Non à la discrimination !

 

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Lecture biblique : Galates 3.26-29

L’épître aux Galates n’est pas vraiment la plus diplomatique des épîtres de l’apôtre Paul… Il parle sans détour et dénonce avec fermeté ce qui doit l’être.

La question centrale, c’était de savoir s’il était nécessaire, pour tous les chrétiens, Juifs ou non, de respecter un certain nombre de principes de la loi de Moïse, notamment la circoncision. Paul doit recadrer les choses parce que la tendance était clairement en Galatie de demander aux croyants d’origine non-juive de se faire circoncire et de respecter un certain nombre de prescriptions juives.

Or, dès Galates 1.6 il dénonce cette attitude : « Dieu vous a appelés gratuitement par le Christ, et je m’étonne que vous lui tourniez le dos si vite pour aller vers un autre Évangile. » Et il va garder ce ton très ferme tout au long de son épître.

Notre texte constitue l’aboutissement de tout le raisonnement de Paul sur le rôle de la loi, en une affirmation radicale et absolue qui porte haut les valeurs de l’Évangile : « Il n’y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. En effet, vous êtes tous un dans le Christ Jésus. »
Dans l’Église, pas de discrimination !

Ce qui est intéressant dans la formule du verset 28, c’est que le raisonnement de Paul jusqu’ici concernait exclusivement la question des Juifs et des non-Juifs. En Jésus-Christ, il n’y a plus de distinction à faire, tous ceux qui croient sont descendants d’Abraham, qu’ils soient Juifs ou non. Il aurait pu donc dire simplement : « Il n’y a plus ni Juifs ni Grecs car tous vous êtes un dans le Christ Jésus. » Mais il en tire une conclusion plus vaste : non seulement il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, mais il n’y a plus non plus ni esclaves ni libres, il n’y a plus ni hommes ni femmes !

Si l’apôtre Paul se permet d’élargir son propos, c’est bien parce qu’il s’agit de l’affirmation d’un principe universel ! « Vous êtes tous fils de Dieu », « Il n’y a plus de différence… vous êtes tous un dans le Christ Jésus ».

Autrement dit : il ne doit y avoir aucune différence de traitement dans l’Église, aucune discrimination. Paul nous invite à un large accueil, sur la seule base de la foi en Jésus-Christ, manifestée par le baptême. Toute Église se doit d’accueillir sur cette seule base : ceux et celles qui partagent cette foi en Christ, ceux et celles qui sont en recherche ou en chemin vers cette foi en Christ. On accueille d’abord, de façon inconditionnelle. On pourra parler de théologie, d’éthique, de vie chrétienne, ensuite… Mais on accueille d’abord !

Et ce n’est pas toujours simple… La coexistence des chrétiens d’origine juive et non-juive était bien LE grand défi de l’Église naissante au Ier siècle. Mais d’autres discriminations étaient présentes dans la société de l’époque… et elles se retrouvaient dans les Églises aussi. A Corinthe, on reproduisait dans l’Église les différences sociales : chacun mangeait dans son coin sans se mélanger. Jacques reproche un peu la même chose dans son épître en dénonçant le fait qu’on accueillait bien les riches en leur donnant une place d’honneur et qu’on négligeait les pauvres.

Paul, dans notre texte, parle de la discrimination entre esclaves et hommes libres, ou entre hommes et femmes. Il s’agissait de fractures sociales fortes au temps du Nouveau Testament et elles se retrouvaient parmi les chrétiens. Mais l’apôtre Paul, au nom du principe universel qu’il souligne, affirme qu’elles n’ont plus leur place dans l’Église !
Dans l’Église, il y a encore des fractures…

Pourtant, l’exhortation garde toute sa pertinence aujourd’hui. Des fractures, il en reste dans l’Église.

Si la fracture Juifs/non-Juifs, ou esclaves/hommes libres ne nous concerne plus directement aujourd’hui, ce n’est sans doute pas le cas de la fracture hommes/femmes. Même si les choses ont évolué, la question demeure. Peut-on vraiment dire, aujourd’hui, qu’il n’y a dans les Églises aucune différence entre les hommes et les femmes ?

Vous me direz qu’il y a bien quelques textes dans le Nouveau Testament qui semblent restreindre l’implication des femmes dans l’Église, notamment concernant l’enseignement. Mais ces textes, peu nombreux, ne devraient-ils pas être lus dans le contexte culturel de l’époque et dans les circonstances de leurs destinataires ? Alors que notre texte, avec sa portée universelle, veut justement briser les fractures culturelles !

Et surtout, quand on considère plus largement le rôle assumé par des femmes dans le Nouveau Testament, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence de leur interdire tel ou tel ministère. Elles sont les premiers témoins du Christ ressuscité, elles prophétisent dans les Églises, plusieurs sont appelées des collaboratrices par Paul, Priscille a instruit Apollos après sa conversion, Phoebé a le titre de ministre de l’Église de Cenchrées (Rm 16.1), Junia celui d’apôtre (Rm 16.7)… et tout cela dans un contexte culturel extrêmement patriarcal !

C’est par la suite, et malheureusement rapidement, que la domination masculine a fait faire machine arrière à l’Église… et pour longtemps !

