Les leçons de Babel

BabelLecture biblique : Genèse 11.1-9

L’histoire se répète… Dans les premiers chapitres de la Genèse, l’humanité a du mal à apprendre de son histoire. Mais, est-ce que ça a vraiment changé ? Le schéma du jardin d’Eden, de la révolte contre Dieu, de la volonté de se passer du Créateur, se répète. C’est Caïn qui s’arroge le droit de disposer de la vie de son frère en le tuant. C’est l’humanité entière qui s’écarte de Dieu jusqu’au déluge. Et puis c’est l’histoire de la tour de Babel où l’humanité unie pensait pouvoir s’élever jusqu’à Dieu…

La chronologie des événements de Gn 1-11 est un peu problématique. On nous dit ici que tous les hommes parlent une seule et même langue alors qu’au chapitre précédent on nous décrit les généalogies des trois fils de Noé, pères de tous les peuples de la terre, « groupés par pays selon leur langue… » (Gn 10,5). Et on nous parle ici de la ville de Babel dont il était déjà question parmi les descendants de Cham, avec Nemrod, dont la première ville de son royaume était Babel (Gn 10.10).

La question du genre littéraire de notre récit pose aussi problème. Il paraît difficile de se contenter d’une lecture au pied de la lettre. Dieu y apparaît sous des traits anthropomorphique : il descend du ciel pour venir voir ce qui se passe sur terre… comme s’il en avait besoin ! De même, la naissance en un jour de tous les langages de la terre est surprenante.

Prenons simplement le texte tel qu’il nous apparaît. Considérons-le dans le contexte des premiers chapitres de la Genèse, essentiels pour notre compréhension du monde, de l’humanité et de Dieu. Et interrogeons-nous sur le message universel qu’il contient pour nous encore.

Une tour aussi haute que le ciel

Un jour, en chemin vers l’Est, les hommes s’arrêtent. Et ils décident de construire une ville et une tour, aussi haute que le ciel. Mais quelle mouche les a piqués ? Et pourquoi cette crainte d’être dispersé dans toute la terre, qui semble être la motivation à la construction de la tour ?

Il y a ici comme un écho négatif au mandat culturel, cette mission que Dieu a donnée à l’humanité et qui a été répétée à Noé après le déluge : « Ayez des enfants, devenez nombreux, remplissez la terre. » (Gn 9.1) Notre épisode marque un coup d’arrêt à l’expansion de l’humanité sur la terre. Là-bas, à l’Est, dans le pays de Shinéar (Babylonie), l’humanité s’arrête. Elle choisit de décider elle-même de son sort, elle s’installe et veut construire sa propre protection.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si tout ça se passe « vers l’Est ». C’est à l’Est d’Eden que Dieu avait posté les chérubins à l’entrée du jardin pour empêcher les hommes d’y revenir. C’est à l’Est que Caïn s’en est allé après son crime, loin du Seigneur. D’ailleurs, la première chose qu’on nous dit de Caïn après son exil, c’est qu’après avoir eu un enfant, il se mit à construire une ville… à laquelle il donna le nom de son fils !

Dans la Genèse, les villes ont une connotation négative. A l’origine, les hommes étaient dans un jardin. Ensuite, les patriarches seront nomades. Et quand on évoque des villes, c’est pour parler de Sodome et Gomorrhe. Les villes sont le symbole de l’humanité en rébellion contre Dieu, de leur orgueil. Et ici, les hommes construisent une ville et une très haute tour « pour se faire un nom ».

L’épisode de la tour de Babel est le signe de l’orgueil de l’humanité qui refuse son Créateur. Un projet pharaonique pour laisser une trace dans l’histoire. Une tour qui monte jusqu’au ciel pour défier le Créateur. Une ville fabriquée de leurs mains, pour leur offrir la protection, sans avoir besoin de Dieu.

Car si cette tour est si haute, ce n’est peut-être pas seulement pour le prestige… Est-ce que ça ne pourrait pas être aussi pour se protéger d’un éventuel nouveau déluge ? Alors que Dieu a promis de ne plus jamais en envoyer… Comme l’écrit Antoine Nouis, « Ils préfèrent la tour à l’arc-en-ciel : ils font plus confiance à leurs œuvres qu’à la fidélité de Dieu. » (Antoine Nouis, L’aujourd’hui de la Création)

Il est étonnant de voir combien, dans l’histoire de l’humanité, les progrès de la science et des technologies, tout en apportant des bienfaits dont nous bénéficions avec reconnaissance, alimentent aussi l’orgueil de l’homme à vouloir s’affranchir de Dieu. Des tours de Babel, les hommes en ont construites tout au long de l’histoire, pour se faire un nom, pour laisser une trace dans l’histoire, pour jouer à être Dieu et repousser les limites de la connaissance.

Ne sommes-nous pas tentés, nous aussi, de construire nos petites tours de Babel ? De nous fabriquer nos propres protections, de préférer faire confiance à nos œuvres plutôt qu’aux promesses de Dieu ?

Une seule langue pour tous

Mais Dieu résiste aux orgueilleux… et il ne laissera pas le projet des hommes s’achever. Alors il intervient. Il descend du ciel pour voir de plus près ce que les hommes sont en train de tramer… et il décide de leur mettre un gros bâton dans les roues ! Il va briser l’unité de l’humanité en brouillant leur langage. Ils ne peuvent plus communiquer entre eux, ils ne peuvent plus se coordonner et travailler ensemble. Ils sont contraint de s’arrêter et vont se disperser.

