Une marche avec le Christ qui transforme la vie

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Lecture biblique : Philippiens 1.3-11

Deuxième indice de Vitalité

Lorsque Paul écrit aux Philippiens, il est en prison et il traverse des moments difficiles ; pourtant, sa lettre déborde de joie et de tendresse, et ce passage en donne le ton. L’église de Philippes est une des églises fondées par Paul, mais elle se distingue par le lien particulier qui l’unit à Paul, puisque les Philippiens ont énormément soutenu Paul dans son ministère, notamment par des dons financiers qui ont permis à Paul d’annoncer l’évangile sans rien demander aux gens à qui il prêchait. Ils sont collaborateurs, participants du ministère de Paul par leurs prières, leur soutien, leur don, et évidemment c’est un lien privilégié qui s’est tissé entre Paul et cette église.

A partir de ce texte, j’aimerais dégager quelques éléments pour stimuler notre réflexion sur notre marche avec le Christ.

1)   Une transformation continuelle     

Premièrement, Paul rappelle avec force que marcher avec le Christ, c’est une aventure qui nous transforme jour après jour, qui nous fait grandir continuellement. La prière qu’il porte à Dieu en faveur des Philippiens, c’est que leur amour grandisse encore et encore, pour gagner en sagesse et en discernement. Je me souviens d’un pasteur qui faisait sa thèse sur la croissance chrétienne, et qui disait : « je crois (foi) donc je croîs (grandis) ; je crois donc je croîs ». La croissance spirituelle est incontournable dans la vie chrétienne : l’engagement avec Dieu, la foi, la conversion, ne sont que le premier pas, comme un bébé qui vient de naître et doit grandir pour réaliser sa vocation à être humain. De la même manière que des jeunes parents font tout pour favoriser la croissance de leur enfant, Dieu s’attend lui aussi à nous voir, nous, nouveau-nés de la foi, grandir et devenir adultes.

Le but de cette croissance, c’est un amour surabondant, qui nous aide à voir clair, à comprendre les choses parfaitement (le discernement), c’est une vie pure et sans défauts, remplie d’actes justes, autrement dit, c’est la sainteté, un objectif d’autant plus pressant que c’est pour Dieu, pour sa gloire, pour l’honorer et le réjouir. J’aimerais faire trois remarques sur cette transformation qui nous conduit vers la sainteté :

  1. D’abord, la sainteté se définit à la fois par ce qu’elle n’est pas, et par ce qu’elle est, positivement. Souvent, on associe la sainteté à l’absence de certains traits (mensonge, immoralité, colère…). C’est très juste, mais la sainteté, c’est aussi la présence d’autres éléments : la bonté, la patience, la générosité, l’équilibre, des actes concrets etc.
  2. Ensuite, vous remarquez que la croissance spirituelle comporte à la fois des éléments de connaissance, d’actions et de sentiments (l’amour). Les trois vont ensemble : il nous faut progresser dans notre savoir sur Dieu et le monde, dans notre comportement, et dans notre attitude intérieure, ce mélange de volonté, de sentiments, de projet, qu’on appelle le cœur dans la Bible. Toute notre personne doit progresser dans sa marche avec le Christ, toute notre personne doit viser une plus grande maturité : dans le savoir, dans les sentiments, dans les actions. Progresser sur un seul point, c’est avancer à cloche-pied.
  3. Troisième remarque : nous sommes déjà saints, et nous ne le sommes pas. Nous sommes comme ces jeunes diplômés qui sortent de l’école, qui ont le statut mais pas l’expérience. Notre croissance, si elle est nécessaire, n’a pas pour but de nous faire gagner le salut : nous l’avons déjà, en Christ, par la grâce de Dieu. Non, le but de notre croissance, c’est de mettre en œuvre ce salut que nous avons reçu. Pour prendre une autre image, on pourrait dire que nous avons déjà reçu la graine du salut, de la justice, de la sainteté, c’est un don de Dieu, mais ce don a pour vocation de donner une plante chargée de fruits : c’est la sanctification. A quoi servira la graine si les fruits ne poussent pas ?

En Jésus-Christ, nous sommes sauvés pour vivre avec Dieu, être ses enfants, des enfants qui grandissent et deviennent adultes, mûrs, responsables, équilibrés, laissant l’Evangile transformer toute leur personne.

2)   Grâce de Dieu et engagement personnel

Si le chemin vers la maturité, ou sanctification, est incontournable à notre foi, comment grandir ? Comment progresser ?

Paul donne une première réponse au v. 6 « 6Je suis sûr d’une chose : Dieu qui a commencé en vous un si bon travail va le continuer jusqu’au bout ». C’est Dieu qui œuvre en nous. Ouf ! La sanctification a beau être incontournable, elle reste inaccessible aux forces humaines. Dieu s’attend à nous voir grandir mais il nous aide aussi à grandir : il n’est pas un juge froid et distant, à surveiller nos résultats d’un œil d’acier. Loin de là, Dieu est ce père tendre et débordant d’amour qui nous offre tout ce dont nous avons besoin pour avancer, comme ces pères qui tiennent leur nourrisson par la main, puis plus tard apprennent à leur enfant à conduire, donnent des conseils, forment, soutiennent, encouragent.

Il nous a donné la Bible, sa parole, où nous apprenons comment Dieu fonctionne, quelles sont ses valeurs, ses priorités, son caractère, tout ce que nous sommes appelés à nous approprier dans notre croissance, pour être de plus en plus à l’image de Dieu. Dieu nous donne même un modèle humain en Christ, que nous pouvons contempler dans l’Evangile : Jésus, Dieu devenu homme, saint, pur, débordant de compassion et de justice. Et pour nous aider à suivre ce modèle, Dieu nous donne le Saint Esprit, son Esprit à lui, qui habite en nous, qui nous inspire de l’intérieur, qui travaille dans le secret de notre cœur, pour nous aider à ressembler de plus à plus au Christ.

