L’amour fou de Dieu (III): Justice et compassion de Dieu

Lecture biblique : Osée 11

Continuons notre série sur le livre du prophète Osée, en sautant quelques chapitres, pour lire le ch.11. Nous sommes au 8e s. av. J-C, et Dieu décide de confronter son peuple, et en particulier le royaume du Nord d’Israël, qu’il désigne par le nom d’une tribu, Éphraïm. Dans les ch. précédents, il y a un véritable procès contre l’infidélité du peuple vis-à-vis de Dieu. Dieu va même jusqu’à utiliser l’image de l’époux bafoué, trompé, par une femme adultère et volage, ce que nous avons vu les dernières fois. Il crie son amour pour son peuple, mais aussi sa colère devant la trahison subie. Le ch. 11 nous introduit dans les pensées de Dieu alors qu’il va rendre son jugement.

Est-ce que Dieu peut nous abandonner ? Est-ce que Dieu peut venir à bout de son amour pour nous ? Est-ce qu’on peut atteindre les limites de ce que Dieu peut supporter ? Quand on l’a oublié, et qu’on a glissé loin de lui, depuis des années… Quand on s’est mis dans une situation si éloignée de ce que Dieu veut, que notre culpabilité semble être un obstacle infranchissable. Le livre d’Osée nous parle de l’amour fou de Dieu pour son peuple, le peuple d’Israël à l’époque, le peuple des croyants aujourd’hui, le peuple de ceux que Dieu a un jour appelés ses enfants. Un amour fou, décrit au début du livre sous l’image d’un époux qui fait tout pour reconquérir sa femme infidèle, décrit ici sous les traits d’un Père rempli d’amour et de justice.

1)   L’amour trahi

L’amour de Dieu, ce n’est pas vraiment ordinaire dans la pensée ancienne. Les dieux antiques sont plutôt des puissances, souvent dotées d’un sale caractère, avec qui on fait affaire pour avoir le moins de problèmes possibles. Pour apaiser ces puissances, on les nourrit à l’aide de viandes sacrifiées, on les amadoue avec de l’encens, on évite de les vexer en reconnaissant publiquement leur pouvoir. La conception païenne des dieux ne contient pas de dimension d’amour : c’est du donnant-donnant.

En contrepoint, le portrait que dresse Osée du Dieu d’Israël se caractérise par la grâce, un amour que rien ne mérite. Exemple : alors qu’Israël est encore esclave en Égypte, Dieu nourrit de l’amour pour lui. Et de cet amour découle une main tendue : Dieu prend l’initiative d’appeler Israël, d’en faire son fils, de le mettre à part. C’est l’exode, la sortie d’Égypte, avec Moïse. Toutefois, malgré une libération miraculeuse et impressionnante, malgré cette vocation extraordinaire à être fils du Dieu vivant, Israël, dès les premiers jours, s’éloigne de Dieu. Vous connaissez cet épisode du veau d’or : alors que Moïse est encore sur la montagne du Sinaï en train de copier les tables de la Loi, Israël fraîchement délivré par Dieu se rue dans l’idolâtrie et se fabrique une statue à adorer. C’est le premier faux pas d’Israël, et malheureusement il sera suivi par des centaines d’autres : Israël ne cessera pas de se détourner de Dieu, de lorgner vers le champ voisin où l’herbe leur paraît plus verte…

Face à cette infidélité et à cette ingratitude, que fait Dieu ? Il persévère. Il envoie ses prophètes, il multiplie ses interventions miraculeuses, mais Israël reste sourd et persiste dans son idolâtrie. Les responsables du peuple, et le peuple avec, au lieu de chercher en Dieu leur assurance et une direction pour leur vie, cherchent d’autres solutions. Lorsque vient le printemps, Israël se tourne vers Baal, cette idole phénicienne qui était censée garantir la fertilité des champs, au lieu de faire confiance à Dieu. Lorsque la politique internationale place le pays dans une situation délicate, au lieu de consulter Dieu pour savoir comment agir, Israël se tourne vers… l’Égypte ! Non seulement ils se tournent vers une puissance humaine, faible, illusoire, mais en plus ils retournent vers leur ancien bourreau, comme s’ils n’avaient pas été délivrés de l’esclavage ! non seulement ils agissent comme si Dieu ne pouvait pas les aider aujourd’hui, mais en plus ils bafouent le miracle de l’exode en faisant marche arrière.

L’intérêt de passer du temps à lire l’AT, c’est qu’Israël est une miniature de l’humanité, et les défauts du peuple d’Israël sont aussi nos défauts. L’obstination à chercher des solutions tout seul, le refus de suivre Dieu selon ses termes à lui, la volonté de choisir soi-même le chemin quitte à s’égarer dans des marécages boueux… C’est la rébellion du non-croyant, mais aussi l’hypocrisie du croyant, son ambiguïté, son incrédulité.

Évidemment, une telle situation conduit à la condamnation du peuple. Devant une telle obstination, malgré la patience de Dieu, le verdict finit par tomber : Israël n’est pas mieux que les nations païennes, et il mérite le même jugement. Le texte cite Adma et Tseboïm, deux petites villes détruites en même temps que Sodome et Gomorrhe, pour montrer qu’Israël mérite le même sort, à force de rejeter Dieu sans cesse. Ce jugement, c’est la colère de Dieu qui s’abat sur un peuple ingrat et rebelle, qui n’a cessé de faire la sourde oreille et de se moquer de Dieu.

2)  Rebondissement : la compassion de Dieu 

Le livre, voire même la Bible, aurait pu s’arrêter ch.11 v.7 : le peuple d’Israël, comme l’humanité dans son ensemble, après avoir ignoré Dieu maintes fois, est voué à la destruction, point. Mais l’extraordinaire originalité du message biblique, c’est que les preuves de notre péché ne sont pas les seules à peser dans la délibération. Au verset 8, un autre argument fait irruption : Dieu ne peut pas se résoudre à abandonner son peuple. Un dilemme se pose à lui : comment juger ce peuple ingrat comme il le mérite, alors que Dieu l’aime si intensément ? Le prophète nous fait ressentir la profondeur de la compassion de Dieu qui lutte en quelque sorte avec sa colère : « comment pourrais-je t’abandonner, Éphraïm, comment pourrais-je te livrer à l’ennemi, Israël ? te détruire comme Sodome, ou t’anéantir comme Gomorrhe ? » (v.8)

Depuis le début de l’histoire d’Israël, Dieu a fait preuve d’amour et de compassion, comme un jeune père qui dès le début déborde d’amour pour son enfant, qui l’aide à faire ses premiers pas, en le tenant par les mains (geste). C’est fou d’imaginer Dieu avec ces gestes-là, cette intimité, cette douceur ! Comme quand il prend le bébé pour le tenir contre ses joues…

Parfois on a l’impression que l’AT présente le Dieu juge et que le NT montre l’amour de Dieu : mais le père qu’Osée décrit n’a rien à envier au père du fils prodigue ! C’est le père qui s’implique tout entier pour conduire et protéger son enfant, avec douceur, sans le blesser. Et cet amour viscéral n’est pas épuisé par les rebuffades d’Israël. Bouleversé à la perspective d’abandonner son enfant – Dieu en a littéralement le cœur retourné – le Seigneur refuse de laisser Israël au jugement qu’il mérite et il livre sa décision v.9 : je n’agirai pas selon ma colère.

