vu The Revenant ? Inspiré d’un fait réel, le film raconte l’histoire d’un homme, laissé pour mort par ses compagnons suite à une grave blessure dans un combat contre un ours, qui se relève et affronte tous les dangers pour retrouver celui qui l’a trahi. Dans le film, c’est le souvenir de sa femme et son fils décédés, sa soif de vengeance, mais aussi et surtout l’amour pour eux, qui lui permettent de lutter. Il semblerait que dans la réalité, c’était surtout son fusil préféré qu’il voulait reprendre à celui qui le lui avait volé en l’abandonnant…

Dans le traitement cinématographique, l’itinéraire de Hugh Glass / Leonardo DiCaprio est celui d’une résurrection. Laissé pour mort et enterré, trahi par ses frères, il sort vivant de sa tombe !

L’apôtre Paul est un peu comme Hugh Glass. Certes, avec des motivations différentes, sans esprit de vengeance. Il a un seul but : connaître le Christ. Rien ne le détournera de ce but. Un seul mouvement le caractérise : « j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. »

Il n’a pas croisé sur sa route des trappeurs et des indiens mais de nombreux opposants à son ministère. Il est d’ailleurs en prison au moment où il écrit cette épître ! Et s’il compare ici la vie chrétienne à une course, il la comparera ailleurs à un combat.

Paul est un homme déterminé. Il a un objectif clair et précis. Il ne s’en laisse jamais détourner et il est prêt à avancer jusqu’au bout. Sa détermination nous interpelle…

Déterminé pour quoi ? Connaître le Christ !

Son objectif est très clair et le dit explicitement deux fois dans ce texte :
« Connaître le Christ Jésus mon Seigneur, voilà le plus important » (v.8)
« La seule chose que je veux, c’est connaître le Christ » (v.10).

Connaître le Christ… Ah bon ? Il ne le connaît pas déjà ? On connaît sa conversion sur le chemin de Damas, avec la vision du Christ qu’il a reçue. On connaît son ministère et ses écrits, déjà nombreux avant cette lettre aux Philippiens, et dans lesquelles le Christ a la place centrale, au cœur de sa théologie. Paul connaît le Christ… mais il veut en connaître plus !

Paul veut plus qu’une connaissance théologique, intellectuelle. Il veut une connaissance personnelle, intime : « Le Christ, mon Seigneur ». Il ne dit parle pas de connaître le Christ « le Seigneur », ou « le Fils de Dieu », même si tout cela serait parfaitement exact. Il veut connaître le Christ « son » Seigneur. Et on n’en a jamais fini avec une telle connaissance…

Est-ce qu’on a aussi toujours envie de connaître plus le Christ ? Ou est-ce qu’on se contente de ce qu’on a acquis, par le catéchisme, notre lecture passée de la Bible ou l’écoute des prédications le dimanche ?

Paul va plus loin encore : « La seule chose que je veux, c’est connaître le Christ, et connaître la puissance qui l’a fait se lever de la mort. » (v.10a)

On comprend qu’on est bien au-delà d’une connaissance dogmatique du Christ. Il veut connaître le Christ dans sa vie, il veut expérimenter sa vie, la puissance de sa résurrection. Il sait bien que cela implique aussi des souffrances et des épreuves. C’est ce qu’il faut comprendre quand il dit : « Ce que je veux, c’est souffrir avec lui et lui ressembler dans sa mort. » (v.10b)

Alors demandons-nous à la suite de l’apôtre : Comment connaissons-nous le Christ ? Comment expérimentons-nous la puissance de sa résurrection ? Sommes-nous déterminés, comme Paul, à progresser sans cesse dans cette connaissance intime et personnelle du Christ ? Sommes-nous déterminés à ne pas nous contenter d’une vie chrétienne médiocre, d’une vie église monotone ?

Sommes-nous déterminés à voir la puissance de résurrection du Christ agir dans nos vies et celles de ceux qui nous entourent ? Une puissance qui libère, qui transforme, qui restaure ?

Le Christ est vivant ou il ne l’est pas. Et s’il est vivant, alors comment cela se manifeste dans votre vie ?

Déterminé comment ? En allant toujours de l’avant !

L’apôtre Paul évoque sa détermination en des termes très forts : « Pour lui, j’ai tout abandonné. Pour gagner le Christ et pour être uni à lui, je considère toutes ces choses-là comme des ordures. » (v.9)

Le langage, imagé, est dur, radical. Et encore, nos traductions arrondissent un peu les angles. Le terme grec traduit par ordures n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament. Mais on le trouve dans d’autres textes de l’Antiquité pour désigner les excréments, avec souvent une connotation de révulsion. L’affirmation de Paul a un caractère choquant, il veut secouer ses lecteurs. Et il serait presque légitime de le traduire ainsi : « je considère toutes ces choses-là comme de la merde ! »

Les choses dont il parle ici, ce sont sans doute d’abord les connaissances qu’il a acquise avant de connaître le Christ, en tant que enseignant de la Loi, disciple du célèbre Gamaliel. Bien-sûr, toute cette connaissance acquise ne lui a pas été inutile. Il s’en est même servi dans son argumentation théologique. Mais pour Paul, sans la connaissance du Christ, toutes ces connaissances ne servent à rien.

Ici se manifeste sa détermination. Une seule chose compte : connaître le Christ. Tout le reste, tout ce qui pourrait le détourner de cet unique objectif, tout ce qui pourrait l’égarer, le distraire, il le rejette. Il en a presque du dégoût. Bien-sûr, il force le trait. Il provoque. Et nous interpelle… Quelle place la recherche du Christ, sa connaissance personnelle et intime, occupe-t-elle dans notre vie, nos préoccupations, nos projets ?

Du coup, on pourrait dire à Paul : « OK, tu as tout compris ! » Et penser qu’il est limite suffisant, voire orgueilleux et qu’il nous nargue un peu.

En fait, pas du tout. Et il rectifie lui-même cette impression possible : « Je ne veux pas dire que j’ai déjà atteint le but, ou que je suis déjà parfait ! Mais je continue à courir pour saisir le prix, parce que le Christ Jésus m’a déjà saisi. » (v.12)

Et là, on a deux éléments intéressant dans cette phrase. On pourrait les reformuler ainsi :

1° Je sais très bien que j’ai encore du chemin à faire… et c’est pour ça d’ailleurs que je continue !