Ainsi, la sanctification est aussi un don de Dieu, c’est une grâce qu’il nous fait, puisque Dieu nous accompagne et nous entoure sur ce chemin de foi.

Cela étant, qui dit grâce ne dit pas passivité. Dieu œuvre, mais pas malgré nous, et nous sommes appelés à nous engager nous aussi, dans ce processus de transformation. Il nous faut faire preuve de détermination pour choisir et rechoisir régulièrement d’avancer, d’aller plus loin, dans notre relation avec Dieu, dans notre ressemblance au Christ, dans notre ouverture au Saint Esprit.

Cette détermination à grandir implique peut-être d’évaluer, de mesurer, notre croissance. Paul comme Jésus utilisent l’image du fruit, de la moisson, avec des quantités, mais aussi de la croissance mesurable d’un enfant. L’évaluation ne sert pas à éteindre, juger ou casser, elle montre simplement où on en est, quels sont les manques, les excès, et les prochains chantiers de notre transformation. On peut le vivre individuellement et collectivement, en se confrontant à notre modèle et en demandant à Dieu de nous montrer où progresser, par un livre, une retraite, un camp, une série de prédications…

3)   Un lieu privilégié : l’église      

Avant de terminer, j’aimerais souligner le rôle central de l’église dans notre sanctification. L’église n’est pas optionnelle dans notre marche avec Dieu : c’est le lieu privilégié où Dieu agit pour nous transformer. La prière de Paul encourage à développer l’amour pour qu’il gagne en sagesse, en discernement, et en actions justes. La base, c’est l’amour, et ça se vit à plusieurs. La marche avec le Christ n’est pas un programme de développement personnel ou d’affirmation de soi. Il y a une part où l’on se découvre, où l’on développe ses dons etc., mais toujours dans le cadre général des relations avec les autres. Jésus donne un seul commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Comment ressembler au Christ si l’on n’est pas engagé dans des relations d’amour, des relations fraternelles ?

Paul, dans sa lettre, donne un bel exemple du ministère pastoral : il dit aux Philippiens qu’il les aime, qu’il les chérit, avec l’ardeur et la tendresse du Christ lui-même. Cet amour qui prend aux tripes n’est pas réservé à Paul, mais nous sommes appelés à nous aimer tous, les uns les autres, à nous impliquer les uns pour les autres, à nous encourager, à nous conseiller, à nous soutenir, pour avancer ensemble. Dans l’église, les sages font réfléchir les impétueux, les impétueux font réagir les sages, les expérimentés conseillent, les rêveurs stimulent, et ce n’est pas la prérogative des pasteurs ou du conseil, loin de là ! C’est le rôle de chacun de contribuer à la croissance des autres, dans des relations individuelles, dans des petits groupes, dans des lieux de service, dans le culte. Chacun peut donner, et chacun peut recevoir, afin que tous, nous grandissions en maturité et en fécondité spirituelle.

Bien sûr, il ne s’agit pas de faire de l’ingérence dans la vie d’autrui, mais l’individualisme occidental, qui se retranche derrière un sacro-saint respect de la vie privée, n’est pas biblique. Dieu nous a créés pour nous entraider, et parfois, cela implique de prendre les devants pour aider celui qui est bloqué ou tombé à se remettre en marche.

Dans cette entraide, la prière est essentielle. Prier, c’est la base d’une relation avec d’autres qui va favoriser leur croissance et la nôtre, parce que la prière nous ouvre à l’intervention de Dieu. J’aimerais nous exhorter à prier pour notre croissance spirituelle et celle de nos frères et sœurs, comme le fait Paul à l’égard des Philippiens. Adresser à Dieu notre reconnaissance pour les progrès effectués grâce à lui – comme une addiction qui perd de son pouvoir, un courage qui se développe, des progrès en patience en justice, en bienveillance… – ce qui implique de confier, dans des moments adaptés, bien sûr, peut-être en petits groupes, confier nos progrès. De la même manière, il est bon de confier à la prière de nos frères et sœurs les défis spirituels qui sont devant nous, les blocages, même les échecs et les chutes. Nul n’est juge des autres, nous sommes au contraire là pour nous encourager mutuellement et nous relever les uns les autres. A titre personnel, j’ai énormément changé et je me suis beaucoup rapprochée de Dieu lorsque j’ai pu trouver des frères et sœurs à qui confier mes défis et mes difficultés, et les remettre à Dieu dans la prière. Dieu ne nous a pas créés pour progresser seuls, mais il œuvre en nous et à travers nous pour notre bien et celui des autres.

Conclusion 

La vie avec le Christ doit nous transformer, jour après jour, année après année, décennie après décennie, jusqu’au dernier jour sur cette terre. Comment grandir ? En s’appuyant sur l’œuvre de Dieu, en méditant sa Parole, en se familiarisant toujours plus avec le Christ, en s’ouvrant à l’œuvre de l’Esprit dans la prière, avec humilité et confiance. Dans tous ces aspects, l’église a un rôle essentiel : Dieu nous a unis par son Esprit, autour du Christ, par des liens éternels, pour que nous nous engagions les uns envers les autres, que nous prenions part à la vie les uns des autres, pour que l’église soit un lieu d’encouragement, de croissance, de conseil, où l’on peut apprendre, s’essayer, tomber, se relever, pleurer et se réjouir ensemble, avec Dieu.

Alors croyons, et croissons ensemble ! Les uns avec les autres, les uns par les autres, nourris de la Parole de Dieu, abreuvés par son Esprit, pour la gloire de Dieu que nous révèle le Christ, son Fils unique, notre sauveur !

