Réhabiliter Zachée !

 

Lecture biblique : Luc 19.1-10

Le regard traditionnel sur Zachée voit en lui un méchant collecteur de taxes, malhonnête, qui a besoin de se repentir, de changer de vie, pour être sauvé. On voit alors dans sa rencontre avec Jésus l’occasion pour lui de se convertir : c’est à ce moment-là qu’il décide de réparer ses torts et de rembourser généreusement ceux qu’il a extorqué. Alors Jésus affirme qu’il est sauvé !

Sauf que ce n’est pas forcément ce que dit le texte… Malgré la traduction de certaines versions françaises, au verset 8, Zachée ne parle pas au futur. Il ne dit pas : « Désormais je vais donner la moitié de mes richesses aux pauvres et je vais rembourser au quadruple celui à qui j’ai pris trop d’argent. ». Il dit : « Ecoute, Seigneur ! Je donne la moitié de mes richesses aux pauvres et si j’ai pris trop d’argent à quelqu’un, je lui rend quatre fois plus ! ». Il ne dit pas ce qu’il va désormais faire mais ce qu’il fait déjà.

En fait, c’est comme s’il disait à Jésus : « Tu sais, je ne suis pas comme ce que les gens disent de moi. Je ne mérite pas ma réputation… » Car d’où vient la réputation de Zachée ? De ce que disent les foules de lui : « Voilà que Jésus s’arrête chez un pécheur ! » Tout est dit : Zachée est un collecteur de taxes, donc c’est un pécheur !

Il faut dire que les collecteurs d’impôts n’avaient pas bonne réputation. Ils étaient la figure même du collaborateur à la solde de l’occupant romain : ils collectaient les taxes pour l’envahisseur. Et ils avaient souvent tendance à s’en mettre un peu dans les poches au passage… Qu’est-ce qu’on disait alors des collecteurs de taxes ? Ils sont tous pourris !

Jésus, lui, a une toute autre attitude puisqu’il dit à Zachée qu’il veut manger chez lui. Qu’est-ce qui l’a décidé à le faire ? Peut-être le fait de le voir, ainsi, monter sur un arbre à son passage. Une attitude qui n’est pas très digne d’un homme de son statut social… et qui traduit surtout son ardent désir de rencontrer Jésus. Peut-être Jésus a-t-il vu que Zachée n’était pas un collecteur de taxes comme les autres.

Car, il faut le dire, Jésus ne se laissait pas enfermer dans les a priori sur les gens. Ce n’est pas la première fois qu’il approchait un collecteur de taxes. Il a même appelé l’un d’eux à devenir son disciple et il l’a ensuite choisi pour faire partie des 12 apôtres. Il s’agit de Matthieu (appelé Lévi). Jésus mangeait aussi avec les collecteurs de taxes, comme avec tous ceux qu’on rejetait ou qu’on considérait comme pécheur. Les évangiles nous disent même que plusieurs suivaient Jésus.

Jean le baptiste, lui aussi, a vu des collecteurs de taxes venir à lui. Et lui non plus ne les a pas chassés. Il leur disait seulement d’être intègre dans leur tâche :

« Des collecteurs des taxes aussi vinrent pour recevoir le baptême ; ils lui demandèrent : Maître, que devons-nous faire ? Il leur dit : N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné. » (Luc 3.12-13)

Et si Zachée avait reçu le baptême de Jean ? On n’en sait rien, évidemment, mais pourquoi pas ? Ca expliquerait son attitude intègre, peut-être même suite à son baptême. Ca expliquerait aussi son désir de rencontrer Jésus : Jean-Baptiste n’avait-il pas annoncé que le Messie allait venir à sa suite ?

Ce sont, bien-sûr, des conjectures. Mais ce qui est sûr, c’est que le texte de l’évangile laisse bien entendre que Zachée avait déjà une attitude intègre avant de rencontrer Jésus. Tous les collecteurs de taxes n’étaient donc pas des pourris ! Mais les foules n’étaient pas capables de le voir, semble-t-il…

Jésus, lui, non seulement décide d’aller manger chez Zachée mais il ne lui fait aucun reproche, il ne lui demande même pas de changer d’attitude. Il accueille au contraire ce que Zachée dit de son intégrité avec joie : « Aujourd’hui le salut est venu dans cette maison ! » De plus, il le réhabilite aux yeux de tous : « Zachée aussi est de la famille d’Abraham ! »

La conclusion du récit : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » s’adresse donc peut-être moins à Zachée qu’à ceux qui le jugeaient… « Ne jugez pas afin de ne pas être jugés ! »

Les leçons de cet épisode

Je vous propose de tirer des leçons de ce récit non pas en se demandant s’il faut ou pas agir comme Zachée mais en considérant l’attitude de ceux qui entourent Zachée. Et dans ce cas, je crois qu’on peut dire que nous devons prendre exemple sur Jésus et considérer la foule comme un contre-exemple à ne pas suivre :
La foule juge et enferme Zachée dans ses a priori : c’est un collecteur de taxe donc c’est un pécheur !
Jésus accueille Zachée tel qu’il est et sait le reconnaître à sa juste valeur : c’est un fils d’Abraham !

Toute l’histoire de Zachée est résumée par ces deux affirmations : c’est un pécheur ou c’est un fils d’Abraham.

Pour la foule, Zachée est un pécheur !

Pour la foule, dire de Zachée « c’est un pécheur », c’est l’enfermer dans une catégorie. Les pécheurs, ce sont les gens à ne pas fréquenter. Ce sont les infidèles, les impurs, les gens de mauvaise vie. Pour la foule, Zachée est de ceux-là. Il est déjà jugé ! Victime des a priori.

Nous avons tous des a priori sur les gens. Mais il faut prendre conscience qu’ils sont autant de prisons qui enferment les autres… et nous-mêmes.

Ne souffrons-nous pas lorsque nous sommes victime d’a priori ? Je suis sûr qu’en tant que chrétien, peut-être plus encore en tant que protestant évangélique, vous avez déjà été confronté à des a priori des gens à votre égard. Convaincus que les chrétiens c’est comme ça, ils pensent ceci et ne font pas cela. Et ce n’est pas agréable…

Mais nous avons aussi nos a priori sur les autres. Regardez autour de vous. Que pensez-vous des gens que vous voyez ? Que savez-vous vraiment d’eux ? Quelle est la part d’a priori dans votre jugement sur eux ? Avez-vous déjà collé une étiquette sur leur front ?