2° Je sais très bien que ma détermination seule ne suffit pas. En fait, ce qui me fait avancer, c’est le Christ qui m’a déjà saisi. C’est lui qui me fait avancer. Je n’ai aucun mérite.

Paul ne se fait aucune illusion sur lui-même, il reste humble. Sa force, son moteur, c’est la grâce du Christ. C’est lui qui l’a saisi ! Et la profonde compréhension de cela ne fait que renforcer sa détermination.

« Mais j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. »

Je trouve qu’il y a dans cette phrase un optimisme extraordinaire. C’est comme si Paul nous disait que ce qui est devant nous est plus important que ce qui est derrière nous. Parce que devant nous, il y a le Christ vivant qui nous appelle.

Et c’est tellement important dans notre vie chrétienne. Notre espérance nous pousse en avant. Nous n’avons pas à être prisonniers de notre passé, de nos erreurs, de nos blessures. C’est aussi tellement important en Église. Nous pouvons laisser nos différends, nos désaccords, pour avancer ensemble vers le but. Pour saisir le prix. « Dieu nous appelle d’en haut à le recevoir par le Christ Jésus. »

Conclusion

Paul : The Revenant ! Un homme qui avait mille raisons de tout laisser tomber et de se décourager mais qui est toujours debout, animé d’une détermination sans faille. Son moteur à lui, ce n’est pas la vengeance (alors même qu’il ne manquait pas d’ennemis…). Son moteur, c’est l’amour du Christ. Parce que finalement, c’est bien cela qu’il faut comprendre quand Paul parle de connaître le Christ. C’est l’aimer. Mieux le connaître pour mieux l’aimer et le servir. Si sa détermination est sans faille, c’est parce qu’il a été saisi par l’amour du Christ. Et qu’il vit, au quotidien de cet amour.

Qu’en est-il pour nous ? Qu’en est-il de notre détermination à connaître le Christ et à l’aimer ? Qu’en est-il de la puissance de sa résurrection dans notre vie ?




La souffrance: au coeur de la mission du Christ

Lecture biblique : Esaïe 52.13-52.12

Un enfant naît. Une étoile paraît. Adulte, il se met à parcourir son pays. On dit qu’il fait des miracles, qu’il est plein de sagesse, on dit qu’il parle à tous – il est mis à mort, condamné par les responsables religieux, condamné par les autorités politiques. Quelques jours plus tard, ses proches disent qu’ils l’ont vu, vivant à nouveau.  Cet homme, c’est Jésus : comment le comprendre, comprendre sa vie, son œuvre ? Jésus lui-même a souvent été énigmatique pour se décrire, et ses proches ont souvent été perdus, que ce soit sa famille ou ses disciples.

Un élément nous aide en particulier : Juif, Jésus fait référence aux textes sacrés de son peuple, aux prophéties anciennes, pour donner un éclairage sur sa vie et sa mission. Parmi ces textes, il y a les poèmes sur le Serviteur, écrits par le prophète Esaïe, 700 ans av. J.C. Ils annoncent la venue d’un homme, envoyé de Dieu, choisi par Dieu, pour établir la justice et la paix dans le monde – c’est ce que nous avons vu la semaine dernière. Aujourd’hui nous en lirons un autre, quelques chapitres plus loin, qui décrit comment ce Serviteur de Dieu va agir, comment il va établir la justice et la paix.

Ce qui frappe à première lecture, c’est la place de la souffrance – au point que ce poème est souvent désigné comme celui du « Serviteur souffrant ».

1)   Une souffrance totale

Quelle souffrance dans ce texte ! Esaïe la décrit en utilisant différentes images : le Serviteur est frappé, écrasé, blessé ; il est jugé, accusé, condamné ; il est malade, défiguré, agonisant ; il est seul, abandonné, méprisé ; il est même puni par Dieu. Que lui restera-t-il ? Il est privé de relations, privé de santé, privé de respect et de sécurité. Personne ne prend sa défense, personne n’a même compassion de lui – au contraire, il souffre dans le mépris et l’indifférence.

Au bout du compte, c’est vers la mort qu’il avance, une mort où là encore l’infamie est au rendez-vous : il est enterré avec les gens mauvais, avec les riches. Ici comme souvent dans la prophétie biblique, le « riche » ce n’est pas celui que Dieu a béni dans ses récoltes ou ses affaires, mais celui qui s’enrichit injustement, le corrompu, le requin prêt à tout pour l’argent et le pouvoir, qui écrase les autres et transgresse les lois.

La situation est d’autant plus terrible qu’elle est parfaitement injuste. Cet homme est rejeté, sans être coupable de quoi que ce soit : il n’a jamais rien fait de mal ni trompé personne (qui de nous pourrait l’affirmer ?). Il est pur comme un agneau, blanc comme neige – il ne proteste même pas devant ce qui lui arrive. A la violence, il répond par la paix.

Quand on lit le récit de la vie de Jésus, cette dimension de la souffrance à la fois physique, morale, relationnelle, spirituelle est très forte. Jésus, dès le début de ses enseignements, est rejeté par les autorités, incompris – même par les foules qui accourent à lui, même par ses plus proches. Ce qu’on appelle la Passion du Christ, c’est-à-dire sa souffrance des derniers jours conduisant à sa mort, montre bien la solitude grandissante, la cruauté des soldats, la haine des foules versatiles – et l’injustice : les juges se refilent le cas, sans avoir de preuve formelle pour le condamner à mort (mais ils finissent par en trouver une). Jésus lui, refuse de se débattre (il guérit même l’oreille du soldat qui l’arrête), il ne se défend pas, il garde le silence devant le gouverneur romain Pilate – comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, comme une brebis silencieuse.

2)    Sacrifié pour nous

S’il est innocent, pourquoi souffre-t-il autant ? Il n’y a pas de fumée sans feu : pourquoi s’acharner sur cet homme sans raison ? Parce qu’il paye – certes, pas pour ses fautes, mais il paye. Il subit la punition que mérite son peuple – il se substitue à eux pour prendre leur châtiment : le texte est on ne peut plus clair ! « Ce sont nos maladies qu’il portait » (v.4), « il a été blessé à cause de nos fautes, il était écrasé à cause de nos péchés, la punition qui nous donne la paix est tombée sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris » (v.5). Le Serviteur n’est pas seulement solidaire de la souffrance de son peuple – il prend sur lui la punition douloureuse que mérite le peuple !