Prière d’après la prière de Paul en Ep 3

14C’est pourquoi je me mets à genoux devant Dieu le Père, 15de qui toute famille reçoit son nom dans les cieux et sur la terre. 16Oui, je lui demande de vous rendre forts par son Esprit, tellement sa gloire est grande. Ainsi, vous pourrez être des chrétiens solides. 17Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi ! Plongez vos racines dans l’amour et soyez solidement construits sur cet amour. 18Alors vous serez capables de comprendre avec tous les chrétiens la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l’amour du Christ. 19Vous connaîtrez cet amour qui dépasse tout ce qu’on peut connaître. Vous recevrez toute la vie de Dieu, et il habitera totalement en vous.

Dieu créateur, nous sommes ta famille. Cette église t’appartient. Fortifie-nous par ta puissance abondante et inimaginable. Nous sommes enracinés et fondés dans l’amour parce que le Christ demeure en nous, mais nous désirons vraiment saisir, avec tout notre être, combien ton amour est vaste, et nous voulons être remplis de ton amour jusqu’à en déborder. Nous pouvons devenir et faire ce pour quoi tu nous as créés, si et seulement si tu œuvres avec puissance en nous. Alors, nous t’en prions, œuvre parmi nous, en nous, à travers nous, pour ta gloire et pour le bien de ceux qui nous entourent.

A celui qui peut faire infiniment plus que ce que nous demandons ou imaginons, par la puissance de son Esprit travaillant en nous, à lui soit la gloire dans l’église et en Jésus-Christ dans toutes les générations, pour toujours ! amen




La Parole de Dieu au centre

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Cette prédication est la première d’une série sur les 10 indices de vitalité, empruntés au processus « Vitalité » proposé par l’UEEL pour une revitalisation des Églises. Ces indices bibliques veulent aider les Églises à porter un regard juste sur elles-mêmes, en vue de devenir des Églises saines et missionnaires.
Et comme une Église, c’est avant les membres qui la composent, ces indices de vitalité peuvent aussi nous aider à faire le point sur notre propre vie spirituelle.
Lecture biblique : 2 Timothée 3.10-17
2 Timothée 3.16 est sans doute un des versets bibliques préférés dans nos Églises évangéliques, un de ceux qui sont les plus cités… Après Jean 3.16 évidemment ! Nous aimons ce texte qui souligne l’inspiration des Écritures, et grâce auquel nous pouvons dire que la Bible est la Parole de Dieu.
Mais pour bien le comprendre, il est utile de le replacer dans son contexte. La deuxième épître à Timothée est une épître tardive du Nouveau Testament. Elle contient les dernières instruction de l’apôtre Paul à son protégé Timothée. Nous sommes dans un contexte de lutte, la persécution contre les chrétiens s’intensifie et Paul dit à Timothée que ça va être dur, qu’il va continuer à rencontrer de l’opposition, qu’il devra se battre et risquer la persécution.
Pour faire face à tout cela, il y a un fondement solide sur lequel s’appuyer : la Bible, Parole de Dieu. Paul invite Timothée à la mettre au cœur de son ministère. La Parole de Dieu au centre. Voilà bien un premier signe de vitalité, pour un chrétien comme pour une Église. Mais qu’entend-on par là ?
La Parole de Dieu est au centre si son autorité est respectée
L’autorité de la Parole de Dieu découle de son inspiration. Si la Bible est la Parole de Dieu, alors elle doit être prise au sérieux et être LA référence pour notre foi et notre vie chrétienne. A cause de Celui qui l’a inspirée.
Comment sait-on si l’autorité de la Parole de Dieu est respectée ? Si elle sert toujours d’étalon à notre foi et notre pratique. Si tout ce que nous faisons cherche à être en accord avec l’enseignement biblique.
Et on a beau dire que la Bible est notre autorité en matière de foi, avouons qu’en pratique, d’autres choses lui contestent cette autorité. Le poids des traditions et des habitudes, la recherche d’expériences ou de sensations fortes, la comparaison (pour ne pas dire la compétition) avec les autres…
Qu’est-ce qui gouverne notre vie ? Qu’est-ce qui est le fondement de nos différents comportements ? Qu’est-ce qui oriente notre vie d’Eglise ? Pourquoi fait-on telle ou telle activité ? Dire : « On a toujours fait comme ça… » n’est jamais une réponse valide !
Il s’agit de remettre les habitudes et les traditions à leur place. Il n’y a pas de tradition qui ne puisse être mise en doute, pas d’habitude qui ne puisse être questionnée. Ça ne veut pas dire qu’on va forcément rejeter toute tradition. Mais il faut que nous soyons prêts à les réévaluer sans cesse à la lumière de la Parole de Dieu.
La Parole de Dieu est au centre si elle étudiée avec sérieux
Pour certains, on pourrait croire qu’il suffit de citer un verset biblique pour justifier telle doctrine ou tel comportement pour avoir respecté l’autorité de l’Ecriture. C’est une erreur ! Je sais qu’il y a cette habitude bien évangélique de vouloir toujours trouver un verset biblique qui réponde de manière définitive à chaque question. Mais la Bible n’est pas un livre de recettes…
L’apôtre Paul rappelle à Timothée que la Parole de Dieu est utile « pour enseigner la vérité, pour persuader, pour corriger les erreurs, pour former à une vie juste. » Cela implique bien plus que de simples citations de versets bibliques mais une étude sérieuse, une lecture intelligente.
Une lecture intelligente de la Bible, c’est d’abord une lecture qui la prend pour ce qu’elle est : une véritable bibliothèque, riche de toute sa diversité. Avec une intention première : révéler le projet de salut de Dieu. Mettre la Parole de Dieu au centre, c’est développer sa culture biblique. Lire et relire la Bible, toute la Bible. Il faut privilégier l’ensemble par rapport au détail. Préférer une lecture continue à une lecture fragmentée.
Ca implique sans doute aussi d’éviter une lecture solitaire. La lecture personnelle est importante, bien-sûr. Mais lire intelligemment la Bible, c’est aussi la lire ensemble, dans l’écoute mutuelle, en acceptant les débats. Pas de pensée unique dans la lecture intelligente de la Bible ! Il s’agit d’être prêt à se laisser surprendre, à être remis en question.
La Parole de Dieu est au centre si elle est mise en pratique
Il faut aller plus loin. Une lecture intelligente ne s’arrête pas à l’intellect. L’apôtre Paul termine son paragraphe en soulignant le but ultime visé, qui n’est pas d’augmenter sa connaissance mais d’être « parfaitement préparé et formé pour faire tout ce qui est bien. » (v.17)
L’objectif pointé par l’apôtre Paul, ce n’est pas une connaissance encyclopédique de la Bible mais une vie transformée et façonnée par elle. La Bible pour elle-même ne sert à rien. Son étude, sa méditation, n’a de sens que si elle nous permet d’avancer spirituellement, de progresser dans la foi.
La Bible sera au centre de notre vie, au centre de notre Église, si elle est mise en pratique. La centralité de la Parole de Dieu se mesure aux fruits qu’elle nous fait porter dans notre vie. Comment la lecture de la Bible continue-t-elle à vous transformer aujourd’hui ?
Il est triste, et parfois même scandaleux, de voir des chrétiens qui connaissent la Bible sur le bout des doigts avoir un comportement en complet désaccord avec l’Évangile : dans le jugement, refusant de pardonner, étant fauteur de trouble, dans le mensonge ou les magouilles… Ce n’est peut-être pas le dimanche au culte, mais pendant la semaine sur leur lieu de travail ou dans leur famille. Ces chrétiens ont beau connaître la Bible par cœur, la Parole de Dieu n’est certainement pas au centre de leur vie !
Conclusion
Affirmer la centralité de la Parole de Dieu, pour une Église ou pour un chrétien, est une évidence. Mais il ne suffit pas de connaître la Bible par cœur pour que ce soit vraiment le cas.
La Parole de Dieu est au centre si son autorité est respectée, si on l’étudie avec sérieux et si elle est mise en pratique. Sinon, elle n’est qu’un élément parmi d’autres dans notre Église et dans notre vie. Et nous ne devrons pas nous étonner alors de manquer de vitalité spirituelle…
Par contre, si elle est vraiment au centre de notre vie, alors l’oeuvre de Dieu en nous sera réelle et elle portera du fruit !