Dans ce texte, Dieu assume à la fois son amour et sa colère. Il n’est pas froid, impassible, ou détaché de sa création. Aussi fou que cela puisse paraître, l’Eternel sur son trône céleste ressent un amour paternel, tendre, proche, intime, qui dépasse infiniment tout amour humain, un amour qui fait place aussi à la colère quand il y a injustice et péché.

Cela dit, Dieu est Dieu, et pas un homme. Dieu n’est pas esclave de ce qu’il ressent, comme s’il suivait malgré lui ses pulsions. On voit que Dieu maîtrise parfaitement sa colère, qu’il ne se laisse pas aveugler. Il passe en revue les jugements que mérite le peuple, mais il ne laisse pas emporter ou déborder : il n’est pas comme le taureau qui voit rouge, mais, tout en assumant son indignation légitime, il sait la maîtriser.

3)   La grâce au nom de la sainteté 

Que change l’amour de Dieu dans le procès ? Le peuple d’Israël subira quand même une peine, et pas la moindre : l’exil. Le peuple sera déporté en Assyrie, vers le nord, et perdra ses terres. Le mal ne peut pas rester sans réponse de la part de Dieu : ce serait scandaleux de seulement regarder ailleurs, même par amour. Le mal, le péché, et tous les dégâts qu’il entraîne, doit être éradiqué, ôté, retranché, parce qu’il est intolérable.

La grâce de Dieu intervient dans le fait qu’il limite la portée du jugement et qu’il ne permet pas que le jugement soit le dernier mot de l’histoire. Ce qui est étonnant, c’est que la raison pour laquelle Dieu restreint son jugement, c’est sa sainteté. En général, on associe la sainteté à la pureté, à la justice, à la défense sans compromis de la vérité. La sainteté de Dieu est généralement perçue comme la raison de sa colère, de son refus du péché. C’est vrai, et pourtant Dieu utilise l’argument de la sainteté non pas pour juger, mais pour restaurer. C’est parce qu’il est saint qu’il refuse de laisser sa colère le dominer, parce qu’il est saint qu’il agit avec amour. La sainteté de Dieu, c’est un combiné de justice et d’amour, de droiture et de grâce.

Dieu révèle dans ce texte sa façon d’agir : le mal doit être condamné, à cause de la justice de Dieu, mais cette condamnation ne peut pas être le dernier mot, à cause de la profondeur de l’amour de Dieu. La démonstration ultime du caractère de Dieu, c’est la Croix où meurt Jésus-Christ. La croix où triomphe la justice de Dieu sur le mal, sur toutes les corruptions, sur tous les mensonges, sur toutes les trahisons. Mais la croix où triomphe aussi l’amour de Dieu pour l’humanité, puisque le jugement est reporté sur le Christ et que nous recevons cette possibilité d’une deuxième chance, la possibilité d’un nouveau départ.

Dieu réaffirme sa fidélité à son peuple, et il promet de les faire revenir à lui. Légers comme des oiseaux, rapides comme des colombes, le peuple reviendra à Dieu. Ceux qui s’étaient égarés, ceux dont le cœur était endurci, ceux qui s’entêtaient dans les impasses de l’idolâtrie seront transformés en profondeur, et reviendront avec un esprit de crainte et d’adoration, ils marcheront avec Dieu sans se laisser détourner par les illusions des faux dieux. Voilà la promesse de Dieu : une restauration pour son peuple, de nouvelles bases pour une nouvelle relation d’amour.

A la Croix retentit la même promesse : ceux qui reconnaissent que Jésus-Christ a été condamné à leur place pourront être appelés fils de Dieu, ils pourront venir à lui avec légèreté, avec assurance, dans l’adoration tremblante de celui qui se sait amnistié, acquitté par grâce.

Conclusion

Cette prophétie d’Osée nous plonge donc dans les profondeurs de l’amour de Dieu : elle nous montre l’intensité de la compassion de Dieu, l’immensité de sa patience, et la vraie dimension de sa sainteté qui ne laisse pas la colère avoir le dernier mot. Dieu se révèle à nous comme un Père tendre et proche de nous, jusque dans les jugements qu’il rend.

Cette parole biblique nous conduit dans l’adoration devant un Dieu qui prend tant d’initiatives d’amour envers nous. Elle nous conduit dans la repentance parce que nous prenons conscience de l’orgueil de notre cœur et de notre obstination à pécher. Elle nous conduit aussi dans la reconnaissance et la louange, parce que nous y voyons le portrait d’un Dieu plein de grâce, qui refuse de nous abandonner et qui nous offre une deuxième chance en Jésus-Christ. Elle nous conduit enfin à nous engager à suivre Dieu sur le chemin de la compassion et de la justice, de la vérité et de la grâce.




L’amour fou de Dieu (II): Une reconquête à tout prix

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Lecture biblique: Osée 2.4-25

Nous avons tous besoin d’être heureux, d’avoir une vie pleine de sens et d’espérance, une vie qui vaut la peine d’être vécue. Qu’est-ce qui nous rend heureux ? qu’est-ce qui nous donne ce sens, cette valeur, dont nous avons tant besoin ?