Pour sortir de nos a priori, il y a deux règles d’or :
– Il faut se méfier des apparences.
– Il faut rejeter les étiquettes.

Les apparences sont trompeuses. La première impression que vous avez de quelqu’un est très rarement conforme à la réalité. Et pourtant, on en reste si souvent à cette première impression… Passez du temps avec quelqu’un, apprenez à le connaître vraiment et vous découvrirez quelqu’un d’autre. En bien ou en mal d’ailleurs…

Il faut rejeter les étiquettes. C’est pourtant tellement facile. On classe les gens en catégories et on les y enferme. Les politiciens. Les artistes. Les patrons. Les pasteurs (!) Ou alors les non-chrétiens. Les « gens du monde ». Ou même les catholiques. Les pentecôtistes… Et derrière ces étiquettes, on met en gros tout le monde dans le même panier.

Mais enfermer l’autre dans ses a priori, c’est refuser de le rencontrer tel qu’il est ! Et c’est, d’une certaine manière, le juger…

Pour Jésus, Zachée est un fils d’Abraham !

Pour Jésus, dire « c’est un fils d’Abraham », c’est reconnaître en Zachée un frère, un homme de foi. Et le dire publiquement, c’est inviter les autres à faire de même et changer de regard sur lui.

Jésus, lui, savait reconnaître la vraie valeur des gens et ne pas se laisser piéger par les apparences ou la réputation. Alors bien-sûr, on n’arrivera jamais à être comme Jésus. Il n’empêche, Jésus n’allait pas tout seul voir Zachée et les gens de mauvaise réputation qu’il n’hésitait pas à rencontrer. Il emmenait ses disciples avec lui ! N’est-ce pas aussi pour leur montrer l’exemple et les inviter à faire de même ?

N’y a-t-il pas pour nous un défi à accueillir comme Jésus accueille, à regarder comme Jésus regarde ? N’est-ce pas ainsi que nous pourrons glorifier Dieu dans nos relations ?

« Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. » (Romains 15.7)

Sommes-nous prêts à changer notre regard ?
Sommes-nous prêts à aller au-delà des apparences et des réputations ? A aller vraiment à la rencontre des autres, à nous laisser surprendre par eux ?
Sommes-nous prêts à croire que les gens peuvent changer ou les enfermons-nous à tout jamais dans des a priori, incapable de retirer l’étiquette que nous avons collé sur leur front ?

Conclusion

L’histoire de Zachée est donc peut-être moins l’histoire d’un pécheur qui se repent que d’un homme victime de sa réputation. Nous sommes comme la foule, victimes de nos a priori. Et l’accueil du Christ nous invite à changer notre regard. Non seulement sur Zachée, mais aussi sur notre prochain !




L’offrande de la pauvre veuve

 

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La semaine dernière, je vous ai proposé un autre regard sur l’histoire de David et Goliath. Et comme ça a visiblement plu à plusieurs, je vous propose ce matin de lire un autre récit assez connu, dans le Nouveau Testament cette fois, et de le voir aussi d’un regard différent. Il s’agit de l’épisode de l’offrande de la pauvre veuve.

Ici, je suis redevable à un collègue pasteur qui, lors d’une pastorale il y a quelques années, m’a ouvert les yeux sur ce texte, si bien que je ne peux plus le lire aujourd’hui comme avant.

Marc 12.41-44
41 Dans le temple, il y a un endroit où les gens donnent de l’argent en offrande. Jésus s’assoit en face et il regarde ce qu’ils font. De nombreux riches mettent beaucoup d’argent. 42 Une veuve pauvre arrive, et elle met deux pièces qui ont très peu de valeur. 43 Alors Jésus appelle ses disciples et leur dit : « Je vous le dis, c’est la vérité : cette veuve pauvre a donné plus que tous les autres. 44 En effet, tous les autres ont mis de l’argent qu’ils avaient en trop. Mais elle, qui manque de tout, elle a donné tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Traditionnellement, on loue la générosité remarquable de cette pauvre femme qui, proportionnellement, donne beaucoup plus que les riches qui, eux, donnent de leur superflu. Elle, elle donne de son nécessaire, tout ce qu’elle a pour vivre.

Je ne veux pas complètement nier cette interprétation. Mais est-ce vraiment la leçon que nous devons retirer de cet épisode ? Nous faut-il prendre en exemple cette femme et faire de même ? Pour répondre à cette question, le contexte de ce récit est particulièrement intéressant.

Qu’avons-nous juste avant ? Un discours sévère de Jésus à l’égard des maîtres de la loi :

Marc 12
38 Jésus dit dans son enseignement : « Attention ! Ne faites pas comme les maîtres de la loi ! Ils aiment se promener avec de grands vêtements, ils aiment qu’on les salue sur les places de la ville. 39 Ils choisissent les premiers sièges dans les maisons de prière et les premières places dans les grands repas. 40 Ils prennent aux veuves tout ce qu’elles ont, et en même temps, ils font de longues prières, pour faire semblant d’être bons. À cause de cela, Dieu les punira encore plus que les autres. »

Avez-vous remarqué cette expression au verset 40 : « Ils prennent aux veuves tout ce qu’elles ont » ? Littéralement : « ils dévorent les maisons des veuves ». Ils privent les veuves, une population particulièrement pauvre et fragile à l’époque, de leurs biens, de leurs moyens de subsistance. Et comment le font-ils ? En leur imposant un fardeau légaliste qu’elles ne devraient pas porter !

Et juste après ce discours, nous avons l’épisode de l’offrande de la pauvre veuve, qui met dans le tronc tout ce qu’elle avait pour vivre… Ce n’est pas une coïncidence !