Quand la sainteté devient une idole

Lecture biblique: Marc 7.1-23

En venant demander à Jésus pourquoi ses disciples ne purifient pas leurs mains avant de manger, les pharisiens et les maîtres de la loi ne s’attendaient sûrement pas à un tel retour de bâton. Jésus ne s’y trompe pas : la petite question de ces juifs pieux est une accusation, un jugement désapprobateur hypocritement coiffé d’un point d’interrogation. En effet, pharisiens et maîtres de la loi se préoccupent peu d’apprendre quel enseignement Jésus donne à ses disciples au sujet de la place de la tradition religieuse, mais ils accusent Jésus de mépriser cette tradition, transmise par les pères dans la foi. Jésus répond en deux volets à cette question, démasquant d’emblée l’hypocrisie de la demande, et il contre-attaque, d’abord en critiquant leur attitude vis-à-vis de la tradition, qui, aux yeux de Jésus, devient un obstacle à leur relation avec Dieu plutôt qu’une aide, et, devant la foule puis avec les disciples, en définissant ce qu’est la véritable impureté. Lorsque Jésus en a fini, les pharisiens sont mouchés, ils ne peuvent plus rien dire, le récit les tourne presque en ridicule : tel est pris qui croyait prendre ! Ceux qui voulaient prouver leur supériorité spirituelle en dénigrant Jésus voient leur superficialité et leur vanité dévoilées au grand jour.

1)   Comprendre les pharisiens    

Avant d’examiner les réponses de Jésus, j’aimerais qu’on s’arrête quelques instants sur les pharisiens, les maîtres de la loi, l’élite spirituelle en quelque sorte. Dans les Evangiles, ils apparaissent souvent comme les adversaires de Jésus, ses ennemis qui complotent contre lui, mais aussi comme des croyants rigides, superficiels, légalistes, et un peu ridicules. On aurait tort pourtant de s’imaginer qu’ils sont si loin de nous. En réalité, ce sont au départ des croyants sincères, dont le désir profond est de vivre tous les détails de leur vie en accord avec la volonté de Dieu. Ca c’est plutôt louable !

Ce désir de vivre saintement les conduit en particulier à chercher comment la loi juive peut concrètement être respectée au jour le jour. C’est la tradition, qui s’est constituée au fil du temps, au fil des problèmes qui se présentaient, et qui donne des repères concrets pour suivre au mieux les commandements de Dieu, par respect pour Dieu, avec le profond désir de ne rien faire qui lui déplaise. En particulier, les pharisiens vont choisir de respecter eux aussi les règles de vie des prêtres, considérant que ces règles favorisent un mode de vie saint.

L’intention de ces croyants est loin d’être mauvaise, et je sais que nombre de croyants aujourd’hui ont le même souci de chercher à plaire à Dieu dans les moindres détails de leur vie. Ce désir d’être saint est beau, mais dans le cas des pharisiens, il a conduit à un excès. A un moment, certains de ces croyants zélés ont confondu un mode de vie saint avec la relation avec Dieu : adorer Dieu, c’est devenu manger de telle manière, marcher de telle manière, prononcer telle parole à telle heure etc. La sainteté est comme devenue un but en soi, et a fini par occulter le Dieu pour qui ils voulaient être saints. On pourrait dire que, avec les meilleures intentions du monde, la sainteté est devenue leur idole => diapo titre, une idole qui les rend sourds aux vraies paroles de Dieu, et qui les rend aveugles sur leur propre état spirituel, deux éléments sur lesquels Jésus réagit.

