Vous êtes le corps du Christ (7) Pour une croissance équilibrée

 

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Nous poursuivons notre série de prédications en réponse aux « questions à l’apôtre Paul » posées lors de notre week-end d’Eglise. Nous avons rassemblé en une seule deux questions qui se complètent :
Comment l’Eglise se prépare-t-elle à la seconde venue de Jésus ?
Est-il possible d’atteindre la perfection du Christ ?

Dans ces deux questions, on s’interroge sur la dynamique spirituelle de l’Église dans la perspective du retour de Jésus. Comment l’Église et les membres qui la composent peuvent-ils progresser vers la perfection, le modèle parfait du Christ ?

En réalité, on aurait pu y adjoindre une troisième question issue de notre week-end, une question qui a sans doute été posée par une femme : « L’Église évangélique libre de Toulouse, est-ce Frankenstein ou George Clooney ? » Si on considère Georges Clooney comme la perfection (messieurs, vous pouvez changer le nom par qui vous voulez… de plus féminin !) et Frankenstein comme le monstre, on peut imaginer que la question demande où nous nous situons entre les deux ! Et comment nous pouvons devenir de moins en moins Frankenstein et de plus en plus Georges Clooney !

Pour répondre à cette question, je vous propose de lire Ephésiens 4.11-16 :

11Voici les « dons » que le Christ a faits : les uns ont reçu le don d’être apôtres, ou bien d’être prophètes, ou bien d’annoncer la Bonne Nouvelle. D’autres ont reçu le don de conduire le peuple de Dieu, ou encore d’enseigner. 12Par ces dons, le Christ a voulu former ceux qui appartiennent à Dieu. Ainsi, ils peuvent accomplir leur service de chrétiens pour construire le corps du Christ. 13Alors tous ensemble, nous aurons peu à peu une même foi et une même connaissance du Fils de Dieu. Finalement, nous serons des chrétiens adultes et nous atteindrons la taille parfaite du Christ. 14Nous ne serons plus des bébés. Nous ne ressemblerons plus à un petit bateau poussé dans tous les sens par les vagues de la mer. Nous ne serons plus emportés de tous les côtés par le vent des idées fausses. Les gens ne nous tromperont plus avec leurs mensonges habiles. 15Mais en disant la vérité avec amour, nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ. 16C’est par lui que toutes les parties du corps tiennent ensemble et sont unies. Beaucoup d’articulations servent à unir le corps, et quand chaque partie du corps fait son travail, le corps grandit et se construit lui-même dans l’amour.

Au cœur de ce texte, il y a l’image de l’Église comme un corps, qui était bien le fil rouge de notre week-end d’Eglise. Mais avec une particularité dans l’usage de la métaphore, par rapport à 1 Corinthiens 12 par exemple : ici, le corps est en croissance. Il s’agit de ne plus être des bébés mais de grandir pour atteindre l’âge adulte : « Nous ne seront plus des bébés (v.14)… mais nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ (v.15). »

Bien-sûr, nous n’atteindrons jamais la perfection du Christ. C’est une évidence ! Mais nous sommes bien appelés aujourd’hui à la croissance. Voilà ce que nous devons faire dans l’attente du retour de Jésus : grandir !

1. Aucune croissance n’est possible sans le Christ

La première évidence à souligner, c’est qu’aucune croissance n’est possible sans le Christ. Il suffit de voir l’omniprésence de Jésus dans l’argumentation de Paul : c’est le Christ qui accorde ses dons à son Église (v.11), c’est par ses dons que se construit l’Église (v.12), c’est par lui que se fait l’unité de la foi (v.13a), c’est lui qui est le modèle (la stature parfaite du Christ, v.13b), c’est lui qui est la tête vers qui tendre (v.15), c’est par lui que le corps garde sa cohésion (v.16)…

Le Christ est, bien-sûr, le modèle à suivre, la tête vers laquelle tendre. Mais pas seulement. Il est aussi la source de toute croissance. C’est lui qui pourvoit aux besoins de son Église et qui assure la cohésion de l’ensemble. Il y a là la double dynamique de toute croissance spirituelle : avoir Jésus-Christ comme modèle ET comme source.

Jésus est notre modèle. Il est le maître, nous sommes ses disciples. Notre désir, c’est de lui ressembler. Avoir son amour envers tous, sa compassion envers ceux qui souffrent, sa fidélité à Dieu son Père, son courage et à propos dans ses controverses avec les Pharisiens, sa grâce même envers ses ennemis… Et si nous voulons l’avoir comme modèle, nous ne devons pas cesser d’approfondir notre connaissance de sa vie, son œuvre, son enseignement.

Mais Jésus n’est pas seulement un modèle auquel nous nous efforçons de ressembler. Il est, aujourd’hui, la source de notre croissance. Notre croissance, c’est son oeuvre en nous !

Trop souvent, on croit, ou on vit sa vie chrétienne comme si notre croissance spirituelle dépendait de nos efforts ! On s’astreint à une discipline, on s’enferme dans des interdits et des obligations… et plus on souffre, plus on se heurte à des frustrations, plus on pense qu’on est en train de grandir spirituellement ! Alors que la clé de notre croissance spirituelle se trouve dans la communion avec le Christ vivant.

C’est bien ce que Jésus a dit quand il s’est comparé à une vigne :

« Restez attachés à moi, comme moi je reste attaché à vous. Un sarment ne peut pas donner de fruits tout seule, il doit rester sur la vigne. De la même façon, vous ne pouvez pas donner de fruits, si vous ne restez pas attachés à moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Si quelqu’un reste attaché à moi comme je suis attaché à lui, il donne beaucoup de fruit. En effet, sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean 15.5)

Tout est dit ! C’est en restant attaché au Christ, comme les sarments au cep, que nous porterons du fruit. C’est dans la communion au Christ que nous trouverons la source de notre croissance spirituelle. C’est du cep que provient la sève qui nous fait grandir en tant que sarment. Sans lui, nous ne pouvons rien faire.