Le peuple d’Israël, bien avant la venue de Jésus-Christ, a reçu des bénédictions abondantes de la part de Dieu, et pourtant, il ne croyait pas que c’était Dieu qui donnait tout cela. Ou plutôt, il s’est laissé influencer par les peuples voisins qui pensaient que c’était telle ou telle divinité qui donnait l’abondance, notamment Baal, le dieu de la fertilité et de la pluie, extrêmement important dans une société 1) basée sur l’agriculture et l’élevage, 2) située dans une région chaude et entourée de déserts. Pour Israël, le manque de pluie égale une mauvaise récolte, égale la famine du peuple entier. Par crainte que Dieu peine à pourvoir à tous les besoins, par souci de doubler les garanties, par manque de confiance en Dieu, le peuple se laisse aller à rendre un culte aussi à Baal, ce faux dieu étranger incapable de faire quoi que ce soit pour eux. Nous ne sommes pas Israël, mais nous aussi, nous pouvons avoir du mal à nous mettre notre confiance en Dieu seul pour notre avenir, nos besoins, nos projets, et nous pouvons être tentés, non pas d’adorer Baal avec des sacrifices et des fêtes solennelles, mais de compter sur nos finances, notre sagesse, le réseau que nous pouvons faire jouer, la science, la technologie, la consommation… Qu’est-ce qui nous comble ? Ou plutôt, qui nous comble ?

La semaine dernière nous avons commencé le livre d’Osée, qui déclare l’amour de Dieu à son peuple, un amour bafoué par la trahison et la méfiance, le doute et l’infidélité de ce peuple. Dieu utilise l’image de l’adultère, de l’infidélité conjugale, pour montrer à quel point cette méfiance sape toute relation avec Dieu, combien le péché, auquel se livre Israël par manque de foi et par orgueil, rend le peuple affreux et immonde aux yeux de Dieu, qui finit par demander à Osée de mettre en scène une parabole vivante : il doit « épouser » une prostituée, symbolisant Israël infidèle, qui donne des enfants, images du peuple que Dieu renie – « Mal aimée » et « Pas mon peuple ». Dans le passage que nous allons lire maintenant, Dieu développe, à la fois les raisons de sa colère, et la promesse qu’il faisait de rester fidèle malgré l’infidélité de son peuple.

1)   Au désert pour retrouver la soif de Dieu  

Nous l’avons dit, le problème d’Israël, c’est d’attribuer sa richesse agricole, sa prospérité, son bonheur à un autre que Dieu – les « amants », les dieux étrangers qui ne sont rien d’autre que des statues incapables d’agir. C’est comme si votre enfant allait remercier un inconnu dans le bus pour tout ce que vous avez fait pour lui – la nourriture que vous donnez, le vêtement, la sécurité, le confort, les opportunités, les cadeaux, l’amour… il s’en irait au bras de cet inconnu – pour être encore plus exact, l’inconnu en question serait un composteur de billets. Il aurait une photo de ce composteur dans sa chambre, et remercierait le Grand Composteur pour chaque repas, chaque vêtement, chaque journée, chaque voyage, refusant de vous regarder, de vous écouter, de vous aimer. Dieu est dans cette situation-là, devant un peuple aveugle qui se trompe royalement de chemin, et en plus va commettre des horreurs pour plaire à ce dieu imposteur : adopter la prostitution religieuse, sacrifier des enfants, adorer les astres, et j’en passe.

La réponse de Dieu, c’est de prouver que Baal n’est pas à l’origine de toute cette abondance. Comment fait-il ? Il arrête de donner : plus de pluie, plus de récoltes, plus de richesse, plus de paix, plus de victoire sur les ennemis, plus de pays. Voilà ce que Dieu va faire : priver Israël de tous les biens qu’elle pense recevoir de Baal pour montrer que ce baal, ce faux dieu, qu’elle continuera à adorer quelque temps, n’y était pour rien. Dieu ôte à Israël ce qui pouvait faire illusion, il la dénude, la vide, plus rien ne reste de ce que « Baal » est censé avoir donné suite aux sacrifices et autres horreurs pratiquées.

Dieu agit sévèrement, avec dureté, il retranche autant qu’il avait donné à ce peuple qu’il a sorti de la misère et de l’esclavage en Egypte. Souvenez-vous, quand le peuple quitte l’Egypte, quelques siècles plus tôt, sous la conduite de Moïse, Dieu promet, après la traversée du désert, l’entrée dans un pays ruisselant de lait et de miel, un pays de paix et de justice dans la présence de Dieu. Puisque le peuple a mis Dieu dehors par ses doutes et son injustice, Dieu mettra Israël dehors, la renverra au désert – pas le désert littéral (quoique) mais l’exil, chez un peuple étranger, à nouveau en esclavage, sans rien. Pourquoi agit-il ainsi ? Pourquoi ferme-t-il les portes qu’il a ouvertes ? Dieu n’agit pas pour assouvir sa colère, mais il agit ainsi pour créer une soif, pour attirer l’attention d’un peuple qui s’est rendu sourd et aveugle à l’amour de Dieu. Il casse tout, pour montrer qu’Israël vit dans un château de cartes, fondé sur l’illusion et le mensonge.

Et nous, sur quoi fondons-nous notre vie ? qui nous comble ? à qui, à quoi, regardons-nous pour assurer notre vie ? Le texte nous interpelle avec cette image frappante : Dieu ferme parfois les portes, barre les chemins avec des épines, retire certaines bénédictions, non pas par haine ou par indifférence, mais pour nous rendre attentifs. Nous prions toujours pour que Dieu ouvre les portes, mais ce sont souvent des portes dont nous avons les clefs ! Trop souvent, nous demandons un coup de pouce à Dieu dans des projets qui ne viennent pas de lui mais qui sont fondés sur les valeurs de notre société, sur nos désirs personnels, sur nos peurs. Nos épreuves ne sont pas toujours des cas de discipline, mais elles sont toujours l’occasion d’en apprendre plus sur Dieu, d’apprendre à compter sur lui dans les déserts que nous traversons. Le désert n’est pas forcément une malédiction : c’est peut-être, comme Dieu l’espère pour Israël, l’occasion de voir Dieu sans aucune diversion, sans se laisser tenter ou troubler.

Je vais l’illustrer avec des sujets difficiles : l’absence d’enfants, l’absence de travail, la maladie. Dans ces épreuves, dans ces déserts, qu’est-ce qui donne du sens à ma vie ?  qu’est-ce qui me donne de la valeur, en tant que femme, en tant qu’homme ? Tout n’est pas forcément lié à la discipline de Dieu, mais dans ces déserts-là, je peux apprendre, je peux réentendre, redécouvrir que c’est qui me donne de la valeur, parce qu’il m’a voulue, parce qu’il m’a créée, parce qu’il m’a appelée. Que je me sente féconde ou stérile, utile ou inutile, perdante ou gagnante, forte ou faible, Dieu m’aime, Dieu me donne de la valeur, Dieu donne un sens à ma vie, et une espérance, un avenir, une promesse, Dieu comble mes besoins physiques, émotionnels et spirituels, et non mon couple/ mes enfants/ mon travail/ ma réputation/ mes accomplissements.

