Le salut par la foi, dès le début (Elisée II)

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Lecture biblique: 2 Rois 5.1-19

1 Le chef de l’armée du roi de Syrie s’appelle Naaman. C’est quelqu’un d’important pour son maître le roi, qui est très bon pour lui. En effet, c’est par lui que le SEIGNEUR a donné la victoire aux Syriens. Mais ce combattant courageux est lépreux. 
2 Or, des bandes de Syriens qui sont entrés en Israël ont fait prisonnière une petite fille. Celle-ci est devenue la servante de la femme de Naaman. 3 Un jour, la petite fille dit à sa maîtresse : « Ah ! si mon maître pouvait aller voir le prophète qui est à Samarie ! Il le guérirait de sa lèpre. » 4 Naaman va trouver le roi. Il lui raconte ce que la jeune Israélite a dit.  5 Le roi lui répond : « Va là-bas ! Je vais te donner une lettre pour le roi d’Israël. » Alors Naaman part. Il emporte à peu près 300 kilos d’argent, 60 kilos d’or et 10 habits de fête. 
6 Il remet la lettre de son roi au roi d’Israël. Voici ce que le roi de Syrie a écrit : « Avec cette lettre, je t’envoie le chef de mon armée, Naaman, pour que tu le guérisses de sa lèpre. »  7 Quand le roi a fini de lire la lettre, il déchire ses vêtements et dit : « Est-ce que je suis Dieu, moi ? Est-ce que je peux faire vivre les gens et les faire mourir ? Le roi de Syrie m’envoie un homme pour que je le guérisse de sa lèpre ! Vous le voyez : il me cherche querelle ! » 8 Élisée, l’homme de Dieu, apprend que le roi d’Israël a déchiré ses vêtements. Il lui fait dire : « Tu as déchiré tes vêtements. Pourquoi donc ? Naaman n’a qu’à venir me voir. Il saura qu’il y a un prophète en Israël. »
9 Naaman arrive avec son char et ses chevaux et il s’arrête à l’entrée de la maison d’Élisée. 10 Élisée envoie un messager pour lui dire : « Va te laver sept fois dans le fleuve Jourdain. Alors tu seras guéri et tu deviendras pur. » 11 Naaman se met en colère. Il part en disant : « Je pensais : le prophète va sûrement sortir de chez lui. Il se présentera devant moi. Il priera le SEIGNEUR son Dieu. Il passera sa main sur l’endroit malade et il me guérira de ma lèpre. 12 Est-ce que les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toute l’eau d’Israël ? Je pouvais bien me laver en Syrie pour devenir pur. » Naaman repart donc. Il est très en colère. 13 Mais ses serviteurs s’approchent de lui et lui disent : « Maître, si le prophète te commandait une chose difficile, est-ce que tu refuserais ? Eh bien, quand il te dit de te laver pour devenir pur, écoute-le ! » 
14 Alors Naaman descend dans le Jourdain. Il plonge sept fois dans l’eau, comme Élisée l’a commandé. Sa peau est de nouveau comme celle d’un petit enfant, et il devient pur.  15 Naaman retourne chez l’homme de Dieu avec tous ceux qui sont avec lui. Il se tient devant lui et dit : « Maintenant, je le sais, sur toute la terre, il n’y a aucun Dieu, sinon celui d’Israël. Je t’en prie, accepte le cadeau que je t’offre. » 16 Élisée répond : « Par le SEIGNEUR vivant que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman insiste encore, mais Élisée refuse. 17 Alors Naaman dit : « Puisque tu refuses tout cadeau, permets-moi au moins d’emporter de la terre de ce pays. J’en ferai charger deux mulets. En effet, j’offrirai des sacrifices complets et des sacrifices de communion seulement au SEIGNEUR, et non plus à d’autres dieux.    18 Mais je demande pardon au SEIGNEUR pour ceci : quand mon maître, le roi de Syrie, entre dans le temple de son dieu Rimmon, pour prier, il s’appuie sur mon bras. Alors moi aussi, je dois me mettre à genoux. Que le SEIGNEUR accepte de me pardonner ce geste ! » 
19Élisée lui répond : « Tu peux partir en paix. » Et Naaman s’en va.

Il avait tout : la réussite, le prestige, le statut, l’argent… C’était sûrement l’homme le plus respecté du royaume de Syrie, après le roi bien sûr. Et pourtant, Naaman souffrait. C’était l’arrière-plan de tout ce qu’il vivait, ce qu’il ne pouvait jamais oublier, comme une cage ; lui l’homme fort, puissant et reconnu, lui qui dominait les armées et les peuples, était prisonnier de cette souffrance. Vous savez, comme le mal de dos ou l’arthrose : on vit, bien sûr, mais tout est déformé par cette douleur lancinante.

Mais le récit biblique s’attarde peu sur sa souffrance ou son soulagement, sur la puissance de Dieu qui fait des miracles – non, l’auteur se concentre surtout sur l’attitude de Naaman, et de ceux qui l’entourent : la jeune esclave juive qui conseille d’aller voir le prophète d’Israël, l’épouse qui transmet le conseil, le roi syrien qui fait tout pour faciliter la tâche à Naaman en le recommandant au roi d’Israël, et en envoyant une très belle somme en signe de paix… le roi d’Israël qui se vexe, tellement loin de Dieu qu’il ne comprend rien ; le prophète Elisée, qui sauve la mise mais sans être compris par Naaman ; les esclaves de Naaman qui l’aident à réfléchir posément à la situation. Au-delà du miracle, c’est toutes ces personnes qui attirent notre attention et nous aident à comprendre ce qu’est la foi.

1)   Croire, simplement

Ce miracle se caractérise par sa simplicité, par son côté presque trop facile. Cet homme souffre depuis des années, et il lui suffirait de se baigner pour être délivré ? Vraiment ? Alors que tous les médecins de Syrie, avec tous leurs remèdes et leurs rites, n’ont rien pu faire pour lui ? Naaman, le grand Naaman, l’impressionnant Naaman (vous l’imaginez avec ses chars et ses chevaux devant la petite maison d’Elisée ?), a l’impression d’être pris pour un imbécile. Après tout ce voyage, rempli d’espoir, il attendait quelque chose de plus et pas quelque chose de moins…

Au-delà de la surprise, ce qui est dur pour Naaman, c’est de renoncer à ses attentes, à ses hypothèses personnelles, à sa façon de voir les choses, pour laisser Dieu le conduire sur un nouveau chemin. Quand on raconte cette histoire aux enfants, on insiste souvent sur la cuirasse que Naaman doit enlever, élément par élément, pour se baigner dans le Jourdain, pour se mettre à nu. Cette mise à nu physique illustre bien l’abandon, le « lâcher-prise », que Naaman doit vivre intérieurement pour pouvoir être sauvé.

La foi est souvent comparée à un saut dans le vide, mais parfois, faire confiance à Dieu est moins spectaculaire, c’est enlever nos masques, nos résistances, peut-être notre vision de nous, c’est se dépouiller pour recevoir ce que Dieu veut nous donner. Oui, perdre pour recevoir. Dans l’Evangile, on utilise une autre expression : « mourir », pour vivre mieux, pour vivre vraiment.

