Se faire tout à tous

https://soundcloud.com/eel-toulouse/se-faire-tout-tous

Lecture biblique : 1 Corinthiens 9.16-23

Si l’apôtre Paul parle de lui-même dans ce texte, ce n’est pas pour se mettre en avant. Le contexte permet de le comprendre. En effet, il est attaqué, contesté par certains qui refusent de reconnaître son autorité d’apôtre. Il doit donc se défendre. Il parle au début du chapitre de sa vocation et du travail qu’il a accompli jusque-là. Et dans notre texte, il nous donne à entendre ses motivations profondes, la perception qu’il avait de sa mission, avec cette fameuse formule : « Je me fais tout à tous ».

« Je me fais tout à tous ». C’est une formule choc. Paul utilise le verbe grec ginomai qui signifie « naître ». Il s’agit donc pour lui presque de devenir quelqu’un d’autre pour rejoindre son interlocuteur. Dans la perspective de l’apôtre, la priorité, c’est les autres. Pour qu’il puisse remplir sa mission, il faut qu’il devienne quelqu’un d’autre, quelqu’un d’audible, de compréhensible, d’accessible, que son interlocuteur soit Juif ou Grec.

Ce n’est pas directement un texte d’exhortation. Paul ne dit pas : « Faites-vous tout à tous ! » Il parle de sa façon d’envisager les choses, celle d’un apôtre entièrement dévoué à sa vocation. Mais on devine aisément qu’il y a à la fois un fondement théologique fort et un souci pragmatique évident derrière cette formule. L’un et l’autre faisant bon ménage ! L’un et l’autre pouvant, du coup, interpeller notre façon d’être témoins du Christ nous-mêmes.

Un fondement théologique : l’incarnation

Quel est le fondement théologique de cette affirmation : « Je me fais tout à tous » ? Finalement, que dit-il dans ce passage ? Il affirme que, sans contrainte, il choisit de se faire serviteur de tous. Avec les Juifs, il vit comme un Juif. Avec ceux qui n’ont pas la loi de Moïse, il vit comme s’il n’avait pas lui-même cette loi. En somme, il cherche à devenir exactement comme ceux avec qui il vit. Et ce, dans un seul but : leur faire connaître le salut.

A quoi cela fait-il penser ? Quel est le modèle de Paul pour agir ainsi sinon le Christ ? Celui de l’hymne christologique de Philippiens 2 :
6Lui, il est l’égal de Dieu, parce qu’il est Dieu depuis toujours. Pourtant, cette égalité, il n’a pas cherché à la garder à tout prix pour lui. 7Mais tout ce qu’il avait, il l’a laissé. Il s’est fait serviteur, il est devenu comme les hommes, et tous voyaient que c’était bien un homme.

S’il y a bien quelqu’un qui s’est fait tout à tous, c’est Jésus-Christ ! Lui, le Fils de Dieu devenu homme. Lui qui a renoncé à la gloire céleste pour devenir serviteur. Lui qui est devenu comme nous pour nous rejoindre… et pour nous sauver.

On pourrait dire que Paul applique à son ministère la théologie de l’incarnation. Il est disciple de Jésus-Christ ; il veut vivre à l’exemple de son maître. Et du coup, il accepte de renoncer à certains droits pour se mettre au service des autres. Juif parmi les Juifs. Païen parmi les païens. Comme le Fils de Dieu est devenu homme parmi les hommes.

Un souci pragmatique : l’efficacité du témoignage

L’apôtre Paul est un grand théologien mais il est aussi un grand pragmatique. Cette lettre aux Corinthiens en est un témoignage. Et derrière cette fameuse formule, il y a aussi un souci pragmatique qui ressort particulièrement quand on considère la phrase en entier : « Je me fais tout à tous, pour en sauver sûrement quelques-uns. »

Dans cette épître en particulier, Paul a un souci constant de l’image que renvoie notre façon de vivre l’Église et de l’implication que cela a pour le témoignage de l’Évangile. Il y fait référence par rapport à la façon de vivre le culte, l’exercice des pratiques spirituelles, la façon de célébrer la Cène, la gestion des conflits dans l’Église, mais aussi la façon de s’habiller, la place des hommes et des femmes dans la communauté, etc… La préoccupation de l’apôtre est toujours de se demander quel impact, positif ou négatif, notre façon de vivre notre foi peut avoir sur ceux qui en sont témoin.

C’est aussi dans cette épître qu’on trouve cette autre formule choc : « Tout est permis mais tout n’est pas utile ». Où être utile doit s’entendre comme être utile à la communauté, être constructif, édifiant. La question à se poser n’est pas « ai-je le droit de faire ceci ou cela » mais « est-ce que ce que je fais est utile pour la communauté » ?

Le souci pragmatique de l’apôtre Paul, c’est que rien ne vienne faire obstacle à l’accueil de l’Évangile chez son prochain, qu’il soit Juif ou Grec. Et pour cela, il faut qu’il adapte sa façon d’être à la sienne. Il ne s’agit pas bien-sûr de faire n’importe quoi, juste pour suivre le mouvement… Le même apôtre Paul dit bien dans son épître aux Romains de ne pas se conformer au monde présent (Rm 12.1). Il s’agit donc de faire preuve de discernement. Mais il s’agit aussi de se demander comment dire l’Évangile pour être entendu, comment vivre en témoin du Christ avec notre prochain, quel qu’il soit ?

Nous faire tout à tous, aujourd’hui ?