Et cela se confirme si on considère ce qui se trouve juste après notre épisode : l’annonce, par Jésus, de la destruction du temple :

Marc 13
« 1 Ensuite, Jésus sort du temple, et un de ses disciples lui dit : « Maître, regarde ! Quelles belles pierres ! Quels grands bâtiments ! » 2 Jésus lui dit : « Tu vois ces grands bâtiments. Eh bien, il ne restera pas ici une seule pierre sur une autre, tout sera détruit. »

Autrement dit, nous voyons une pauvre veuve qui donne de son nécessaire, tout ce qu’elle a pour vivre, pour un temple qui va bientôt être détruit…

Est-ce que tout cela ne doit pas nous mettre la puce à l’oreille ? Quand l’apôtre Paul organise la collecte en faveur des chrétiens de Jérusalem, il invite bien-sûr à la générosité mais il précise aussi qu’il ne s’agit pas pour ses lecteurs de se mettre sur la paille mais de donner en fonction de leurs moyens ! « Car il ne s’agit pas de vous exposer à la détresse pour le soulagement des autres, mais de suivre une règle d’égalité » (2 Corinthiens 8.13).

Est-il juste que cette veuve, déjà en situation de précarité, se mette sur la paille en apportant son offrande au temple ? Je ne pense pas !

D’ailleurs, pourquoi Jésus se met-il à regarder comment les gens déposait de l’argent dans la Trésor du Temple ? Vous pensez qu’il ne savait pas ce qui se passait ? C’est plutôt qu’il s’attendait à voir quelque chose de précis. Et quand la veuve y dépose ses deux petites pièces, Jésus le fait aussitôt remarquer à ses disciples, comme si c’était exactement ce qu’il attendait de voir. Comme s’il leur disait : « vous voyez, c’est bien ce que je vous disais à propos des maîtres de la loi qui mettent les veuves sur la paille ! »

Le récit de l’offrande de la pauvre veuve ne serait pas alors un exemple de générosité à suivre mais un dramatique exemple d’un système injuste entretenu pour les autorités religieuses. La preuve que ce que Jésus dit des maîtres de la loi est vrai : « ils dévorent les maisons des veuves » !

Jésus ne dit d’ailleurs pas à ses disciples : « Regardez cette veuve et faites comme elle ! » Evidemment, il ne reproche rien non plus à cette femme. Elle est, certes, très généreuse. Mais Jésus la désigne avant tout comme une victime des chefs religieux qui exigent d’elle ce qu’elle ne devrait pas devoir donner.

Quelles leçons tirer de ce récit ?

Leçon 1 : L’institution religieuse peut être source d’injustice et d’oppression.

Dans cette séquence qui inclut l’épisode de l’offrande de la veuve mais aussi les paroles qui précèdent et qui suivent, il y a de la part de Jésus une critique de l’institution religieuse. Jésus dénonce une forme d’injustice et d’oppression des plus fragiles. Le tout justifié par l’enseignement des chefs religieux. Leur légalisme obtus pousse des pauvres veuves à se mettre sur la paille !

Et dans les évangiles, la destruction du temple que Jésus annonce est perçue aussi comme une forme de jugement de Dieu.
En réalité, le christianisme devrait être une religion sans temple, sans lieu sacré. Voyez les paroles de Jésus à la femme Samaritaine :

Jean 4
21 Jésus lui dit : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. (…) 23 Mais l’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père.

Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas de temple ou d’église, qu’il ne faut pas prêter attention aux lieux de culte. Mais bien que les personnes comptent plus que les bâtiments, ce sont les pierres vivantes des croyants qui sont l’Eglise.

Le christianisme devrait être aussi une religion méfiante de l’institution religieuse, surtout quand celle-ci prend la place qui revient à Dieu. Relisez l’épître aux Hébreux, où Jésus apparaît comme l’unique grand prêtre, le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes ! Tous les croyants sont prêtres, c’est ce qu’on appelle le sacerdoce universel.

Ca ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir de structure d’Eglise, avec des responsables et des ministères particuliers. Mais il faut rester vigilant quant à l’institution. Le problème de l’institution religieuse, c’est quand elle devient une fin en soi : les clercs assoient leur autorité, les structures sont plus importantes que les personnes, le dogme prend le pas sur la vie.

Dans ce cas, l’institution religieuse peut devenir source d’injustice, d’oppression… et d’une certaine façon prendre la place de Dieu !

Leçon 2 : On peut être généreux de bien des façons… et nul besoin de se mettre sur la paille pour cela.

C’est peut-être ici plus un prolongement qu’une application directe de notre texte mais on peut sans doute dire quelque chose de la générosité à partir de ce récit. Certes, la pauvre veuve fait preuve d’une grande générosité… mais elle semble bien manipulée par les exigences folles des chefs religieux. Sous leur pression, elle se met en danger.

Il faut donc commencer par dire qu’on peut être généreux de bien des façons, sans forcément se mettre sur la paille. D’abord parce que la générosité n’est pas qu’une affaire d’argent. Elle est aussi affaire d’attention, d’écoute, de temps consacré à l’autre… On ne peut être généreux que de ce que l’on a. Du temps, on en a tous ! Et on n’est pas toujours prêt à le donner…

La générosité est une affaire personnelle, un appel que chacun doit entendre. A chacun de voir comment il peut y répondre, en fonction de ses moyens. La générosité est finalement relative. Dans notre récit, les riches qui donnent beaucoup ne sont pas forcément généreux… Il n’y a pas grand mérite à donner ce dont on est riche !

Nous sommes tous appelés à entendre l’appel à la générosité mais pour soi-même, pas pour les autres. Nous n’avons pas à dire comment les autres doivent être généreux. C’est trop facile d’exiger la générosité des autres… surtout quand on est soi-même riche ! Et c’est encore pire quand on le fait avec des motifs religieux comme dans notre récit !

La question de la générosité est personnelle, individuelle. Comment, moi, je pourrais être plus généreux ? Plus généreux avec mon argent, avec mon temps, avec mes dons et capacités, avec mes prières…

Conclusion

L’épisode de l’offrande de la pauvre veuve s’avère donc être d’abord une flagrante injustice, qui met en danger une femme en situation précaire. Et cela par la faute des chefs religieux ! C’est un scandale !

Je vous le dis (avec humour) : méfiez-vous des prêtres ! Et méfiez-vous des pasteurs ! Mais examinez toutes choses et retenez ce qui est bon… Et voyez comment, vous-mêmes, vous pouvez vous montrer demain plus généreux qu’aujourd’hui, avec les moyens qui sont les vôtres !