Je ne dis pas, bien-sûr, que la vie de disciple du Christ est une promenade de santé. Jésus nous a averti en disant que le disciple n’est pas plus grand que son maître et que comme il a été persécuté, ses disciples le seront aussi. Il invite ceux qui le suivent à se charger de leur croix.

Je dis simplement que nous avons tout intérêt à privilégier une compréhension positive de la croissance, comme découlant de la communion avec le Christ, plutôt que de nous enfermer dans une spiritualité de contraintes et de frustrations.

2. Une croissance équilibrée

La croissance dont parle Paul ici implique principalement deux choses : ne pas rester des bébés (v.14) et grandir en tout (v.15). Autrement dit, devenir des adultes dans la foi grâce à une croissance équilibrée.

Il s’agit d’abord de ne plus être des bébés (v.14) ! Le terme grec qu’on trouve ici désigne les petits enfants et est parfois utilisé de façon imagée pour parler de personnes ignorantes. Ce qui caractérise les bébés de ce verset, c’est l’instabilité, la vulnérabilité. Paul les compare à un petit bateau ballotté par la mer, incapable de tracer sa route mais allant de droite et de gauche au gré des vagues.

Si on manque de maturité spirituelle, il est facile de se laisser emporter par les vagues des théologies dominantes, ou d’être portés par les vents des Églises, ou des prédicateurs à la mode. Mais sans réflexion, sans discernement… ça peut donc être pour le meilleur comme pour le pire !

Être adulte spirituellement, c’est arriver à suivre sa route malgré les vents contraires et les tempêtes. C’est arriver à garder l’équilibre : parfois se laisser porter par le vent, parfois y résister, parfois surfer sur la vague, parfois fendre les vagues.

Car c’est bien l’équilibre qui est à rechercher, avec une croissance harmonieuse :

« En disant la vérité avec amour, nous grandirons en tout vers celui qui est la tête, le Christ » (v.15)

Grandir en tout c’est chercher à développer sa vie chrétienne dans tous les domaines. Dans la connaissance de Dieu et sa Parole. Dans un comportement à l’image du Christ. Dans une piété personnelle et communautaire profonde. Dans le témoignage de l’Évangile. Dans l’amour du prochain…

Et la clé pour tout cela, c’est de « dire la vérité avec amour ». En grec, « dire la vérité » c’est un seul verbe (alêtheuô), qui n’apparaît que deux fois dans le Nouveau testament. On pourrait le traduire par « dire, professer ou maintenir la vérité » voire même par « agir, vivre en vérité ».

On peut donc dire que la double énergie qui permet une croissance spirituelle harmonieuse, c’est la vérité et l’amour. L’équilibre entre les deux est essentiel. Il y a des chrétiens, et des Églises, qui au nom de la vérité, haïssent, rejettent ou méprisent. Et d’autres qui, au nom de l’amour, relativisent et acceptent tout et n’importe quoi. Mais la vérité sans amour est-elle encore la vérité ? Et de même pour l’amour sans vérité…

D’ailleurs, amour et vérité convergent dans la personne de Jésus. N’est-il pas, lui-même, la vérité ? N’a-t-il pas défendu la vérité de Dieu face aux chefs religieux de son temps ? En même temps, n’a-t-il pas accueilli tous ceux qui venaient à lui, n’a-t-il pas témoigné de la compassion envers tous, y compris ceux que tous rejetaient ou méprisaient ?

La vérité et l’amour sont-elles bien les deux énergies qui nous animent, qui président à nos relations dans l’Église, qui motivent nos choix dans nos vies ?

Conclusion

Alors, sommes-nous Frankenstein ou Georges Clooney ? Sans doute un peu entre les deux… Que faire donc pour tendre plus vers Georges Clooney ? Ou plutôt, à vrai dire, pour tendre vers le modèle parfait du Christ ?

Grandir. Tout simplement. Chacun personnellement et ensemble en tant qu’Eglise. Grandir avec le Christ comme modèle ET comme source, animés par la vérité ET l’amour. Et ainsi nous serons des chrétiens adultes, qui tendent vers la stature parfaite du Christ. Alors, comme le dira Paul au chapitre suivant de cette épître, il nous accueillera au dernier jour tel qu’il aura rendu son Église, comme une épouse « pleine de gloire, sans tache, sans ride, sans aucun défaut. » (Ephésiens 5.27).




Vous êtes le corps du Christ (5) Quelle est ma place ?

 

Parmi les « questions à l’apôtre Paul » laissée

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s dans la boîte aux lettres de notre week-end d’Eglise, certaines tournaient autour de la question des dons et ministères dans l’Église. Comme par exemple : « Comment savoir quelle partie du Christ je suis ? » ou : « Dans le corps, y a-t-il des organes vitaux et d’autres dont on peut se passer ? »

Pour répondre à ces questions qui s’inspirent de l’image de l’Église comme un corps, je vous propose de lire un texte qui n’utilise pas cette image du corps mais qui aborde bien la question des dons et des ministères.

Lecture biblique : 1 Pierre 4.7-11

Le sentiment de fin du monde, au début de notre texte, est présent dans plusieurs épîtres du Nouveau Testament. La plupart des premiers croyants pensaient que le Seigneur allait revenir rapidement… et cela donnait un certain caractère d’urgence à la vie chrétienne et à la nécessité du témoignage de l’Évangile. Dans ce contexte, c’est ici l’occasion pour Pierre de souligner l’essentiel pour l’Église : la prière, l’amour les uns pour les autres et le service des autres selon les dons de chacun.