Si, comme l’apôtre Paul, nous sommes disciples du Christ, alors nous devons suivre son exemple et nous faire aussi tout à tous… Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour nous, aujourd’hui ? Je vous propose trois pistes de réflexion :

D’abord, il s’agit de se décentrer de soi pour s’ouvrir à l’autre. Se faire tout à tous implique de connaître et de comprendre les autres. Et pour cela, il faut faire l’effort de sortir de sa bulle de chrétien, s’extraire de sa sous-culture évangélique. Impossible d’être français parmi les français, ou toulousain parmi les toulousains, si nous ne vivons pas avec eux !

Ensuite, il faut accepter une démarche de renoncement. A l’image du Christ qui a renoncé à la gloire céleste pour se faire serviteur. A l’exemple de l’apôtre Paul qui était prêt à se soumettre à la loi de Moïse alors qu’il n’était pas obligé de le faire. Et là, nous sommes assez en contradiction avec notre société où les droits sont élevés au-dessus des devoirs, où le plus important semble être la préservation des acquis et jamais leurs remises en question.

Enfin, il faut oser interroger nos pratiques, qu’elles soient individuelles ou communautaires. Qu’est-ce qui peut être de l’ordre du contre-témoignage dans notre vie quotidienne, dans nos pratiques d’Église ? Qu’est-ce qui parasite le message que nous voulons transmettre ?

Conclusion

Dans notre façon d’envisager l’évangélisation, nous ferions bien de nous inspirer de l’exemple de Paul. Comme lui, associons fondement théologique et souci pragmatique.

Le fondement théologique, et l’exemple suprême, c’est l’incarnation du Fils de Dieu, devenu homme parmi les hommes pour se faire serviteur de tous. Juif avec les Juifs. Grec avec les Grecs. Soyons toulousain avec les toulousains !

Le souci pragmatique pour Paul prend racine dans son souhait de rejoindre ses contemporains, quels qu’ils soient, « pour en sauver sûrement quelques-uns ». Et là notre réflexion doit être concrète et interroger les moyens mis en œuvres, identifier ce qui parasite notre message.

Se faire tout à tous… C’est à la fois agir à la suite du Christ, Dieu devenu homme, et mettre tous ses efforts à rejoindre, comprendre, aimer, nos contemporains. C’est notre mission de disciple de Jésus-Christ.




Un premier miracle révélateur

Marc 1.21-28

Nous sommes au tout début de l’Evangile de Marc. Juste après son baptême commence vraiment le ministère de Jésus caractérisé par le message qu’il annonce « changez car le royaume de Dieu est tout près de vous ; changez et croyez ! ». Jésus appelle ses premiers disciples et ils partent ensemble pour Capharnaüm, ville de la région de la Galilée, région où Jésus a passé la majorité de sa vie jusqu’ici.

Le jour du sabbat, jour consacré à Dieu, ils entrent dans une synagogue et Jésus se met à enseigner, suscitant l’étonnement chez ses auditeurs. Arrive un homme possédé par un esprit mauvais, c’est-à-dire un démon, qui le coupe et l’interpelle. L’évangéliste Marc choisit de raconter ce miracle en détail, ce premier miracle qui révèle déjà l’identité de ce Jésus encore inconnu. Il me semble que ce miracle, c’est une rencontre à trois niveaux, une rencontre d’abord avec un homme en souffrance, une rencontre ensuite avec un esprit ennemi, et plus largement, c’est une première rencontre avec la foule, témoin des paroles et des actes de Jésus.

1)   Un homme délivré

Ce miracle est premièrement la rencontre de Jésus avec un homme en souffrance, possédé par un esprit mauvais, une puissance démoniaque qui le phagocyte au point que cet homme n’est plus que l’ombre de lui-même, étouffé par cet esprit qui le domine, qui asservit toutes les parties de sa personne et l’abîme au plus profond de son être. Cet homme malgré lui passe la porte de la synagogue et vient perturber le culte, agité et conduit par cet esprit mauvais. Malgré lui, il ose interrompre le maître, celui qui enseigne en laissant ses auditeurs bouche bée, interloqués par son autorité.

Jésus ne voit pas en lui une menace, il ne cherche pas à l’exclure mais il le laisse venir. Nous reviendrons à son court dialogue avec le démon, mais il me semble que la réponse que Jésus fait à l’esprit mauvais (« Tais-toi ! et sors de cet homme ») montre que Jésus a comme premier souci la délivrance de cet homme. Il voit cet homme emprisonné, incapable de parler pour lui-même, incapable d’implorer l’aide du Seigneur, et la priorité de Jésus, c’est sa délivrance. Sors de cet homme ! Jésus ne perd pas de temps, il le délivre.

Jésus révèle là sa compassion pour ceux qui souffrent, ceux qui sont emprisonnés, ceux qui ne sont plus eux-mêmes. Cette compassion à l’égard de l’homme esclave d’un démon est aussi la compassion qu’il montrera envers les aveugles, les pauvres, les prostituées. C’est la compassion de celui qui vient délivrer l’humanité du mal qui la rend esclave, sous toutes ses formes – maladie, esclavage, violence, impureté, soumission à des forces mauvaises. C’est la compassion du Messie, sauveur du monde, venu relever des hommes et des femmes abattus.

Le salut que Jésus nous apporte est un salut intégral, englobant toute notre personne – notre corps, nos émotions, nos pensées, nos relations, nos projets, notre espérance.