C’est vrai pour notre conversion, quand nous comprenons que nos efforts ne peuvent pas mériter le salut, et que nous faisons confiance aux efforts de Jésus en notre faveur, mais n’est-ce pas vrai aussi au quotidien ? Aujourd’hui, si je veux avancer léger sur le chemin du salut, de quel poids, de quelle cuirasse, dois-je me débarrasser ? En communauté, ensemble, quel fardeau, quel poids, quels malentendus, quels conflits, et peut-être même quelles convictions Dieu nous demande-t-il de laisser sur la rive, pour avancer un peu plus loin avec lui, pour plonger plus profondément dans les eaux du salut ?

C’est terriblement dur d’abandonner ce qui nous définit, ce qui nous rassure, ce que nous désirons, en particulier face à l’inconnu. La colère de Naaman fait écho à notre propre désarroi, à nos résistances devant le changement, à nos craintes : qui suis-je sans ma cuirasse ? sans mon statut ? que va-t-il m’arriver quand je serai faible et nu en plein milieu du Jourdain ?

C’est terriblement dur, mais c’est vital ! Car qu’est-ce qui vaut plus que la santé ? Et je ne parle pas de santé physique ! Quelle cuirasse fait le poids face à la possibilité, même infime, d’être débarrassé de ce qui nous pèse, de ce qui nous mine ?

Naaman doit se faire petit devant Dieu, descendre de son cheval, abandonner son prestige, et se présenter simplement à lui – il doit redevenir un simple homme, tout comme ses serviteurs ou sa servante, se faire pauvre devant Dieu, pour recevoir les richesses de Dieu. Et alors, Dieu répond. Et il répond au-delà de la guérison, puisque dans le Jourdain, Naaman comprend que Dieu est Dieu, que Dieu existe, que les idoles qu’il adorait jusque là sont vaines et mortes, et que, s’il vit, c’est grâce au Dieu vivant !

2)   Croire au Dieu de grâce

Au cadeau qu’il veut offrir, Elisée oppose un refus : le salut est gratuit. Gratuit. On ne paie pas le miracle, même avec de bonnes intentions ; on ne s’acquitte pas du salut – le salut est gratuit. C’est d’autant plus mis en valeur que le serviteur d’Elisée, dans la suite du texte, va courir après Naaman et lui soutirer quelques kilos d’argent avec un mensonge – Elisée, le prenant sur le fait, annonce que Dieu le punira pour avoir cherché à profiter du miracle, et Guéhazi, qui voulait tant l’argent de Naaman, se retrouve porteur de sa lèpre.

Le salut est gratuit : c’était vrai à l’époque, et ça l’est toujours. C’est toujours le même Dieu de grâce, d’Abraham à Jésus-Christ, en passant par Naaman, et y toucher, en tirer avantage, c’est salir ce don extraordinaire que Dieu fait. Je suis tombée par hasard sur une église, il y a peu, dont le numéro de téléphone est payant… Dans ces cas-là, on ne sert plus le Dieu de grâce… On se sert soi-même ! Non, le salut est gratuit, car il vient de Dieu.

Attention, ce qui est gratuit ne vaut pas rien. Le salut est gratuit parce qu’il n’a pas de prix : quelle valeur donneriez-vous à la vie ? C’est bien plus que ce que nous pourrions payer ! En fait, nous ne pouvons pas le payer, seul Dieu le peut, et il l’a fait, plus tard, en Jésus-Christ. Le prix est payé : et ce cadeau inestimable (la vie du Fils de Dieu), nous n’avons qu’à le saisir – c’est la foi.

Mais si Dieu ne demande ni or ni argent, la réponse à cette vie nouvelle que nous recevons, c’est de vivre pleinement pour Dieu. C’est bien la résolution de Naaman, qui repart, prêt à abandonner ses vieilles idoles, et à n’adorer que Dieu seul. Elisée le comprend bien, et c’est sûrement pour cette raison qu’il donne sa bénédiction à Naaman : ce dernier va faire de son mieux pour respecter et adorer Dieu, dans son contexte.

Entre parenthèses, on pourrait considérer sa demande de pardon pour la prosternation comme un compromis, mais Naaman est clairement sincère, prêt à faire tout ce qu’il peut pour adorer Dieu. Et puis c’est un jeune converti, et peut-être qu’Elisée choisit de valoriser tous les changements qui ont déjà eu lieu en Naaman, et pas ce qu’il reste à faire, faisant confiance à Dieu pour guider Naaman dorénavant. Cette sagesse vaut aussi aujourd’hui, dans notre attitude face aux nouveaux chrétiens : reconnaître ce qui change, et encourager avec patience, sans attendre d’eux la perfection que nous n’avons pas nous-mêmes. Faire confiance au Dieu de grâce qui a sauvé, et qui continue de transformer.

3)   Croire, partout

Le dernier élément que je relèverai, c’est la souveraineté universelle de Dieu. Il est frappant de voir que Dieu agit par Naaman, même avant qu’il ne le sache : ses victoires sont clairement attribuées à Dieu. Le détour par Israël permet à Naaman de rencontrer Dieu et de repartir en croyant. L’ironie est forte ! Le « païen » repart avec la foi, tandis que, à part Elisée, les membres du peuple élu (le roi, le serviteur Guéhazi) ne reconnaissent pas l’action de Dieu. C’est un sacré avertissement pour ceux qui se croient « spirituels » et qui peuvent se révéler bien aveugles…

Naaman demande un peu de terre pour se construire un autel consacré à Dieu, un lieu de culte dans un pays où personne ne croit en ce Dieu-là. Cette terre qu’il prend est plus qu’un souvenir, ce n’est pas un magnet, ou une tasse, ce n’est pas non plus magique, c’est la conscience que là où il va, Dieu est là.

Nous sommes à l’aise dans l’église, avec des chrétiens qui partagent notre foi, avec nos codes et nos habitudes, mais comment décrypter la présence de Dieu au-dehors ? Dans le monde où Dieu nous envoie ? En vacances ou hors vacances, comment emmener Dieu avec nous ? Comment nous rendre attentifs à sa présence ? Dans les rencontres de famille parfois tendues, comment l’inviter à côté de nous, à table, dans le salon ? Au travail, comment servir Dieu ? même si personne ne comprend, même dans les tâches peut-être prosaïques du quotidien, dans les rencontres, les discussions à la machine à café ? Dans les transports, au marché, pendant le sport : comment adorer Dieu partout où nous sommes ? C’est notre défi de croyants : vivre avec Dieu en tous lieux. Et j’aime cette image de la terre qu’on prend avec soi, comme une manière concrète de se rappeler que Dieu est là. Peu importe le lieu, le contexte ou les gens : Dieu est là, et nous pouvons tout vivre avec lui.