C’est ce dernier point qui nous permet de répondre à nos questions sur les dons et les ministères dans l’Église, que nous pouvons reformuler de façon plus personnelle : « quelle est ma place dans l’Église ? »

Être de bons économes de la grâce

Dans les exhortations de Pierre, on perçoit en filigrane que la vie communautaire n’était pas forcément si évidente que ça. Deux indices dans le texte. D’abord, en appelant ses lecteurs à l’amour les uns pour les autres, Paul précise que l’amour efface beaucoup de péchés… Ensuite, il ajoute à son encouragement à exercer l’hospitalité les uns envers les autres que ça devait se faire « sans se plaindre ».

Il ne faut donc pas s’imaginer que dans les premiers temps de l’Église, tout était formidable, paisible et fraternel ! On peut imaginer que dans ces conditions, il n’était pas forcément facile de trouver sa place dans l’Église.

En tout cas, Pierre souligne l’importance de la communauté et établit le principe suivant : « Mettez-vous au service des autres, selon le don que chacun a reçu. » En agissant de la sorte, les croyants seront de bons serviteurs, administrant au mieux les dons variés de Dieu.

Le mot traduit par « serviteurs » au verset 10 est oikonomoi. Ce mot grec a donné économe en français et désignait le serviteur qui avait pour tâche d’administrer les biens de la maison. Derrière cette exhortation, il y a l’idée que l’Église est une peu comme un trésor, riche des dons et des ministères accordés par Dieu. Et il convient à tous d’administrer ensemble ce trésor, d’être de bons économes de la grâce.

Pierre privilégie la vision et la gestion globale. La perspective n’est pas individuelle mais communautaire. C’est la vision d’ensemble qui compte, plutôt que les aspirations individuelles.

Et cela nous permet de répondre à la question de savoir s’il y a dans l’Église des membres vitaux et d’autres dont on pourrait se passer… Autrement dit, est-ce qu’il y a des personnes, des ministères absolument indispensables, sans lesquels il ne peut y avoir d’Eglise ?

Dans l’image du corps développée par Paul dans plusieurs de ses épîtres, il n’y a qu’un seul membre qui est indispensable, c’est la tête. Et la tête, c’est le Christ. Tous les autres membres ont leur place, même si certains reçoivent plus d’honneur que d’autres, même si certains sont plus visibles que d’autres. Pour Paul aussi, l’importance c’est la cohésion du corps dans son ensemble.

De même, pour Pierre, c’est la communauté qui prime. D’où ses exhortations à l’amour fraternel, à l’hospitalité mutuelle et au service les uns des autres. Si nous formons ensemble un trésor commun, c’est bien Dieu qui en est le propriétaire… et nous n’en sommes que les administrateurs.

Dans les deux cas, nous sommes invités à aller au-delà d’une vision utilitariste de l’Église pour privilégier une vision de service. Dans une vision utilitariste de l’Église, on va regarder, et honorer, les gens en fonction de ce qu’ils pourront apporter : de l’argent dans les collectes, de la respectabilité par leur réputation ou leur réseau d’influence, des compétences reconnues. Plus ils seront utiles, mieux ils seront accueillis et intégrés.

Dans une perspective de service, on est moins centré sur ce que les autres peuvent nous apporter que sur ce que nous pouvons leur apporter, moins sur nos besoins que sur leurs besoins.

Pour revenir à l’image du corps, il y a des parties d’un corps humain qui n’apparaissent pas forcément utiles… mais qui font bien partie de la personne, et parfois ajoutent à leur charme et peuvent être des petits détails qui font toute la différence. L’identité d’une Église est constituée de l’ensemble de ses membres. Le bien commun que nous partageons et que nous devons administrer est la somme de toutes nos individualités.

Être de bons économes de la grâce, c’est permettre à chacun d’être qui il est et d’apporter aux autres ce qu’il peut leur donner.

Se mettre au service des autres

Revenons à l’exhortation de Pierre : « Mettez-vous au service des autres, selon le don que chacun a reçu. »

Se mettre au service, c’est le verbe grec diakoneo. Le don que chacun a reçu, c’est le charisme, charisma en grec. Or diakoneo signifie bien servir mais il est utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner l’exercice d’un ministère. Le diakonos, qu’on a parfois transcris par « diacre », c’est en fait le ministre, le serviteur. Et les charismes sont les dons que Dieu accorde dans sa grâce à son Église et dont on trouve plusieurs listes, non-exhaustives, dans les épîtres de Paul.

Que dit Pierre des charismes et des ministères ? Dans une perspective de service plutôt qu’utilitariste, il nous invite à ne pas nous autocentrer mais à nous centrer sur les autres. Evidemment, c’est toujours intéressant et même légitime dans une certaine mesure, de se demander : quel sont mes dons, quel est mon appel ? Mais on peut aussi réfléchir différemment et se demander : quels sont les besoins autour de moi ? Comment je pourrais me mettre au service des autres ? Au lieu de se centrer sur soi-même et chercher à s’épanouir dans ses dons, se centrer sur les autres et chercher à se mettre à leur service.

Jésus-Christ lui-même ne s’est-il pas fait serviteur ? N’a-t-il pas renoncé à sa gloire, à ses droits et privilèges de Fils de Dieu en devenant homme, semblable à nous, et en prenant la forme d’un serviteur, jusqu’à la mort sur la croix ? Ne sommes-nous appelés à vivre à sa suite, comme serviteurs les uns des autres ? C’est là que se trouve la clé de la vie dans l’Église, la voie pour que chacun trouve sa place : l’esprit de service.

Bien-sûr, la bonne volonté ne suffit pas toujours. Il y a certains services qui nécessitent des dons ou des compétences. Vous n’allez pas rejoindre le groupe de louange si vous chantez comme une casserole ni le groupe des présidents de culte si la seule idée de monter sur l’estrade vous fait tomber dans les pommes ! Mais il y a quantité de services, notamment pratiques, qui ne nécessitent pas de compétence particulière… Et il y a beaucoup de domaines où on peut apprendre et se former.