David n’avait que sa fronde…

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Lecture biblique : 1 Samuel 17

L’histoire de David et Goliath est une des histoires bibliques les plus connues. Elle est utilisée comme une métaphore dans le langage courant quand on évoque un combat ou un affrontement qui semble perdu d’avance.

On pense souvent qu’on assiste dans cet épisode à un véritable miracle, avec la victoire du jeune berger qui n’avait que sa seule fronde face au géant Goliath armé jusqu’aux dents. En réalité, cet épisode n’a rien d’un miracle. Certes, David a terrassé Goliath mais, à y regarder de plus près, ça n’a rien d’étonnant.

Je suis ici redevable à une vidéo vue sur Internet, de Malcolm Gladwell, un « Ted Talk » (des discours courts et percutants) intitulé « L’autre histoire de David et Goliath) (ici)

Je ne vais pas reprendre tous les éléments de cette vidéo mais m’en inspirer et prolonger les leçons que nous pouvons tirer de ce récit biblique pour nous.

1. David était bien mieux armé qu’on ne le pense pour battre Goliath !

D’abord, David est intelligent, vif et courageux. Il n’était certainement pas naïf (on sait quel roi il a été par la suite). S’il a voulu relever le défi, c’est qu’il pensait bien avoir une chance de l’emporter. De plus, il a de l’expérience au combat. Il le dit lui-même : il a souvent défendu son troupeau face au lion et au loup. Et ce n’était pas une mince affaire !

Saül veut l’aider en lui proposant de revêtir son armure. Mais il n’arrivait même pas à marcher avec… Il renonce donc et préfère ne prendre que son bâton, quelques pierres et sa fronde.

Mais la fronde était une arme redoutable ! Rien à voir avec les jouets pour enfant… C’était l’arme des bergers dans l’Antiquité, pour défendre les troupeaux face aux prédateurs. Comme David. C’était aussi une arme de guerre. Les armées antiques avaient des bataillons de frondeurs.

Une fronde, c’est une poche, généralement en cuir, dans laquelle on plaçait le projectile, prolongé par deux lanières, de longueur inégale. Une fois le projectile placé dans la poche, le lanceur tenait la lanière longue dans la paume et la courte entre le pouce et l’index. Il faisait alors tournoyer sa fronde, puis lâche la lanière la plus courte en direction de la cible. Le projectile atteignait alors une vitesse très importante. Une balle de fronde avait une puissance d’impact similaire à certains revolvers, capable de percer une voûte crânienne. Et les frondeurs entraînés pouvaient tirer avec une grande précision. Les frondeurs des Baléares était réputés les meilleurs. Ils étaient recrutés par l’armée romaine et étaient capables de viser juste à près de 200 mètres avec leur fronde !

Bref, avec sa fronde, David pouvait bien espérer tuer le géant Goliath… Il est allé au combat avec l’arme qu’il maîtrisait. Le texte biblique dit bien qu’il choisit minutieusement cinq pierres dans le torrent. Des pierres polies, bien aérodynamiques, avec lesquelles il pourra tirer avec une grande précision.

David ne va pas au combat les mains dans les poches, mais avec une arme qu’il maîtrise parfaitement, une arme par ailleurs redoutable. Et il y va, c’est là aussi sa force, avec une pleine confiance en Dieu !

2. Goliath était bien plus vulnérable qu’on ne le pense !

Goliath était, certes, impressionnant. Géant de près de 3 mètres, armé jusqu’aux dents, il terrifiait tout Israël. En réalité, la force de Goliath était toute entière dans la peur qu’il inspirait. D’où la description détaillée que la Bible nous fait de son harnachement militaire, casque, armure et armes en bronze ! Et ça semble fonctionner ! Personne n’ose relever son défi.

Pourtant, le texte biblique lui-même laisse entendre que Goliath avait ses faiblesses.

Il est certes grand et fort, mais il est lent. Il s’approche petit à petit de David, il lui demande de venir et lorsqu’il finit par s’avancer vers David, ce dernier, par contraste, court avant de lui lancer son projectile.

Peut-être avait-il même des problèmes de vue. Pourquoi dit-il à David qu’il s’avance vers lui avec « des bâtons » (c’est bien le pluriel qui est utilisé en hébreu), alors que David n’en avait qu’un évidemment ? Et il ne semble pas même remarquer la fronde que portait David. Alors même que c’est une arme redoutable contre un soldat d’infanterie comme lui. Et puis cette homme qui le devance, certes pour porter son bouclier, peut-être était-ce aussi pour le guider ?

En réalité, la taille immense de Goliath devait être due à une maladie, qui pouvait entraîner des déficiences visuelles, des difficultés de locomotions, etc.

Le géant Goliath était peut-être impressionnant dans son armure éclatante mais il était aussi vulnérable, surtout face à un jeune homme vif et armé d’une arme de jet.

Et la seule force de Goliath, la peur, semble ne pas avoir d’impact sur David. Il essaye bien encore de l’impressionner quand il est face à lui, tentant de l’humilier et lui lançant des malédictions. Mais ça n’a pas d’effet sur David qui, au contraire, répond avec aplomb : « je vais te tuer et te couper la tête ! »

Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce que David prenne le dessus sur Goliath… Il n’y a même pas de combat. En quelques secondes tout est réglé. Une pierre bien lancée avec la fronde de David, en plein front, là où l’armure ne protégeait pas le géant, est c’est fini !

3. Les leçons de l’histoire

Leçon 1 : Le premier ennemi à vaincre, c’est la peur.

La peur est une arme redoutable. On la voit utilisée dans les relations humaines, pour intimider, impressionner, désarmer l’autre. C’est une arme de manipulation, utilisée à des fins de pouvoir, ou a des fins électoralistes.

La peur est présente, d’une manière ou d’une autre, en chacun de nous. Elle peut avoir de nombreuses sources, elle peut susciter frustrations et souffrances, elle peut nous paralyser et nous empêcher d’avancer.

Or, une des dernières paroles de Jésus à ses disciples, juste avant de les quitter, c’était justement : « n’ayez pas peur » ! Comme David, assuré d’être dans la main du Seigneur quand il répond au défi du géant Goliath, nous pouvons être assurés d’être dans la main du Christ face à tous nos adversaires, nos défis et nos épreuves. Face à tous les géants qui nous font face. Nous n’avons pas à avoir peur.