2)   Retrouver Dieu pour retrouver du sens

Dieu conduit donc son peuple au désert pour attirer son attention, pour forcer son attention, et lui montrer à nouveau qui l’aime, qui est son Dieu, qui l’a béni depuis le départ. Cette impasse est un nouveau départ, à nouveau dans le désert, comme au temps de Moïse, lieu où Dieu – l’image est osée – va faire la cour à son peuple. Il emmène son peuple loin des imposteurs, loin des trahisons commises, pour recommencer à zéro. Dieu se met dans la peau d’un mari trahi ô combien de fois, qui emmènerait sa femme infidèle sur une île déserte, pour lui rappeler leur premier amour, pour renouveler les vœux de mariage, comme au temps des fiançailles, en mettant de côté le souvenir douloureux des infidélités et des amants. Dieu n’envoie pas Israël au désert pour la punir, pour prouver qu’il est fort et qu’il en coûte de le mépriser – même si c’est vrai – mais pour la reconquérir, pour reprendre à zéro leur histoire, par amour et par fidélité.

Quand le peuple aura retrouvé ses esprits, et comprendra que Dieu seul est à l’origine des dons et bénédictions qu’il a reçus avec abondance, alors, quand Dieu sera sûr qu’Israël a compris, Dieu recommencera à bénir : il donnera le signal au ciel, qui pleuvra sur la terre, qui nourrira les vignes, les oliviers, les champs de lin, et Israël recevra alors les cadeaux de Dieu, l’abondance à nouveau. Après le châtiment, viendra la restauration, après la déchirure, la réconciliation. Israël les recevra avec confiance, fidélité et justice, amour et tendresse. Elle les recevra d’un Dieu de qui elle est proche, qu’elle connaît intimement, qui est comme un mari fidèle, un père aimant, un Dieu bienveillant.

Après avoir compris qu’hors de Dieu il n’y a pas de salut, pas d’espoir, pas de vie, après s’être engagé envers Dieu pour ne chercher lui le salut, l’espoir et la vie, le peuple pourra recevoir à nouveau l’amour que Dieu donne, en recevant tous ses dons comme des preuves d’amour de Dieu, sans se tromper de sens.

Tous, à notre manière, nous sommes ou nous étions comme Israël se trompant de Dieu, cherchant, comme dit le prophète Jérémie, dans des vases crevassés et moisis la source de notre vie ! Pourtant, Dieu est venu nous chercher dans nos déserts, il est venu donner à notre place ce que nous n’arrivions pas à lui donner, la dot que nous n’arrivions à donner à notre fiancé : l’amour, la justice, la fidélité, la compassion. Ce que Dieu attendait de nous, et que nous étions devenus incapables de donner, il l’a fourni pour nous, en Jésus-Christ. Jésus est le lien qui nous unit à Dieu pour toujours : solidaire de l’humanité, il donne pour nous à Dieu satisfaction, et ça passe par l’expiation de nos infidélités, qu’il subit à notre place, en sa mort, afin que nous puissions repartir à zéro avec Dieu. Solidaire de Dieu, il nous donne l’amour que nous cherchons sans fin.

Conclusion

Pourquoi Dieu se donne-t-il tant de mal avec l’humanité infidèle ? pourquoi cherche-t-il à reconquérir l’homme rebelle qui s’est détourné de lui ? pourquoi tant de détermination dans son amour ? parce que Dieu nous a créés pour être en relation avec lui, pour que nous soyons ses enfants, son peuple, son épouse – pour que nous ayons envers lui une confiance plus grande qu’un enfant envers son père, une intimité plus grande qu’une épouse avec son mari, une reconnaissance et une loyauté plus grande qu’un peuple envers son roi, parce qu’il est notre Dieu, le Père tout-puissant, l’Epoux plein d’amour, le Roi protecteur. Le but de notre vie, de notre existence sur la terre, c’est de recevoir l’amour de Dieu, de l’aimer à notre tour et de partager cet amour ceux qui nous entourent.

Alors que Dieu vienne nous chercher, là où nous sommes, et qu’il ouvre nos yeux, par tous les moyens, sur son amour, pour que nous puissions trouver, en lui, la vie et l’espérance.

 




L’amour fou de Dieu (I): Quand Dieu est à bout

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Lecture biblique: Osée 1 – 2.3

Pour ce mois de juillet, comme c’est un peu la tradition, je vous propose une série de prédications sur un livre biblique. J’ai choisi le livre du prophète Osée, avec 4 morceaux choisis qui conduiront nos méditations de l’été. Le prophète Osée est un « petit » prophète juif, petit par rapport aux grands prophètes que sont Esaïe, Jérémie & Ezechiel. Il a vécu au 8e siècle avant Jésus-Christ, en Israël, et comme beaucoup de prophètes, a eu un message difficile à annoncer.

Pour le comprendre, il faut remonter dans le temps. Depuis deux siècles, le peuple a beaucoup changé. David, grand roi d’Israël, roi conquérant, roi pieux, a laissé la place à son fils Salomon, roi pacifique, renommé pour sa sagesse et son succès. Le fils de Salomon, pour des raisons politiques, se met à dos une grande partie de la population, c.-à-d. 10 tribus sur les 12 qui composent le peuple. Ces dix tribus choisissent de se séparer du roi, et constituent le royaume du nord, avec pour capitale Samarie, tandis que les tribus de Juda et benjamin restent autour de Jérusalem. A partir de là, on a deux fils parallèles, deux peuples au lieu d’un. De chaque côté, intrigues politiques, injustice, corruption, syncrétisme avec d’autres croyances, des croyances en des dieux étrangers. Mais… le royaume du Nord est dans un état bien pire que celui du sud, au niveau moral, spirituel, social… C’est la catastrophe. Dieu n’est plus au centre, mais on se demande même si le peuple se souvient encore de son Dieu.

Quand Osée intervient, le royaume du nord vit une période de prospérité, d’abondance, de paix apparente… Seulement, les dirigeants en profitent pour se livrer à l’injustice, à l’égoïsme, à l’orgueil, à toutes les pratiques possibles et imaginables, pensant que rien ne peut leur arriver. Osée intervient pour leur rappeler que Dieu n’en a pas fini avec eux et qu’il les tient responsables de leurs actes et de leur immoralité.