Pour l’homme enfin libéré, enfin délivré ce samedi-là, le sabbat a pris tout son sens. C’est le repos qui vient après le trouble et la détresse causés par l’esprit mauvais. C’est la possibilité nouvelle d’avoir une relation avec Dieu, maintenant que les obstacles spirituels sont écartés. Jésus par ce miracle montre concrètement qu’une nouvelle ère est arrivée. C’est l’ère de la compassion de Dieu, une compassion large, généreuse, libératrice. Cette période de grâce que les juifs attendaient depuis plusieurs siècles s’ouvre avec l’intervention du Christ, qui révèle pleinement sa mission de libérateur.

2)   Un démon vaincu

Même si Jésus est d’abord soucieux de l’homme qui vient à sa rencontre, on ne peut pas manquer le bref mais intense dialogue entre l’esprit mauvais et celui qui porte le Saint Esprit de Dieu.

Ce dialogue est assez étrange. Le démon apostrophe Jésus en train d’enseigner. En entrant dans la synagogue, le démon, troublé par la prédication de Jésus, l’interrompt, et lui crie dessus comme pour répondre à une attaque. « Qu’est-ce que tu nous veux ? » Rien, Jésus n’a rien fait, n’a rien dit à ce démon ; mais la prédication de Jésus, son message, est en elle-même une menace pour ce démon, et c’est à ça qu’il réagit « Est-ce que tu es venu pour notre malheur ? »

Clairement, ce démon se sent attaqué, agressé par Jésus, et il prêt à en découdre ; on dirait qu’il essaie de maîtriser Jésus en déclinant son identité complète, comme font parfois les exorcistes demandant au démon son nom, son origine etc.  L’esprit mauvais clame : tu es Jésus de Nazareth, et, il ajoute un titre, le saint de Dieu.

C’est comme si le démon couvrait ses arrières en évoquant l’identité humaine de Jésus, connue de tous, et son identité divine. Le saint de Dieu, c’est celui qui est né du Saint Esprit, qui en a été rempli lors de son baptême, et qui par cet Esprit accomplit parfaitement la volonté de Dieu, sans jamais commettre le mal, sans jamais s’écarter de la justice et de la vérité. C’est aussi celui qui a été consacré, mis à part, pour Dieu, afin d’accomplir ce que personne ne peut réaliser : le salut dont les hommes ont besoin.

L’esprit mauvais, en tant qu’être spirituel, sait très bien à qui il a affaire : le messie envoyé par Dieu, son propre fils venu pour les hommes pour les délivrer. Il ne montre aucune difficulté pour le reconnaître, aucune hésitation pour l’identifier.

La réponse de Jésus, si brève, est lourde de sens. Jésus ne rentre pas dans son jeu : il ne discute pas, ne confirme pas son identité, ne cherche pas à mieux connaître celui qui l’apostrophe. Il le fait taire, et déguerpir.

Pourquoi Jésus impose-t-il le silence à ce démon qui est pourtant le premier à reconnaître sa véritable identité ? Parce que Jésus ne veut pas faire place aux paroles des démons, des ennemis de Dieu, de ceux qui œuvrent à la destruction des hommes et des femmes que Dieu veut sauver à travers Jésus-Christ. Jésus n’a que faire de ces confessions de foi creuses, qui ne sont suivies d’aucune confiance, d’aucun amour, d’aucun respect. Le démon sait qui est Jésus, mais ça ne change rien pour lui. Jésus ne cherche pas une reconnaissance superficielle, mais il désire la transformation du cœur, la repentance face à ce qui déforme les projets de Dieu – le péché, le mal – et la foi, l’ouverture à Dieu, le choix de vivre avec Dieu, en le suivant dans la justice et la paix.

Ce dialogue, c’est une sorte de combat spirituel entre un démon et le Christ. Mais ce combat se déroule sans aucun suspense : Jésus écrase cet esprit mauvais, annonçant dès ce premier miracle que son œuvre de salut pour l’humanité signifie aussi la destruction des forces spirituelles qui asservissent l’homme dans le mal, le péché, la mort. Dans cette rencontre, Jésus se révèle déjà comme celui qui fera taire Satan à la croix. C’est le début de la fin pour ces esprits mauvais.

Marc mentionne souvent les exorcismes, parce qu’ils soulignent pleinement la portée du salut en Jésus-Christ : toutes les puissances du mal seront réduites au silence et devront déguerpir de la création de Dieu, délivrée, restaurée, renouvelée grâce à Jésus-Christ.

3)   Une foule perplexe

Troisième rencontre, entre Jésus et la foule. Elle ajoute une troisième dimension à ce premier miracle. L’ensemble de l’épisode met en valeur la parole de Jésus : une parole pertinente, une prédication qui touche en plein cœur les auditeurs, une parole pleine d’autorité, qui ne se contente pas d’évoquer Dieu mais qui replace chacun devant Dieu, avec urgence et insistance, une parole enfin qui réalise ce qu’elle dit, une parole actrice, créatrice, puissante. C’est une parole qui révèle la vérité de Dieu, qui met à nu les hommes, qui délivre et qui sauve. Cette parole, c’est Dieu lui-même qui la prononce.

La foule comprend que ce prédicateur n’est pas comme les autres, les enseignants habituels, les scribes, non, c’est vraiment un prophète de Dieu. D’ailleurs la puissance de sa parole, suscitant l’obéissance d’êtres spirituels puissants, montre bien qu’il est supérieur.

Pourtant, la foule s’arrête là. Elle s’interroge, troublée, préoccupée par son enseignement, par sa puissance, incapable d’aller plus loin, de relier ces événements aux prophéties anciennes qui annonçaient le Messie, incapable de bien comprendre que le temps est venu, que Dieu s’est approché. La perplexité de la foule annonce déjà la diversité des réactions que rencontrera Jésus et les difficultés à accepter vraiment qui il est.