Leçon 2 : Les géants ne sont pas aussi forts et puissants qu’ils en ont l’air

Les apparence sont trompeuses, surtout quand on a peur. Car les géants auxquels nous pouvons faire face dans notre vie ne sont pas aussi puissants et indestructibles qu’ils en ont l’air. En tout cas, c’est la peur qui les rend plus dangereux et plus forts à nos yeux.

David n’a pas vu en Goliath un géant invulnérable mais un soldat ennemi qu’il pouvait tuer avec sa fronde. Sa façon de voir Goliath n’a pas été conditionnée par la peur mais par sa foi.

Si la foi est bien la confiance placée en Dieu, alors assurément elle est l’arme la plus efficace face à la peur, et face à tous les géants dans notre vie.

Leçon 3 : C’est en étant nous-mêmes que nous remportons la victoire

Si David avait accepté d’aller au combat avec l’armure de Saül, il aurait été défait. C’est avec son arme de simple berger qu’il est allé affronter Goliath. L’arme qu’il maîtrisait et qu’il savait être efficace. Malgré les apparences, c’est lui devait gagner.

C’est en étant lui-même que David est allé au combat et a vaincu. C’est sa foi, sa confiance en Dieu qui a fait le reste. C’est elle qui a triomphé de la peur. Et Dieu a utilisé les capacités et les forces de David pour le faire vaincre.

Cette belle promesse que l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens est vraie :

« Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces. Quand vous serez tentés, Dieu vous donnera la force de le supporter et le moyen d’en sortir. » (1 Co 10.13)

Conclusion

Le récit de David contre Goliath est une vivante exhortation à placer notre confiance en Dieu pour vaincre la peur… et les géants qui nous font face !




Suivre le Dieu vivant (Elisée IV)

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Pour la prédication de ce matin, je terminerai ma série de juillet autour du prophète Élisée, avec l’épisode de sa mort qui fait une bonne conclusion, au chapitre 13.

Le temps a passé, peut-être une quarantaine d’années depuis les derniers miracles d’Élisée que la Bible raconte, mais la situation d’Israël n’a pas changé : sur fond de lutte avec le pays voisin de la Syrie, les rois continuent de se tourner vers des idoles étrangères et de traiter Dieu sans respect. Même le roi Joas, présent dans ce texte, apparemment « proche » d’Élisée, même lui est un mauvais roi (c’est la seule chose qui est dite pour résumer sa vie aux versets précédents). Devant une telle infidélité, Dieu a baissé son aide envers son peuple, ce qui explique l’oppression syrienne particulière au moment de notre récit.

Lecture biblique: 2 Rois 13.14-25

14 Quand Élisée tombe malade de la maladie qui le fera mourir, Yoas, roi d’Israël, va le voir. Il se penche sur lui en pleurant et lui dit : « Mon père, mon père ! Tu vaux tous les chars et tous les cavaliers d’Israël ! » 15 Élisée lui dit : « Prends un arc et des flèches. » Le roi obéit. 
 16-17 Élisée lui dit : « Ouvre la fenêtre vers l’est. » Le roi l’ouvre. Élisée lui dit encore : « Prends ton arc et tends-le. » Le roi prend l’arc. Élisée pose ses mains sur les mains du roi et lui commande de tirer. Après que Yoas a tiré, Élisée dit : « Cette flèche annonce une victoire donnée par le SEIGNEUR, une victoire contre les Syriens. Tu les battras complètement à Afec. » 18 Ensuite Élisée dit encore au roi d’Israël : « Prends les autres flèches. » Yoas les prend. Élisée ajoute : « Frappe le sol ! » Le roi frappe trois fois et s’arrête.
19 L’homme de Dieu est en colère contre le roi. Il dit : « Tu devais frapper cinq ou six fois. Alors tu aurais pu battre complètement les Syriens. Maintenant, tu les battras seulement trois fois. »
2Élisée meurt, et on l’enterre. Au début de chaque année, des bandes de voleurs moabites entrent en Israël. 21 Un jour, des gens qui vont enterrer un mort voient tout à coup une de ces bandes. Ils jettent le corps dans la tombe d’Élisée et s’enfuient. Dès que le mort a touché les os d’Élisée, il redevient vivant et se met debout.
 
22 Hazaël, roi de Syrie, écrase de son pouvoir les Israélites pendant tout le temps où Yoakaz est roi. 23 Mais le SEIGNEUR a pitié d’eux. Il leur pardonne à cause de l’alliance qu’il a établie avec Abraham, Isaac et Jacob. Il ne veut pas les détruire, et ce n’est pas encore le moment où il les chasse loin de lui. 24 Hazaël, roi de Syrie, meurt, et son fils Ben-Hadad devient roi à sa place. 25 Alors Yoas reprend à Ben-Hadad les villes d’Israël qu’Hazaël a arrachées aux mains de son père Yoakaz. Par trois fois, Yoas bat Ben-Hadad, et il reprend les villes d’Israël.
1)   Élisée, témoin du Dieu vivant et compatissant

Élisée a été le prophète du Dieu vivant, du Dieu qui fait vivre. Il a sauvé une veuve de la détresse, guéri Naaman ; il a annoncé la venue d’un enfant à une femme stérile, et quand cet enfant est mort, il l’a ressuscité. Il a protégé son pays des attaques de l’armée syrienne. Élisée est un prophète du Dieu vivant.

A sa mort, il témoigne encore du Dieu qui fait vivre en annonçant la victoire d’Israël sur ses ennemis, par le symbolisme des flèches tirées, la première par la fenêtre (symbolisant une victoire ponctuelle, précise, dans la ville d’Afek), les autres flèches tirées vers le sol, symbolisant le nombre de victoires totales qu’Israël remportera.

Intercalé entre les oracles et leur accomplissement, nous avons aussi ce récit fugace d’un cadavre anonyme jeté dans le tombeau d’Élisée qui reprend vie au contact des ossements du prophète. Ce récit compact témoigne de la puissance de Dieu qui agit à travers son prophète, pour le bien collectif, mais aussi pour les individus. Le rayon d’action de Dieu n’a pas de limite, il touche aussi bien les pays et la géopolitique que la vie d’un simple anonyme, connu de Dieu.