Plus largement, il ne s’agit pas bien-sûr de suivre sans réfléchir les évolutions de la société. Il faut savoir résister et dire non quand il le faut, quand l’Évangile est en cause. Mais pourquoi les Églises devraient-elles être toujours à la traîne ? Lorsque Paul dit aux chrétiens de Rome : « Ne vous conformez pas au siècle présent », il ne leur dit pas « conformez-vous au siècle dernier » ! L’Evangile est le message du Royaume de Dieu, et c’est un Royaume en marche, pas un Royaume figé dans le passé.

On mesure mal à quel point l’affirmation de l’apôtre Paul ici résonne comme un coup de tonnerre dans le contexte socio-culturel de son époque ! Il est en avance sur son temps ! Et j’ai parfois l’impression qu’au lieu d’être un poste avancé du Royaume qui vient, l’Église a trop souvent été un poste retranché sur des combats d’arrière-garde…

Nous avons, en tant qu’Eglise, la responsabilité de manifester le Royaume de Dieu. Un Royaume dans lequel « il n’y a plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. » Un Royaume dans lequel les relations sont différentes que dans la société, à cause du Christ, parce que nous sommes « tous un dans le Christ Jésus. » !
Conclusion

Je suis fasciné par la portée de cette affirmation de l’épître aux Galates. Le coup de tonnerre continue à résonner…

Pour reprendre, et prolonger, l’exhortation de Paul aux Romains, je dirais :
Ne vous conformez pas au monde présent… mais conformez-vous au Royaume qui vient.
Vivez l’Évangile, la même bonne nouvelle de salut pour tous, Juifs et non-Juifs, esclaves et libres, hommes et femmes… et j’ajouterais riches et pauvres, petits et grands, résidents et exilés, et la liste continue…

Non, l’Église ne peut pas être un lieu de discrimination. Ce serait une trahison du Royaume de Dieu. C’est le lieu où l’Évangile est proclamé et vécu, où la promesse est rappelée : « En croyant au Christ Jésus, vous êtes tous fils de Dieu. »




Témoin dans un monde incrédule

Lecture biblique: 1 Rois 17.17-24

Arrêtons-nous ce matin dans le premier livre des Rois, dans l’A.T., sur un épisode de la vie du prophète Elie. Quelques mots de contexte avant tout. Nous sommes aux environs de 900 avant Jésus-Christ. Le peuple d’Israël s’est divisé et ses rois, surtout au nord, se sont éloignés de Dieu. Au temps du roi Achab, très influencé par son épouse païenne Jézabel, survient le prophète Elie, qui entre en conflit ouvert avec le roi pour l’interpeller et lui rappeler qui est le vrai Dieu. Une sécheresse arrive, et c’est la famine. Elie doit se cacher et survivre, et Dieu le conduit chez une veuve à Sarepta, une ville phénicienne, en territoire païen. Cette veuve, qui doit prendre soin d’Elie, est elle-même dans une situation extrême : quand Elie arrive, elle vide son dernier pot d’huile & de farine et s’apprête à mourir de faim avec son fils. Elie lui promet la protection de Dieu si elle accepte de le prendre chez elle, ce qu’elle fait – et le miracle se réalise, la promesse de Dieu s’accomplit : le pot d’huile ne se tarit pas, le pot de farine ne désemplit pas. Je vous invite à lire ce qui arrive quelque temps plus tard, chez cette même veuve.                                         Lecture

Elie est prophète de Dieu dans un monde incrédule : en Israël, on se livre à des cultes païens, on élève des poteaux en l’honneur de divinités étrangères, on sacrifie à des statues. Une poignée de Juifs continue de croire en Dieu et de le respecter. Hors d’Israël, Dieu n’est pas connu. Une situation d’errance spirituelle, désertique et sèche, qui ne vaut pas mieux que notre époque ! Dans ce contexte, Elie se dresse comme un témoin, témoin du vrai Dieu, du Dieu vivant et source de vie, au cœur de ce monde incrédule.

1)   Témoin face au doute

Cette femme étrangère nous interpelle, par son mélange de foi et de doute. Depuis l’arrivée d’Elie, elle est au bénéfice des miracles de Dieu – en période de famine et de pénurie, ses ressources se renouvellent miraculeusement, et elle qui devait mourir de faim avec son fils peut vivre, et avec un hôte, de surcroît ! Et si ce miracle est arrivé, c’est parce qu’elle a pris le risque de suivre la procédure que proposait Elie, et qui mettait en jeu tout ce qu’elle avait. Cette femme a cru en la promesse de Dieu, et elle s’est accomplie.

Oui mais voilà, son fils tombe malade, son fils unique, ce qu’elle a de plus précieux. Et là, elle se retourne contre le prophète et l’accuse : « pourquoi tu m’as fait ça ? Est-ce que tu es venu pour faire mon malheur ? pour me condamner ? » Tout est remis en cause, les miracles, les croyances, car son fils est en danger.

Elle n’agit pas comme on l’attendrait, en bonne croyante, pleine de foi en ce Dieu qu’elle ne connaissait pas mais qui lui a donné l’abondance. Mais cette veuve n’est pas un personnage de conte de fées, lisse et prédictible : c’est un être humain, qui réagit, qui doute alors qu’elle a des signes de la présence et de l’action de Dieu, qui se débat quand la souffrance est insurmontable, qui se révolte devant l’injustice de sa vie.