Osée, c’est le livre de la passion de Dieu, le livre qui raconte son amour fou, passionné, pour son peuple, un amour qui l’engage dans tout ce qu’il est. Dans ce livre, Dieu crie la trahison de son peuple, sa déception, sa colère, et son amour, encore et toujours son amour, certes bafoué, certes blessé, mais toujours vivant. Pour parler de l’amour passionné de Dieu, Osée a recours à deux images : le mariage, cet amour qui unit un homme et une femme responsables dans une alliance mutuelle marquée par l’intimité et la fidélité, et la relation entre un père et ses enfants. Dans notre passage, on retrouve un peu les deux, mélangées. Le peuple a trahi de Dieu, comme une épouse trahit son mari en allant à droite et à gauche. Il a renié Dieu, comme un enfant renie l’autorité de son père et change de nom. On est blessé par ceux qu’on aime le plus : nos enfants, nos conjoints, nos proches… Dieu aime tellement son peuple que la trahison le frappe et le fait hurler – par la voix des prophètes.

Certains pensent qu’Osée a vraiment dû épouser une prostituée, mais il est plus probable qu’Osée ait plutôt fait un mime prophétique. Il a mimé ce que Dieu lui a demandé. Il est allé chercher une prostituée, et devant le peuple, a fait comme s’il l’épousait. Il a pris des enfants et a fait comme si ces enfants venaient de lui, pour en faire des paraboles vivantes, aux noms évocateurs : Mal-Aimée, Pas-mon-peuple…

1)   Le point de rupture

On a du mal à imaginer Dieu à bout… Et pourtant ce texte nous le montre sous un jour nouveau, dur à accepter. Dieu n’en peut plus de ce peuple qui ne cesse de lui tourner le dos pour s’enfuir dans des paradis artificiels, des illusions, des mensonges… Dieu n’en peut plus, et il le dit haut et fort : vous, peuple corrompu, injuste, immoral, je vais arrêter d’avoir compassion de vous, Je ne vais plus vous soutenir dans vos luttes, vos projets,  vous ne serez plus mon peuple et je ne serai plus votre Dieu. Je vais vous faire payer !

Dieu va loin ! il rebrousse chemin jusqu’à Moïse, à qui il s’était révélé en disant : « Mon nom, c’est « je suis » ! Je suis le Dieu de tes ancêtres, je suis le Dieu qui sauve, le Dieu de grâce et de vérité ». Mais maintenant, Dieu ne « sera » plus pour son peuple, il coupe les ponts, ferme les portes, tire un trait : vous n’êtes plus mon peuple. Vous êtes comme les autres peuples, ceux qui ne me connaissent pas, pour moi, vous êtes des étrangers, des inconnus, des païens.

C’est dur, mais malheureusement pour Israël, on ne peut pas dire que ce soit injuste. Quand on lit l’histoire de ce peuple, on voit la trahison s’enraciner dès le début – dès l’idolâtrie du culte au veau d’or alors que Dieu vient juste de se montrer au peuple, jusqu’au massacre de Jizréel où le changement de dynastie s’est fat dans le sang et la cruauté. Le peuple a fait tout ce que Dieu déteste, et Dieu lui demande des comptes.

Mais quand on lit l’histoire de ce peuple, on lit aussi notre histoire, de manière indirecte. On lit la noirceur de notre cœur, l’ambiguïté de nos promesses, la faiblesse et la lâcheté, la convoitise et la corruption. On y lit notre malheur, et le malheur de nos peuples, de nos sociétés, laissant Dieu à l’écart pour succomber aux fausses promesses, aux mensonges et aux illusions.

A la place de Dieu, devant de tels affronts, on tirerait un trait, on recommencerait à zéro peut-être, mais avec d’autres. C’est d’ailleurs souvent ce que l’on fait, entre nous. Combien de familles sont déchirées par le souvenir d’une trahison ? Combien d’amitiés se sont dissoutes ? Combien de couples sont brisés ? Et combien d’églises se déchirent encore, lorsque les uns et les autres invoquent l’affront subi pour couper les ponts ? Il y a toujours de bonnes raisons, des affronts à notre honneur, des confiances trahies, des blessures indélébiles…

Dans le texte, Dieu est arrivé à ce point de rupture, que nous connaissons bien. Certes, comme Dieu est lent à la colère, il a attendu plusieurs siècles avant de l’atteindre, mais il y est, à cet endroit où tout espoir semble perdu, où toute la relation est entachée par l’affront… il est tentant de couper les ponts.

2)    Le triomphe du pardon

Mais voilà que Dieu, alors qu’il vient de commencer son réquisitoire contre Israël, Dieu annonce déjà le pardon ! « Un jour, les gens d’Israël seront aussi nombreux que les grains de sable au bord de la mer. On ne pourra pas les compter. Dieu ne leur dira plus : « Vous n’êtes pas mon peuple. » Au contraire, il les appellera « Fils du Dieu vivant ». 3Dites à vos frères « Mon Peuple », et à vos sœurs « Bien Aimée ». Rebroussant encore chemin, remontant avant Moïse, il arrive à Abraham, à ses promesses : ta descendance sera comme le sable de la mer, comme les étoiles du ciel. Et là Dieu ne se dédie pas, car cette promesse, qui remonte à plus de mille ans, cette promesse il ne peut pas, lui, la trahir.

Alors, du fond de sa rage, du fond de sa colère et de son indignation, remonte la promesse, remontent sa fidélité et sa compassion : « Oui je vais vous punir, mais ensuite, je vous guérirai, je vous remontrerai le chemin, je vous remontrerai combien je vous aime, je vous donnerai un salut encore plus grand, je vous rapprocherai de moi, et vous serez mes fils, mes filles, unis à moi pour toujours, réunis ensemble pour toujours ! » Le pardon de Dieu triomphe de sa juste colère, et Dieu annonce déjà la réconciliation, avec lui et dans le peuple, entre le royaume du sud d’Israël et le royaume du nord, mais même au-delà, entre tous les peuples, entre tous les hommes. D’ailleurs les apôtres Pierre et Paul utilisent ce texte pour parler des chrétiens d’origine non-juive : nous n’étions pas le peuple de Dieu, nous étions des étrangers, mais Dieu nous a aimés, et il a fait de nous ses filles et ses fils.