La ville et la tour ne sont pas détruites : elles restent inachevées et désertes. L’entreprise orgueilleuse des hommes reste un projet inachevé. Le récit s’achève sur l’évocation du nom de Babel, avec un jeu de mot en hébreu, rapprochant le nom Babel de la racine balal (mêler, brouiller). Pour les Babyloniens, Babylone (Babel) signifiait « la porte des dieux ». Pour la Bible dans la Genèse, elle signifie « brouillage », « confusion »…

Le brouillage des langues conduit à la dispersion… Mais cela a une conséquence positive : elle permet le redémarrage du mandat culturel que les hommes avaient abandonné. Les sanctions de Dieu ne sont pas un point final mais une occasion de redémarrer, de rétablir, de réajuster. Dieu ne juge pas pour détruire, il juge pour corriger.

C’est le témoignage de l’ensemble de la Genèse. Malgré les coups d’arrêts à cause de l’infidélité et des erreurs des hommes, le projet de Dieu se poursuit. Caïn a tué Abel mais Dieu a donné Seth à Adam et Eve. L’humanité méritait d’être détruite mais Dieu a sauvé Noé et sa famille du déluge. Les hommes voulaient s’unir pour se passer de Dieu, il les a contraints à la dispersion pour qu’ils remplissent la terre. Il en sera de même avec les patriarches : Abraham et la stérilité de sa femme Sara, Isaac et ses difficultés à trouver une femme, Jacob et ses problèmes avec Esaü, Joseph avec ses frères… Et le processus se poursuivra lors de la sortie d’Egypte, la traversée dans le désert, l’entrée en Canaan, la succession des rois, l’exil, le retour de l’exil…

Toute l’histoire biblique raconte la fidélité de Dieu à son projet malgré les infidélités, les erreurs et les fautes des humains. Et ce sont assez souvent des jugements, des épreuves, qui permettent au projet de Dieu de repartir.

Quelles sont les épreuves que Dieu envoie dans notre vie et en quoi elles nous font grandir, elle réoriente opportunément notre vie et nous remettre sur la bonne trajectoire ?

On peut même aller plus loin avec notre récit… Et si la malédiction était aussi une bénédiction ? Le brouillage des langues ne pourrait-il pas être aussi un signe que l’humanité est riche de sa diversité et non de son uniformité ? Dans la généalogie des trois fils de Noé (Genèse 10), Dieu multiplie les générations dans la diversité des peuples et des langues. La prétention unitaire de Babel nie cette diversité et préfère l’uniformité. Elle entre en contraste avec le projet de Dieu. L’uniformité est totalitaire. Le projet de Babel était totalitaire.

Le projet de Dieu n’est jamais l’uniformité mais l’unité dans la diversité. Comment pourrait-il en être autrement d’un Dieu qui lui-même est à la fois unique et multiple : un seul Dieu en trois personnes ? C’est son projet pour l’humanité, c’est son projet pour l’Église. En témoigne l’épisode de la Pentecôte, que nous allons bientôt célébrer, et qui apparaît comme l’anti-Babel : le même message de l’Évangile, annoncé dans toutes les langues !

Ce qui fait notre unité, c’est le Christ et son œuvre de salut pour tous. Ce qui fait notre richesse, c’est la diversité de nos personnalités, nos cultures, nos histoires, nos dons. Préférons toujours Pentecôte à Babel : l’unité dans la diversité plutôt que l’uniformité !

Conclusion

Cet épisode de la tour de Babel n’est finalement qu’une répétition, à l’échelle de l’humanité, de la prétention orgueilleuse qui a conduit Adam et Eve hors du jardin d’Eden.
En construisant une tour, l’humanité a voulu se construire son propre arbre de la connaissance, défier le Créateur et bâtir sa propre protection.

Il rappelle que nous ne sommes pas seulement les victimes du péché d’Adam mais que nous le répétons sans cesse. Dans notre orgueil, nous voulons bâtir nos tours de Babel, nous avons du mal à placer notre confiance dans les promesses de Dieu et nous préférons souvent nos propres forces, notre propre sagesse, nos propres œuvres.

Choisissons l’arc-en-ciel plutôt que la tour. Préférons Pentecôte à Babel. Dieu a créé la diversité dans l’humanité. Unis par son Esprit, laissons-nous guider par lui pour entrer dans ses promesses.




Morts… mais bien vivants !

pâquesLecture biblique : Colossiens 3.1-11

La résurrection du Christ est au cœur de notre foi. C’est un article de foi essentiel : « le troisième jour, il est ressuscité des morts » proclame le Symbole des Apôtres. Dans sa première épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul souligne combien, sans elle, tout s’écroule. « Si le Christ ne s’est pas réveillé de la mort, votre foi est vide, et vous êtes encore dans vos péchés. » (1 Co 15.17). Nous proclamons donc en ce jour de Pâques que Jésus-Christ est vraiment ressuscité !

Mais il ne suffit pas de le proclamer comme un événement du passé. Proclamer le message de Pâques, c’est dire que le Christ est vivant aujourd’hui… et qu’il l’est dans notre vie. C’est le sens de ce texte de l’épître aux Colossiens. L’apôtre Paul ne se contente pas de dire que le Christ s’est réveillé de la mort, il affirme à ses lecteurs qu’ils se sont eux aussi réveillés de la mort avec le Christ.

Le message de Pâques n’est pas la simple commémoration d’un événement appartenant à l’histoire, c’est le témoignage d’une vie nouvelle en Christ, aujourd’hui. L’apôtre Paul pose la question de l’actualité de la résurrection. Mais pas tellement dans un débat sur son historicité ou non (elle ne fait pas de doute pour lui !). Plutôt quant à sa réalité dans notre vie de chrétien. Comment le Christ ressuscité est-il vivant, en vous et moi, aujourd’hui ?

Mourir et ressusciter avec le Christ

« C’est avec le Christ que vous avez été réveillés de la mort. » (v.1) Il n’y a pas de résurrection sans mort. C’était vrai pour Jésus il y a 2000 ans, c’est vrai pour nous aujourd’hui. D’ailleurs, l’apôtre le dit au verset 3 : « vous êtes passés par la mort ». Et c’est une bonne nouvelle ! Parce que c’est ce qui rend possible notre résurrection.