Elie entend, derrière la révolte, le cri de souffrance et de détresse de cette mère qui perd son fils : pas de discours moralisateur, pas de verset prêt à l’emploi, pas d’explication toute faite ou de recette. Il écoute.

Face aux doutes de la foi naissante, face aux questions parfois agressives que nous rencontrons dans l’église et en dehors : « il est où ton Dieu – dans ma maladie, dans cette guerre, dans ce malheur ? », quelle est notre attitude ? Est-ce que nous sautons sur la première réponse venue, facile et polyvalente, ou est-ce que nous nous mettons à l’écoute de la soif, de la détresse, du besoin qui sont parfois sous-jacents ?

2)   Témoin dans la prière

Elie va plus loin encore que l’écoute : il se met au service de cette veuve, avec ce qu’il a. Malgré l’agressivité et l’incrédulité de cette femme désespérée, il se met à son service.

Il prend son fils, va dans une chambre à l’écart, et dans cette chambre il prie. Il en appelle à Dieu, il argumente (est-ce que vraiment tu vas faire du mal à cette femme qui m’a fait du bien ?), il plaide (c’est une veuve, elle perdrait tout !), il demande grâce (je t’en supplie, rends la vie à cet enfant !).

Il prie deux fois, au début et à la fin, car sans la prière rien n’est possible. Non pas que la prière soit magique et qu’il faille dire les bonnes formules au bon moment, et deux fois pour être sûr ! Non, la prière est essentielle car elle nous ouvre à l’intervention de Dieu, elle dégage l’espace où Dieu va agir. Prier c’est laisser Dieu passer devant.

Entre ces deux prières, Elie a un comportement étrange : il se couche trois fois sur l’enfant… Ce geste mystérieux, difficile à interpréter, est un geste de solidarité. J’y vois l’implication d’Elie, son implication personnelle au cœur de sa prière. Il ne reste pas détaché de la situation, mais il s’y colle, il s’engage, il joint un petit geste à une grande prière. Ce n’est pas la quantité ou l’efficacité du geste qui a compté, mais l’implication d’Elie qui ne prie pas de loin, mais qui prend à cœur, et à corps !, la détresse de cette femme pour la confier à Dieu.

Certes, des miracles aussi spectaculaires, on n’en voit pas tous les jours. Mais Dieu agit tous les jours, il intervient tous les jours, il est vivant et puissant et attentif tous les jours. Comment l’invitons-nous dans notre réalité ? quelle place lui laissons-nous ? Quand nous prions, pour nous ou pour les autres, est-ce du bout des lèvres, sans grande conviction, ou est-ce de tout notre cœur, avec la conviction que Dieu peut agir, même si ça nous dépasse ? Demander la résurrection d’un enfant, c’est aussi fou que de prier pour l’ouverture de la Corée du Nord, pour la paix au milieu des conflits, ou pour des conversions massives dans notre pays ! Il ne s’agit pas de donner des ordres à Dieu, mais de l’inviter dans notre réalité pour qu’il vienne nous transformer et nous faire vivre.

3)   Témoin du Dieu vivant

Ce jour-là, Dieu agit de manière spectaculaire : il fait revivre l’enfant. Non seulement l’enfant ressuscite, mais sa mère aussi reçoit de quoi vivre avec Dieu. Elle voit à nouveau qu’Elie est un vrai prophète, mais surtout que la parole de Dieu est vraie, que Dieu accomplit ses promesses, que Dieu est le vrai Dieu. Elie, assidu dans la prière malgré les doutes de cette mère, a tenu bon pour témoigner de Dieu, du Dieu vivant – sans avoir de garantie d’ailleurs sur le succès de sa prière.

Il peut paraître présomptueux de parler de Dieu aux autres, de proclamer que ce Dieu en qui nous croyons est le vrai Dieu, le seul et unique, celui qui fait vivre et revivre. Mais quel est ce Dieu dont nous parlons ? C’est le Dieu qui nous fait vivre, qui guérit les malades (c’est moins rare qu’on ne le pense), qui renouvelle les cœurs, qui entrelace constamment son action dans le tissu du quotidien – le Dieu de notre souffle et du printemps, du soleil et de la pluie, de l’enfant qui naît, de l’artiste qui nous percute, de l’athlète au sommet de ses capacités. C’est le Dieu créateur qui n’en finit pas de recréer, de renouveler, de raviver.

C’est le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu qui s’est collé à nous pour nous faire revivre, qui est devenu homme, qui a pris chair et os comme nous, pour nous offrir la vie. Jésus-Christ, vainqueur de la mort et du mal, ressuscité, promesse de vie pour tous ceux qui croient. Jésus-Christ vivant aujourd’hui et pour toujours, intercédant avec nous, pour nous, collé encore à nous pour nous offrir la vie du Créateur.