2)   Quand le désir de sainteté finit par nous cacher Dieu

La tradition en soi n’est pas une mauvaise chose, elle aide le croyant à appliquer la volonté générale de Dieu, exprimée dans la Bible, dans le contexte précis, concret, de sa vie quotidienne. Pour les pharisiens et leurs semblables, le problème c’est que la tradition a fini par noyer les commandements originels de Dieu.

Jésus donne un exemple concret. Théoriquement, un bon juif doit respecter son père et sa mère, et c’est très sérieux puisqu’il encourt la condamnation à mort s’il agit mal envers eux. Ailleurs dans la loi, on rencontre le commandement selon lequel celui qui s’engage par un vœu doit absolument le respecter. La situation que décrit Jésus, c’est le cas où les deux entrent en conflit. Quelqu’un dirait à ses parents : « je ne peux pas vous aider financièrement (sachant qu’il n’y a pas de retraite ou de sécurité sociale !) parce que j’ai promis dans un vœu de consacrer cet argent à Dieu, et je ne peux pas revenir sur mon vœu. » Les chefs religieux tendraient à lui donner raison, c’est ça que critique Jésus ! Jésus critique le fait de bâtir un système de règles tellement compliquées qu’on se retrouve à les opposer les unes aux autres, à arbitrer en en choisissant certaines et pas d’autres, et surtout à donner la priorité aux règles les moins importantes ! Le respect des parents se trouve dans les 10 commandements, pas la règle sur le vœu. Le système devient tellement rigide que le bon sens n’y a plus de place, ni la volonté de Dieu : on est dans une situation absurde où, sous prétexte de respecter la loi, on la transgresse. C’est la tragédie des pharisiens, empêtrés dans un système qui les rend sourds et aveugles aux intentions de Dieu.

Nous sommes tellement différents ! Nous aussi, nous établissons des règles de vie pour respecter Dieu au quotidien. La situation des pharisiens nous interpelle sur notre pratique : est-ce que nos règles, utiles, sont devenues un obstacle entre Dieu et nous ? est-ce que nos règles, nos habitudes, nos valeurs chrétiennes (mais pas forcément bibliques !) ne nous détournent pas parfois de Dieu lui-même, un Dieu qui se plaît à sortir des cadres bien réguliers que nous nous imposons ? C’est tout le danger des réflexes, des recettes, d’une certaine culture implicite : quand on est chrétien on ne fume pas, on ne boit pas, on s’habille comme ci, on lit ça, on fréquente tel type de personnes etc.

Nos règles chrétiennes doivent rester des aides, utiles mais modifiables, toujours soumises à la comparaison avec ce que Dieu nous communique vraiment dans la Bible. Souvent, on est très surpris, par exemple sur le mariage, de voir l’écart entre ce que nous considérons comme un vrai et bon mariage et la conjugalité dans la Bible… On pourrait dire la même chose sur le ministère pastoral, les dons spirituels, etc. Nos règles ne sont pas forcément fausses, mais elles restent des traditions, des interprétations humaines qu’il faut veiller à ne pas identifier à la Parole de Dieu, transmise dans la Bible. Il y a une différence de statut et de priorité entre ce que Dieu dit et ce que nous comprenons.

3)   Quand la sainteté apparente nous trompe sur nous-mêmes

Après avoir bien relativisé le poids de la tradition humaine au regard de la vraie loi, la loi de Dieu, et ce faisant, démoli le piédestal imaginaire sur lequel se pavanaient les pharisiens, Jésus se tourne vers la foule et clarifie ce qu’est la véritable impureté, sujet trop délicat pour être passé sous silence. Sauf que, comme d’habitude, il s’exprime de manière un peu mystérieuse et les disciples réclament une explication. Ce qui souille, ce qui salit, l’homme, dit Jésus, ce n’est pas ce qui rentre, sous entendu des aliments qui vont être digérés et expulsés, mais ce qui sort de lui, son comportement, ses actes, ses paroles. C’est ce que l’homme produit qui le caractérise comme pur ou impur, autrement dit, digne ou indigne de Dieu. Et là, surprise ! La liste des comportements qui nous disqualifient devant Dieu est bien plus exigeante que toutes les règles rituelles des pharisiens : calomnie, orgueil, convoitise, jalousie – choses dont les pharisiens se sont rendus coupables, eux qui respectent tant les règles de pureté ! Et on pourrait rappeler les autres, bien sûr : le vol, le meurtre, l’immoralité, l’adultère, la mesquinerie, la méchanceté, le désordre, la sottise…

Ces comportements nous disqualifient parce que nous en sommes responsables devant Dieu, et ils révèlent qui nous sommes vraiment – notre cœur, c.à.d. notre être intérieur. Malheureusement, à ce jeu-là, même les plus pieux se retrouvent indignes de Dieu, un Dieu de justice et d’amour, de sagesse et de vérité. Jésus nous renvoie tous, croyants de niveau 3 ou de niveau 7, à une sainteté exigeante, qui dépasse les petites listes, les habitudes, les apparences, qu’on peut peaufiner et qui donnent l’illusion à ceux qui nous entourent, et parfois à nous-mêmes, mais jamais à Dieu, que nous sommes des gens bien. Jésus nous confronte à notre propre noirceur : plus d’excuse, plus de bons points qui tiennent devant la radicalité du mal que nous vivons à chaque instant et qui nous rend indignes de Dieu.

Conclusion

Jésus en reste là, cassant les préjugés, brisant les illusions, remettant chacun à sa place, la même, une place peu glorieuse : nous sommes tous pécheurs, nous sommes tous mauvais, et tous, à notre manière, même les plus « purs », nous sommes indignes de Dieu. C’est sec ! Mais ce constat a la saveur amère de la vérité. Heureusement, Jésus ne vient pas seulement donner des diagnostics, des constats, il apporte aussi le remède : Dieu, avec une générosité que nous ne pouvons imaginer, nous aime malgré tout ce que nous sommes et faisons, et il nous veut dans sa présence, dans son intimité, dans sa famille. Alors, il choisit d’apporter lui-même la solution en passant par Jésus-Christ. Ce don que Dieu nous fait, le salut, le pardon sans autre condition que la foi, c’est la grâce, et tous, Jésus nous l’a rappelé, tous nous en éprouvons le même besoin.