Conclusion

Dès le départ, le salut que l’on trouve auprès de Dieu est un salut qui demande la foi, qui demande non pas de faire, mais de lâcher, pour recevoir avec confiance ce que nos mains n’auraient pas pu attraper. Un salut gratuit, d’une valeur inestimable, que seul le Christ peut nous obtenir. Un salut total, qui bouleverse toute notre vie, qui transfigure nos chemins, nos rencontres, nos activités, un salut qui nous emmène sur des lieux inconnus, où la grâce abondante de Dieu se révèle.




Recevoir les miracles

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« J’ai 35 ans, mais j’ai l’impression d’en avoir le double. Ma vie est terriblement difficile en ce moment ! Il y a quatre jours, mon mari est mort, et il m’a laissée avec une maison et deux petits à gérer. Vous savez, je ne travaille pas, ma famille est loin, je suis franchement démunie. Au milieu de ma peine, j’ai tellement de soucis ! Et ce matin, j’ai reçu une visite qui m’a glacé le sang : l’an dernier, nous avons eu une mauvaise récolte, et du coup nous avons dû emprunter de l’argent pour nous nourrir. Nous pensions rembourser cette année, si le climat était propice, mais les fortes chaleurs nous ont obligé à emprunter une deuxième fois, à un commerçant qui n’était pas touché par la sécheresse. Mais maintenant que mon mari est mort, il réclame le paiement de mes dettes ! il a même menacé de prendre mes deux garçons, mes deux petits, pour les faire travailler et rembourser notre dette. Je suis désespérée… Au fond du trou. Il me reste peut-être un recours : je vais aller voir Elisée, le prophète qui était dans le même groupe que mon mari. Il était proche du grand prophète Elie, peut-être qu’il pourra m’aider. »

Lecture biblique: 2 Rois 4.1-7 

1Un jour, une veuve vient trouver Élisée. Son mari faisait partie d’un groupe de prophètes. Elle supplie Élisée en disant : « Mon mari est mort. Tu le sais, il respectait le SEIGNEUR. Or, l’homme à qui nous avons emprunté de l’argent est venu me demander mes deux enfants. Il veut en faire ses esclaves. » 
2Élisée lui dit : « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Dis-moi ce que tu as chez toi. » La femme répond : « Je n’ai rien du tout. Il me reste seulement un peu d’huile pour me parfumer. » 
3Élisée lui dit : « Va donc demander des récipients vides chez tes voisines. Tu en demanderas beaucoup. 
4Quand tu seras rentrée chez toi avec tes enfants, ferme bien la porte. Ensuite, tu verseras de l’huile dans tous ces récipients et tu mettras de côté ceux qui seront pleins. »
5La femme quitte Élisée. Quand elle est chez elle avec ses enfants, elle ferme la porte. Ses fils lui présentent les récipients, et elle les remplit. 
6Quand les récipients sont pleins, elle dit à l’un de ses enfants : « Donne-moi encore un récipient. » Mais il répond : « Il n’y en a plus. » Alors l’huile s’arrête de couler. 
7La femme va raconter à Élisée ce qui vient d’arriver. Le prophète lui dit : « Va vendre cette huile et rembourse ta dette. L’argent qui te restera vous permettra de vivre, toi et tes fils. »

En ce début de mois de juillet, je commence une série, comme nous avons l’habitude de le faire pendant l’été, consacrée cette année à des épisodes autour du prophète Elisée, que l’on trouve dans le deuxième livre des Rois (2 R 2-13). Elisée, comme Elie, son prédécesseur et maître, exerce son ministère dans un contexte très dur. Nous sommes aux environs de 850-800 av. JC, et ça fait un peu plus d’un siècle que le royaume d’Israël s’est divisé en 2, au nord et au sud. Depuis, il y a une sorte d’engrenage, avec des rois de plus en plus sourds à Dieu, en particulier au Nord, là où Elie puis Elisée exercent. Dans un pays où sur le plan politique – les rois – et sur le plan religieux – les prêtres – tous sont corrompus, et trahissent allègrement leur alliance avec Dieu, comment Dieu peut-il montrer sa fidélité, sa présence ? Il le fait en passant par les quelques prophètes qui lui sont encore fidèles, et qui vont devenir les catalyseurs de l’action de Dieu. D’où l’importance d’Elie et Elisée dans ces annales sur les rois d’Israël.

1)   La foi, au jour le jour

Evidemment, ce qui est au centre de ce récit, c’est le miracle ! La puissance de Dieu qui vient au secours des plus démunis. A l’époque, les veuves, les orphelins, sont parmi les plus fragiles sur le plan social, et il n’est pas étonnant qu’ils soient vite dans l’impasse. Par l’intermédiaire d’Elisée, cette veuve et ses enfants échappent à la perte de leurs biens voire de la liberté, avec l’esclavage, mais en plus ils reçoivent de quoi vivre longtemps.

Mais arrêtons-nous sur la foi de la veuve. Est-ce que vous avez remarqué sa docilité ? Elle présente sa situation désespérée à Elisée, dans l’urgence, et lui, il lui demande d’aller chercher des récipients. Il lui donne des instructions précises, qu’elle respecte scrupuleusement et sans poser de question. C’est d’autant plus étonnant qu’Elisée n’est pas responsable depuis longtemps, et qu’il est encore en train de prouver qu’il est vraiment prophète de l’Eternel, du vrai Dieu. Nous, à sa place, on aurait quand même demandé des précisions, mais elle, elle y va. Je ne dis pas qu’il faille obéir sans réfléchir à ce que dit le pasteur ( !), mais cette femme nous donne un exemple de ce que peut être la foi.

Manifestement, elle reconnaît dans les paroles d’Elisée quelque chose qui vient de Dieu, et elle s’y accroche. Elle s’y accroche maintenant, sans savoir de quoi sera fait demain, sans savoir où ça va l’emmener. Quand elle expose sa situation à Elisée, on ne sait pas ce qu’elle attend : une offrande/ aumône, qu’un des prophètes aille parler avec le créancier pour négocier la dette ?… mais probablement pas un miracle ! Donc une foi exemplaire, qui avance pas à pas, sans savoir de quoi l’avenir sera fait – et cette qualité-là est essentielle dans la foi. Faire confiance, à Dieu, c’est accepter de ne pas tout savoir, mais de croire que sur notre chemin, encore inconnu, Dieu sera présent et agira.

Et Dieu a agi ! Il a multiplié, il a fait déborder sa grâce – ici de manière miraculeuse, spectaculaire, mais bien souvent dans notre vie, de manière discrète mais décisive : une offre d’emploi, une guérison, une rencontre, ou encore la paix dans la difficulté ! la réconciliation au milieu du conflit ! Dieu fait déborder sa grâce, aujourd’hui, comme hier, et c’est ça qui motive notre confiance aujourd’hui, au jour le jour.

2)   Dieu agit pour et avec nous

Dans ce miracle (ailleurs ça peut être différent), Dieu utilise ce que la veuve possède « Qu’est-ce que tu as ? Un reste de parfum ». On est tous d’accord que le miracle ne dépend pas de ce qui est là, mais de celui qui fait – le miracle ne vient pas du reste de parfum mais de Dieu ! Cela dit, je comprends ce fond de parfum comme un rappel que Dieu agit la plupart du temps avec ce qu’on a, aussi petit soit-il. Il n’intervient pas sans nous, comme si nous étions passifs, spectateurs, récepteurs anesthésiés – non, il nous implique !