Conclusion

Dans un monde incrédule, nous ne pouvons pas grand-chose, mais nous pouvons beaucoup. Nous pouvons être là, attentifs, à l’écoute de notre entourage, sans discours moralisateur ni fausse promesse. Nous pouvons servir, dans une prière qui nous engage dans notre cœur et nos actes. Nous pouvons être témoins, poteaux indicateurs, du Dieu vivant, parce que le Dieu qui nous a sauvés sauve encore aujourd’hui, et que le Dieu qui nous fait vivre veut relever ceux qui vacillent autour de nous.




Partager, c’est multiplier !

 

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Lecture biblique : Luc 9.10-17

Peu de temps avant notre récit, Jésus avait envoyé ses douze apôtres, deux par deux, pour annoncer le Royaume de Dieu et guérir les malades. Jésus leur en a donné le pouvoir. De retour auprès de Jésus, ils ont plein de choses à raconter. Et ils sont peut-être aussi un peu fatigués… Du coup, Jésus les emmène à l’écart de la foule.

Mais impossible d’être tranquille et de souffler un peu… Jésus semble dépassé par son succès ! Les foules le suivent partout, elles ne sont pas rassasiées de son enseignement et de ses miracles. Et Jésus les accueille. Il leur parle du Royaume de Dieu et guérit les malades. Toujours disponible…

Et une fois de plus, les disciples vont avoir un petit peu de mal à suivre Jésus. Le dialogue qu’ils ont avec leur maître en témoigne. Les disciples voient Jésus accueillir et guérir ceux qui viennent à lui. Tout ça c’est bien joli mais il faut garder un peu les pieds sur terre. Et les disciples sont là pour ça ! Il commence à se faire tard, il faut penser aux besoins premiers des foules : il faut qu’ils trouvent un lieu pour se loger et se nourrir. Ils pourront toujours revenir demain… « Allez, Jésus, renvoie-les ! » Parler du Royaume de Dieu c’est bien, mais il y a aussi des besoins physiques qu’il faut combler. Il y a un temps pour tout…

Et là, Jésus répond : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Bon… les disciples ne se démontent pas, ils gardent toujours les pieds sur terre : ce n’est pas avec cinq pains et deux poissons qu’on va nourrir toute cette foule ! On va devoir aller acheter de la nourriture pour tout le monde ? On offre une tournée générale ? Et là, Judas, qui tenait la bourse, a dû un peu tiquer quand même !

En fait, pas du tout, Jésus a une autre solution. Il y a environ 5000 personnes ? Bon, on le fait asseoir par groupes d’une cinquantaine. Les disciples obéissent… pas sûr qu’ils comprennent vraiment où Jésus voulait en venir mais ils n’en sont pas à une surprise près avec leur maître ! Peut-être qu’il organise leur départ pour que ça se passe dans l’ordre, sans mouvement de foule excessif.

Et là Jésus prend les 5 pains et 2 poissons. Peut-être pour dire aux foules : « Vous voyez, on n’a que ça à manger, ça ne suffit pas. Il faut qu’on aille acheter de la nourriture pour tout le monde ! » Peut-être qu’il va même demander à ce que les foules participent financièrement ! On partage l’addition !

Mais non, il lève les yeux vers le ciel et prie. Une simple prière de bénédiction sur les pains et les poissons. Il y a tout juste assez pour le petit groupe des disciples. « On ne va quand même pas manger devant la foule qui nous regarde ? » Non, il faut les distribuer à la foule ! 5 pains et 2 poissons ! Pour 5000 personnes !!!

Et les disciples obéissent. Que peuvent-ils faire d’autre ? Mais avec ce qu’ils ont, le repas va être plus que frugal… Alors ils commencent à distribuer. Sans doute des toutes petites parts… et en sachant qu’il n’y en aura pas pour tout le monde ! Enfin, c’est ce qu’ils font au moins au début. Parce qu’à chaque fois qu’ils reviennent vers Jésus, il reste du pain et des poissons. Si bien qu’ils commencent à donner de plus grosses parts. Ceux qui avaient été servis en premier reçoivent sans doute une deuxième part, plus généreuse. Et finalement, tout le monde mange à sa faim. Incroyable. Les 5000 personnes ! Et il y a même 12 paniers de reste ! De quoi nourrir les disciples pour les prochains jours…

Alors que retenir de cet épisode ? C’est un miracle qui ne ressemble à aucun autre. Et qui est, à sa façon, comme tous les miracles des évangiles, un signe du Royaume de Dieu.
Un miracle qui invite au partage

Jésus aurait pu, en un clin d’oeil, multiplier les pains et les poissons. Il ne l’a pas fait. Dieu aurait pu faire que, immédiatement après la prière de Jésus, les paniers se remplissent de pains et de poissons. Il ne l’a pas fait non plus.

La multiplication se déroule alors que les disciples distribuent la nourriture. C’est en partageant que le miracle s’accomplit. Et il y a là un signe fort : le Royaume de Dieu, c’est le partage !

Le Royaume de Dieu, c’est Dieu qui s’est fait homme. Dieu qui est venu partager notre condition, Jésus-Christ qui a donné sa vie en partage et qui donne la vie éternelle à tous ceux qui croient.