Avant qu’on partage la cène ensemble et qu’on se rappelle comment Dieu nous a sauvés alors que nous ne méritions rien, j’aimerais ajouter une petite réflexion. Une religion basée sur des codes à respecter, une religion qui dérive vers le faire et le paraître comme bases du salut, nous isole de Dieu et des autres, en favorisant le culte de la performance individuelle, de l’orgueil et de la rivalité. Une foi basée sur la grâce nous pousse au contraire à l’humilité : humilité devant Dieu, à qui je dois tout, humilité devant les autres, qui galèrent autant que moi, et à côté de qui je ne suis ni pire ni meilleure, parce que nous sommes tous pécheurs, tous bénéficiaires d’une grâce qui nous dépasse, tous apprentis de la sainteté, tous disciples.




Ruth, la moabite (4)

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Résumé des épisodes précédents

Lorsque son mari Elimélek et ses deux fils meurent alors qu’elle est exilée en Moab, Noémi décide de retourner en Juda. Ruth, une de ses belles-filles, refuse de la quitter et choisit de l’accompagner.

Sans le savoir, Ruth se retrouve alors à glaner des épis dans le champ de Booz, un proche parent d’Elimélek. Pour Noémi, ça ne peut pas être un hasard : le Seigneur l’a conduite jusqu’à ce champ. Elle va alors mettre au point une stratégie, en faisant référence à une loi de Moïse interprétée selon les coutumes de l’époque, pour que Booz épouse Ruth.

L’un et l’autre semblent tout à fait consentants, mais il reste un obstacle. Un autre homme est un plus proche parent que Booz. C’est lui qui a la priorité. Booz va donc tenter de régler cette affaire au plus vite…

Lecture biblique : Ruth 4
Explication

Voilà donc le dénouement de l’histoire ! Un véritable happy end, au-delà même de ce qu’on pouvait espérer.

Comme Noémi l’avait prédit, et comme il s’y était engagé devant Ruth, Booz s’empresse de s’occuper de l’affaire, et en plus dans les règles. Sur la place publique, il rassemble des témoins et traite avec l’autre proche parent d’Elimélek. Il le fait selon les coutumes de l’époque : le symbole de la sandale doit d’ailleurs être expliqué aux premiers lecteurs du livre de Ruth.

Il faut d’ailleurs noter que cet autre proche parent, dont on ne dit jamais le nom, était au courant du retour de Noémi au pays (v.3), et sans aucun doute aussi de la présence de Ruth à ses côtés. Mais il n’a rien entrepris pour exercer son droit… Il n’en avait, semble-t-il, tout simplement pas les moyens. Il le dit : il ne peut pas à la fois racheter le champ et prendre Ruth pour femme, prendre soin d’elle. Et il a bien dû se rendre compte aussi que Booz, lui, était motivé ! Il lui laisse le champ libre : « prends pour toi le droit de racheter » !

Booz et Ruth se marient alors, pour la joie de tous. Y compris celle de Noémi, accentuée encore après la naissance de leur fils, dont Noémi va s’occuper comme s’il s’agissait du sien.

On pourrait presque dire à la fin : ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. C’est le happy end traditionnel… Sauf que l’épilogue va encore plus loin et donne une dimension particulière à l’histoire de Ruth. Obed, le fils de Booz et Ruth, deviendra le grand-père du roi David. Il entre dans la lignée royale, la lignée messianique. Ruth est d’ailleurs une des rares femmes mentionnées dans la généalogie de l’évangile selon Matthieu (1.5) qui fait du reste de Rahab, une autre femme non-juive, une habitante de Jéricho ayant caché les espions Israélites, la mère (ou l’ancêtre) de Booz. Voilà encore des signes que la providence de Dieu est bien à l’oeuvre…
Application

Au-delà des beaux exemples de fidélité dont témoigne cette histoire familiale, l’épilogue du livre lui donne une nouvelle dimension, qui transcende le personnage de Ruth.

Une dimension universelle : la fidélité de Dieu

On y voit l’expression de la fidélité de Dieu, par la mise en œuvre de sa providence, bien au-delà de l’histoire de Ruth. C’est la fidélité de Dieu dans l’Histoire qui est soulignée. Jusqu’à l’accomplissement de son plan, avec la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Une fidélité qui s’étend à travers les siècles et qui se manifeste dès le jour où l’humanité s’est détournée de son Créateur. Dans la Genèse, Dieu donne une promesse de victoire, assurant à la descendance de la femme d’écraser la tête du serpent (Gn 3.15). Cette fidélité de Dieu, tout au long de l’histoire, passe par Noé, Abraham, Moïse, David, les prophètes… mais elle passe aussi par Ruth et Booz !

Nos histoires s’imbriquent dans l’Histoire, par la providence de Dieu. Le même Dieu, fidèle à son projet pour l’humanité, se montre fidèle dans notre vie. Nos histoires personnelles ont de l’importance aux yeux de Dieu. Jamais Ruth, ni Booz, n’auraient pu imaginer être intégrés dans la lignée qui allait conduire au Messie. Jamais ils n’auraient imaginé que leur petit-fils allait devenir le grand roi David. D’autant que Ruth était moabite, une étrangère… comme Rahab était habitante de Jéricho. Mais la bénédiction de Dieu s’étend à toutes les familles de la terre, comme il l’avait promis à Abraham.
Une dimension typologique : l’évangile selon Ruth

La dimension messianique de l’épilogue nous invite à une lecture typologique de l’histoire de Ruth. Il s’agit de discerner, derrière les événements décrits, des préfigurations du Christ. Il faut être prudent avec une telle lecture mais le Nouveau Testament nous invite bien à considérer que tout l’Ancien Testament conduit au Christ.