Conclusion

Ce premier miracle de Jésus, bien mis en valeur par Marc qui dit aussi plus loin que Jésus a réalisé de nombreux exorcismes et guérisons, tout au long de sa prédication en Galilée, ce miracle révèle déjà des aspects importants de la personne et de la mission de Jésus. Jésus homme est aussi fils de Dieu, le saint, le consacré, envoyé parmi les hommes pour les délivrer du mal. Ce miracle nous montre que la compassion de Dieu est première, son amour et sa grâce pour sauver des hommes défigurés, déformés par le mal. Il nous révèle déjà la victoire de Dieu sur le mal, sans dire encore comment, mais en montrant le caractère inéluctable de cette victoire.  Devant Jésus, devant ce sauveur, nous sommes appelés à croire, à reconnaître qui il est, pas en paroles seulement, mais de tout notre cœur, pour le laisser nous délivrer de tout ce qui écrase, afin de vivre pleinement le repos de la relation avec Dieu.




Jaloux de la grâce !

https://soundcloud.com/eel-toulouse/jaloux-de-la-gr-ce

Lecture biblique : Jonas 3.1-4.3

Le livre de Jonas est plein d’ironie. On pense surtout à la fin du récit, avec l’épisode du ricin que Dieu fait pousser puis sécher, pour donner une leçon au prophète qui est en train de bouder ! Mais il y a aussi le début du livre, avec la fuite de Jonas suite à l’appel de Dieu. Non, il n’ira pas où le Seigneur veut l’envoyer ! Il s’enfuit même dans la direction opposée… avant d’être rattrapé par le Seigneur qui déclenche une tempête et s’arrange pour que Jonas, jeté à la mer, soit gobé tout rond par un gros poisson et recraché sur la terre ferme. Retour au point de départ pour le prophète, non sans avoir passé trois jours dans le ventre d’un poisson ! Drôle d’histoire… Mais notre chapitre aussi a son lot d’ironie !

En effet, que demande le Seigneur à Jonas ? « Debout ! Va à Ninive, la grande ville. Annonce-lui le message que je te donne. » (v.2). Mais souvenons-nous de qui est Ninive ! C’est la capitale de l’Assyrie, le peuple qui fait peur à toute la région. Un monstre dévastateur qui conquiert, pille et détruit, partout où il passe. De plus, notre texte décrit la ville comme étant extraordinairement grande : il faut trois jours pour la traverser. Et Jonas, prophète de ce petit peuple d’Israël, doit aller dans cette ville, la traverser tout en annonçant haut et fort sa destruction prochaine. Honnêtement, je comprends pourquoi Jonas n’avait pas envie d’y aller !!!

Imaginez le pauvre Jonas, traversant la ville toute la journée et proclamant « Dans quarante jours, Ninive sera détruite ! » Logiquement, il aurait du se faire massacrer quelques minutes à peine après son arrivée ! Et c’est là que le récit du livre de Jonas nous prend encore à contre-pied. Contre toute attente, toute la ville entre dans une démarche de repentance, comme un seul homme. Le roi de Ninive lui-même descend de son trône et s’assoit sur la cendre en signe de deuil. Il ordonne à tout le monde de suivre son exemple. Il fait annoncer dans toute la ville que plus personne ne doit boire ni manger, et tout le monde doit revêtir l’habit de deuil. Et pour être sûr que personne n’est oublié, non seulement les habitants doivent le faire, mais les animaux aussi ! J’avoue que je ne sais pas trop à quoi pouvait bien correspondre des habits de deuil pour les animaux…

La réaction est si soudaine et si excessive qu’elle en devient presque comique. Et on n’en a pas fini avec les surprises puisque la conclusion du chapitre est étonnante : « Dieu voit leurs efforts pour abandonner leur mauvaise conduite. Il change d’avis. Il regrette le mal qu’il voulait leur faire, et il ne le fait pas. » (v.10)

Dieu change d’avis ! Ou comme le traduisent d’autres versions, « il revient sur sa décision » ou « il renonce au mal » qu’il avait annoncé. Ce changement d’avis de Dieu déclenchera la colère de Jonas car lui, il l’avait vu venir : « Je le savais bien, tu es plein de tendresse et de pitié, patient, plein d’amour, et tu regrettes tes menaces. » (4.2)

C’est quand même étonnant : être en colère parce que Dieu est plein d’amour ! Mais du coup, on comprend que la vraie raison pour laquelle Jonas ne voulait pas aller à Ninive, ce n’était pas la peur d’être tué par les assyriens mais la peur que Dieu pardonne à ses ennemis ! Ici encore, incroyable ironie..

Cette ironie qui parcourt tout le récit de Jonas donne à ce livre un caractère unique au sein de la Bible. Son humour veut nous faire réfléchir, nous interpeller, voire nous bousculer. A sa façon, le livre de Jonas est un ouvrage satirique !

Jonas : jaloux de la grâce !

Dans ce livre qui porte son nom, Jonas n’est pas vraiment à son avantage. C’est un peu un anti-héros. Ses réactions colériques, boudeuses, excessives, le font apparaître comme un prophète jaloux de la grâce de Dieu. Il ne veut pas que les habitants de Ninive puissent en profiter !