Deux images s’opposent ici : le troupeau de moutons perdus qu’est devenu Israël, et l’agneau allant à l’abattoir. Les moutons sont perdus, non parce que Dieu leur berger les aurait abandonnés dans un endroit inconnu au milieu de la nuit, non, ils sont perdus parce qu’ils se sont perdus, ils ont refusé d’écouter la voix du berger, choisi d’autres chemins, des routes de perdition sur lesquelles ils se sont entêtés. Rebelle, orgueilleux, sourd et aveugle, fermé au bien et prompts à l’injustice – voilà ce qu’était devenu le peuple que Dieu avait appelé, sorti de l’esclavage, installé dans un joli pays, aimé et béni. Ce peuple est une parfaite image de la noirceur de notre cœur à tous, de l’indécrottable corruption de l’humanité, car même dans les meilleures conditions, avec privilèges et avantages extraordinaires, même là, l’homme est rebelle à Dieu, obstiné dans ce chemin de perdition emprunté à l’aube de l’humanité.

Oui, le Serviteur paye les fautes de son peuple. Et même des autres – les nations, les nombreux, les rois étrangers sont rendus justes parce que leur culpabilité est assumée par le Messie. Comment un homme pourrait-il expier les fautes de tous ? Parce qu’il nous représente : comme le premier homme a péché et entraîné l’humanité entière dans le mal, de même cet homme innocent et juste peut entraîner dans la justice ceux qui s’attachent à lui par la foi.

Petite remarque : injuste, accablante, totale, la souffrance du Serviteur n’en est pas moins choisie. Il accepte librement de mourir, il n’essaie pas de s’échapper ou de se défendre : c’est son rôle, le cœur de sa mission, c’est le moyen par lequel il apporte la délivrance que Dieu promet à l’homme esclave du mal.

Il prend sur lui volontairement ce que nous méritons – le jugement de Dieu sur nos fautes, qui sont loin d’être aussi mignonnes qu’on se plaît à le penser, mais qui nous pourrissent – pour nous offrir ce que nous ne méritons pas, comme l’a dit Didier la semaine dernière : la guérison de notre cœur, la chance d’une vie nouvelle, la paix avec Dieu. Il se charge de ce qui empêche le Dieu juste et aimant de nous aimer : notre noirceur. Une fois justice faite, Dieu peut donner libre cours à son amour pour nous. En choisissant de mourir à notre place la mort que nous méritons, il permet à Dieu d’exercer la justice tout en justifiant, en pardonnant les coupables que nous sommes – le mal est si terrible qu’il ne peut pas rester en suspens, mais il doit être expié, couvert, effacé.

Sans la souffrance du Christ, pas de salut… Ce n’est pas son message ou ses miracles, sa sagesse ou son exemple qui nous sauvent en nous inspirant : c’est le don qu’il fait de lui-même pour subir la colère de Dieu et nous permettre une vie nouvelle. C’est par sa mort que nous recevons la vie.

3)    Le chemin étroit du salut        

Ce texte ne brille pas par sa légèreté ou son triomphalisme ! Et pourtant. On y trouve des indices de victoire : le serviteur réussira, il verra la lumière, il sera rempli de bonheur, haut placé, exalté, il partagera ses richesses avec ceux qui l’ont rejoint. Le mal n’a pas le dernier mot. Au bout du chemin de la vallée de l’ombre de la mort, au bout du tunnel, il sort victorieux. La prophétie n’en dit pas plus, mais ce qu’elle évoque de loin, c’est la résurrection du Christ. Mort sur la Croix, Jésus le serviteur a été accepté par Dieu comme un sacrifice valable et suffisant, assez juste pour compenser toutes nos fautes, toutes ! passées, présentes, futures ! toutes ! Son retour à la vie, son élévation au ciel, son retour auprès de Dieu, le partage de ses richesses avec ceux qui croient, aujourd’hui par l’Esprit demain physiquement, marquent le triomphe de l’amour, de la justice et de la puissance de Dieu.

Avant de conclure, juste un mot : celui qu’on considérait comme un loser, un nul, est en fait le puissant qui sauve de la mort. Toutefois, Dieu n’a pas choisi, pour effacer le mal, le chemin du triomphalisme – il aurait pu faire un 2e Big Bang ! Loin de là, choisissant lui-même, en la personne divine du Fils, de devenir homme, de passer par nos tunnels et nos chemins, il a donné la paix sans commettre de violence – il l’a même subie à notre place. Parfois, dans nos milieux, on voit la résurrection, la victoire, la gloire, et on oublie l’étroitesse du chemin que le Christ a suivi : sa souffrance, son humiliation, sa patience. Lui qui aurait pu nous mettre au pas s’est fait serviteur, il s’est abaissé pour nous pousser vers le haut. Nous ne sommes pas appelés à nous sacrifier pour sauver les autres – c’est fait ! En Christ ! Cela dit, en donnant le salut dans l’humilité et l’amour, le Christ donne un exemple de ce qu’est la mentalité de Dieu, de la manière dont il fonctionne et vit – si nous voulons vivre avec lui, c’est dans l’humilité et l’amour, comme le Christ.




Jésus, envoyé pour la justice et la paix

Lecture biblique : Esaïe 42.1-9

Cet oracle du prophète Esaïe est bien ancien : il date de plusieurs siècles av. J.-C. A cette époque, Esaïe s’adresse, de la part de Dieu, au peuple d’Israël. Le peuple à qui Dieu s’est révélé de manière privilégiée n’a pas été à la hauteur : tout au long de son histoire, on trouve inconstance, incrédulité, idolâtrie… Tout au long de son histoire, Dieu inspire des prophètes, pour encourager le peuple à revenir à son bon sens et à marcher dans le droit chemin. Pour cela, les prophètes confrontent le peuple à la gravité de ses actes, informent sur la condamnation que ces actes méritent, et rappellent que Dieu est fidèle, malgré leur infidélité, et qu’il donnera une deuxième chance.

Esaïe a décrit avec force l’hypocrisie abominable du peuple – qui rend de beaux cultes à Dieu mais qui se comporte avec injustice au quotidien – et annoncé ce que cette hypocrisie mérite : la perte des privilèges d’Israël. Israël est donc confronté à la menace de l’exil s’il ne change pas d’orientation – mais il faudra attendre quelques siècles pour que Dieu mette finalement sa menace à exécution devant l’orgueil et l’obstination du peuple. Esaïe annonce donc la punition – mais tout de suite, et longuement, pendant plus d’un tiers du livre, il annonce la deuxième chance que Dieu va donner, grâce à un Serviteur appelé à une mission particulière.