Le temps du verbe en grec désigne un événement passé et pourrait bien faire référence à la mort du Christ lui-même à laquelle nous sommes associés par la foi. Il en est de même d’ailleurs pour l’affirmation de notre résurrection avec le Christ… Mais en même temps, Paul laisse entendre que, bien que morts et ressuscités, il y a bien encore des choses à « faire mourir » en nous (v.5).

La réalité spirituelle est là : par la foi, nous sommes unis au Christ mort et ressuscité. Nous sommes passés par la mort avec lui et nous sommes sortis du tombeau avec lui : par lui, nous avons la vie éternelle. Là où il reste du boulot, c’est dans l’appropriation de cette réalité spirituelle, son application dans notre vie aujourd’hui…

Être chrétien, c’est mourir et ressusciter ! Et pas seulement une fois, au début de la vie chrétienne. C’est un processus qui doit marquer toute notre vie. La perspective ultime est glorieuse, à l’horizon du retour du Christ : « Quand il paraîtra, vous aussi, vous paraîtrez avec lui et vous participerez à sa gloire. » (v.4) En attendant, le chemin est encore long à parcourir…

Nous devons mourir à ce qui nous éloigne encore de Dieu et ressusciter à ce qui nous rapproche de lui. C’est le processus de renouvellement évoqué au verset 10, par lequel le croyant peut ressembler de plus en plus à son Créateur.

On ne peut pas renaître sans mourir. On ne peut pas faire l’économie de la repentance sur notre chemin de la foi. On ne peut pas avancer avec Dieu sans renoncer à ce qui nous éloigne de lui. Il s’agit de faire mourir dans notre vie ce qui est mortifère, ce qui nous éloigne de Dieu et abîme en nous l’image de notre Créateur. Concrètement, il s’agit de renoncer à certaines pratiques, de briser certaines habitudes, de lutter contre certaines envies…

Qu’est-ce que je dois faire mourir dans ma vie aujourd’hui ? Qu’est-ce qui m’éloigne encore de Dieu ? Qu’est-ce qui porte atteinte à l’image de mon Créateur ?

Mais mourir sans renaître n’offre aucun espoir. Or, Jésus-Christ s’est réveillé de la mort, et nous sommes ressuscités avec lui. Il faut donc, en parallèle, laisser se développer en nous la vie du Christ, ce qui nous rapproche de Dieu et restaure en nous l’image de notre Créateur. Notre modèle ici, c’est bien-sûr Jésus-Christ… et notre relation à lui par la foi, à travers la prière et la lecture de la Bible sera ici la clé.

Chercher les choses d’en haut

Pour entrer dans cette dynamique, il faut un changement de paradigme, une nouvelle vision du monde : passer des « choses de la terre » aux « choses d’en haut ». « Le but de votre vie est en haut et non sur la terre. » (v.2). Ce que la version Parole de Vie traduit, avec raison, par la périphrase « le but de votre vie » est en fait un verbe en grec, phroneo, qui désigne la façon de penser, de comprendre, de voir les choses. Il s’agit bien de ce qui nous pousse à agir, de ce qui est à la base de nos motivations, de nos convictions, le but de notre vie…

Or, nous nous trouvons ici dans une tension… Cette opposition entre les choses d’en haut et les choses sur la terre est une des nombreuses façons pour l’apôtre Paul de parler de la tension que vit tout chrétien. Entre la chair et l’Esprit, entre le déjà et le pas encore accompli, entre notre vieille nature et notre nature nouvelle, etc…

En haut, c’est « là où le Christ se trouve ». Certes, le Christ est au ciel, à la droite de Dieu. C’est le rappel de sa résurrection et de son ascension, l’affirmation de sa victoire et de sa souveraineté. Chercher les choses d’en haut, c’est donc rechercher le Christ souverain. C’est laisser Celui qui est assis à la droite de Dieu s’asseoir sur le trône de ma vie.

Et lorsque Paul évoque des exemples de ces « choses de la terre » qu’il faut faire mourir, il évoque principalement des comportements qui touchent à notre relation aux autres (v.5-9) : l’immoralité, l’envie, l’égoïsme, la colère, le mensonge… Et plus tard, quand il évoquera ce que pourraient être les choses d’en haut, il sera toujours dans le registre relationnel (v.12ss) : l’humilité, la patience, le pardon, et surtout, au cœur de ses exhortations, l’appel à l’amour « qui est le lien qui unit parfaitement » (v.14).

Pourquoi les relations ? Parce que c’est ce qui se voit ! Ce qui se passe dans notre cœur, dans notre relation personnelle avec Dieu, on ne le voit pas… Par contre, cela transparaîtra dans nos relations. C’est forcément le cas, en vertu du double commandement, indissociable selon Jésus, d’aimer Dieu de tout notre cœur et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Si notre façon d’être avec les autres est à l’image de celle du Christ, alors on aura bien là un signe de la présence dans notre vie du Christ vivant. A l’inverse, on est en droit de s’interroger sur la qualité de notre relation au Christ si notre relation à notre prochain est incapable de manifester l’amour, la patience, l’humilité, le pardon, l’absence de jugement…

En réalité, la qualité de notre vie spirituelle se mesure moins aux paroles prononcées le dimanche au culte qu’à la qualité de nos relations au quotidien. Le Christ vivant se manifeste au moins autant sur nos lieux de vie dans la semaine que dans la louange du dimanche matin.

Jésus n’a pas dit à ses disciples « je serai avec vous tous les dimanches jusqu’à la fin du monde »… mais bel et bien « je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » ! Le Christ ressuscité est vivant dans le quotidien de nos vies.