Élisée témoigne de Dieu, alors même que le peuple est spirituellement aveugle et sourd. Tout au long des récits, nous voyons des serviteurs faibles, facilement découragés ou tentés, nous voyons des rois qui ignorent Dieu – et pourtant Dieu agit sans relâche à travers Élisée, même au moment de sa mort.

Joas n’est franchement pas un roi modèle, il y a peu de signes qu’il ait eu foi en Dieu, et son attitude envers Élisée est peut-être simplement pragmatique : il reconnaît qu’Élisée a souvent protégé son pays, sans forcément faire le lien entre fidélité à Dieu et protection… Mais Élisée accueille Joas, il bénit encore son peuple au moment de mourir. Et ce n’est pas par générosité personnelle qu’il le fait, mais en témoin de la compassion de Dieu. Lorsqu’il met ses mains sur celles de Joas, c’est comme un signe de solidarité, un signe que Dieu sera présent. Dans l’accomplissement de l’oracle qui raconte comment Joas a finalement réussi à battre les Syriens à trois reprises, la raison que donne le texte, c’est que Dieu a pitié d’Israël, et qu’il refuse de les abandonner complètement.

Élisée est donc un témoin, jusqu’au bout, jusqu’après sa mort, du Dieu puissant et compatissant qui fait vivre et qui sauve. En cela, comme d’autres, il annonce Jésus, le témoin parfait de Dieu, celui qui a multiplié les pains pour la foule affamée, qui a guéri et délivré, qui est ressuscité et qui promet la vie à ceux qui croient en lui ! A travers Élisée, nous discernons la puissance et la bonté de Dieu qui se manifesteront parfaitement en Jésus.

2)   Joas ou la foi qui s’auto-stoppe

Comme dans les autres récits, au-delà d’Élisée, un autre personnage attire notre attention. Ici, c’est le roi Joas. Joas est un « mauvais » roi, un roi impie qui ne fait pas les bons choix par rapport à Dieu ou par rapport au peuple. Bizarrement, quand il apprend qu’Élisée est malade, il accourt à son chevet. Et ensuite, tout ce qu’Élisée lui demande de faire, il le fait méticuleusement. Le texte met l’accent sur sa docilité, presque comique. Élisée lui donne les consignes une par une, à très court terme : prends l’arc (il prend l’arc), ouvre la fenêtre (il ouvre la fenêtre), tire une flèche (il tire une flèche) etc. Peut-être qu’Élisée le conduit pas à pas justement parce que Joas manque de sagesse, comme un enfant. En tout cas, après le premier signe sur la victoire à Aphek (la flèche tirée par la fenêtre), vient le deuxième avec les flèches à tirer dans le sol. C’est vrai que c’est une demande étrange… Mais pas plus que de tirer par la fenêtre ! Lorsque Joas s’arrête, Élisée pique une crise et affirme que puisque Joas s’est arrêté en cours de route, sa victoire sur les Syriens ne sera que partielle.

La colère d’Élisée surprend, puisqu’il n’y avait pas d’autre instruction explicite, du style « tu tireras 5 fois, 10 fois… ». On ne comprend pas sa colère, car apparemment Joas a obéi à la consigne, en tout cas de notre point de vue. Peut-être (vous voyez qu’on est dans l’interprétation ici !) que Joas aurait dû attendre la prochaine consigne avant de s’arrêter.

C’est comme quand on passe le permis. J’ai appris que tant que l’examinateur ne dit rien, on va tout droit – vous êtes d’accord ! Imaginez maintenant que l’examinateur vous a dit de tourner à droite, vous avez tourné à droite, puis il se tait… conclusion logique : vous allez tout droit ! Si vous vous garez sur le côté, devant une maison, est-ce que vous avez répondu à la consigne ? Non, bien sûr ! Il fallait continuer tout droit, en attendant la prochaine consigne !

Le problème de Joas, c’est que son initiative l’a écarté du chemin qu’il devait prendre. D’où la colère d’Élisée, qui ne pourra pas transmettre la bénédiction qu’il voulait. Et ça m’alerte sur notre façon de « conduire », d’avancer sur notre chemin avec Dieu. Est-ce que parfois nous ne sommes pas dans le cas de Joas, à nous arrêter trop tôt ? A nous garer alors qu’il faut continuer ? Sans parler de la désobéissance massive, on se laisse parfois piéger par notre propre désarroi : A quoi ça sert de tirer des flèches dans le sol ? Où va cette route ? Je ne vois pas où Dieu veut m’emmener, on a dû se tromper quelque part, je vais m’arrêter et faire demi-tour… Ou alors : allez, c’est bon, on a assez roulé, on est allé assez loin… Non ? Pour Élisée, c’est un manque de foi, peut-être là où c’est le plus dur : quand on ne voit pas devant soi.

C’est vrai qu’il y a des périodes ou des situations où on est complètement dans le vague, et on est tenté d’abandonner, parce qu’on a l’impression que notre action est inutile, absurde, ou qu’on se trompe de direction. Et pourtant, faire confiance à Dieu c’est aussi continuer à marcher sur cette route étrange, c’est persévérer même au cœur de ce qui nous paraît absurde, parce que même si nous ne savons pas où notre route va, nous croyons que Dieu le sait, et nous choisissons de lui faire confiance. Comme Abraham qui quitte tout et qui va… « vers le pays que Dieu lui montrera ». La persévérance, c’est un signe de confiance. Et bien souvent, la persévérance paraît stérile : dire bonjour tous les matins au même collègue désagréable, prier toutes les semaines pour le même sujet, pardonner soixante-dix fois sept fois à notre conjoint… Et pourtant, Dieu nous invite à ne pas nous arrêter à mi-chemin, à ne pas cueillir les fruits à moitié mûrs, à ne pas mettre de limites à ce qu’il nous appelle à vivre.

Laissons Dieu nous guider, et laissons-le nous guider au-delà du raisonnable, au-delà de notre petit cadre de probabilités acceptables, osons le suivre sur des chemins qui nous paraissent bizarres, mais où il nous bénira.