Quand Jésus a nourri des milliers de gens, il a utilisé le peu qui était là, 5 pains, 2 poissons. Dieu nous implique dans son miracle, personnellement, avec ce que nous sommes. On retrouve la même dynamique dans le salut, non plus seulement du corps, mais total, que Jésus nous offre : il prend notre culpabilité en mourant sur la croix, il ressuscite, victorieux, innocent et juste, triomphant du mal, prince du salut – mais si nous n’apportons pas notre petit et faible « oui, je crois », rien ne se passe. Quand Jésus envoie ensuite son Esprit dans le croyant pour le remplir de sa vie et le transformer, si nous n’apportons notre petit et faible « s’il te plaît, change-moi », peu se passe. Les miracles ne dépendent pas de ce que nous avons, l’action de Dieu ne repose pas sur notre puissance – et pourtant, Dieu nous implique // parce qu’il veut être en relation avec nous. Dieu n’agit pas que pour nous, il agit avec nous, il nous rend partenaires de son salut (quelle dignité !) partenaires de son salut, pour le grand salut de l’âme, avec notre faible « oui » comme pour les portes qui s’ouvrent au quotidien, avec notre faible prière ou notre engagement parfois minime. Mais Dieu agit avec nous, parce qu’il nous aime et nous respecte.

3)   Notre rôle dans le miracle

Cette histoire nous parle de Dieu, de ses miracles, d’Elisée qui se montre fiable dans ses prophéties puisqu’elles s’accomplissent, de la foi de la veuve, sa confiance même quand elle ne maîtrise pas tout. Mais je trouve autre chose dans ce récit : un exemple de fraternité. La fraternité, c’est une des marques de l’église, mais nous sommes parfois démunis dans ce domaine, côté matériel mais aussi moral, spirituel. Comment vivre à plusieurs le miracle ? Le texte nous donne trois repères.

1) La veuve expose sa situation. Elle en parle ! On a le droit de parler de ses problèmes ! Personne n’est censé être le grand vainqueur qui réussit tout sans jamais faillir ou douter. On a le droit de demander de l’aide, ou du soutien.

Mais remarquez que la veuve reste assez sobre : elle dit ce qu’elle vit, mais elle n’impose pas à Elisée de faire telle ou telle chose. Elle parle, puis elle passe la parole [image ballon qu’on passe] et elle écoute de ce qu’Elisée va dire. Elle est vraiment dans l’équilibre – ni « je serre les dents, je ronge mon frein, et dans 5 ans j’ai un ulcère », ni « j’ai ce problème, c’est le tien maintenant, résous-le ». Parfois on a peur de s’exprimer parce qu’on craint de trop faire peser sur l’autre, mais la veuve a trouvé le bon positionnement : confier sans écraser.

2) En réponse, Elisée la responsabilise. Vous avez remarqué qu’il ne fait rien ! Il donne deux-trois consignes et c’est tout. C’est elle qui est responsable de sa vie, et ce n’est pas à Elisée de résoudre ses problèmes ou de gérer sa vie. Elle n’est pas un bébé, mais une adulte, et c’est à elle de décider ce qu’elle va mettre en pratique.

C’est central pour nous : souvent, quand quelqu’un nous confie ses problèmes, on est tentés de régler sa vie, mais ce n’est pas notre place. On peut vite s’épuiser, voire se perdre, si on essaye de « sauver » l’autre, de gérer sa vie à sa place.

3) Cela dit, Elisée ne la laisse pas toute seule. Déjà il donne des conseils, et il recommande qu’elle s’appuie sur ses voisines. Alors prêter un récipient, ça nous paraît peu, mais à l’époque les gens avaient moins de matériel domestique !  Il ne faut pas surinterpréter le texte, mais je suis frappée qu’Elisée l’encourage à solliciter les autres même si ce n’est pas grand-chose.

Nous ne sauverons pas les autres – Dieu seul le peut, et il le fait en partenariat avec la personne, dans le secret d’une chambre fermée. Mais, nous pouvons quand même être solidaires : donner de notre temps, écouter, prier, accompagner, éventuellement aider, donner. Nous aussi, nous pouvons participer aux miracles que vivent les autres, à notre place, par fraternité.

Conclusion

En conclusion, j’aimerais vous laisser une image qui illustre comment Dieu a agi pour la veuve. Elle était en train de se noyer… et Dieu l’a sauvée ! Il est descendu de son hélicoptère, a lancé une corde pour la remonter. Mais ce n’est pas tout : la veuve a tendu les bras, avant même de voir la corde, elle a tendu les bras vers Dieu. Mais ce n’est pas tout : ceux qui l’entouraient ont appelé Dieu à l’aide, ils ont lancé des bouées, peut-être des encouragements…

Alors ce texte n’est pas le modèle d’action de Dieu par excellence, ce n’est qu’un exemple de la manière dont Dieu a agi pour cette femme – parfois, il agit autrement. Mais ce récit nous rappelle une vérité inébranlable : Dieu prend soin de nous. Dieu nous aime. Dieu veut intervenir pour nous, et avec nous. Il nous implique dans ses miracles, par la prière et l’action, que ce soit en notre faveur ou en faveur des autres. Il nous fait passer dans les coulisses de son amour, de sa puissance, et nous rend partenaires de son action dans le monde. Alors osons approcher Dieu avec le peu que nous sommes, le peu que nous avons, osons approcher avec foi, en sachant qu’il fera des miracles !




Au grand jour et sur les toits !

Lecture biblique : Matthieu 10.26-33

Précisons d’abord le contexte de ces paroles. Elles font partie du discours de Jésus à ses disciples, au moment où il les choisit. Il les envoie et les avertit : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » Il leur dit qu’ils vont subir des persécutions, qu’ils seront traduits devant les tribunaux et qu’ils seront haïs à cause de leur foi. Bref, ce n’est pas vraiment encourageant comme tableau… Et c’est après tout cela que Jésus leur dit ces paroles : « Ne les craignez donc pas !»

Jésus se veut donc rassurant pour ses disciples… Même si son discours est fait de contrastes, où les affirmations semblent parfois presque se contredire. Ainsi Jésus dit que les gens vont les persécuter… mais qu’il ne faut pas avoir peur d’eux. Il dit qu’il faut craindre Dieu qui peut nous faire périr dans la géhenne… mais qu’en même temps Dieu est prévenant jusqu’à connaître le nombre de nos cheveux. Jésus ne nous reniera pas si on ne le renie pas… mais il nous reniera si on le renie !