Le Royaume de Dieu, c’est là où l’amour doit être partagé : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. » La première communauté de disciples l’avait compris, de façon très concrète : ils vendaient tous leurs bien pour les mettre en commun, ils les partageaient pour que personne ne manque de rien. (Actes 2.44-45) C’était un peu radical ? Peut-être… Mais plus tard, l’apôtre Paul organisera une collecte en faveur des chrétiens de Jérusalem, invitant clairement les églises au partage.

Comment recevons-nous, aujourd’hui, cette invitation au partage ? Quel partage vivons-nous dans l’église ? Quelle place le partage a-t-il dans notre vie ?

Il faut dire que le partage, c’est presque une valeur subversive dans notre société individualiste et matérialiste… Et pourtant, c’est une soif que nos contemporains ont ! Les grognes sociales d’aujourd’hui traduisent cette soif. Même s’il y a des excès dans les discours et les méthodes… Mais il y a un sentiment général que le gâteau n’est pas partagé par tout le monde. On vit quand même dans un monde où 1% de la population mondiale possède autant de richesse que les autres 99% ! En France, un grand patron gagne, en moyenne, 105 fois plus qu’un salarié de base.

Dans ce contexte, l’Évangile a quelque chose à apporter… s’il est authentiquement vécu par les chrétiens. Et s’il est difficile de faire changer en profondeur une société, notre récit de l’Évangile souligne que dans le Royaume de Dieu, très peu (5 pains et 2 poissons) peut devenir beaucoup (12 paniers de restes). Ne négligeons pas les petits commencements…

Et cela entre en échos avec plusieurs paraboles du Royaume, comme celle du grain de moutarde, si petit, qui pourtant donne naissance à une plante aussi grande qu’un arbre. Ou celle du levain, presque invisible, mais qui fait lever toute la pâte.

Croyons-nous à la puissance du Royaume de Dieu ? Croyons-nous à la nécessité, et l’urgence, de le partager ?

Le Royaume de Dieu, c’est le partage. Et dans le partage, ce qui est petit devient grand. Partager, ce n’est pas diviser, c’est multiplier !
Avant le miracle : une prière ordinaire

Avant que le miracle ne se produise, rien ne le laissait présager. Une simple prière le précède. Et quelle simplicité dans la prière de Jésus ! Il ne demande pas à Dieu de multiplier les pains et les poissons. Il aurait pu… Mais il prononce simplement une bénédiction, comme on le fait avant n’importe quel repas. C’est tout. Et le miracle a lieu…

L’extraordinaire surgit de l’ordinaire, à un moment et d’une façon auxquelles on ne s’attend pas. Il en est de même du Royaume de Dieu. Il s’incarne dans le quotidien, et il peut parfois, à notre surprise, transformer l’ordinaire en extraordinaire.

L’ordinaire de la foi mise en pratique. Dans la confiance. J’aime voir dans cette prière de Jésus l’expression de sa confiance dans son Père. « 5 pains et 2 poissons pour 5000 personnes ? Je te fais confiance ! ».

L’ordinaire du partage, de la solidarité, de l’amour. L’ordinaire de l’Évangile incarné dans notre quotidien. De cet ordinaire-là peut surgir l’extraordinaire du Royaume de Dieu, et de la rencontre avec le Christ vivant.
Après le miracle : les restes

Un autre élément intéressant dans ce récit est ce qui se passe après le miracle. Il y a des restes ! Le Seigneur aurait pu se contenter de pourvoir juste à ce qu’il fallait pour que tout le monde mange à sa faim. Ca aurait déjà été pas mal ! Mais non, il va au-delà. Parce que le Royaume de Dieu, c’est un Royaume d’abondance.

Plus de monde encore aurait pu être nourri, la foule aurait pu être plus grande, il y avait encore de la place pour d’autres. Il y a toujours de la place dans le Royaume de Dieu ! Les 12 paniers de reste sont une invitation à poursuivre le partage. Toujours.

Conclusion

Ce miracle de Jésus, comme tous les autres, n’est pas gratuit. Il ne l’accomplit pas pour épater la galerie mais pour poser un signe du Royaume de Dieu. Et ce miracle est une invitation au partage.

Le Royaume de Dieu est partage. Et nous sommes appelés à le vivre et à le transmettre. Est-ce que je suis convaincu que partager, c’est multiplier ? Multiplier les occasions d’aimer, multiplier les manifestations concrètes du Royaume de Dieu.

Alors quels sont les pains et les poissons que j’hésite encore à partager ? Comment pourrais-je demain laisser plus de place au partage qu’aujourd’hui ? Quel est le prochain pas que je suis appelé à faire ?




Échos de Pentecôte

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Texte biblique : Actes 2.1-11

L’épisode de la venue du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte accomplit la promesse de Jésus à ses disciples. Au début du livre des Actes, il leur disait : « vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout du monde. » (Ac 1.8) On peut même dire que cet épisode marque le point de départ de l’histoire de l’Église.

Mais il entre aussi en écho avec d’autres récits bibliques importants. Des échos qui viennent enrichir notre compréhension de l’événement de la Pentecôte.

Un écho au don de la Loi

Pentecôte, c’est d’abord une fête juive où l’on commémore le don de la Loi au temps de Moïse.