Conclusion

Jésus-Christ est ressuscité ! C’est un fait… mais est-ce vrai dans notre vie ? A quel point le Christ vivant agit-il dans notre vie ? Celui qui est assis auprès du Père, est-il aussi assis sur le trône de notre vie ? C’est la place qu’il mérite… et c’est ainsi qu’il pourra, par un processus de petites morts et de petites résurrections, renouveler sans cesse notre cœur, et nous amener à ressembler de plus en plus à l’image de notre Créateur.

Voilà l’oeuvre du Christ vivant en nous. Car Jésus-Christ est ressuscité, et nous avons été ressuscités avec lui. En lui nous sommes morts… mais bien vivants !




Un corps qui ne doit pas perdre la tête

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Lecture biblique : Colossiens 1.15-20

Ces versets constituent un hymne à la gloire du Christ. Peut-être s’agissait-il d’un texte liturgique existant par ailleurs, que Paul aurait inséré dans sa lettre, à la suite de sa prière d’action de grâce et avant une exhortation. De toute façon, ces versets forment un tout cohérent d’une grande richesse théologique.

En examinant le texte original grec, deux parties semblent apparaître clairement. La première (v.15-18a) centrée sur l’oeuvre de création associée au Christ, la deuxième (v.18b-20) centrée sur son œuvre de réconciliation.

Au cœur de cet hymne, le verset 18 apparaît presque comme un intrus, sans lien évident avec les versets précédents : « C’est lui qui est la tête du corps, c’est-à-dire de l’Église ». Mais c’est une affirmation qui se justifie pleinement, notamment pour le propos de l’apôtre. L’Église, c’est ce qui nous relie au Christ dans cet hymne. L’Église c’est nous, l’ensemble de ceux qui appartiennent au Christ, les croyants de tous les temps et de partout. Et nous sommes le corps dont le Christ est la tête. Ce qui est dit du Christ ici nous concerne en tant que corps du Christ.

Il est l’image du Dieu invisible, c’est en lui et par lui que tout a été créé, ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, le monde matériel, le monde spirituel, l’univers entier… La tête, l’autorité, le chef de l’Église, c’est ce Christ-là ! Ça nous dit bien quelque chose de l’Église…

Et puis le Christ n’est pas seulement à l’origine de tout le monde créé, il est aussi celui par qui le monde est sauvé. Par lui, Dieu est venu parmi nous faire œuvre de réconciliation. Il est venu sauver ce monde qui s’est écarté de son Créateur. Au passage, remarquez comme Paul souligne la dimension cosmique de l’oeuvre de salut de Dieu : elle concerne l’ensemble de la création, « sur la terre et dans le ciel »… L’Église n’est, finalement, qu’une petite parcelle de cette œuvre de réconciliation.

On comprend pourquoi, par cette vision grandiose du Christ, il est essentiel que l’Église soit un corps qui ne perde pas la tête !

1. Une tête universelle

La dimension universelle du Christ et la dimension cosmique de son œuvre nous poussent à une compréhension universelle de l’Église. Dans l’Apocalypse, la vision du « peuple innombrable », sans nul doute symbole de l’Église, nous est décrit comme un peuple issu « de tous les pays, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les langues. » (Ap 7.9). Le projet de Dieu pour son Église est universel.

Cela implique, évidemment, le refus de tout replis sectaire. Comment prétendre croire à une Église universelle si nous pensons être les seuls à détenir la vérité ? Le seul fait de penser « détenir » la vérité est suspect. Du point de vue des évangiles, la vérité, c’est la personne du Christ, pas une confession de foi…

Pour avoir une vision correcte de l’Église, il faut nécessairement élargir notre regard bien au-delà de « son » Église locale ! Et pas seulement en théorie… Mais en profitant des occasions qui se présentent pour rencontrer d’autres Églises, prier avec d’autres chrétiens. C’est incohérent de dire : « Oui, je crois à l’Église universelle… mais je ne m’intéresse qu’à mon Église locale ! » L’oecuménisme, dans le sens de la communion dans la diversité de l’Église universelle n’est pas une option. Ce devrait être une composante essentielle de notre vie de chrétien.

Mais il y a aussi l’accueil de la diversité interne de l’Église, comme une expression locale de l’universalité de l’Église. Rien n’est plus contraire au projet de Dieu pour son Église qu’une communauté complètement uniforme où tout le monde marche droit, au même rythme, dans une discipline de fer. Ça, c’est l’armée. Pas l’Église…

2. La tête, c’est le chef !

La métaphore du Christ comme tête du corps affirme l’autorité suprême du Christ sur son Église. Une autorité ici magnifiée par l’ensemble de l’hymne et son évocation glorieuse de la personne du Christ.

C’est, du coup, une mise en garde contre toute autorité humaine qui voudrait un tant soit peu prendre la place de la tête… Dans l’Église, l’autorité n’appartient pas au pasteur, ou au conseil, ou aux membres les plus anciens, ou à celui qui parle le plus fort ou prie le plus longtemps. L’autorité, c’est le Christ et sa Parole. Toute autre autorité dans l’Église est relative et subordonnée au Christ. Comme il est triste que si souvent, dans les Églises, il y ait tant de jeux de pouvoirs… A force de jeux de pouvoirs, il y a des Églises qui finissent pas se couper la tête… en se coupant de l’autorité du Christ.

C’est lui, le Christ, qui est le chef ! Et ça doit se voir. Le Christ doit être omniprésent, au cœur de la vie de l’Église. Sans cette centralité du Christ, nous ne sommes plus une Église… tout au plus une association cultuelle, une amicale de chrétiens.