Il s’agit donc, au minimum, d’intégrer les besoins autour de nous dans notre réflexion. Notre place dans l’Église ne dépend pas que de nos dons et de nos aspirations, elle dépend aussi des autres et des besoins de la communauté !

Conclusion

Souvent l’Église est perçue comme un prestataire de services. On s’attend à ce qu’elle nous nourrisse, qu’elle nous apporte réconfort, bien-être, épanouissement… On l’évalue sur sa capacité à répondre à nos besoins et nos attentes.

Or, nous devrions voir l’Église non comme un prestataire de services mais comme une communauté de serviteurs. Nous sommes invités à ne pas nous autocentrer mais à nous centrer sur les autres. Et tout le monde y trouvera son compte si le service est vécu dans la réciprocité !

Quelle est ma place dans l’Église ? Celle du serviteur, au même titre que tous les autres ! Nul n’est indispensable sinon le Christ. Chacun, pour sa part, contribue à l’identité et au charme du corps qu’est l’Église. Et c’est ensemble que nous pourrons être de bons économes de la grâce, en mettant en valeur toutes les pièces du trésor que nous formons par la grâce de Dieu.




Vous êtes le corps du Christ (3) L’importance de l’accueil

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L’accueil est souvent une question qui préoccupe beaucoup les églises évangéliques. C’est une question qui est souvent source d’insatisfaction ou de frustration. On a presque toujours l’impression de ne pas bien le faire ou qu’on peut toujours mieux faire dans ce domaine…

Et c’est d’autant plus difficile qu’on entend souvent, pour une même Église, des gens dire qu’ils ont été très bien accueillis et d’autres qu’ils ont été très mal accueillis. Sans doute parce que les attentes, en matière d’accueil, peuvent être très différentes. Certains s’attendront à ce qu’on s’intéresse à eux et qu’on leur pose des questions sur qui ils sont, d’où ils viennent, etc. Et d’autres fuiront à la première question tellement ils auront peur qu’on veuille leur mettre le grappin dessus. Certains apprécieront avoir le temps de rester d’abord un peu incognito, d’apprivoiser la communauté, avant d’envisager d’y chercher une place. D’autres auront l’impression d’être ignorés et pas pris en considération si on ne les sollicite pas rapidement pour rejoindre un groupe ou s’intégrer dans une activité.

Et puis on ne peut pas vivre de la même façon l’accueil dans une petite église familiale avec 25 personnes au culte que dans une église qui rassemble plusieurs centaines de personnes le dimanche.

On ne va pas trouver des réponses toutes faites à ces questions dans la Bible… Mais l’apôtre Paul, dans ses exhortations finales de l’épître aux Romains, utilise une formule forte et pertinente qui me paraît utile pour souligner quelques principes de base quant à l’accueil. Elle se trouve en Romains 15.7, et nous lirons jusqu’au verset 13.

Lecture : Romains 15.7-13

7 Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. 8 Je vous le dis, Dieu est fidèle. C’est pourquoi le Christ est devenu le serviteur des Juifs, pour accomplir les promesses faites par Dieu aux ancêtres. 9 Et les non-Juifs rendent gloire à Dieu à cause de sa bonté. En effet, les Livres Saints disent : « Pour cela, je te fêterai parmi tous les peuples et je chanterai en l’honneur de ton nom. »
10 Les Livres Saints disent encore : « Peuples, réjouissez-vous avec le peuple que Dieu a choisi. »
11 « Pays du monde entier, chantez la louange du Seigneur ! Tous les peuples, chantez la grandeur de Dieu ! »
12 Ésaïe dit aussi : « Un homme de la famille de Jessé va venir. Il se lèvera pour gouverner les autres peuples, et ces peuples mettront leur espoir en lui. »
13 Que Dieu, qui donne l’espérance, vous remplisse de paix et de joie à cause de votre foi ! Alors vous serez pleins d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint.

Accueillez-vous les uns les autres

Les épîtres du Nouveau Testament contiennent de nombreuses exhortations avec cette formule « les uns les autres ». Elles traduisent l’impératif communautaire de l’Église, avec toutes ses facettes, dont l’accueil fait pleinement partie

S’accueillir les uns les autres, c’est d’abord considérer que l’accueil est l’affaire de tous. Ce n’est pas réservé aux spécialistes… Pas besoin d’avoir le badge officiel pour se soucier de l’accueil, aller saluer les nouveaux, aller à la rencontre de ceux qui sont isolés ou perdus, offrir une poignée de main ou un sourire.

Mais dans le contexte de l’épître aux Romains, l’enjeu derrière cette exhortation est plus profond. Il tient à l’accueil mutuel entre chrétiens d’origine juive et chrétiens d’origine païenne (cf. v.7-8). Il faut comprendre que c’était LE grand défi des premières décennies de l’histoire de l’Église. Or l’Évangile appelle autant les païens et les Juifs, et il les appelle à partager la même maison de Dieu qu’est l’Église de Jésus-Christ. Et cela a créé des tensions très rapidement, tant le fossé culturel était important. La première crise majeure de l’histoire de l’Église était liée aux différences culturelles…

Or, l’Evangile n’est pas lié à une culture. Il s’incarne dans toutes les cultures. L’horizon biblique du peuple de Dieu, c’est celui d’Apocalypse 7 : un peuple issu de tous les peuples, de toutes le langues, de toutes les cultures. Le brassage culturel est intrinsèque à l’Évangile. Il me semble qu’il est important de le rappeler aujourd’hui où les replis identitaires ont le vent en poupe…

La diversité culturelle, nous la connaissons au sein de notre Église. Mais nos cultures s’accueillent-elles vraiment mutuellement ? Se mélange-t-on vraiment ou ne faisons-nous que cohabiter ?