L’épisode est relaté dans le livre de l’Exode (chapitre 19). Dieu convoque Moïse sur le mont Sinaï et invite le peuple à se rassembler mais surtout sans approcher de la montagne, sous peine de mourir. Moïse monte donc à la rencontre de Dieu et les éléments naturels se déchaînent : tonnerre, éclairs, fumée, feu. Alors Dieu parle à son peuple depuis la montagne et lui donne les 10 commandements. Plus tard ces paroles seront gravées sur deux tablettes de pierre par Dieu lui-même.

Or, dans le livre des Actes, les phénomènes spectaculaires rappellent ceux du mont Sinaï : le bruit violent, la tempête, le feu. Et Dieu parle aussi, mais cette fois par la bouche des apôtres. Pierre expliquera aux foules le sens de cet événement. Les promesses des prophètes s’accomplissent : l’Esprit de Dieu est répandu sur tous. On peut penser aussi à la promesse de nouvelle alliance chez Jérémie, où Dieu promet de graver sa loi, non plus sur de la pierre mais directement sur les cœurs (Jr 31.33).

Pentecôte, c’est une promesse qui s’accomplit. Une promesse qui reste vraie aujourd’hui : Dieu, par son Esprit, grave sa Loi dans notre cœur. Il nous rend capable de faire sa volonté, parce qu’il habite en nous. Quelle bonne nouvelle !

Un écho à l’appel d’Abraham

L’événement de la Pentecôte fait aussi écho à un autre épisode fondateur, celui de l’appel d’Abraham.

Quand Dieu appelle Abraham à quitter son pays, il lui donne la promesse d’une descendance nombreuse par laquelle seront bénies « toutes les familles de la terre » (Gn 12.3). Cette portée universelle de la promesse de Dieu sera reprise chez les prophètes et trouve un accomplissement particulier le jour de la Pentecôte. Grande fête de pèlerinage, elle rassemblait des croyants de tous les pays qui ont entendu parler des merveilles de Dieu dans leur propre langue. C’est le point de départ de l’annonce universelle de l’Évangile.

Désormais, la bonne nouvelle sera annoncée jusqu’au bout du monde, selon le commandement de Jésus. Et par cet Evangile proclamé à tous, par cette bonne nouvelle du salut, offerte à tous les hommes, toutes les familles de la terre seront bénies. Ainsi la promesse faite à Abraham est aujourd’hui encore en cours d’accomplissement.

Pentecôte, c’est un appel qui retentit. Un appel auquel répondre aujourd’hui comme hier. Un appel à retransmettre à tous les peuples, dans toutes les langues, celui du message de l’Évangile.

Un écho à la tour de Babel

Enfin, Pentecôte entre aussi en écho avec un épisode moins heureux de l’histoire biblique : la tour de Babel.

La Genèse (chapitre 11) dit que l’humanité parlait alors une seule langue. Contrairement au commandement reçu du Créateur de se multiplier et de remplir toute la terre, les hommes décident de s’arrêter, de bâtir une ville et de construire une tour qui va jusqu’au ciel. Un défi lancé à Dieu. Mais Dieu descend pour plonger l’humanité dans la confusion en créant les différentes langues, si bien que, ne se comprenant plus, les hommes sont obligés d’arrêter la construction de la tour et de se disperser.

Pentecôte, c’est un anti-Babel. A Babel, l’humanité voulait monter jusqu’à Dieu par défi et a été dispersée par la confusion des langues que Dieu a jetée sur elle. A Jérusalem, en ce jour de Pentecôte, c’est Dieu qui est descendu parmi les hommes par son Esprit, pour les réconcilier. Le miracle des langues en est le signe. Alors que l’humanité de Babel s’est divisée par la confusion des langues, l’humanité de Pentecôte est réconciliée, dans toutes ses langues, par l’unique message de l’Évangile.

Pentecôte, c’est un signe dans l’histoire. Le signe d’une humanité réconciliée, qui est au cœur du projet de Dieu. Une humanité réconciliée avec Dieu, et les uns avec les autres.

Quel écho dans ma vie ?

Mais il ne faut pas en rester là. Pentecôte est une promesse qui s’accomplit. Mais comment s’accomplit-elle dans ma vie ? C’est un appel qui retentit. Mais comment est-ce que j’y répond aujourd’hui ? C’est un signe dans l’histoire. Mais comment ce signe marque-t-il mon histoire ?

Bref, quels échos Pentecôte a-t-elle dans ma vie ? Voilà la question à se poser…

Pour nous aujourd’hui, la Pentecôte ne sert à rien si elle n’est qu’un événement du passé, un moment dans l’histoire de l’Église. Dans ce cas, c’est juste l’occasion d’avoir un long week-end de plus avec le lundi de Pentecôte.

Non. Pentecôte doit être plus que cela pour le croyant. C’est une fête chrétienne importante. Si Pâques est la fête centrale rappelant l’oeuvre accomplie par le Christ, mort et ressuscité. Pentecôte est la fête qui rappelle qu’en venant habiter le croyant, le Saint-Esprit nous met en marche.

A Pâques, le Seigneur nous dit : « J’ai tout accompli ». A Pentecôte, il nous dit : « A vous de jouer maintenant !  Soyez mes témoins ! »

Pentecôte est une réalité à vivre tous les jours. Celle de la présence en nous du Saint-Esprit qui nous rend capable de faire la volonté de Dieu. Dans quelle mesure est-ce vrai dans ma vie ?