Conclusion

Que nous a appris Élisée ce mois-ci ? Il nous a rappelé la puissance de Dieu, la puissance de sa parole, sa puissance qui fait vivre. Mais Élisée, témoin inlassable de Dieu dans un contexte franchement défavorable, rencontre des gens comme vous et moi, qui devront se positionner par rapport à Dieu, et choisir ou pas de lui faire confiance. La veuve au bord de la faillite a obéi sans discuter, Naaman a résisté mais il s’est laissé convaincre, Joas met de lui-même une limite à ce que Dieu peut faire… Diverses réponses, comme des questions qui nous sont adressées : nous, habitants du XXIe siècle, quelle est notre position face au Dieu qui fait vivre ? Osons-nous le suivre ? Sommes-nous prêts à remettre en question nos réticences ? Mettrons-nous des limites à ce que Dieu va faire, par « réalisme » ou ignorance ? Dieu est puissant, il est vivant, il est compatissant, hier comme aujourd’hui et comme demain. Quelle sera notre réponse à la main qu’il nous tend ?




Apprendre à voir vraiment

https://soundcloud.com/eel-toulouse/apprendre-a-voir-vraiment

Nous continuons notre série autour des miracles du prophète Elisée, à l’œuvre en Israël dans les années 850-800 av. J.-C.

Lecture biblique: 2 Rois 6.8-23

8 C’est l’époque où le roi de Syrie est en guerre contre Israël. Il consulte ses officiers, puis il décide d’installer son armée à un certain endroit. 9 Mais Élisée fait dire au roi d’Israël : « Attention ! Évite de passer à tel endroit. C’est là que les Syriens ont installé leur camp. » 10 Le roi d’Israël envoie donc des soldats surveiller l’endroit que l’homme de Dieu a indiqué. Cela se passe plusieurs fois. Élisée prévient le roi d’Israël, qui fait très attention. 11 Le roi de Syrie est inquiet à cause de ce qui arrive. Il réunit ses officiers et leur dit : « Il y a parmi vous un traître, qui est pour le roi d’Israël. Est-ce que vous ne voulez pas me dire son nom ? » 12 L’un des officiers répond : « Notre roi, il n’y a pas de traître parmi nous ! Mais Élisée, le prophète qui est en Israël, est capable de rapporter à son roi les paroles que tu dis dans ta chambre à coucher. » 13 Alors le roi de Syrie donne cet ordre : « Allez voir où il est, et je le ferai arrêter. » Quand le roi de Syrie apprend qu’Élisée se trouve à Dotan, 14 il envoie une troupe nombreuse de soldats, avec des chars et des chevaux. Ils arrivent de nuit et entourent la ville. 
15 Le jour suivant, le serviteur d’Élisée se lève tôt le matin et il sort de la ville. Il voit les soldats, les chevaux et les chars qui entourent la ville. Il crie : « Quel malheur, maître ! Qu’est-ce que nous allons faire ? » 16 Élisée répond : « N’aie pas peur ! Ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. » 17 Ensuite Élisée prie en disant : « SEIGNEUR, ouvre les yeux de mon serviteur pour qu’il voie clair. » Le SEIGNEUR ouvre ses yeux, et le serviteur peut voir que tout autour d’Élisée, la montagne est couverte de chevaux et de chars brillants comme du feu.

18 Les Syriens descendent vers Élisée. Le prophète prie de nouveau : « SEIGNEUR, ferme les yeux de tous ces soldats. » Et le SEIGNEUR leur ferme les yeux, comme Élisée l’a demandé.  19 Alors Élisée dit aux soldats : « Vous n’avez pas pris le bon chemin, et ce n’est pas la bonne ville. Suivez-moi, et je vous conduirai auprès de l’homme que vous cherchez. » En fait, Élisée les conduit à Samarie. 20 Quand ils entrent dans la ville, Élisée prie encore : « SEIGNEUR, ouvre leurs yeux pour qu’ils voient clair. » Le SEIGNEUR leur ouvre les yeux, et ils voient qu’ils sont en pleine ville de Samarie. 21 Dès que le roi d’Israël voit tous ces soldats, il demande à Élisée : « Mon maître, est-ce qu’il faut les tuer ? » 22 Élisée répond : « Non, ne les tue pas ! D’habitude, tu ne mets pas à mort ceux que tu fais prisonniers au combat. Alors, donne plutôt à manger et à boire à ces soldats, puis laisse-les retourner chez leur roi. » 23 Le roi d’Israël leur fait donc servir un grand repas. Après qu’ils ont mangé et bu, ils les laisse retourner chez leur roi. À partir de ce moment-là, les bandes de voleurs syriens ne viennent plus dans le pays d’Israël.

Décidément, avec Elisée, on ne s’ennuie pas ! Voilà une histoire pleine de suspense, et de rebondissements…

On a d’un côté ce roi syrien dont les plans sont comme des coups d’épée dans l’eau : rien ne fonctionne, tout est déjoué, au point qu’il se demande s’il n’y a pas un espion d’Israël dans son état-major. Mais non, c’est l’œuvre d’un prophète, qui, de loin, devine et défait tous les projets de ce roi contre Israël. Même lorsqu’il met toutes les chances de son côté pour attraper ce prophète – et là, on se demande qui va gagner : la grande armée ou le petit prophète ? – retournement de situation, l’opération tourne au fiasco quand les soldats syriens se retrouvent malgré eux en plein territoire ennemi, et le roi renonce. De l’autre côté, on a Dieu, fort, puissant, fidèle, qui domine la situation et change les cartes selon son bon vouloir. A travers l’exaucement des prières d’Elisée, le texte nous montre surtout Dieu à l’œuvre, Dieu vainqueur, un Dieu protecteur qui prend soin de son prophète fidèle (il n’y en a plus beaucoup à cette époque-là en Israël) et même de son peuple, pourtant peu attentif à Dieu en cette période.

1)   Un Dieu indéfectiblement présent

La puissance de Dieu est une évidence, une conviction de base du croyant. Si Dieu n’est pas puissant, il n’est pas Dieu ! Et pourtant, on a beau croire que Dieu a créé le monde, croire que Dieu soutient le monde, croire qu’il renouvellera le monde, au cœur de la difficulté, on ressemble bien souvent à ce serviteur d’Elisée paniqué par la vision de l’armée ennemie – d’ailleurs, dans cette histoire, nous devons attendre, comme lui, la prière d’Elisée pour prendre conscience de la présence active de Dieu dans cette situation.