En fait, on pourrait se demander si ces paroles sont vraiment rassurantes ! Ceci dit, c’est quand même bien l’intention de Jésus si on en croit sa première exhortation : « Ne les craignez pas ! », qu’il répète au verset 31 : « Soyez donc sans crainte. »

On pourrait reformuler les paroles de Jésus ainsi : Nous ne devons pas craindre les hommes. Ils peuvent peut-être atteindre notre corps mais notre âme leur est inaccessible. Le seul que nous devrions craindre, c’est Dieu car lui peut nous tuer corps et âme. Mais Dieu est prévenant, il nous aime et connaît jusqu’au nombre de nos cheveux… Nous pouvons être sans crainte devant lui ! Confessons donc le Christ publiquement !

Ou encore plus court : N’ayons pas peur de proclamer publiquement le Christ !

N’ayons pas peur

Il faut le dire : vu ce que Jésus venait de dire à ses disciples, ces derniers avaient de quoi avoir peur ! N’est-il pas légitime de craindre ceux qui vous persécutent, qui cherchent à vous nuire et vous haïssent ? Jésus ne nie pas qu’ils puissent représenter un danger pour ses disciples. Ils peuvent « tuer le corps », ce qui n’est quand même pas rien ! Mais Jésus relativise même cela, avec deux arguments :
Ils ne peuvent pas « tuer notre âme », c’est-à-dire notre vie véritable qui est en Dieu. Si le corps est atteint, c’est dans cette vie-ci. Notre vie éternelle, elle, est en Dieu et aucun homme ne peut y porter atteinte.
Dieu prend soin de nous, il est prévenant jusqu’à connaître le nombre de nos cheveux. Cela signifie qu’il ne souhaite pas que nous souffrions, qu’il prendra soin de nous mais que si nous devons souffrir, il sera à nos côtés.

Et pourtant, nous avons peur… Nous avons peur de répéter en plein jour ce que le Seigneur nous dit tout bas. Nous avons peur de crier sur les places. Nous avons parfois peur de nous afficher comme chrétien, aujourd’hui encore. Nous vivons au quotidien comme des croyants incognito.

Vous me direz : oui mais ce n’est pas facile en France, avec la laïcité, la méfiance envers la religion, le terrorisme, etc… OK, c’est vrai. Mais vous pensez que c’était plus facile au temps de Jésus ? Et Jésus n’a jamais dit que ce serait facile ! Il a même dit le contraire… Je suis frappé de voir combien Dieu donne courage et force à ceux de nos frères et sœurs chrétiens qui vivent dans des contextes de persécutions à cause de leur foi. Ils sont des exemples pour nous.

Pour eux comme pour nous, Jésus nous redit ces paroles adressées à ses disciples : « Ne les craignez pas ! »

Mais le verset 33 est difficile à entendre… Vraiment, Jésus pourrait nous renier ? Il me semble que la parole de Jésus ici doit être entendue comme celle qui précède où il dit à ses disciples que s’il y a quelqu’un à craindre, ce ne sont pas les hommes mais Dieu seul ! S’il y a quelqu’un à qui rester fidèle jusqu’au bout, quelle que soit l’adversité, c’est bien Jésus-Christ. Lui qui a été jusqu’au bout de sa mission pour nous ! Jésus nous invite au courage de la foi.

Et puis on a aussi un exemple de triple reniement dans les évangiles, avec l’apôtre Pierre. Et Jésus ne l’a pas renié pour autant. Ca ne veut pas dire que c’est une parole en l’air de la part de Jésus ici. Mais elle nous pose la question : comment restons-nous fidèle au Christ dans l’adversité ?

Je ne sais pas si vous avez vu « Silence », le film de Martin Scorsese sorti en début d’année au cinéma. C’est exactement un des sujets du film qui raconte l’histoire de deux prêtres jésuites, au XVIIe siècle, qui se rendent au Japon pour retrouver leur mentor dont on dit qu’il aurait renié sa foi. Ils découvrent un pays où le christianisme est devenu illégal et ses fidèles persécutés, obligés de vivre leur foi caché. Le film pose notamment la question de la foi face à l’inquisition : faut-il y céder tout en gardant une foi intérieure cachée ou faut-il rester fidèle quoi qu’il en coûte ? Vraiment, je suis sorti ébranlé de ce film, interpellé quant à ma foi et la façon de la vivre ou non publiquement.

Proclamons le Christ

« Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses » (v.27)

Au lieu des « terrasses », on pourrait dire : « sur les toits » puisqu’il s’agit des toits en terrasse des maisons de l’époque. Il s’agit donc de dire l’Evangile au grand jour et le proclamer sur les toits !

Ca me rappelle un peu l’exhortation de Jésus, dans le Sermon sur la Montagne, à être lumière du monde. On ne met pas une lampe sous un seau… on la met bien en évidence pour qu’elle brille aux yeux de tous. Ici, briller, c’est proclamer bien haut le Christ.

Et Jésus enfonce le clou aux versets 32-33 en invitant ses disciples à se déclarer publiquement pour le Christ. Il le fait avec solennité, en mettant en garde contre le fait non seulement de se taire mais de le renier.

Dire l’Evangile au grand jour. Le proclamer sur les toits. Se déclarer publiquement pour le Christ. Vous y arrivez facilement, vous ? Moi pas… Pour certains, c’est peut-être facile, mais pour beaucoup, il faut se faire violence !

Il ne s’agit pas forcément d’aller sur la place du Capitole, de monter sur une chaise et proclamer des versets bibliques dans un micro. Mais avouons qu’il n’est pas toujours facile de mettre en pratique ces exhortations de Jésus.

Et puis il y a, c’est vrai, des contraintes aujourd’hui qui rendent impossible le fait de dire ouvertement sa foi dans certains contexte. C’est le cas, en France, dans les hôpitaux, à l’école, dans les services publics en général… Vous serez simplement virés si vous le faites ! Les actes doivent alors prendre le relais des paroles. Et les paroles peuvent s’exprimer en dehors du travail…

Dire l’Evangile au grand jour. Le proclamer sur les toits. Se déclarer publiquement pour le Christ…

Lorsque Jésus dit à ses disciples qu’il les envoie comme des brebis au milieu des loups, il leur dit aussi d’être rusés comme les serpents et innocents comme les colombes ! Et il y a des chrétiens qui sont tellement rusés que personne ne sait jamais qu’ils sont croyants et d’autres qui sont tellement innocents, ou naïfs, qu’ils tendent toujours le bâton pour se faire battre ! Il ne s’agit pas d’être suicidaires spirituellement et de venir toujours avec ses grands sabots évangéliques !

Il s’agit de faire preuve de sagesse, de bon sens, d’opportunisme. Mais il s’agit aussi de mettre comme priorité la cause du Christ. C’est notre mission de disciples de Jésus-Christ, à laquelle il nous faut répondre… même s’il faut se faire un peu violence !

Conclusion

L’appel de Jésus à ses disciples résonne d’une façon particulière pour nous aujourd’hui. L’impératif de se déclarer publiquement pour le Christ demeure. Celui de dire au grand jour et de proclamer sur les toits l’Evangile, aussi. Même s’il nous faut être, pour parler comme Jésus, « rusés comme les serpents » pour le faire d’une manière respectueuse de la laïcité.