L’appel de Pentecôte à faire entendre dans toutes les langues les merveilles de Dieu nous concerne aussi, évidemment. Quelle part je prends à l’annonce de la bonne nouvelle du salut, ce message universel par lequel toutes les familles de la terre doivent être bénies ?

Et ce signe de réconciliation que constitue Pentecôte, comment s’incarne-t-il dans ma vie ? Comment je fais œuvre de réconciliation ? Conformément à l’exhortation de l’apôtre Paul aux Corinthiens : « Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation » (2 Co 5.18 – TOB)

La réalité de Pentecôte aujourd’hui, dans notre vie, dans notre Église, elle se manifestera dans nos vies transformées par la Parole de Dieu, dans notre proclamation de l’Évangile à tous, et dans notre engagement pour la paix et la réconciliation.

Quel écho Pentecôte a-t-elle dans notre vie, dans notre Église ?

Conclusion

N’oublions pas la fête de Pentecôte. Elle est non seulement la commémoration d’un événement historique dans l’histoire de l’Église, mais elle est aussi une fête à vivre aujourd’hui. Nous devons laisser résonner en nous le message de Pentecôte. C’est une promesse, un appel et un signe qui nous encouragent, nous interpellent, nous bousculent.

Entendons donc ce que le Seigneur nous dit en ce jour de Pentecôte : « J’ai tout accompli et je t’ai donné mon Esprit. Maintenant, à toi jouer ! Sois mon témoin ! »




Que tous soient un

Lecture biblique: Jean 17.20-26

A quoi pense Jésus alors qu’il avance vers la mort ? Avant d’être arrêté par les soldats pour être condamné, Jésus se prépare à l’épreuve qu’il va vivre en allant prier au jardin de Gethsémané. Jésus, après avoir exprimé à Dieu son angoisse devant la mort à venir, se remet à la volonté de son Père céleste dans la prière. Dans cette prière apaisée, Jésus prie pour lui, afin que sa mort serve à honorer Dieu, il prie pour ses disciples, pour qu’ils soient gardés dans les temps troublés qui les guettent, et il finit par prier pour les croyants futurs, la partie que nous allons méditer. Là, il se projette au-delà de sa mort, de sa résurrection 3 jours après, mais aussi au-delà de son retour auprès de Dieu (l’ascension) et de l’envoi de l’Esprit (la Pentecôte, quelques jours plus tard).

Cette prière nous révèle ce qui occupe les pensées du Christ au moment de marcher vers la croix : l’église. La foule d’hommes et de femmes à qui il offre le salut, d’avance. Cette prière a la force des dernières volontés, d’un testament, de ces derniers mots qui n’expriment pas tout mais qui concentrent l’essentiel.

Jésus porte un regard sur son œuvre accomplie auprès des disciples, l’enseignement qu’il a donné, et que les disciples sont appelés à transmettre, et il confie à Dieu l’aboutissement de son œuvre : ce que l’Eglise est appelée à vivre pour profiter pleinement de ce que Jésus a accompli. Et j’aimerais m’arrêter sur deux aspects de ces dernières volontés, de cette prière de Jésus pour l’Eglise.

1)   Se centrer sur Jésus

Premièrement, ce qui ressort de cette prière, c’est que la vocation de l’Eglise est de se centrer sur Jésus. Jésus est au centre, de cette prière comme de notre foi, et l’église n’a d’autre fondement que le Christ, le Christ seul. Jésus est le chemin unique qui nous conduit à Dieu, pour la simple raison qu’il est Dieu devenu homme. C’est la spécificité de l’Evangile, de la foi chrétienne : notre conviction que ce n’est pas l’homme qui trouve Dieu, mais que c’est Dieu qui rejoint l’homme, en se faisant homme lui-même en Jésus-Christ. Jésus nous permet d’aller à Dieu car il est Dieu qui vient à nous.

Jésus nous montre Dieu : il nous dévoile ses pensées dans ses enseignements, il manifeste sa puissance dans ses miracles, il témoigne de l’amour et de la justice sans failles de Dieu lors de ses rencontres. Il ne se contente pas de rendre visible le Dieu invisible de loin, mais il nous met en relation avec Dieu. Il nous met en contact avec Dieu. C’est la différence entre voir un film biographique sur un génie de la musique et rencontrer ce génie, passer du temps avec lui, devenir son ami. En lui, nous rencontrons Dieu.

Par lui et par lui seul, nous avons accès à l’amour mystérieux de Dieu, cet amour que nous décrivons par la Trinité : Dieu en trois personnes, Dieu père, fils, Saint Esprit, un seul Dieu mais relationnel, éternellement rempli d’amour. Jésus se rend solidaire de nous dans son humanité, pour nous rendre accessible cet amour qui caractérise la vie de Dieu, pour nous associer à cet amour riche & débordant. Quand nous nous attachons à Jésus, Dieu nous aime comme il l’aime! Lorsque nous nous attachons à ce que Dieu a de plus précieux, Jésus, nous devenons ce que Dieu a de plus précieux.