Comment se manifeste, concrètement, la centralité du Christ dans l’Église ? Peut-être d’abord à la place qu’il occupe dans nos motivations et nos objectifs.
Pourquoi venir au culte ou assister aux différentes réunions ? Pour rencontrer des amis ou même recharger ses batteries spirituelles ? Non.. d’abord pour rencontrer le Christ !
Pourquoi louer Dieu, chanter et prier ? Pour passer un bon moment, se faire du bien, vivre une expérience intense ? Non… pour glorifier le Christ !
Pourquoi annoncer l’Évangile ? Pour faire grandir l’Église, remplir les chaises vides, pouvoir se mesurer aux autres Églises ? Non… Pour glorifier le Christ, seul Sauveur du monde !

3. Une seule idée en tête : la réconciliation

L’accent porté, dans la deuxième moitié de notre texte, sur l’oeuvre de réconciliation du Christ a forcément une incidence sur notre compréhension de l’Église. Affirmer que le Christ est la tête de l’Église, c’est affirmer qu’il est à l’oeuvre dans son Église. Et que son objectif, la seule idée que Dieu a en tête, c’est la réconciliation. La réconciliation avec Dieu, bien-sûr, mais sans doute aussi la réconciliation les uns avec les autres.

L’Église est une communauté de rachetés, des hommes et des femmes pardonnés et déclarés justes par la mort du Christ, réconciliés avec Dieu. Une communauté d’hommes et de femmes « saints, purs et sans faute. » (v.22). Du moins aux yeux de Dieu ! Parce qu’on est assez loin de ça dans la réalité. Mais même avec nos faiblesses, nos sales caractères, nos cœurs pas toujours purs, nos motivations pas toujours saintes, nous nous présentons devant un Dieu qui nous accueille comme si nous étions saints, purs et sans faute.

Dieu ne nous voit pas tels que nous sommes vraiment mais tel que nous sommes en Christ. On pourrait dire, tel que nous serons lorsque l’oeuvre du Christ en nous sera pleinement accomplie. Il ne voit pas d’abord nos failles, nos limites et nos erreurs. Il voit notre potentiel pleinement révélé par l’oeuvre du Christ.

Du coup, je me demande : et nous ? Quel regard portons-nous les uns sur les autres ? Est-ce que nous voyons notre frères, notre sœur, tels qu’ils sont aujourd’hui ou tels qu’ils peuvent devenir en Christ ? Est-ce que nous leur donnons la chance de changer, ou plutôt d’être changés par le Christ, ou les enfermons-nous dans des cases, des chaînes, par un regard de jugement ?

Et si nous sommes une communauté de réconciliés avec Dieu, vivons-nous la réconciliation entre nous ? Ou nous accommodons-nous de vivre avec des rancœurs, des conflits, des ressentiments envers notre frère ou notre sœur ?

Conclusion

L’Église est un corps qui ne doit pas perdre la tête. Le Christ est son chef, et ça doit se voir. En ce qui concerne l’Église universelle, pas de risque : le Seigneur lui-même s’en occupe. Mais pour les Églises locales, l’exhortation doit être prise au sérieux.

D’autant que, malheureusement, l’histoire de l’Église est pleine d’exemples où les Églises ont perdu la tête, devenant un corps sans tête, ou un monstre à plusieurs têtes.

Jésus-Christ est l’unique chef de l’Église. Comment pourrait-il en être autrement :

« Il est le commencement,
celui qui, le premier, s’est levé de la mort,
pour être le premier de tous, toujours et partout. »




Un Dieu tendre et fidèle… comme une mère

Lecture biblique : Esaïe 49.14-16

Nous sommes dans le contexte de l’exil à Babylone. Le peuple de Juda est loin de son pays, déporté loin du pays de la promesse. Il y a forcément chez eux un sentiment d’abandon, de désespoir : Dieu a jugé son peuple, il l’a abandonné.

Mais Dieu répond par le biais de son prophète et veut rassurer son peuple. Non, il ne l’a ni oublié ni abandonné. Et pour l’exprimer, il utilise un langage imagé très fort… et surprenant. Il compare Dieu à une mère allaitant son bébé, une mère qui ne peut oublier son enfant. « Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai jamais. »

Dieu est aussi notre mère !

Arrêtons-nous sur cette métaphore étonnante de Dieu sous la forme d’une mère. Quand on y pense, c’est surprenant… pour un Dieu qu’on a l’habitude d’appeler Père !

L’image traditionnelle de Dieu, ce serait plutôt celle d’un vieillard à la barbe blanche… Toute caricaturale qu’elle soit, elle peut véhiculer l’idée de sagesse et d’éternité. Mais à en croire Esaïe, l’image d’une mère allaitant son bébé est tout aussi pertinente pour évoquer Dieu.

Ca me fait penser au roman, bestseller paru il y a quelques années, de Paul Young : « La Cabane ». Dans ce livre, un homme rencontre Dieu dans une cabane, ou plutôt la Trinité, sous une forme corporelle inhabituelle : le Père est une femme afro-américaine, le Fils un homme du Moyen-Orient et le Saint-Esprit une petite femme asiatique. C’est un roman, pas un ouvrage théologique… Et même si ce n’est pas un chef d’oeuvre de la littérature, j’ai bien aimé ce livre qui apporte une lumière originale sur la question de la Trinité. N’en déplaise à tous ceux qui ont tiré à boulets rouges sur son auteur, accusé d’hérésie !

En tout cas, il y a quand même quelques textes dans la Bible, dont celui d’Esaïe, qui troublent l’image traditionnelle, et paternaliste, de Dieu. Et c’est tant mieux ! Dieu n’est pas, à proprement parlé, masculin ou féminin. Ou alors, d’une certaine façon, il est les deux. N’oublions pas que dans la Genèse, c’est en tant qu’homme et femme que l’être humain a été créé à l’image de Dieu…

Dieu est toujours plus grand, plus complexe que ce que nous pouvons en dire. Tout ce que nous pouvons savoir sur Dieu est forcément partiel. Comment pourrait-il en être autrement d’un être infini ? Permettez-moi de vous le dire : vous ne savez rien ! Vous n’avez rien compris… ou si peu ! Mais c’est normal… moi aussi !