Dieu a-t-il une personnalité double ? Comment peut-il dire « vous n’êtes plus mon peuple » et l’instant d’après « vous êtes mes fils » ? On touche là au cœur de la prophétie : ce n’est pas une prévision mais un avertissement, avec un message implicite : « ressaisissez-vous ! revenez à Dieu ! il n’est pas trop tard ! même quand vous avez plongé dans le mal et que vous avez touché le fond, vous pouvez crier à Dieu et revenir à lui ! » Dieu s’adresse à des criminels, des impies, des gens sans foi ni loi, et c’est à eux qu’il tend la main en rappelant ses promesses : « Revenez, et vous serez mes fils ! » C’est d’ailleurs pour ça que Dieu sauvera, à court terme, le royaume de Juda, le royaume du sud : malgré leur déchéance spirituelle et morale, à plusieurs reprises les rois se sont tournés vers Dieu, ont cherché à éliminer ce qui le déshonorait et à favoriser une vie juste, avec Dieu. Malgré leurs imperfections et leurs dérapages, ils montrent de la bonne volonté, et cela suffit pour que Dieu les sauve.

Alors certes, quelques décennies plus tard, juda suivra malheureusement le même chemin que le royaume du nord, et subira le même destin que le royaume du nord avant lui : une terre envahie, un peuple déporté, un royaume dévasté. Mais pour les deux royaumes, Dieu enverra, pendant toute cette période, grands et petits prophètes pour annoncer ce qui les attend s’ils persévèrent loin de Dieu – le jugement, mais aussi pour rappeler son amour malgré tout, et sa fidélité, malgré tout. En Jésus, les promesses faites au peuple, promesse de réconciliation avec Dieu, promesse de réconciliation avec les autres, promesse de lumière tout au fond de nos ténèbres, en Jésus toutes ces promesses se réalisent, et celui qui tend la main vers Dieu, malgré son indignité, celui-là est assuré de son salut, il est fils du Dieu vivant, enfant chéri et bien-aimé, membre du peuple de Dieu.

Conclusion

Ce texte nous invite à saisir la folie de l’amour de Dieu pour nous, cet amour pour des hommes et des femmes injustes, sales, coupables, cet amour qui surpasse tout, qui espère tout, qui promet tout, si seulement on ose saisir la main de Dieu. Osée nous encourage encore aujourd’hui à recevoir cet amour fou de Dieu pour nous, à le laisser transformer nos vies, et à l’imiter. A imiter ce pardon « injuste », dans nos familles, nos couples, nos amitiés, notre église, parce que Dieu nous a  pardonnés. Quand nous sommes à bout, à bout de patience, regardons à Dieu et puisons en lui cet amour fou, qui espère tout et qui surpasse tout, qui guérit tout, qui cherche un chemin pour rejoindre l’autre, à cause de Dieu, avec l’aide de Dieu, et en hommage à sa compassion qui nous sauve et nous repêche sans cesse.




Avoir Dieu pour mère

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Lecture biblique :  Esaïe 66.10-14a

Dans sa deuxième et sa troisième partie, le livre d’Esaïe s’adresse aux Juifs exilés à Babylone, au VIe siècle avant Jésus-Christ. Il s’adresse à un peuple découragé, loin de son pays, en attente d’espérance. Or, au cœur de ces chapitres, il est question de consolation. Car Dieu a un projet de retour pour son peuple.

Juste avant notre texte, le prophète utilise l’image de l’enfantement pour parler de ce retour. Un miracle, sujet de joie immense. Et au cœur de notre texte, l’image se prolonge avec celle d’un bébé heureux, dans les bras de sa mère, rassasié de son lait.

Pourquoi ne pourrions-nous pas nous approprier cette image ? Car elle nous parle de Dieu et de ceux qu’il aime, de la relation qu’il veut avoir avec eux. Et on peut considérer la relation de Dieu avec le peuple d’Israël, dans l’Ancien Testament, comme un prototype de la relation qu’il veut entretenir avec les humains en général.

Et de cette image, nous pouvons déduire deux affirmations qui, il faut l’avouer, peuvent paraître surprenantes au premier abord :
– Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d’être consolés
– Dieu est une mère qui console et nourrit

Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d’être consolés

De simples nourrissons

L’image du nourrisson n’est peut-être pas, au premier abord, très valorisante. Un nourrisson, c’est mignon… mais c’est fragile, faible, vulnérable. Ca n’a aucune autonomie et une capacité de communication limitée.

Un nourrisson ne s’exprime pratiquement que par les pleurs. Quand il a faim, il pleure. Quand il a mal, il pleure. Quand il a peur, il pleure. Difficile d’avoir une conversation élaborée dans ces conditions ! Et pourtant, sa mère reconnaît ses pleurs. Ils ne sont pas les mêmes quand il a mal ou quand il a faim. Quand une mère entend son bébé pleurer, elle sait ce dont il a besoin.

Nous sommes bien des nourrissons devant Dieu, avec notre langage limité pour lui parler. Mais Dieu comprend nos murmures, nos cris et nos prières maladroites, comme une mère comprend les pleurs de son enfant.

Car les promesses de Dieu dans le prophète Esaïe sont aussi les réponses de Dieu aux prières de ceux qui criaient à lui dans le contexte de l’exil. Dieu les a consolé…

Le salut comme consolation

Le salut est une consolation. On associe, avec raison, d’autres notions au salut dans la Bible. Le pardon, la réconciliation, la régénération, la justification…. Ici, c’est la consolation. C’est une notion centrale chez Esaïe. La 2e partie du livre s’ouvre par cet appel : « Consolez, consolez mon peuple ! » (Es 40.1). Et la thématique de la consolation se répète de nombreuses fois dans les deuxièmes et troisièmes parties du livre. On retrouve aussi cette thématique chez d’autres prophètes, notamment Jérémie.

L’idée de consolation est liée alors au retour de l’exil. L’exil est certes l’éloignement du pays mais, spirituellement, c’est aussi et surtout l’éloignement de Dieu. Et dans le message des prophètes, le retour de l’exil est lié au retour à Dieu. La consolation est certes celle du retour au pays mais aussi celle du retour à Dieu. Comme le nourrisson qui retrouve les bras de sa mère.

Dans le Nouveau Testament, on retrouve cette idée de consolation associée au salut. Le vieux Syméon à Jérusalem, qui attendait la venue du Messie, nous est ainsi décrit par Luc : « Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint était sur lui. » (Lc 2.25) Et, prenant Jésus dans ses bras, il peut dire : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur mourir dans la paix, comme tu l’as dit. Oui, mes yeux ont vu le salut que tu nous donnes. » (Lc 2.29-30)

Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d’être consolés. On a besoin d’être consolé quand on est triste, quand on souffre. Nous l’avons tous vécu. Mais nous avons besoin aussi d’une consolation spirituelle. Celle qui vient du salut de Dieu, de son pardon et sa grâce. Celle qui répond à la tristesse de l’éloignement de Dieu, la souffrance existentielle de la séparation avec Dieu. C’est une souffrance qu’on occulte parfois… mais qui est bien réelle. Parce que nous sommes créés par et pour Dieu, nous sommes faits pour être en relation avec notre Créateur.