Esaïe annonce à court terme un libérateur qui mettra fin à l’exil – c’est le roi perse Cyrus, qui effectivement a permis aux Juifs de revenir chez eux. Mais Esaïe décrit aussi, dans certains passages comme celui que nous avons lu, un Serviteur qui accomplit une libération plus profonde, plus durable, plus universelle : le Messie. Dans le N.T., Jésus et ses disciples font le lien entre ces prophéties et sa propre mission : c’est lui qui accomplit cette libération profonde, durable, universelle. Ces prophéties nous montrent Jésus sous un angle particulier, nous aident à mieux le comprendre et surtout à mieux le suivre.

1)   Choisi et soutenu par le Dieu créateur

Le Serviteur, le Libérateur de son peuple et des nations, du monde, Dieu le présente comme l’Élu, celui qu’il a choisi et qu’il soutient à 100 %.

Ce serviteur de Dieu ressemble aux autres hommes que Dieu a choisis pour conduire son peuple, des croyants qui trônent dans le panthéon juif, des figures emblématiques du peuple. Abraham, Moïse, David, Salomon, prophètes et rois, étaient considérés comme les serviteurs privilégiés de Dieu, soutenus de manière unique pour une mission unique, un peu comme des petits messies, qui transmettent la connaissance de Dieu, veillent au respect de la justice de Dieu, conduisent le peuple selon la volonté de Dieu. Eux aussi, Dieu les a choisis et soutenus. Le grand Messie continue dans cette lignée : il établit le droit et la justice, est l’intermédiaire entre le peuple & Dieu, et les peuples éloignés, jusqu’aux îles lointaines, attendent avec impatience que le Messie leur parle de Dieu ! Il fait comme Abraham, comme Moïse, comme David, mais en mieux, de manière durable et universelle.

Qu’est-ce qui permet de croire aux lendemains qui chantent ? Qu’est-ce qui permet de croire à cet oracle qui annonce la venue d’un Roi parfait et sage ? A l’époque comme aujourd’hui, le constat est plutôt du côté : « tous pourris »… Qu’est-ce qui donne du corps à cette promesse et permet d’attendre avec foi son accomplissement ? Esaïe, à plusieurs reprises, rappelle que Dieu est d’abord le Créateur. Dans notre texte, on retrouve même des évocations du récit de la création dans le livre de la Genèse : il a créé le ciel, étendu la terre, donné le souffle aux créatures (v.5). Dieu est le Créateur.

Cela nous encourage à espérer pour deux raisons : 1) Dieu est puissant ! il peut faire tout ce qu’il veut ! C’est un argument qui m’a toujours touchée : si je crois que Dieu existe et qu’il a créé le monde, alors je crois qu’il peut tout faire, même parfois des entorses aux règles qu’il a lui-même imaginées – les miracles. Si je crois que Dieu a créé le monde et tout ce qui s’y trouve, alors je crois aussi qu’il peut changer les choses de manière profonde, comme une re-création, s’il le décide. C’est le sens du dernier verset : Les 1ers événements sont déjà arrivés – maintenant, à l’avance, Dieu en annonce de nouveaux, et on peut lui faire confiance.

2) Dieu veut notre bien. Dieu a voulu peupler sa vie d’hommes et de femmes à aimer, à bénir, à inspirer. Il nous a désirés et imaginés et tissés bien plus qu’une mère attend un enfant ! Sa promesse de justice, de paix, de liberté, est fiable, puisqu’elle est faite par le Dieu qui nous a créés et qui nous aime !

2)   Pour faire œuvre de justice

Soutenu, inspiré, mandaté par le Dieu créateur, le Messie reçoit pour mission de faire œuvre de justice. Par trois fois, Esaïe insiste : le Serviteur de Dieu vient pour faire connaître le droit à tous les peuples (v.1), le faire connaître réellement (v.3) et surtout l’établir sur toute la terre (v.4). Le droit, c’est la juste manière de vivre avec Dieu et dans le monde, en participant aux projets de Dieu, en contribuant au développement sain de la création. Cela concerne notre relation avec Dieu, avec le monde, avec les autres, avec nous-mêmes : c’est simplement le fait d’honorer le Créateur et de respecter la dignité de ce qu’il a créé.

A ceux qui ne vivent pas cette relation harmonieuse et juste avec le Créateur et ses créatures – càd nous tous – le Messie doit faire connaître la vérité de Dieu, souffle de liberté qui vient réorienter les regards, les valeurs, et les comportements. Faire voir les aveugles, amener à la lumière du jour les prisonniers accroupis dans le noir, c’est, de manière imagée, amener la vérité dans un monde de mensonge, d’illusion, de tromperie. Là est l’œuvre première du Messie : faire connaître les pensées de Dieu et ses projets, souffler la vérité pour dissiper le mensonge… Et le but de découvrir la vérité, c’est de la vivre ensuite ! Il ne s’agit pas de garder ces informations dans un coin de notre tête, mais de mettre en pratique ce que nous savons être juste.

Le Messie a pour mission d’annoncer cette vérité au-delà du peuple élu, au monde entier, à tous les peuples et toutes les nations. Jésus, le Messie, comprend cette vocation universelle : je suis la lumière du monde, dit-il. Bien sûr, il n’y a pas différentes vérités pour éclairer les hommes ! Différentes manières de la présenter, oui, mais une seule et même vérité, venue de Dieu – je suis le chemin, la vérité, la vie, dit Jésus.

Lorsque Jésus enseignait, il disait : le Royaume de Dieu s’est approché. Le royaume de Dieu, où dominent justice et vérité, s’est approché, il a commencé à se révéler lorsque Jésus proclamait les projets d’amour de Dieu – il le proclamait en paroles par ses enseignements, mais aussi en actes par ses miracles. A combien d’aveugles a-t-il rendu la vue ? Combien de possédés a-t-il délivrés ? Combien d’hommes et de femmes obtus, obstinés, perdus, a-t-il éclairés de sa lumière ?

3)  Avec puissance mais dans la paix 

Le droit, la vérité, la justice, voilà ce que répand le Messie dans le monde, voilà ce que Jésus proclame et partage. Sa mission ne peut que réussir : Dieu le créateur l’inspire, le soutient, le fortifie. Ainsi, il ne se décourage pas, il n’abandonne pas, avant d’atteindre le but que Dieu lui a fixé. Il est fort de la force de Dieu lui-même ! Ce n’est pas par ses propres moyens qu’il tient, ce n’est pas de son propre fait qu’il avance, mais c’est Dieu, créateur tout-puissant, qui l’envoie et le rend fort.