Laissons-nous donc simplement interpeller par cette métaphore de Dieu comme une mère. Elle souligne deux attributs de Dieu : la tendresse et la fidélité.

La tendresse de Dieu

« Est-ce qu’une femme oublie
le bébé qu’elle allaite ?
Est-ce qu’elle cesse de montrer sa tendresse
à l’enfant qu’elle a por
té ? »

L’amour de Dieu est comparé à la tendresse d’une mère pour son enfant. Une image incroyablement intime. Et de fait, quand la Bible parle de manière imagée de l’amour de Dieu, elle prend des métaphores très intimes : l’amour d’un père ou d’une mère pour ses enfants ou l’amour d’un mari pour sa femme…

Notre compréhension de l’amour de Dieu ne doit pas se contenter de bons sentiments, pour le « bon Dieu » qui-aime-tout-le-monde-et-qui-pardonne-à-tout-le-monde. Dans l’histoire biblique, l’amour de Dieu s’est manifesté dans des actes concrets : la promesse d’une descendance à Abraham, la sortie d’Egypte des Hébreux, l’entrée dans le pays promis, le retour après l’exil et, bien-sûr, la venue du Fils de Dieu sur terre.

L’amour de Dieu pour nous est un amour vrai et authentique, qui ouvre sur une relation personnelle et intime avec lui. L’amour de Dieu est protéiforme. Ici, c’est son aspect tendre qui est souligné. Voilà qui donne l’image d’un Dieu réconfortant, consolateur, rassurant. L’image nous pousse à une intimité avec Dieu. A nous mettre dans la position du bébé qui allaite dans les bras de sa mère : le bonheur absolu pour un bébé !

La fidélité de Dieu

« Même si elle l’oubliait,
moi je ne t’oublierai jamais.
Vois, j’ai écrit ton nom
sur la paume de mes mains.
Je pense sans arrêt à tes murs de dé
fense. »

Dans des conditions normales, une mère n’abandonne pas son enfant, elle ne l’oublie jamais. Malheureusement, on sait que cela peut arriver… Alors Dieu va plus loin. Il envisage même cette possibilité pour dire que lui, ne le fera jamais. La fidélité de Dieu est sans faille.

Le peuple de Juda était pourtant en droit de se le demander. Rappelons qu’ils sont en exil, déportés du pays que Dieu leur avait promis. Bon, ils en étaient responsables, de par leur infidélité à Dieu. Et dans l’affirmation du verset 14, il n’y a pas forcément de reproche. Peut-être simplement un constat amer : « Le SEIGNEUR m’a abandonnée, mon maître m’a oubliée. » Sous-entendu : « on l’a bien mérité ! »

Mais Dieu n’est pas de cet avis. Il a encore des projets en réserve pour son peuple, parce que même s’ils sont infidèles, lui reste fidèle. Et à l’image du peuple d’Israël dans la Bible, nos vies sont faites aussi d’infidélités, d’oublis du Seigneur et de mauvais choix avec des conséquences parfois néfastes. Nous aussi nous pouvons nous dire parfois : « Le SEIGNEUR m’a abandonné, mon maître m’a oublié. » Et même ajouter : « je l’ai bien mérité ! »

Mais la promesse demeure : « Je ne t’oublierai jamais ». D’autant qu’elle a été renouvelée par Jésus : la parabole dite de l’enfant prodigue ne dit pas autre chose !

Si Dieu est fidèle, c’est parce qu’il nous aime. Comme le père de l’enfant prodigue, comme la mère qui s’occupe de son bébé. C’est parce qu’il s’est engagé par alliance avec nous. Le baptême est un signe que Jésus nous a laissé pour être signe de cette alliance. Un signe que nous posons au début de notre vie chrétienne, pour ne pas oublier. Pour se souvenir aussi que Dieu n’oubliera jamais. Témoin de notre engagement, il s’engage à nos côtés.

Conclusion

En guise de conclusion, je terminerai avec une exhortation :

Ne vous enfermez pas dans vos certitudes sur Dieu et laissez-vous surprendre par lui, à travers la Bible. Recherchez sa présence comme le bébé recherche la présence de sa mère, et vivez de sa tendresse et sa fidélité.




Vivre à l’image de Dieu

Je vous invite à méditer ce matin un des textes du jour, dans le livre du lévitique, ch.19. Le livre du Lévitique ne fait pas partie des passages que nous lisons le plus souvent… En effet, il rassemble pour l’essentiel des lois que Dieu a données au peuple d’Israël après les avoir fait sortir d’Egypte, des lois qui concernent en grande partie le rituel, les sacrifices et la vie des prêtres. Du coup, pour nous chrétiens, comme ce système de temple et de sacrifices a été aboli, ces lois paraissent un peu lointaines. Cependant, il y a aussi dans ce livre un certain nombre de lois concernant le peuple et les règles à suivre pour vivre ensemble d’une manière qui plaise à Dieu. En cela, le lévitique, comme tout livre biblique, nous révèle ce que Dieu aime, quelles sont ses valeurs et du coup, son caractère. Au cœur de cet ensemble de lois et de commandements, c’est le Dieu de la vie qui parle à son peuple, et dans ces paroles que Dieu adresse aux croyants, nous trouvons des vérités permanentes qui se prolongent dans l’Evangile et qui nous éclairent encore aujourd’hui.

Le chapitre que nous méditerons ce matin est particulièrement important, car il est cité de nombreuses fois par Jésus et par les apôtres. Je ne vais pas tout lire, car il est un peu long, mais je tiendrai compte de l’ensemble du passage dans la méditation.