C’est d’autant plus étonnant que lui-même est au bénéfice de la grâce de Dieu, miraculeusement sauvé de la noyade par Dieu à travers le poissons envoyé par Dieu. Mais pour Jonas, la grâce, la bonté de Dieu, elle est pour lui, elle est pour son peuple. Mais pas pour ces païens. Ils ne la méritent pas ! Comme si la grâce se méritait…

Dans quelle mesure ne risquons-nous pas, nous aussi, d’être jaloux de la grâce de Dieu ? La bonté de Dieu, elle est pour tous ou elle n’est pas. Comme le dira Jésus : « (Dieu) fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Il fait tomber la pluie sur ceux qui se conduisent bien et sur ceux qui se conduisent mal. » (Mt 5.45)

En réalité, être jaloux de la grâce c’est démontrer qu’on n’a pas compris ce qu’est la grâce. L’exclure pour les autres, c’est s’en exclure soi-même. C’est oublier que j’ai, moi, autant besoin de la grâce de Dieu que celui qui ne pense pas comme moi, qui ne croit pas comme moi, qui ne vit pas comme moi.

Voilà pourquoi Jésus nous invite même à aimer nos ennemis et à prier pour ceux qui nous persécutent !

Dieu : du jugement à la grâce

Dieu lui-même est un acteur étonnant du récit de Jonas. Étonnant par les moyens qu’il met en œuvre (la tempête, le poisson, le ricin) pour accomplir son plan par le prophète. Étonnant, voire déroutant, dans sa façon d’agir, donnant l’impression de changer d’avis de façon tout à fait imprévisible.

Derrière cette expression, il y a sans doute une part d’anthropomorphisme, en attribuant à Dieu des comportements humains. Mais le « changement d’avis » de Dieu décrit surtout la réponse qu’il offre à la repentance des habitants de Ninive. Comme ils ont changé d’attitude envers lui, Dieu lui aussi change d’attitude envers eux. Et il fait grâce…

Évidemment, ce qui nous étonne, c’est que le message adressé par Jonas aux habitants de Ninive ne laissait pas vraiment d’espoir. Il n’y avait aucun appel à la repentance. Et pourtant… Jonas lui-même n’était pas dupe. Il avait compris avant tout le monde les intentions de Dieu. Même si ce n’est pas dit, la repentance suspend toujours le jugement de Dieu. Comme le dit si bien Jonas, Dieu est bon, plein de tendresse et de compassion. Jamais il ne restera sourd à un cri de repentance, jamais il ne sera insensible à un cœur brisé.

Il y a là un enseignement essentiel quant aux jugements de Dieu annoncé dans sa Parole. Ils sont toujours là pour nous inviter à la repentance. Les prophéties divines ne sont pas des prévisions inéluctables, le reflet d’un destin inflexible et aveugle. Elles sont l’expression du projet de Dieu, qui inclut des mises en garde et des interpellations, ou des encouragements et des promesses. Les prophéties ne sont pas là pour nous informer, elles sont là pour nous interpeller.

Nous ne devons pas étudier les prophéties bibliques pour en tirer une hypothétique chronologies des événements à venir, quand ce n’est pas chercher une date pour la fin du monde ! Nous devons les étudier, et les écouter, pour comprendre le projet de Dieu pour nous, et pour ajuster notre vie, nos pensées, notre comportement en fonction de ce projet. Quitte à devoir entreprendre des changements radicaux.

Conclusion

J’ai appelé tout à l’heure le livre de Jonas un ouvrage satirique. En effet, il manie l’humour, l’ironie, voire une certaine caricature, pour interpeller les consciences. Derrière le personnage de Jonas, c’est le peuple d’Israël, jaloux de la grâce de Dieu, qui est visé. Comme le seront les Pharisiens au temps de Jésus, fiers d’êtres, eux, descendants d’Abraham et auxquels Jésus répondra, non sans humour, que de quelques pierres le long du chemin il peut faire des descendants d’Abraham ! Comme peuvent l’être aujourd’hui, peut-être, ceux qui se contentent d’appartenir à une famille protestante, ou d’avoir reçu une éducation chrétienne, ou d’avoir été baptisé, ou d’être membre d’une Église évangélique !

Clairement, dans le livre de Jonas, ce n’est pas le prophète qui donne l’exemple mais les habitants de Ninive. Ce n’est pas le bon croyant, serviteur de Dieu, mais ce sont les païens. Ce sont leurs cris que Dieu entend. Car ce qui compte devant Dieu, ce ne sont ni nos origines, ni notre éducation, ni notre appartenance religieuse mais notre cœur, aujourd’hui. Est-il tourné vers Dieu ou fermé sur lui-même ? C’est la vraie question que nous devons nous poser…




Un esprit saint dans un corps saint

https://soundcloud.com/eel-toulouse/un-esprit-saint-dans-un-corps

Texte du jour: 1 Corinthiens 6.12-20

L’église de Corinthe est une église assez étonnante. D’un côté, elle est comblée des bienfaits de Dieu, comme le rappelle Paul au début de sa lettre ; d’un autre côté, cette communauté présente toutes sortes de problèmes auxquels Paul s’attaque dans cette assez longue lettre. Les conflits et les rivalités entre les membres, le débordement et le désordre dans le culte, l’indifférence aux pauvres, et, entre autres, des problèmes autour de la sexualité et du couple – ce sujet revient 3 fois dans la lettre ! Ce qui est intéressant, c’est la manière dont Paul répond à ces problèmes : il ne donne pas une liste d’interdits, mais il cherche les racines des problèmes, qui viennent souvent d’une compréhension inexacte de l’Evangile. Du coup, en plus d’alerter sur l’aspect destructeur de certains comportements, il rappelle le vrai sens de l’Evangile, pour réorienter les chrétiens dans une saine – et sainte – manière de vivre.