Pourtant, la puissance de cet envoyé de Dieu ne ressemble pas aux puissances humaines, ni aux démonstrations de force brute, ni aux manipulations éloquentes, à la différence de bien des dirigeants qui prétendent établir la justice à coups de déportation… Le Messie établit la justice avec puissance et force, mais dans la paix. Pas question pour lui de se montrer injuste pour établir la justice ! Sans cris ni tapages, il annonce la liberté. Avec respect et douceur, il relève ceux qui sont courbés, apaise ceux qui sont usés, rallume la flamme de ceux qui vacillent.

Quel paradoxe que cette victoire sans violence ! Quel mystère que cette présence du Tout-Puissant auprès des faibles et des petits ! Le Messie fait patiemment triompher le bien et la justice, sans commettre aucun mal, sans tolérer aucune injustice. Comment cela est-il possible ? Un autre poème d’Esaïe, la semaine prochaine, nous aidera à comprendre cette victoire non violente.

Conclusion

Esaïe annonce le Libérateur, celui qui délivrera non de telle ou telle injustice, mais de toutes. Ce serviteur proche de Dieu, soutenu par Dieu, c’est Jésus, qui puise dans les trésors de son intimité avec Dieu pour les partager avec nous. Ce Messie qui annonce à tous les peuples la bonne nouvelle que le règne de Dieu, règne de justice et de paix, ce Messie, nous sommes appelés à le reconnaître et à le suivre. Jésus nous ouvre la porte du royaume de Dieu : si nous répondons à son appel, si nous saisissons la main qu’il nous tend, si nous marchons à sa suite, alors la vérité de Dieu devient notre bien le plus précieux. Un bien qui gagne à être partagé, non par force, violence, ou contraintes, mais dans la paix et la douceur, en suivant le modèle du Christ.




Sur la montagne, le Royaume

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Lecture biblique : Luc 9.28-36

Voilà un épisode surprenant à bien des égards : le changement d’aspect de Jésus, l’apparition de Moïse et Elie, leur discussion avec Jésus, l’attitude de Pierre…

C’est vraiment mystérieux… surtout si on le considère de manière isolée. Or, au début de notre passage il y a une indication qui doit nous mettre la puce à l’oreille : « Environ huit jours après avoir dit ces paroles, Jésus emmène avec lui Pierre, Jean et Jacques et il monte sur la montagne pour prier. »

Ça m’étonnerait qu’il ne se soit rien passé en 8 jours… Luc choisit de sauter directement à notre épisode, en signalant un lien explicite avec les paroles précédentes de Jésus ! Que dit-il avant ? Il y a le dialogue entre Jésus et ses disciples à propos de ce que les gens disent de lui. La confession de foi de Pierre. L’annonce, par Jésus, de sa mort et sa résurrection. Son appel à « prendre sa croix et le suivre ». Et, enfin, une dernière parole, juste avant notre épisode : « Oui, je vous le dis, c’est la vérité, quelques-uns ici ne mourront pas avant de voir le Royaume de Dieu. »

Jésus parle ici d’un privilège accordé à quelques-uns, celui de voir le Royaume de Dieu avant leur mort. Tout porte donc à croire que, pour Luc, l’épisode de la Transfiguration est l’accomplissement, pour quelques-uns (Pierre, Jacques et Jean), de cette parole de Jésus…

Ces trois disciples ont le privilège, dans cet épisode, de voir quelque chose du Royaume de Dieu dans toute sa splendeur. Une vision glorieuse du Royaume. C’est un peu la différence entre un film qu’on regarderait sur son écran d’ordinateur et le même film au cinéma, en IMAX et en 3D !

La question est donc : en quoi l’épisode de la Transfiguration nous fait-il voir le Royaume de Dieu ?

Une gloire cachée

Première évidence, les trois disciples ont vu, sur cette montagne, un voile se lever et révéler une gloire cachée. Celle du Christ ! Une gloire qui se dévoile partiellement, pour un temps, sur la montagne. Et lorsqu’elle est dévoilée, elle provoque le désarroi. Pierre, dans la précipitation, veut monter des tentes pour Moïse, Elie et Jésus… et l’évangéliste commente en disant : « Mais Pierre ne sait pas ce qu’il dit… »

Cette notion de gloire cachée convient bien au Royaume de Dieu. Qu’on pense à certaines paraboles de Jésus, comme celle du trésor caché :

« Le Royaume des cieux ressemble à ceci : Il y a un trésor caché dans un champ. Un homme trouve le trésor et il le cache de nouveau. Il est plein de joie, il va vendre tout ce qu’il a et il achète ce champ. » (Matthieu 13.44)

Comme l’a dit Jésus à de nombreuses reprises : le Royaume de Dieu s’est approché. Il est là, à notre portée. Mais il est caché. Il faut le chercher. « Chercher et vous trouverez ! », « Chercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice ! » !

Et à celui qui sait le trouver, sa gloire peut lui être parfois révélée. Une gloire qui est cachée dans les cœurs humbles, dans le service du prochain, dans la joie et la paix au-travers de l’épreuve, dans la prière secrète et persévérante… Parfois aussi, c’est vrai, le Royaume de Dieu se manifeste de façon plus explicite, dans des interventions de Dieu, des guérisons, des manifestations particulières de sa présence. Mais, la plupart du temps, la gloire du Royaume reste cachée, comme la gloire du Christ au cours de son ministère terrestre. Sauf, pour quelques instants, sur la montagne.

La gloire du Royaume de Dieu est cachée aujourd’hui parce qu’elle œuvre au profond des cœurs, parce qu’elle s’installe dans les êtres fragiles que nous sommes. Elle est comme un diamant étincelant caché dans un écrin misérable, une perle dans une coquille de noix. Ou comme le dit l’apôtre Paul :

« ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. » (2 Corinthiens 4.7)

Le Roi glorieux

Finalement, qu’est-ce que les trois disciples ont vu sur la montagne ? Jésus-Christ, dans sa gloire ! Lorsque le Royaume de Dieu est pleinement révélé, c’est Jésus-Christ qui est manifesté, glorieux. Et la voix de Dieu qui retentit depuis le ciel donne un côté solennel à l’événement, une sorte d’intronisation symbolique.