Lecture : Lévitique 1-5, 9-18, 32-37

La sainteté : être image de Dieu

Cet ensemble de lois, suivi d’autres commandements dans les chapitres suivants, découle d’une exigence que Dieu formule au tout début de son discours : Soyez saints (v.2). Au cœur de ce que Dieu demande à son peuple se trouve la sainteté. Toutes les lois qui suivent sont des concrétisations de cet appel à la sainteté si chère à Dieu.

Les croyants sont appelés à être saints, et cet appel retentit dans toute la Bible, autant dans l’Ancien Testament que dans l’évangile, puisque Jésus, dans le sermon sur la montagne, n’hésite pas à dire aux disciples : soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. La référence de Jésus au texte du Lévitique est évidente.

Comment être saint, comment devenir parfait ? Vous l’avez peut-être remarqué, Dieu motive son exigence ainsi : soyez saints parce que je suis saint. Par ailleurs, il y a comme un refrain dans notre texte : faites ceci, faites cela, parce que je suis Dieu, je suis votre Seigneur. La source de notre sainteté est en Dieu seul. Le modèle, la motivation, le but de la sainteté : c’est Dieu.

Dans la Bible, la sainteté vient de Dieu seul. La seule personne au monde à être sainte, c’est Dieu, créateur du monde, maître de l’univers, lui dont la justice et la bonté ne connaissent aucune faille. Aucun être, rien ni personne ne peuvent prétendre à posséder ou à obtenir cette qualité par eux-mêmes : le seul à être saint, c’est Dieu. La sainteté, c’est sa marque de fabrique, sa signature.

Si Dieu seul est saint, est-ce que nous pouvons y arriver, nous, misérables petits humains, faibles, limités et un peu tordus ? C’est là que le sens du mot « saint » nous échappe parfois : dans la Bible, Dieu est saint, certes, mais est saint tout ce qui lui appartient. Tout ce qui est proche de Dieu, tout ce qui est exposé à sa sainteté pour ainsi dire, finit par recevoir son éclat particulier, sa signature. Être saint, c’est appartenir à Dieu, faire partie de son cercle de proches, et porter son emblème, ses valeurs, ses projets, ses goûts. Etre saint, pour le dire autrement, c’est s’exposer à Dieu au point de lui ressembler peu à peu, de devenir, en quelque sorte, son image. Ca vous rappelle peut-être quelque chose : à la création, Dieu crée l’homme à son image, à sa ressemblance, pour que l’homme représente Dieu dans la création, qu’il transmette à son tour ce qu’il reçoit de Dieu.

La sainteté, c’est appartenir à Dieu. Mais elle ne se décroche pas par des efforts, par des techniques de renoncement à soi, par des sourires figés en toute circonstance ou au terme d’un parcours sans faute : la sainteté, aucun homme ne peut l’obtenir de lui-même. C’est un don. Dieu le dit à la fin de notre texte : c’est moi le Seigneur, votre Dieu, qui vous ai rachetés d’Egypte. C’est moi qui suis venu vous chercher pour vous rapprocher de moi, pour vous adopter, et je vous offre cette chance d’être mes fils et mes filles, portant mon emblème sur la terre.

Cette adoption de Dieu qui nous permet d’être proches de lui et de retrouver notre vocation à être images de Dieu sur la terre, cette adoption est concrétisée en partie lorsqu’Israël est libéré d’Egypte à grands renforts de miracles, mais elle est pleinement réalisée lorsque Dieu nous adopte en Jésus-Christ, nous libérant du mal et de l’orgueil qui nous séparaient de Dieu. En Christ, nous devenons fils et filles de Dieu, nous sommes invités à vivre dans l’intimité de Dieu, et à retrouver notre vocation à être saints, à être des représentants du Dieu vivant.

La sainteté, un style de vie

Justement, comment la sainteté se met-elle en œuvre dans notre vie ? Le texte que nous avons lu dresse un tableau foisonnant qui mélange joyeusement tous les domaines de la vie. A première lecture, on a même l’impression que ces lois vont dans tous les sens et qu’il manque un peu de cohérence. Ainsi, dans ce seul chapitre, on trouve des commandements qui règlent le domaine rituel (quand et comment faire des sacrifices), le domaine spirituel (le respect du sabbat – jour de repos où l’on prend du temps pour Dieu –, le refus des idoles et le rejet des pratiques païennes), le domaine des relations (en famille : avec les parents et les enfants, au travail avec les ouvriers, les conflits au sein du peuple, l’attitude à avoir envers les personnes affaiblies /sourds, aveugles, personnes âgées/ et envers les défavorisés – pauvres ou immigrés), il y a même des commandements pour la culture des arbres fruitiers ou pour le tissage des vêtements !

Sans rentrer dans le détail de chaque commandement qu’il serait intéressant d’étudier en soi, je vous propose de rester à un niveau général et de nous pencher sur la dynamique globale du texte. Il me semble que cet ensemble de lois nous montre un principe fondamental, qui a dû révolutionner la mentalité des Israélites et qui remet aussi en question nos préjugés : la sainteté se vit en toutes circonstances. C’est un style de vie, une attitude globale qui se décline de telle ou telle manière selon les situations particulières, mais qui concerne toutes les situations.

La sainteté à laquelle Dieu appelle les croyants ne se limite pas à un lieu (le temple), à un moment (le sabbat) ou à un groupe (les prêtres), mais elle doit caractériser toute la vie de la communauté, partout et tout le temps. Alors c’est vrai que dans l’Ancien Testament Dieu donne des repères pour commencer : il faut être au minimum saint au temple, lors du sabbat ou quand on est prêtre, parce qu’ils sont tournés vers Dieu. Cependant, vous voyez que la sainteté ne se cantonne pas à ces lieux, à des moments ou à des groupes, mais que tout le peuple est en réalité appelé à vivre de manière sainte en toutes circonstances.