Tout ce que nous vivons, notamment en église, passe au crible de ce critère-là : est-ce que Jésus est au centre ? Dans nos cultes, dans nos prières, dans nos activités, mais aussi dans notre foi : l’apôtre Paul dit aux Corinthiens qu’il ne prêche que le Christ – or Paul évoque énormément de sujets. Toutefois, dans cette diversité, il se réfère constamment au Christ, pas à d’autres penseurs, pas à d’autres sagesses : si le Christ révèle Dieu, parce qu’il est Dieu devenu homme, alors il n’y a aucun autre chemin pour comprendre ce que Dieu désire pour notre vie. C’est par le Christ que Dieu nous aime, nous sauve et nous conduit.

2)   Grandir dans l’unité

Être unis à Jésus, vivre en lui, par la foi, c’est être unis à Dieu, c’est recevoir de la richesse d’amour de Dieu qui déborde jusqu’à nous, par Jésus. Mais cette union à Dieu dépasse notre foi privée et intérieure : elle nous relie aux autres croyants attachés à Jésus. C’est la dominante de cette prière : que tous soient un, comme Dieu et Jésus sont un, parce que tous sont un avec Jésus. Que tous soient un. L’unité est au cœur des dernières volontés de Jésus, l’unité entre les croyants qui atteste que c’est bien à Dieu qu’ils sont reliés par Jésus, que c’est bien cette harmonie divine qu’ils reçoivent en Jésus, que c’est bien à cette source d’eau vive qu’ils étanchent leur soif.

Jésus donne deux commandements : aimez-vous comme je vous ai aimés, et allez dans le monde annoncer le salut de Dieu que je viens vous offrir. L’amour entre nous, l’unité qui nous rassemble, est au cœur de la mission et de la prière de Jésus. Ce n’est pas facultatif : être proche de Dieu, c’est être proche de ses proches. Etre chrétien, c’est être membre du peuple de Dieu, membre de l’église, ce que montre concrètement le baptême.

Cela dit, l’unité que Jésus appelle de sa prière n’est pas une unité de façade, un accord superficiel basé sur le plus petit dénominateur commun. L’amour n’est pas notre Dieu : Dieu est notre Dieu. Dieu est aimant, mais il est aussi la vérité, et notre unité entre croyants ne peut avoir du sens que si elle a un fondement et un but communs. Être unis entre nous, c’est d’abord être unis au Christ qui nous unit : il ne s’agit pas de tout relativiser, tout accepter, tout considérer comme équivalent, en disant que l’essentiel c’est l’amour. Non ! L’essentiel c’est Dieu ! un Dieu d’amour et de vérité !

Cette unité nous est donnée dans la foi commune à Jésus, mais elle se travaille, elle doit se parfaire – et c’est ce que Jésus demande à Dieu pour l’Eglise : parfaire l’unité qui rassemble les croyants. Et cette unité grandit lorsque nous nous centrons sur l’essentiel ensemble. Lorsque nous lisons la Bible ensemble et que nous cherchons ce qui prime pour Dieu. Lorsque nous prions ensemble et que nous demandons ce que Dieu désire pour nous. Lorsque nous nous approprions ensemble les priorités de Dieu et que nous cherchons ensemble comment réaliser la mission qu’il nous donne. L’église n’est pas seulement un lieu de ressourcement personnel – même si j’espère qu’elle l’est aussi. C’est l’endroit où nous expérimentons l’unité avec Dieu, à notre niveau, au culte qui nous rassemble, mais aussi hors du culte, dans des rencontres spécifiques qui nourrissent nos convictions communes et donnent un fondement ferme à notre amour fraternel. Plus nous nous centrons ensemble sur Jésus, plus nous serons proches les uns des autres. Plus nous sommes convaincus que Jésus prime, son œuvre, son salut, la mission qu’il nous confie, plus nous sommes prêts à mettre de côté les inévitables divergences qui pourraient nous séparer. Avant de conclure, j’aimerais juste rappeler la devise reprise par notre union d’églises évangéliques libres : « Dans les choses essentielles, fidélité. Dans les choses secondaires, liberté (droit à ne pas être d’accord, à faire les choses différemment). En toutes choses, charité. »

Conclusion            

Je crois que le monde a soif de sens, soif d’un amour que nul être humain ne peut donner, soif d’une espérance que nul projet ne peut offrir. Jésus nous ouvre les portes de la vie avec Dieu, une vie nourrie par la vérité et la justice de Dieu, abreuvée par son amour, illuminée par sa présence. Lorsque nous nous centrons sur Jésus, quitte à renoncer à ce qui est périphérique, lorsque nous nous centrons sur l’essentiel et que nous cherchons à le vivre pleinement, nous donnons un témoignage de ce sens, de cet amour, de cette espérance que l’on trouve en Dieu grâce à Jésus-Christ. Nous devenons, comme c’est la vocation de chaque communauté, un lieu de vie et de rencontre avec Dieu, la preuve qu’il est possible de rencontrer Dieu et de vivre avec lui. Que Dieu nous aide à devenir parfaitement unis au Christ et les uns aux autres, afin que son amour et sa justice soient visibles et accessibles à tous les assoiffés de notre temps.