Le Royaume et le Roi ne font qu’un. Voyez ce leitmotiv dans les évangiles, dans la proclamation de Jésus au cours de son ministère terrestre : « Le Royaume de Dieu s’est approché. » Oui, le Royaume s’est approché, parce que le Roi est venu !

Fondamentalement, le Royaume de Dieu, c’est Jésus-Christ. Car Jésus-Christ, c’est Dieu venu au milieu de nous. C’est Dieu devenu humain, pour sauver les humains. Et dans l’homme Jésus, la gloire de Dieu est cachée. Le voile levé quelques instants sur cette montagne le manifeste.

Il n’y a pas de Royaume de Dieu sans Jésus-Christ, le Fils de Dieu devenu homme, car le Règne de Dieu, c’est l’oeuvre de Dieu parmi les humains et pour les humains. Le Royaume de Dieu, c’est l’accomplissement du projet de Dieu pour le monde. La sphère de Dieu, qui est hors de notre portée, c’est le Ciel. Le Royaume de Dieu, c’est le Ciel qui descend sur la terre, comme la Nouvelle Jérusalem de l’Apocalypse… appelée aussi l’épouse de l’Agneau (Jésus-Christ) !

Retenons donc cela : le Royaume de Dieu, c’est Jésus-Christ. Et tout notre désir d’entrer dans le Royaume de Dieu nous conduit à le chercher, lui. Toute notre mission, en tant que témoins du Royaume de Dieu, c’est de l’annoncer, lui. Et toute notre responsabilité devant Dieu et devant notre prochain, dans notre comportement, c’est de l’imiter, lui.

Ce roi glorieux entrevu par Pierre, Jacques et Jean sur la montagne, est le maître de nos vies et le chef de son Église. Et, franchement, nos querelles de clocher, nos luttes de pouvoir, nos guéguerres théologiques… tout cela ne porte-t-il pas atteinte à la gloire du Christ ?

L’humiliation et la gloire

Un dernier aspect qu’il me semble intéressant de souligner dans cet épisode, c’est que, certes, le Christ y apparaît glorieux et éclatant, mais d’autres éléments viennent contrebalancer cette impression. En effet, la voix de Dieu qui vient du ciel, on l’a déjà rencontrée dans l’évangile, et avec pratiquement les mêmes paroles prononcées. C’était le jour du baptême de Jésus, au début de son ministère, quand Jésus s’identifie à notre condition humaine. Lui qui n’a jamais commis de péché, il se soumet au baptême de repentance de Jean ! La voix qui retentit dans la gloire sur la montagne, a retenti de la même façon au fond de la vallée du Jourdain, dans l’humilité du Christ se faisant baptiser.

Et de quoi s’entretiennent Moïse et Elie avec Jésus ? De sa mort prochaine à Jérusalem. Ce n’est pas vraiment glorieux… Or Moïse et Elie, c’est la Torah et les prophètes, que Jésus évoquera aux disciples d’Emmaüs, pour dire qu’ils annonçaient les souffrances et la gloire du Messie. (cf. Lc 24.26-27).

La gloire du Royaume de Dieu passe nécessairement par l’humiliation de la croix du Christ. Même sur le mont de la Transfiguration. Plus tard, le Christ ressuscité portera sur son corps les stigmates de la croix ! Jusque dans l’Apocalypse, le Christ apparaîtra comme l’Agneau, certes debout, mais qui a été immolé (Apocalypse 5.6). Le Royaume de Dieu, c’est l’humiliation et la gloire.

Dans notre façon de vivre le Royaume de Dieu, on ne peut pas échapper à la case humiliation. Celle des épreuves et des difficultés, incontournables mais que nous ne choisissons pas. Celle, aussi, de la repentance et du retour à Dieu, qui sont de notre responsabilité. Celle de l’humilité et la simplicité devant Dieu et devant notre prochain, et cela dépend de nous !

Conclusion

Cet épisode de la transfiguration nous parle du Royaume de Dieu en nous présentant le Roi, glorieux. Pierre, Jacques et Jean, les veinards, ont eu un avant-goût de la gloire éclatante à venir. Celle que le Christ manifestera au dernier jour. Celle qui nous est promise, si nous lui appartenons.

Mais la gloire de cet épisode est déjà là, même si elle est encore aujourd’hui cachée. Jésus-Chrisrt est le Fils de Dieu de toute éternité, il est mort et ressuscité.

Le Royaume de Dieu est un trésor caché, qu’il faut chercher, en nous-mêmes et chez notre prochain. Un Royaume que l’on trouvera en trouvant le Christ. Il est là, dans les vases d’argile que nous sommes. Il nous parle, par sa Parole. Il agit, par son Esprit qui vient habiter le croyant.

Jésus-Christ, le roi glorieux est là, dans la lumière au sommet de la montagne ou dans l’obscurité au fond de la vallée, dans nos jours de joie ou dans nos jours d’épreuve. Hier, aujourd’hui et pour l’éternité !




Une organisation qui porte du fruit

Critère de Vitalité n°10

Lecture biblique: Exode 18.13-26

Qui d’entre vous s’est déjà trouvé dans cette situation ? On arrive dans la salle d’attente, les guichets occupés, toutes les chaises sont prises, et une petite angoisse monte. Pris dans une file qui n’en finit pas, l’œil gauche rivé sur la grosse horloge et l’œil droit sur les numéros de tickets, le pied tremblant, on ronge son frein, on use sa patience, on appelle pour annuler des rdv ou se faire remplacer, ou alors on finit par partir, excédés d’avoir perdu du temps et de devoir tout recommencer à zéro un autre jour.

C’était déjà le cas pour le peuple d’Israël à ses débuts. Le peuple vient d’être libéré d’Egypte, où il était esclave, sous la direction de Moïse, chef appelé par Dieu pour conduire le peuple, géographiquement, socialement, et spirituellement – ce qui se traduit notamment par l’exercice de la justice. Avant même la révélation de la Loi au mont Sinaï, qui aura lieu peu de temps après, Moïse doit gérer et conduire ce peuple, à l’aide des directives que Dieu lui donne. En soi c’est très bien, mais il y a trop de gens – des centaines de milliers ! Du coup, l’attente s’éternise, les gens s’épuisent, Moïse lui-même se perd dans cette tâche et ne peut plus remplir ses autres missions.