1)   L’immoralité sexuelle, un problème théologique

Avant de voir comment Paul répond aux Corinthiens, voyons quelle est la situation. Dans le large éventail des problèmes liés à la sexualité, Paul s’attaque en particulier au fait que certains chrétiens fréquentaient des prostituées. Corinthe était une ville prospère, cosmopolite, mais elle était réputée pour son réseau de prostitution très développé et implanté dans la ville. Après leur conversion, certains Corinthiens gardent leur habitude de fréquenter des prostituées. Le problème se corse, quand ces chrétiens, loin de se repentir, se justifient en disant que ces relations ne posent aucun problème en s’appuyant pour leur défense sur deux arguments.

Le premier, c’est que, par rapport à l’âme éternelle, le corps n’est qu’une enveloppe temporaire, destinée à être détruite à notre mort. Le corps est périssable, voire, pour cette raison, méprisable. C’est une idée bien ancrée dans la mentalité grecque de l’époque, qui tend à mépriser tout ce qui est matériel, bien inférieur au spirituel/ intellectuel. Cette conviction peut conduire soit à négliger complètement le corps, soit à faire ce qu’on veut, puisque, le corps étant mortel, ce qu’on fait avec n’a pas d’impact sur l’éternité. A partir de là, les Corinthiens font un parallèle – très actuel ! – entre la nourriture et la sexualité : de même qu’on apaise sa faim en mangeant, de même il faut répondre à ses envies sexuelles en les assouvissant.

L’autre argument touche à la liberté : Paul a largement insisté dans son enseignement sur la liberté par rapport à la loi et à son cortège de règles rituelles et alimentaires en particulier. Jésus-Christ a tout accompli et il nous rend libres ! Les Corinthiens prennent cet argument au pied de la lettre : ils sont libres, tout est permis ! il n’y a plus de règles, tout est possible.

2)   Le corps compte aux yeux de Dieu

Paul répond à cette justification des Corinthiens en incitant à une réflexion sur le corps et sur la liberté. Commençons par le corps : pour Paul, l’inconduite est impensable parce que le corps a lui aussi de la valeur aux yeux de Dieu.

  1. parce qu’il fait partie intégrante de notre personne

D’abord, le corps fait partie intégrante de la personne. L’être humain possède un corps, ce qui est palpable, visible, matériel, et une âme, l’être intérieur, spirituel, invisible. Dieu a voulu les deux : dans sa sagesse, sa générosité et sa créativité (un des chants de D. Pialat parle de Dieu comme un sublime artiste), il a choisi de créer une réalité concrète, en plus d’une réalité spirituelle. Comment trouver méprisable ce que Dieu a créé avec tant de soin ?

Bien plus, Dieu a choisi de les unir si étroitement qu’il est impossible de vivre sans l’un ou l’autre. D’ailleurs, dans la Bible, la séparation de l’âme et du corps, c’est la définition de la mort !  Le corps est comme le support de l’âme, il révèle ce qui est intérieur : il montre la joie ou la peine, la peur ou le désir, il exprime notre générosité ou notre haine – par des mains tendues ou des poings fermés. Il nous permet aussi d’entrer en relation avec l’autre : par un sourire, le partage d’un repas, une accolade, une discussion, un match de sport.

C’est pour cela que Paul souligne la gravité du péché sexuel : notre comportement physique a un impact sur notre être tout entier, sur notre identité. Et c’est particulièrement vrai de la sexualité qui a pour vocation de concrétiser l’intimité entre deux personnes, une relation d’amour de confiance et d’engagement. Distinguer nos sentiments ou nos relations de notre corps est non seulement mensonger mais aussi destructeur.

  1. parce que le corps va ressusciter avec l’âme

Une deuxième raison, c’est que, contrairement à ce que pensent les Corinthiens, le corps n’est pas destiné à périr. En effet, et c’était manifestement un point difficile pour eux parce que Paul y consacre tout le ch. 15 de sa lettre, Dieu va nous ressusciter âme et corps pour la vie éternelle. Il l’explique mieux dans le ch. 15, mais ce qu’il faut retenir c’est que notre créateur ne renonce pas aux réalités physiques ! Il les ressuscitera en les transfigurant, même si certaines fonctions disparaîtront peut-être.

Même si nous ne pouvons pas imaginer comment, Paul nous rappelle que le salut concerne aussi notre corps, pour lequel nous devons donc rechercher la même sainteté et la même consécration que pour notre âme.

  1. parce que le corps est habité par Dieu dès aujourd’hui

Une troisième raison, c’est que notre corps, créé par Dieu, appelé à la résurrection, est dès aujourd’hui habité par Dieu. Paul utilise plusieurs images : vos corps sont des parties du corps du Christ, vous êtes le temple du Saint Esprit. Notre corps appartient à Dieu, dès aujourd’hui, autant que notre âme ! Notre personne tout entière est dès aujourd’hui si intimement liée et unie à Dieu grâce au Christ dans le Saint Esprit que déshonorer notre corps, porte atteinte à notre intimité avec Dieu. Les péchés « physiques » ne sont pas moins (ou plus) graves que d’autres péchés plus « spirituels » : ils sont aussi graves, ils ont le même pouvoir destructeur sur notre relation avec Dieu.