Nous pouvons bien-sûr nous retrouver face à des laïcards obtus, des antireligieux ou des anticléricaux. Il faut faire avec… Et il y a des contextes spécifiques où l’extrême prudence doit être de mise. Il n’empêche que le défi demeure : nous sommes, en tant que disciples du Christ, appelés à être ses témoins, chacun personnellement, et en tant que communauté. Et ce n’est pas qu’une affaire intime et privée.

Nous avons le droit de le dire dans notre France laïque. Y compris dans l’espace public. Pour autant que nous le fassions de manière respectueuse, sans causer de trouble. Certains devront se retenir, pour rester dans les limites du respect. D’autres devront se faire violence.

Inventons de nouvelles manières de dire au grand jour et de proclamer sur les toits que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est Sauveur !




Le Dieu de grâce

https://soundcloud.com/eel-toulouse/le-dieu-de-grace

Lecture biblique : Exode 34.1-9

Le Dieu de l’Ancien Testament est-il différent du Dieu du Nouveau Testament ? C’est ce qu’on entend parfois… Celui de l’Ancien Testament serait sévère, à la justice implacable, un Dieu saint qu’il faut craindre. Celui du Nouveau Testament serait grâce, bonté, patience, un Dieu que l’on peut aimer.

Avouons que parfois on porte un regard distant et critique sur l’Ancien Testament. On a en tête les paroles du prologue de l’évangile selon Jean : « La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jean 1.17). On pense à Paul, dans ses épîtres, qui oppose la loi et la grâce. Mais on oublie qu’il le fait en argumentant à partir de l’Ancien Testament, et de l’exemple d’Abraham en particulier.

Non, le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas différent du Dieu du Nouveau Testament ! Le SEIGNEUR, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, est le Dieu de grâce. La preuve ici : « Je suis le SEIGNEUR. Oui, je suis un Dieu de pitié et de tendresse. Je suis patient, plein d’amour et de fidélité. » (v.6) Certes, la justice de Dieu se manifeste dans ce texte… mais c’est bien une justice marquée par la grâce !

La grâce accorde toujours une nouvelle chance

La grâce de Dieu se manifeste dès la première parole du Seigneur dans notre texte : « Taille deux tablettes de pierre, comme celles que tu as cassées. J’écrirai sur elles les paroles qui étaient sur les premières. »

Dieu accorde un nouvelle chance au peuple d’Israël. Les tablettes sur lesquels il avait inscrit ses 10 paroles ont déjà été gravées une fois… mais elles avaient été brisées par Moïse, suite à l’épisode du veau d’or. Impatient et ne voyant pas Moïse redescendre de la montagne où il était aller rencontrer Dieu, le peuple d’Israël avait alors fondu tout l’or qu’ils avaient pu récolter et avait façonné un veau en or en disant : « Voici ton Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte » ! En voyant cela, en colère, Moïse brisa les tablettes de pierre.

Ça aurait pu être la fin de l’alliance de Dieu avec son peuple. Il n’en est rien. Le Seigneur redonne une chance au peuple d’Israël. Il demande à Moïse de retailler des tablettes et il écrira à nouveau ses 10 paroles, la charte de l’alliance.

Dieu est bien plus patient que le peuple d’Israël ! Il est bien plus patient que Moïse ! « Je supporte les fautes, les révoltes et les péchés. » (v.7) La patience est une des premières marques de la grâce. Et l’on voit bien, tout au long de l’histoire biblique, combien Dieu s’est montré patient avec son peuple, malgré ses errances, ses infidélités. Un peuple à la tête dure, comme le dit Moïse ! Et combien il se montre encore patient avec nous, je n’en doute pas… nous qui, aussi, avons souvent la tête dure.

Que se passerait-il si Dieu ne nous laissait jamais de nouvelle chance ? S’il n’avait aucune patience envers nous ? Si la moindre faute était immédiatement sanctionnée… Nul doute que cette église serait vide !

Et nous qui sommes au bénéfice de la grâce et la patience de Dieu, de quelle patience faisons-nous preuve envers nos prochains ? Savons-nous leur donner une nouvelle chance ou les enfermons-nous dans une sanction, un jugement ? Quelle est la mesure de grâce dans notre vie, nos relations ?

La grâce prend le péché au sérieux

Dans ses paroles adressées à Moïse, Dieu se présente comme un Dieu plein de grâce et de patience… Pourtant, il parle aussi du péché et du coupable qu’il ne déclare pas innocent. Mais la grâce prend au sérieux le péché. D’ailleurs, s’il n’y a pas de péché, il n’y a pas besoin de grâce !

« Je supporte les fautes, les révoltes et les péchés. Mais le coupable, je ne le déclare pas innocent. J’agis contre celui qui a péché, contre ses enfants jusqu’à la troisième ou la quatrième génération. »

La formule peut étonner, voire choquer. Mais il y a d’abord ici une question de proportion. 3 ou 4 générations contre 1000 ! Une génération, c’est quoi, 25 ans ? 3 ou 4 générations, c’est de l’ordre d’un siècle… Mais 1000 générations, ça fait 25000 ans. L’histoire de Moïse date de moins de 4000 ans par rapport à aujourd’hui… ça nous laisse 21000 ans de marge !!!

Evidemment, ce ne sont pas des nombres à prendre de façon littérale ! Mon petit calcul veut juste souligner que la bienveillance et la grâce de Dieu dépassent infiniment son jugement. On retrouve un peu ici ce que Paul appelle la surabondance de la grâce de Dieu, qui couvre le péché : « Là où le péché a proliféré, la grâce a surabondé ». (Romains 5.20)

Mais le péché lui-même doit être pris au sérieux : « le coupable, je ne le déclare pas innocent. » Il a des conséquences, qui s’étendent parfois sur plusieurs générations. Pas besoin ici de tomber dans l’écueil du péché des ancêtres dont il faudrait se repentir… Il s’agit probablement de considérer l’impact, les conséquences du péché au-delà de celui qui les commet. Et lorsque notre texte parle de trois ou quatre générations, il souligne la gravité possible de cet impact. Ce que je fais, mes choix de vie, mes actions, ne me concernent pas seulement moi mais affectent aussi ceux qui m’entourent, parfois au-delà de ce que j’imagine.

Il faut prendre le péché au sérieux pour prendre la grâce au sérieux ! Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes aimables… Il nous aime malgré le fait que nous ne le sommes pas ! Il nous aime parce qu’il nous a créé. Il nous aime malgré notre péché, notre infidélité, malgré notre tête dure ! Et il vient à notre rencontre même si nous nous éloignons de lui. C’est cela la grâce.

Il demande à Moïse de refaire les tablettes de pierre. Il fait revenir Juda de son exil à Babylone. Il envoie son Fils dans un monde qui le rejette et le crucifie. Il vient à notre rencontre et nous appelle. Il continue de cheminer avec nous, malgré les détours et les impasses dans lesquelles nous nous engageons.

La grâce répond à nos besoins

Ce qui est aussi intéressant dans notre texte, c’est la réaction de Moïse.