Ce qui nous impressionne n’impressionne pas Dieu. Les armées, les tactiques, même les soldats à nos portes : ce qui nous impressionne n’impressionne pas Dieu. Autrement dit, Dieu est bien plus puissant que ce qui est plus fort que nous : la persécution, la maladie, la haine, et même la mort. Je me souviens du témoignage d’une personne, qui a cru en Jésus-Christ suite à la maladie et à la guérison de sa fille : à 5 ans, celle-ci avait une tumeur au cerveau. Le traitement en cours ne fonctionnait pas très bien. Des gens étaient venus prier pour cette enfant, et du jour au lendemain, l’examen a montré la disparition de la tumeur, au point que les médecins n’ont pas compris. Ils sont restés perplexes devant la disparition complète de la tache, au point de se demander s’ils ne s’étaient pas emmêlé les pinceaux avec cette patiente. Mais non, elle était guérie, et elle a 35 ans aujourd’hui.

Alors c’est vrai que nous ne sommes pas toujours libérés de façon aussi spectaculaire, c’est même rare. Dans la Bible, on voit que beaucoup de miracles ont lieu, tout au long de l’histoire, mais qu’il y a certaines périodes où les miracles se concentrent, en général des périodes critiques – la sortie d’Egypte et l’alliance de Dieu avec le peuple d’Israël , la dégénérescence du peuple à l’époque d’Elie et Elisée et le rappel que Dieu est à l’œuvre, et enfin, dans la Bible, la venue de Jésus et les premiers pas de l’Eglise, comme si Dieu voulait appuyer la véracité de l’Evangile.

Néanmoins, au-delà du côté spectaculaire de tel ou tel miracle, ce texte rappelle une vérité permanente : où que nous allions, quelle que soit la situation, nous ne sommes pas seuls. Et si nous nous sentons démunis, parfois à juste titre, Dieu ne l’est pas. Autour de nous, comme invisible, se dresse cette forteresse de la présence de Dieu. La Bible est pleine d’images pour nous aider à nous représenter la présence de Dieu à nos côtés : l’armée de feu ici,  le roc où nous pouvons tenir ferme, la main qui nous porte, l’aile qui nous cache, le rempart solide… Parfois Dieu crée une déviation pour contourner l’obstacle, parfois il détourne l’attention de ceux qui attaquent, parfois il donne la force de traverser l’obstacle. D’ailleurs, avec Elisée, ce n’est finalement pas l’armée de feu qui résout la situation, mais une sorte de diversion par laquelle Dieu désoriente les soldats ennemis. Quelle que soit la situation, même impressionnante, urgente, submergeante, Dieu est présent avec nous.

2)  Prière et paix

Dieu est présent avec nous, et nous devons apprendre à le voir. Apprendre à ouvrir les yeux sur sa présence, c’est prendre conscience de la situation réelle – tant que nous ne mettons pas dans la balance la présence et la puissance de Dieu, notre vision de la situation est irréaliste. C’est paradoxal hein ?! Nous sommes irréalistes à chaque fois que nous laissons de côté l’engagement de Dieu pour nous. Quand nous ne voyons pas Dieu avec nous, nous sommes aveugles sur la situation.

Alors comment ouvrir les yeux, comment retrouver la vue ? L’exemple d’Elisée est frappant : il prie ! Il prie. Certes, il prie pour son serviteur, pour les soldats, dans ce texte, mais la relation de fond entre Elisée et Dieu suppose une vie de prière riche. On a l’impression de voir un tandem en action : Elisée ne prend pas autorité sur Dieu en lui disant « fais-ci, fais-ça », mais c’est comme si chacun faisait sa part. Et la part d’Elisée, c’est la prière. Notre part, c’est la prière. Bien souvent, nous prions pour des choses précises, factuelles, presque matérielles – pour nous ou pour les autres. Mais l’exemple d’Elisée nous invite à prier aussi pour voir, pour que Dieu ouvre nos yeux, pour qu’il montre ce qu’il est en train de faire – et comment nous pouvons agir dans son plan. « Montre-moi Seigneur, change mon point de vue, ma perspective ». C’est valable dans la difficulté, mais aussi dans les bons moments ! Dans la clairière comme dans la sombre vallée, discerner la présence de Dieu est crucial pour comprendre notre chemin.

Une parenthèse sur le fonctionnement du texte : une fois qu’Elisée a prié, nous voyons l’armée de feu, mais ensuite nous sommes au courant de la situation, nous savons ce qu’Elisée fait, nous ne sommes plus du côté des aveugles (les soldats) mais de ceux qui savent, au point que nous avons presque du plaisir à suivre la situation – ici, c’est un peu l’arroseur arrosé pour les soldats ennemis.

« Change mon point de vue, Seigneur. Je me sens coincée, désarçonnée, effrayée : change mon point de vue Seigneur. Ouvre mes yeux pour que je voie la réalité en face, la réalité de ta présence. »

Le changement de point de vue a deux conséquences dans cette histoire : 1) la paix intérieure – ne crains pas, dit Elisée au serviteur. Avec les mots de l’apôtre Paul : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?? (Rm 8.31) Ne crains pas !

2) la paix envers les autres, avec là le contraste entre le roi d’Israël excité par la prise inattendue de soldats ennemis, et la compassion dont fait preuve Elisée. Puisque nous sommes désormais sans crainte, nous pouvons laisser l’agressivité, la manipulation, la vengeance – nous sommes avec Dieu ! Nous n’avons plus besoin de prouver quoi que ce soit, d’enfoncer le clou, une fois que nous savons que Dieu agit. Le changement de notre comportement dépend de notre changement de point de vue, et notre changement de point de vue dépend de notre vie de prière, nourrie et orientée par la lecture de ce que Dieu a fait.

 

Quelques siècles plus tard, Dieu a donné un signe. Un signe clair, de sa présence, de sa puissance, de son amour pour nous. Il a envoyé son Fils manifester concrètement, physiquement, la présence de Dieu dans le monde. Il a envoyé son Fils vaincre radicalement ce qui nous blesse : le poids écrasant de nos fautes, l’aveuglement et le mensonge d’une vie sans Dieu, et, finalement, la mort. Jésus, mort et ressuscité, scelle pour nous l’engagement de Dieu à nos côtés, un amour que nous ne méritons pas mais qui nous sauve.