Ainsi, l’épilogue du livre de Ruth est caractéristique. En effet, l’espoir renaît avec la naissance d’un fils à Ruth dont tout le monde dit : « Qu’elle ressemble à Rachel et à Léa, les deux femmes de Jacob qui ont donné naissance au peuple d’Israël ! ». De plus, cet enfant naît à Bethléem, il est ancêtre de David par la lignée duquel naîtra le Christ. Il s’appelle Obed. Or, son nom signifie « serviteur » : la figure du serviteur est bien une figure messianique !

Si on regarde l’ensemble de l’histoire de Ruth, on peut aussi la voir comme une typologie du salut. La foi – fidélité de Ruth a changé le cours de sa vie, grâce à Booz, son rédempteur. Booz y apparaît comme une figure du Christ. C’est lui qui rachète Ruth et Noémi, qui les sauve. Noémi pourrait même être perçue comme une figure du peuple d’Israël, et Ruth une figure des païens, toutes deux sauvées, rachetées par Booz. Comme le Christ a racheté, sauvé, Juifs et non-Juifs par amour, les unissant dans un même peuple. De plus, le Christ aussi est notre « proche parent » : il est notre frère par l’incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Nous le voyons, derrière cette belle histoire familiale se cache un message d’une profondeur insoupçonnée. Un véritable évangile selon Ruth.
Conclusion

Gardons les deux niveaux de lecture de ce récit. Prenons exemple sur la fidélité de Ruth et la générosité de Booz. Inspirons-nous d’eux pour être à notre tour fidèle et généreux. Mais contemplons aussi avec reconnaissance l’action de Dieu dans l’Histoire. Soyons émerveillés par son plan de salut, accompli en Jésus-Christ, et dont il nous donne de nombreuses illustrations tout au long de l’Ecriture. Louons-le pour son action dans nos vies, le salut mis en œuvre pour nous en Jésus-Christ. Il est notre Rédempteur, celui qui nous sauve et nous donne une espérance nouvelle.




Ruth, la moabite (3)

https://soundcloud.com/eel-toulouse/ruth-la-moabite-3

Résumé des épisodes précédents

Exilée dans le pays de Moab, Noémi voit mourir son mari, Elimélek, et ses deux fils. En situation de précarité, elle choisit alors de rentrer dans son pays, en Juda, en permettant à ses belles-filles moabites de refaire leur vie dans leur pays.

Mais l’une d’elles, Ruth, témoigne de sa fidélité et refuse de la quitter. Elle choisit de l’accompagner, restant attachée à elle et à Dieu.

En Juda, Ruth décide d’aller glaner des épis dans un champ afin de se nourrir, elle et sa belle-mère. Or, il se trouve que le champ dans lequel elle va appartient à Booz, un proche parent. Mais Ruth ne le sait pas.

Pour Noémi, ce n’est pas un hasard. C’est le Seigneur qui l’a conduite jusqu’à ce champ. Dans sa providence, Dieu s’est ainsi montré fidèle !

Lecture biblique : Ruth 3
Explication

Ruth n’est pas Israélite. Elle ne connaît pas toutes les lois et coutumes en Israël. Noémi va donc prendre les choses en main pour mettre à profit la situation. Ruth, quant à elle, fait confiance à sa belle-mère.

En permettant à Ruth d’aller glaner des épis dans le champs de Booz, Dieu a lui-même préparé les circonstances qui permettront à Ruth de refaire sa vie. Noémi saisit donc l’occasion qui se présente pour se montrer à son tour fidèle à Ruth et lui assurer un avenir heureux.

Elle donne donc ses instructions à sa belle-fille pour que celle-ci fasse comprendre à Booz qu’elle était prête à envisager de se marier. Mais les choses doivent se faire dans la discrétion et avec prudence. Le geste d’écarter la couverture et de se coucher au pied du proche parent, était suffisamment explicite. Surtout avec les paroles que Ruth dit à Booz lorsqu’il la surprend au milieu de la nuit : « C’est moi, Ruth. Protège-moi. En effet, tu es un proche parent et tu as la responsabilité de prendre soin de moi. »

Et, visiblement, il n’en espérait pas tant ! Il n’hésite pas une seconde… mais il veut faire les choses dans les règles. Il y a un autre parent, plus proche que lui d’Elimélek. C’est lui qui a la priorité. Il doit d’abord voir avec lui. Lorsque Ruth raconte à Noémi ce qui s’est passé, sa réponse est pleine de confiance. Elle n’a aucun doute sur le fait que Booz fera tout pour faire aboutir sa démarche : « Cet homme-là ne sera pas satisfait s’il ne règle pas cette affaire aujourd’hui. »

Application

Au cœur de ce chapitre, il y a l’application d’un commandement biblique sur la solidarité familiale en cas de veuvage. On pense en particulier au texte de Deutéronome 25.5-10, qu’il est intéressant de citer :

Moïse dit : Supposons ceci : Deux frères habitent ensemble, et l’un d’eux meurt sans avoir de fils. Sa veuve ne doit pas se remarier avec quelqu’un d’extérieur à la famille. Son beau-frère doit accomplir son devoir de beau-frère : il la prendra pour femme et il s’unira à elle. Alors on considérera le premier garçon qu’elle mettra au monde comme le fils de l’homme qui est mort. Ainsi, son nom continuera d’être porté en Israël. Si un homme ne veut pas prendre sa belle-sœur pour femme, cette femme se rendra au tribunal, devant les anciens. Elle dira : « Mon beau-frère ne veut pas accomplir envers moi son devoir de beau-frère. Il refuse de donner à son frère un fils qui continue de porter son nom en Israël. » Les anciens de la ville feront venir cet homme et ils parleront avec lui. S’il continue à refuser de prendre pour femme la veuve de son frère, celle-ci s’avancera vers lui devant les anciens. Elle lui enlèvera la sandale de son pied, elle lui crachera au visage et dira : « Voilà ce qu’on fait à un homme qui refuse de donner un fils à son frère ! » Ensuite, en Israël, on appellera la famille de cet homme « la famille de l’homme au pied nu ».