« Seigneur, puisque tu te montres bon pour moi, je t’en prie, viens avec nous ! Je le sais, ces gens ont la tête dure. Mais pardonne nos fautes et nos péchés, et considère-nous comme ton peuple ! » (v.8-9)

Il a compris ce qu’est la bonté de Dieu. Et il la reçoit d’abord pour lui-même : « tu te montres bon pour moi. » Il est aussi conscient des limites de son peuple et en est solidaire. Il dit que le peuple a la tête dure mais il demande aussi à Dieu : « pardonne NOS fautes et NOS péchés… » En réalité, cette dernière phrase pourrait aussi être traduite au futur, c’est ce que font la plupart des versions françaises, comme une affirmation de foi : « Tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu nous considéreras comme ton peuple. »

C’est comme si Moïse disait ici au SEIGNEUR : c’est bien d’un Dieu comme toi dont nous avons besoin. Parce que nous avons la tête dure, nous avons besoin d’un Dieu qui pardonne et qui fait grâce ! La version Parole de Vie traduit « ces gens ont la tête dure », mais littéralement, c’est un peuple « à la nuque raide ». Autrement dit, un peuple qui ne veut pas baisser la tête, qui refuse de se soumettre. Un peuple qui n’en fait qu’à sa tête… même s’il fonce droit dans le mur.

La grâce de Dieu est bien ce dont nous avons besoin ! Parce que nous avons aussi souvent la nuque raide. C’est une grâce par laquelle Dieu nous promet le pardon, et par laquelle il nous considère comme ses enfants. Une grâce aussi par laquelle il pourra, petit à petit, nous transformer. Assouplir notre nuque. Changer notre cœur. Nous rendre à notre tour plein de grâce pour les autres.

Conclusion

Il faut le dire clairement : le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas différent du Dieu du Nouveau Testament ! C’est le même Dieu de grâce qui veut nous sauver, toujours prêt à nous donner une nouvelle chance. Sa grâce est bien ce dont nous avons besoin, aujourd’hui comme hier, et pour demain encore. Elle seule nous garantit le pardon de Dieu et peut transformer notre vie pour que nous soyons aussi des artisans de grâce au quotidien.




Pentecôte à Samarie

Même si nous ne fêterons l’Ascension, la montée du Christ au ciel et la Pentecôte, don du SE à l’Église, que les prochains dimanches, je vous propose de sauter quelques étapes et de lire un passage du livre des Actes. A Jérusalem, les apôtres ont déjà reçu le SE, d’une manière spectaculaire, qui a montré qu’une nouvelle ère s’ouvrait pour le peuple de Dieu. Les apôtres parlent de Jésus, et les Juifs présents dans la ville se convertissent en masse. Assez rapidement, l’église rencontre la persécution des responsables religieux juifs – les croyants se dispersent alors, et ce qui aurait dû être un coup d’arrêt pour les disciples de Jésus devient un formidable tremplin pour annoncer la bonne nouvelle du salut en JC à d’autres, toujours plus loin.

Lecture biblique: Actes 8.4-25
4 Les croyants qui sont partis de tous les côtés vont d’un endroit à l’autre, en annonçant la Bonne Nouvelle.
5 Philippe va dans une ville de Samarie, et là, il annonce le Messie.
6 D’un commun accord, les habitants viennent en foule, et ils écoutent avec attention ce qu’il dit. En effet, ils entendent parler des choses extraordinaires qu’il fait et ils les voient. 7 Des esprits mauvais sortent de nombreux malades, en poussant de grands cris, beaucoup de paralysés et d’infirmes sont guéris.
8 Alors la joie est grande dans cette ville.
9 Un homme appelé Simon habite dans cette ville depuis un certain temps. Il pratique la magie et il étonne beaucoup les gens de Samarie. Il dit qu’il est quelqu’un d’important, 10 et tous, les plus jeunes comme les plus vieux, l’écoutent avec attention. On dit : « Cet homme, c’est la puissance de Dieu, celle qu’on appelle la “Grande Puissance” ! » 11 Depuis longtemps, Simon étonne beaucoup les gens avec sa magie, c’est pourquoi ils l’écoutent avec attention. 12 Mais maintenant, Philippe leur annonce la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et du Royaume de Dieu. Tous ceux qui le croient, des hommes et des femmes, se font baptiser. 13 Même Simon devient croyant, il se fait baptiser et il ne quitte plus Philippe. En voyant les miracles et les choses extraordinaires qui arrivent, c’est lui qui est très étonné !
14 À Jérusalem, les apôtres apprennent que les gens de Samarie ont reçu la parole de Dieu, ils leur envoient donc Pierre et Jean. 15 Quand les deux apôtres arrivent en Samarie, ils prient pour que les croyants reçoivent l’Esprit Saint. 16 En effet, l’Esprit Saint n’est encore descendu sur personne parmi eux. Ils ont seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus 17 Alors Pierre et Jean posent les mains sur leur tête, et ils reçoivent l’Esprit Saint.
18 Simon voit que les croyants reçoivent l’Esprit Saint quand les apôtres posent les mains sur leur tête. C’est pourquoi il offre de l’argent à Pierre et à Jean 19 en leur disant : « Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi. De cette façon, quand je poserai les mains sur la tête de quelqu’un, cette personne recevra l’Esprit Saint. » 20 Mais Pierre lui répond : « Que ton argent soit détruit, et toi aussi ! Tu as cru que tu pouvais acheter avec de l’argent ce que Dieu donne gratuitement. 21 Ce qui se passe ici n’est pas pour toi, tu n’as pas le droit d’y participer ! En effet, pour Dieu, ton intention est mauvaise. 22 Ce que tu as fait est mal, reconnais cela et prie le Seigneur. Il va peut-être pardonner ces mauvaises pensées. 23 Oui, je le vois, tu es rempli d’envie et prisonnier du péché ! » 24 Simon répond à Pierre et à Jean : « Priez vous-mêmes le Seigneur pour moi, alors rien de ce que vous avez dit ne pourra m’arriver. »
25 Les deux apôtres rendent témoignage en annonçant la parole du Seigneur, puis ils retournent à Jérusalem. En chemin, ils font connaître la Bonne Nouvelle dans beaucoup de villages de Samarie.

Ce récit du début de l’Eglise entremêle deux fils, deux histoires. D’un côté, nous avons le plan large, avec Philippe qui prêche aux foules, qui guérit, délivre, et fait des choses extraordinaires, les foules qui se convertissent, les apôtres qui viennent rencontrer les habitants, et repartent en traversant les villages de Samarie. Et d’un autre côté, en parallèle, Luc focalise notre attention sur un personnage en particulier, Simon, le magicien, en relief par rapport aux autres. Je suivrai ces deux fils, pour voir comment ce texte nous enseigne et nous encourage aujourd’hui.