Dieu est une mère qui console et nourrit

Pour illustrer cette consolation offerte par Dieu, c’est donc l’image de la mère qui est utilisée. Ce n’est pas la première fois que la Bible, à commencer par Esaïe, décrit Dieu avec des caractéristiques féminines. Et ça ne devrait pas nous étonner…

Car Dieu n’a pas de genre ! Même si Jésus nous invite à appeler Dieu « notre Père », ce dernier n’a rien à voir avec un vieillard à la barbe blanche ! Masculin et féminin sont des catégories valides pour les humains, pas pour Dieu !

Pour parler de Dieu, on en est réduit à utiliser notre langage, nos catégories. Nos mots, nos concepts, notre théologie, sont trop limités pour décrire Dieu. Nous ne sommes que des nourrissons… La perfection divine nous reste inaccessible, incompréhensible. Tout ce que nous disons de Dieu n’est que partiel. Nous ne pouvons l’enfermer dans les cases de nos mots, de nos concepts.

Mais il se révèle à nous avec le langage que nous comprenons. Comme les adultes communiquent avec les tout petits bébés par des mots et des sons adaptés. Dieu utilise notre langage pour se révéler. Il se met à notre hauteur. C’est le mouvement qui traverse toute la révélation biblique, jusqu’à son aboutissement dans l’incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Avec notre langage humain, nous pouvons donc connaître ce que Dieu révèle de lui-même. Or, dans la Genèse, quand Dieu crée l’humain à son image, il les crée homme et femme. L’homme et la femme, le masculin et le féminin sont donc des catégories également valides pour parler de Dieu ! Il est tout aussi légitime de parler de Dieu comme un père que comme une mère. Nous n’avons pas besoin de chercher une autre figure féminine à élever au rang de Dieu… Dieu, notre Père, est aussi notre mère.

Dieu : une mère qui console

« Comme une mère console son enfant, moi aussi, je vous consolerai. » (v.13). Cette promesse exprime le soin personnel, intime, de Dieu pour ses enfants. C’est une image d’une tendresse incroyable pour un Dieu aussi proche de nous qu’une mère l’est pour son enfant !

Ce Dieu si proche, c’est celui qui vient habiter en nous, par son Esprit. Notez d’ailleurs que le mot hébreux pour « esprit » (rouah) est féminin… Et que dans l’Évangile selon Jean, le Saint-Esprit est appelé le consolateur !

Dieu : une mère qui nourrit

« Vous serez rassasiés comme des bébés qui tètent avec joie le sein rempli de lait de leur mère. » (v.11). Là aussi, l’image est incroyable de tendresse et d’intimité. Dieu est une mère qui nourrit. Et la nourriture que Dieu donne, c’est le lait maternel. Il donne de lui-même. Il se donne. Comme Dieu se donnera lui-même dans la personne de son Fils. Comme Dieu lui-même nous remplit de sa présence, par son Esprit.

Vous avez déjà vu le visage d’un nourrisson dans les bras de sa mère après avoir bu son lait ? C’est l’image même du bonheur, de la béatitude. La plénitude ! Ce Dieu qui se donne lui-même pour nous ne peut que nous offrir la plénitude. Une plénitude de joie, d’espérance, d’amour.

Conclusion

Ce texte, plein d’espoir pour le peuple de Juda exilé à Babylone, est aussi porteur de promesse pour nous. Car il nous décrit un Dieu tendre et proche, une mère qui prend soin des nourrissons que nous sommes.

Laissons-nous donc prendre dans les bras de Dieu, laissons-nous consoler par lui, laissons-nous nourrir par lui. Abandonnons-nous à sa tendresse et recevons la plénitude de sa joie, celle de se savoir aimé par le Créateur de l’Univers.

Ecoutons-le nous dire :

« Je prendrai soin de vous
comme une mère le fait
pour le bébé qu’elle allaite.
Elle le porte sur son dos
et le caresse sur ses genoux.
Oui, comme une mère console son enfant,
moi aussi, je vous consolerai.
(…)
Quand vous vivrez cela,
votre cœur sera dans la joie,
et votre corps reprendra vie
comme l’herbe après la pluie. »




Jésus, je te suivrai !

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Lecture biblique: Luc 9.57-62

Jésus je te suivrai ! C’est la définition même de la vie chrétienne, de la foi, c’est le sens du baptême, et je vous propose de nous arrêter ce matin sur un passage de la Bible où Jésus clarifie ce que cela veut dire.

Jésus m’étonnera toujours… Franchement, il est un peu dur là ! Un homme s’approche de lui, candide, ouvert, bien intentionné, prêt à tout, et Jésus le reçoit avec une remarque sévère : « les renards et les oiseaux ont des lieux de repos, de confort, des lieux rassurants, mais pas moi. Tu veux me suivre ? partout ? mais moi je marche sur un chemin difficile, étroit, abrupt et rocailleux… Es-tu prêt à me suivre avec tout ce que cela implique ? »

Croisant un autre homme, Jésus prend l’initiative : « suis-moi ». Cet homme endeuillé, se préparant à enterrer son père, accepte mais demande un délai. Quoi de plus normal ? C’est son père ! Et dans la culture juive, ce serait un déshonneur terrible que de ne pas assister aux obsèques de son père, du chef de famille ! Pas que dans la culture juive d’ailleurs… Jésus fait fi de cette demande : « laisse tout, ce qui compte, c’est de me suivre. »

Un troisième homme arrive, un peu entre les deux : comme le premier, il est volontaire, comme le deuxième il demande un délai – pour une raison moins dramatique mais légitime : saluer ses parents. Ces trois hommes sont enthousiastes, ils veulent suivre Jésus, et Jésus leur répond à tous les trois d’un ton dur, sévère, réprobateur. Ont-ils été découragés par les remarques de Jésus ou ont-ils choisi de suivre Jésus malgré tout ? On n’en sait rien, et finalement ce qui ressort du texte, ce n’est pas le destin de ces trois hommes anonymes, mais l’exigence que Jésus fixe à celui ou celle qui veut le suivre. Ce sont les paroles de Jésus qui résonnent de manière intemporelle à nos oreilles : tu veux me suivre ? Alors voilà ce que ça implique.