3)   Libres, mais pas pour faire n’importe quoi

Paul répond à l’argumentation des Corinthiens en démontrant la valeur du corps aux yeux de Dieu, hier aujourd’hui et demain, et il répond aussi à l’argumentation autour de la liberté. Christ nous a libérés : qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça veut dire « tout m’est permis », comme le slogan des Corinthiens ?

  1. liberté versus utilité

Paul ne répond pas à la question du droit, de ce qui est permis, autorisé, en énonçant des interdictions, mais il déplace la question sur un autre terrain. Il ne s’agit pas de réintroduire de nouvelles lois au chrétien vivant par la grâce dans la liberté de Dieu, mais Paul invite à réfléchir au sens de nos actes. Oui nous sommes libres, mais pour quoi ? dans quel but ? La liberté n’est pas un dieu, c’est un don de Dieu. La vraie liberté est toujours liberté de faire le bien, pour autrui et pour soi. Quelle liberté est-ce de mentir, de frapper, de déshonorer, de trahir ? Est-ce être libre que d’être superficiel, agressif, égoïste, obtus, insupportable ? La liberté, c’est la liberté de faire ce qui est bon.

  1. liberté versus esclavage

Non seulement la liberté est faite pour le bien, mais en plus Paul attire notre attention sur notre marge de liberté lorsque nous cherchons à assouvir toutes nos envies, toutes nos pulsions, que nous voulons tout avoir et à tout faire. Ces comportements, loin d’être les signes d’une personne libre, caractérisent plutôt une personne enchaînée à ses besoins et à ses désirs, incapable de se maîtriser et de choisir ce qu’elle veut vraiment, ce qui est bon. Au nom de la liberté, les Corinthiens se rendent esclaves de leur propre corps, de leur convoitise, de leur superficialité.

  1. liberté et appartenance à Dieu

Un dernier argument vient anéantir la réflexion des Corinthiens sur la liberté : le chrétien est libre, en Christ. En appartenant au Christ. Le chrétien est libre car fils du Dieu qui rend libre.

Racheté par Dieu en Jésus-Christ, qui a tout accompli pour nous libérer de l’emprise du mal, pour nous délivrer de ce qui nous corrompt et nous asservit, voilà comment le chrétien reçoit sa liberté, et avec elle il reçoit une nouvelle identité. Dieu le Fils, en Jésus-Christ, s’est donné pour que nous soyons non plus des esclaves mais les fils et les filles de Dieu, ses enfants bien-aimés, bénis aujourd’hui par une relation riche et intime avec Dieu, promis à la joie de la vie éternelle en présence du Dieu juste et bon que nous révèle Jésus-Christ.

Comment les enfants de Dieu, adoptés par grâce, adoptés à un grand prix, plongés dans cette intimité, pourraient-ils une seule seconde imaginer utiliser la liberté qu’est la vie avec Dieu pour agir d’une manière inacceptable aux yeux de Dieu ? Le chrétien ne s’appartient plus : il est à Dieu. Comment dire : je fais ce que je veux ? Qui est ce « je » ? un être sauvé, guéri, relevé par Dieu pour un destin glorieux et éternel en sa présence ! « je » ? mais ce « je », c’est l’identité nouvelle que Dieu me donne en Christ, et il n’y a pas de place, dans cette nouvelle identité, pour les vieux comportements qui nous menaient dans des impasses !

Conclusion

Paul répond à un problème trivial en évoquant les splendeurs du salut : la valeur que Dieu accorde à notre personne, depuis notre création jusque dans l’éternité, ainsi que le sens de l’Evangile : nous sommes libérés pour le bien, pour aimer, pour être justes, vrais, pour être artisans de paix, pour rire, pour rayonner.

Le problème des Corinthiens venait en partie du fait qu’ils avaient oublié ou mal compris le sens du salut, la portée notre espérance, pourtant c’est Paul lui-même qui leur avait tout expliqué ! De leur exemple, retenons la nécessité absolue de toujours revenir aux fondements de notre foi, de toujours approfondir le sens de ce que nous croyons : en comprenant bien d’où nous tirons notre identité – de la Croix, qui nous sommes aujourd’hui – enfants du Dieu de grâce et de vérité, et où nous allons – dans son Royaume de justice et de paix, notre vie entière sera transformée.




Solidaires !

https://soundcloud.com/eel-toulouse/solidaires

goutte d'eauLe deuxième dimanche de janvier est traditionnellement consacré à l’épisode du baptême de Jésus. Un récit qui, dans la version de Marc, nous est relaté de façon très sobre, et qui peut même entrer en écho de façon surprenante avec l’actualité sombre de cette semaine.

Lecture biblique : Marc 1.6-11

Il est remarquable de souligner que le ministère public de Jésus débute avec son baptême. Pas avec un miracle spectaculaire, pas avec un enseignement éloquent à une grande foule. Il commence dans un acte plein d’humilité, d’identification à l’humanité qu’il est venu sauver.

Le baptême de Jésus-Christ, c’est le signe de son incarnation. C’est le choix de la solidarité. Il n’est pas venu sauver l’humanité « de l’extérieur » mais de l’intérieur : en devenant l’un des nôtres. Il n’est pas venu seulement « prendre chair », ou prendre un corps comme on revêt un costume. Il est véritablement devenu homme. Il a accepté d’avoir faim et soif, d’être fatigué, de devoir se reposer et dormir. Il est venu épouser notre condition de pécheur, sans toutefois pécher. Il a accepté nos limites, nos faiblesses, nos blessures. Il a accepté de souffrir. Il a accepté de mourir.