Les lois que Dieu énonce ne constituent pas un parcours bien défini pour devenir plus saint, des tâches qu’il faudrait accomplir pour décrocher un titre et arriver sur le podium ! C’est Dieu qui prend l’initiative de nous rapprocher de lui, de nous rendre saints par contagion, et ces lois sont plutôt des pistes concrètes pour vivre cette ressemblance avec Dieu. La sainteté se reçoit d’abord dans notre relation avec Dieu, et transforme ensuite notre vie tous azimuts : dans notre manière de travailler, d’être en famille, de rendre un culte à Dieu, dans notre entourage, dans la société, dans la politique même. La sainteté, c’est d’être proches de Dieu qui nous remet en phase avec notre vocation à être ses représentants, et ensuite ça se concrétise de mille et une manières dans notre quotidien.

Consécration, justice et amour

Etre saint, c’est ressembler à Dieu, c’est vivre à son image, c’est adopter ses valeurs comme style de vie. Soit, mais quels principes généraux suivre pour ressembler à Dieu, concrètement? Le texte que nous avons lu donne quelques pistes.

La première étape, c’est la consécration. Se consacrer à Dieu, c’est décider de le prendre pour modèle, tel qu’il se révèle dans sa Parole et en Jésus-Christ, son Fils devenu homme. Se consacrer à Dieu, c’est mettre Dieu au centre de notre vie : nourrir notre relation avec lui, puiser en lui notre force, notre espérance, notre vision du monde. C’était le sens du sabbat à respecter, jour hebdomadaire où le croyant se rappelle que sans Dieu il ne peut pas vivre, et qui se tourne vers lui pour se mettre à son écoute et se replacer devant lui. A nous de trouver des moments pour nous tourner vers Dieu et nous exposer à lui pour apprendre à lui ressembler.

Se consacrer à Dieu c’est aussi renoncer à ce qui compromet notre relation avec lui, comme par exemple le fait de mélanger des croyances issues de différentes religions pour se faire sa propre spiritualité. Dans ce cas-là, on n’est plus en relation avec Dieu, on ne cherche plus à le connaître lui, tel qu’il est, mais on plaque sur lui ce qui nous arrange. Chercher le Dieu saint, c’est la première étape de la sainteté : vivre de plus en plus près de lui, se laisser enseigner par lui et se laisser transformer à son image.

Ensuite, il me semble que deux grands principes caractérisent les mises en œuvre de la sainteté. D’abord, le croyant qui ressemble à Dieu est appelé à être juste. La justice s’exprime dans notre texte de multiples manières : dans l’honnêteté commerçante (sans tricher sur les poids – factures p.ex.), dans le refus de la corruption (faux témoignages, pots de vin), dans le refus de profiter du faible (se moquer du sourd, l’aveugle, retarder le salaire de l’ouvrier intérimaire, les enfants, les personnes âgées), dans le refus aussi des préjugés et des partis pris. Je trouve ce commandement étonnant, au v.15 : ne favorisez pas les gens puissants, c’est-à-dire ne vous laissez pas corrompre. Mais, ne favorisez pas non plus les pauvres : jugez l’affaire sans parti pris. Ce commandement me fait réfléchir, surtout dans une société qui a tendance à vite juger, à distribuer les sentences en fonction des apparences. Dieu nous appelle à être justes, sages, à chercher la vérité en toute clarté, en toute honnêteté.

L’autre caractéristique, qui va de pair avec la justice, c’est l’amour. L’amour, commandement unique du christ qui nous appelle à aimer comme il nous a aimés, l’amour du prochain auquel Jésus et les apôtres nous invitent si souvent, l’amour de l’autre vient de ce chapitre (cf. Mt 22). Et ce chapitre est le seul à mentionner l’amour de l’autre dans tout le livre du Lévitique, et il le fait deux fois, v.18 tu aimeras ton prochain comme toi-même, et v.34 tu aimeras l’étranger comme toi-même. L’amour, dans la Bible, ce n’est pas un sentiment qu’on ressent un peu malgré soi, qui va et qui vient, en fonction des goûts ou des atomes crochus, mais c’est une attitude qu’on choisit d’avoir. Dieu nous appelle à aimer celui qui nous ressemble, notre prochain, et à aimer celui qui nous est étranger, qui nous effraie, qui nous remet en question.

Comment Dieu définit-il l’amour ici ? v.17 Refuser d’envenimer les conflits avec le prochain, refuser de se laisser guider par la colère ou l’amertume, mais, malgré la colère ou la souffrance, œuvrer à la réconciliation en allant le voir pour exposer le problème et trouver une solution. Aimer l’autre, c’est aussi lui venir en aide, avec générosité – p. ex. dans l’ancien temps, c’était laisser au pauvre ou à l’immigré de quoi manger en récupérant les restes des récoltes.

Dieu nous appelle à être à son image : justes, mais en arrondissant les angles, en faisant le premier pas, en favorisant activement le bien et la paix. Non pas une justice campée sur ses principes qui reste loin, mais une justice qui se met en 4 pour aider chacun, quelle que soit sa position sociale, ses origines, ses compétences, ses relations, pour aider chacun à avancer et à progresser.

Ces deux principes, justice et amour, tournent nos yeux vers le Christ, lui qui a révélé pleinement la justice de Dieu, sa colère face au mal, lui qui a révélé pleinement l’amour de Dieu, dépassant sa colère, lui qui était parfait et qui a délibérément endossé notre culpabilité face à Dieu, prenant l’initiative pour que nous soyons pardonnés et vivants, réconciliés avec Dieu pour recevoir de lui la vraie vie. Par Jésus-Christ, nous sommes rapprochés de Dieu pour toujours, reconnectés à lui dans son Esprit, réintégrés dans cette relation avec Dieu qui nous rend capables de répondre à notre vocation : être images de Dieu sur la terre, transmettre ce que nous voyons en lui, une justice éclatante de vérité, et un amour débordant.