Comme le Christ vous a accueilli

La formule « accueillez-vous comme le Christ vous a accueilli » rappelle d’autres exhortations de Jésus lui-même :
– Aime ton prochain comme toi-même…
– Pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés…

Des formules qui soulignent une certaine réciprocité, le fait de faire aux autres ce qu’on aimerait qu’ils fassent pour nous, ou de donner aux autres ce que Dieu nous a donné. Le Christ nous a accueilli. Tel que nous sommes. Comment pourrions-nous ne pas accueillir notre prochain alors que nous-mêmes sommes au bénéfice de l’accueil du Christ ?Comment pourrions-nous ne pas accueillir celui que le Christ lui-même accueille ?

L’autre idée derrière la formule de Paul, c’est de s’accueillir les uns les autres à la manière de Jésus, selon l’exemple d’accueil donné par le Christ. Or, les Évangiles sont pleins de récits où Jésus fait preuve d’un accueil inconditionnel. Y compris et surtout envers ceux que les autres ne voulaient pas accueillir. Les gens qu’on disait de mauvaise vie, les péagers perçus comme collaborateurs de l’occupant romain. Il a accueilli ceux que tout le monde évitait et considérait comme impur : des lépreux, une femme atteinte d’une perte de sang, une femme adultère que la foule était prête à lapider…

Mais, ajoute-t-on toute de suite, c’était parce qu’il voulait qu’ils se convertissent. Il les accueille parce que ce sont des pécheurs repentants. Mais est-ce vraiment toujours le cas ? Pensez-vous vraiment que tous ceux avec qui Jésus allait manger se sont vraiment convertis ? Il me semble que si c’était vraiment le cas, les reproches des Pharisiens n’auraient pas eu beaucoup de portée… Et d’ailleurs, on a aussi quelques exemples qui montrent que les choses ne sont pas aussi simples. Parmi les 10 Lépreux que Jésus a guéri, un seul est revenu le remercier… Le jeune homme riche venu le rencontrer est reparti triste de son entrevue avec Jésus…

A l’image de Jésus, l’accueil va de paire avec la grâce. On n’accueille pas sous conditions quand on veut accueillir comme le Christ !

Pour la gloire de Dieu

Les deux premières partie de l’exhortation de Paul suffisaient déjà à souligner l’importance de l’accueil. Sa dernière partie le souligne encore plus. Car l’enjeu est de taille : rien de moins que la gloire de Dieu !

Associer la gloire de Dieu à quelque chose d’aussi banal que l’accueil peut paraître surprenant. On penserait plutôt aux miracles, aux manifestations spectaculaires de Dieu, ou à une louange enthousiaste qui résonnerait comme un avant-goût du Ciel… Voilà où resplendit la gloire de Dieu !

Mais pour Paul, la gloire de Dieu est aussi dans l’accueil à l’image du Christ. Accueillir comme le Christ nous accueille, c’est agir à l’image de Dieu. C’est refléter quelque chose de sa gloire.

Dieu est glorifié quand son Église reflète la réconciliation entre Juif et non-Juifs au temps de l’apôtre. Il est glorifié quand elle est un lieu ouvert, accueillant, sans discrimination ni jugement. Il est glorifié quand elle est interculturelle et intergénérationnelle, une Église dans laquelle toutes barrières sociales tombent, où, selon les paroles de Paul aux Galates, « il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, ni esclaves ni hommes libres, ni hommes ni femmes. » (Galates 3.28)

Conclusion

Nous avons raison de nous interroger sur l’accueil dans l’Église. C’est important !

D’abord, c’est l’affaire de tous : Accueillez-vous les uns les autres ! Ensuite, notre accueil doit être inspiré par le Christ : inconditionnelle expression de la grâce. Enfin, c’est une façon simple et très concrète de glorifier Dieu.

Bien-sûr, ces principes, il faut les mettre en pratique, voir comment les incarner dans notre Église, discerner ce que cela implique concrètement, voir sans cesse comment améliorer ce qui existe déjà… Mais commençons, chacun, par faire nôtre cette exhortation de l’apôtre :

« Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. »




“Vous êtes le corps du Christ !” (1) Le rôle du culte

 

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NB : Cette prédication est la première d’une série qui essayera de répondre aux « questions à l’apôtre Paul » posées par les participants au week-end de rentrée de l’Église évangélique libre de Toulouse. Plusieurs questions touchaient à la question du culte, et notamment la musique et les chants, la place de la confession des péchés, la liberté qui doit être laissée à l’Esprit de Dieu.

Dans la terminologie protestante, le culte désigne le rassemblement de l’Église pour prier, chanter, écouter la Parole de Dieu… Or, il y a peu de textes dans le Nouveau Testament qui donnent des instructions précises quant au culte. On sait par le livre des Actes des apôtres que, dès le lendemain de la Pentecôte, les chrétiens se réunissaient pour prier et écouter l’enseignement des apôtres. On a quelques consignes de l’apôtre Paul dans la première épître aux Corinthiens, mais dans un contexte où il fallait remettre un peu d’ordre dans le chaos qui semblait régner dans cette Église. Et puis il y a deux textes, assez proches quant à leur contenu, dans deux autres épîtres de Paul. Je vous propose de les lire et de les méditer ce matin.

Lectures bibliques : Ephésiens 5.18-20, Colossiens 3.15-17

Il y aurait beaucoup à dire à partir de ces deux textes. A commencer par le fait qu’il n’y a rien de contraignant quant à la façon de vivre un culte. On peut être fidèle à ces textes de bien des manières, avec différentes formes de spiritualité communautaire, dans différentes traditions ecclésiales. Il n’y a pas qu’une seule façon de vivre un culte qui serait conforme à la Bible…

Mais si on ne devait garder que quelques éléments incontournables du culte, j’en proposerais trois : la communauté, le Saint-Esprit et le cœur.