D’une certaine façon, le baptême de Jésus était le premier pas sur le chemin qui allait le mener jusque sur la croix. Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle l’Esprit saint est descendu sur lui sous la forme d’une colombe ? Peut-être est-ce aussi pourquoi la voix de son Père a retenti du ciel, pour lui : « Tu es mon fils très aimé. C’est toi que j’ai choisi avec joie. » Peut-être avait-il besoin d’un soutien, d’une promesse pour le chemin difficile à venir…

La décision de Dieu, en Jésus-Christ, de choisir la solidarité est bouleversante. Parce que Dieu nous aime, il a choisi de lier son sort au nôtre. Il aurait pu laisser tomber. Tout recommencer ailleurs. Il a décidé, au contraire, de nous sauver, en devenant l’un des nôtres.

Et solidaire, il l’est aujourd’hui encore. Jésus-Christ, mort et ressuscité, est toujours notre frère en humanité. Ne pensez-vous pas qu’il souffre de voir ce que ses frères humains sont capables de faire, qui plus est au nom de Dieu ? Cette semaine, la terreur a frappé à nos portes. Et cela rend plus tangible peut-être la terreur que des milliers d’hommes et de femmes affrontent depuis si longtemps dans certaines parties du globe. Victimes de la haine et du fanatisme. D’ailleurs cette semaine aussi, Portes Ouvertes a fait paraître son index mondial de la persécution des chrétiens, rappelant que cette triste réalité ne faiblit pas. Bien au contraire.

Solidaire, voilà un mot que nous avons besoin d’entendre aujourd’hui ! Nous devons être solidaires des familles endeuillées, à Paris comme ailleurs dans le monde, là où règne la terreur par la folie des hommes. Solidaires de nos frères et sœurs persécutés pour leur foi. Mais solidaires aussi de toutes les victimes collatérales, exposés aux discours racistes et réducteurs qui mettent dans le même sac terrorisme, musulmans, arabes, immigrés… Solidaires aussi avec ceux qui défendent la liberté de la presse, la liberté d’expression, la liberté d’opinion, partout dans le monde. Une liberté qui doit pouvoir s’exprimer aussi à travers l’humour, la satire. Y compris pour dénoncer les travers de toutes les religions. Y compris quand ça nous concerne…

Qu’est-ce qui blesse le plus Dieu ? Un dessin satirique, même jugé blasphématoire ? Ou une folie meurtrière en son nom ? Ce qui touche le Seigneur, ce qui le fait souffrir, ce sont les horreurs qu’on commet en son nom. Ce sont nos discours empreints de haine, notre racisme latent, parfois caché derrière un vernis religieux. C’est notre indifférence à ceux qui souffrent, à la manière du Pharisiens et du prêtre de la parabole du bon Samaritain. C’est notre silence face à l’injustice…

Solidaire. Jésus-Christ a choisi de l’être avec nous, son baptême en est un signe d’une grande force. Comment ne pourrions-nous pas aussi être solidaires de nos frères en humanité ?

 

De l’espoir, quand même ?

Revenons au récit du baptême de Jésus. La lecture que j’en ai proposée, à la lumière des événements récents, est certes sombre. Mais ne peut-on pas y puiser aussi de l’espoir ? La colombe, symbole de l’Esprit saint, est bien un signe d’espoir. C’est une colombe qui est venu annoncer à Noé la fin du déluge et la possibilité d’un nouveau départ. Dans ses paroles adressées à son Fils, le Père ne parle-t-il pas d’amour et de joie ? Toute la Trinité est mobilisée pour cet épisode, jalon essentiel dans l’accomplissement du projet de salut de Dieu.

Si, pour Jésus, le baptême est le premier pas de son chemin vers la croix, pour nous, c’est le premier pas de notre chemin de salut. Dieu lui-même a jugé bon d’élaborer un plan pour nous sauver, et de lier son sort au nôtre. Il y a bien de l’espoir. Toujours.

S’il y a un espoir à garder dans l’humanité, c’est parce qu’elle est créée à l’image de Dieu. L’image de ce Dieu qui a choisi de nous sauver en Jésus-Christ, de ce Dieu qui a fait preuve de la plus belle des solidarités. Capable du pire, à cause de son péché et de son arrogance, l’humanité est aussi capable du meilleur quand elle laisse l’image de Dieu en elle se manifester.

S’il y a un espoir, donc, c’est moins à cause de l’homme que grâce à Dieu. C’est moins par humanisme que par espérance et foi. C’est moins à cause de la solidarité entre les hommes que grâce à la solidarité de Dieu avec nous. Mais l’espoir est réel. A cause de l’amour de Dieu. Jésus lui-même a été victime de la haine et de la barbarie des hommes. Il a été condamné, lui l’innocent. Et il est mort, crucifié. Mais la haine a été vaincue, sur la croix, quand Jésus a dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » La mort elle-même a été vaincue : Jésus-Christ est ressuscité.

Dieu est toujours capable de faire surgir la vie de la mort, de faire éclater la lumière des ténèbres. C’est notre espérance, celle qui naît de l’Évangile !

Conclusion

En guise de conclusion, je vous propose un dessin… de Cabu.

CabuOn n’impose pas la foi par la force ou la terreur. Jamais. Toutes les formes de violence justifiées au nom de Dieu sont autant d’atteintes directes à Dieu. Voilà les vrais blasphèmes !

L’exemple que Jésus nous a laissé, le jour de son baptême, est celui de l’humilité et de la solidarité. Si nous voulons être vraiment ses disciples et ses témoins, c’est le même chemin que nous devons emprunter !