1) La foi des Samaritains : l’Évangile ouvre les frontières
Il était une fois un breton qui croyait que Jésus donnait le salut, et le disait à qui voulait l’entendre. Persécuté par ses proches, il prit son baluchon et partit prêcher… en Normandie ! Selon votre lieu d’origine, vous pouvez remplacer par : un Aveyronnais qui va dans le Tarn, ou un Alsacien qui part en Lorraine. Plus sérieusement, par un citoyen actuel d’Israël qui irait dans la bande de Gaza. On le sait, les pires ennemis sont souvent les plus proches, les faux frères. Les Juifs et les Samaritains étaient de ces faux frères-là : issus du même peuple, les aléas de l’Histoire ont conduit une branche des Juifs à se mélanger aux peuples païens locaux, lorsqu’Israël a été déporté aux 8e et 6e s. avant JC. Non contents de s’unir à ces peuples, ceux qui sont devenus les Samaritains ont adopté certains éléments de leur religion païenne, se faisant une foi à leur sauce, avec des éléments bibliques et des éléments qui n’avaient rien à voir. Ainsi débute la longue hostilité entre Juifs « purs » et Samaritains « bâtards ».
Et voilà que Philippe prend sur lui d’aller dans une ville de Samarie prêcher le salut, comme Jésus l’avait fait quelques années plus tôt. Sa prédication impressionne, Dieu authentifie ses paroles par des miracles, et les gens croient en Jésus, et ils reçoivent le baptême. Philippe a compris que Jésus veut offrir le salut à tous, et pas seulement aux descendants d’Abraham, de Moïse et de David. En s’adressant à des « demi-Juifs », il amorce un mouvement qui s’élargira ensuite aux non-Juifs, lorsque Corneille le païen sera à son tour considéré comme un frère, en Christ. Cet épisode, c’est le début d’une Eglise sans frontières.
C’est bien pour cela que les apôtres Pierre et Jean se déplacent de Jérusalem, ravis d’entendre que d’autres ont reconnu le Christ comme leur sauveur. C’est pour cela aussi qu’ils prient pour eux de manière spécifique, demandant le Saint Esprit. Alors c’est vrai que normalement, selon les enseignements des apôtres, lorsque quelqu’un croit en Jésus, il reçoit automatiquement l’Esprit de Jésus qui le relie à Dieu et lui permet de recevoir le pardon, l’amour et la vie de Dieu, avant de demander le baptême. Mais là nous sommes dans une situation particulière, avec des questions de préjugés que vous pouvez bien imaginer… Une des façons de comprendre ce qui se passe là, c’est que Pierre et Jean ont voulu marquer le coup, en étendant leurs mains en signe de solidarité et de communion, et en priant pour le don du SE qui authentifie le fait que, oui, les Samaritains, même eux, lorsqu’ils croient en Jésus, font partie du même peuple que les autres, et ont le même statut qu’eux – la preuve : ils reçoivent l’Esprit dans les mêmes conditions spectaculaires que les Juifs à la Pentecôte. On retrouvera la même situation plus tard, avec une mini Pentecôte des païens : Juifs, non-Juifs, demi-Juifs, peu importe, car tous sont sauvés par le même Christ. Luc prend soin de noter la joie qui se répand dans la ville – quelle joie en effet pour cette communauté qui trouve en Jésus le salut mais aussi l’unité et la réconciliation.

2) Simon, ou la tentation du pouvoir
En contrepoint, Luc évoque Simon. Magicien, manifestement compétent, il a un impact extraordinaire sur les gens, à cause de ses actes impressionnants. Mais à l’arrivée de Philippe, la foule le quitte pour aller vers ce rival plus puissant, ce plus grand « magicien ». Simon, impressionné, suit le mouvement de foule, confesse sa foi, reçoit le baptême et commence à suivre Philippe partout. Lorsque Pierre et Jean arrivent et prient pour le don du Saint-Esprit aux Samaritains, Simon n’en croit pas ses yeux – il faut imaginer une manifestation visible de l’Esprit, comme les langues de feu à la Pentecôte – et demande à Pierre d’avoir lui aussi ce pouvoir de donner le SE : il reçoit en retour une volée de bois vert.
La description de Simon souligne l’importance du pouvoir chez lui : en effet, il dit de lui-même qu’il est un grand, et il accepte qu’on le considère comme une « puissance » divine. Sa demande est du même cru : le désir de posséder un pouvoir inédit, peut-être pour retrouver son ancienne influence sur les foules. Est-ce que Simon a feint de croire en Jésus pour découvrir les « secrets » des miracles chrétiens ? Ou est-ce seulement la force de l’habitude ? On ne le sait pas, mais Simon annonce tous ces chrétiens, à divers niveaux d’autorité, qui garderont dans l’Histoire cette tentation du pouvoir, et chercheront, jusqu’à aujourd’hui, à instrumentaliser la puissance de Dieu dans leur intérêt propre. Beaucoup, aujourd’hui, dans les églises ou sur internet, promettent la guérison, la délivrance, la réussite, si on se met sous leur coupe… C’est d’ailleurs là la grande différence entre Simon et Philippe : Philippe prêche Jésus, tandis que Simon se prêche lui-même, lui, la « Grande Puissance ». Pendant les vacances, nous sommes passés devant une église protestante, et sur le panneau d’informations en façade, il n’y avait que des photos du pasteur, en train de prêcher, dans des bains de foule etc. Une autre église protestante, toute proche, montrait elle une vidéo sur le sens du salut (geste deux poids deux mesures). Tous ceux qui font des miracles ou qui prêchent avec conviction ne doivent pas forcément être suivis ! C’est Jésus qui sauve ! Donc, chacun d’entre nous doit exercer son sens critique : est-ce que ce que je vois ou j’entends me rapproche de Jésus, ou du prédicateur ? La tentation du pouvoir, de l’argent, est peut-être le problème que la Bible dénonce le plus, et qui garde malheureusement toute son actualité, hors de l’église mais dedans.
Que Simon soit syncrétiste ou simplement immoral, Pierre l’avertit que sa cupidité et sa mégalomanie le détruiront. C’est un esclavage, qui retient Simon dans l’amertume. Mais à ses paroles dures, Pierre ajoute une offre : repens-toi (litt. Change de mentalité), détourne-toi de ce mal, et prie pour le pardon. C’est le message de l’Evangile : ce qui nous détruit est mauvais, mais en Dieu, nous avons une chance de salut, si nous nous tournons sincèrement vers lui.
Simon demande à Pierre de prier pour lui : est-ce par une humilité toute nouvelle, ou par désintérêt (geste mise à distance) ? Difficile à dire ! Et Luc ne nous en dira pas davantage. Tout du long, Simon sera resté ambigu, ambivalent – peut-être un exemple des dérives qui ponctuent la croissance de l’église.

Conclusion
Ce récit nous montre la joie de l’Evangile qui se répand, les frontières, personnelles et communautaires, qui tombent, l’annonce généreuse de l’Evangile à tous, l’ouverture généreuse de l’Eglise à tous. Mais il nous montre aussi les franges, les risques, et nous invite, non à la fermeture et à la méfiance mais à la sagesse et à la prudence. Etre chrétien, aimant, accueillant, ne veut pas dire être naïf ! Nous sommes donc appelés, nous aussi, à ouvrir nos portes, à annoncer largement l’Evangile, à accueillir tout aussi largement, mais en gardant comme boussole le Christ, et le Christ seul.