La communauté

On peut lire la Bible seul, on peut prier seul, on peut même chanter seul… mais ce n’est pas un culte au sens où on l’entend en général. Même si on parle parfois de « culte personnel ». Le culte, c’est une expression de piété communautaire. Et elle est importante parce que dans la perspective biblique, la foi n’est pas qu’une affaire personnelle et individuelle, elle a une dimension communautaire. On n’est pas chrétien tout seul, chacun fait partie du corps du Christ.

Alors bien-sûr, le culte est rendu à Dieu. Son but est de glorifier le Seigneur : « Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu, le Père. » (Colossiens 3.17)

Mais quand on lit les instructions de l’apôtre Paul dans nos deux textes, l’accent tombe sur la dimension communautaire ! Il s’agit de dire ensemble des psaumes, de chanter ensemble à Dieu. Le rassemblement doit manifester la réalité que nous formons un seul corps en Christ. C’est ce qui explique que la musique, avec le chant, occupe une place centrale dans ces textes bibliques. A cause de sa dimension communautaire ! Chanter, c’est prier ensemble, en même temps, avec le mêmes paroles. C’est la voix du corps du Christ qui s’exprime.

Mais littéralement, Ephésiens 5.19 dit : « Parlez-vous les uns aux autres par des psaumes, des hymnes, etc… » Il ne s’agit donc pas seulement de prier et chanter ensemble mais de le faire les uns pour les autres.

Ca signifie donc que le choix des cantiques dans un culte est important. Ils doivent nous parler, nous édifier. Et cela tant au niveau de la musique que des paroles. Pour la musique, dans cette optique, il est nécessaire qu’il y ait un renouvellement, avec des musiques modernes, qui nous parlent culturellement. Dans le respect bien-sûr des goûts divers… Il faut aussi que les cantiques aient des paroles qui ont du sens. C’est vrai que là, on n’est pas toujours gâtés… et pas seulement avec les nouveaux chants. Des fois, ça passe parce qu’il y a la musique. Mais essayez un test redoutable : lisez les paroles d’un cantique à haute voix, sans les chanter. Et voyez ce que ça donne…

Mais l’exhortation à « se parler les uns aux autres » est valable aussi pour la prière communautaire. Certes, en priant, on parle à Dieu… mais on parle aussi à ses frères et sœurs quand on prie à haute voix en public ! Evidemment, il ne s’agit pas de régler ses comptes pendant une prière, ni de déballer sa vie privée en public. Même s’il faut aussi qu’il y ait dans nos cultes l’occasion de confesser personnellement à Dieu nos péchés, et susciter peut-être une démarche de pardon et de réconciliation à mettre en œuvre dans notre vie.

Mais n’avez-vous jamais été édifié par une prière au cours d’un culte ? Peut-être faudrait-il mieux les préparer ? Pourquoi ne prépareriez-vous pas vos prières avant de venir au culte le dimanche matin ? Pour qu’elles honorent Dieu et édifient les frères et sœurs…

La dimension communautaire du culte est donc essentielle. Et on peut très bien la manquer, y compris quand une église est pleine. Si on vit le culte chacun pour soi devant Dieu, en oubliant ses frères et sœurs autour de soi. Mais l’Église est un corps et non une banque d’organes. Les organes sont liés les uns aux autres pour former un corps vivants, pas mis les uns à côté des autres dans un même lieu. Et cela doit se voir dans le rassemblement du culte !

Le Saint-Esprit

Le deuxième incontournable du culte, c’est le Saint-Esprit. Il en est un acteur indispensable. En Ephésiens 5, tout découle du Saint-Esprit qui nous remplit. Littéralement, le texte dit : « soyez remplis du Saint-Esprit, en disant ensemble des psaumes… et chantant et psalmodiant… ». L’exhortation de base c’est d’être rempli du Saint-Esprit et toutes les autres sont des propositions relatives. Autrement dit, si on n’est pas rempli du Saint-Esprit, tout le reste n’a plus de sens… C’est pourquoi la prière d’ouverture, au début de nos cultes, est importante. Ce n’est pas juste pour la forme. Elle exprime la nécessité de la présence de Dieu, par son Esprit, au milieu de son peuple qui se réunit.

Si on est remplis du Saint-Esprit, alors nos chants, nos prières, ne seront pas seulement nos paroles mais les paroles du Saint-Esprit lui-même… D’ailleurs Colossiens 3 ne parle pas d’être rempli du Saint-Esprit mais de la parole du Christ qui doit habiter en nous dans toute sa richesse. Être rempli du Saint-Esprit, c’est être habité par la parole du Christ.

Remarquez bien qu’ici il n’est pas question d’un type de piété plus que d’un autre. Pas besoin d’être charismatique pour dire que nous devons être remplis du Saint-Esprit et que l’Esprit de Dieu doit animer et donner vie à nos cultes ! Ici se pose bien-sûr la question de la liberté de l’Esprit. Il faut sans doute laisser une part de spontanéité dans nos cultes pour la laisser pleinement s’exprimer. Mais être spontané ne signifie pas forcément être inspiré ! De même la liberté de l’Esprit c’est aussi de pouvoir agir en amont, dans la préparation.

Quoi qu’il en soit, sans le Saint-Esprit, un culte n’est qu’une réunion entre chrétiens… Mais Dieu n’est pas là. Et ce n’est plus un culte. C’est un rassemblement humain, qui peut être très sympathique voire même enthousiaste. Mais sans la présence et l’action de Dieu, ce n’est pas un culte.