1)   Suivre Jésus avec détermination

Jésus exige qu’on le suive totalement, avec une détermination sans failles. Jésus était un prédicateur ambulant, à la vie pour le moins précaire : rien n’était assuré, et à chaque village, il fallait une bonne âme pour héberger et nourrir Jésus et tous ceux qui s’attachaient à lui, ce qui faisait une bonne petite troupe. Même les bêtes sauvages avaient plus de confort et de garanties que Jésus !

Celui qui suit Jésus doit s’attendre à emprunter des chemins inconnus, à délaisser le confort, la facilité, aujourd’hui encore. Aujourd’hui encore, si on veut suivre ses valeurs, ses priorités, vivre comme lui, avec Dieu, alors on s’engage en terre inconnue, dans un voyage qui ne ressemble pas à ce qu’on aurait prévu ou imaginé. Suivre Jésus, c’est abandonner les plans sur 10 ou 30 ans, abandonner les garanties qui nous rassurent. Certes, pour tout le monde, rien n’est jamais certain, c’est vrai. Mais Jésus demande à ce qu’on se prépare à abandonner toute certitude pour trouver notre seule assurance, notre seule garantie, notre seule stabilité en lui, et pas ailleurs. Pas dans une maison, pas dans notre travail, ou dans notre santé, ou, pour l’église, dans notre histoire, nos murs ou notre fonctionnement. Notre stabilité, c’est Jésus, notre garantie, notre repos, notre home sweet home, c’est Jésus. Et Jésus marche, Jésus avance, Jésus nous emmène à sa suite, dans la précarité, nous obligeant à nous reposer sur lui seul.

Mais dans cette remarque de Jésus sur la précarité de sa vie, face à l’enthousiasme de ce premier homme, on trouve plus que les difficultés d’une vie nomade. Ces dialogues ont lieu alors que Jésus s’est mis en route pour Jérusalem : c’est son dernier voyage. En effet, depuis qu’il s’est mis à parcourir le pays, Jésus a suscité l’opposition, notamment des chefs religieux, à cause de la liberté dont il fait preuve. Jésus ne rentre pas dans les cases, il parle avec une passion percutante, ses paroles ont la justesse de la vérité, sans oublier les miracles, les guérisons, qui attestent que Dieu le soutient, que Dieu est avec lui. Mais… Jésus bouscule trop l’ordre établi, il remet en cause par sa simple présence l’autorité des bons vieux chefs religieux et du système qui existait alors. Dès le début, Jésus a suscité l’opposition, qui a grandi avec les années, mais nous arrivons là à un stade où ses opposants vont tout faire pour le piéger, pour l’arrêter, à tout prix. Jésus sait cela, mais il est déterminé à remplir sa mission jusqu’au bout.

Celui qui suit Jésus peut rencontrer de l’opposition, du rejet, de l’incompréhension, parce qu’il a d’autres priorités, parce qu’il adopte d’autres valeurs, un autre style de vie, parce qu’il vit à contre-courant. Face au rejet, qu’en est-il ? Celui qui regarde en arrière ne pourra pas tenir, celui qui est nostalgique de la vie d’avant, celui qui cherche des arrangements pour inventer un équilibre impossible : celui-là ne peut pas être disciple et avancer avec Jésus. Essayez de conduire en regardant en arrière ! Vous risquez fort de ne pas arriver au bon endroit, et même d’avoir un grave accident.

Suivre Jésus exige que nous soyons déterminés, à 100%. On ne suit pas Jésus à moitié, sur certains points, ou à certains moments, ou avec certaines personnes. Les disciples, ceux qui suivaient Jésus physiquement, s’engageaient totalement à le suivre, et Jésus attend la même chose de nous : une détermination absolue, concentrée, inflexible.

2)   Choisir la vie

Faire de Jésus notre priorité, notre seul appui, notre but ultime, c’est une sacrée demande ! Pourquoi Jésus en demande-t-il autant ? Parce qu’en Jésus se trouve la vie ! Auprès de Jésus se trouve la vie !

Lorsque Jésus retient l’homme endeuillé qui devait enterrer son père, il le fait au nom de la vie ! « Laisse les morts enterrer les morts, et toi, va annoncer le royaume de Dieu ! » Annoncer le royaume de Dieu, c’est annoncer aux autres que Dieu nous aime et veut nous sauver, c’est relayer la bonne nouvelle que Jésus annonce : Dieu fait revivre celui qui vient à lui, quel qu’il soit. Dieu fait revivre.

De manière provocante, Jésus invite à laisser le passé, ce qui est mort, ce qui nous empêche d’avancer, derrière, pour se concentrer avec détermination sur la vie que Dieu donne, sur cette offre de salut que Dieu nous appelle à saisir et à partager avec ceux qui nous entourent. Non pas qu’il faille boycotter toutes les cérémonies d’obsèques ! mais dans le cas de ce jeune homme, il n’était pas possible de faire les deux : suivre Jésus tout en restant quelques jours pour organiser l’enterrement de son père. Dans ce dilemme, Jésus invite à choisir la priorité ultime : la vie, la vie à saisir, la vie à partager.

Pour nous ça peut être un autre renoncement – lié aux convenances sociales, au style de vie, aux passions… Ces choses sont bonnes, mais si elles se tiennent entre la vie et moi, si elles deviennent une diversion, une déviation, alors Jésus invite à choisir la vie !

Jésus lui-même a choisi la vie, ou plutôt, notre vie. Il a tout abandonné, tout sacrifié, tout trié dans ses priorités pour se concentrer uniquement sur ce qui allait nous faire vivre, sur sa mission. Sans cesse, il a annoncé l’amour de Dieu, montré l’amour de Dieu par ses paroles et ses actes, même quand il était fatigué, même quand il était pressé, même quand il avait prévu autre chose. La vie des autres a toujours été prioritaire. Il est allé jusqu’à donner sa propre vie pour que nous puissions recevoir le pardon de Dieu qui fait vivre. Il est mort pour que nous puissions vivre. Notre vie à ses yeux n’a pas de prix, il a tout donné pour nous : voilà pourquoi il nous exhorte avec autant de force à choisir la vie. La vie auprès de celui qui fait vivre : Dieu.

Conclusion

Jésus nous a ouvert un chemin de vie, avec Dieu. Pour cela il a fait preuve d’une détermination à toute épreuve, pour nous. Le suivre dans la foi demande aussi de la détermination : accepter de le suivre là où c’est difficile, choisir de lui faire confiance quand nos autres garanties s’effacent, renoncer à ce qui nous retient dans notre marche avec lui. Mais le jeu en vaut la chandelle, car sur ce chemin étroit, nous trouvons Dieu, nous trouvons celui qui fait vivre, nous recevons sa joie, sa paix, sa grâce !