Voici qu’arrive le beau-père de Moïse, Jethro, venu de Madian, une région voisine. Il écoute Moïse lui raconter les exploits de Dieu, la fuite d’Egypte, la mer rouge, les miracles… Et il se convertit. Le lendemain, témoin des difficultés de Moïse, en habitué des responsabilités, il lui donne des conseils pour faciliter le travail et alléger l’organisation, conseils que Moïse applique de suite.

Par rapport aux autres critères de Vitalité, la question de l’organisation de l’église paraît plus secondaire. D’un côté, nous avons tendance à considérer les choses pratiques comme non spirituelles, donc moins importantes. De l’autre, il n’y a pas d’exhortation biblique claire pour s’organiser de telle ou telle manière, ce qui donne l’impression qu’on peut s’organiser comme on veut. En réalité, si la Bible ne donne pas un modèle à reproduire mais invite à trouver le bon fonctionnement selon la culture, les personnes, et les circonstances, elle n’en donne pas moins des principes que nous retrouvons dans différents exemples et qu’il nous appartient de mettre en œuvre à notre manière. Ces principes, nous allons les voir en suivant les personnes qui apparaissent dans le récit.

1)   Comme Jethro : dire la vérité avec amour

Commençons par Jethro qui amorce le changement de situation. Devant une organisation manifestement lourde, inefficace et épuisante, il décide d’intervenir, en faisant ses critiques à Moïse.

Bien souvent, en église, on croit que la critique est mauvaise, destructrice, incompatible avec la foi. Pourtant, l’apôtre Paul, des siècles plus tard, considère même qu’une des vocations de l’église, c’est d’apprendre à dire la vérité dans l’amour. Sans amour nous nous blessons. Mais si nous supportons la réalité sans jamais dire ce qui ne va pas, nous nous exposons soit à l’épuisement, soit à la médisance dans l’ombre. Dire la vérité dans l’amour : voilà ce que fait Jethro pour améliorer la situation existante, et nous allons décortiquer un peu son intervention pour en prendre de la graine.

D’abord, Jethro va voir Moïse directement. Combien d’entre nous, dans sa position, seraient plutôt allés voir l’épouse de Moïse, notre fille, dans l’espoir qu’elle retransmette le message ? Jethro ne prend pas le risque des intermédiaires, et il parle à Moïse directement. Premier principe : s’adresser directement aux gens.

Ensuite, c’est intéressant de voir qu’il commence par demander pourquoi Moïse fonctionne ainsi. Souvent, même les dysfonctionnements ont une raison : une bonne solution devenue obsolète, un moindre mal, ou encore des bénéfices cachés à la situation – c’est vrai pour les individus comme pour les communautés. Comprendre les raisons de la situation permet, comme va le faire Jethro, de faire des suggestions adaptées. Deuxième principe : écouter avant de conseiller.

Enfin, Jethro propose des pistes concrètes d’amélioration en gardant ce qui est valable – ici, le rôle unique de Moïse, responsable et porte-parole – et en aménageant ce qui est secondaire. Loin des récriminations à la française, une critique constructive s’appesantira toujours sur les actions possibles, sur les opportunités, sur les défis, plutôt que sur les manques ou les erreurs. Même si ces idées ne sont pas retenues, elles ont au moins le mérite de stimuler la réflexion. Troisième principe : faire des propositions positives.

Un quatrième principe ressort du comportement de Jethro : pourquoi fait-il ces remarques ? Par souci pour Moïse, par souci pour le peuple. Il souligne le risque d’épuisement de Moïse, et le risque de lassitude du peuple, avec toutes les tensions que cela engendrerait. Jethro cherche pas à obtenir quelque chose ou se mettre en avant, mais il se soucie de Moïse et du peuple. Ca aussi, c’est intéressant pour nous : apprendre à faire les critiques non par énervement, non parce qu’on a d’autres habitudes, mais pour le bénéfice des autres. Finalement, la motivation de Jethro, qui doit être la nôtre, c’est l’amour, le souci des autres.

Qui oserait croire que nous sommes parfaits ? Pas moi ! De ce simple constat devrait naître un encouragement à la critique constructive, pour voir régulièrement où nous pouvons progresser. Il ne s’agit pas d’accuser ou de râler, mais de contribuer, activement, qui que nous soyons, à l’amélioration. Parfois ce sera parce qu’on a des compétences particulières, parfois simplement parce qu’on a un autre point de vue. Pour donner un exemple, si certains voulaient m’aider à améliorer ma prédication, l’avis de prédicateurs avertis serait pertinent, mais aussi celui de ceux qui ont la patience de m’écouter dimanche après dimanche, même s’ils n’ont jamais prêché et ne le feront jamais. Et c’est pareil dans tous les domaines.

Donner des conseils, ce n’est pas donner des leçons, se prendre pour…, mais s’impliquer activement pour que les autres progressent et que la situation s’améliore, parce que notre but, c’est de devenir meilleurs, pour le Seigneur.

2)   Comme Moïse : viser mieux et plus loin  

Justement, Moise nous montre la voie pour recevoir des critiques. Lui qui est le grand chef que Dieu a appelé, aurait pu se vexer ! Jethro est étranger, d’une autre culture, d’une autre génération, c’est un nouveau converti (de la veille) : là où certains auraient rejeté celui qui « ne peut pas savoir », Moïse accueille de bonne grâce le point de vue neuf qu’apporte Jethro, et l’opportunité de faire mieux, dans la durée.

La vérité n’est pas toujours agréable à dire – et à entendre ! Lorsque que quelqu’un donne son opinion, il ne révèle pas toute la vérité, c’est vrai, mais il donne comme un éclat de vérité qui nous aide à réajuster notre compréhension de la situation. Dans ce genre de situation, on est facilement tenté de refuser la remise en question – en fuyant, en contre-attaquant, en se justifiant… mais Moïse écoute, pèse ce qui est pertinent dans la remarque de son beau-père, et le fait. Il ne discute, ne se défend pas, n’invoque aucun statut, aucune excuse… Cette humilité est vraiment la marque d’un grand homme !

Lorsqu’on se vexe et qu’on refuse de se remettre en question, c’est souvent parce qu’on le prend personnellement, comme si tout notre être, toute notre valeur, était en jeu dans le problème relevé. La Bible répond à cette peur, à la honte que nous ressentons au premier abord : Dieu nous aime, Dieu nous sauve, en Jésus-Christ, il nous donne une nouvelle identité – nous sommes ses enfants pour l’éternité. S’enraciner dans l’amour de Dieu, qui lui nous connaît parfaitement dans toutes nos limites et nos médiocrités, se savoir aimé du Créateur, plein de valeur et précieux à ses yeux : voilà qui relativise la critique ponctuelle, difficile à entendre certes, mais qui ne menace pas notre identité en Christ.