Le cœur

Le troisième incontournable que j’aimerais souligner, c’est le cœur. Notre cœur. « Chantez la louange du Seigneur de tout votre cœur. » (Ep 5.19)« Remerciez Dieu de tout votre cœur » (Col 3.16)

On ne parle pas ici des sentiments et des émotions. On parle de l’implication personnelle. Ca induit aussi des émotions mais pas seulement. Vivre un culte avec le cœur, c’est le vivre avec l’esprit en éveil, une écoute active, une authenticité dans les paroles et les gestes, etc…

Quelle est notre attente, notre préparation ? Quand nous venons au culte le dimanche, nous attendons-nous à rencontrer Dieu, à entendre sa voix ? Pas seulement revoir des frères et sœurs, être portés par une louange vivante, être instruit par la prédication de la Bible. Mais rencontrer Dieu. Ou pour utiliser les expressions de nos textes, être remplis du Saint-Esprit et de la parole du Christ.

Vous aurez remarqué qu’il n’y a pratiquement que des impératifs dans nos deux textes. Donc les choses ne se font pas toute seule. Il faut y mettre du sien. Les chants peuvent être magnifiques, la prédication pertinente, l’ambiance chaleureuse… si vous n’y mettez pas chacun tout votre cœur, ça sera un culte qui ne vous concernera pas…

Si votre cœur n’est pas impliqué dans le culte, alors ce qui s’y passera vous sera extérieur. Comme si les seuls acteurs d’un culte étaient ceux qui sont sur l’estrade… Si vous n’êtes pas acteurs du culte, en y participant de tout votre cœur, alors vous en restez spectateurs.

Conclusion

La communauté, Dieu, le croyant. Le rôle du culte est de permettre l’articulation de ces trois dimensions de l’Église.

Retirez la dimension communautaire et le culte n’est alors qu’une parenthèse dans la semaine où chacun vient faire son marché et repart chez lui avec ce qu’il a trouvé… ou pas.

Retirez l’Esprit de Dieu et le culte n’est alors guère plus qu’un rassemblement humain comme un autre, comme on participe à un club ou une association.

Retirez l’implication personnelle, de tout cœur, de chacun et le culte devient juste un spectacle, avec des acteurs ou des chanteurs qui se produisent devant un public. Allez plutôt au théâtre ou au cinéma !

Vivons au contraire le culte comme l’occasion d’expérimenter l’Église comme corps du Christ. Un corps dans la diversité de ses membres, par la dimension communautaire. Un corps vivant, animé par le Saint-Esprit. Un corps où chacun a son importance, dans lequel chacun est acteur, de tout cœur.




Bénir…

https://soundcloud.com/eel-toulouse/benir

A la place (ou en complément !) des vœux traditionnels de bonne année et de bonne santé que vous avez sans doute déjà échangé depuis quelques heures (et vous allez continuer encore quelques jours…), je vous propose ce matin de nous placer les uns les autres sous la bénédiction de Dieu. Et nous pouvons le faire grâce au texte de l’Ancien Testament qui nous est proposé pour ce dimanche.

Lecture biblique : Nombres 6.22-27

Cette bénédiction sacerdotale était prononcée tous les jours par les prêtres, à la fin de leur office au temple. Et c’est une prière qui est toujours très importante dans le Judaïsme aujourd’hui. Elle est dite à la synagogue, mais aussi à la maison, par les parents, tous les vendredis soirs, pour bénir leurs enfants le jour de shabbat.

C’est d’ailleurs une formule liturgique que nous utilisons aussi souvent dans nos cultes, comme formule de bénédiction finale. D’autant que ses trois parties peuvent évoquer pour nous la dimension trinitaire…

En y regardant de près, on constate que la formule est très travaillée d’un point de vue poétique. Elle est en effet constituée de trois phrases de taille croissante. La première est faite de 3 mots pour 15 lettres, la deuxième de 5 mots pour 20 lettres, la troisième de 7 mots pour 25 lettres. Une structure qui traduit un mouvement, une dynamique d’expansion, comme la bénédiction de Dieu qui se répand et s’accroît. Elle évoque une bénédiction de Dieu qui avance inexorablement et que rien ne peut contrecarrer.

De plus, si on enlève les trois occurrences du mot SEIGNEUR (Yahwé), il reste 12 mots… comme le nombre des tribus d’Israël. Signe d’une bénédiction du Seigneur pour l’ensemble de son peuple. Personne n’est oublié.

C’est passionnant de constater que si on n’en reste qu’à la structure de cette formule, on a déjà un enseignement sur la bénédiction de Dieu. C’est une bénédiction qui se répand inexorablement pour tous ceux qui lui appartiennent. Et c’est déjà là une formidable promesse pour nous en ce début d’année !

Mais pour aller plus loin, bien-sûr, il faut nous arrêter sur le contenu de cette triple formule. Chacune des phrases a le SEIGNEUR comme sujet, suivi de deux verbes, le second précisant ou développant le sens du premier : bénir et garder, faire briller sa face et faire grâce, lever sa face et donner la paix.

Bénir et garder

La bénédiction de Dieu, dans le contexte de l’Ancien Testament, est associée en général à l’abondance, la fertilité, la prospérité à tous égards. Un peu comme dans les vœux qu’on s’échange à Nouvel An, où on se souhaite mutuellement une bonne année, une bonne santé et plein de bonheur… On pourrait en déduire, et certains le font d’ailleurs, qu’être béni c’est forcément être riche, en bonne santé et vivre dans l’abondance.

Mais le fait que le verbe bénir soit associé dès la première phrase de cette formule au verbe garder donne une tonalité plus nuancée à l’ensemble. Si le verbe bénir s’accorde aux temps d’abondance, le verbe garder convient particulièrement aux temps d’épreuves.