On peut relever deux éléments de surprise dans notre épisode :

  • Ce n’est pas Booz mais Noémi qui prend les choses en main pour accomplir ce commandement.
  • L’application du commandement est plus large et moins contraignant que dans le Deutéronome.

Noémi prend les choses en main

Le livre de Ruth a un petit côté féministe ! Ce sont les femmes qui montrent l’exemple et qui prennent les choses en main. Ruth l’a fait en faveur de sa belle-mère, Noémi lui rend ici la pareil.

Noémi n’a pas l’intention d’attendre que Booz se décide tout seul à exercer son devoir de solidarité familiale. Elle va forcer le destin et donner un petit coup de pouce à Booz, en mettant au point une stratégie. C’est la pichenette qui était nécessaire pour que Booz se lance.

D’ailleurs, il ne faudrait pas jeter la pierre trop vite à Booz. Une fois lancé, il s’empressera de régler l’affaire. Et on peut discerner au moins deux raisons pour lesquelles il n’a pas pris l’initiative dans cette affaire :
1° Booz était plus âgé que Ruth et ne voulait pas s’imposer à elle : « Que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu n’as pas cherché l’amour des jeunes gens, riches ou pauvres. » (v.10)
2° Il n’était pas prioritaire pour exercer le devoir de rachat. Il y avait un autre parent, plus proche que lui d’Elimélek (v.12)

Il est intéressant de noter ce respect de la loi et des coutumes mais aussi ce respect de la personne de Ruth. Nous sommes dans un contexte culturel très patriarcal où le respect des femmes n’était pas forcément la préoccupation première… Booz est un homme de bien.

Enfin, je ne crois pas du tout qu’on soit en présence d’un mariage sous la contrainte pour Booz et Ruth. La façon dont les choses se passent laisse entendre qu’ils étaient sans doute consentants. Certes, ce n’est pas explicite… Mais les paroles de Ruth lorsqu’elle évoque Booz à sa belle-mère, le traitement de faveur que Booz accorde dès le début à Ruth et l’empressement avec lequel il règle cette affaire, tout laisse entendre qu’il s’agit de bien plus qu’un « mariage arrangé » !

Une application plus large et moins contraignante

L’application de la loi du Deutéronome révèle aussi quelques surprises. L’idée principale de ce commandement est que lorsqu’un homme mourait sans enfant, son frère devait prendre sa veuve pour femme, et le premier garçon qui naîtrait serait considéré comme l’enfant du mari décédé, pour perpétuer son nom. Si le beau-frère refuse d’exercer ce devoir, il s’exposait à une humiliation publique.

Le ton du texte du Deutéronome est tout de même assez différent de l’impression qui se dégage de l’histoire de Ruth. Le texte de loi est froid et tranchant. Le récit de Ruth présente le devoir de rachat de façon moins contraignante et plus large. Moins contraignante parce que l’autre proche parent refusera de l’exercer (chapitre 4) sans contrainte ni humiliation. D’autre part, Deutéronome 25 ne parle que du devoir du beau-frère d’une femme veuve. Ni Booz ni l’autre parent proche ne semblent être frères d’Elimélek. Sans compter que, strictement, ce n’est pas vraiment Ruth qui était concernée mais Noémi !

Bref, on n’est pas dans une application stricte et froide de la loi mais on comprend l’esprit de la loi. Ici, c’est la nécessaire solidarité familiale, le secours des veuves qui se retrouvent dans une situation précaire. Et Booz, qui est un homme de bien, est prêt à exercer ce droit et aller ainsi encore plus loin que la générosité dont il a déjà fait preuve jusqu’ici.

Bel exemple de la juste attitude face aux textes de loi dans la Bible. Il ne suffit pas de les appliquer à la lettre pour leur être fidèle. Il s’agit d’en comprendre l’intention profonde. Les contextes changent, les coutumes évoluent… la façon d’appliquer les commandements doit aussi évoluer. Aujourd’hui, à plus forte raison, il ne suffit pas de se référer à un commandement de l’Ancien Testament pour se faire une opinion définitive sur tel ou telle pratique, de citer un verset biblique pour répondre à telle ou telle question d’éthique.

C’est bien l’intention globale de Dieu, qui ressort d’une compréhension de l’ensemble de la Bible, que nous devons rechercher. Pas des solutions toutes faites et des raccourcis simplistes.
Conclusion

L’histoire n’est pas finie. On attend encore son dénouement, dans l’ultime chapitre. Mais on semble bien s’acheminer vers un « happy end », ce qui est inespéré quand on considère le début de l’histoire. La fidélité de Dieu est grande… et elle passe aussi par la fidélité des hommes et des femmes. Celle de Ruth, de Noémi et de Booz. Tout trois fidèles et solidaires.

La fidélité engendre la fidélité. La solidarité entraîne la solidarité. Et c’est Dieu lui-même qui en donne l’exemple. Lui qui s’est montré fidèle à son plan de salut pour l’humanité qu’il a créée. Lui qui s’est monté solidaire en Jésus-Christ, partageant notre condition jusqu’à la mort sur la croix. C’est là le cœur du message biblique, que nous ne devons jamais réduire à une morale ou une liste de commandements à respecter.

Soyons donc fidèles et solidaires, à la suite de Ruth, Noémi et Booz, à l’image du Dieu fidèle et solidaire, manifesté pleinement en Jésus-Christ.