En plus, le chemin que Dieu nous invite à emprunter avec lui est un chemin de croissance, d’amélioration, de progrès, en vue d’une plus grande justice, d’une plus grande sainteté, d’un plus grand amour. Si nous voulons progresser, nous devons nous remettre en question – c’est un des rôles de la Bible, Parole de Dieu qui dévoile la vérité de notre cœur pour nous montrer comment avancer ; c’est aussi l’un des buts de la vie communautaire : bénéficier du point de vue des autres pour progresser.

3)   Comme les nouveaux responsables : se disposer au service

Du coup, Moïse entreprend de choisir et former des responsables pour déléguer son activité. Qui sont-ils ? Des hommes valables, croyants, justes, droits. Ces hommes, même s’ils n’avaient jusque là aucune responsabilité particulière, sont prêts – pas en terme de compétences (ce qui s’apprend : la preuve, Moïse va les former) mais en terme de maturité (diapo). Le critère sur lequel Moïse les choisit, c’est leur maturité spirituelle et morale.

Qu’est-ce que ça veut dire pour nous ? Ce texte insiste sur le fait d’avoir un travail d’équipe pour mieux répondre aux besoins de la communauté. La première condition pour ce travail d’équipe, c’est que chaque membre de la communauté se prépare au service : non pas à tel service particulier, mais à servir en général. Pour cela, chacun doit veiller à progresser dans sa foi et dans son caractère, pour un jour pouvoir prendre sa place dans le grand corps qu’est l’église (rappelez-vous la prédication sur la vie chrétienne, vie généreuse caractérisée par le don de soi et le service). Progresser dans la foi et le caractère chrétien, c’est la caractéristique de notre cheminement chrétien. Si nous prenons au sérieux notre cheminement chrétien, alors nous nous préparons en même temps à servir les autres, comme ils nous servent. Développer son caractère pour devenir apte à être formé et à prendre des responsabilités. Les GBU ont un petit slogan pour résumer les qualités d’un responsable  EDF, Enseignable, Disponible, Fiable. On n’est pas loin du texte d’Exode ! Enseignable (rappelez-vous l’importance de la remise en question), Disponible, Fiable.

J’aimerais encore souligner l’attitude de Moïse, son audace pour tenter un nouveau système, mais surtout la confiance qu’il manifeste aux nouveaux responsables. Ce rapport de confiance est essentiel pour pouvoir fonctionner ensemble. Ca veut dire que les nouveaux font confiance à leur formateur, que le formateur fait confiance aux nouveaux – et même s’il les forme, il les laisse faire leurs découvertes et trouver les ajustements nécessaires. Cela veut dire aussi que les uns et les autres se montrent fiables : Moïse est disponible pour les cas graves, les nouveaux remplissent leur mission de leur mieux, avec sérieux, sans hésiter à prendre conseil auprès de leurs responsables. Faire confiance et être fiable soi-même : voilà une des clefs d’une organisation qui fonctionne et qui porte du fruit.

Conclusion

Pourquoi réfléchir à améliorer notre manière de fonctionner ? Pourquoi se remettre en question et tenter de nouvelles formes ? Pour être plus efficaces, tout simplement. Pour honorer Dieu et les autres. Pour honorer les autres, les aimer et les servir au mieux, sans charger la vie communautaire d’obstacles et de lourdeurs inutiles, pour faciliter l’implication de chacun dans notre œuvre commune. Pour honorer Dieu, en évitant de s’épuiser soi-même, de se dégoûter du service ou de la vie communautaire même, parce qu’on en a fait trop, trop longtemps, trop seul. Partager nos charges est essentiel pour tenir dans la durée et continuer de remplir le rôle que Dieu nous offre. Qu’est-ce qui honore Dieu le plus ? Quelqu’un impliqué dans 5-6 services qui finit par craquer au bout de 10 ans, dégoûté, amer, usé ? Ou quelqu’un qui s’implique dans une ou deux activités, variables, toute sa vie, explorant ses dons, se mettant fidèlement et joyeusement au service de l’Eglise ? Pour cela, il faut que le plus grand nombre prenne sa part.

Une organisation qui porte du fruit, c’est une organisation où chacun prend sa place, au service des autres, à sa mesure. C’est aussi un lieu où le dialogue, l’échange et la critique ont bonne place, pour réévaluer nos habitudes, adapter ce qui est bon, modifier ce qui ne convient pas. C’est un lieu où l’individu ne défend pas sa vision des choses, ne cherche pas à imposer son point de vue ou à avoir raison, mais où ensemble, tous, nous cherchons à mieux honorer Dieu, en veillant sur nous-mêmes et sur les autres.

Prière Vitalité

O notre Père,

Merci pour le cadeau qu’est l’église. Tu l’as créée pour t’honorer, pour faire du bien à ton peuple, et pour rejoindre ceux qui te cherchent. Parfois nous oublions combien l’église est précieuse à tes yeux, et importante : renouvelle notre regard sur ton peuple, sur sa mission, sur sa valeur.

Membres de ton église par la foi, aide-nous Seigneur à progresser dans notre foi et dans notre caractère, afin de devenir capables de mettre en œuvre les talents que tu nous donnes pour t’honorer et servir les autres. Donne-nous de progresser ensemble dans notre fonctionnement, pour que nous nous aimions de mieux en mieux, et que nous témoignions de mieux en mieux, pour ta gloire et la salut des autres.

Oui Seigneur renouvelle notre regard sur l’église, sur sa mission, sur sa valeur. Et que sur les sujets de tension – inévitables dans cette organisation humaine – nous puissions regarder à toi, chercher ta volonté et non la nôtre, nous soumettre à toi et les uns aux autres avec humilité et foi. Que ces conflits nous permettent d’apprendre, d’avancer, de nous rapprocher, afin que ton église devienne de plus en plus belle, de plus en plus saine, de plus en plus rayonnante.

Au nom de Jésus, le Ressuscité qui triomphe de tout mal, et par l’Esprit, qui œuvre en nous et peut bien plus que ce nous imaginons, pour ta gloire, ô Dieu merveilleux. amen