Plusieurs psaumes se font l’écho de cette bénédiction sacerdotale. Et notamment le Psaume 121 en ce qui concerne ce verbe garder (il est utilisé 6 fois en 8 versets). Il s’ouvre par cette question : « Je lève les yeux vers les montagnes, d’où me viendra la secours ? » Et la réponse est bien-sûr le Seigneur : « Il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël » (v.4).

Autrement dit, la bénédiction de Dieu est pour les bons et les mauvais jours : il nous bénit et il nous garde. Être gardé par Dieu, dans les temps heureux, c’est être au bénéfice de son abondance. Être gardé par Dieu, dans les temps sombres, c’est recevoir les forces pour traverser l’épreuve, la joie dans les difficultés, la paix face à l’adversité. Dans les deux cas, c’est bien une bénédiction !

Quoi que nous réserve l’année qui s’ouvre devant nous, dans la joie ou dans l’épreuve, nous pouvons fermement espérer en la bénédiction de Dieu, qui sera appropriée à ce que nous traverserons.

Bénir et faire grâce

La deuxième phrase débute par une expression figurée : « Que le SEIGNEUR fasse briller sa face sur toi. ». C’est comme si le Seigneur avait un visage éclatant et que, par sa présence, il illuminait notre vie. Ou comme si le sourire de Dieu illuminait son visage et nous rassurait quant à ses intentions envers nous. Car elles sont toute positive et pleines de bonté à notre égard. Ce que confirme le deuxième verbe de la phrase : faire grâce.

La grâce, c’est un don gratuit, immérité. Un cadeau… une notion que nous comprenons bien en ce temps de fêtes. Elle est forcément accordée par quelqu’un qui occupe une position supérieure, en faveur de quelqu’un qui n’a aucun droit à la réclamer. C’est bien notre position devant Dieu…

Et cela signifie que la bénédiction, au moins dans son sens fort, vient de Dieu seul. Jamais de nous. Nous ne sommes pas supérieurs à nos semblables ! Nous pouvons bien-sûr demander la bénédiction de Dieu pour les autres, ou même pour soi. Mais la bénédiction vient de Dieu seul. C’est un cadeau de sa grâce. Dans notre texte, quand Dieu dit à Aaron et ses fils : « c’est ainsi que vous bénirez les Israélites », il dit en fait que c’est ainsi que lui, il bénira son peuple, par l’intermédiaire de ses prêtres. C’est d’ailleurs ce que dit le verset 27 : « Ainsi ils placeront mon nom sur les Israélites, et je les bénirai. »

Je ne suis pas très à l’aise avec ces chrétiens qui bénissent les autres, comme s’ils avaient à leur disposition un dose de bénédiction qu’ils pouvaient dispenser autour d’eux. Et bien-sûr, quand il s’agit de bénir des objets ou des lieux, je suis encore plus mal à l’aise !

Il faut souligner que si la bénédiction de Dieu est une grâce, alors elle n’est pas un dû. Jamais. Ça ne veut pas dire pour autant qu’elle soit hypothétique ! Elle nous est promise, par un Dieu qui nous est favorable. C’était déjà vrai au temps de l’Ancien Testament. Ça l’est encore plus depuis la venue, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. La lumière sur le visage de Dieu est la même qui a éclaté du tombeau vide.

Recevoir toute bénédiction de Dieu comme un cadeau et non un dû, c’est savoir accueillir les cadeaux de Dieu comme des signes de son amour. Et ça fait du bien !

Bénir et donner la paix

La troisième phrase aussi utilise une expression figurée : « Que le SEIGNEUR lève sa face vers toi. ». La TOB traduit « qu’il porte sur toit son regard. » et la version Parole de Vie propose « qu’il te regarde avec bonté. »

Cette expression imagée n’est utilisée qu’ici pour Dieu. Mais ailleurs dans l’Ancien Testament, quand Dieu « cache sa face » c’est qu’il est en colère. Il se cache, il s’en va… Ici, c’est l’inverse, il lève sa face, il se montre présent et se manifeste favorablement. Et il donne la paix…

On est bien dans le prolongement de la phrase précédente. L’insistance tombait sur l’initiative de Dieu dans la bénédiction : il fait grâce, il l’accorde comme un cadeau. L’insistance ici tombe plus sur les effets de la bénédiction de Dieu : elle procure la paix.

La paix, dans la Bible, c’est bien plus que l’absence de conflit. La paix (shalom) est une plénitude ! C’est la paix de la réconciliation (en particulier avec Dieu), la paix du repos, de la sécurité, de l’espérance, de l’harmonie, du bien-être… Elle est l’accomplissement du projet de Dieu, une des marques du Royaume qui vient : la paix est omniprésente chez les prophètes pour décrire la Création réconciliée avec Dieu, à la fin des jours.

La paix que Dieu donne est la plénitude de sa présence dans notre vie. Il lève sa face vers nous : que peut-il nous arriver ?

Conclusion

Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde !
Que le SEIGNEUR fasse briller sa face sur toi et t’accorde sa grâce !
Que le SEIGNEUR lève sa face vers toi et te donne la paix !

Que pouvons-nous souhaiter de plus qu’une telle bénédiction de Dieu pour cette année qui s’ouvre devant nous ?

Mais posons nous une question complémentaire : comment être, en 2017, non seulement au bénéfice de la bénédiction de Dieu mais aussi des instruments de bénédiction pour les autres ?

Sans doute pouvons-nous nous inspirer de ces trois verbes pour qu’ils orientent la façon dont nous envisagerons nos relations. Prenons-le comme une bonne résolution ! Cherchons à garder, protéger et prendre soin ; soyons prêts à faire grâce, pardonner, restaurer ; poursuivons la paix, travaillons à la réconciliation.

En un mot, efforçons-nous de faire aux autres ce que Dieu a fait pour nous. Soyons en bénédiction pour les autres comme nous sommes au bénéfice de la bénédiction de Dieu.